‹ Traité des maladies des enfans, jusqu'à la pubertéChapitre 11 sur 19 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des maladies des organes urinaires chez les

enfans.

Les piûncipales affections des organes urinaires qu’on remarque chez les enfans , sont les concrétions calculeuses, la rétention et l’incontinence d’urine.

ARTICLE PREMIER

Des calculs urinaires chez les enfans.

Que l’enfant soit sujet à la pierre , ou calcul urinaire, c’est un fait aussi incontestable que difficile à expliquer. Cette concrétion peut se former dans les reins, dans les uretères, dans la vessie , dans l’urètre , ou entre le prépuce et le gland.

Les signes qui en font soupçonner l’existence sont les pleurs et les cris de l’enfant , causés par les douleurs et les ténesmes qu’il éprouve pour rendre son urine ; ce liquide ne coule alors que goutte à goutte, paraît quelquefois rougeâtre ou teint de sang , et dépose un sédiment glaireux ou puriforme.

On acquiert de plus fortes présomptions sur cette maladie lorsque le petit malade porte sou-

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vent la main aux organes génitaux, et lorsque l’urine charrie du sable ou du gravier.

Enfin on ne peut plus douter de la pierre, quand on la trouve avec l’extrémité de la sonde , ou avec le doigt introduit dans le rectum. Toutefois on ne parvient à ce degré de certitude que lorsque la concrétion calculeuse est dans la vessie ou dans l’urètre ; car les recherches du cathétérisme et du toucher ne peuvent jamais s’étendre jusqu’aux uretères et aux reins.

Des praticiens recommandables , et entre autres Baglivi , ont observé que des enfans affectés de la pierre succombaient à de violentes convulsions, ou tombaient dans un état d’éclampsie mortelle. De tels résultats ne sont certainement pas difficiles à concevoir, quand on se représente l’irritation que les calculs doivent occasioner dans les organes urinaires, et surtout la sensibilité propre au premier âge.

La seconde écorce de tilleul , en décoction à la dose d’un gros, dont on donne une petite tasse tous les matins , avec sept ou huit grains de sel sédatif, doit-elle être mise au rang des prophylactiques ou préservatifs de la pierre ? Peut-on regarder aussi comme de vrais lithontriptiques , ou dissolvans des concrétions urinaires, quelques solutions acides, alcalines ou salines que ies chi-r rnistes ont proposé d’injecter dans la vessie , ou de faire boire aux malades? Laissons au temps et

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à l'expérience le soin de constater l’efficacité de telsremèdes. Mais, en attendant, tâchons toujours de calmer les douleurs néphrétiques , au moyen des saignées, des boissons mucilagineuses, et des bains émolliens; employons, en un mot, ce que la matière médicale offre de plus propre à relâcher ou à étendre les organes urinaires , et à émousser les aspérités des calculs qui les blessent. Que peut-on faire de plus lorsque le mal a son siège dans les uretères ou dans les reins ? Le calcul de la vessie ou de l’urètre offre une ressource de plus ; c’est la lithotomie qu’on pratique alors suivant les règles et les procédés que la chirurgie enseigne.

ARTICLE II

De V incontinence cl’w'ine chez les enfans.

Cette maladie est très-fréquente dans le bas âge, elle se prolonge même quelquefois jusqu’après la puberté ; mais les filles paraissent y être plus sujettes que les garçons. On peut en attribuer la cause au relâchement ou à la paralysie de la vessie , qui empêche cet organe de sentir la présence de l’urine , et le besoin de l’expulser. Elle peut tenir aussi à la paresse, comme nous avons eu occasion de l’observer chez un enfant de treize ou quatorze ans, qui aimait mieux dormir infecté par l’odeur urineuse de sa couche à demi-pourrie,

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que de se déranger pendant la nuit pour prendre son pot-de-chambre. L’habitude peut encore entretenir cette incommodité jusqu’à l’adolescence ; nous en avons vu un exemple chez une jeune fille de dix-huit ans , qui ne se doutait même pas que ce lût un défaut. Enfin un sommeil trop profond, et que ne peut surmonter l’impression de l’urine sur la vessie , doit être mis au nombre des causes qui déterminent l’issue involontaire de ce liquide.

L’insensibilité de la vessie peut avoir dififérens degrés. Certain enfans n’éprouvent l’incontinence d’urine que durant la nuit ; d’autres sont mouillés sans le savoir quand ils veillent, comme quand ils dorment; ce qui est le comble de la malpropreté.

L’enfant dont la vessie est trop faible pour retenir l’urine qui s’y accumule , parait triste et languissant, ses digestions se font mal ou avec peine; il a le teint pâle , l’œil enfoncé et entouré d’un cercle bleuâtre ; il maigrit; en un mot, tout annonce qu’il est dans une atonie générale. Mais il acquiert peu à peu des forces à mesure qu’il grandit ; son tempérament se décide vers la puberté , et l’incontinence d’urine disparaît pour l’ordinaire à cette époque sans le secours de l’art. On cite néanmoins quelques jeunes filles qui , après avoir été délivrées de cette incommodité , Tout vue se renouveler au moment d’être nubiles.

Une telle récidive n’est point due alors à la paralysie du sphincter vésical, mais à un excès d’irritabilité que les changemens du système utérin ont déterminé sur les organes urinaires. La même cause peut exisler chez les garçons pubères dont les organes génitaux se développent avec trop d’énergie.

Les moyens de remédier à l’incontinence d urine doivent varier suivant les causes qui 1 ont produite. Ainsi, dans le cas d atome ou faiblesse générale, on tire de l’hygiène et de la thérapeutique tout ce qui est le plus propre à fortifier 1 organisme; on proscrit surtout les lits trop mous; on injecte dans la vessie quelques onces d’une eau thermale ou sulfureuse qu on donne aussi en boisson ; on applique des vésicatoires aux jambes ou aux cuisses, et des compresses trempées dans l’eau-de-vie sur l’hypogastre. Il est facile de deviner le remède de l’incontinence d’urine qui tient à la paresse. Celle qui dépend d’un excès d’irritabilité exige les adoucissans et les anodins, les bains , les boissons mucilagineuses. L’enfant qui a contracté l’habitude de la masturbation , doit changer de mœurs et prendre quelques toniques.

ARTICLE III

De la rétention d'urine chez les enfans.

L’enfant n’est pas plutôt sorti du sein de la mère qu’il reçoit l’impression de l’air. Il s’établit alors un commerce d’action et de réaction entre la peau et les membranes muqueuses. Les narines se débarrassent par l’éternuement, les bronches par la toux. Le mouvement d’inspiration et d’expiration produit dans les muscles abdominaux des oscillations qui déterminent à leur tour le mouvement péristaltique de l’intestin et l’issue du méconium. La vessie se contracte en même temps, et chasse l’urine qu’elle contient.

Cette dernière excrétion est une de celles qui succèdent le plus vite à l’accouchement; mais il arrive quelquefois, dans les premiers jours après la naissance, et même plus tard, qu’elle se supprime entièrement. C’est alors un effet du spasme qui resserre le sphincter ou le col de la vessie ; et tout porte à croire qu’on doit en attribuer la cause, soit à la trop vive impression de l’air sur le système cutané, soit à des qualités trop irritantes du lait maternel.

Quoi qu’il en soit, l’enfant qui ne peut uriner fait de violens efforts ; il est dans une continuelle agitation; il pousse des cris aigus. L’hypogastre est gonflé, tendu et très-douloureux; plus de

sommeil , ni de repos. Bientôt la fièvre s’allume f et la peau devient brûlante ; le visage s’enflamme et l’œil étincelle ; enfin les convulsions se déclarent , et la mort termine la scène , si l’on ne vient promptement au secours de l’innocente créature.

On soupçonne et on reconnaît la rétention d’urine au défaut d’humidité dans les langes qui enveloppent l’enfant, ainsi qu’à la série des symptômes qui se manifestent avec plus ou moins de rapidité. La nature de la maladie et l’importance de l’organe ou de la fonction qu’elle affecte, l’àge, la constitution, et surtout la sensibilité de l’individu , tout, en un mot, contribue à rendre ici le pronostic alarmant, et à presser l’administration des moyens curatifs.

Qu’on plonge donc sur-le-champ le petit malade dans un bain tiède , et qu’on applique des fomentations émollientes sur l’hypogastre. Ces moyens doivent être réitérés plusieurs fois dans le jour; et, s’ils 11e sont point assez efficaces pour déterminer un prompt relâchement dans les organes urinaires, il faut recourir au cathétérisme. Dès que l’urine coule, l’orage cesse, et tout rentre dans l’ordre. Quelquefois l’enfant s’endort au sortir du bain salutaire , et se refait bientôt de ses angoisses. Si la fièvre persévère , et que la tête paraisse embarrassée, on peut appliquer une sangsue derrière chaque oreille ; on prévient ainsi les

effets de la congestion cérébrale, et quelquefois ou remédie aux convulsions qu’elle produit. Lorsque l’enfant ne souffre pas, et qu’il rend l’urine avec facilité, on a soin de le vêtir convenablement , afin de le garantir de l’impression du froid, et d éviter la récidive. On recommande aussi à la mère de faire usage de quelque boisson délayante, pour rendre son lait plus apéritif, et pour lui ôter toute qualité capable d’irriter les organes urinaires.

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