‹ Traité des maladies des enfans, jusqu'à la pubertéChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des maladies qui affectent les membranes muqueuses des enfans.

La sensibilité des membranes muqueuses ne le cède point à celle de la peau. Mais, comme la portion gastro-pulmonaire en est la plus exposée à l’impression de l’air et des irritans extérieurs, dont elle n’a point encore l’habitude, elle est aussi la plus souvent affectée chez les enfans qui viennent de naître ou qui sont encore à la mamelle ; de là l’ophthalmie ou inflammation de la conjonctive; la psorophthalmie ou ulcération des

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paupières, et les aphtes qui s’observent dans la cavité de la bouche et dans tout le trajet du conduit intestinal ; de là l’angine , le croup , le catarrhe pulmonaire, etc.

ARTICLE PREMIER

De Vophtkalmie des nouveaux-nès .

On donne le nom d’ophthalmie à l’inflammation de la conjonctive ou membrane muqueuse , qui , après avoir revêtu la paupière en dedans , se réfléchit sur le globe de l’œil.

L’enfant qui vient de naître est très-disposé à cette maladie par rapport à la sensibilité des organes où elle fixe son siège ; le moindre courant d’air, 1’impression du froid ou de l’humidité, peuvent la déterminer alors , si l’on n’a soin de veiller à la salubrité de l’appartement où la femme accouche.

Elle se manifeste par la rougeur et le gonflement de la paupière, qui paraît comme œdématiée à l’extérieur ; l’œil est tellement irrité qu’il ne peut s’entr’ouvrir ; il est d’abord larmoyant , et il en coule une humeur limpide, qui prend ensuite de la consistance ; elle se change en une matière puri forme, qui s’amasse sous les paupières d’où elle sort quand on les presse légèrement. Enfin cette matière diminue peu à peu, et l’in-

flammation disparaît entièrement au bout de quelques jours.

Cette maladie est donc de fort peu de conséquence , et diffère essentiellement de l’ophthalmie vénérienne , avec laquelle des praticiens inattentifs l’ont quelquefois confondue. Elle diffère aussi de l’ophthalmie scrophuleuse , qui se manifeste ordinairement à une époque plus avancée, et le plus souvent après le sevrage.

Le traitement se borne ici à fort peu de chose ; il suffit d’entretenir une température douce et uniforme autour de l’enfant. On lave d’abord les yeux avec de l’eau de guimauve, ou avec du lait tiède ; la mère et la nourrice sont aussi dans l’habitude d’y en verser quelques gouttes de leur sein , quand elles donnent à téter. Vers la fin on favorise la résolution , et l’on rend à la conjonctive sa tonicité ordinaire, en y faisant des lotions avec deux onces d’eau rose , et deux ou trois gouttes d’acétate de plomb liquide , ou deux à trois grains de sulfate de zinc.

ARTICLE II

De la psorophthalmie des enfans.

Ce mot , d’après son étymologie , ne désigne qu’une ophthalmie sèche ou sans écoulement. James Ware, chirurgien de Londres, l’a employé pour exprimer l’inflammation des paupières avec

ulcération. Cette maladie est quelquefois produite par le vice scrophuleux ; d’autres lois par la suppression ou la diminution des ulcères qui suintent derrière les oreilles, le plus souvent par une irritation locale fixée sur les conduits et les glandes ciliaires.

Les deux yeux sont presque toujours attaqués à la fois; ils sont constamment fermés, parce qu’ils ne peuvent supporter l’impression de la plus faible lumière. Les paupières sont rouges et gonflées; le petit malade y ressent une chaleur vive, qu’il exprime en la comparant à la sensation produite par du sable ou du gravier. L’inflammation se propage peu à peu jusqu’à la cornéè ; où il se forme quelquefois des taies ou taches qui obscurcissent et détruisent même la vue. Les bords ciliaires paraissent comme rongés par de petits ulcères, d’où coule une humeur blanchâtre épaisse , puriforme , et visqueuse , qui en opère l’agglutination momentanée .

Sans un examen attentif, cette espèce d’ophthalmie pourrait être facilement confondue avec celle qui dépend de l’infection vénérienne ; mais la méprise deviendrait très-dangereuse si on l’attaquait avec les mercuriaux , qui aggraveraient le mal au lieu de l’apaiser, et produii’aient peut-être la cécité.

Pour traiter cette affection des yeux d’une manière convenable, il faut avoir égard à la cause

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qui l’a produite. Quand elle est de nature scrophuleuse, elle résiste avec opiuiàtreté, à moins qu’on 11e l’attaque par des toniques généraux et locaux. Comme les forces sont languissantes , on doit d’abord chercher à les ranimer : les amers conviennent surtout en pareil cas , tels que l’infusion de rhubarbe , le sirop de chicorée composé, l’élixir de gentiane, etc. Il faut aussi que des topiques appliqués sur les paupières soient propres à en rétablir la tonicité. On les lave avec de l’eau froide ou avec de l’eau de rose ; on y verse quelques gouttes de vin émétique. On vante beaucoup une pommade avec le cérat et l’oxide de mercure rouge par l’acide nitrique ; mais on doit varier la dose et la proportion de ces ingrédiens suivant les circonstances. La faiblesse et l’atonie du malade exigent plus d’oxide mercuriel et moins de cérat ; c’est le contraire dans le cas où il y a trop de sensibilité ; il convient même alors de rendre la pommade calmante, en y mêlant du laudanum liquide , ou du baume tranquille. On en étend le soir un peu sur le bord des paupières, et le jour on les lave avec de l’eau , où l’on ajoute deux grains de sulfate de zinc par once.

L’inflammation et l’érosion des paupières tiennent-elles à la suppression des ulcères auriculaires qu’on observe chez les enfans, on n’a d’autre parti à prendre que d'appliquer un vésicatoire derrière les oreilles. On y rappelle ainsi le suin-

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ternent habituel, et on prévient les accidens d'une pareille métastase .

La maladie est la plus difficile à guérir, quand elle dépend de l’ulcération des glandes et des conduits ciliaires. Comme il y a alors une irritation locale qui devient chronique, et acquiert en quelque sorte droit de domicile sur les yeux, rien ne coûte autant que de la déloger. Cependant il laut essayer d’abord de l’enlever, ou au moins de l’adoucir par quelques moyens tant internes qu’externes. La saignée du bras, celle du pied, ou l’application des sangsues près de l’organe affecté, peuvent convenir chez les en fans pléthoriques. L eau de veau ou de poulet, la décoction d’orge, le petit-lait nitré, les bains généraux, peuvent aussi produire un relâchement salutaire dans tout l’organisme. On applique en même temps, sur les yeux, des cataplasmes émolliens avec la pulpe de pomme , de carotte, etc. , jusqu’à ce que l’intlammation soit apaisée ; enfin , lorsque cette affection résiste à tous ces remèdes , il faut avoir recours aux cautères , aux sétons derrière la nuque , ou au vésicatoire , qu’on applique au bras ou derrière les oreilles : mais ce traitement n’empecherait point la psorophthalmie de faire des progrès , si elle était l’effet d’une diathèse scrophuleuse.

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ARTICLE III

Des aphtes des enfans.

Cette maladie consiste dans une éruption inflammatoire et fébrile de petits tubercules sur la membrane muqueuse de la bouche et du conduit intestinal. On la désigne vulgairement à Paris, dans l’hospice des Enfans-Trouvés, sous les noms de millet , de muguet , et de Manchet, sans doute à cause de la forme et de la couleur qui lui sont propres. On pourrait la nommer, avec plus de raison , phlegmasie exanthémique des voies alimentaires.

Les aphtes étaient-ils connus des anciens , ou n’ont-ils été observés que par les modernes ? C’est là un point d’histoire médicale sur lequel les opinions sont partagées. D’abord il est de fait qu’Hippocrate , Galien, Celse , Aétius , Arétée , Oribase, Paul d’Egine, et Actuarius, ont parlé de cette maladie. Le docteur Auvity prétend que Houillier , en commentant un aphorisme de l’oracle de Cos , qui se trouve le vingt-quatrième de la troisième Section , paraît clairement désigner le muguet. Arétée trace aussi, d’une manière complète , l’invasion , la marche , l’accroissement , et les variétés des aphtes ; enfin Julius Pollux, auteur cité par V an Swieten , décrit l’éruption aphteuse qui attaque la surface de la langue et du

gosier, et les couvre d’une couche blanchâtre.

Cependant on doute si tous ces écrivains ont décrit autre chose que des ulcères de la bouche ; et le docteur Sanponts pense que le millet ou les aphtes des nouveau-nés n’ont paru qu’au milieu du dix-huitième siècle , époque avant laquelle ils étaient inconnus. La question principale se réduirait donc à savoir si les aphtes doivent être considérés comme de petits ulcères , ou comme de petits tubercules ; car , dans le premier cas , il serait incontestable qu’ils auraient été connus des anciens , tandis qu’il n’en serait évidemment question que chez les modernes dans le second.

Or Boerhaave, Van Swieten, Stoll , Amstrong, etUnderwood, n’ont désigné , avec presque toute l'antiquité , sous le nom d’aphtes , que de petits ulcères superficiels et blanchâtres de l’intérieur de la bouche , qu’on fait disparaître , soit par l’usage de quelques lotions astringentes avec le sulfate de zinc , soit en les touchant avec un petit bouton de vitriol, ou avec un pinceau trempé dans de l’acide sulfurique suffisamment étendu.

Si l’on s’en rapporte , au contraire , à la forme et à l’aspect des aphtes, tels qu’on les trouve décrits dans Sylvius, Mercurialis, Ketelaer, Ettmuller, Wagler, etc., ce ne sont que de petits tubercules blanchâtres, ronds, superficiels , semblables à des grains de millet, qui n’ont point de cavité, ne fournissent point d’humeur , et ne lais-

DES MALADIES DES ENFANS. 5i5 sent point de cicatrice en tombant. Mais, loin de se borner à l’intérieur de la bouche , comme les ulcères dont parlent les anciens, ils s’étendent dans tout le conduit intestinal, et constituent une mafadie générale qui a ses causes , ses symptômes, et son traitement particulier.

Quoique cette maladie soit d’autant plus fréquente qu’elle se déclare dans un âge plus tendre, et plus voisin de la naissance; quoiqu’on puisse même la considérer , avec quelques auteurs , comme propre aux nouveau-nés pendant l’allaitement , l’expérience apprend néanmoins qu’elle n’épargne pas toujours les enfans qui ont passé les premiers jours de la vie , ni ceux qui sont sevrés ou qui ont atteint un âge plus avancé. On observe qu’elle attaque des enfans de trois ou quatre mois , plongés tout à coup dans l’air des hôpitaux. Chambon a vu survenir des aphtes à deux ou trois ans ; le docteur Gardien à deux et à quatre ; Ketelaer prétend que les autres âges, et même les adultes , n’en sont point exempts.

Il suit de là que les aphtes ne sont pas toujours produits par la rétention du méconium, comme quelques auteurs l’ont prétendu. On ne peut pas les attribuer non plus , avec Ketelaer et Sanponts, à une diathèse ou disposition acide déterminée par le régime de la nourrice. Car, si ces causes étaient aussi réelles qu’on le suppose, comment expliquerait-on la génération des aphtes après le

sevrage ou clans 1 âge adulte, chez des enfans qui ne tettent point , ou dont la nourrice ne prend ni alimens , ni remèdes acides ?

Pour assigner les véritables causes, soit prédisposantes, soit occasionelles de cette maladie, il faut nécessairement consulter les histoires qui en ont été tracées par de judicieux observateurs. Or , tous s’accordent à dire que les enfans bien constitués, forts et vigoureux, sont presque toujours exempts d’aphtes ; tandis que ceux qui sont naturellement faibles et délicats , qui sont nés de parens pauvres, valétudinaires, ou affectés de différens vices, y sont le plus disposés.

L’expérience et l’observation attestent aussi qu’on peut ranger parmi les causes occasionelles des aphtes , les habitations malsaines , l’insalubrité de l’air , surtout quand il est humide et froid ou chaud en même temps. Il est encore incontestable que celte maladie a été souvent produite ou augmentée par la malpropreté, ou le défaut de soin et de vigilance , dans l’éducation physique des enfans , par l’allaitement étranger ou mercenaire , par la disette , l’insuffisance ou la mauvaise qualité du lait, parles alimens qu’on y substitue.

D'après celte étiologie on expliquera avec facilité pourquoi cette maladie règne épidémiquement en automne et en hiver , saisons si favorables au développement de la constitution muqueuse ; pourquoi on l’observe assez fréquem-

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ment dans les campagnes ; pourquoi elle est endémique dans les contrées septentrionales , maritimes , marécageuses , dans la Zélande , par exemple , où Ketelaer l’a décrite ; pourquoi elle est dangereuse , et le plus souvent pernicieuse dans les hospices des enfans trouvés , où tout contribue à rendre les causes qui la produisent plus actives. En effet , c’est dans ces sortes d’asiles que la pitié entasse par centaines de malheureux orphelins , issus le plus souvent de mères débauchées et infectées de quelque virus ou vice ; on les y transporte quelquefois de fort loin gelés ou transis de froid, parce qu’ils sont mal vêtus, même dans la plus rigoureuse saison. Arrivés là, quel air respirent- ils au milieu des émanations qui s’exhalent de leurs matières fécales , de leurs urines plus ou moins échauffées , de leurs langes presque toujourssales?Si l’on ajoute encore à ces causes la réunion des nouvelles accouchéès, des nourrices , et des femmes souillées de virus vénérien, comme cela avait lieu autrefois à Vaugirard , sera-t-on surpris , et aura-t-on de la peine à croire que les aphtes des enfans trouvés se compliquent avec la corruption ou pourriture d’hôpital , et dégénèrent si souvent en des maladies meurtrières ?

Mais doit-on accuser seulement l’air des hôpitaux de produire les aphtes des enfans , comme le firent tous les médecins, et entre autres LaPey-

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ronie et Raulin,’ vers le milieu du siècle dernier? Doit-on regarder aussi cette maladie comme l'effet d’une contagion qui se propage d’un individu à un autre ? 11 est certain que les faits ne sont pas toujours en faveur de cette double opinion; car Baudelocque, le docteur Auvity , et d’autres praticiens, ont observe' que les aphtes attaquaient des en fans au sein même de leur famille , où ils étaient élevés en bon air , et avec beaucoup de propreté. On les a vus sévir aussi dans les campagnes, qui ne ressemblent guère aux hôpitaux. A la vérité, on ne peut contester que le séjour de ces asiles n’influe beaucoup sur le cours , sur le caractère et la propagation de cette maladie ; car elle y règne plus fréquemment, y exerce de plus grands ravages , et y est plus meurtrière qu’ailleurs. On remarque même qu’elle s’y propage avec beaucoup de rapidité , et qu’un des meilleurs moyens d’en arrêter les progrès , est d’isoler les malades dans des salles particulières. Mais peuton rigoureusement conclure de là que les aphtes soient contagieux? S’ils avaient cette funeste propriété, un enfant qu’on transporterait dans les campagnes y sèmerait l’infection , et on la verrait bientôt devenir générale. Cependant on a toujours observé le contraire , à moins que les enfans sains n’eussent été allaités par la nourrice du malade , ou n’eussent couché dans la même chambre et dans le meme lit. Ou a même vu la

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même femme donner le sein à deux enfans dont l’un était atteint de cette maladie , sans la communiquer à l’autre , pourvu qu’il ne suçât pas la même mamelle. Ainsi tout concourt à prouver que les aphtes peuventêtre épidémiques, ou frapper un grand nombre d’enfans à la fois, surtout dans les hospices où les orphelins sont entassés les uns sur les autres ; mais il ne paraît pas certain que ce soit une affection contagieuse, du moins à un degré éminent.

On peut distinguer quatre périodes dans le cours de cette phlegmasie muqueuse; savoir, l’invasion et l’éruption des aphtes, l’accroissement et la chute de ces tubercules.

Au début , ce sont des .symptômes plus ou moins variables qui sont comme les avant-coureurs de l’éruption ; le plus souvent il y a une fièvre continue, accompagnée d’agitation et de cris continuels. Tantôt l’enfant prend le mamelon avec avidité , comme s’il était tourmenté de la soif ; tantôt il le refuse , parce qu’il ne peut le sucer. Dans ce dernier cas, si l’on introduit le doigt dans sa bouche, on y sent une chaleur brûlante , dont la nourrice s’aperçoit aussi du bout du mamelon, et qui, suivant le docteur Sanponts , s’étend jusqu’à l’épigastre, où elle se fait sentir au dos de la main qu’on y applique. Douleur gravative aux environs de l’estomac , anxiété précordiale , anorexie , nausées, vomis-

sernent, hoquet, insomnie, voix rauque, sifflante, constipation ou déjections verdâtres, grisâtres; tels sont les signes auxquels on reconnaît le plus souvent l’éruption prochaine des aphtes , surtout quand on en est déjà averti ou prévenu par l’épidémie régnante.

Dans la seconde période on 11e peut trop déterminer l’endroit où ces tubercules commencent à pulluler. Ordinairement la membrane muqueuse qui tapisse la çavité de la bouche se colore d’un rouge vermeil ; le pouls s’accélère et s’anime ; la soif devient plus vive. En même temps l’épiderme s’élève, et les premiers aphtes se distinguent çà et là par leur couleur blanchâtre , assez souvent sur le frein de la langue, ou vers la place des dents incives ; quelquefois ils commencent par la luette et le palais ; d’autres fois, suivant Boerhaave , Ketelaer, et Arnemann, les premières voies en sont affectées avant la bouche. Cinq ou six heures après, l’éruption gagne la commissure des lèvres et l’intérieur des joues ; et dès le lendemain la langue en est parsemée. Enfin les boutons occupent bientôt tout l’intérieur de la bouche ; ils se propagent jusqu’aux amygdales, au gosier, à l’oesophage, à l’estomac, à l’intestin, et à l’anus , où l’on aperçoit une rougeur plus ou moins vive ; de là résultent la difficulté de la déglutition , l’anxiété et la douleur précordiale, la diarrhée , et l’excrétion alvine d’une plus ou

DES MALADIES DES ENFANS. 321 moins grande quantité de croûtes aphteuses. L’expectoration de quelques-unes de ces croûtes , accompagnée de toux et de dyspnée , prouvet-elle , comme le croit le docteur Coopmans , que la trachée-artère soit aussi recouverte d’aphtes ? ou bien ces débris ne viennent-ils que de la bouche, du gosier, et du commencement de l’œsophage ?

Dans la troisième période les pustules se multiplient, s’élargissent, et prennent une couleur plus foncée. Van Swieten assure que les aphtes sont toujours blanchâtres, et jamais noirs, au moment de l’éruption. Ce sont d’abord des pustules peu élevées qu’on distingue à l’œil nu ou à la loupe , puis des phlyctènes plus ou moins confluentes , plus ou moins colorées , et accompagnées de prurit , de douleur et d’insomnie , d’impossibilité ou de difficulté d’avaler , de vomissement.

Enfin les tubercules se changent en croûtes , qui tombent par fragmens semblables à la pellicule que forme la crème du lait coagulé. Cette chute arrive tantôt douze ou vingt-quatre heures après l’éruption , tantôt au bout' de deux , trois , même neuf jours. Dans certains cas les aphtes disparaissent pour toujours ; dans d’autres ils se renouvellent plus tôt ou plus tard, même plusieurs jours après, jusqu’à six, sept, dix, et un plus grand nombre de fois. Cette suite de repullula-

lions laisse une si grande sensibilité dans l’inté* rieur de la bouche, qu’elle s’opposerait à l’allaitement et à la nutrition , si elle ne cessait bientôt.

Tels sont les principaux phénomènes des aphtes simples, qu’on peut diviser encore en discrets et enconfluens. On reconnaît les premiers, qui sont toujours bénins, à des tubercules gros, superficiels, peu serrés; au défaut d’inflammation dans leurs interstices ; à un dévoiement léger sans rougeur à l’anus ; à la couleur presque naturelle et à la chaleur modérée du fond de la bouche : à la déglutition facile du lait ou des boissons; à un sommeil calme ou peu agité , le plus souvent à l’absence de la fièvre; à la chute des tubercules vers le neuvième ou dixième jour, ou le plus tard vers le quinzième , quand l’enfant est privé d’une bonne nourrice ; enfin à des taches rouges sur le visage et le cou , qui n’entraînent aucun danger, quand on ne s’oppose point à leur éruption.

Les aphtes confluens se manifestent par des tubercules plus petits, plus serrés; ils sont accompagnés de déjections verdâtres et de vives rougeurs à l’anus ; l’enfant a la bouche brûlante , ce qui l’empêche d’appliquer ses lèvres au sein de la nourrice, et en détermine quelquefois l’excoriation ; la déglutition est difficile , la voix faible , le visage gripé , l’œil abattu ; le petit malade parait

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assoupi. Lorsque les tubercules tombent, il en repullule de plus rebelles.

Mais. ce n’est point encore là ce qui constitue les aphtes les plus malins ; ceux qui se compliquent avec quelque autre maladie, telle que la syphilis ou 1’ènd.urcissement du tissu cellulaire , et surtout avec des fièvres de mauvais caractère , sont plus dangereux. La complication avec la fièvre adynamique se reconnaît à la prostration des forces, à la couleur noire , et à des ulcères gangreneux du fond de la bouche , à la tension du bas-ventre , à un dévoiement immodéré , à des rougeurs vives , et à des escarres de l’anus ; une violente et continuelle agitation , des mouvemens convulsifs, indiquent la complication avec la fièvre ataxique. Mais cette pernicieuse réunion de maux ne s’observe que dans les hôpitaux, où mille circonstances peuvent aggraver les affections les plus simples et les plus légères .

À l’ouverture des cadavres, on ne trouve point d’ulcérations sur les aphtes , comme l’a fait remarquer Wagler dans son Traité de la maladie muqueuse. On n’aperçoit, suivant Ettmuller, que des pustules blanchâtres au milieu , et rouges sur les bords , ou recouvertes de diverses croûtes , suivant Sylvius. Arnemann et Sanponts ont trouvé des vestiges de ces tubercules depuis l’œsophage jusqu à l’anus ; ordinairement l’intestin est flétri

et gangrené , quand cette maladie s’est compliquée de malignité.

Mais quel est le véritable siège des aphtes ? existe-t-il dans le chorion muqueux , dans les papilles ou glandes de même nom ? L’anatomie pathologique est entièrement muette sur ce point. C’est encore une question, d’après Van-de-Wimpersse , si ces tubercules diffèrent des exanthèmes cutanés , ou sont de même nature qu’eux ; s’ils constituent une affection symptomatique, comme l’a pensé Dehaën, ou une maladie critique, suivant l’opinion de Ketelaer. Toutefois, si l’on considère , avec Van Swieten et d’autres auteurs, que les aphtes régnent fréquemment avec la miliaire blanche ; que leur éruption est précédée de tumulte ou d’agitation fébrile, accompagnée de symptômes inflammatoires et suivie de desquamation ; que peut-être ils sont contagieux, comme quelques auteurs le croient , et n’attaquent qu’une fois le même individu , comme le présume Sanponts; peut-on ne pas admettre de l’analogie ou de la ressemblance entre les exanthèmes muqueux et les exanthèmes cutanés ? Les membranes muqueuses ne sont-elles pas la continuation de la peau , et n’ont-elles pas la même structure qu’elle ? Peut-être n’y a-t-il d’autre différence entre les aphtes et le millet que par rapport à la période d’incubation, où la fièvre qui précède est muqueuse dans le premier cas, et inflammu-

toirc dans le second. Il est donc , sinon certain , du moins très-probable , que les aphtes sont une maladie propre ou idiopathique, une véritable phlegmasie muqueuse , un millet intérieur ou des voies alimentaires.

Quoi qu’il en soit, la terminaison de cette espèce de maladie éruptive est plus ou moins fâcheuse , suivant une foule de circonstances. Ainsi on redoute en général fort peu les aphtes blanchâtres, discrets, simples, qui se bornent aux lèvres , aux gencives , à la langue , au palais, en un mot, à l’intérieur de la bouche ; qui naissent immédiatement après leurs signes précurseurs , et commencent par la langue, les commissures des lèvres , et autresparties voisines ; qui ne sont point accompagnés de la fièvre , ou dont la fièvre concomitante est modérée ; qui tombent peu de temps après leur éruption, et dont la chute est suivie d’un soulagement marqué, de taches rouges et humides; qui ne repullulent point , ou seulement en petit nombre ; qui n’attaquent pas les enfans trop près de la naissance , ni les vieillards.

Au contraire , on ne peut que mal augurer des aphtes jaunes, bruns, obscurs, cendrés, violets, livides, noirâtres, surtout s’ils sont nombreux , serrés , confluens, etcompliqués d’agitation , d’insomnie ou d’assoupissement, de salivation , de déjections colliquatives , de vomissement continuel , de hoquet , de convulsions; s’ils se propa-

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gent dans tout le canal alimentaire ; si l’éruption en est difficile , prématurée ou tardive ; s’ils commencent par les premières voies , pour s’élever ensuite jusqu’à la bouche ; s’ils se couvrent d’une croûte dense, opaque, lardacée; s’ils sont trèstenaces , ou ne tombent que lentement ; s’ils sont accompagnés d’une fièvre aiguë, violente, et de mauvais caractère ; s’ils attaquent les enfans qui viennent de naître, ou des vieillards presque décrépits.

Le traitement des aphtes se réduit à les prévenir , ou à les combattre : l’une de ces deux indications appartient à l’hygiène , l’autre à la thérapeutique. Dans le premier cas, qu’on tâche de soustraire les enfans à l’influence des causes occasionelles ; et pour cela qu’on observe scrupuleusement les préceptes relatifs à leur éducation physique ; qu’on leur choisisse une habitation commode , saine et bien aérée , d’où l’on puisse bannir avec facilité l’humidité , le froid, et toute vapeur ou exhalaison impure ; qu’on n’en réunisse pas un trop grand nombre dans le même hôpital , et qu’on ne les entasse pas les uns sur les autres dans la même salle; qu’on ne mêle point les malades avec ceux qui sont sains ; qu’on ne les emmaillotte jamais dans des couches ou dans des langes humides et malpropres ; qu’on lave avec soin les vètemens qui ont déjà servi, surtout aux enfans aphteux , avant de les donner à

DES MALADIES DES ENFANS. 327 d autres; qu on les expose, ainsi que les berceaux , à 1 air, a la vapeur du vinaigre , et à des fumigations aromatiques ; qu’on se procure toujours du lait de bonne qualité , et pour cela qu’on surveille le régime de la nourrice ; qu’on la change , si elle est viciée ou suspecte ; qu’on lui interdise toute espèce de mauvais alimens; qu’on la séquestre avec son nourrisson dès qu’il est attaqué de la maladie aphteuse , afin qu’il ne la communique point aux autres, supposé qu’elle soit contagieuse. Une précaution bien nécessaire encore , c’est de veiller à la propreté des salles d hôpital où l’on dépose les enfans trouvés. Il serait dangereux d’y laisser séjourner trop longtemps leurs matières excrémentitielles , et les langes ou autres vêtemens qu’ils ont salis. On doit les enlever sur-le-champ, de crainte que l’air n’en soit infecté ou corrompu, et que les enfans plongés dans cette ordure et ces miasmes n’en soient affaiblis , incommodés ou disposés à contracter des maladies.

Après l’éruption des aphtes, les remèdes propres à les combattre ou à les guérir varient selon leur espèce, leur gravité et leur complication. N’y a-t-il que des tubercules discrets, bénins, simples , le lait d’une bonne nourrice suffit , même sans le secours d’aucun topique. Si cette maladie arrive après le sevrage , et qu’on ne puisse pas remettre l’enfant à la mamelle, on y

supplée par l’eau de riz , l’eau sucrée , et autres boissons rafraîchissantes ; on humecte les lèvres, les gencives et la bouche, avec un pinceau trempé dans un mélange d’eau d’orge , de miel rosat et de quelques gouttes d’acide sulfurique. Après la chute des croûtes , les purgatifs conseillés par quelques auteurs sont inutiles, à moins qu’il n’y ait des signes d’embarras intestinal.

Lorsque les aphtes sont confluens, on a d’abord recours aux vomitifs, si l’estomac n’est pas libre. Ensuite , le mamelon qui fournit de bon lait est encore le meilleur moyen de guérison , quand l'enfant a la force de le prendre. On a soin d’humecter la bouche avec des gargarismes acidulés, avec l’eau d’orge et le sulfate de zinc ou vitriol blanc , avec le miel et l’acide boracique, avec une décoction de roses miellée. On oppose à l’acidité des premières voies la magnésie qu’on donne à la dose de sept à huit grains deux ou trois fois le jour ; l’usage d’une bouillie bien cuite convient aussi dans le même cas. Vers la fin , la débilité des organes digestifs exige les toniques et les restaurans , tels que des bouillons , de l’eau et du vin avec du sucre , ou avec les sirops d’œillet , de menthe, d’écorce d’orange ; si la sensibilité de la bouche rend le contact des alimens et du lait insupportable, on nourrit les malades avec des lavemens.

Dans les hospices des enfans trouvés, les aphtes

DES MALADIES DES ENFANS. Sag se compliquent le plus souvent avec la fièvre adynamique ou putride ; on tache de prévenir alors la prostration des forces et la gangrène par la décoction ou l’infusion de quinquina , de racine de gentiane, acidulée avec le sirop de vinaigre ou de groseille, avec l’acide sulfurique; on substitue au lait de bons consommés avec le vin généreux ; on insiste sur les potions ou les lavemens camphrés , sur les vésicatoires ; on déterge les ulcères gangréneux de la bouche avec la décoction de quinquina et suffisante quantité d’acétate d’ammoniaque ou d’acide sulfurique.

La nourrice qui allaite des enfans attaqués d’aphtes malins, doit enduire son mamelon de mucilage , avant ou après chaque succion , pour en prévenir l’écorchure ou l’ulcère.

Les rougeurs et excoriations de l’anus et des environs ne doivent être saupoudrées qu’avec de l’amidon ou quelque autre poudre absorbante , et jamais avec des préparations de plomb.

L’éruption de petits boutons au cou , aux fesses ou ailleurs , qui succède à la chute des croûtes , doit être favorisée par quelque boisson diaphorétique ; et, si elle vient à rentrer, on prévient les accidens de cette répercussion par les sudorifiques , tels que l’infusion de fleurs de sureau ou la décoction de salsepareille , par les vésicatoires et les ventouses appliquées aux lombes ou aux fesses.

o3o TRAITÉ

On voit donc maintenant dans quels cas doivent' convenir les acides recommandés parKetelaer, les vomitifs préconisés par Armstrong, et rejetés par Un derwood , les purgatifs conseillés par d’a utres , les cordiaux, les exeitans , les exutoires, etc.

ARTICLE IV

Du coryza des enfans.

Cette affection est connue du vulgaire sous le noms d’ enchifrenement ou de rhume de cerveau ; c’est le gravedo des Latins. Les médecins modernes l’appellent catarrhe nasal } parce qu’elle consiste dans la phlegmasie de la membrane muqueuse qui tapisse les narines.

Les enfans y sont naturellement très-disposés à cause de la prédominance du système muqueux, et de la sensibilité qui leur est propre. On l’observe pour l’ordinaire pendant l’automne , l’hiver et le printemps, saisons où la température de l’air est la plus variable , et où régnent les épidémies catarrhales. Le refroidissement subit de tout le corps , ou des pieds seulement, surtout de la tête , en est la cause la plus fréquente.

On conçoit donc l’imprudence que commettent les parens et les nourrices qui couchent les enfans dans des appartemens trop froids , et qui les y transportent brusquement après le9 avoir réchauffés auprès du feu, C’est encore une grande faute

DES MALADIES DES ENFANS. 3Si contre les règles de l’hygiène de plonger ces êtres délicats dans des bains hérissés de glaçons , sous prétexte de les fortifier; de les couvrir de langes et de vêtemens trop légers dans des temps rigoureux ; de les étendre ou de les faire marcher nupieds sur un sol humide ; de leur couper les cheveux avant le retour des grandes chaleurs. En général , tout ce qui supprime promptement la transpiration insensible nuit aux adultes même les plus robustes ; à plus forte raison le bas âge doit-il en ressentir les dangereux effets. Le meilleur moyen de le préserver des maladies qui résultent du changement de température , est de l’accoutumer insensiblement à l’air libre .

Le coryza s’annonce ordinairement par la sécheresse des narines ; l’odorat se perd ; la tête devient lourde , et quelquefois très-douloureuse ; les sinus frontaux semblent être bouchés ; on y sent du prurit ; les yeux sont rouges et humides ; les oreilles sifflent et bourdonnent; l’enfant nasille et éternue plus ou moins fréquemment ; il est sans appétit. Ensuite la sécrétion du mucus nasal se rétablit , et devient très-abondante ; elle est d’abord limpide et visqueuse, puis blanche, opaque, jaunâtre, et d’une odeur particulière. I .a membrane muqueuse des narines passe par divers degrés de rougeur et de gonflement avant de reprendre sa couleur naturelle.

Lorsque cette espèce de catarrhe est très-

ô32 / TRAITÉ

intense , la fièvre l’accompagne, et redouble surtout le soir ou la nuit; il survient alors quelques frissons vagues, et le petit malade est plus inquiet et plus accablé que dans le jour ; mais tous ces symptômes s’apaisent à mesure que l’écoulement du nez augmente.

Cet état peut se prolonger plus ou moins de temps; il dure rarement au-delà du premier septénaire; quelquefois la marche en est chronique et indéterminée ; on l’a vu cesser et reparaître à des périodes régulières. Il peut aussi se compliquer avec différentes espèces de fièvres , ainsi qu’avec d’autres phlegmasies , telles que l’otite, l’ophthalmie , l’angine , le catarrhe pulmonaire, etc.

Le coryza ne serait pas très-redoutable si l’expérience n’avait appris que l’irritation inflammatoire peut se propager des narines jusqu’à la gorge et à la poitriue. Cette maladie , quand elle est légère, se termine par résolution; mais un mauvais traitement peut la faire passer à l’état chronique , et alors il peut en résulter l’ulcération de la membrane muqueuse des fosses nasales , l’ozène et même la carie des os du nez ; enfin, la violence de l’inflammation peut être telle qu’elle soit suivie de la gangrène : terminaisons qui sont néanmoins très-rares chez les en fans.

Quand le catarrhe nasal est léger et récent, il n’exige que le régime et la chaleur ; les remèdes

seraient alors plus nuisibles qu’utiles. Mais les symptômes sont-ils portés à un degré excessif, il faut nécessairement les modérer par des boissons délayantes , par des pédiluves tièdes , par l’application de topiques anodins sur le front et la racine du nez, par des vapeurs émollientes dirigées vers les fosses nasales; quelquefois la saignée est indiquée ainsi que les sangsues derrière les oreilles, surtout lorsque l’enfant est naturellement sanguin. L’éternument opiniâtre pourrait aussi donner lieu aux maladies de la tète les plus graves, à l’apoplexie , à l’aveuglement ; on fait alors renifler les adoucissans et les mucilagineux, tels que l’infusion ou décoction de guimauve , le lait , l’huile d’amendes douces; et, si ces moyens ne suffisent pas, on a recours à la teinture anodine , même à l’odeur de l’opium , dont on fait le même usage.

Cette affection , devenue chronique et habituelle, exige les plus grandes précautions. Qu’on en recherche d’abord soigneusement la cause avant de l’attaquer, et qu’on ne procède qu’avec beaucoup de lenteur et de réserve pour la détruire; trop de précipitation pourrait déterminer alors quelque funeste métastase sur des organes essentiels à la vie ; on sait que la nature n’aime pas à être violentée , ni contredite brusquement. On essaie d’abord à l’intérieur quelques remèdes généraux , comme les diurétiques , les laxatifs ,

les sudorifiques , les salivans , pour détourner l’irritation fixée sur les narines ; à l’extérieur, les fumigations aromatiques avec la vapeur de l’infusion de fleurs de sureau , de sauge, avec celle de sucre, de succin, d’encens, même les sternutatoires peuvent convenir dans certaines circonstances , où il faut donner du ton à la membrane muqueuse des narines. Mais, lorsque tous ces remèdes sont infructueux, il ne reste plus de ressource que dans les émonctoires artificiels , tels que les rubéfians, les vésicatoires, même le séton à la nuque. Ces moyens peuvent être encore fort avantageux contre l’ulcère des narines, et même contre l’ozène qui a résisté au traitement intérieur et aux injections détersives.

ARTICLE V

De V 'angine des enfans.

Le mot angine dérive du grec , et signifie étranglement ou suffocation. C’est ce qui l’a fait adopter pour désigner la phlegmasie de la membrane muqueuse qui tapisse les voies de la respiration. Cette maladie peut se borner aux amygdales et aux parties circonvoisines, telles que la luette et le voile du palais; ou s’étendre sur les parois du pharynx^ même pénétrer jusqu’au larynx et à la trachée-artère : de là vient que les nosologistes l’ont divisée en angine tonsillaire ,

DES MALADIES DES ENFANS. 535 pharyngée ou gutturale , laryngée et trachéale. Mais, comme toutes ces espèces reconnaissent les mêmes causes , et exigent à peu près le même traitement , nous les réunirons dans le même tableau, en faisant seulement remarquer les nuances ou différences qu’elles offrent par rapport à leurs symptômes.

L’angine considérée ainsi d’une manière générale affecte particulièrement l’enfance, surtout quand elle est douée d’un tempérament sanguin ; elle règne épidémiquement le printemps et l’automne , deux saisons remarquables par les fréquentes vicissitudes de l’atmosphère; on l’observe aussi plus souvent dans certaines contrées que dans d’autres : ce qui dépend de l’humidité , et de quelques vents plus ou moins froids. Les enfans en sont plus ordinairement affectés lorsqu’ils s’exposent à l’impression subite d’un air vif après s’être échauffés, ou qu’ils se couchent dans des lieux humides en venant de suer. Le refroidissement subit des pieds , l’action d’un courant d’air sur la nuque ou sur le cou, des boissons froides pendant que le corps est en sueur , la déglutition de substances âcres et irritantes ; la course dirigée contre l’action d’un vent froid , des cris redoublés , le chant forcé ou trop long-temps continué ; en général, tout ce qui supprime brusquement la transpiration ou d’autres évacuations habituelles , et tout ce qui irrite directement les

voies aériennes, peut en occasioner l’inflammal ion .

Les causes de l’angine chez les enfans peuvent donc se diviser en deux ordres : l’un comprend toutes celles qui agissent immédiatement sur la membrane muqueuse pharyngo - trachéale , et l’autre celles dont l’action se dirige sur les organes qui ont avec elle une correspondance plus ou moins active. Au premier ordre se rapportent tous les irritans mécaniques ou chimiques dont la source est dans l’individu ou hors de lui ; au second appartiennent le refroidissement de la peau , et tout ce qui peut en supprimer les fonctions, dont on ne peut contester l’analogie ou la sympathie avec celle des membranes muqueuses.

L’angine est le plus souvent précédée de frissons et de chaleur- qui se succèdent alternativement ; l’enfant est inquiet , agité ; il perd l’appétit et le sommeil; il rejette quelquefois le lait ou les alimens qu’il prend.

Après ce début il survient des symptômes qui varient suivant le siège de la maladie. Occupet-elle les tonsilles ou amygdales, l’enfant se plaint de douleur et de chaleur dans l’arrière-bouche ; il porte souvent la main vers la base delà mandibule ; la déglutition et la respiration sont plus ou moins gênées , selon que l’une des amygdales ou toutes les deux sont enflammées ; ces organes ,

DES MALADIES DES ENFANS. 35y

ainsi que le voile du palais et la luette , paraissent rouges, tuméfiés, et parsemés de points blanchâtres, quand on peut y regarder : ce qui n’est pas toujours facile , à moins que les enfans ne soient un peu grands et raisonnables. La gorge est d’abord sèche et brûlante ; ensuite la sécrétion muqueuse s’y rétablit , et donne lieu à une expectoration de matières limpides, filantes et visqueuses ; souvent la membrane qui revêt la trompe d’Eustache s’affecte par contiguité , et transmet à l’oreille une douleur des plus vives.

Les symptômes caractéristiques de l’angine pharyngée ou gutturale sont une rougeur non naturelle , et parsemée de points blanchâtres , dans la partie postérieure de la gorge qui correspond aux vertèbres cervicales ; la gêne , et quelquefois l’impossibilité de la déglutition , le retour des alimens, et surtout des boissons , par les narines ; d’abord l’ardeur et la sécheresse de l’arrière-bouche , ensuite l’expectoration abondante de mucosités limpides, visqueuses , jaunâtres, opaques, et plus ou moins épaisses; enfin, une douleur aiguë de la trompe d’Eustache et de l’oreille , quelquefois l’altération de la voix , et même la difficulté d’articuler les sons.

Dans l’angine trachéale la phlogose peut affecter les boi'ds de la glotte , le larynx , la trachée , et l’origine des bronches. L’enfant éprouve alors un sentiment de douleur et d’ardeur dans l’intérieur

du cou , plus haut ou plus bas ; mais l’œil ne peut pénétrer jusqu’au siège de l’inflammation, ni en distinguer le changement de couleur; la respiration est petite , fréquente , et difficile , l’inspiration douloureuse , la toux rauque , la voix aiguë, tremblante, sonore, sifflante, semblable au bruit de l’air qui traverse un tuyau d’airain ; l’expectoration , d’abord nulle , devient ensuite plus ou moins abondante ; le pouls est petit et faible ; le malade s’agite ; il est dans une anxiété extrême , comme s’il était menacé de suffocation.

Cette maladie est toujours accompagnée d’une fièvre plus ou moins violente , qui augmente le soir ou dans la nuit , et qui peut se compliquer avec les fièvres essentielles , ou avec d’autres phlegmasies, telles que la rougeole , la scarlatine , le catarrhe pulmonaire , la pleurésie , etc.

La durée de l’angine simple est plus ou moins longue , suivant le siège qu’elle occupe ; la tonsillaire et la gutturale se prolongent ordinairement jusqu’à la fin du premier ou second septénaire ; mais la trachéale est plus prompte dans sa marche ; elle ne se continue que pendant trois ou tout au plus sept jours. La première se termine le plus souvent par résolution ; quelquefois l’intérieur des amygdales suppure , et il s’y forme des abcès, qui s’ouvrent pour l’ordinaire dans la bouche ; d’autres fois ces glandes passent à l’état d’induration, ce qui les dispose à une nouvelle

DES MALADIES DES ENFANS. 33g phlogose. L’angine pharyngée ou gutturale se résout pour l’ordinaire; la suppuration y est trèsrare ; quand la membrane , qui en est le siège , vient à s’endurcir, la déglutition continue d’être gênée , le malade tombe dans le marasme , et s’éteint. Les terminaisons de l’angine trachéale ne sont pas moins dangereuses , quoiqu’elles aient Heu plus promptement : cette phlegmasie peut se résoudre en peu de temps ; mais elle peut aussi suffoquer le malade dès les premiers jours, quand elle est violente , en déterminant un afflux ou congestion subite de mucosités que le malade ne peut expectorer ; la suppuration peut arriver ici comme dans les espèces précédentes ; elle y est seulement plus rare , et , quand elle est formée , l’abcès peut crever et suffoquer le malade. Quelquefois, au lieu de se cicatriser , il passe à l’état d’ulcération , que le passage de l’air irrite continuellement et rend incurable ; de là l’angine chronique, la phthisie laryngée ou trachéale , et la mort. Enfin l’angine peut se terminer par la gangrène , ce qui est néanmoins assez rare, à moins que cette maladie ne soit très-violente , ou qu’elle ne se complique avec quelque fièvre de mauvais caractère.

Chacune de ces terminaisons a des signes ou caractères propres qui l’annoncent d’avance, et qui l’indiquent quand elle existe. Ainsi on présume que la résolution aura lieu si l’angine est

54o TRAITÉ

modérée, l’enfant bien disposé , et le traitement méthodique ; on la reconnaît à un soulagement marqué , et à l’expectoration d’une mucosité jaunâtre et plus ou moins épaisse. C’est là ce qu’on peut appeler proprement la crise de l’angine.

La suppuration est à craindre quand la maladie se prolonge au-delà du terme ordinaire avec une rémission sensible des symptômes ; quand la douleur locale devient pulsative et obtuse , d’aiguë qu’elle était ; quand le malade ressent des frissons vagues sans cause manifeste. L’abcès ou l’amas de pus est indiqué par la pesanteur qu’on éprouve dans le lieu affecté, par la blancheur de quelque point , si l’inflammation occupe les amygdales ; enfin par l’expectoration purulente , et la cession de tous les symptômes.

L’induration a pour caractère l’incommodité qui résulte de la gêne , et même de l’impossibilité des fonctions auxquelles étaient destinés les organes avant d’être enflammés.

L’ulcération est accompagnée d’un sentiment de chaleur et de douleur d’abord intermittente , puis continuelle, qui s’exaspère par l’acte même de la respiration, et produit la désorganisation des parties affectées. C’est là une espèce d angine chronique qui passe ensuite à l’état de phthisie pharyngée , laryngée , trachéale , ou bronchiale , suivant le siège qu’elle occupe. Dans le premier degré , cette affection consécutive est presque

DES MALADIES DES ENFANS. 54 1 toujours insidieuse; on la méconnaît pour l’ordinaire , ou l’on n’y fait que peu d’attention ; la fièvre est nulle ou très-légère ; le malade ne se plaint que d’une sorte d’aridité dans les conduits aériens , et d’un peu de gêne pour avaler. Cependant le mal empire , la douleur , qui n’était que passagère , se fixe dans quelque point du conduit pharyngo-trachéal ; elle est quelquefois vive et lancinante ; la respiration devient plus difficile; la voix change ; enfin la fièvre lente se déclare , et indique la seconde période de la phthisie : alors exacerbation de la douleur locale ; quelquefois soif inextinguible , expectoration de mucosités purulentes et de fragmens charnus ; toux des plus incommodes ; difficulté d’avaler excessive ; impossibilité de marcher , surtout en montant , sans craindre de suffoquer; anxiété perpétuelle ; maigreur progressive ; voix éteinte ou très-grêle. Dans le dernier degré, la diarrhée et les sueurs eolliquatives surviennent, les pieds se gonflent, le malade dépérit de plus en plus, et arrive presque sans agonie au terme de ses souffrances. A l’ouverture du cadavre on aperçoit le conduit aérien plus ou moins délabré ; les glandes cervicales qui l’avoisinent sont plus ou moins engorgées et endurcies , le pharynx , l’épiglotte , les bords de la glotte, les ventricules du larynx, les cartilages même ulcérés et en partie détruits ; on y trouve quelquefois des concrétions albumineuses et des

mucosités purulentes entremêlées de filetsdesang.

La gangrène est à craindre dans une angine inflammatoire , lorsque la fièvre est si violente et ia douleur si aiguë que rien ne peut les modérer, et qu’on n’entrevoit aucun signe de résolution , de suppuration ni de métastase ; enfin elle existe déjà lorsque le malade se sent tout à coup soulagé, qu’il avale et respire mieux, qu’il a le visage cadavéï’eux, les extrémités froides, le pouls petit, faible et inégal, et la bouche très-fétide.

Si au tableau que nous avons tracé des causes , des symptômes et des terminaisons de l’angine , nous ajoutons celui de ses complications soit avec les fièvres essentielles, soit avec d’autres phlegmasies ; si l’on considère en même temps la sensibilité et la constitution lymphatique du premier âge, l’étroitesse ou le développement imparfait du conduit aérien et de ses ouvertures , la difficulté d’expectorer, enfin la tendance ou direction des propriétés vitales vers la tête chez les enfans, surtout l’indocilité ou la répugnance qu’ils opposent quand il s’agit de les mettre au régime ou à l'usage de quelque remède, on concevrasans peine la gravité et le danger d’une maladie à laquelle ils sont beaucoup plus sujets que les adultes.

Le traitement de l’angine doit être plus ou moins actif, suivant la violence ou l’intensité des symptômes qui l’accompagnent. Quand lamarche en est douce et bénigne , et qu’elle tend naturel-

DES MALADIES DES ENFANS. 5/p

leraent à la resolution , les médicamens sont inutiles. Qu’on se contente alors de prescrire à Tentant une diète modérée , et d’écarter soigneusement tout ce qui pourrait aggraver son mal ; il suffit , pour l’ordinaire , de le tenir chaudement , et de favoriser la transpiration insensible par l’usage de quelque boisson délayante et diaphorétique , telle que l’infusion de fleurs de guimauve, de violette, de coquelicot, etc., qu’on édulcore avec le miel , le sucre , ou un sirop quelconque. S’il est encore à la mamelle , on change le régime de la nourrice, et on donne à son lait des qualités douces et bienfaisantes.

Mais la conduite du médecin doit être bien différente , lorsque l’angine prend un caractère alarmant , et menace la vie de l’individu ; c’est ce qu’on reconnaît à un gonflement considérable des amygdales , à une difficulté extrême d’avaler et de respirer, à une douleur aiguë dans le conduit pharyngo-trachéal , et à une fièvre violente. Si l’on abandonne alors cette maladie à elle-même , elle se terminera nécessairement d’une manière fâcheuse. Il faut donc recourir sur-le-champ à tous les moyens capables de troubler la direction vicieuse de la nature. Si l’enfant est robuste et sanguin , on commence par le saigner du bras ; et, si cela ne suffit pas, on lui applique des sangsues aux parties latérales du cou ; on observe néanmoins de ne tirer que la quantité de sang

nécessaire pour modérer l’inflammation, et on se garde bien d’épuiser complètement les forces du malade. Ensuite on cherche à contrarier ou à diminuer la tendance des forces vitales qui se concentrent vers les organes affectés. Pour cela on imprime une secousse générale à l’organisme , en excitant le vomissement ; on stimule le conduit intestinal par des lavemens et des purgatifs irritans ; on a recours aux pe'diluves chauds, aux sinapismes, aux vésicatoires; on dirige des vapeurs émollientes vers l’arrière-bouche; on applique des cataplasmes analogues sur la partie antérieure du cou ; on prescrit des gargarismes adoucissans , si toutefois on peut les mettre en usage chez les enfans. Quand la maladie est plus avancée , il est nécessaire de combiner ces topiques avec quelque infusion aromatique , avec le vin ou l’alcohol , afin de les rendre plus excitans; on tâche de rétablir ainsi la tonicité naturelle des membranes muqueuses , et on empêche l’angine de passer à l’état chronique.

Les moyens curatifs doivent varier encore suivant la terminaison de cette maladie ; s’il se forme un abcès dans le lieu enflammé, on en favorise la maturation à l’aide de vapeurs émollientes; ensuite on l’ouvre avec l’instrument s’il est accessible, comme sur les amygdales ou-dans l’épaisseur du pharynx, de crainte que le pus ne se dirige vers la peau ; mais on est forcé de l’aban-

DES MALADIES DES ENFANS. 545 donner à la nature , quand il est situé plus profondément dans le larynx ou dans la trachée-artère.

L'induration est sans remède , à moins qu’elle n’occupe les amygdales dont on peut faire la résection ; lorsqu’elle occupe le pharynx , il ne reste d’autre ressource que la sonde, à l’aide de laquelle on injecte des liquides dans l’estomac, pour suppléer pendant quelque temps à la déglutition ; encore ce moyen serait difficile à employer chez les enfans. La gangrène suppose la chute entière des forces, et le défaut de réaction dans l’organisme ; c’est une terminaison toujours mortelle, malgré l’emploi des toniques et des excitans, tant extérieurs qu’intérieurs. Dans le cas de phthisie, la première période laisse entrevoir encore quelque lueur d’espérance ; on peut employer alors avec succès les dérivatifs , tels que le cautère , le vésicatoire, ou le séton à la nuque ; mais, dans les seconde et troisième périodes, l’enfant est aux abois, et irrévocablement perdu.

ARTICLE VI

De V angine pharingée gangréneuse .

Cette affection de la gorge, à laquelle on a donné les noms de maladie des enfans, d’ esquinancie , ou d' angine maligne , etc. , a été observée par plusieurs médecins, etsurtout par Fothergill, durant une épidémie qui régna à Londres et aux en-

virons , vers le milieu du siècle dernier. Elle attaque principalement les enfans , môme les adolescens doues d’un tempérament lymphatique, ou affaiblis soit par des maladies anterieures , soit par des évacuations excessives. Elle est le plus souvent épidémique , et rarement sporadique. Quelques exemples sembleraient prouver aussi qu’elle est contagieuse , puisqu’on a observé qu’elle attaquait successivement tous les enfans d’une même famille , si l’on n’avait la précaution de séparer promptement les malades de ceux qui se portaient bien.

Cette maladie prend souvent le matin. Au début l’enfant éprouve quelques vertiges, en même temps il survient des alternatives de frisson ou de froid, et de chaleur plus ou moins vive; elles durent pendant quelques heures , jusqu’à ce que la chaleur ait pris le dessus. Alors la tête devient douloureuse , le cou se roidit , le gosier s’enflamme , l’estomac se soulève , et rejette ce qu’il contient ; quelquefois la diarrhée accompagne la nausée et le vomissement. La chaleur et l’agitation augmentent à mesure que le jour s’écoule, et continuent jusqu’au lendemain ; le sommeil de la nuit est troublé et suivi d’une sueur qui procure du soulagement, et semble donner à la maladie un caractère intermittent. Quand on regarde l’intérieur de la bouche , on y aperçoit tantôt une couleur rosée qui domine vers les piliers postérieurs

du palais , dans les angles au-dessus des amygdales, et sur les glandes même ; tantôt ces organes paraissent recouverts d’une tache étendue et irrégu-

lière , blanchâtre au bords.

centre, et rouge sur les

Dès le deuxième jour , le cou , le visage , la poitrine , les mains et les doigts se gonflent , et prennent une teinte érysipélateuse, dont les progrès calment et terminent les envies de vomir et les déjections. Cependant l’intérieur de la bouche continue d’offrir le même aspect ; les parotides s’engorgent > et deviennent dures et douloureuses de chaque côté ; le gonflement œdémateux se propage jusque sur la poitrine , ce qui resserre le larynx , et augmente beaucoup le danger. Le soir la chaleur et l’agitation redoublent, le délire survient , ou bien le malade tombe dans l’assoupissement et le coma ; le matin les sueurs se renouvellent , et sont plus ou moins colliquatives et affaiblissantes. Ces alternatives d’exaspération et de soulagement continuent pendant deux ou trois jours , et même davantage. Dans tout le cours de cette maladie , le pouls est très-fréquent, quelquefois dur et concentré, d’autres fois souple et plein, mais jamais il n’a la force du pouls inflammatoire. L’urine , d’abord pâle et semblable à du petit-lait, devient ensuite plus ou moins jaune.

Cette maladie peut se terminer par le retour de la santé , et par la mort. La première de ces deux

terminaisons est annoncée par la marche modem? des symptômes , et par leur rémission vers le troisième, quatrième ou cinquième jour. La peau reprend alors sa couleur naturelle , la chaleur diminue , le pouls se ralentit, les escarres tombent , et les ulcérations se séparent ; enfin le malade recouvre son sommeil et son appétit ordinaires. Au contraire , on reconnaît l’issue funeste du mal de gorge à la violence de la maladie , à la couleur rouge , cendrée , livide et noire des escarres ; à leur étendue et à leur profondeur ; à la sanie putride et corrosive, d’abord limpide, et ensuite plus ou moins épaisse , qui en découle ; à l’excoriation et à l’ulcération du canal intestinal , produites par la déglutition d’une partie de cette matière âcre, d’où résulte une diarrhée qui dure plusieurs semaines et finit par consumer les malades ; enfin à des hémorrhagies passives par le nez, la bouche, etc. , comme dans les fièvres adynamiques ou putrides.

On pourrait croire , au premier coup d’œil , que lemal de gorge gangréneux n’est que l’angine ordinaire , dégénérée ou portée au dernier degré de violence ; mais ces deux maladies diffèrent essentiellement par leur marche , par leurs symptômes, par leur terminaison , et par la méthode curative. L’angine ordinaire n’est qu’une phlegmasie locale qui gène la respiration et la déglution : ses terminaisons les plus ordinaires sont la

DES MALADIES DES ENFAJNS. $49 résolution , la suppuration, et l’induration; enfin elle cède à la saignée et aux antiphlogistiques employés de bonne heure et avec persévérance. L’angine gangréneuse , au contraire , est une affection générale marquée par une tendance particulière au délire ; elle se termine par des ulcérations superficielles ou profondes , et par des escarres plus ou moins étendues , rouges , cendrées , livides ou noires, suivant son état de modération ou de violence ; enfin elle empire constamment par l’usage de la saignée , des purgatifs et des rafraîehissans.

Le traitement de l’angine gangréneuse se divise en général et en local. Le premier se compose de moyens différens , suivant la période ou la terminaison de la maladie ; au commencement on seconde les nausées et le vomissement avec une infusion de thé, de fleurs de camomille , de chardon bénit, ou avec quelques grains d’ipécacuanha. Si les symptômes persévèrent, on a l'ecours aux toniques ; on mêle à l’une des infusions ci-dessus un sixième de vin de Portugal, et on en donne fréquemment à l’enfant ; on y ajoute aussi , toutes les six heures , quelque potion fortifiante agréable. La diarrhée qui dure au-delà des douze premières heures après l’invasion , doit être combattue par l’usage des cordiaux et des aromatiques. Quand la prostration des forces survient , on lui oppose les toniques et les excitans, comme dans les fièvres

adynamiques. C’est là que conviennent, comme l a remarqué Fothergill , le quinquina , le vin mêlé avec le thé , l’eau d’orge , le sagou , le gruau , etc. Les vésicatoires ont été aussi appliqués avec succès sur différentes parties du corps.

Quant aux remèdes locaux , ils doivent avoir pour but d’apaiser les symptômes qui ont leur siège dans la gorge , et d’en prévenir les suites fâcheuses ; ainsi les gargarismes adoucissans conviennent pour modérer la douleur et la chaleur qui ont lieu dès l’invasion. Si les amygdales, le voile du palais et le pharynx viennent à s’ulcérer , il faut recourir aux détersifs , tels que l’eau d’orge avec le miel rosat, qu’on agite dans la bouche , ou qu’on y injecte avec une petite seringue , pour empêcher les liquides infects de tomber dans l’estomac et l’intestin. Quand l’escarre est formée , on se garde bien de l’enlever prématurément avec desinstrumens ; elle se reproduirait bientôt après, et le mal ne ferait que s’aggraver; on en seconde seulement la chute par des moyens convenables , dès que la tendance à la dégénération gangreneuse est arrêtée. Les gargarismes détersifs sont encore indiqués ici; mais ces topiques doivent devenir stimulans et antiseptiques , toutes les fois que l’escarre est cendrée, livide ou noire, et qu’il existe en même temps une faiblesse considérable, afin de prévenir les progrès de la gangrène. On doit employer alors, sons forme de collutoire, les eaux

DES MALADIES DES ENFANS. 35 1 amères ou acerbes plus ou moins étendues , et animées avec le vin, le vinaigre, l’acide sulfurique, l'alcohol simple, l’alcohol de cochléaria , le muriate de soude , le camphre , le poivre , ou d'autres substances aromatiques.

ARTICLE VII

Du crowp.

Cette maladie a-t-elle été connue des anciens ? c’est ce qui ne paraît guère vraisemblable , puisque Gbisi , médecin de Crémone , est le premier qui en ait tracé la description vers le milieu du siècle dernier. Elle a été observée depuis , en Ecosse , en Suède, en Allemagne, en Russie, et en France, où elle est peut-être plus rare qu’ailleurs. On lui a donné differentes dénominations; Walbon l’a désignée sous le nom d’esquinancie bruyante ( cyncinche stvidula ); Home sous celui de crowp et de suffocation bruyante ( suffocatio stridula ) ; Michaëlis sous celui d’angine polypeuse ou membraneuse ( cingina polyposa ) ; Cullen et Rumsey l’appellent angine trachéale ; et Ruysh esquinancie trachéale humide ( cynanche trachealishumida).

Le crowp attaque particulièrement les enfans de 1’ un et l’autre sexe ; il règne épidémiquement dans les saisons où l’on observe beaucoup de phlegmasies muqueuses et cutanées , comme le rhume , l’angine, le catarrhe pulmonaire , le mal

35a TRAITÉ

de gorge gangréneux , la petite-vérole , la rougeole , la scarlatine. On a observé aussi qu’il était endémique dans les pays froids et humides. L’automne, 1 hiver et le printemps, les vicissitudes de l’atmosphère, le froid, et l’humidité, sont donc les causes qui contribuent le plus à le développer. 11 succède , pour l’ordinaire , à un refroidissement subit. Hébeinstreit, médecin de Leipsick, l’attribue en grande partie à l’usage adopté depuis quelque temps , de laisser aller les enfans trèsjeunes la poitrine et les bras nus. Quelquefois il survient sans aucune cause manifeste. Home et Vieusseux ont observé qu’il pouvait attaquer plusieurs fois le même individu ; mais aucun fait n’a encore prouvé qu’il fût contagieux.

Au début , cette maladie prend pour l’ordinaire une forme insidieuse ; ce n’est en apparence qu’un rhume plus ou moins violent ; l’enfant paraît enchifrené et enroué ; les premiers jours il éternue , tousse, et respire avec un peu de difficulté; la fièvre est modérée , le pouls faible , et la chaleur de la peau assez développée ; mais lé sommeil n’est pas tranquille ; le malade éprouve de la tristesse , de l’abattement, de l’inquiétude, de l’agitation.

Bientôt après la voix s’altère , et devient aigue, sonore , glapissante : on en compare le timbre au cri d’un jeune coq, ou au bruit de l’air qui traverse un tuyau d’airain ; le malade est oppressé, et ne respire qu’en sifflant ; le poul est faible ,

accéléré , souvent entrecoupé , la toux rauque , le visage rouge et gonflé, la parole impossible , le larynx ou le conduit aérien douloureux ; des quintes de toux et de vomissement se succèdent , et font rejeter des mucosités plus ou moins épaisses, souvent des lambeaux de membranes étendus ou tubulés ; la suffocation paraît imminente ; la faiblesse et l’anxiété sont excessives; l’enfant est alternativement assoupi et agité ; il avale avec plus ou moins de gêne , surtout lorsque le larynx est affecté; l’haleine est inodore, l’urine blanche et trouble , les facultés intellectuelles libres et entières.

Tels sont les symptômes qui caractérisent le crowp; mais que d’erreurs ne commettrait-on pas en pratique , si l’on s’attendait à les voir suivre une marche uniforme et régulière î II n’y a peutêtre pas d’affection qui offre plus de variétés ou d’anomalies. Certains en fans restent enrhumes deux ou trois jours , d’autres sont attaqués de convulsions et de tétanos, avant d’être menacés de suffocation. Quelquefois cette cruelle maladie se déclare tout à coup , parcourt rapidement ses périodes , et étouffe ses victimes ; d’autres fois elle semble suspendre ses coups , pour reparaître ensuite avec plus de fureur; en sorte que , quelque expérience et quelque habileté qu’on ait acquises , on court risque d’être malheureusement trompé, si l’on n’use d’une extrême vigilance.

Qu’on ne néglige donc jamais les rhumes des enfant, quelque légers qu’ils soient, ou pour peu qu'ils se plaignent de douleurs au larynx et de difficulté de respirer. Regne-t-il des maux de gorge ; la température de la saison est-elle humide et froide, ou variable; l’enfant vient-il d’être enrhumé ; a-t-il eu la coqueluche , la petite-vérole , la rougeole, la scarlatine; éprouve-t-il de la chaleur, de la soif; a-t-il le visage bouffi, la partie antérieure de la gorge douloureuse ; avale-t-il avec difficulté ; le pouls est-il mou , faible et précipité, après avoir été fort, dur et fréquent; la toux paraît-elle suffocante dès l’invasion , et la voix aiguë, enrouée ou glapissante, sinon continuellement , au moins loi'sque l’enfant crie , ce sont là autant de signes qui doivent avertir le médecin et les parens de se tenir sur leurs gardes.

La durée du crowp n’est rien moins que constante. On l’a vu se terminer en vingt-quatre ou trente-six heures ; il peut se prolonger aussi audelà du premier septénaire ; mais le plus ordinairement il ne s’écoule guère que quatre ou cinq jours depuis l’invasion jusqu’à la fin de cette maladie ; tant la marche en est aiguë et rapide ! La difficulté de respirer, qui en est le symptôme le plus alarmant, et à laquelle tous les autres sont subordonnés, est presque toujours suivie de la suffocation et de la mort. Cependant il peut arriver que l’enfant échappe au danger qui le menace ;

t>ES MALADIES DES ENFANS. 5$5

t’est ce qu’on a quelquefois observé lorsque la dyspnée venait à s’apaiser, et qu’il ne restait plus qu un peu de toux et d’enrouement qui duraient pendant sept, dix ou quinze jours. Une urine blanche ou trouble , des sueurs générales , des déjections muqueuses, et surtout des mucosités plus épaisses , expectorées avec plus de facilité , étaient alors des signes d’un heureux présage.

A l’ouverture des cadavres, on trouve des preuves manifestes d’inflammation dans le larynx ou dans la trachée-artère , quelquefois dans l’un et l’autre, et jusque dans les ramifications des bronches. La membrane muqueuse, qui tapisse la partie affectée du conduit aérien , est presque toujours tuméfiée et d’un rouge plus vif qu’à l’ordinaire. Il y a néanmoins des cas oü l’on n’y rencontre, après la mort, aucun changement de couleur, quoique tous les phénomènes du crowp aient été observés. Le plus sou vent , le mucus qui lubrifie le conduit aérien , s’est converti en une couche membraniforme ou pulpeuse, dont l’étenàue , la densité , l’épaisseur , la couleur et l’adhérence offrent des variétés sans nombre. Cette couche est souvent membraniforme dans le larynx, la trachée-artère et les premières ramifications des bronches , tandis qu elle est pulpeuse dans les dernières ramifications. Tantôt elle adhère fortement à la partie dou elle s est exhalée, tantôt elle en est séparée

par des mucosités puriformes qui lui donnent une certaine mobilité. Tout le conduit aérien en est quelquefois bouché ; d’autres fois l’engorgement n’existe qu’à lâ division des bronches , et le reste est parfaitement libre. L’analyse chimique a démontré que ces concrétions membraniformes n’étaient qu’une sorte d’albumine coagulée, insoluble dans l’eau froide et dans l’eau bouillante , mais dissoluble dans les alkalis étendus d’eau par l’intermède de la chaleur. En les traitant par le feu et l’incinération, on y découvre du carbonate de soude et du phosphate de chaux. Schwilgué a obtenu les mêmes produits et les mêmes résultats , en soumettant aux réactifs les matières pulpeuses et les mucosités des voies aériennes. Mais il a prouvé que le sédiment blanchâtre , déposé par l’urine des malades , n’avait rien de commun avec le produit de l’expectoration, comme on l’avait cru .

Il paraît donc bien démontré par l’autopsie , que le crowp a son siège dans le conduit aérien , et qu’il consiste dans une phlegmasie aiguë de la membrane muqueuse. Toutsemble attesterque ce n’est qu’une angine laryngée , trachéale ou bronchiale , portée au plus haut degré de violence ou d’intensité ; et si cette maladie est. si dangereuse , même si meurtrière dans l’enfance, n’en trouvet-on pas la raison dans l’ouverture de la glotte qui, suivantla remarque du professeur Richerand,

DES MALADIES DES ENFANS. 3$7 est deux fois plus petite à cet âge qu’apres la puberté? De là vient la difficulté que l’air éprouve à pénétrer dans la poitrine , pour peu que la partie enflammée vienne à s’engorger ; de là par conséquent la dyspnée , l’altération de la voix , la suffocation imminente, la rougeur du visage, l’anxiété, l’agitation, et cette foule de symptômes plus ou moins alarmans qui précèdent ordinairement la mort. Quant à la matière membraniforme ou albumineuse, dont le conduit aérien est plus ou moins bouché , elle n’est qu’un effet de l’irritation inflammatoire, dont le propre est d’augmenter les propriétés vitales et la sécrétion des fluides dans la partie où elle s’est fixée. D’ailleurs ne rencontre-t-on pas de semblables concrétions sur toutes les surfaces enflammées , sur la plèvre , le péritoine , etc. ? Ne cite-t-on pas aussi des malades qui ont rendu des tuyaux membraneux , semblables à des fragmens d’intestin , pendant le cours d’une violente dyssenterie ? Enfin les adultes eux-mêmes, lorsqu’ils sont affectés d’angine trachéale , ne crachent-il pas quelquefois des mucosités dont la consistance et la forme les feraient prendre pour des portions du conduit aérien ? Tout nous porte donc à croire que , si les enfans succombent plus souvent au crowp ou à l’angine laryngo-bronchiale , c’est parce que les voies aériennes , moins développées à cet âge , sont plutôt obstruées par l’afflux des mucosités

que l’inflammation y attire ; joint à cela que l’expectoration est très-difficile, même impossible, chez les en fans encore tendres et affaiblis par la violence du mal. N’est-ce pas là une circonstance qui, en favorisant le séjour des mucosités dans 1 anièie-bouche et dans la trachée-artère, les dispose à s’y coaguler, et à y prendre l’aspect membraniforme qu’elles offrent au scalpel de l’anatomiste ?

Si l’on considère avec attention les causes , les symptômes et la marche du crowp , ainsi que le résultat de l’autopsie , par rapport au siège de cette redoutable maladie , on verra clairement qu’elle diffère de plusieurs autres affections avec lesquelles on pourrait la confondre ; telles que la coqueluche , qui est une espèce de toux convulsive , presque toujours sans fièvre , et rarement mortelle ; le mal de gorge gangréneux , qui occupe le pharynx, et où la respiration est libre et la voix naturelle ; le catarrhe suffocant où la faiblesse de 1 individu , et surtout celle du poumon , déterminent une congestion de mucosités dans les bronches ; enfin l’asthme aigu des Anglais , qui consiste dans une constriction spasmodique ou nerveuse de la poitrine et du larynx.

Puisque le çrowp est une maladie si aiguë’ et si dangereuse qu’elle peut être promptement mortelle, ce serait une grande imprudence de l’abandonner aux seules ressources de la nature. 11 faut

DES MALADIES DES ENFANS. 55q

donc recourir sur-le-champ à la médecine la plus active, et tout homme de l’art qui se bornerait ici au rôle de simple spectateur , se rendrait nécessairement coupable d’homicide. Prévenir la suffocation de l’enfant , voilà l’indication ou le but qu’on doit se proposer ; pour la remplir , qu’on trouble , qu’on arrête , ou qu’on détourne la direction des forces vitales qui tendent à se concentrer sur la portion irritée ou enflammée du conduit aérien. C’est ainsi qu’on pourra s’opposer à l’engorgement de la membrane muqueuse dont il est revêtu, et à la formation de la croûte albumineuse , qui finirait par intercepter le passage de l’air.

En conséquence , lorsque le petit malade est pléthorique ou sanguin , qu’on le saigne du bras, ou du moins qu’on lui applique des sangsues autour du cou. En pratique on se décide d’après les circonstances, et l’on n’a aucun égard à quelques misérables disputes des médecins , dont quelquesu ns , tels que Bard et Kuhn , rejettent toute déplétion vasculaire; tandis que d’autres , comme Bagley et Middleton , veulent la pousser jusqu’à la syncope; les ventouses scarifiées au haut de la poitrine , à la nuque ou aux environs de la trachéeartère , peuvent être encore utiles pour dégorger le système capillaire de la peau , et pour soutirer Une partie de la sensibilité et de l’irritation fixée sur la membrane muqueuse laryngo-trachéale.

36o TRAITÉ

C’est dans la même intention qu’on doit agir sur l’estomac par des doses répétées d’émétique , malgré les avis opposés de Home et de Crawford sur l’emploi de ce remède ; il produit ici deux gi ands avantages, en faisant une salutaire diversion et en facilitant l’expulsion des mucosités ou des lambeaux membraniformes qui menacent d’obstruer les voies aériennes. Les lavemens purgatifs, les pédiluves chauds plus ou moins répétés, les sinapismes , les vésicatoires sur la partie antérieure ou postérieure de la poitrine, les linimens avec le camphre et l’ammoniaque sur le cou , les sternutatoires , en un mot, tout ce qui porte le nom de révulsif doit être hardiment employé pour dissiper l’orage. On a proposé dans ces derniers temps le sulfure de potasse délayé dans du miel ou dans un peu de sirop : quoique ce ne soit peutêtre pas là un remède spécifique , il paraît néanmoins mériter beaucoup de confiance. Nous 1 avons conseille , l’hiver dernier, pour un enfant de cinq ou six mois qui appartenait à M. Lazare , chirurgien, demeurant près du quai de la Grève; et nous avons vu l’enrouement , la difficulté de respirer , et tous les signes avant-coureurs du crowp disparaître dès le lendemain. Dans une autre circonstance , nous l’avons administré , conjointement avec le professeur Hallé, à une jeune demoiselle affectée d’un catarrhe chronique ; il a provoqué une légère sueur , des nausées et une

expectoration des plus abondantes ; peut-être aurait-il déterminé le retour à la santé , si les poumons n’avaient été parsemés de tubercules. Nous sommes donc bien éloignés de proscrire ce remède pour le traitement du crowp, et nous avouons bien sincèrement que nous ne saurions avoir la conscience tranquille , si un enfant venait à périr entre nos mains sans en avoir fait usage dès le commencement de cette maladie. On dit que les en fans affectés de crowp sont sujets à des contractions spasmodiques qui resserrent le conduit aérien, et augmentent le danger de la suffocation ; mais n’aurait-on pas confondu alors cette maladie avec l’asthme aigu de Millar, qui n’est qu’une angine nerveuse ? Quoi qu’il en soit, pour apaiser les spasmes, tant locaux que sympathiques, qui peuvent se manifester dans différentes parties , on fait respirer la vapeur de l’éther sulfurique , des fumigations acidulées avec le vinaigre ; on prescrit des frictions avec le Uniment camphré , des fomentations opiacées sur le cou , des cataplasmes émolliens et anodins, etc.

Lorsque les symptômes les plus dangereux sont dissipés , et que la maladie est réduite h une angine ou à un catarrhe simple , on l’abandonne à ellemême , et on lui laisse parcourir ses périodes ; les boissons mucilagineuses ou légèrement aromatiques, telles qu’une infusion de tilleul , de lierre terrestre ou d’hysope , suffisent ordinairement

pour achever la guérison. Si l’expectoration est difficile , on la facilite avec l’oxymel simple ou 1 oxjmel scilli tique , avec un peu de kermès minéral , ou de tartrate de potasse antimonié. Les autres symptômes , comme la toux et l’enrouement , se dissipent ensuite d’eux -mêmes.

Enfin, lorsque les remèdes, tant extérieurs qu intérieurs , sont inefficaces ; lorsque le zèle et les soins assidus de ceux qui entourent le malade n’ont pu déranger la direction vicieuse des mouvemens de la nature , et que les voies aériennes , obstruées par des concrétions albumineuses , ne sont presque plus accessibles à l’air extérieur ; enfin , lorsque le malade est menacé d’apoplexie et de suffocation , quelle ressource peut-il rester encore? Faut-il, à l’exemple de Hunter ^ pratiquer la laryngotomie ou la trachéotomie , pour débarrasser le passage de la respiration ? Mais que peuvent de telles opérations contre le crowp, qui a son siège dans les premières divisions des bronches , comme l’ouverture des cadavres en a fourni des exemples ? Que pourront-elles encore, si le larynx ou la trachée-artère sont affectés , à moins que la couche membraniforme qui obstrue ces conduits ne s’enlève avec facilité et sans se rompre : ce qui ne paraît pas vraisemblable , quoi qu’en dise Michaëlis. L’ouverture du conduit aérien 11e peut donc être considérée ici que comme un remède douteux qu’il faut tenter encore.

DES MALADIES DES ENFANS. 56 quand le malade est aux abois ou sur le point ce rendre le dernier soupir. Mais où fera-t-on l’ireision ? Percera-t-on la membrane qui sépaie les cartilages thyroïde et critoïde , ou bien coi>pera-t-on quelques cerceaux de la trachée-artère ?V oilà encore des embarras , des difficultés. 11 faudrait déterminer avec précision le siège du crowp , ce qui n’est pas toujours facile, ni même possible.

ARTICLE VIII

catarrhe pulmonaire .

Celte maladie n’est autre chose que l’inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse les bronches jusqu’à leurs dernières ramifications. Les enfans y sont très-disposés par rapport à leur faiblesse naturelle, à ia sensibilité des membranes muqueuses, en général, et à l’état habituel des organes de la respiration qui à cet âge sont infiltrés de mucosités. Mais ces causes ne sauraient suffire pour produire le catarrhe, sans le concours de l’humidité et du froid, dont l’impression subite crispe ou resserre la peau , et supprime la transpiration insensible. Il arrive donc alors de deux choses l’une , ou que la membrane muqueuse pulmonaire est obligée de suppléer à la fonction cutanée, comme beaucoup de physiologistes l’ont cru d après l’observation , ou quelle s’affecte et

sirrite sympathiquement, ce qui est encore trèsvraisemblable ; peut-être aussi que ces deux modifications de l’organe pulmonaire existent en même temps. ,

Quoi qu’il en soit, on expliquera de là pourquoi le cartarrhe pulmonaire est très-fréquent , et même épidémique en automne , en hiver et au printemps , saisons où la température est si inconstante, et où l’air acquiert peut être certaines qualités qui le rendent plus propre à irriter les bronches , et à augmenter la fonction de leurs vaisseaux exhalans ; c’est là ce qu’on a cru avoir remarqué à l’occasion de ces rhumes qui n’épargnaient presque personne , et auxquels on donnait les noms de barraquette , de grippe , de follette , etc. On expliquera aussi pourquoi le catarrhe pulmonaire est endémique en certains lieux , tels que les pays froids et humides, les bords des lacs et des marais, où les eaux croupissent , et où règne une atmosphère toujours chargée de brouillards, et imprégnée de miasmes plus ou moins délétères. Enfin on expliquera pourquoi les individus les plus faibles, tels que les en fans et les vieillards, tombent plutôt malades et guérissent plus rarement pendant les épidémies catarrhales.

Le catarrhe pulmonaire ne débute pas toujours par l’affection des bronches; il est tantôt précédé d’une courbature générale, tantôt d’un coryza,

DES MALADIES DES ENFANS. 56i d’un enrouement, en un mot, d’une irritation dans quelque partie de la membrane muqueuse extra-pulmonaire. Le malade est plus sensible ai froid; il éprouve des frissons vagues, surtout b soir ou à l’entrée de la nuit ; en même temps il s plaint de mal de tête , de douleur dans le dos dans les lombes , dans la poitrine , et dans b membres. Sa peau est sèche , rude et un pi chaude ; elle a perdu cette fraîcheur et cette souplesse qu’entretient la liberté de la transpiratin insensible. Les yeux sont rouges, chauds, s-s ou larmoyans ; le nez a perdu l’odorat , il sn écoule une mucosité limpide, âcre, et plusm moins abondante , qui irrite , enflamme et xcorie les ailes du nez , ainsi que la lèvre srérieure ; de là l’éternument. L’appétit se pd , le sommeil est plus ou moins agité. C’est n?i que prélude quelquefois la fièvre catarrhalqui doit accompagner la phlegmasie muqueusdes bronches.

Bientôt après il survient un état de iastude et de débilité plus marquée; l’enfant est das une sorte de stupeur et d’assoupissement; sonisage s’anime ; son pouls et sa respiration s’accérent ; il y a de l’anxiété et de l’oppression ; 1 fièvre redouble le soir ou dans la nuit, et alorsuus les symptômes s’aggravent; la poitrine est phserrée, et la respiration plus gênée ; le malade ; plaint d un sentiment de chaleur plus ou mns âcre

ous le sternum , il est tourmente d’une touxopiiatre , sèche , ou suivie de crachats muqueux lus ou moins ahondans , d’abord tenus , quel— ueiois teints de sang , mais ensuite plus opaques < plus épais à mesure que le catarrhe tend à sa h. L urine est pale ou foncée , presque toujours tiuble aussitôt qu’elle est rendue, et sédimenttse pendant la crise.

Dette espèce de phlegmasie n’est pas toujours réulière dans sa marche; elle olfre beaucoup de va étés par rapport à une infinité de circonstaies , tant individuelles qu’hjgiéniques , où le made se trouve. Quelquefois ce n’est qu’un smde rhume , avec quelques légers mouvemens deèvre dans la soirée ; d’autres fois, au contras , l’affection catarrhale des bronches arrive j usd’aux confins de la péripneumonie, ou se compliqs soit avec elle , soit avec d’autres phlegmasies,dles que l’otite, l’ophthalmie, l’angine, etc., soit vec des fièvres essentielles , telles que la bilieie , la muqueuse, l’adynamique, etc.

Leatarrhe pulmonaire , dans son état de simpliciti ne dure que trois ou quatre jours, tout au plijusqu’à la fin du premier septénaire. Il se termir alors par résolution, ce qu’indiquent la moite fde la peau, la plénitude et la mollesse du pouls, sueurs abondantes, une expectoration blanche jaunâtre et opaque , une urine trouble et sédirùiteuses , des selles glaireuses , une hé-

tnorrhagie du nez, enfin le retour du sommeil , de l’appétit et de toutes les fonctions à leur état naturel. Il est rare que cette maladie Se prolonge chez les enfans jusqu’à la fin du quinzième ou vingt-unième jour , comme chez les adultes, et qu’il devienne chronique , ou qu’il finisse par la phithsie muqueuse , comme chez les vieillards. Ces sortes de terminaisons supposent un concours de circonstances qu’on ne rencontre presque jamais dans le bas âge , où la nature , encore riche de toutes ses ressources , dirige ses mouvemens vers la santé et l’accroissement de l’individu. Cependant il peut arriver que le catarrhe attaque un enfant issu de parens malsains , scrophuleux ou phthisiques ; qu’il soit même traité contre les règles de l’art lorsqu’il estsimple; que l’habitation, le climat, la qualité de l’air, le régime, en un mot, tout conspire pour en empêcher la terminaison salutaire , ou pour en procurer la fréquente récidive ; alors n’a-t-on pas à craindre que la toux ne persévère avec opiniâtreté, que la fièvre ne se change en hectique, et que l’enfant, au lieu de marcher vers la guérison , ne décline de jour en jour , et ne succombe , après avoir passé par tous les degrés du marasme ? C’est ce que nous avons observé le mois de juin dernier sur une jeune fille née à Mont-de-Marsan , et dont le père et la mère comptaient des phthisiques dans leurs familles respectives. Dès le mois d’avril elle

.fut affectée d’un léger catarrhe qui débuta par une courbature générale , et surtout par une grande lassitude ou douleur des jambes. Ces premiers symptômes furent combattus par l’émétique et les cathartiques , auxquels on fit succéder quelques prises de quinquina, parce que la fièvre , quoique continue, semblait prendre le type de rémittente tierce. On eut ensuite recours aux vésicatoires qui ne produisirent pas de meilleurs effets. Appelés dans la dernière quinzaine de cette maladie , nous n’avons pu nous en dissimuler la gravité ; le docteur Leroux , doyen de la Faculté, en a eu la même opinion. Enfin une mort, presque sans agonie, comme elle arrive souvent dans les catarrhes chroniques, a justifié notre pronostic. A l’ouverture du cadavre, qui n’avait plus que la peau et les os , nous avons trouvé les poumons, et surtout le gauche , (arci de tubercules ou granulations miliaires : preuve non équivoque d’une phthisie originelle , et d’une disposition à une mort prématurée.

Le caractère essentiel , ou le signe en quelque sorte pathognomonique du catarrhe pulmonaire consiste dans une oppression, plus ou moins grande , accompagnée de fièvre , d’ardeur sous le sternum, de toux et d’expectoration muqueuse. Cette maladie diffère donc de la pleurésie , où la respiration est plus ou moins lésée , et comme entrecoupée par une douleur pongilivc à l’un

DES MALADIES DES ENFANS. 56g des côtes de la poitrine ; elle diffère aussi de la péripneumonie , où l’oppression est plus forte , la douleur plus profonde et moins étendue , l’expectoration entremêlée de sang, et la fièvre plus aiguë. Mais comment établir ces distinctions chez les enfans encore au berceau, qui bégayaient à peine, et qui ne savent point exprimer ce qu’ils souffrent ? Est-il nécessaire de tourmenter ces êtres déjà accablés par la maladie , en les faisant coucher sur l’un ou sur l’autre côté de la poitrine pour savoir si la douleur y existe? Fautil, à l’exemple d’Awembrugger, frapper cette cavité à droite et à gauche, pour en apprécier le son ? Mais ce sont là des procédés qui n’éclairent pas toujours le diagnostique des maladies de poitrine , même chez les adultes ; jugez donc de leur utilité chez les enfans qui sont naturellement gras , et entourés d’une couche plus ou moins épaisse de tissu cellulaire. Heureusement que le catarrhe, s’il est léger, se termine en peu de jours par le retour de la santé ; et que , s’il est grave , peu importe de le confondre avec la phlegmasie de l’enveloppe ou du tissu pulmonaire ; l’erreur dans ce dernier cas ne saurait être dangereuse , puisque le traitement est le même de part et d’autre. Il faut toujours recourir aux antiphlogistiques, quel que soit le siège de l’inflammation qui se présente.

En général le catarrhe pulmonaire est d’autant

plus dangereux pour les enfans, qu'ils sont moins âges, ou plus éloignes du terme de la puberté. La dyspnée ou difficulté de respirer, l’oppression, et surtout le défaut d’expectoration, sont toujours redoutables ; on doit craindre alors que le poumon ne s’engorge et ne s’enflamme , ou que le cerveau ne soit trop comprimé , même affaissé par les liquides qui s’y accumulent , à cause de l’obstacle qui les empêche de circuler dans la poitrine. Un des signes les plus fâcheux , et auquel les praticiens recommandent bien de faire attention , est la difficulté de téter. Tout enfant affecté de catarrhe, qui saisit le mamelon avec vivacité, et le quitte aussitôt , qui le ressaisit et le quitte encore pour reprendre haleine et pour tousser, est menacé de suffocation. Il est presque inutile de dire ici que les maladies qui compliquent la phlegmasie muqueuse des bronches , ne peuvent en aggraver les symptômes sans augmenter le danger. Ainsi on conçoit à peine qu’un enfant , dont la vie est si fragile , puisse triompher d’un catarrhe et d’une fièvre de mauvais caractère , telle que la fièvre adynamique ou ataxique. Que penser encore de la petite-vérole , de la rougeole , de la scarlatine, de l’angine, du crowp, des affections vermineuses, du travr»! de la dentition, du carreau, des scrophules, du rachitis, qui peuvent se manifester en même temps que i’inflammatioy bronchiale ? Quelles ressources offriront

surtout les enfans naturellement disposes à la phthisie, comme celui dont nous avons rapporté l’exemple ?

D après ce tableau on doit nécessairement imaginer ce cju'il faut faire pour prévenir le catarrhe , et pour le combattre quand il est survenu. Détruire ou modifier les causes prédisposantes , éloigner ou neutraliser les causes occasioneiles ; voilà d’abord en quoi consiste la prophylaxie. Qu’on tâche donc de fortifier l’enfant s’il est déjà faible ; qu’on l’accoutume insensiblement à supporter et à braver les vicissitudes de l’atmosphère; qu’on ait toujours soin de proportionner ses vêtemens à la température des saisons; et, s’il est affecté de quelque maladie ou vice héréditaire , qu'on lui prescrive le régime le plus capable d’en arrêter les progrès, surtout quand le siège en est dans la poitrine.

Quant au traitement direct ou curatif, il doit varier suivant l’âge de l’enfant , la gravité des symptômes , la période et les complications de la maladie. Ainsi le catarrhe simple guérit en peu de temps par les seuls efforts de la nature, secondés de quelque boisson adoucissante , telle que l’infusion de fleurs de guimauve , ou de toute autre plante mucilagineuse , l’eau de veau seule ou édulcorée avec le sirop de capillaire , de coquelicot , etc. Le petit malade qui tette encore trouve le plus salutaire des béchiques ou pecto-

raux dans le lait de la mère ou de la nourrice ' on a soin de rendre alors cette liqueur plus douce et plus onctueuse par un régime convenable. Le repos du lit , qui entretient la moiteur du corps, surtout quand on donne en même temps quelques cuillerées de boisson tiède , est encore un excellent remède non-seulement pour apaiser , mais aussi pour faire avorter le catarrhe qui commence. Les pédiluves, et même les bains de corps entiers , dont on élève convenablement la température , produisent le même effet en ramollissant la peau et en rétablissant la transpiration insensible. C’est ce que nous avons eu occasion d’observer plusieurs fois pendant les épidémies catarrhales , et entre autres pendant la grippe, qui régnait à Paris en i8o5. L’hiver dernier encore , la fille d’un apothicaire fut attaquée d’un rhume , accompagé de toux , de mal de tête et d’assoupissement -, nous conseillâmes à la mère de lui plonger, pendant un quart-d’heure, les pieds dans de l’eau tiède , et de la coucher immédiatement après. Dès le lendemain l’enfant se portait à merveille. C’est donc sans raison que le vulgaire redoute les pédiluves et les bains tiè— des dans le traitement du rhume ou catarrhe. Loin de fixer ou de faire tomber ces maladies sur la poitrine , comme on le croit communément, ils contribuent au contraire à les en chasser.

DES MALADIES DES EINFANS. 5y3 Le catarrhe est-il accompagné de symptômes violens; outre les moyens dont nous avons déjà parlé et les autres béchiques ordinaires , tels que l’hydromel, les loochs, et les juleps, on prescrit encore une diète des plus sévères dans la première période ; il est même nécessaire de recourir quelquefois à la saignée, surtout quand l’enfant oppressé est menacé de suffocation ; les vésicatoires , appliqués sur la partie antérieure de la poitrine , ont aussi produit le plus grand soulagement après la déplétion des vaisseaux.

A une époque plus avancée de la maladie , il * faut moins insister sur les mucilagineux ; il convient alors de les remplacer par de légers aromatiques , tels que les infusions de fleurs de tilleul , de sureau , de sauge , etc. ; si l’expectoration est difficile, on la favorise en donnant un peu d’oxymel , de soufre sublimé, ou de kermès minéral; l’ipécacuanha en poudre, en pastilles ou en sirop, mais a petites doses , est aussi très-recommandé par les praticiens.

Enfin , si ces médicamens ne suffisent point , et qu’on craigne le passage du catarrhe aigu à l’état chronique , on doit avoir recours aux toniques, aux amers, et aux infusions de petite-

centaurée, d’hysope , etc. , à la rhubarbe ou au • •

quinquina en poudre. Les frictions sèches sur la peau, des vêtemens de laine, l’habitation dans des lieux élevés, l’exercice en plein air, les exutoires,

et généralement tout ce qui peut rétablir la transpiration insensible doit être mis en usage pour prévenir le délabrement de la poitrine et la phthisie muqueuse.

Les alimens qu’on accorde aux malades doivent concourir avec les moyens thérapeutiques. Nous avons déjà dit que le lait méritait la préférence pour l’enfant qui est encore à la mamelle; on peut donner à ceux qui sont sevrés quelques gelées , comme celle de salep, la crème d’orge ou de riz, la décoction blanche de Sydenham. On augmente ensuite , ou l’on diminue cette nourriture, suivant la période et l'intensité de la maladie.

ARTICLE IX

Du catarrhe suffocant.

Quoi de plus vague et de plus indéterminé dans les auteurs que les prétendues espèces ou variétés de cette maladie ! Les uns appellent catarrhe suffocant un afflux ou accumulation plus ou moins prompte de fluides dans les bronches dont la membrane muqueuse exhale plus qu elle n’absorbe ; les autres donnent ce nom à une constriction spasmodique de la poitrine ou de la glotte, qui intercepte tout à coup le passage de l’air dans les poumons ; quelques-uns considèrent cette affection comme un engouement des

bronches produit par une congestion subite de sang dans le tissu pulmonaire ; enfin , le plus grand nombre la prennent pour la terminaison funeste du catarrhe , lorsque le malade vient à s'affaiblir, etine conserve plus assez de force pour expectorer les mucosités qui s’accumulent dans les bronches ? Mais alors ne devrait-on pas donner aussi le nom de catarrhe suffocant à l’angine et au erowp , lorsque les malades ne peuvent se débarraser des concrétions albumineuses et des glaires qui obstruent les voies aériennes?

On voit donc maintenant pourquoi des auteurs ont divisé le catarrhe suffocant en humoral et en nerveux ; Ettmuller , en sanguin et en muqueux ; le docteur Gardien , en primitif et en consécutif ou secondaire. Cela dépend de la manière dont ils ont envisagé les différentes causes qui produisent la suffocation*

Nous ne parlerons point ici du catarrhe suffocant nerveux, dont la véritable place est parmi les névroses ou affections nerveuses des enfans. 11 ne sera pas question non plus du catarrhe suffocant sanguin , qui n’atteint guère que les adultes, et dont les principaux symptômes sont la fo rce , la plénitude et la lenteur du pouls , la respiration stertoreuse , la rougeur du visage , le gonflement des jugulaires et des temporales, l’oppression et la suffocation plus ou moins imminente : ne voit-on pas que c’est là un coup de

sang , ou une attaque (l’apoplexie ? Enfin , fa suffocation consecutive de l’angine , du crowp ou du catarrhe, a été signalée dans la description de ces* différentes maladies. 11 ne reste donc à examiner que le catarrhe suffocant , qui a lieu , pour ainsi dire, d’une manière spontanée.

Or cet accident n’arrive guère aux enfans qu’apres le sevrage. On observe que ceux qui sont naturellement faibles , et dont la constitution est éminemment pituiteuse ou lymphatique , y sont plus disposés que les autres. Il consiste dans un afflux ou irruption subite de mucosités qui obstruent les bronches, et empêchent de respirer.

L’invasion en est quelquefois précédée d’un écoulement de mucosités par le nez, de diarrhée, ou de cauchemar \ d’autres fois elle survient tout à coup pendant le premier sommeil de la nuit ; l’enfant est alors très-oppressé ; il raie , et siffle en respirant ; le pouls est petit , dur et accéléré , le visage pale ; il y a de l’anxiété , de l’agitation , des mouvemens convulsifs ; la toux, malgré les plus violens efforts, est nulle ou insuffisante pour débarrasser les voies aeriennes ; la faiblesse augmente, les extrémités se refroidissent, et la suffocation termine bientôt la scène, à moins que la nature ou les secours de l’art bien administrés ne déterminent une expectoration critique et salutaire.

A l’ouverture des cadavres , on trouve un amas considérable de mucosités dans les narines et l’ar-

rière-bouche , dans le larynx, la trachée-artère et les bronches ; ce qui indique d’une manière claire, non-seulement la cause de, la maladie et de la mort , mais encore les moyens de remédier à l’une , et de prévenir l’autre.

Débarrasser complètement le poumon et les bronches, et changer la direction vicieuse des fluides qui se rendent vers ces organes ; voilà en deux mots les principales bases du traitement : or l’expérience prouve que l’émétique produit ce double avantage, en excitant une secousse générale qui rétablit l’expectoration, et détermine une sueur plus ou moins abondante . On prescrira donc une dose de tartrate de potasse antimonié proportionnée à l’âge de l’enfant , et même un peu plus forte que de coutume , afin d’agir d’une manière plus prompte et plus efficace ; ensuite , pour seconder l’efièt de ce premier remède , et pour rappeler les fluides du centre à la circonférence , on emploiera des stimulans à l’extérieur, des vésicatoires, des sinapismes, des linimens spiritueux et ammoniacés, des pédiluves et des lavemens plus ou moins actifs. On donnera aussi par intervalles, deux ou trois fois dans le courant du mois , quelque léger purgatif, et on rendra la guérison complète par l’usage des amers qui fortifient sans trop irriter : tels sont la chicorée sauvage, le fu-

meterre, l’absjnthe , la rhubarbe, l’ipécacuai.ha,, le sirop de gentiane, l’extrait de genièvre, etc. On peut y ajouter les eaux de Vichi , de Bonnes , de Barège , et autres semblables qui ont la propriété de favoriser les sécrétions,, et surtout la transpiration insensible.

ARTICLE X

De la toux des enfans

Si l’on veut avoir encore un modèle complet d’obscurité et de divagation, en fait de médecine, qu’on lise ce qui a été écrit au sujet de la toux des enfans. N’est-ce pas d’abord une grande erreur , ou du mois une violatioh des règles qui servent de base à la nosologie , que de regarder comme une maladie ce qui ne peut être qu’un symptôme ? En second lieu, n’est-ce pas tomber dans le vague que de ranger parmi les causes d’une maladie quelconque les différentes affections qu’elle accompagne ou qu’elle suit ? Or c’est là précisément ce qu’on fait à l’égard de la toux. On commence par la considérer comme une maladie propre , tandis qu’elle suppose elle-même quelque dérangement idiopathique ou sympathique dans les organes qui servent à la respiration. Ensuite on en établit autant d’espèces ou de variétés qu’il y a de ces dérangemens. Ainsi on admet une toux catarrhale ou produite par le rhume ; une toux stoma -

DES MALADIES DES ENFANS. 579 cale , qui tient à l’embarras des premières voies, et qui a pour phénomènes concomitans l’anorexie ou le dégoût, des rapports acides, fétides, nidoreux , le gonflement de l’épigastre, l’enduit jaunâtre ou muqueux de la langue ; on admet une toux spasmodique ou nerveuse , dépendante d’une constriction de la poitrine ; une toux vermineuse , causée par la présence des vers dans le conduit intestinal ; une toux déterminée par' la dentition , par la métastase ou répercussion d’un exanthème, etc.

Or ces différentes espèces de toux , que sontelles autre chose que des symptômes qui indiquent des lésions primitives ou secondaires , idiopathiques ou sympathiques du poumon ou de ses annexes? Ce serait donc s’engager dans de continuelles et fastidieuses répétitions , que d’entreprendre ici la description de ces prétendues maladies ? D’ailleurs elles n’exigent d’autres remèdes que ceux des affections dont elles sont le symptôme ou l’effet ; la toux vermineuse , par exemple, ne guérit-elle pas dès qu’on a détruit les vers qui la produisent? De même la toux stomacale ne s’apaise-t-elle pas aussitôt qu’on a débarrassé les premières voies ?

Mais les enfans, dira-t-on peut-être, à cause de leur constitution lymphatique, ont souvent les voies aériennes remplies de mucosités qui les irritent, et déterminent des quintes de toux plus ou

3So TRAITÉ

moins fréquentes. Cela est vrai,- on peut même ajouter que l’expectoration, qui est d’un grand secours aux adultes, manque absolument au premiei âge , ou ne se fait que d’une manière incomplète. Mais la toux dans ce cas-là n’est encore que secondaire ou consécutive , puisqu’elle dépend de l’engorgement èt de l’irritation du conduit aérien , auxquels il faut remédier pour en prévenir Tes suites fâcheuses.

Or on observe alors que le vomissement est ti ès-avantageux , soit qu’il détermine l’expulsion des matières qui genent le passage de l’air , soit qu’il supplée au défaut d’expectoration, en poussant à la peau. On peut l’exciter avec le tartre stibié , l’ipécacuanha ou le kermès minéral. Les purgatifs légers produisent encore de très-bons effets , en détournant les fluides qui se dirigent vers les bronches ; mais la rhubarbe et le mercure ont paru mériter la préférence à cet égard. On connaît aussi le oien qu’on peut retirer des frictions , et de tout ce qui entretient la transpiration insensible. On vante encore les toniques et les amers , tels que l’absynthe , l’écorce de citron , le sirop d’érysimum, auxquels on doit attribuer , non la propriété de diviser les glaires, comme on le croit vulgairement, mais celle de combattre la disposition habituelle des enfans pituiteux ou lymphatiques , et de prévenir la congestion des mucosités bronchiales dont ils sont menacés.

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