‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 75 sur 98 · DES MILITAIRES. LU · texte numérisé non relu

DES MILITAIRES. LU

ravages dans un camp, que, sur cent soldats qui en étaient tourmentés , à peine pouvait-on en arracher un à Ja mort. Aussi est-il passé en proverbe dans les camps que celui qui désire son pays ne trouve que la mort. Qui patriam quærit, mortem invenit. La médecine ne peut rien contre une’telle affecuon, qui ne cède qu'à un seul moyen ; c'est le retour momentané au lieu natal ; la seule permission de s’y rendre opère un soulagement notable, et souvent le ‘ nostalgique est à peine en route qu'il à recouvré la santé. ; |

[ Barsntorff a connu des hommes d’une assez bonne naissance et d'ailleurs courageux, frappés comme d’un coup de foudre à la simple annonce d’une éxpédition, se mettre subitement: dans lPes+ prit qu'ils -y seraient tués , et être si certains de périr dans le combat prochain , que la veille ils disaient adieu à leurs amis , distribuaient leurs richesses et pourvoyaient à leur sépulture : en effet, ils ne survivaient pas à Ja bataille. Cette maladie, de Pesprit auquel une terreur réfléchie peint continuellement l'image de la mort, ne peut se guérir que par une impression contraire, un amulette qui ranime la confiance du malade, et qn'on lui fait porter à temps, et avant que le mal wait jeté de trop profondes racines. Une espèce de cachet ou de signe qneleonque qu'on leur donnait avec mystère, rétablissait le cours des esprits enchatnés par la crainte ,'et détruisait

Fidée de mort dont ils “aient frappés. Il est évi-

dent que cet effet n’est pas dû à une:vertu parti

culière du moyen employé ; mais comme l’image : de la mort, toujours présente à l'imagination de ces militaires, anéantit leurs forces, il y a lieu de croire que ce talisman , auquel ils aceordent beaucoup de confiance , ranime leur courage abattu. Les différens auteurs qui ont parlé des amulettes ne leur attribuent d'autre propriété que celle qui est accordée par des esprits superstitieux, tant est vrai ce qu'a dit Sénèque, que certaines maladies se guérissent par fraude. ]

Il est des affections particulières aux cavaliers , aux canonniers et aux fantassins. | Les cavaliers sont tres-sujets aux hernies : pour

prévenir cette infirmité , ils doivent faire usage d’une ceinture qui, modérément serrée et portant sur la paroi inférieure de l’abdomen , soutient celle-ci et la forufie.. Les suspensoires ne leur sont pas moins utiles pour empêcher le froissement et la compression des bourses , et les préserver des varicocèles et des sarcocèles qu’on observe si fréquemment parmi ces soldats, et, qui deviennent souvent incurables. Les anévrysmes du cœur et des gros vaisseaux , et l’hémoptysie, sont aussi des maladies assez fréquentes : chez les cavakiers. |

-« Ilest peu de canonniers , dit M. Percy (1), qui, dans les premiers exercices à feu auxquels ils prennent part, ne contracient une céphalalgie, une migraine plus ou moins vive, laquelle se dissipe dans

Ja nuit suivante pour recommencer avec la cause

(1) Dictionnaire des Sciences médicales, art. Déionation.

DES. MILITAIRES. FE qui l’a produite ; c’est le moindre tribut qu'ils puissent payer à l'arme de l’arüllerie., Il y a des jeunes. gens chez lesquels cette douleur de tête est accompagnée de vomissemens , et suivie de quelques accés : de fièvre ; j'en ai vu qui, saisis par le bruit sans cependant en être effrayés , tremblaient . de tout leur corps , et conseryaient cette trépidation pendant plusieurs jours, ainsi que des palpitations plus ou moins incommodes. [li arrivesouvent aux canonmiers, à ceux qui débutent et même à quelques anciens, de saigner, comme ils disent, des oreilles ; quelquefois même le tympan se déchire, et l’ouïe n'en est pas toujours abolie pour cela. J'ai rencontré plusieurs arulleurs qui faisaient passer la fumée de la pipe par l'oreille, où vraisemblablement cette membrane n'existait plus, et qui n’en entendaient pas moins bien. Mais quand l’organe a recu des secousses trop fréquentes et trop fortes, la surdité survient, et on peut dire que c’est l'in firmité la plus commune dans J'artillerie. On permet à ceux qui y font leurs .premiers exercices de s’étouper , c’est-à-dire, de mettre dans le conduit auditif de la laine ou du coton ; jusqu'à ce qu'ils se soient familiarisés avec le bruit du canon. En diminuant peu à peu le tampon obturateur, l'oreille s’habitue aux impressions sonores, et finit par les recevoir sans,en être blessée. »

Une des graves incommodités qu'éprouve le fantassin dans les marches longues. et forcées, c’est d'impression « douloureuse des chaussures, surtout

lorsque le soulier n’est pas parfaitement confectionné

pour le pied qu'il est desüné à préserver: en effet, s'il est trop large , 1l ne soutient pas assez; sil est étroit 1l blesse. Les vieux soldats ont l'habitude, pour endurcir les pieds à la fatigue , de ne pas porter de bas, et de se graisser les pieds avec du saindoux. Cette onction est très-uule ; elle rend les preds moins sensibles à l’impression du froid et de l’humidité, ainsi qu’au frottement du soulier,

Après les marches rapides, les soldats couverts de sueur et tourmentés par la soif, ne doivent pas se | hâter de satisfaire à ce besoin. L’im prudence de prendre des boissons froides, le corps étant échauffé, fit périr, au rapport de Quinte-Curce , une parte de l’armée d'Alexandre. C’est dans de telles circonstances que l'humanité elle-même exige, de la part des officiers qui commandent, la plus sévère ponctualité dans l'exécution des défenses qu'ils doivent faire. C’est une trés-bonne pratique d'engager les soldats en marche à ne boire qu'après être rincé la bouche à plusieurs reprises. Pour corriger l'eau, qui souvent n’est pas de bonne qualité, il faut ÿ mêler un peu de vinaigre 6u de l'eau-de-vie. Cette der nière liqueur est préférable, parce qu'elle désaltére également , est plus agréäble au goût, et possède en outre l'avantage précieux de relever le ton des fibres et Ge donner de la vigueur à tous les orgänes.

Blessures. Les maladies que j'ai indiquées plus haut peuvent être prévues, et jusqu'à un certain point prévenues ; mais il n’en est pas de même des

blessures qui sont la suite incvitable des batailles.

| DES MILITAIRES. 535 Rien n’est plus varié que les blessures ; les accidens terribles dont elles sont quelquefois suivies avaienk fait croire aux anciens que les balles étaient empoisonnées , et que les corps lancés par la poudre à canon s'échauffaient et causaient de véritables brülures. Mais on sait aujourd’hui combien ces opinions sont erronées ; et LOus les chirurgiens sont convaincus que le danger et la gravité des plates d'armes à feu dépendent de l'extrême contusion et de l’espèce de broiement qu'éprouvent les parties.

Les plaies faites par armes blanches sont les plus simples : le traitement consiste à les nettoyer avec | de l'eau pure, à en rapprocher les bords et à les maintenir en contact par le repos , la situation et les emplâtres agelutinaufs. La chirurgie actuelle rejette avec raison l'emploi des baumes, des onguens , des spiritueux , et des prétendus vulnéraires.

Les plaies d'armes à feu peuvent être compliquées de contusion, de stupeur , d'hémorrhagie , d'étranglement , de. corps étrangers, de la pourriture d’ hôpital et du tétanos. 1°, 1} hémorrhagie qui survient dans un membre blessé peut être arrêtée par la compression ou la ligature. La compression immédiate peut bien empécher quelquefois la sortie exlcrieure du sang, mais souvent elle ne prévient pas. son infiltration dans le membre : :1l faut avoir recours à la ligature du vaisseau. 2°, Le étranglement | a heu dans les plaies qui intéressent des parues d’une contexture dense et serrée : 1l nécessite des incisions. 3°. Les corps étrangers doivent être extraits le plus

tôt possible, pourvu toutefois que cette opération wait pas de’suites plus fâcheuses que le séjour même de ces corps. 4°. La pourriture d'hôpital , qui consiste dans une désorganisation des parties suppurantes, et qui dépend ordinairement du mauvais air des hôpitaux , est très-difficile à guérir ; elle a résisté à tous les topiques , tels que le suc et les tranches de citron , le vinaigre, l’eau-de-vie camphrée, le styrax , le charbon, le quinquina a la cautérisauon ; je ne l'ai vu céder qu’à une grande propreté et à un air pur. 5°. Le tétanos se développe principalement à la suite de plaies qui affectent les nerfs, les articulauons , les doigts, les orteils’, les mains et les pieds. La multitude de moyens thérapeuuques qu’on a préconisés contre cette maladie redoutable est une preuve de leur inefficacité.

Les fractures sont un des accidens les plus fréquens qu'on observe dans les armées ; les luxations y sont beaucoup plus rares.

Le premier besoin du guerrier qui a été gravement blessé dans une bataille , c’est d’être retiré de la mélée et transporté dans un lieu où il puisse recevoir sans retard et sans de nouveaux dangers, les secours qu'exige sa blessure. C'est dans cette intenüon que M. Percy, toujours attentif au sort des soldats , à proposé la formation d'une classe d'infirmiers chargés d’enlever et de transporter promptement et d’une manière commode les militaires gravement blessés. On peut lire à ce sujet l’article Des-

potat du Dictionnaire des Sciences médicales.

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