SECTION TROISIÈME
Après avoir rendu compte du real ie médecins qui ont vécu avant et depuis Ramazzini, nous croyons. qu 1l est à propos de faire voir le rapport qui existe entre les arts et les maladies qui aflligent les hommes , et l'utilité qui résulte. de P observation: des maladies des professions.
Pour démontrer que les arts doivent influer nécessairement sur les maladies, il est indispensable de parcourir les différentes classes. de ces dermières, On! les distingue ordinairement en sporadiques , endémiques et épidémiques.
Les sporadiques sont particulières à quelques hommes ; elles font peu de ravages, et doivent leur cause où à un vice héréditaire, ou à quelque
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- faute dans l'usage des six choses non naturelles, On ne peut douter que les professions n’influent sur cétte classe de maladies, puisque les travaux que toutes exigent sont des erreurs continuelles dans une ou plusieurs des six choses non naturelles, soit un exercice trop violent , où plus modéré qu’il ne doit être pour l'entretien de la santé, soit l'inspiration d’un air mfecté de vapeurs nuisibles. Mais nous devons avertir ici que si les professions causent certaines maladies , il en est d’autres aussi dont elles garantissent. L'influence des professions sur les maladies que nous nous proposons d'observer doit donc être considérée sous deux rapports, ou relativement aux maladies qu’elles font naître, ou relativement à celles dont elles préservent.
Il est inutile de démontrer que les professions peuvent occasioner des maladies sporadiques , puisque cet ouvrage n'offre qu'une suite de maux semblables produits par les professions. Cependant on se tromperait beaucoup si l’on croyait que tous les ouvriers exerçant des professions, même insalubres , en sont gravement incommodés : il ne faut pas oublier qu'il est un pouvoir de l'habitude qui peut contrebalancer , jusqu’à un certain point, les inconvéniens des arts et des métiers les plus dangereux ; que laction des gaz délétères semble s'émousser insensiblement sur nos Organes ; que ceux-ci acquièrent des moyens de force et de réaction contre les objets qui tendent à les gêner,
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à en comprimer les mouvemens réguliers ; et que si tant d'hommes périssent victimes de la nature des fatigues, ou de l'influence des substances au milieu desquelles ils vivent, il faut autant en accuser l’imprudence ou l'insouciance des ouvriers, qui ne s’assujettissent point à certaines règles de propreté , de tempérance , de modération, qu’à la faiblesse intrinsèque de leurs organes et à l’influence dangereuse de leurs travaux. Ajoutons qu'il en est parmi eux que l’idiosyncrasie ou une disposition particulière inconnue défend contre ces agens nuisibles ,,tandis qu'une nature opposée, chez d’autres, les y rend cruellement sensibles. Ainsi, par exemple, on voit des ouvriers traiter le plomb impunément , sans prendre aucune précaution, et pendant de longues années ; d’autres, au contraire, deviennent promptement sujets à tous les maux qu’il peut produire; et éprouvent de graves rechutes auxquelles ils succomberaient infailliblement s'ils n’abandonnaient pas cette profession meurtrière. M. Corvisart a eu cent fois l’occasion de faire cette observation à V'hôpital de la Charité, où se rendent presque tous. les ouvriers attaqués de la colique de plomb. Quant aux maladies dont les professions préservent, Ramazzini en cite plusieurs exemples : ainsi les ouvriers qui travaillent les mines de cuivre et les salpètriers n'ont jamais mal aux yeux. Suivant cet auteur, ceux qui exercent les jambes dans leurs travaux ne ressentent point les douleurs vives de
INTRODUCTION. XXXVIF la goutte ; les femmes qui s'occupent à faire des tissus ne sont pas sujettes aux suppressions des règles ; les plâtriers , les vidangeurs , les em ployés à la poudrette, et les ouvriers qui travaillent le soufre, sont très-rarement affectés des. maladies de la peau.
EL est assez facile de rendre raison de ces ‘in fluences des professions. En effet, si des maladies peuvent naître par des mouvemens vicieux et par un air plus ou moins altéré ; les ouvriers qui sont forcés d'employer les premiers dans leurs travaux et de respirer un air malsain dans leurs ateliers , seront vivement attaqués de ces maux ; et, d'un autre côté, si un exercice continué et un caracière particulier de l'air sont contraires à la production de certaines maladies , il est incontestable que ceux des ouvriers qui jouissent de ces deux avantages, dans leur profession seront à l’abri des maux qu'ils éloignent d’eux.
On entend par maladies endémiques celles qui sont propres à certains lieux. On les attribue ordinairement aux eaux, à l'air, à la production du sol, à la situatiôn d’un pays, à la nature des fossiles qu'il contient dans son sein. Ne peut-on pas croire que ces maladies , le plus souvent indépendantes des. professions , en sont quelquefois une suite ? Des recherches étendues et exactes découvriraient peut-être le rapport qu'il y a entre les professions et ces maladies. Seraitil tout-à-faië hors de vraisemblance que des manufactures qui.