‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 10 sur 98 · XXX VII] INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX VII] INTRODUCTION

occupent quelquefois la plus grande partie d'um bourg ou d’un village puissent préserver ces lieux de certaines maladies, ou en faire naître de nouvelles , en corrigeant l'air et les eaux , ou bien en altérant leurs qualités et en leur communiquant un caractère nuisible et même délétère ? Cest ainsi , par exemple , que les exhalaisons méphitiques qui s’exhalent des ateliers des tanneurs , des mégissiers , de corroyeurs , des bouchers, des poissonneries rendent des quartiers infects ; et c’est pour cette raison, qu’au rapport de Paul Zacchias, dans les villes hien policées, ces aftisans sont relégués dans les faubourgs et loin du commerce des autres hommes. Ainsi le chanvre qui rouit dans les eaux les corrompt, et laisse dégager des vapeurs très-pernicieuses.

Ces idées, bien appréciées, ne pourraient-elles pas répandré des lumières sur la situation desnouvelles manufactures, sur le déplacement des anciennes , et leur transport dans des lieux où elles ; ne seraient pas nuisibles (1); enfin sur l# nature

(3) On ne peut douter que exploitation des'arts et métiers augmente beaucoup l'insalubrité des villes. Plus une ville a d’étendue, plus elle est manufacturière, et plus le Gouvernement doit veiller à ce que les ateliers ne nuisent à la santé des habitans. Le 13 septembre 1810, il parut un décret qui détermina les fabriques qui ne pouvaient pas élre formées dans

-le voisinage des villes. L'importance de ce décret nous engage à le transcrire ici tout entier. | :

« À compter de la publication du présent, les manufae-

INTRODUCTION | XXXIX Q ÿ e , . à | x .

et la guérison, je ne dis pas de toutes; mais de quelques maladies endémiques ? C'est aux méde= eins des départemens qui sont à portée de faire

tures et ateliers qui répandent une odeur insalubre ou incommode ne pourront être formés sans une permission de l'autorité administrative. Ces établissemens seront divisés en trois elasses : la première classe. comprendra ceux qui doivent être éloignés des habitations particulières ; la seconde, les manufactures et ateliers dont l'éloignement des habitations n’est

pas rigoureusement nécessaire , Mais dont ik importe néan-

moins de ne: permettre la formation qu'après avoir acquis la: certitude que les opérations qu'on y pratique sont exécutées dé manière à ne pas incommoder les propriétaires du voisinage , ni à leur causer des dommages. Dans la troisième classeseront-placés Les établissemens qui peuvent rester sans inconvéniens auprès des habitations , mais qui doivent rester soumis à la surveillance de la police. | » Ea permission, pour les manufactures et fabriques de première classe, ne sera accordée qu'après les formalités * suivantes : la demande en autorisation sera présentée au préfet , et affichée , par son ordre, à cinq kilomètres de rayon. Dans ce délai, tout particulier sera admis à présenter ses moyens d'opposition. Les maires des communes auront la même faculté S'il y a des oppositions, le conseil de pré-. fecture donnera-son avis , sauf la décision au conseil d'état. S'il n'y a pas d'opposition , la permission sera accordée , s’il y a lieu , par un décret rendu au conseil d'état} sur l'avis du préfet et le rapport du ministre de l'intérieur. » L'autorisation de former des manufactures el ateliers. compris dans la seconde classe ne sera accordée qu'après. que les formalités suivantes auront été remplies : Fentrepre-

meur adressera d’abord sa demande au sous-préfet de son

xl: INTRODUCTION.

des observations en ce genre. à éclaircir ces dou" tes et à répondre à à cette question.

Les maladies épidémiques attaquent tout un

arrondissement , qui la transmeltra au maire de la commune dans laquelle on projette de former l'établissement , en le chargeant de procéder à des infotmations de commodo et incommodo. Ges informations terminées , le sous-préfetprendra sur le tout un arrêté qu'il transmettra au préfet ; celui-ci statuera , sauf le recours au conseil d'état par toutes parties intéressées. S'il y a opposition , il sera statué par le conseil de préfecture , sauf le recours au conseil d'état. ;

» Les manufactures et ateliers, ou établissemens portés dans la troisième -classe , ne pourront se former que sur la permission du préfet de police à Paris, et sur celle du maire dans les autres villes. S'il s'élève des RE ar conire la décision prise par le préfet de police ou les maires, sur, la demande en formation de manufactures ou d’ ateliers 20 ue pris dans la troisième classe, Fa seront jugées en conseil de préfecture.

» Les dispositions du présent décret n'auront point d'effet rétroactif : en conséquence, tous les établissemens qui sont aujourd'hui en aclivilé continueront d’éire exploités librement, sauf les dommages dont pourront étre passibles les entrepreneurs et ceux qui préjudicieront aux propriétés de leurs voisins. Les dommages seront arbitrés par les tribunaux.

» Toutefois, en cas de graves inconvéniens pour la salubrité publique, la culture ou l'intérêt général, les fabriques et ateliers de première classe qui les causent. pourront étre supprimés en xertu d’un décret rendu en conseil d'état après avoir entendu la police locale, pris l'avis du préfet , reçu la défense des manufacturiers ou re

» Aiclicrs de première classe qui ne pourront plus étre

INTRODUCTION. » x];

pays à la fois ,-et sont pour l’homme un des fléaux les plus terribles qu’il ait à redouter. L’observation de plusieurs siècles peut servir ici de preuve pour l'influence des professions sur ces maladies. Dans toutes les pestes qui ont désolé les différentes

Jormés-dans le voisinage des habitations particulières , etc. Amidonniers , artificiers', bleu de Prusse, boyaudiers , charbon de terre épuré, charbon de bois épuré, chiffonniers , colle-forte , acide sulfurique, suif brun, ménagerie , minium, fours à plâtre, fours à chaux, parchemins, poudrette, rouissage du chanvre, sel ammoniac, soude artificielle, tafletas

“et toiles vernis , tueries , tourbe carbonisée, triperies ; échaudoirs , cuirs vernis , cartonniers ,; fabriques de vernis, fabriques d'huile de pieds et de cornes de bœuf.

» Ateliers de seconde classe dont l'éloignement des habitations n’est pas rigoureusement nécessaire , elc?.Blance de céruse , chandeliers » COTrOYÿ eurs , Couverturiers , dépôts de cuirs verts à distillation d’eau- de-vie, fonderies de métaux, aflinage de métaux au fourneau à manches, suif en branches, noir d’ivoir , noir de fumée, plomberies , plomb de chasse, salles de dissection, fabriques de tabac, tafletas cirés, va- ‘cheries, teinturiers, hongroyeurs, mégissiers , pompes à feu ? blanchiment des toiles par Facide muriatique oxigéné, les flatures de soie. Fa

» Ateliers de troisième classe ; etc. Alun, bouton ; brasseries , Ciriers, colle de parchemin et dndon. cornes transparentes , caractères d'imprimerie , doreurs sur métaux, papiers peints, savonneries , vitriol, tte. »

On ne trouve pas, .ilrest vrai, dans celte énumération, “toutes les espèces d’établissemens que l'industrie a créés ; mais rien n'est plus facile que de ranger sous les trois classes précilées les professions dont Le décret n’a. pas parlé.

xhj. INTRODUCTION.

villes et dévasté des régions entières , les médez Cins qui les ont décrites ont observé constam— ment des professions privilégiées qui mettaient à l'abri de la contagron tous ceux qui les exercaient, et d'autres dont les ouvriers périssaient sans qu'il en restât un seul. Parmi beaucoup d’exenples qu’on pourraitrapporter à cetégard,ron peut citer lessuivans : Dans la peste affreuse qui désola Marseille en 1720, tous les boulangers périrent , et on fut obligé d'en faire-venir des villes. voisines pour suflire aux besoins du peuple. M. Desgenettes, dans son Æistoire médicale de l'Armée d'Orient, dit que les boulangers, les cuisiniers , les forgerons ; ct tous les ouvriers exposés à des changemens brusques de température , ont contracté la peste plus facilement. Au contraire; dans plusieurs autres pestes , on a observé que les vis dangeurs , les corroyeurs, les porteurs d’eau, les fabricans d'huile et les chasseurs Fe HE la.

contagion.

- Ces faits singuliers ;-et qui méritent toute lat tention du philosophe, ne pourraient-1ls pas ré— pandre un très-grand ] jour sur la nature , la mar che ct la guérison des maladies. épidémiques ? N'est-il pas probable que des observations réitérées sur les ouvriers qui sont tous frappés de la contagion, ou qui lui échappent tous ; éclaireraient sur sa cause, et que cette cause, une fois connue, ouvrirait un chemin à la découverte de celle des épidémies ? IL y a de fortes raisons pour

INTRODUCTION. | xl} le croire. En effet, ‘les médecins ont unanimement attribué les maladies populaires à desmiasmes répandus dans l'air, ou bien à une qualité pernicieuse des alimens. Mais’ si nous concevons ficilement que ces deux. causes doivent agir avec plus d'énergie sur ‘des sujets affaiblis et iéut les humeurs sont viciées ; SLnous pouvons nous per suader que l’action de ces causes peut être détruite, où du moins rendue nulle, par un exercice continuel, par des” substances gazeuses et préservatives, qui, en se mêlant à l'air, corrigent sa qualité nuisible , et lui redonne sa. pre mière pureté, nous verrons pourquoi les ouvriers que leur profession: rénd faibles et cacochymes sont tous attaqués par la maladie; et pourquoi ceux dont les ateliers répandent des vapeurs d’une certaine uature résistent à la contagion qui les environne.

Ces considérations sur les professions doivent donc entrer pour beaucoup dans l’observation des maladies épidémiques et un médecin qui décrit une maladie de cette nature ‘doit donc y avoir beaucoup d’égard (1).

CL) IE serait à souhaiter que l’Académie royale de Médedecine , qui vient d’être institu‘e par le Roi, voulüt bien charger les médecins des départemens qui correspondront avec elle, de faire des recherches sur les maladies des artisans , sürtout dans les. conslilutions épidémiques qu'ils entreprendront de décrire,

xliv INTRODUCTION.

Le bien qui résultera de l'observation des maladies des professions, relativement aux endémies et aux épidémies , n’est pas prochain , il est vrar; mais l’éloignement des siècles n’est rien pour les savans ; il suflit que leurs travaux puissent être utiles à ceux qui vivront après eux pour qu'ils soient engagés à les poursuivre avec ardeur ; et le bien des hommes ; en quelque temps qu’il arrive, est l'unique but où ils tendent tous.

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