CHAPITRE III
J)es maladies qui affectent la peau des enfans.
L’enfant est sujet à plusieurs maladies cutanées pendant les premiers mois qui suivent sa naissance, et même jusqu’à la puberté. Il y en a dont toute la surface du corps devient jaunâtre et érysipélateuse ; chez d’autres la peau se couvre d’efflorescences et de rougeurs ; quelques-uns ont le front et même le visage entier parsemé de pustules ou de croûtes ; enfin il n’est pas rare à cet âge de voir la peau se gercer ou se fendiller dans les endroits où elle est sillonnée par des plis, comme au cou, aux aines, et au haut des cuisses. La petite vérole , la rougeole , la teigne, etc., sont encore des maladies propres à l’enfance.
ARTICLE PREMIER
De l’ictère des en fans.
C’est au docteur Baumes qu’on doit la description la plus complète et la plus exacte de celte maladie. Avant lui divers médecins et accoucheurs en avaient parlé d’une manière fort vague ; Morgagni l’avait observée sur quinze enfans dont il avait été le père, et l’attribuait aux changemens que la naissance apporte dans la circulation. Des auteurs avaient aussi prétendu , mais sans fondement , qu’elle était propre ou naturelle à l’espèce humaine.
Suivant le professeur de Montpellier, dont le mémoire sur cette question fut couronné vers la fin du siècle dernier par l’ancienne Faculté de Paris, l’ictère des nouveaux-nés peut être déterminé par plusieurs causes. Le méconium retenu dans le conduit intestinal est la plus commune ; viennent ensuite le lait trop vieux , et par conséquent trop disproportionné aux organes digestifs du nourrisson ; en un mot , l’embarras des premières voies par des saburres laiteuses , l’abus des huileux et des spiritueux , l’impression subite de l’air froid, le spasme ou l’augmentation vicieuse de tonicité dans les pores biliaires, l’inflammation et les lésions organiques du foie ; enfin , selon quelques auteurs cités par M. Baumes , l’immer-
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sion des nouveaux-nës dans l’eau froide , la compression de la tête , et la bouillie dont on se sert trop souvent dans le nourrissage. Nous ne parlerons pas du sang qui se putréfie dans le cordon ombilical , et auquel Levret attribuait la maladie dont il est question. Si cette hypothèse était fondée , l’enfant dont le cordon aurait été lavé et blanchi ne serait jamais ictérique , ce qui est démenti par les faits. L’ictère dépend-il , comme on l’a cru , de ce que la tête de l’enfant reste trop long-temps découverte ? Si cela est , cette cause peut être rapportée à l’impression de l’air.
Quoi qu’il en soit, d’après cette étiologie, on expliquera avec facilité pourquoi l’allaitement maternel est préférable à tout autre, et pourquoi , suivant la remarque d’un auteur moderne , sur vingt enfans nourris par une étrangère, il y en a quinze qui sont attaqués d’ictère , tandis qu’il y en a dix-sept qui en sont exempts lorsqu’ils sont allaités par la mère.
Les symptômes de cette maladie peuvent se diviser en communs et en particuliers, suivant qu’ils appartiennent à toutes les espèces d’ictère en général , ou à celle qui est produite par une seule cause.
Tout enfant qui devient ictérique après sa naissance, a la peau, la conjonctive, la langue , la bouche, le tissu cellulaire, et même les viscères
abdominaux, jaunes, verdâtres, ou de couleur de feuille morte. La superficie de son corps est plus chaude et plus rude qu’à l’ordinaire ; ses urines et sa transpiration déposent sur le linge une matière bilieuse , et lui donnent une teinte analogue ; les déjections alvines sont jaunâtres , quelquefois noirâtres , le plus souvent grisâtres.
Quant aux symptômes des autres espèces d’ictère, ils varient comme les causes qui les produisent ; celle qui tient au spasme des conduits biliaires se déclare brusquement ou d’une manière subite ; elle est accompagnée de cardialgies ou de coliques atroces ; le ventre est tendu ; l’épigastre resserré ; il y a des nausées ou des vomissemens, quelquefois des convulsions, l’enlant rend peu d’urine ; ses déjections sont verdâtres.
L’ictère cpii dépend d’une affection du foie , telle que l’obstruction, se reconnaît à la proéminence et à la dureté de l’hypocondre droit , au défaut d’appétit , à la langueur des digestions, à la couleur livide du visage , à la maigreur des extrémités , à l’insomnie.
L inflammation du foie a pour caractères la douleur , la rénitence , et la tension de cet organe ou de la région qu’il occupe ; l’enfant est dans une continuelle agitation ; le ventre est ordinairement resserré ; il y a de la fièvre.
Ce sera donc d’api’ès ces signes qu’on recon-
naîtra les differentes espèces d’ictère, et qu’on les distinguera d’avec d’autres affections, telles que la rougeur érysipélateuse des nouveaux-nés. Ce sera encore d’après l’examen des causes et des symptômes qu’on pourra juger si cette maladie peut se terminer d’elle-même , ou si elle exige les secours de l’art , si elle est facile ou difficile à guérir, incurable ou mortelle. Ainsi l’ictère produit par le méconium retenu dans les voies alimentaires , par la saburre laiteuse , par l’abus des huileux, des spiritueux ou de la bouillie, n’est jamais d’un bien sinistre présage ; mais il n’en est pas de même lorsque cette maladie tient au spasme des conduits biliaires , à l’inflammation ou à un vice organique du foie. On ne peut jamais bien augurer non plus de l’ictère qui sucsède à une pression exercée sur la tête par le forceps ou par la main d’une imprudente matrone , soit que l’eflèt de cette pression se borne à la tete , soit qu’elle détermine sympathiquement un abcès au foie, ce qui ne paraît pas trop vraisemblable , malgré l’assertion de quelques au teurs.
Le traitement de l’ictère varie suivant les causes qui le déterminent. Celui qui dépend de l’immersion du nouveau-né dans de l’eau froide, ou de la première impression de l’air, n’exige aucun remède ; car, comme il ne dérange aucune fonction , il ne mérite point le nom de
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maladie , et la nature suffît pour rétablir la couleur naturelle de la peau. Qu’on tienne seulement le corps de l’enfant propre , qu’on ranime surtout la transpiration insensible par de légères frictions avec la main ou avec un morceau de flanelle, et par des lotions réitérées avec l’eau de savon ou avec l’eau vineuse.
L’ictère causé par un trop long séjour du méconium dans l’intestin , se dissipe par la succion du premier lait de la mère. Si l’enfant est confié à une nourrice étrangère , on peut conseiller à celle-ci quelques délayans, tels que l’eau d’orge ou de chicorée sauvage, afin de diminuer la consistance de son lait , et de le rendre légèrement purgatif. Le docteur Baumes conseille alors, pour prévenir l’ictère , de donner à l’enfant du petit-lait clarifié, dans lequel on délay e du miel, ou dans lequel on fait infuser quelques fleurs de pêcher, ou quelques pétales de roses pâles. On peut encore recourir au sirop de chicorée composé de roses pâles ou de fleurs de pêcher , dont on délaye une ou deux onces dans le triple d’eau simple ou d’eau d’orge , et dont on donne à l’enfant par cuillerées plus ou moins rapprochées , jusqu’à ce qu’il ait rendu le méconium. Avec quelques légères modifications, ces purgatifs peuvent être appropriés à toutes les circonstances où l’en faut se trouve. S’il est très-sensible ou trèsnerveux , on y mêle de l’eau de fleurs d’oranger
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ou de tilleul ; s’il est faible , on les délaye dans un véhicule tonique , tel que l’infusion de camomille romaine , de sauge ou de petite centaurée. Dans l’inter v'alle on fortifie l’enfant avec du jus de viande , ou avec du vin plus ou moins étendu d’eau.
Lorsque l’ictère dépend de la saburre qu’un lait trop vieux laisse dans l’estomac , on fait d’abord vomir l’enfant avec l’ipécacuanha ou le tartrate de potasse antimonié convenablement mitigé ; on passe ensuite aux délayans et aux légers purgatifs, comme s’il s’agissait d’évacuer le méconium.
Les bains tièdes, les fomentations émollientes, et les lavemens antispasmodiques avec les décoctions de têtes de pavot , le camphre ou l’assafetida , conviennent pour apaiser les coliques et la tension du ventre qui accompagnent l’ictère spasmodique. La poudre de Guttète et le laudanum iiquide de Sydenham sont propres à calmer l’agitation nerveuse et les convulsions occasionees par l’acidité des premières voies , quand on a donné la magnésie ou la muriate calcaire. L’abus des huileux , des spiritueux et de la bouillie , ne demande qu’un régime plus analogue à l’hygiène de l’enfant.
Pour remédier à l’engorgement du foie , on a conseillé les amers , tels que les préparations de rhubarbe, l’extrait de fiel de bœuf, etc. ; les fon-
dans , tels que les préparations martiales , le savon ; les apéritifs , tels que les chicoracées , la décoction de racine fraîche de patience sauvage. Le docteur Baumes recommande aussi d’appliquer des cataplasmes avec la pulpe de Bryone sur I hypocondre droit. Mais quel avantage pourrait-on retirer de tous ces médicamens , si le foie était affecté de quelque lésion organique ? La mort de l’enfant serait alors inévitable.
Dans le cas d’hépatite ou d’inflammation du foie, on saigne le petit malade •, on applique des sangsues à l’anus ou sur la région du foie ; on fomente l’hypocondre droit avec des décoctions émollientes.
Enfin, la saignée par le cordon ombilical est le moyen le plus propre à prévenir l’iclère , quand la tête a été trop fortement comprimée par la résistance du bassin, parles instrumens ou par la main de l’accoucheur. Il est même indispensable d’appliquer alors des sangsues derrière les oreilles, si le sang ne coule pas assez abondamment par l’extrémité du cordon. Les ecchymoses du cuir chevelu se dissipent par l’usage des fomentations résolutives avec le vin , l’eau-de-vie camphrée , etc.
ARTICLE IL
De V érysipèle des enfcins nouveau-nés.
La peau de l’enfant qui vient de naître jouit d’une très-grande sensibilité, ce qui fait qu’elle est facilement irritée par la première impression de l’air. Quelquefois il arrive aussi qu’on lave le nouveau-né dans de l’eau trop chaude , ou qu’on l’essuie avec des linges trop rudes.
Ces deux causes déterminent sur tout le corps ou sur quelques-unes de ses parties, une couleur d un rouge obscur qui disparaît sous la pression du doigt , pour reparaître immédiatement après. Peu à peu l’épiderme devient furfuracé ou s’enieve par écailles , et la peau reprend sa couleur naturelle.
Cette maladie est donc bien facile à distinguer d’avec l’ictère ou jaunisse des nouveau-nés. Celle-ci se déclaré pour l’ordinaire plus tard que la première; la couleur jaunâtre de la conjonctive , et les taches analogues que l’urine imprime au linge dans l’une de ces deux affections , doivent empêcher de la confondre avec l’autre.
D’ailleurs, l’érysipèle des nouveau-nés est toujours d’une bénignité qu’on n’observe pas constamment dans l’ictère. Les remèdes n’y sont jamais indiqués ; la nature seule guérit cette lé-
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gère inflammation ; on peut tout au plus l’aider par quelques légères lotions , si on le juge à propos.
ARTICLE III
De V efflorescence cutanée des nouveau-nés.
Quand on ne prodigue pas à l’enfant qui vient de naître les soins d’une propreté assidue ; quand on néglige surtout de le laver de la tête aux pieds, sa peau se recouvre de crasse , et devient imperméable à la transpiration insensible. De là des taches rougeâtres , des efflorescences , des pustules , des boutons , qui se manifestent d’abord sur le visage et le cou , pour s’étendre ensuite sur d’autres parties , et même sur tout le corps.
Ces sortes d’éruptions , dont les parens sont quelquefois effrayés, n’ont rien d’alarmant. Elles disparaissent d’elles-mêmes en peu de temps , pourvu qu’on n’expose point les enfans à l’impression du lroid , qu’on les lave avec soin , et qu’on les tienne chaudement.
Mais , si l’on négligeait de prendre ces précautions , qui sont purement hygiéniques , on aurait à redouter les accidens qui accompagnent la répercussion des maladies cutanées , le vomissement, la diarrhée, la colique , etc. Ce fut ce qui arriva chez un enfant de six semaines , dont Armstrong rapporte l’histoire. Il était tourmenté
d’un dévoiement et de tranchées qui l’avaient presque réduit aux abois. Pour le soulager, ou le mit dans un demi-bain chaud jusqu’à la poitrine ; et, pendant cette immersion, on lui frotta l’abdomen et les membres. Quelques minutes après , ses yeux se ranimèrent : exi le retirant du bain , on l’enveloppa dans une flanelle chaude , qui provoqua une sueur abondante. Après cette crise, on lui appliqua un vésicatoire entre les épaules ; ce qui acheva de le rappeler à la santé, quoiqu’on 11e vit point reparaître l’éruption. Cet exemple fournit un double modèle des maux qu’occasionent ces sortes d’efflorescences, quand elles viennent à rentrer , et des moyens propres à y remédier .
ARTICLE IV
Des rougeurs des parties génitales et des fesses.
L’enfant qu’on ne tient pas propre ne tarde pas à devenir malade , surtout quand il est déjà faible et délicat. Il faut le changer souvent de langes , au moins toutes les fois qu’il est sale ou qu’il en a besoin; sans quoi l’urine etlesexcrémens acquièrent , par la chaleur du corps , une acrimonie qui irrite la peau des aines, des organes génitaux , des cuisses et des fesses. C’est là ce qui donne lieu à la rougeur plus ou moins animée de ces parties , à des pustules , et quel-
quefois.ii une démangaison incommode qui ôte le sommeil. Le nouveau-né finit même par s’écorcher , s’il croupit long-temps dans l’ordure.
Il est arrivé à des praticiens peu attentifs de prendre cette incommodité des nouveau-nés pour un signe de vérole héréditaire ou congéniale ; mais l’examen de la cause et de la circonstance où le malade se trouve , aide beaucoup à éviter une pareille méprise. D’ailleurs, les pustules vénériennes ne ressemblent point à celles qui sont l’effet de la malpropreté; les unes sont aplaties , verruqueuses , frangées ou irrégulières ; les autres arrondies et élevées en pointe ; celles-là pi’ennent une couleur livide ou brunâtre , celles-ci restent toujours rouges; enfin, les pustules ou excoriations vénériennes ne cèdent qu’aux mercuriaux , et résistent à tout autre remède , tandis que les pustules ou ro ^eurs dont il est question ici disparaissent par quelques lotions adoucissantes , telles que la décoction de racine de guimauve , à laquelle on ajoute une pincée de fleurs de sureau , ou un peu de vin.
ARTICLE V
Des gerçures de la peau chez les cnfans.
Cette solution de continuité ne s’observe que dans les endroits où la peau forme des plis ou des rides profondes, comme aux cou , aux aines.
au haut des cuisses, etc. ; les enfans y sont d’autant plus sujets qu’ils sont plus gras ou plus potelés , surtout quand on n’a pas soin de les tenir propres.
La peau , avant de se gercer , paraît rouge , et légèrement phlogosée ; quelquefois la démangeaison y est assez sensible ; enfin , elle se fendille , et offre des excoriations , plus ou moins étendues, d’où il suinte une humeur séreuse qui forme des croûtes en se desséchant.
Le meilleur nïoyen de prévenir cette ulcération est de saupoudrer les parties qui y sont le plus exposées, avec de l’amidon ou toute autre substance absorbante, dès que la peau commence à rougir ou à s’enflammer. Les lotions adoucissantes souvent répétées conviennent aussi , parce qu’elles empêchent la matière de la transpiration de séjourner dans les plis de la peau, et d’y former de la crasse.
A la campagne , on emploie de la sciure ou du bois vermoulu pour le même effet. Mais , si l’on n’a pas soin de la tamiser , il peut y rester des échardes qui augmentent l’irritation au lieu de l’apaiser.
Pour favoriser la cicatrisation des gerçures à la peau , on a quelquefois fait usage de préparations saturnines , telles que la céruse ou blanc de plomb avec la craie , le blanc de plomb ou oxyde blanc de ce métal par l’acide acé'eux. Mais ces topiques
doivent être sévèrement proscrits , parce qu’ils peuvent produire la colique des peintres , la paralysie, des convulsions , etc.
ARTICLE VI
De la suppuration ou suintement des oreilles.
Le derrière des oreilles est ordinairement humide chez les enfans ; c’est même un des symptômes qui accompagnent presque toujours le travail de la dentition ; quelquefois la peau s’y ulcère , et fournit un suintement ou suppuration plus ou moins abondante. Cette espèce de gourme est loin de nuire à la santé ; il y a , au contraire , des enfans à qui elle est très-avantageuse, surtout lorsqu’ils ont la tète trop grosse par rapport au Volume du corps.
Il suit de là que cet émonctoire , établi, pour ainsi dire , par la main de la nature , doit être toujours respecté , ou du moins traité avec beaucoup de réserve et de circonspection. D’ailleurs, l’expérience a prouvé nombre de fois que l’on avait eu à se repentir de l’avoir trop promptement supprimé. Armstrong a vu des coliques atroces et des convulsions succéder au dessèchement des oreilles ; Rosen et d’autres praticiens ont observé ' des ophthalmîes ou affections des yeux produites par la même cause. Qui pourrait calculer les maux
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auxquels on exposerait les enfans , si l’on arrêtait cet écoulement pendant la dentition ?
Qu’on se garde donc bien d’appliquer aucun topique astringent ou dessiccatif derrière les oreilles , pour en tarir le suintement , et en cicatriser l’ulcération. Il faut s’en rapporter uniquement à la nature qui saura bien guérir cette légère maladie , dès qu’elle n’en aura plus besoin pour établir l’équilibre entre les différentes parties de l’organisme. Le praticien suédois, que nous ayons cité plus haut, conseille de laver la partie affectée avec une solution de sucre de Saturne ; mais pourquoi ne pas proscrire l’usage de ce répercussif, puisqu’il dit plus bas que les préparations de plomb absorbées par les pores peuvent occasioner des coliques , des tranchées , et même des attaques de spasme ?
Laver le derrière des oreilles avec un peu d’eau tiède ou avec un peu d’infusion de guimauve ; appliquer sur les ulcères , non des feuilles de choux rouges, comme cela se pratique en certains endroits, mais des feuilles de poirée enduites de beurre, et les y maintenir au moyen d’une compresse de linge blanc, qu’on a soin de renouveler ; voilà en quoi consiste tout le pansement. Si ce petit appareil se colle aux oreilles , on l’humecte pour l’enlever avec plus de facilité.
L ulcération fait-elle des progrès , se propaget-elle le long du cou, et devient-elle douloureuse,
iixez-la derrièrè les oreilles au moyen d’un vésicatoire : c’est encore le remède auquel il faut recourir sur-le-champ , lorsque le suintement disparaît ou diminue pour faire place à l’affection des yeux, au gonflement des parotides, des glandes cervicales , etc.
11 peut arriver que l’ulcère des oreilles soit de nature dartreuse , et qu’il continue au-delà du terme ordinaire ; il faut alors donner à l’enfant, ou à sa nourrice s’il tette encore , les remèdes les plus propres à déraciner ce vice impur. Les chicoracées, la fumeterre, la racine de patience, etc., produisent alors de très-bons effets , et paraissent bien mériter le titre de dépuratifs qu’on leur donne dans certaines Pharmacopées.
ARTICLE VIL
Des oreillons .
On donne le nom dé oreillons au gonflement des parotides. Ces sortes de tumeurs sont presque toujours produites par le travail de la dentition , par le dessèchement subit des oreilles ulcérées , ou en suppuration ; elles dépendent aussi quelquefois du vice scrophuleux ; elles sont avec ou sans fièvre , suivant qu’elles consistent dans le simple engorgement , ou dans l’inflammation des glandes. La rigidité et la douleur qu’elles déterminent dans l’articulation de la mâchoire
inferieure , doivent nécessairement en gêner la mobilité : ce qui cause de la difficulté dans la mastication et la parole.
Le traitement de ces tumeurs doit être relatif aux causes qui les ont produites. Rappeler le suintement des oreilles , favoriser la dentition , combattre le vice scrophuleux , telles sont ordinairement les indications à remplir. Si les tumeurs sont douloureuses, et passent à l’état de suppuration , on y applique des topiques émoiliens et maturatifs. On déterge ensuite l’abcès , et on cicatrise la partie suivant les règles de l’art.
ARTICLE VIII
De l’ inflammation de l’ombilic.
Après l’omphalotomie, le bout du cordon qui tient au nombril , et sur lequel on a pratiqué la ligature , se flétrit insensiblement , se dessèche , et tombe de lui-même au bout de quelques jours. Alors la peau qui se réfléchit , et se termine sur les vaisseaux ombilicaux , les serre avec plus ou moins de force , et y détermine une légère inflammation. Le bord de l’anneau paraît un peu rouge , et comme ulcéré ; il en suinte un fluide puriforme qui diminue de jour en jour; enfin , la cicatrice s’opère , et le nombril est complètement affermi.
On a donc tort d’attribuer cette inflammation à la ligature trop serrée du cordon ombilical , attendu qu’elle agit sur des parties entièrement privées de sensibilité. D’ailleurs, on ne pratique pas toujours la ligature , et l’inflammation n’en arrive pas moins. Le beurre dont on enduit la compresse qu’on applique sur le nombril, pourrait avoir plus de part à cette maladie , si l’on n’avait soin de renouveler ce corps gras pour en prévenir la rancidité. Mais ce ne serait jamais là qu’une cause accessoire.
Rien de plus simple que le traitement de l’inflammation ombilicale ; il suffit de bassiner le nombril avec un peu de vin tiède miellé , et d’y appliquer des compresses trempées dans le même liquide. Quand il n’y a plus d’irritation, on peut avoir recours à un vin aromatique pour accélérer et consolider la cicatrice.
ARTICLE IX
De V 'hémorrhagie ombilicale.
Cette affection consiste dans un suintement de sang par l’extrémité des vaisseaux ombilicaux qui conservent encore une partie de leur calibre , ou qui sont mal cicatrisés. Underwood a eu occasion de l’observer deux ou trois fois sur des enfans nouveau-nés. Elle est , en général , assez rare , quand la ligature du cordon a été
DES MALADIES DES ENFANS. 217 bien faite. Le sang peut couler pendant plus ou moins de temps , et avec plus ou moins d’abondance , quelquefois même d’une manière qui alarme , et fait craindre pour la santé de l’enfant.
On remédie à cet accident au moyen d’une petite compresse, en forme de cône, qu’on adapte au nombril, et qu’on maintient, pendant deux ou trois semaines , par un emplâtre agglutinatif et par un bandage. Il serait ici très- difficile , même impossible , de lier le vaisseau d’où le sang coule , parce qu’il est situé trop profondément. La cautérisation en serait aussi fort incommode ; peut-être même n’empêcherait-elle pas le sang de reparaître comme Underwood l’a remarqué , après y avoir appliqué le caustique lunaire , ou nitrate d’argent.
ARTICLE X
Des engelures.
Les engelures ne sont autre chose qu’une espèce de phlegmasie cutanée , qui fixe ordinairement son siège sur les parties les plus éloignées du centre de la circulation. Les individus dont la peau est tendre et délicate y sont plus disposés que les autres , surtout lorsqu’ils en ont été affectés une fois. Cette maladie est déterminée par le passage trop subit du chaud au froid ou
du froid au chaud , et surtout par l’humidité des mains qu on n’essuie pas assez après les avoir lavées, ouqu on approche du feu quand elles sont froides.
On expliquera de là pourquoi elle attaque plus fréquemment les enfans que les adultes et les vieillards; pourquoi ceux qui ont une constitution lymphatique et faible y sont plus sujets que les individus robustes et sanguins ; les femmes plus que les hommes ; pourquoi elle se manifeste presque toujours aux extrémités des membres, aux mains, aux pieds, aux talons, au nez, aux oreilles; pourquoi elle règne à la fin de l’automne , et à l’arrivée du printemps; en un mot, toutes les fois que l’air passe brusquement d’une température à une autre ; jamais dans le cœur de l’été , et rarement dans les hivers où le froid est constant ; pourquoi elle semble respecter ceux qui mènent une vie active , et qui bravent les intempéries des saisons , tandis qu’elle atteint ceux qui vivent dans le repos , et qui , naturellement frileux , se tiennent à l’abri des injures du temps.
Les engelures commencent par «ne démangeaison plus ou moins vive , quelquefois insupportable ; peu de temps après, la partie affectée se gonfle et s’enflamme ; le malade y éprouve des picotemens, de la douleur et de la chaleur. On y remarque successivement une teinte rouge.
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brime, livide , bleuâtre ou violette. Tous ces symptômes, surtout le prurit et l’ardeur , augmentent par l’élévation de température , par exemple , quand on approche du feu , ou qu’on est au lit.
La négligence de ces premiers accidens les fait bientôt dégénérer; la partie affectée se couvre de phlyctènes ou vésicules ; l’épiderme se gerce , et offre des crevasses plus ou moins profondes , qui se changent quelquefois en ulcères , d’où suinte une sérosité acrimonieuse.
Des praticiens ont confondu les engelures avec les tumeurs scrophuleuses qui se manifestent aux extrémités des membres , et qui portent ordinairement le nom d’humeurs froides. Mais la plus légère attention ne suffit -elle pas pour éviter cette méprise ? Les engelures sont une maladie aiguë qui n’attaque guère que la peau, qui se manifeste aux extrémités des membres , aux oreilles, au nez , et qui est toujours l’effet des variations de température dans l’atmosphère : les tumeurs scrophuleuses, au contraire, sont une affection chronique , qui a son siège dans les glandes lymphatiques , qui se développe dans différentes parties du corps , et qui dépend souvent d’un vice héréditaire.
En général , les engelures sont plus incommodes que dangereuses, à moins qu’elles ne se compliquent avec d’autres maladies, telles que
le scorbut, les scrophules, etc.; le pronostic varie alors suivant la nature des affections concomitantes ou accessoires. Elles peuvent être accompagnées de fièvre , et même passer à l’état de gangrène ou de sphacèle.
Voulez-vous prévenir les engelures, garantissez du froid et de l’humidité les parties du corps qui y sont le plus exposées, et tâchez d’en fortifier le tissu cutané ; empêchez surtout que la circulation n’y languisse , et que les fluides ne s’y accumulent. Les vêtemens chauds, l’exercice et les frictions locales , sont alors d’excellens prophylactiques ou préservatifs. On retire aussi de grands avantages des lotions avec l’eau froide , la neige , l’urine , la dissolution de sel marin ou de sel ammoniac, le vinaigre, l’eau-de-vie camphrée, et autres spiritueux. L’expérience a même attesté plus d’une fois que ces moyens suffisaient pour guérir les engelures dans la première période , lorsqu’elles ne causaient qu’un prurit incommode. Mais, quand la peau est enflammée , tendue et douloureuse , il faut nécessairement y appliquer des émolliens et des anodins , tels que des cataplasmes avec la farine de graine de lin , la pulpe de pommes ou de carottes, arrosés avec le baume tranquille ou le sirop diacode. Après la chute des accidens inflammatoires , recourez encore aux toniques ou aux astringens ; lavez les parties avec du vin tiède ou quelque infusion
aromatique , avec l’acëtate de plomb liquide , l’essence de myrrhe, de succin, etc. ; lorsque les engelures sont ulcérées, n’insistez pas trop sur les applications émollientes qui en retarderaient la cicatrisation. N’oubliez pas que les parties affectées sont naturellement dans un état d’atonie, et qu’elles réclament l’usage des fortifians dès qu’elles ne sont plus douloureuses. Il est toujours utile de recommander le lit ou le repos aux enfans qui ont des engelures aux pieds ou aux talons, si l’on veut hâter leur guérison.
ARTICLE XI
De la vermine de la têle.
Rien de plus commun que des enfans dont la te te fourmille de poux. La génération de ces insectes n’est pas toujours due au défaut de propreté , puisqu’on en observe quelquefois sur des individus dont on a le plus grand soin. On ne doit pas les attribuer non plus à la matière muqueuse vivante , qui se réorganise , dit-on , spontanément par le concours de certaines circonstances. On s’écarterait, ce semble, beaucoup moins de la vraisemblance , si l’on rapportait l’origme de ces animalcules à la faiblesse constitutionnelle de la peau, comme on explique celle des vers intestinaux par l’atonie du conduit alimentaire. Peut-être aussi les poux ne sont-ils
que l’effet cl’une crise salutaire que la nature excite pour dépurer l’enfance. Ce qu’il y a de certain, c’est que des individus, après avoir été, pour ainsi dire, rongés de vermine dans leur bas âge, jouissent presque toujours d’une trèsbonne santé le reste de leur vie. Toutefois il n’est pas facile de décider s’ils ne se seraient pas aussi bien portés sans la présence de ces insectes incommodes et dégoûtans.
Quoi qu’il en soit, l’enfant qui a des poux en abondance paraît languir ; il devient pâle , maigre ; ses glandes cervicales se gonflent ; la tête s’excorie à la longue , et rend un fluide puriforme qui se dessèche par le contact de l’air. De là des croûtes plus ou moins épaisses et plus ou moins nombreuses qui adhèrent aux cheveux.
Il semble donc, au premier coup d’œil, qu’il y ait quelque analogie entre les ulcères de la tête produits par la vermine ,' et ceux qui résultent de la teigne. Mais on évitera toute méprise à cet égard, si l’on examine avec attention le caractère , la forme , et surtout l’odeur des croûtes qui recouvrent le cuir chevelu.
On donne dans deux extrêmes bien opposés par rapport au pronostic de la vermine de la tête. Certaines mères , trop crédules , pensent que les poux ne pompent que les mauvaises humeurs des en fans, et les regardent comme né-
cessaires à leur sauté ; d’autres , au contraire , prétendent que la présence de ces insectes nuit au repos du premier âge , et emploient toute sorte de moyens pour les faire périr.
La brosse , le peigne , et quelquefois la lotion de la tète , voilà les plus sûrs prophylactiques ou préservatifs de la maladie pédiculaire. Les soins de propreté en garantissent toujours l’enfant, ou l’empêchent du moins d’en éprouver des incommodités dangereuses. On peut encore tirer quelques avantages de la coupe des cheveux, en ne leur laissant que le volume ou la longueur nécessaire pour mettre la peau qu’ils recouvrent à l’abri du froid. Tous ces moyens sont aussi d’une très-grande utilité pour détruire les poux, lorsqu’ils se sont déjà multipliés à l’excès; mais alors il est nécessaire de prendre quelques précautions. Si l’on n’a que les insectes à combattre, on peut avoir recours à quelque pommade mercurielle , au précipité rouge, ou à la poudre de staphysaigre. On peut même raser la tête, pour la décrasser ensuite plus commodément. Mais , si la vermine a déjà causé des ulcères au cuir chevelu , si les glandes circonvoisines sont tuméfiées, il serait dangereux d’employer des mercuriaux, même de couper les cheveux. L’observation atteste qu’alors il peut survenir des accidens , tels que des ophthalmies opiniâtres , des maux d’oreilles, des céphalalgies vioieu-
tes, etc. 11 faut donc se comporter ici comme dans certaines affections chroniques qu’il est dangereux de guérir trop promptement.
ARTICLE XII
De la croûte sèche du cuir chevelu.
C’est un préjugé vulgaire, surtout à la campagne , que la croûte du cuir chevelu sert , en quelque sorte, de casque à la tête de l’enfant, et en fortifie la fontanelle. Aussi se garde-t-on bien de l’enlever, et lui laisse-t-on acquérir le plus d’épaisseur possible jusqu’après le sevrage.
La malpropreté est donc la première cause de cet enduit crasseux, quoique les enfans dont on soigne l’éducation physique n’en soient pas toujours exempts. Mais en général on ne l’observe que rarement chez ceux dont on a la précaution de laver et de brosser la tête.
Cette croûte est formée par l’albumine que l’eau de l’amnios a déposée sur le cuir chevelu pendant la grossesse, et à laquelle se réunit, après la naissance , l’humeur de la transpiration insensible. Elle occupe ordinairement le sommet ou la partie supérieure de la tête. La couleur en est jaunâtre et la consistance plus ou moins grande ; elle se dessèche à mesure que l’enfant se développe ; enfin les couches les plus superficielles se déchirent, s’entr’ouvrent , et tombent
par miettes ou par écaillés, pour faire place aux plus profondes.
Nul doute que la crasse ainsi amassée autour de la tète n’ait des inconvëniens, ne fût-ce que celui de s opposer à la transpiration. On ne saurait donc trop recommander à la mère ou à la nourrice de laver ou dëterger chaque jour le cuir chevelu , d’y passer légèrement la brosse ou le peigne. Si la croûte a trop de ténacité , on peut la ramollir au moyen d’un cataplasme , ce qui est rarement nécessaire lorsqu’on a recours aux lotions. Des auteurs conseillent encore de frotter la tète avec la poudre de charbon , afin de prévenir la génération d une nouvelle croûte ; mais ces frictions ne seront-elles pas rendues inutiles par les soins d’une propreté continuelle ?
ARTICLE XIII
De Ici croûte laiteuse des en fan s.
Cette maladie a reçu différentes dénominations; «lie est connue du vulgaire sous les noms de rache ou de gourme y Chambon la regarde comme identique avec l’affection que des auteurs nomment gale lymphatique de la tête ; le docteur Baumes et le docteur Gardien la confondent avec les achores, que le docteur Alibert ne distingue pas d avec la teigne muqueuse . Or cette dernière dif-
fère essentiellement de la croûte laiteuse, comme nous le ferons observer plus bas.
Quoi qu’il en soit , on n’est pas bien d’accord sur les causes de cette éruption. Ettmuller la regarde comme contagieuse , puisqu’il pense que des enfans peuvent la contracter en portant le linge de ceux qui en sont infectés. Straek avance qu’une mère qui a été attaquée de la croûte laiteuse la transmet par l’allaitement; il ajoute avoir vu des enfans issus de parens sains , même des enfans pris dans différentes familles , la gagner en suçant le lait d’une nourrice qui l’avait eue autrefois. Quelques médecins, et entre autres Ættinger, en ont conseillé l’inoculation. On lit dans le Journal de Médecine , rédigé par MM. Corvizart , Leroux et Boyer , pour le mois de fructidor an i3 , que le docteur l’Homme est parvenu à rendre la gaîté , les forces et l’appétit, à un enfant atteint de marasme après une entérite chronique , en lui communiquant la croûte laiteuse par piqûre. Toutes ces observations ne sembleraient-elles pas prouver que cet exanthème tient à un principe contagieux ?D’un autre côté, on assure qu’on peut réunir des enfans sains avec des enfans malades, et les coucher dans le même lit , sans crue la croûte de lait se propage : ce qui prouverait aussi qu’elle ne serait pas contagieuse. Il n’y a donc qu’une suite nombreuse et constante d’expériences qui puisse décider cette question.
DES MALADIES DES EN FANS. 227 On a observe que la croûte laiteuse attaquait le plus communément les en fans à la mamelle pendant î éruption des dents. Voilà sans doute pourquoi Lorry attribuait cette maladie à une diversion de la matière nutritive occasionèe par le spasme qui accompagne le travail de la dentition. Mais n’a-t-on pas observé aussi que les enfans en ont été affectés avant ou après cette époque ? Le docteur Fischer et le docteur Baumes n’assurent-ils pas avoir eu occasion de la traiter chez des adultes ? Il parait donc vraisemblable que l’irritation du visage , déterminée par l’éruption des dents n’est pas la seule cause de la croûte laiteuse; peut-être cette irritation ne fait-elle que favoriser le développement d’un virus particulier qui pourrait rester long-temps caché dans le corps sans faire explosion ; c’est là du moins le sentiment du professeur de Montpellier déjà cité; suivant lui , on juge de la disposition à cette maladie par la plénitude extraordinaire du visage , par la rondeur , le gonflement et la rougeur intense des joues , par la dureté de la peau , par l’aspérité de l’épiderme dans les endroits où il est parsemé de plaques rouges , par l’habitude qu’a l’enfant de se frotter le visage à son oreiller ou aux vêtemens de sa nourrice, enfin par l’odeur désagréable de l’urine.
Le vulgaire, ainsi que plusieurs médecins, regardent la croûte laiteuse comme une crise avantageuse ; des parens crédules vont même jusqu’à
regretter que leurs enfans n’y aient point été sujets. De là certains médicamens qu’on a conseillés pour en provoquer l’éruption ; de là aussi l’idée qu’on a eue de l’inoculer. Mais n’a-t-on pas vu de tout temps , et n’observe-t-on pas encore tous les jours un grand nombre d’enfans qui continuent de jouir d’une bxûllante santé , quoique leur visage n’ait point été souillé de croûtes pendant l’allaitement , ou pendant la dentition ? Cet exanthème n’est donc pas aussi salutaire qu’on le prétend.
Il y a quelque temps que nous donnâmes des soins à une petite fille , âgée de trois ou quatre ans , qui était afièctée de la croûte laiteuse depuis l’éruption de ses premières dents. Cette maladie avait fait des progrès si rapides , qu’elle avait été suivie d’un marasme complet ; la mort ne se fit pas long-temps attendre. Le père de cet enfant jouissait d’une bonne santé , quoiqu’il eût essuyé plusieurs maladies vénériennes dans sa jeunesse ; mais sa mère était très -irascible et sujette à une affection dartreuse. Cette femme , devenue enceinte pour la seconde fois , est accouchée d’une fille qui a donné les plus belles espérances jusqu’à la première dentition . A cette époque, elle a été saisie de la même maladie que sa sœur, et il est à craindre qu’elle ne subisse le même sort. Ces deux exemples nous porteraient assez à croire que la croûte laiteuse pourrait bien dépendre de quelque vice héréditaire, ou se compliquer avec quelque autre
DES MALADIES DES ENFANS. 22g affection chronique . Lorry n’a-t-il pas observe que la croûte laiteuse était des plus rebelles chez des enfans issus de mères dartreuses , ou allaites par par des nourrices malsaines ?
Cette espèce d’éruption se manifeste d’abord sur le visage dont elle recouvre toutes les parties, excepté les yeux et le bord des lèvres. Elle se propage ensuite jusqu’au cou et aux environs des oreilles ; quelquefois elle gagne aussi la poitrine , l’abdomen , les bras et les cuisses.
Au début il se forme sur les parties affectées des pustules aplaties ou saillantes qui se remplissent d’une humeur limpide et un peu épaisse. Peu de temps après il en suinte un liquide glutineux qui se dessèche promptement par le contact de l’air ; de là des croûtes ou écailles furfuracées blanchâtres , brunâtres, qui se fendillent au moindre mouvement du visage , et laissent apercevoir la peaulégèrement ulcérée. Quelquefois la démangeaison est si vive , que l’enfant y porte la main , irrite ou déchire la partie en grattant , et y détermine de l’inflammation et de la suppuration. Alors nouveau suintement ; nouvelles croûtes qui s’élèvent dans les fentes des premières ; et rendent le visage raboteux , et plus ou moins difforme. Quelquefois la peau des environs se gonfle ; les glandes jugulaires et cervicales s’engorgent.
La durée de cette maladie est plus ou moins longue ; quand elle dépend de la dentition , elle
se prolonge rarement au-delà de ce travail de la nature. Mais il n’en est pas de même quand elle lient à d’autres causes , ou qu’elle se complique avec des affections differentes.
D’après cette description on ne saurait confondre la croûte laiteuse avec les achoresou teigne muqueuse ; celle-ci diffère de la première par son siège , par ses caractères extérieurs, et surtout par son intensité. La croûte laiteuse se fixe le plus communément au visage , d’où il est rare qu’elle se propage jusqu’au cuir chevelu ; la teigne muqueuse , au contraire , commence par le cuir chevelu , d’où elle s’étend au front, aux joues, au cou , au tronc , etc. Les croûtes de l’une sont le plus souvent sèches , rarement humides ; celles de l’autre sont cendrées, jaunâtres, verdâtres, presque toujours molles, et semblables à du miel corrompu. Là c’est un exanthème qui ne sort presque jamais de l’ordre de la nature; ici les symptômes offrent quelquefois tant de violence , qu’il serait dangereux de ne pas les modérer.
Nous observerons néanmoins que la marche de la croûte laiteuse n’est pas toujours si régulière ni si bénigne, qu’on doive la regarder comme une crise dépuratoire , et s’en rapporter entièrement à la nature pour le succès de la guérison. Quelques enfans éprouvent une si forte démangeaison, qu’ils en perdent l’appétit et le sommeil. Ils s’échauffent à force de gratter, et finissent par
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tomber dans le marasme , si l’on ne vient à leur secours ; tantôt les selles deviennent très-rares , et la constipation des plus opiniâtres ; tantôt, au contraire, la diarrhée épuise les malades. Le suintement du visage vient-il à se supprimer , il survient des engorgemens glanduleux , des ophthalmies, des affections comateuses, et d’autres maladies plus ou moins graves, comme chez l’une des petites filles dont nous avons parlé plus haut. Ce sont ces accidens qui ont fait croire à Chambon que l’humeur de la croûte laiteuse avait une trèsgrande acrimonie. Mais n’est- il pas plus vraisemblable que cette éruption se complique alors avec quelque autre maladie , telles que les scrophules , les dartres , la teigne , la syphilis , etc ?
Le traitement de la croûte laiteuse , quand elle est simple , n’offre pas beaucoup de difficultés. Quelques légers changemens dans le régime de la nourrice et de l’enfant, suffisent pour aider la nature à triompher de cette incommodité , lorsqu’elle dépend de la première dentition. Eviter alors les astringens , et surtout l’impression du froid , voilà les principaux moyens de prévenir la répercussion de la matière qui suinte du visage. On a soin de laver fréquemment les parties affectées avec des émoîliens , pour s’opposer à l’odeur fétide qui s’en exhale. Si la démangeaison est excessive, on ajoute quelques têtes de pavot à ces lotions pour les rendre plus calmantes ; onattache
ou bien on enferme les mains de l’enfant dans des gants , pour l’empêcher de s’écorcher. Les frictions sèches sur le tronc et les membres , les pediluves et les demi-bains opèrent encore une diversion salutaire.
La croûte laiteuse qui se complique avec d’autres affections, est beaucoup plus grave et plus opiniâtre. Quand elle dépend d’une constitution héréditaire ; par exemple , quand les parens sont dartreux , scrophuleux , etc. , ou que les enfans sont allaités par des nourrices malsaines, on compterait en vain sur les ressources de la nature et sur les remèdes ordinaires , si l’on ne venait à bout d’extirper le vice radical. La matière qui séjourne alors sous les croûtes est si âcre , qu’elle irrite , enflamme , corrode , et ulcère la peau. Il faut donc nécessairement recourir à des moyens intérieurs, et changer , pour ainsi dire, la nature des solides et des liquides. C’est ici qu’un médecin habile peut tirer le plus grand parti des amers, des savonneux, des sudorifiques, et des mercuriaux , suivant les circonstances. A-t-il à traiter la croûte laiteuse chez un enfant scrophuleux , outre les lotions topiques , il insistera plus ou moins sur les préparations de gentiane et de rhubarbe , sur l’élixir amer de Peyrilhe , sur la décoction de houblon , sur les bons alimens. Est-ce un vice psorique ou dartreux qu’il faut déraciner, donnez les extraits amers ,
tels que ceux de fumeterre , de chardon bénit, les sirops qu'on en prépare , les chicoracées , la décoction de douce amère , etc. Dans le cas de syphilis originelle , invétérée ou mal guérie, traitez encore l’enfant , et même la nourrice s’il le faut, mais toujours avec la prudence que les circonstances individuelles ou hygiéniques exigent. Si les premières voies sont remplies d’acidité, les absorbans, et surtout la magnésie ajoutée à quelque potion tonique , sont très-avantageux pour rétablir la digestion.
On conçoit donc maintenant quand et pourquoi le sirop de Belet , ou la dissolution de sel mercuriel nitreux dans l’eau , a pu être administré avec succès par Bouvard contre la croûte laiteuse ; le soufre doré d’antimoine , ou oxide d'antimoine hydro-sulfuré orangé , et l’extrait de ciguë, par Fischer ; un mélange de trois grains de savon médicinal, de deux grains de rhubarbe, et d’un grain d’aloès , par Doublet. Cela dépendait des affections qui se compliquaient avec la croûte laiteuse. Dans toutes ces occasions il ne faut point négliger l’emploi, même réitéré, des vésicatoires , qui sont les moyens les plus propres à empêcher que le suintement du visage ne se porte à l’intérieur, et n’alfecte les organes essentiels à la vie. S’il survient de la céphalalgie , de la suffocation , des maux d’yeux, on applique préférablement les exutoires à la nuque ou der-
rière les oreilles , lieux par où la nature provoque les écoulemens qui dépurent la première enfance.
Parlerons-nous ici de la pensée ou violette tricolore, dont les docteurs Strach, père et fils, ont tant préconisé la décoction dans le lait et l’extrait en sii’op, pour guérir la croûte laiteuse ? Mais à quoi bon emprunter des Allemands un remède qui ne soutient point sa réputation en France ? Cliambon atteste qu’il l’a employé plusieurs fois à la Salpêtrière et en ville , avec toutes les précautions indiquées par le professeur de Mayence , sans procurer le moindre soulagement aux malades. Il ajoute même que plusieurs de ses confrères , tous praticiens de mérite , ont fait les mêmes tentatives , et toujours sans succès : les propriétés de cette plante sont donc encore douteuses. Abandonner la maladie qui nous occupe aux seules ressources de la nature , quand elle est bénigne , ou qu’elle dépend seulement du travail de la dentition , et l’attaquer par des moyens d’une efficacité connue , lorsqu’elle se complique avec quelque vice héréditaire ou inhérent à la tonstitution ; telles sont les bases du traitement qui paraît le plus convenable.
des maladies des enfans.
ARTICLE XIV
De la teigne.
Cette maladie ulcère et désorganise le cuir chevelu où elle établit son siège; voilà pourquoi on lui a donné le nom qu’elle porte , par analogie avec l’insecte qui ronge les étoffes.
Notre intention n’est point ici d’examiner si la teigne était connue des anciens , ni de passer en revue les différentes formes quelle prend , ou les dénominations qu’elle a reçues ; nous n’en rappellerons pas non plus tous les genres et toutes les espèces proposées par les auteurs qui en ont parlé depuis Antoine d’Antioche ou Guy de Chauliac jusqu’à nos jours. Ces divisions , en général fort peu importantes, attestent seulement la vacillation des idées en médecine , tant qu’on ne prend pas l’expérience et l’observation pour cruides. Bornons-nous donc à tracer le tableau
de ce que cette maladie offre de plus exact et de plus précis par rapport à ses causes , à son siège, à ses symptômes, et à son traitement.
On observe que la teigne attaque 'le plus fréquemment les enfans ; cependant les adultes et les vieillards n’en sont pas toujours exempts; elle n’épargne aucun sexe, mais on assure qu’elle affecte plus de garçons que de filles ; les bilieux qui ont une constitution robuste , des cheveux noirs.
la peau brune , des rousseurs au visage , y sont aussi plus sujets ; elle est pour l’ordinaire compagne de la pauvreté et de l’indigence, quoiqu’on la rencontre quelquefois chez les enfans des familles aisëes. Peut-etre existe-t-il quelque qualité héréditaire ou acquise de la peau qui dispose à la contracter ; la malpropreté , l’abus des farineux , et les affections morales tristes , en favorisent beaucoup le développement. Certains individus rapportent la cause de cet exanthème à une plaie, à une excoriation du cuir chevelu , à un coup ou à une contusion de la tète, ce qui paraît supposer une disposition antérieure. On cite des cas qui semblent prouver qu’il est contagieux, et d’autres qui sont contraires à cette opinion. Des enfans l’ont gagné en faisant usage du peigne , de la brosse , du bonnet ou du chapeau qui avait servi à des malades ; d’autres, au contraire , se sont servis de ces instrumens et de ces vêtemens , et ont même habité et couché avec des teigneux , sans contracter le moindre mal. A quoi donc cela tiendrait-il ? Serait-ce à la différence de sensibilité cutanée qui rendrait l’absorption plus ou moins active ?
Quoi qu’il en soit, le siège primitif de la teigne parait être dans le tissu réticulaire du cuir chevelu; de là résultent la desquammation de l’épiderme , la rougeur, l’engorgement, la démangeaison, le prurit, la douleur, et la cuisson des parties af-
fectées ; quelquefois l’ inflammation de la peau , du péricràne , et des organes contigus , même l’êrosion des os, suivant l’intensité de la maladie. C’était donc sans raison queDuncan avait fixé la teigne dans la bulbe des cbeveux , puisqu’il est situé plus profondément que le tissu réticulaire ; d’ailleurs il n’est affecté que d’une manière consécutive. Enfin , la teigne se propage souvent jusqu’au front , au cou , et aux oreilles ; on la voit même attaquer les cuisses , les lombes , et le derrière des épaules où il n’y a point de cheveux.
Les symptômes généraux de cette maladie sont , outre la céphalalgie et le prurit , une ulcération du cuir chevelu , des vésicules entourées d’un cercle rouge, quelquefois une apparence de petits canaux dilatés qui rendent une humeur rougeâtre et visqueuse ; d’autres fois des tumeurs circonscrites, pisiformes ou coniques, assez dures à la base , et dont le sommet blanchâtre et rénitent contient une humeur jaunâtre. Ces vésicules , ces canaux , ces tumeurs crèvent spontanément ou sous les ongles de l’enfant qui se
oratte : de là aussitôt un suintement de matière
fétide , semblable à de la résine fondue , qui inonde et agglutine les cheveux en se desséchant ; de là des croûtes écailleuses qui s’amoncèlent les unes sur les autres , et prennent une forme des plus hideuses. Sous ces croûtes
existe une sanie putride qui attaque et ronge la peau , la bulbe des cheveux , le tissu voisin , même les os du crâne. 11 en résulte des douleurs atroces pendant la nuit , ou une maigreur extrême qui arrête les progrès de l’accroissement. Néglige-t-on les moyens curatifs , abcès dans le cuir chevelu , engorgement des glandes occipitales , cervicales , scapulaires , sous-axillaires ; tuméfaction excessive des oreilles ; rougeur des paupières, et larmoiement des yeux ; rapprochement et réunion des pustules , d’où s’exhale une odeur insupportable ; chute des anciens cheveux, qui sont remplacés par des poils blancs , mous , et courts , dont les touffes claires et fines ressemblent à du coton ou à du duvet ; abattement de l’esprit, inertie du corps, retard de la puberté.
Les symptômes propres ou particuliers de la teigne sont relatifs aux espèces de cette maladie , qui , suivant le docteur Alibert , sont au nombre de cinq , savoir la fciveuse , ou alvéolée , la rugueuse ou granulée , la furfuracée ou porrigineuse > Y amiantacèe , et la muqueuse.
i°. La teigne faveuse porte ses racines fort avant dans le cuir chevelu ; elle y adhère si fortement , que ses tubercules n’en peuvent être détachés sans une effusion plus ou moins considérable de sang. On l’a vue paraître, non-seulement à la tête , mais encore au front , aux tempes , aux épaules , h la partie inférieure des omoplates, des
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coudes, des avant bras, aux lombes , au-devant des genoux, au tiers supérieur et externe des jambes; en un mot, partout où le tissu cellulaire offre plus de densité. Elle commence ordinairement par de très-petites pustules, accompagnées de prurit , et remplies de matière purulente qui forme , en se desséchant , des croûtes jaunâtres , circulaires, enfoncées dans le milieu , et relevées à la circonférence , en un mot , semblables aux alvéoles des ruches à miel , ou aux cupules de certains lichens. 11 s’en exhale une odeur qui se rapproche beaucoup de celle d’urine de chat ou de nid de souris , et qui devient fade et nauséabonde après la chute des croûtes , déterminée par des cataplasmes émolliens. Toute la surface du cuir chevelu fourmille de poux, qui augmentent la démangeaison; il s’y forme des crevasses ou des gerçures , d’où il suinte quelquefois une matière ichoreuse ou purulente qui corrode quelquefois, mais fort rarement, la substance osseuse. Après la chute des croûtes et la desquammation de l’épiderme , le tissu réticulaire paraît roüge et ulcéré ; il en suinte un liquide jaunâtre, visqueux, et fétide ; quelques petits abcès, peu saillans , sont épars ça et là. Les cheveux qui ont été déracinés ne repoussent plus , et la peau y reste lisse et luisante.
2°. La teigne granulée est peu familière aux adultes ; le docteur Alibert ne l’a observée que
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deux fois après la puberté; elle ne se répand guère sur les diverses parties du corps , si l’on en excepte le front auprès des cheveux , les sourcils et les parties latérales du nez ; elle se fixe ordinairement a la partie supérieure et postérieure de la tête. Elle y débute par de petits tubercules prurigineux assez écartés les uns des autres , et moins profondément enchâssés dans le tissu dermoïde que ceux de la teigne faveuse ; il en suinte un liquide visqueux, incolore , peu abondant , ou un peu blanchâtre , qui forme , en s’épaississant , de petites croûtes brunes ou d’un gris obscur , semblables quelquefois a des fragmens de mortier grossièrement brisés, ou à du plâtre tombé des murs , et sali par la poussière et l’humidité. Ces granulations n’offrent à leur surface ni alvéole, ni cupule, mais des bosselures très-irrégulières , et des bords anguleux comme les semences de certaines plantes; on les trouve souvent si dures, qu’elles imitent la consistance de la pierre , et que les cataplasmes ne peuvent les l'amollir. Il s’en exhale une odeur qui approche beaucoup de celle du beurre rance. Après leur chute la peau paraît rouge , lisse , polie et souvent tuméfiée ; on y aperçoit cà et là de petits abcès blanchâtres , peu proéminens, d’où sort le liquide qui renouvelle les croûtes.
3°. I ,a teigne surfuracée 11e paraît pas attaquer les adultes ; mais elle est très-commune chez les
DES MALADIES DES ENFANS. 241 enfans qui ont passe la septième année; elle ne borne pas toujours son siège au cuir chevelu ; elle s’avance quelquefois jusqu’au front et jusqu’aux sourcils. A son début on observe une légère
desquammation de l’épiderme , accompagnée d’une assez vive démangeaison. Il suinte en même temps du tissu réticulaire enflammé une matière ichoreuse qui s’attache aux cheveux , et forme , en se desséchant, des écailles appliquées les unes sur les autres, roussâtres ou blanches, et semblables à des amas de son ou de farine grossière. Après leur chute, la peau dénuée d’épiderme offre une couleur rosée et une surface lisse, polie, et comme vernissée. Cette espèce de teigne entretient beaucoup de poux ; quand elle est humide , elle exhale une humeur glutineuse qui a l’odeur du lait aigri ou corrompu.
4°. La teigne amiantacée, que le docteur Ali— bert a décrite le premier, est très-rare, et n’a été observée encore que sur des adultes. Elle se fixe à la partie antérieure et supérieure de la tête. Elle est spécialement caractérisée par de petites écailles très-fines , d’une couleur argentine et nacrée , qui entourent les cheveux et les suivent dans tout leur trajet, semblables par leur aspect soyeux et chatoyant a des feuilles d’amiante.
5°. La teigne muqueuse peut se manifester pendant les deux premières années après la naissance. D’après les observations du docteur Ali-
bert, il est probable qu’elle lient à une mauvaise lactation, à une dentition imparfaite et laborieuse, aux scrophules, ou à quelque autre maladie du système lymphatique ou du système cutané ; elle affecte le cuir chevelu, le front, les tempes, les oreilles , et quelquefois le tronc , les bras et les cuisses ; elle est caractérisée par des ulcérations superficielles d’où suinte une humeur muqueuse qui ressemble à du miel corrompu. Quand ces ulcérations se dessèchent par le contact de l’air ou par l’influence de la chaleur, elles forment des croûtes d’une couleur cendrée, jaune comme de la cire , souvent verdâtres. Ces ulcérations commencent d’une manière très-variée , tantôt par de petites ou larges pustules , tantôt par des vésicules pointues et pleines d’un liquide transparent et d’un blanc jaunâtre , quelquefois par de petits abcès accompagnés de fièvre , et qu’il faut ouvrir pour faire cesser la distension douloureuse du cuir chevelu. Ces pustules et ces vésicules se rompent spontanément ou sous le doigt de l’enfant qui se gratte : de là l’écoulement d’un liquide tenace qui se convertit en croûtes molles , d’un jaune paille, souvent mêlé d’une teinte rougeâtre. Quelques endroits de la tête offrent des inégalités et des bosses plus ou moins considérables ; les oreilles de certains enfans acquièrent le double de leur volume ordinaire. La tète se dégarnit souvent de cheveux dans la plus grande partie de
DES MALADIES DES ENFANS. 2/^5 sa surface. La peau dénudée parait rouge et amarante ; l’inflammation en est moins profonde que dans les teignes précédentes ; la démangeaison est insupportable, surtout quand la tête, découverte, est exposée à l’action de l’air. Le tissu de la peau , constamment humide, et souvent souillé d’une mucosité caséiforme , prend un aspect luisant ; il s’en exhale une odeur assez analogue à celle du lait qui commence à s’aigrir ou à se putréfier. Quelquefois la santé de l’enfant paraît subordonnée à cet écoulement; on le voit gai et dispos, ou triste et languissant , selon que la quantité en est plus ou moins abondante. D’autres fois , au contraire , cette espèce de teigne fait de si grands progrès et cause des symptômes si graves, qu’elle est suivie de la fièvre hectique et de la consomption. Elle peut se compliquer alors d’aphtes à la bouche , ou d’autres ulcérations non moins dangereuses.
Il résulte de ces descriptions que les diverses espèces de teignes, si l’on en excepte la muqueuse, attaquent rarement pendant la lactation. Nous venons de voir qu’elles exerçaient principalement leurs ravages depuis la deuxième jusqu’à la septième année ; cependant la teigne amiantacée n’est familière qu’aux adultes, et la faveuse s’observe dans un âge avancé.
Quant à la fréquence respective de ces exanthèmes, les docteurs AlibertetGallot ont observé
que , sur un nombre détermine de malades qui en étaient affectés, les neuf dixièmes avaient la teigne faveuse , et un dixième à peu près la teigne granulée ; ils ont vu plus rarement la teigne furfuracée , peut-être parce que, moins incommode que les précédentes , elle ne force point les malades à s.e réfugier dans les hôpitaux. La teigne amiantacée paraît être la plus rare , et on ne la connaîtrait peut-être pas encore sans les recherches du docteur Alibert sur les maladies de la peau. Quant à la teigne muqueuse, on l’observe beaucoup dans les grandes villes, mais fort peu dans les hôpitaux ; c’est sans doute parce qu’elle attaque les enfans dans un âge où leurs besoins physiques ne permettent guère de les soustraire à la vigilance de leurs mères et de leurs nourrices.
En général, la teigne est plus dégoûtante que dangereuse. On s’empresse beaucoup de la guérir ; mais ne pourrait-on pas douter s’il ne serait pas plus avantageux de l’abandonner aux seules ressources de la nature que de l’attaquer par des remèdes toujours douloureux, le plus souvent inefficaces et quelquefois suspects? 11 est de fait que cette maladie disparaît ordinairement d’ellemême, avant la puberté, ou du moins en vertu de la secousse générale que cette époque imprime à l’organisme.
La teigne n’existe pas toujours seule; elle peut se compliquer avec nombre d’autres affections.
même exanthématiques , telles que la gale , les dartres, etc. Il y a des cas où la maladie du cuir chevelu détermine la tuméfaction des glandes voisines, et où il serait possible de croire à l’exis tence des scrophules et de la syphilis. Mais n’évitera-t-on pas toujours cette méprise, si l’on considère que ces affections suivent une autre marche, et cèdent à d’autres remèdes que la teigne? On ne saurait contester que ces maladies ne puissent se compliquer les unes avec les autres; mais l’observation ne permet d’admettre aucune identité entre elles. Un phénomène bien remarquable, c’est la difformité des ongles, qui deviennent épais et rugueux chez les individus atteints de favus, surtout lorsque cette maladie se prolonge long-temps après la puberté. Plusieurs auteurs, et entre autres Murray, ont observé que, si l’on coupait ces ongles avec un couteau, il en coulait une humeur glutineuse, semblable à celle qui suinte de la tête. Seraitce là une complication ou une analogie de cette espèce d’exanthème avec la plique polonaise?
Le docteur Alibert, pour mettre le complément à son tableau de la teigne , n’a point négligé de recourir à l’ouverture des cadavres ; mais, soit que cette maladie se complique avec d’autres plus dangereuses , soit qu’elle occasione rarement la mort, l’anatomie pathologique n’a pu en retirer que de faibles lumières. De cinq
individus sur lesquels on a fait des recherches ,' quatre avaient e'té atteints de teigne faveuse, et l’autre de teigne granulée compliquée de scrophules. Chez le premier , rien de particulier dans le cerveau , point d’altération dans la poitrine ni dans le bas -ventre, si l’on en excepte une série de petites concrétions squirrheuses et blanchâtres le long du mésentère. Chez le second, le docteur Beauchène trouva que, nonseulement les tégumens de la tête , mais encore l’aponévrose occipitale , le péricrâne , et le tissu osseux étaient lésés ; la plus grande partie des pariétaux et une portion du coronal avaient acquis beaucoup d’épaisseur; ces os étaient privés de leur lame externe, ce qui laissait leur tissu spongieux parfaitement à découvert. A l’examen du troisième cadavre , la peau était d’un gris sale, flétrie et ridée , les ongles difformes , épais et rugueux, le cerveau sain. La cavité droite de la poitrine contenait un verre de sérosité, et quelques flocons albumineux ; dans le bas-ventre la matrice seulement était peu développée , et les parties externes de la génération offraient à peine quelques poils, quoique l’individu eût vécu jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans. Le quatrième cadavre présenta plus d’altérations qu’aucun des autres. Il y avait beaucoup de tubercules dans les deux poumons, mais ceux du coté gauche étaient en pleine suppuration et plus gros que ceux du
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coté droit. D’ailleurs point de vices organiques dans les viscères du bas - ventre , qui n’avaient perdu qu’un peu de leur volume naturel; mais beaucoup moins d’épaisseur qu’à l’ordinaire dans les pariétaux dont le tissu diploïque était altéré, et friabilité extrême dans les os du reste du corps. Il est inutile de parler ici du cadavre du teigneux qui mourut d’une affection scrophuleuse, après avoir langui plusieurs années dans les hôpitaux. On n’y aperçut que des engorgemens glanduleux tout- à-fait étrangers à la teigne granulée dont il portait encore des marques.
La chimie semble avoir répandu plus de jour que l’anatomie pathologique sur les différentes espèces de teignes. 11 est vrai qu’on n’a pu soumettre aux réactifs la matière fournie par la teigne amiantacée et la teigne muqueuse , parce qu'on n’a pu s’en procurer une quantité suffisante; mais les croûtes des trois autres espèces ont été analysées par les chimistes Vauquelin et Thénard, dont on ne saurait soupçonner l’exactitude. Or, d’après leurs expériences, la teigne faveuse est plus albumineuse que gélatineuse ; la teigne furfuracée , au contraire , plus gélatineuse qu’albumineuse , et la teigne granulée toute gélatineuse : résultat qui met, en quelque sorte , le sceau aux différences spécifiques établies par le docteur Alibert.
La teigne est une maladie chronique qui a ses
différentes périodes, son début, son accroissement, son état et son déclin; voilà qui est bien incontestable, d’après l’observation des anciens et des modernes. Il n’est pas moins certain que cette maladie guérit ordinairement d’elle-même , ou par l’effet de la révolution qui s’opère à l’époque de la puberté. Enfin, on ne saurait contester que la guérison prématurée de la teigne n’expose aux plus graves accidens ; le docteur Alibert rapporte que de violens maux d’estomac accompagnés de catarrhe utérin, même la perte de la vue, ont succédé à l’emploi des re'percussifs. N’assuret-on pas aussi que le virus de la teigne , attaqué sans art et sans méthode, s’est jeté tantôt sur les articulations, et y a produit le spina ventosa ou la phthisie scrophuleuse, tantôt sur les glandes du mésentère , et a excité une diarrhée mortelle ? Que d’enfans ont été dévorés par la fièvre hectique, après avoir été prématurément délivrés d’une affection qui n’attendait peut-être qu’une crise favorable pour disparaître sans remèdes ! Un jeune prince d’Allemagne, dit Thomas Bartholin , périt d’atrophie, à la suite d’une teigne muqueuse qu’on avait desséchée mal à propos. La fille d’une dame de Paris, affectée de la même maladie, eut le même sort, parce qu’une imprudente nourrice s’avisa de lui saupoudrer la tête de farine, pour en arrêter l’écoulement.
Ce n’était donc pas sans raison qu’ Ambroise
Parc recommandait de 11c point entreprendre le traitement de la teigne, ou du moins qu Alexandre de Tralles et Rhazès voulaient le diriger d’après des indications précises , par exemple , d’après le genre de vie et le tempérament des individus. Leur opinion était fondée sur la sympathie qui lie le système cutané à tout l’organisme en général, et principalement sur la tendance des propriétés vitales à se concentrer vers la tète dans le bas âge . C’était là ce qui les portait à considérer l’exanthème du cuir chevelu comme une dépuration salutaire qu’il fallait respecter ou ne traiter qu’à propos, de crainte de contrarier l’intention et le vœu de la nature.
Quelle différence de cette manière de raisonner en médecine à celle des charlatans qui regardaient la teigne comme une affection purement locale , et qui cherchaient à la détruire là où elle se manifestait ! Que penser après cela de certains topiques âcres et irritans auxquels on attribuait la guérison de cette maladie , parce qu’ils avaient la propriété d’écorcher la peau de la tête où elle avait son siège? Tel était cependant le monstrueux emplâtre qu’on préparait du temps d’Ambroise Paré, avec l’ellébore, l’orpiment, la litharge, le vitriol, l’alun, la chaux vive, les cendres gravelées, l’onguent mercuriel, le suc de bourrache, de scabieuse et d’oseille, le vinaigre concentré, la poix de Bour-
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gogne, la cire, etc. Telle était encore cette fameuse calotte de poix , de farine et de vinaigre , qui, quoique moins bizarrement composée, n’en riait ni moins dangereuse ni moins barbare , puisqu elle ne produisait pas toujours l’efï’et qu’on en attendait après plusieurs mois, ni même après plusieurs années d’expérience et de torture. Aussi le docteur Alibert et Gallot ont-ils purgé la thérapeutique de cet affreux dépilatoire , malgré quelques succès qu’il avait obtenus , sans doute en irritant la peau du crâne, et en modifiant les propriétés vitales de cet organe. Ces deux médecins recommandables ont proscrit avec la meme sévérité l’avulsion des cheveux brin à brin avec des pinces , la cautérisation des tégumens, la pommade dj3 cantharides. Ils ont soumis à des épreuves réitérées , dans l’hôpital Saint -Louis, l’oxide de manganèse réduit en poudre et incorporé dans l’axonge, le muriate mercuriel corrosif et l’acétate de cuivre , deux sels métalliques conseillés par Duncan, et déjà décrédités par Murray ; ils ont observé que ces applications , après avoir plus ou moins martyrisé la tête des enfans, manquaient souvent leur but, ou étaient suivies de récidive, surtout quand on les employait contre la teigne faveuse. L’acide nitrique, avec lequel on composait la pommade oxigénée ou citrine , n’a point soutenu sa première vogue; l’eau phagédénique, l’arsenic, le
cobalt, l’eau de Saturne, le muriate ou beurre
d’antimoine , la poudre à canon , la décoction de tabac, la poudre de crapaud brûlé, l’ivoire râpé, etc., sont aussi tombés en désuétude ou dans l’oubli , malgré leurs preneurs ; l’emplâtre composé avec la gomme ammoniaque dissoute dans le vinaigre , a été banni de l’art , quoiqu’il eût été singulièrement recommandé dans le journal de Desault; l’administration de la ciguë à l’extérieur et à l’intérieur n’a point eu l'efficacité qu’on avait droit d’en attendre d’après le témoignage de Murray ; le docteur Alibert dit que sur huit sujets, dont quatre étaient atteints de teigne faveuse, et quatre de teigne granulée, trois de ces derniers seulement ont été tout-àlait guéris après cinq mois de traitement , et les autres ont eu des rechutes. La douce-amère, la morelle et la patience bouillies, les baies de genièvre réduites en poudre et incorporées dans du saindoux, ne lui ont pas paru plus avantageuses. Murray dit avoir obtenu de promptes guérisons , et toujours sans aucune suite fâcheuse, avec une pommade composée d’une partie de précipité blanc de mercure et de huit parties d’onguent rosat ; mais il ne dit point quelle espèce de teigne il avait eue à combattre.
Enfin , le seul topique dont le succès ait paru incontestable au docteur Alibert, est la poudre de charbon, préconisée par quelques journaux aile-
inands. En employant successivement le charbon de bois et le charbon de terre, il a observé que le dernier avait plus d’efficacité; d’où il a présumé que c était à cause du principe sulfureux contenu dans cette substance fossile. D’après cette idée , il a composé une pommade avec deux onces de fleur de soufre et une once de charbon de bois , qu’il a incorporées dans cinq onces de cérat ou de saindoux , et il en a retiré des avantages re-
marquables , mais toujours relatifs à la nature de la teigne , au tempérament des enfans , à l’influence de l’atmosphère ou de la saison , etc. Cette pommade a radicalement guéri une petite fille d’Auteuil, âgée de onze ans, et tourmentée d’une teigne faveuse depuis sa naissance. Peutêtre cette merveilleuse cure était-elle due en partie à la puberté, dont l’époque n’était pas fort éloignée.
Malgré cela , la poudre de charbon de bois , combinée avec la fleur de soufre et l’axonee , paraît être un excellent remède contre la teigne , sans avoir les inconvéniens des topiques employés par les charlatans. Rien ne saurait empêcher d’en faire usage ou de l’essayer; on peut même supprimer la poudre de charbon , et ne conserver que la fleur de soufre avec le saindoux, comme l’a très-bien observé le docteur Alibert, a qui Ion ne peut contester l’honneur d avoir beaucoup simplifié le traitement des tei-
DES MALADIES DES ENFANS. ^55 gueux. Dans les cas où la maladie est invétérée et rebelle , le même auteur propose une pommade épilatoire , qui a pour base la potasse de chaux et la chaux carbonatée. Mais on aurait tort de croire que l’une de ces deux méthodes soit toujours nécessaire, ou qu’elle suffise seule dans tous les cas. Il est des teignes qui n’exigent que des soins de propreté et des applications douces, telles que des lotions avec l’eau de guimauve , ou des linges trempés dans le même liquide. On sait que les bonnes femmes guérissent journellement certaines espèces de teignes, en recouvrant la tête de vessies imbibées d’huile d’olive. Galien , Rufus et Rhazès, Remployaient que des adoucissans; Avicenne ne lavait la tête qu’avec de l’huile de rose ou de violette. Mais ces médecins avaient recours à des topiques plus actifs , lorsque l’affection était plus ancienne et plus rebelle.
Il est aussi des circonstances où le traitement interne et général doit concourir à la guérison de la teigne ; voilà pourquoi les anciens administraient quelques substances légèrement purgatives , et conseillaient les chicoracées, le cresson , le beccabunga, etc. Le but était alors d’opérer une dérivation salutaire , et de rafraîchir ou de dépurer le sang , afin de rendre l’application des topiques plus efficace. Hippocrate recommandait encore de surveiller le régime des en fans; il leur
interdisait tous les alimens lourds et indigestes. Ambroise Paré, Forestus, et Gui de Chauliac , voulaient surtout qu’on dirigeât les procédés curatifs vers le système cutané , dont -les fonctions sont supprimées ou se font mal chez les teigneux ; en conséquence ils prescrivaient des cautères , des sétons , des vésicatoires , des bains , même des saignées générales , lorsqu’ils le j ugeaient à propos . Le docteur Alibert dit avoir promptement soulagé un enfant atteint de la teigne muqueuse , et dont le cuir chevelu était très- gonflé , par l’application de quelques sangsues derrière les oreilles. Mais tous les praticiens , tant anciens que modernes , se sont accordés à proscrire l’usage des répercussifs comme téméraire , contraire aux vrais principes de l’art , et par conséquent dangereux pour les malades.
En deux mots, calmer l’irritation du cuir chevelu , et ramener cet organe à l’état de vitalité qui lui est propre, telles sont les bases sur lesquelles doit reposer le traitement de la teigne. 11 ne faut jamais oublier que cette maladie , au moins chez les enfans , n’est qu’une crise naturelle dont l’effort se dirige vers la tête. L’art doit donc tendre à la favoriser, et non à la contrarier. Qu'on débute toujours par les moyens les plus doux; et, si quelquefois on est obligé d’adopter une méthode plus active , qu’on ne se dispense pas pour cela de se con former à l’âge , au tempérament , et à toutes les
circonstances , tant individuelles qu’hygiéniques , où le malade se trouve. Agir à propos , voilà l’essentiel ; sans cela les maux empirent souvent, au lieu de céder aux remèdes , même les plus héroïques. On rencontrera peut-être des espèces de teigne contre lesquelles toutes les méthodes viendront échouer : telles seront le plus souvent celles qui se compliqueront avec la syphilis ou avec les scrophules , celles qui se manifesteront chez des enfans disposés à la phthisie, etc. Mais où est le médecin instruit et raisonnable qui ait la prétention de guérir toutes les maladies ?
ARTICLE XV
De la petite-vérole.
On a tant et si bien écrit sur cette maladie depuis qu’elle a été importée d’Asie en Europe , qu’on est presque embarrassé pour le choix des ouvrages à consulter; sans parler de Rhazès et d’Avicenne , qui ont eu la gloire d’en tracer une histoire complète dès le septième siècle ; sans parler même de Sydenham , dont on ne peut méconnaître le talent hippocratique dans la description des épidémies varioleuses , combien d’autres auteurs ne pourrait-on pas citer encore dont les traités particuliers et les observations sont marqués au coin du génie médical!
Pour donner ici l’extrait ou l’analyse de. tout
ce qu’on a dit de mieux , et de ce qu’il importe le plus de savoir sur cette maladie , nous traiterons d’abord de la petite-vérole discrète et confluente. Nous passerons ensuite à l’inoculation et à la vaccine, dont la première modifie, adoucit ou simplifie le virus variolique , et l’autre le neutralise ou le détruit complètement.
SECTION PREMIÈRE
De la petite-vérole discrète et confluente.
La petite-vérole n’épargne aucunsexe ni aucun âge 'y Bartholin , Mauriceau , Méad , etc. , l’ont observée chez le fœtus dont la mère en était atteinte ; d’autres , chez des vieillards qui touchaient à la fin de leur carrière. Cependant l’observation atteste que c’est plus particulièrement une maladie de l’enfance. Elle survient dans toutes les saisons et dans tous les climats ; mais elle commence le plus communément au printemps ; elle continue ensuite pendant l’été et l’automne , et disparaît pendant l’hiver. Quelquefois elle se renouvelle au printemps suivant, et sévit ainsi plusieurs années de suite ; d’autres fois elle ne réparait dans le même lieu qu’ après un intervalle plus ou moins considérable.
Cette maladie tient à un principe contagieux qui se propage à une certaine distance dans l’atmosphère , et suit la direction des vents. Elle se
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communique d’une manière immédiate et médiate , par les pores de la peau , par la respiration , par le contact des vêtemens ou du linge qui sert à l’usage des malades.
La nature de la contagion varioleuse est inconnue , même incompréhensible. Dès qu’elle s’est communiquée à un individu, elle y reste un certain temps cachée, comme assoupie. Avant de faire son explosion , elle attend que les maladies, dont le germe existe déjà , aient parcouru leurs périodes. Elle n’attaque la même personne qu’une fois dans la vie ; ce qui prouve que la meilleure disposition à la contracter est de ne l’avoir jamais eue. Mais elle ne met point à l’abri de la vérolette ou petite-vérole bâtarde : de là sans doute ces méprises qui ont fait croire qu’on pouvait avoir plusieurs fois l’exanthème varioleux. Des gens de l’art, peu faits à l’habitude d’observer, ont même allégué les cicatrices ou taches que ces prétendues récidives laissaient sur la peau ; comme si l’on pouvait ignorer que la petite-vérole vraie n’est pas la seule éruption qui imprime de pareilles marques , et que par conséquent ce n’est pas là son caractère essentiel.
La petite-vérole n’acquiert la propriété de se transmettre d’un individu à l’autre qu’à l’époque de la suppuration , et elle ne la quitte qu’après la dessiccation. Mais le levain ou virus variolique est diversement modifié parles diflerens sujets qui le
reçoivent; caria petite-vérole est discrète chez l’un et confluente chez l’autre ; quelcpiefois même il n’y a qu’une simple fièvre varioleuse sans apparence de boutons ou d’éruption. Ici la maladie prend une forme bénigne, et suit une marche régulière ; là elle devient meurtrière ou n’abandonne ses victimes qu’après les avoir défigurées ou rendues hideuses. Toutes ces anomalies ne peuvent provenir que de la disposition des individus qui reçoivent la contagion et en modifient l’énergie. Quelques expériences sembleraient prouver aussi que l’activité de la matière variorioleuse dépend de la quantité qui en est absorbée ou introduite dans lç corps ; c’est ce qui a fait abandonner l’inoculation par vésicatoire et par incision.
La petite-vérole, dont la propriété contagieuse est incontestable, peut-elle être aussi regardée comme épidémique ? Si l’on s’en rapporte à quelques faits que Fouquet cherche à étayer de raisonnemens, on doit pencher pour l’affirmative; mais alors la vaccine , cette précieuse découverte de Jenner , qui préserve de la petite-vérole quand elle est contagieuse , aura-t-elle la même efficacité contre cette maladie , si elle peut se développer spontanément ou en vertu de certaines qualités de l’atmosphère ? Et , supposé qu’on parvienne un jour à l’éteindre complètement , n’aura-t-on pas à craindre qu elle
11e renaisse quelque temps après comme la première fois ?
Quoi qu’il en soit, le cours entier de la petitevèrole peut se diviser en cinq périodes successives, qui sont , l’incubation , le début , l’cruption , la suppuration et la dessiccation. C’est dans ce cadre que sont renfermés tous les symptômes ou phénomènes de la maladie. Nous allons les décrire, en commençant par la petite-vérole discrète, qui est la plus bénigne.
On appelle incubation le temps qui s’écoule depuis l’infection jusqu’à l’apparition des premiers symptômes ; la durée en est indéterminée : Boerhaave et Stoll la prolongent jusqu’au sixième ou septième jour. Elle ne se manifeste par aucun signe extérieur ; il n’y a point encore de maladie.
Au début , le malade éprouve des frissons ou horripilations vagues; bientôt après le pouls s’accélère , et la chaleur s’anime ; la peau est quelquefois brûlante et le visage flamboyant. Dès le lendemain il y a des lassitudes spontanées; la tête devient lourde , et l’épigastre douloureux; il survient des nausées, même des vomissemens ; le dos, les lombes, et les membres, sont comme brisés ; 1 adulte sent une disposition singulière à la sueur, mais l’entant est presque toujours assoupi, agité de convulsions ou en proie à des terreurs paniques.
L’éruption commence du troisième au quatrième jour, et ne dure pour l’ordinaire que vingt-quatre heures. De petits points rouges , semblables à des piqûres de puce , paraissent d’abord sur le bord des lèvres ; ils s’étendent ensuite avec rapidité au menton , au front , à tout le visage , au cou , à la poitrine , aux membres thoraciques, à l’abdomen et aux membres correspondais. A mesure que le corps se couvre de boutons, les symptômes fébriles diminuent, et finissent par s’apaiser entièrement.
La suppuration a lieu vers le septième jour, à dater de l’éruption ; alors les boutons rougissent, s’étendent et s’élèvent en produisant une douleur ai<më; leur sommet est surmonté d’une petite vésicule remplie de fluide peu coloré, et légèrement déprimée à son centre ; bientôt ceux du visage commencent à blanchir , et s’entourent d’une aréole ou cercle rosé; la sérosité dont ils sont remplis s’épaissit , et se change en une matière purulente d’une couleur jaunâtre. Toute la peau se gonfle et devient douloureuse, surtout au visage et aux mains ; les paupières sont quelquefois tellement gonflées , que les yeux sont inaccessibles à la lumière. 11 survient en même temps une salivation plus ou moins considérable qui peut remplacer l’enflure des mains , mais jamais celle du visage. Tels sont les principaux caractères de la lièvre secondaire , qu’on regarde ,
peut-être à tort, comme un effet de la suppuration. Le professeur Halle, dans un Mémoire présenté à la Société royale de Médecine, observe que cette fièvre se manifeste avec tout son cortège , quoiqu'il n’y ait que très-peu de boutons : la salivation elle-même a lieu , sans qu’il en paraisse aucun dans la bouche. Joint à cela, que tout cet appareil fébrile , loin de diminuer aussitôt que la suppuration est commencée, augmente au contraire pendant quelque temps. Ne peut-on pas conclure de là que la fièvre secondaire de la petite-vérole doit être attribuée , non à la suppuration, mais à la dépuration du système lymphatique , qui succède à celle du système sanguin? Suivant le professeur déjà cité , celle-ci s’opère à la surface de la peau , celle-là dans le tissu cellulaire; l’une produit la rougeur de l’organe cutané et la chute de l’épiderme ; l’autre , le gonflement de tout le corps et la salivation.
Enfin, trois ou quatre jours après, du dixième au onzième , la fièvre et le gonflement du visage disparaissent. Les boutons qui avaient paru les premiers se rembrunissent, se dessèchent et se changent en croûtes. Celles-ci tombent du quinzième au vingtième jour, et sont remplacées par des écailles furfuracées , d’où s’exhale une odeur particulière ; la peau reste quelque temps marquetée de taches brunâtres , et conserve des
cicatrices ou impressions plus ou moins profondes.
Telle est la marche de la petite-vërole discrète ; elle est régulière , progressive et sans confusion dans ses périodes. Mais il n’en est pas de meme de la petite-vérole confluente ; celle-ci présente , au contraire , tant d’anomalies et de désordres , qu’elle semble presque former une maladie à part ou d’une autre nature.
Au début la fièvre est plus violente ; les symptômes qui l’accompagnent, tels que la céphalalgie, la douleur des lombes, les vomissemens, l’anxiété, les convulsions, etc. , parviennent au plus haut degré ; mais on observe en général qu’il y a moins de dispositions à la sueur.
L’éruption , souvent prématurée , empiète sur la période d’invasion ; elle commence quelquefois par les membres abdominaux. Elle peut être précédée ou suivie d’une autre éruption ; Méad en a vu trois, et Ramel deux, qui se sont succédées immédiatement chez la même femme; Petiot de Montpellier en a observé une qui n’occupait qu’une des parties latérales du corps. Ordinairement les boutons sont beaucoup plus nombreux, plus rapprochés, plus petits, et moins élevés; leur apparition ne fait point cesser la fièvre , ni les symptômes qui l’accompagnent.
A l’époque de la suppuration , les boutons ne peuvent s’étendre sans se rapprocher davantage ;
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bientôt ils 11e forment qu’une vésicule ronge qui recouvre le visage, devient de jour en jour plus âpre au toucher, blanchit insensiblement, puis prend une teinte •brunâtre , et produit un sentiment de douleur et de distension. Cette espèce de masque se dessèche dans certains endroits , tandis que la suppuration continue encore dans d’autres.
Enfin , la chute de cette incrustation arrive plus tôt ou plus tard , du quinzième au vingtième , vingt-cinquième ou trentième jour. 11 s’en détache des lambeaux plus ou moins étendus ; puis il se forme des écailles furfuracées qui laissent des cicatrices plus ou moins profondes.
Il résulte de là que la petite-vérole discrète et la petite-vérole confluente sont bien faciles à distinguer; l’une paraît avoir son siège dans le tissu réticulaire , l’autre dans le corps même de la peau. Voilà pourquoi la première ne laisse que des marques peu sensibles, tandis que la seconde défigure quelquefois les traits du visage. Celle-là observe une marche toujours régulière ; celle-ci offre souvent le plus grand désordre et la plus grande confusion depuis le commencement jusqu’à la fin; d’un côté, la maladie est toujours simple , de l’autre elle a la plus grande tendance à se compliquer avec diverses affections.
Quelle différence n’existe-t-il pas aussi entre
la petite-vérole vraie et la petite-vérole bâtarde ou vérolette î II est impossible de les confondre , si 1 on en observe attentivement la marche , la duree et la terminaison. La fîevre qui précède la petite— vei oie bâtarde est tres-legere , et ne duie que quinze ou tout au plus vingt — quatre heures. L éruption commence ordinairement sur la poitrine, et sc manifeste presque en même temps sur les différentes parties du corps. Les boutons se remplissent aussitôt d’une humeur ymphatique et transparente, sans aucune marque de suppuration ni de fièvre secondaire ; ce sont des vésicules qui se flétrissent dans l’espace de trois ou quatre jours ; les croûtes qui en résultent sont peu saillantes , et laissent des taches moins rouges et des cicatrices moins profondes que celles de la petite-vérole vraie. En un mot, c’est une affection qui ne paraît nullement contagieuse ; on a essayé en vain de la communiquer par inoculation : les enfans qui l’ont déjà eue ne sont point exempts de la petite-vérole vraie ; ce n’est qu’un exanthème passager qui disparaît en cinq ou six jours, et qu’on nomme avec raison petitevérole volante.
En pratique il importe essentiellement d’avoir égard à certaines circonstances où se trouve le premier âge, pour porter un pronostic juste sur la petite-vérole , et pour en prévoir l’issue. L’eniant est naturellement sensible et irritable; les
causes les plus légères le disposent aux convulsions et aux affections nerveuses ; il est sujet à l’embarras des premières voies , aux vers intestinaux , à d’autres maladies cutanées, à des engorgemens glanduleux. Les médecins connaissent aussi les difficultés de s’assurer de sa santé, et de le soumettre à un régime quelconque ; enfin le travail de la dentition n’est pas toujours sans orage. Que de causes capables de troubler ou d’exaspérer les symptômes de la petite-vérole naturelle chez les enfans !
Méad assure que les mouvemens convulsifs qui surviennent pendant l’incubation ou l’invasion de cette maladie , sont plus effrayans que dangereux; et Sydenham ajoute qu’ils présagent une petitevérole prochaine et bénigne, à moins que l’enfant ne soit à l’époque de la dentition. Mais peut-on ne pas s’effrayer quand on voit cette agitation nerveuse accompagnée de vomissemens répétés, de maux de tête violens, de délire, de douleur à la poitrine , de prostration des forces ? Est-on mieux rassuré quand l’éruption se complique avec l’hématurie, l’hémoptysie ou l’épistaxis; lorsqu'il survient , dans cette période , des pétéchies , des inflammations internes, telles que l’angine, la pleurésie, la péripneumonie ou le catarrhe pulmonaire, des soubresauts dans les tendons , une attaque d’apoplexie ? Peut-on ne pas s’alarmer, durant la suppuration, lorsque la fièvre redouble avec vio-
lencc ; que les boutons deviennent livides, noirâtres , fétides , et ne rendent qu’une sanie décomposée au lieu d’un pus louable; que le ventre sc météorise; que la diarrhée devient abondante, coiliquative ; que la respiration est difficile , le pouls misérable , le sommeil nul , comateux ou entrecoupe de reves effrayans ? Enfin, quel espoir reste-t-il, à l’époque de la desquammation , si la plupart de ces accidens persévèrent encore; si les membres se couvrent d’érysipèles gangréneux, ou de phlegmons de mauvais caractère qui dégénèrent en ulcères rongeans, fistuleux; si les os se carient; si le malade tombe dans la fièvre lente , dans ie dépérissement et la consomption? Qu’on ajoute à ce tableau, qui n’est rien moins qu’exagéré , les vices des organes des sens , la cécité , des ophthalmies chroniques et incurables, la surdité, même le mutisme ou perte de la parole ; en un mot , l’altération du visage par des cicatrices qui en défigurent les traits, et l'on pourra se former une idée des chances défavorables ou des dangers que courent les enfans dont la petitevérole ne suit pas régulièrement ses périodes.
En général , on observe que plus les boutons * du visage sont rares et étendus , plus la petite vérole est bénigne ; et qu’au contraire, plus ils sont nombreux et petits, plus la maladie est dangereuse. Ceux qui , au lieu de s’élever et de s’arrondir, restent aplatis, sont de mauvais augure;
ceux qui rentrent ou disparaissent tout à coup , soûl les plus funestes; ceux qui deviennent cendres , violets , noirâtres , ou qui se compliquent de millet , de pourpre , de pétéchies , annoncent une fièvre de mauvaise nature ; ceux dont les espaces intermédiaires n’offrent ni rougeur , ni gonflement , ni tension , n’indiquent rien que de sinistre ; le défaut d’enflure au visage , dans la petite - vérole confluente , est souvent un signe de mort , à moins que la salivation ne soit très - abondante , ou que les extrémités des membres ne se ronflent considé-
rablement. Les praticiens savent que la petite vérole la plus bénigne est celle dont les boutons , à dater de l’époque de la suppuration , prennent successivement une teinte blanche , opaque, jaunâtre et brunâtre.
Le traitement de la petite-vérole est plus ou moins simple , selon qu’elle est discrète ou confluente ; la première , où tout se passe paisiblement et sans orage , n’exige que quelques précautions hygiéniques. Dès le début , il suffit de mettre l’enfant à la diète, et de lui prescrire une boisson délayante , telle que de l’eau sucrée ou une décoction d’orge édulcorée avec un sirop quelconque. On soigne aussi le régime de la nourrice, s’il n’est pas encore sevré , et on donne au lait des qualités qui concourent à entretenir la bénignité de la- maladie. La mamelle peut
donc tenir lieu de médicament et de nourriture jusqu’après la chute des croûtes. Si le petit malade ne telle pas , on peut lui permettre quelques légers alimens aussitôt après l’éruption, tels que de la soupe , de la panade , ou crème de pain légère , un peu de riz , des fruits d été bien mûrs ou les gelées qu’on en extrait ; on est ensuite un peu plus sobre pendant la suppuration , mais on est moins sévère lorsque les boutons se dessèchent , et que les croûtes viennent à tomber : en un mot, le médecin doit éviter ici deux écueils , l’excès de nourriture qui aggraverait la maladie en surchargeant l’estomac , et la rigoureuse abstinence dans un âge où elle serait plus nuisible qu a toute autre epoque de la vie. Ün juste milieu entre ces deux extrêmes est le meilleur moyen de prévenir les accidens.
II n’en est pas de même de la petite-vérole confluente. Ici tout devient épineux et difficile, parce que la maladie , au lieu de suivre une marche régulière et progressive , affecte souvent le plus giand désordre dans ses périodes. Il faut nécessairement avoir égard à la constitution des individus , à la violence des symptômes , et aux affections qui peuvent compliquer la maladie, afin d en rendre la terminaison moins fâcheuse. Nombre de praticiens recommandables, Boerhaave, Rosen, Fouquet, Huxham, Cottuni, Desessarts, ont préconisé le muriate de me relire doux, non
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comme un préservatif de la petite-vérole , mais comme un remède capable d'en diminuer la malignité , de lui imprimer une marche plus uniforme , d’en calmer les symptômes alarmans , et d’en prévenir chez les enfans la complication avec les vers intestinaux. Pourquoi donc ne ferait-on pas l’essai de cette préparation métallique durant les épidémies varioleuses ? Le seul risque à çourir est de l’employer inutilement , au lieu que l’avantage à espérer est inappréciable. On en varie la dose suivant l’âge; à six .mois, on donne un quart de grain de mercure doux, avec un grain de jalap et autant de sucre ; à un an jusqu’après la dentition , on double la quantité de chacune de ces substances ; depuis cette époque jusqu’à sept ans, on ajoute encore un quart de grain de mercure doux , et le double des autres poudres ; ensuitç le sel métallique se donne à un grain jusqu’à la puberté , et on prescrit en même temps une infusion de feuilles d’oranger.
Au début de la petite- vérole , la fièvre mérite la plus grande attention. Comme elle s’annonce presque toujours par des symptômes inflammatoires, on doit sentir le danger de la méthode échauffante qui est généralement accréditée parmi le vulgaire, mais que Sydenham a combattue avec toute la supériorité d’une grande réputation* L’individu est- il pléthorique et sanguin; a-t-on à redouter une congestion vers le cerveau , le
délire , et d’autres accidens de ce genre , rien n’est plus conforme à l’indication que le traitement antiphlogistique ou débilitant. C’est alors qu’une diète sévère , des boissons délayantes , la saignee , 1 air frais , des bains , des fomentations sur les membres abdominaux, peuvent procurer les plus grands avantages , soit en opérant une diversion salutaire , soit en diminuant l’éréthisme général , ou en rendant à la peau sa souplesse naturelle. L’enfant est-il agité de convulsions ou de mouvemens spasmodiques , outre les moyens déjà indiqués, on peut encore appliquer une ou deux sangsues derrière les oreilles ; Hufeland vante aussi les fleurs de zinc avec le mercure doux , dont il donne deux grains toutes les trois heures aux enfans de deux à trois ans , jusqu’après la suppuration ; il attribue à ce mélange la propriété de modérer la lièvre , de calmer l’irritation spasmodique, les convulsions et le délire , de dissiper la lividité de la peau, et même de relever les boutons varioleux , quand ils sont affaissés. Si l’éruption de la petite-vérole est précédée de faiblesse ou d’abattement , il faut promptement recourir aux toniques , dont Morton a retiré les plus grands avantages en pareil cas. C’est alors que -conviennent le vin, la thériaque, l’opium , les infusions aromatiques, et tout ce qui peut ranimer les propriétés vitales. L’embarras des premières voies , s’il existe , se dissipe au
DES MALADIES DES ENFAjNS. 271 moyen des vomitifs. Ces remèdes , outre leur vertu évacuante , ont encore celle de pousser à la peau , d’exciter la transpiration insensible, et de favoriser l’éruption. Les boutons viennent-ils à rentrer ou à s’affaisser, c’est un signe de langueur et d’inertie dans l’organisme. Qu’on tâche donc de ranimer sur-le-champ le malade avec le vin, le quinquina , le camphre, l’esprit de Minderérus ou acétate d’ammoniaque ; qu’on ne balance pas surtout d’appliquer des vésicatoires , des synapismes pour réveiller l’action du système cutané. La lièvre secondaire qui accompagne la suppuration doit être traitée comme celle qui débute , en ayant égard à son intensité. Lorsque l’enflure du visage ou des mains n’a pas lieu , des médecins regardent les purgatifs comme trèsutiles ; ils allèguent en faveur de cette pratique la salivation et surtout la diarrhée des enfans, par lesquelles la nature semble conseiller de tourner ses vues du côté du conduit intestinal ; d’autres, au contraire , redoutent toute espèce d’irritation sur les voies alimentaires , sous prétexte qu’elle s’oppose à la direction de la matière morbifique vers la peau. Les vésicatoires sembleraieiit donc mériter la préférence , et avoir moins d’inconvéniens que les purgatifs.
Les maladies qui se compliquent avec la petitevérole , telles que différons genres de fièvres ou ue phlegmasies, doivent être traitées à l’ordi-
naire ou comme s’il n’y avait point d éruption. Mead a conseillé la décoction de quinquina avec l’acide sulfurique dans l’hématurie varioleuse. De l’Epine et Desessarts ont employé avec succès le safran contre le spasme douloureux de la gorge, et le docteur Beaumes a constaté les vertus sédatives de cette substance. Les bains émolliens où l’on trempe les mains et les pieds , calment la violence des douleurs que les malades y éprouvent , et y rendent l’éruption des boutons plus facile. La lancette , ou le bistouri, doit inciser la peau de ces parties, que le pus ne peut soulever ni déchirer. On a imaginé beaucoup de topiques pour empêcher les croûtes varioleuses de creuser et de laisser des cicatrices ; mais aucun n’a encore paru jouir d’une grande efficacité à cet égard. Les suites ou reliquats de la petite-vérole, comme la fistule lacrymale, l’ophthalmie , l’hypopyon , les taches sur la cornée, la dureté de l’ouïe , et toutes les affections des organes des sens , même la fièvre hectique et le dépérissement des malades, offrent ici les mêmes indications que dans tout autre cas-
SECTION II
De V inoculation et de la vaccine.
Nous allons décrire sous cette dénomination l'inoculation et la vaccine, auxquelles on ne peut
refuser la première place parmi les salutaires ressources de l’art de guérir; l’une produit une petitevérole beaucoup plus bénigne et plus simple que la naturelle, parce qu’elle donne la faculté de choisir le lieu, la saison, l’àge, et, pour ainsi dire , le moment où le sujet est le plus disposé à recevoir le germe varioleux ; l’autre a le précieux avantage de préserver entièrement d’une maladie qui ne passait pas pour être fort désastreuse quand elle n’immolait annuellement que le dixième ou le septième de la population. La première , ou l’on serait bien trompé , n’a été qu’une invention humaine ou une conséquence de quelque raisonnement médical; elle paraît avoir été depuis long-temps en vogue sur la côte de Barbarie et dans le Sénégal , dans le Bengale et l’indostan , principalement dans la Géorgie et la Circassie , aux environs de la mer Caspienne , d’où les Turcs et les Persans tirent leurs plus belles esclaves. Ce fut vraisemblablement de ces contrées que l’inoculation fut apportée à Constantinople, où elle fut observée au commencement du dix-huitième siècle, par les docteurs Timoni et Pilarini, qui en firent part aux savans de l’Europe. Mais il ne fallut rien moins que l’exemple et le généreux dévouement de deux philantropes , pour propager et faire adopter cette utile pratique. Le secrétaire du marquis de Chateau-Neuf, alors ambassadeur de France
auprès de la Porte, fit inoculer ses trois enfans; et milord Wortlay Montaigue , ambassadeur d’Angleterre auprès de la même cour, soumit a cette épreuve son fils unique âgé de six ans. De îetoui a Londres, lady Montaigue procura le meme bienfait a sa fille , et des lors le sort de 1 inoculation fut décidé malgré les cabales de la jalousie , les querelles de l’intérêt , l’obstination du préjugé, enfin malgré les arrêts du parlement de Paris et les décisions de la Sorbonne.
Les progrès de la vaccine ont été encore plus rapides, parce que cette heureuse découverte du hasard a eu moins d’ennemis et de détracteurs. Le docteur Jenner, en Angleterre, se promenant à la campagne, aperçoit un gros bouton sur la main d’un cultivateur occupé à traire le pis ulcéré d’une vache. Sa curiosité , comme c’est assez l’ordinaire de ceux qui ont l’esprit observateur, le porte a rechercher la cause de ce phénomène ; il découvre que c’est l’elfet du cowpox qui produit une semblable éruption sur les mamelles des vaches laitières ; il apprend aussi quelle se communique aux mains excoriées ou gercées de ceux qui en expriment le lait, et que de temps immémorial elle les garantit de la petite-vérole. Voilà deux traits de lumière qui vont bientôt éclairer l’univers entier , et arracher a la mort des millions de victimes. Jenner,
DES MALADIES DES ENFANS. o.p toujours dirigé par son génie philantropique , fait de nombreuses expériences. Il prend du cowpox , ou virus vaccin , l’inocule à des enfans qui n’ont point eu la petite-vérole , et observe constamment des boutons analogues à ceux de cette affreuse maladie. Il fait ensuite la contreépreuve ; il inocule le virus variolique aux mêmes individus : quelle est sa satisfaction de voir qu’il s’éteint ou ne produit aucun effet ! Dès lors il ne balance plus de regarder la vaccine comme le préservatif de la petite-vérole ; il annonce, en 1798, cette brillante découverte à tous les amis de l’humanité qui l’accueillent avec enthousiasme ; on réitère les expériences , les faits se multiplient, la renommée les publie, et bientôt le nom de Jenner vole au-delà des mets ; partout on s’empresse de bénir le bienfaiteur du genre humain, et l’on ne désespère plus de voir disparaître du globe une maladie désastreuse , le fléau de l’enfance et la terreur de la beauté.
Mais revenons à la description de ces deux espèces d’éruptions artificielles, et suivons-en les périodes pour en comparer les résultats avec ceux de la petite-vérole naturelle. D’abord, que le sujet qu’on inocule soit parfaitement sain ; voilà, selon Stoll , le meilleure condition pour obtenir le succès qu’011 désire. Il 11e serait donc pas prudent de pratiquer cette opération pendant le cours d’une maladie aigue ou chronique. La dentition, la pu-
berté, la grossesse, les couches et la menstruation, sont aussi des circonstances à éviter. A la vérité, quelques auteurs, Dimsdale , Cullen et Monro , assurent avoir inoculé sans accident des sujets scrophuleux , scorbutiques et valétudinaires. Mais une telle conduite 11e tiendrait-elle pas de la témérité, à moins qu’on n’y fût déterminé partie danger imminent de la contagion varioleuse ? Dans ce dernier cas, toutes les saisons sont également bonnes; autrement, on choisit une douce température , et on laisse passer la rigueur de l’hiver et la sécheresse de l’été. Prosper Alpin, Sydenham et Méad défendent d’inoculer lorsqu’il règne quelque épidémie dangereuse, que la fièvre primitive ou secondaire de la petite-vérole peut développer ou aggraver. On a rejeté une foule de recettes qui avaient été imaginées pour disposer les enfans à recevoir le virus variolique ; des alimens sains , tirés en grande partie du règne végétal, et donnés avec une certaine réserve : voilà la meilleure préparation ; tout le reste n’est que du charlatanisme, comme le prouvent un mémoire simple , mais lumineux, de Camper, sur cette matière, et la pratique du professeur Pinel à la Salpêtrière, où il dirigea l’inoculation de soixante-trois enfans, d’api’ès les principes du médecin hollandais. Huxham, Pringlc, Monro, etc. , assurent, d’après leur expérience , que le virus variolique pris
sur un individu affecté de syphilis, de scrophules, de scorbut ou de dartres, ne produit qu’une petite-vérole simple , bénigne et discrète ; cela peut être. Mais le parti le plus sûr est de ne prendre le virus que sur des individus parfaitement sains ou exempts de toute maladie , au •moins contagieuse. On le communique par piqûre, méthode proposée par Sutton, et préférable à toute autre, non qu’elle transmette moins de matière varioleuse , mais parce qu’elle réussit mieux , et qu’elle n’exige aucun traitement. On choisit pour cela les membres supérieurs, oû les vaisseaux lymphatiques sont moins nombreux, et oû l’on a moins à craindre les engorgemens qu’aux membres inférieurs. L’opération est fort simple : on charge de virus la pointe d’une lancette, en la plongeant dans une pustule varioleuse parvenue à sa parfaite maturité. On l’insinue ensuite sous l’épiderme de l’enfant , vers l’insertion du muscle deltoïde , et 011 la met en contact avec les extrémités des vaisseaux séreux; il est inutile de faire saigner la plaie ou d’y exciter une trop vive irritation. Si la matière s’est desséchée, on l’expose à la vapeur de l’eau chaude pour lui rendre sa fluidité; on laisse un peu plus la pointe de la lancette dans la plaie , et 011 la presse du pouce en la retirant.
Ap rès l’inoculation on tient encore l’enfant au régime végétal , on le promène au grand air, et on
lui donne quelque boisson délayante. Le premier jour, point de changement dans la plaie ; le second joui , avec une forte loupe, on y découvre une petite tache d’un rouge orangé, semblable à une piqûre de puce; le troisième, la tache augmente en largeur, et acquiert quelquefois celle d’une lentille; le quatrième , picotement incommode sur la partie qui s’élève un peu, durcit, rougit, et s enflamme; le cinquième, on y distingue à la loupe une vésicule remplie d’une petite quantité de liqueur claire et séreuse; le sixième, roideur sous 1 aisselle , difficulté de remuer le bras ; dépression du centre de la pustule qui blanchit, tandis que la circonférence s’enflamme et s’étend davantage; apparence d’un noyau phlegmoneux ; le septième , augmentation de la pustule et des symptômes qui l’accompagnent. Là finit ordinai- 1 ement 1 éruption locale ou génératrice, et commence la fièvre qui précède l’éruption générale. Celle-ci parcourt ses périodes, s’enflamme, suppure, et se dessèche comme la petite-vérole discrète et bénigne. Si l’inoculation ne produit qu’une éruption locale , ou qu’elle borne son effet à la fievre varioleuse sans éruption générale , le succès est incertain , et la prudence exige qu’on réitère l’opération. Les complications ou accidens qui surviennent pendant le cours de l’inoculation exigent le même traitement que si la petitevérole était naturelle.
DES MALADIES DES ENFANS. 279 La vaccine est si bénigne , qu’on peut se dispenser de toute préparation avant de l’inoculer, et de tout traitement pendant ou après son cours. L’âge, le tempérament , le sexe, la saison, même les maladies qui existent déjà, n’apportent aucun changement dans le caractère de cet exanthème artificiel. O11 attend pour l’ordinaire que l’enfant ait six semaines ou deux mois pour le vacciner ; mais l’expérience atteste que cette opération réussit presque aussi bien chez le nouveau-né de vingtquatre heures ou de cinq ou six jours. On observe seulement que la vaccine est plus régulière , et accompagnée d’une fièvre plus douce depuis deux jusqu’à six mois ; voilà pourquoi cette époque de la vie est préférée à toute autre. On attend aussi que la rigueur de l’hiver ait été modérée par l’influence du printemps, et que la sécheresse de l’été ait fait place à la fraîcheur de l’automne; enfin on tâche d’écarler tout ce qui pourrait nuire à la santé de l’enfant, à moins qu’il ne soit urgent de le vacciner. Quelquefois c’est un fils unique menacé de contracter l’épidémie varioleuse , ou un nouveau-né qu’une nourrice va transporter dans un pays d’où le préjugé repousse la nouvelle découverte ; dans ces cas-là ne serait-il pas imprudent de retarder, sous quelque léger prétexte, l’emploi d’un préserva tif dont l’innocuité est hors d’équivoque. On a observé aussi que le vaccin ne rendait pas le travail de la dentition pins orageux;
et quelques praticiens, parmi lesquels on remarque Valentin , assurent que l’insertion de ce virus a guéri la croûte laiteuse , des dartres , la teigne , l’ophthalmie , et même les scrophules. Quel motif pourrait donc empêcher encore d y avoir recours ?
On vaccine de bras à bras , toutes les fois que cela est possible ; sinon on conserve le virus entre deux verres, sur des lancettes , ou dans des tubes capillaires , qu’on porte partout où l’on veut ,* mais alors , avant de l’insérer, on le délaye avec un peu d’eau fraîche. Pour lui rendre sa fluidité, on préfère généralement la méthode par piqûre, parce qu’elle est plus sûre et moins douloureuse que le vésicatoire ou l’incision ; on observe même que la lancette produit une vaccine mieux caractérisée que l’aiguille. Pour charger la pointe de la première , on choisit un bouton bien formé , limpide, et encore intact , c’est-à-dire , un bouton parvenu du septième au dixième jour, non encore ouvert, et avant qu’il ait pris une teinte laiteuse. On en perce le bourrelet argenté ou perlé ; et , dès qu’il en suinte quelques gouttelettes de sérosité , on y trempe la pointe de l’instrument, qu’on insinue ensuite sous l’épiderme et à la partie postérieure du bras qu’on vaccine. La piqûre doit être légère ou superficielle, et il faut toujours éviter de faire couler du sang, soit du bouton où l’on puise le virus , soit du point où
il est insinue. Cette précaution assure mieux le succès de l’opération , et expose moins au danger de la fausse vaccine. O11 laisse un instant la pointe de la lancette sous l’épiderme ; et, avant de la retirer, on la presse du pouce, pour retenir la matière dont elle est chargée.
Les phénomènes de la vaccine peuvent se divisiseren locaux et en généraux. La piqûre faite par la lancette 11’offre de changement remarquable qu’à la fin dn troisième ou dans le cours du quatrième jour. Cette période d’inertie dure quelquefois plus long-temps ; on l’a vue se prolonger jusqu’au huitième , au dixième , et même plus tard. On a observé aussi que , de plusieurs piqûres faites en même temps , les unes commençaient à se développer , lorsque les boutons des autres touchaient à leur déclin.
Le quatrième jour , légère dureté sensible au toucher dans le tissu de la peau qui forme le bord de la petite cicatrice; teinte d’un rouge clair; élévation.
Le cinquième jour , application de la cicalri-cule sur le corps de la peau ; apparence circulaire de l’élévation qui était sensible la veille ; couleur plus rouge ; quelques démangeaisons.
Le sixième jour , rougeur moins foncée ou plus claire ; élargissement du bourrelet ou de l’élévation circulaire ; dépression plus apparente de la cicatricule ; aréole ou cercle rouge d’une
sSa TRAITÉ
demi - ligne de diamètre autour du bouton.
Le septième jour , aspect argente' du bourrelet cjiculaire ; enfoncement du rouge— clair qui le colorait dans la dépression centrale.
Le huitième jour, plus de largeur dans le bourrelet 'y tension , couleur d’un blanc grisâtre , et gonflement de ses bords par une plus grande quantité de matière ; rougeur moins vive du cercle étroit qui , jusqu’à cette époque, a circonscrit le bouton ; irradiation dans le tissu cellulaire voisin.
Le neuvième jour, bourrelet encore plus large, plus élevé , et plus rempli de matière.
Le dixième jour , aréole plus étendue , quelquefois d’un à deux pouces de diamètre ; épaississement de la peau qui le recouvre ; apparence d’un érysipèle phlegmoneux; douleur des glandes axillaires , mouvement fébrile , bâillemens , pâleur et rougeur alternatives du visage , accélération du pouls ; quelquefois rupture spontanée du bouton ; issue d’une gouttelette très-limpide, qui est bientôt remplacée par une autre ; signe de la maturité du vaccin , et de sa propriété contagieuse.
Le onzième jour, cessation de la période inflammatoire , et commencement de la dessiccation.
Le douzième jour, couleur trouble et terne de la liqueur contenue dans le bourrelet vésiculaire.
DES MALADIES DES ENFANS. a85
Le treizième jour, teinte jaunâtre du bourrelet qui se rétrécit à mesure. que la dessiccation s’opère au centre et avance vers la circonférence.
Enfin du quatorzième au vingtième , ou vingttroisième, durcissement du bourrelet qui se convertit en une croûte solide et de plus en plus foncée , sans quitter la dépression centrale.
Que la marche, l’aspect et la durée de la fausse vaccine sont diffère ns ! Dans celle-ci , le travail commence dès le lendemain , et quelquefois dès le jour même de l’inoculation. Presque aussitôt légère intumescence qui s’aplatit en s’étendant ; bouton qui s’élève en pointe , au lieu de se déprimer au centre , aréole d’un rouge pâle sans induration sensible du tissu cellulaire ; bourrelet d’une teinte jaunâtre et non argentée , qui prend la couleur de la gomme en se desséchant ; point de mouvement fébrile comme dans la vraie vaccine ; beaucoup d’irrégularités dans la forme et la couleur du bouton, dans l’aréole qui l’environne , et dans la dessication de la matière qui le remplit ; point de cicatrice , mais seulement une tache à la peau , après la chute des croûtes. Enfin cette éruption peut se développer sur un individu qui a déjà eu la pe ti te -vérole , ce qui prouve qu’elle n’en saurait être le préservatif.
Il existe une autre espèce de fausse vaccine
bien distincte de la précédente et très-facile à reconnaître ; elle est l’eflet d’un irritant physique sur un individu qui n’a point eu la petite- vérole. Par exemple , quand on se sert de lancettes mal effilées, peu pointues, ou oxydées par le vaccin ; quand on inocule avec du lil ‘ quand on emploie un vaccin trop avancé et parvenu à l’état purulent , ou celui qui est conservé sous des verres, sans l’avoir suffisamment délayé ; enfin quand on fait de trop profondes incisions. Or, voici la marche de cette fausse vaccine. Le jour même ou le lendemain , saillie et rougeur vive de l’épiderme qui recouvre le fil et le vaccin ; suppuration des lèvres de la plaie. Le deuxième jour, saillie plus apparente et moins rouge que la veille ; légère aréole autour de la petite plaie. Vers le troisième jour , bouton pointu , d’où suinte un pus opaque , jaunâtre ; ensuite croûte jaune , molle, aplatie, qui tombe du cinquième au sixième jour , se renouvelle fréquemment , et est suivie d’un ulcère profond et opiniâtre. A cette époque, rougeur assez vis e , mais irrégulière , de la partie ; léger gonflement de la peau ; augmentation d’abord sensible, puis disparition de l’aréole sans écailles.
Qu’on établisse maintenant le parallèle de l’inoculation et de la vaccine , on verra quelle est la plus avantageuse. D’un côté , c’est un état pénible et douloureux , une maladie quelquefois
dangereuse , alarmante , mortelle , qui ne peut jamais détruire universellement la petite-vérole; qui ne met pas à l’abri de pustules nombreuses et confluentes , ni de cicatrices ou de difformités ; qui peut développer et mettre en activité le germe de plusieurs autres affections ; qui aggrave le travail de la dentition et le fardeau de la grossesse; qui laisse beaucoup d’incertitudes par rapport à son explosion , à sa marche , et à ses suites. De l’autre , c’est une éruption toujours bénigne et salutaire, dont l’activiîé se borne aux seules piqûres, et dont on ne doit redouter ni l’eflluve contagieux , ni l’influence sur le tempérament, ni les accidens consécutifs, dont on espère au contraire un bien infini , la destruction de la petite - vérole sur tout le globe ; enfin dont presque aucune circonstance de la vie ne paraît contre-indiquer la communication. Que les ennemis de la vaccine , s’il en existe encore , continuent donc de s’agiter et de décrier cette merveilleuse découverte ; l’expérience et l’observation sont là pour répondre à leurs vaines et ridi- Gules déclamations.
ARTICLE XVI
De la rougeole.
Voici encore une phlegmasie cutanée propre à l’enfance ; un exanthème autrefois inconnu à
l’Europe , et dont l’importation remonte , selon quelques auteurs , jusqu’au temps des Croisades , ou, selon d’autres, jusqu’à l’invasion du royaume de Grenade par les Sarrasins.
Cette maladie est épidémique et contagieuse ; elle règne le plus communément dans le printemps ; quelquefois elle commence dans le mois de janvier , et s’étend jusqu’à celui de juillet : on l’observe peu dans le cœur de l’été et dans l’automne.
Il est rare qu’on n’ait point la rougeole une fois dans la vie ; mais le bas âge est le plus disposera la contracter. Vogel a vu naître un enfant dont le corps en était couvert ; les adultes n’en sont pas souvent affectés ; il suffit de l’avoir -eue , pour en être exempt dans la suite ; et les exemples de récidive , cités par Morton et Dehaën , ne sont rien moins qu’avérés : ces auteurs auront sans doute confondu des exanthèmes analogues , et non identiques. Combien de fois n’a-t-on pas commis cette méprise , à l’occasion de la vérole tte et de la petite-vérole !
Connaît-on le principe de la rougeole ? Pas plus que celui des autres maladies épidémiques et contagieuses ; mais on en a observé les effets , et l’on a vu qu’il se développait dans une saison sujette aux fréquentes vicissitudes de l’atmosphère ; dans une saison où régnent beaucoup d’affections catarrhales et de maladies cutanées : de là une
nouvelle preuve de la sympathie qui existe entre la peau et les membranes muqueuses. Toutefois on n'a jamais remarqué le même individu attaqué simultanément de la rougeole et de la petitevérole ; la première de ces deux affections semble entraver la marche de l’autre. Selle rapporte que des enfans n’ont eu la petite-vérole qu’un mois après avoir été inoculés , parce qu’ils avaient contracté la rougeole après l’opération préservatrice.
Les Arabes sont les premiers qui aient observé et bien décrit l’exanthème dont il est question ici ; Pdiazès en a laissé un traité qui serait peutêtre le plus complet et le plus propre à diriger les praticiens, si l’illustre Sydenham n’avait enrichi l’art de ses Constitutions médicales. La rougeole débute par un mouvement fébrile presque semblable à celui qui précède les affections catarrhales; l’enfant est accablé, inquiet , dans un état de malaise général , sans appétit ; il se plaint de pesanteur à la tête et de lassitude ; il est tourmenté de bâillemens, de nausées et quelquefois de vomissemens; le premier jour il éprouve des alternatives de frisson et de chaleur ; les jours suivans la fièvre augmente, et il se joint à son cortège des symptômes d’ophthalmie , de coryza et d’angine ; le visage et les paupières se gonflent; les yeux deviennent rouges, douloureux , et si sensibles , qu’ils ne peuvent plus sup-
porter la lumière ; il en coule des larmes qui enflamment la conjonctive et la caroncule lacrymale; les narines sont affectées en même temps ; elles rendent une mucosité âcre qui excite l’éternument; la gorge ne paraît pas moins irritée; la toux est fréquente, continuelle. Il y a des enlans à la mamelle qui sont atteints de diarrhée verdâtre , de tremblemens aux mains , même de convulsions.
Cet appareil fébrile et catarrhal s’accroît communément jusqu’au quatrième jour, époque où l’éruption commence. Alors, après une vive démangeaison et une chaleur brûlante à la peau , de petits points rouges, semblables à des piqûres de puce , se manifestent d’abord au front , au visage et au cou ; ensuite à la poitrine et aux membres thoraciques , à l’abdomen et aux membres abdominaux. Peu de temps après ils se réunissent en plaques ou taches irrégulières , plus saillantes et plus rudes , mais moins larges au visage que dans d’autres parties du corps. La rougeur et le gonflement de la peau , la fièvre et les affections catarrhales , loin de diminuer ou de disparaître pendant et après l’éruption , persévèrent pour l’ordinaire , ou acquièrent de l’intensité jusqu’après la desquamation.
Cependant, du sixième au septième jour après l’invasion de la fièvre, ou du troisième au quatrième après l’éruption, les taches commencent
DES MALADIES DES ENFANS. 289 à pâlir sur le front et le visage; l’épiderme se fendille, acquiert de l’àpreté, et tombe par petites écailles; le huitième jour, la desquamation a lieu sur le reste du corps ; et le neuvième ou le onzième au plus tard, la lièvre et l’aflèction catarrhale disparaissent complètement ; enfin , du douzième au quinzième jour, la peau a repris sa couleur naturelle, et il n’y reste aucune cicatrice.
Telle est la marche de la rougeole simple et bénigne. Un observateur attentif la distinguera toujours, même au début, d’avec la petite- vérole, par l’affection catarrhale ou muqueuse qui accompagne la fièvre. Ces deux maladies n’ont ni le même siège, ni la même nature; la première n’aflecte que la superficie de la peau , et parait tenir de l’érysipèle ; la seconde affecte toute la peau, ainsi que le tissu cellulaire souscutané, et ressemble au phlegmon. L’irrégularité des plaques ou groupes formés par les boutons est encore un signe caractéristique de la rougeole , et empêche de la confondre avec la scarlatine.
Mais que d’anomalies ou vicissitudes n’observet-on pas dans le cours de cette maladie , suivant une foule de circonstances individuelles ou hygiéniques. Pendant la première période , il survient quelquefois des hémorrhagies nasales plus ou moins fréquentes; tantôt l’éruption est plus prompte qu’à l’ordinaire , et alors les boutons
paraissent d’abord sur les épaulés et la poitrine ; tous les symptômes s’accroissent, au lieu de s’apaiser, comme dans la rougeole bénigne; tantôt, au contraire , l’éruption est plus tardive , et les forces paraissent si affaiblies ou si éloignées de leur type ordinaire , qu’on redoute une complication avec la fièvre adynamique ou ataxique. Les taches varient en couleur; elles sont d’un rouge vif, ou pâles, livides, noires. La rougeole, dit-on, a disparu quelquefois tout à coup sans accident, et a reparu quelques semaines après. A-t-on fait usage de remèdes incendiaires, sous prétexte de favoriser l’éruption , tous les symptômes s’aggravent; les enfâns sont menacés d’hémoptysie , de phthisie ; il y en a qui restent affectés de toux chronique , d’ophthalmies graves, d’esquinancie , de pleurésie, de péripneumonie, de furoncles, d’engorgemens scrophuleux. D’autres sont sujets à des soubresauts dans les tendons, à une anxiété ou constriction précordiale, à des tranchées, à des ténesmes, à des flux de sang, etc. ; accidens que le vulgaire ne manque pas d’attribuer à une métastase ou rentrée de la rougeole ; mais dont la cause tient le plus souvent à un traitement peu méthodique.
Toutes ces complications doivent nécessairement influer sur la rougeole, et en rendre l’issue plus dangereuse. Cette maladie est aussi plus grave chez les adultes que chez les e.nfans; mais les pre-
DES MALADIES DES ENFANS. 291 miers en périssent moins souvent que les seconds : ceux-ci courent beaucoup de risques pendant la dentition ou à l’époque de la puberté. On peut en dire autant des femmes grosses ou nouvellement accouchées, même des nourrices. Les individus naturellement faibles, surtout ceux qui sont disposés à des affections de poitrine, qui toussent habituellement, qui crachent du sang, qui tendent a l'asthme ou à la phthisie , n’ont presque rien de bon à espérer; ils meurent presque toujours des suites de la rougeole. C’est ici le contraire de ce qui arrive dans la petite-vérole , où les malades succombent ordinairement pendant le cours de cet exanthème.
Le traitement de la rougeole varie suivant qu’elle est simple et bénigne , ou compliquée et dangereuse. Dans le premier cas, l’usage externe ou interne des médicamens est absurde et frivole ; les efforts salutaires de la nature suffisent alors pour faire parcourir à cette maladie ses différentes périodes, et pour la conduire à une terminaison favorable ; elle ne dure alors que sept ou huit jours. Cependant, que le médecin n’oublie point ici l’affection catarrhale ou muqueuse qui accompagne l’exanthème cutané ; qu’il prescrive le plus grand calme et le repos du lit, surtout en hiver; qu’il n’y ait qu’une faible clarté dans l’appartement, à cause de l’irritation des yeux ; qu’on y entretienne une douce tempéra-
ture , et qu on donne au malade quelque boisson délayante , mucilagineuse et sucrëe , mais toujours tiède ou dégourdie , pour favoriser la transpiration. L air frais et les acidulés sont contreindiques par les symptômes de coryza et d’angine , qui en seraient exaspérés.
Les complications de la rougeole peuvent être innombrables. Quelquefois l’enfant, naturellement pléthorique et sanguin, est disposé à la fièvre inflammatoire ou à des phlegmasies particulières, qui aggravent l’exanthème. C’est alors le cas de recourir dès le début à la saignée , aux sangsues, aux pédiluves, aux boissons délayantes, afin de modérer la violence de la fièvre , l’éréthisme de la peau et la tendance qu’ont les forces vitales à se concentrer sur les organes renfermés dans quelques unes des cavités splanchniques.
La rougeole se complique t-elle avec l’embarras des premières voies ou avec la fièvre gastrique , on donne quelques grains d’ipécacuanha , une boisson émétisée ou cathartique ; ensuite on attend avec patience, et on éloigne tout ce qui pourrait s’opposer à la terminaison des deux maladies.
Les enfans naturellement faibles, ou qui vivent sous l’influence des causes débilitantes, sont exposés à la fièvre adynamique ou putride pendant le cours de la rougeole. Ou reconnaît cette dangereuse complication au changement de forme
DES MALADIES DES EXFANS. 2(jô et de couleur dans les taches : elles sont d’abord proéminentes, rouges et animées; elles deviennent pâles, livides et plus déprimées. Qu’on prévienne alors de bonne heure la prostration des forces, et qu’on tache de les diriger vers la surface du corps par l’usage des toniques, tels que le vin, le quinquina , le camphre ; on peut retirer encore de grands avantages des épispastiques , surtout des vésicatoires : l’hygiène est ici de rigueur pour tout ce qui concerne la propreté.
Une complication des plus redoutables est celle de la rougeole avec la fièvre ataxique ou maligne. Les individus naturellement vifs et sensibles , comme on l’est dans l’enfance, y sont les plus sujets. Il survient alors des anomalies dans les propriétés vitales ; les fonctions de l’entendement se troublent ; la respiration se dérange et devient extrêmement gênée ; enfin , le malade est bientôt aux abois, si l’on ne vient à son secours. La médecine la plus active est ici d’une indispensable nécessité pour soutenir la vie qui chancelle et s’ébranle jusque dans son principe. Des pédiluves tièdes , suivis de vésicatoires aux jambes, une décoction de scorsonère fort acidulée pour boisson ordinaire , et des potions camphrées et éthérées ; tels sont les moyens qui ont paru avoir le plus de succès, et qui ont détourné la congestion dont la tête était menacée.
Que de circonstances encore où il faut se diriger d’après la nature du symptôme qui prédomine ? « y a des enfans chez lesquels la marche de 1 éruption s’arrête ; les taches disparaissent , et il se manifeste des douleurs de poitrine plus ou moins vives ; la respiration est oppressée , la péripneumonie se déclare ; on craint la suffocation. Recourez alors sur-le-champ à la saignée, surtout lorsque le malade est robuste ; et , si vous craignez que sa faible constitution ne l’empêche de supporter cette déplétion vasculaire , appliquez au moins quelques sangsues sur l’endroit douloureux; mettez des vésicatoires aux jambes, des sinapismes aux pieds; tachez, en un mot, de vous opposer à la funeste terminaison de la maladie. On peut consulter Sydenham , qui a observé cette complication dans la rougeole épidémique de 1674.
La rougeole rentre quelquefois , parce c|ne l’enfant peu docile ou mal gardé s’est exposé à l'impression de l’air froid; un bain tiède et une boisson légèrement diaphorétique conviennent alors pour reproduire cet exanthème.
Si l’irritation de la gorge est excessive, la toux forte, opiniâtre, insupportable, insistez sur les boissons adoucissantes; a joutez-y quelque calmant , un peu de sirop diacode ou de karabé ; faites mettre les pieds dans l’eau tiède pendant quelques minutes ; prescrivez l’inspiration de la
vapeur aqueuse ; si les yeux s’enflamment et deviennent très - douloureux , fomentez les paupières avec la décoction de racine de guimauve; appliquez -y des cataplasmes émolliens; posez des sangsues ou des vésicatoires derrière les oreilles.
L’enfant est vivement agité ; il a des convulsions ; la violence de la fièvre lui cause du délire : la saignée , les sangsues ou les antispasmodiques sont indiqués suivant qu’il est naturellement sanguin ou nerveux. Il faut modérer la fièvre : voilà l’essentiel.
Dans la seconde période de la rougeole , la rétention d’urine est très-fréquente. On y remédie par des fomentations sur l’hypogastre , par des lavemens , par des émulsions légèrement nitrées.
Les suites ou reliquats de la rougeole sont plus ordinaires et plus dangereux que ceux de la petitevérole. On a observé que des enfans dont la poitrine était frêle et délicate, ne guérissaient qu’imparfaitement. Il leur restait une petite toux sèche, de la chaleur à la peau , et un mouvement de fièvre qui les conduisait à la phthisie et à la mort. Nous avons vu survenir un abcès à l’œil , et une véritable exophthalmie chez une petite fille nouvellement sevrée , qu’on avait exposée trop promptement à l’air , après la rougeole, dans une saison où la température était variable. Nous
avons éle consultes pour une autre beaucoup plus âgée , et presque pubère , à qui une pareille imprudence avait causé une bouffissure générale, dans le mois de mai dernier. Les vésicatoires sont le moyen le plus propre à prévenir les premiers de ces accidens ; mais on les applique toujours trop tard , quand la phthisie est déjà déclarée. Si la toux ne persévère que par rapport à l’irritation de la gorge, on peut achever de la dissiper en continuant les caïmans, même l’opium. La bouffissure cède aux diaphorétiques et aux diurétiques , à l’infusion de fleurs de sureau nitrée , à l’oximel scillitique.
ARTICLE XVII
De la scarlatine.
Quelle diversité et quelle vacillation dans les idées sur cette maladie , avant que l’observation et l’expérience en eussent déterminé le vrai caractère, et lui eussent assigné le rang qu’elle occupe parmi les phlegmasies cutanées. C’est encore ici qu’on peut admirer le talent hippocratique de Sydenham, c’est-à-dire, cette justesse desprit et cette précision qui ne s’en laissent jamais imposer par de simples analogies, lorsqu’il s’agit de distinguer des affections différentes.
La scarlatine attaque très-rarement les adultes; on peut la regarder avec raison comme propre
au premier âge et à l’adolescence. Elle règne en été , en hiver, à l’équinoxe du printemps, et en automne. O11 l’a observée le plus souvent après des constitutions chaudes et humides de l’atmosphère, au milieu des bois, dans des vallons, et le long des rivières qui reçoivent beaucoup d’immondices , et dont les eaux baissent pendant la canicule ; enfin, dans les lieux où la circulation de l’air n’est pas libre.
Cette maladie peut être épidémique dans certaines saisons de l’année, endémique en quelques contrées, et sporadique chez tel ou tel individu. L’observation a prouvé qu’elle était le plus souvent simple et bénigne dans le dernier cas , au lieu qu’elle est souvent compliquée , et plus ou moins dangereuse dans les deux premiers.
La scarlatine est-elle contagieuse , comme la petite-vérole et la rougeole , avec lesquelles on lui a trouvé de si frappantes analogies? C’est là l'opinion de plusieurs praticiens modernes , et entre autres du professeur Pinel. Ce dernier rapporte , dans sa Nosographie, avoir vu cette espèce d’exanthème se transmettre d’un jeune homme qui en était violemment affecté à deux personnes de service , à sa mère, à son instituteur, à deux de ses parens , à son frère qui en périt , et à deux autres jeunes gens qui habitaient dans la même maison. D’apres un pareil exemple la contagion de la scarlatine n’est-eile pas, sinon certaine , du
moins très-probable ? On pourrait peut-être douter avec plus de raison , si , après avoir eu cette maladie, on en doit craindre la récidive, lorsqu’on se trouve sous 1 influence des causes capables de la produire. Mais cette question n’a pour elle que la vraisemblance ; il faut attendre que les faits l’aient complètement décidée.
Lamarche de la scarlatine se compose de quatre périodes différentes, qui sont l’incubation, l’éîuption, le dessèchement et la desquamation.
Dans la première, le malade se plaint d’un malaise général ; il est accablé de lassitude ; sa tête est lourde; on observe de l’assoupissement, et quelques alternatives de frisson et de chaleur ; suivant Stoll , il y a des vomissemens bilieux , et , selon d’autres, le pouls est agité, tumultueux : pour 1 ordinaire , ce prélude est aussi marqué par un sentiment incommode dans la gorge, et par la gêne de la déglutition ; mais ce dernier simptôme n’existe pas toujours.
L’éruption commence plus tôt ou plus tard ; l’époque, dit Stoll, en est indéterminée; le plus communément c’est le troisième ou quatrième jour; tantôt le second, et même le premier; tantôt, au contraire , le huitième ou le neuvième. La peau se couvre alors de petites taches rouges et irrégulières ; elles paraissent d’abord au visage; ensuite au cou , au thorax et aux membres thoraciques , à l’abdomen et aux membres abdomi-
DES MALADIES DES ENFANS. 299 uaux : d’abord écartées ou disséminées , elles acquièrent successivement plus d’étendue , se rapprochent les unes des autres, et finissent par couvrir tout le corps. O11 dirait que la peau a été barbouillée de lie de vin , ou de suc de framboise, suivant la remarque de Huxham ; d’autres en comparent la couleur à celle d’un morceau d’écarlate ou d’une écrevisse rôtie : cela dépend de l’intensité de la rougeur. Le volume des parties affectées augmente alors jusqu’au gonflement , et la démangeaison jusqu’à la chaleur et à l’ardeur ; le visage est animé, l’œil humide , la langue d’un rouge vif, le pouls dur et fréquent ; les pieds et les mains sont tuméfiés , roides et douloureux. L’état fébrile diminue quelquefois lors de l’éruption; le plus souvent il continue avec les autres symptômes précurseurs ; il y a des individus chez lesquels le mal de gorge ne se déclare qu’au moment de l’efïlorescence. La couleur de la peau et le gonflement des extrémités deviennent de plus en plus intenses du troisième au cinquième jour; Vieusseux a vu l’éruption se prolonger jusqu’au huitième ; ce qui est très-rare.
Le sixième jour, les taches commencent à pâlir sur le visage , et ensuite sur les autres parties, suivant l’ordre de leur éruption ; les symptômes fébriles diminuent alors , et disparaissent entièrement. Il se manifeste aussi quelquefois, et même assez fréquemment, dit Plenciz, des pus-
aoo
tules vésiculaires , de courte duree , et accompagnées d’une démangeaison très-vive. Enfin , le septième jour, la desquamation s’opère, le prurit de la peau augmente , et f épiderme s’enlève par écailles furfuracées, souvent lamelleuses, surtout aux pieds et aux mains. C’est une sorte d exfoliation qui se renouvelle plusieurs fois ; elle est accompagnée de sueurs abondantes , de diarrhée, et d’urine plus ou moins sédimenteuse.
D’après cette description , il est bien évident que la scarlatine est une maladie propre ou idiopathique, puisqu’elle a ses causes particulières, sa marche et ses périodes. On ne saurait donc la confondre avec la rougeole, dont elle diffère par l’intensité et l’étendue de la couleur. L’inflammation concomitante des membranes muqueuses les plus extérieures établit encore une grande différence entre ces deux exanthèmes ; car elle est constante dans l’un, au lieu qu’on ne l’observe pas toujours dans l’autre. Le mal de gorge n’existait point dans la scarlatine épidémique décrite par Sydenham ; il n’existait pas non plus dans des exemples de la même maladie rapportés par Dover, Gorter, Junker, Plenciz, Cullen, Frank , et par les docteurs Corvisart et Gardien. On aurait donc bien tort de conclure , avec Rumsev, que l’angine ou mal de gorge constitue le caractère essentiel de la maladie , et que la scarlatine n’en est qu’un symptôme ; en un mot, la dénomi-
DES MALADIES DES ENFANS. oui
nation d 'angine scarlatineuse , qu’ont proposée les docteurs Fizeau , Pistolet et Colin , ne paraît rien moins que confirmée par l’observation. On objectera peut-être avec Stoll que l’angine seule attaque souvent les adultes , pendant que la scarlatine règne chez les enfans. Mais conclura-t-on
de là qu’il existe des angines scarlatineuses? Si cette conséquence était fondée, on devrait donc admettre aussi des ophthalmies , des coriza , et des maux de gorge morbilleux ; car il est de fait que ces affections cataiThales attaquent très-souvent les adultes, lorsque les enfans sont atteints de rougeole.
L’angine ou mal de gorge paraît donc être plutôt une complication qu’un symptôme essentiel de la scarlatine. D’ailleurs, cette éruption peut se compliquer encore avec beaucoup d’autres maladies , telles que l’embarras des premières voies, et la fièvre gastrique ou bilieuse. Dehaè'n cite plusieurs exemples de scarlatine avec la fièvre muqueuse. Les maladies que Mercatus , Fothergill, Huxham et Tissot ont décrites sous les noms à' angine, maligne , dû angine gangreneuse , à' ulcères gangreneux clés amygdales , paraissent n’avoir été que des complications de la scarlatine avec une fièvre adynamique ou ataxique. Tissot et Piumsey ont observé des épidémies de scarlatine , où les parotides étaient considérablement gonflées ; d’autres ont vu cette maladie
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confondre sa marche avec celle des pétéchies ou d’une éruption miliaire. Enfin, la délitescence et la métastase ne sont pas moins à craindre ici que dans les autres phlegmasies cutanées , et peuvent entraîner les suites les plus funestes. De là une infinité d’accidens , tels que la phthisie , l’amaurose, l’engorgement inflammatoire et la suppuration des glandes, des vomiques ou dépôts dans les poumons, etc.
Toutes ces complications et tous ces accidens doivent nécessairement servir de base au pronostic de la scarlatine. Cette maladie est d’autant plus bénigne qu’elle est moins compliquée , que l’enfant a plus de force , et que la saison devient plus propice. On doit surtout redouter les fièvre adynamiques et ataxiques , dont l’issue est le plus souvent funeste ; c’est alors qu’on observe pour l’ordinaire de l’irrégularité dans la couleur de l’exanthème et dans la succession de ses périodes. Quelquefois les taches de la peau disparaissent très-peu de temps après leur éruption , ce qui est toujours de mauvaire augtire. D’autres fois l’angine ou affection de la membrane muqueuse du pharinx se convertit en mal de gorge gangréneux , qui n’inspire guère plus de confiance.
Mais une des suites les plus frequentes , et peutêtre les plus dangereuses de la scarlatine , c’est l’anasarque ou leucophlegmasie générale, quelquefois l’ascite, l’hydrothorax, ou l’hydrocéphale.
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11 est inutile de réfuter ici l’opinion de certains médecins , tels que Plenciz , Stouk , Withering , et Dehaën, qui ont considéré cet accident comme un effet critique et dépuratoire de la maladie. Il faudrait pour cela que l’œdème appartînt exclusivement à la scarlatine , qu’il en prévînt la terminaison , et qu’il accélérât le retour de la santé : trois conditions qu’on n’observe point dans la pratique.
En effet , le corps 11e commence de s’infiltrer qu’après la desquamation, vers le quatorzième ou quinzième jour, même pins tard. L’enfant éprouve d’abord de la tristesse , et se plaint de maladie ; il est abattu , languissant ; plus d’appétit , ni de sommeil ; la respiration devient difficile , le pouls fréquent est concentré , l’urine rare , épaisse et sédimenteuse. Bientôt après les paupières et le visage se gonflent ; l’œdème se manifeste aux membres inférieurs, gagne l’abdomen , et se répand sur tout le corps.
Quelle variété d’opinions sur la nature de la cause qui excite cette affection! Le docteur Vieusseux et les médecins de Genève l’attribuent à l’impression prématurée du froid, d’où résulte la suppression de la transpiration et de l’urine chez lesconvalescens. Le docteur Robert, de Langres, la regarde comme un effet de crises imparfaites, produites par l’atonie des vaisseaux absorbans. De part et d’autre on prétend avoir l’expérience
et l’observation en sa faveur ; là on assure que les enfans exposés trop tôt au grand air sont tombés dans l’anasarque ; ici on assure le contraire , et on s’élève avec force contre la réclusion trop prolongée ; qui croira-t-on ?
Il est de fait , et les observations de Plenciz à cet égard sont incontestables, que l’hydropisie succède plus fréquemment à la scarlatine dans les climats froids que dans les climats chauds et tempérés , et dans l’hiver que dans les autres saisons ; ce qui appuie beaucoup l’opinion des médecins de Genève. C’est donc une très-bonne précaution que de faire garder la chambre aux convalescens pendant deux ou trois semaines, et de les tenir bien vêtus pour prévenir cet accident ; elle est surtout indispensable pour les enfans qui sont naturellement plus faibles et plus disposés à l’infiltration que les adultes. Dans les belles saisons où l’air est chaud, on peut leur permettre de sortir plus tôt ; mais ce sera vers le milieu du jour, parce que la température est plus variable le soir et le matin. Pour les accoutumer insensiblement à supporter le grand air, on pourra ouvrir de temps en temps les fenêtres de leur appartement, lorsque l’atmosphère sera calme et sans nuage. A ces moyens hygiéniques on peut ajouter les frictions générales sur la surface du corps, avec une flanelle imprégnée de Vapeurs aromatiques ; les bains légèrement sti-
mulans ont aussi la propriété de ranimer le ton de la peau , et les laxatifs vers la fin de la maladie procurent toujours une révulsion salutaire. Quand l’anasarque est déclarée , il ne reste plus qu’à favoriser la transpiration insensible et l’excrétion de l’urine ; on peut donner pour cela un peu d’oximel scillitique, ou quelques grains d’acétate de potasse dans une infusion de fleurs de sureau ; si l’enfant est faible et languissant, les toniques et les amers, tels que l’infusion de petite-centaurée , l’usage du quinquina, le sirop antiscorbutique , et même quelques préparations martiales , peuvent être nécessaires.
Mais nous anticipons ici sur la thérapeutique : l’ordre exige qu’on expose le traitement de la scarlatine proprement dite , avant celui des maladies qui la compliquent , ou des accidens qui lui succèdent. Reprenons donc la scarlatine de plus haut. Lorsque cette affection cutanée est simple , et qu’elle parcourt régulièrement ses péi’iodes, elle arrive toujours à une heureuse terminaison , et l’art doit se borner à observer les salutaires efforts de la nature ; quelques boissons délayantes et acidulées sont ordinairement les seuls moyens qui conviennent. Mais il n’en est pas de même lorsque cet exanthème se complique avec quelque autre maladie. Ainsi la saignée est quelquefois nécessaire pour combattre une fièvre inflammatoire , qui se manifeste au début ou