‹ Traité des maladies des enfans, jusqu'à la pubertéChapitre 17 sur 19 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des mctlaches qui affectent le système nerveux* chez les enfans .

Tous les observateurs , les médecins et les naturalistes , même les historiens et les poètes ont observé que l’enfance était naturellement nerveuse et sensible; elle jouit d’un excès de mobilité et de susceptibilité que les plus légères impressions ébranlent ; elle s’irrite promptement, et se calme de même. C’est là ce qui constitue en grande partie l’état physiologique , ou le tempérament et le caractère du premier âge ; c'est aussi là ce qui le distingue d’avec les autres époques de la vie , où les organes du sentiment semblent s’émousser à mesure qu’on approche de la vieillesse et de la décrépitude ; enfin c’est de là que dérivent une foule de névroses ou de maladies occasionées par la lésion idiopathique ou sympathique du cerveau et des nerfs, telles que les convulsions , la danse de Saint-Guy , le tétanos ^ l’épilepsie, l’éclampsie , la fièvre cérébrale , l’affection spasmodique de la poitrine et du larynx , la coqueluche, et surtout ces orages plus ou moins tumultueux qui précèdent, accompagnent ou suivent la dentition et la puberté.

ARTICLE PREMIER

Des convulsions.

On dit qu’un individu est agite de convulsions lorsque ses muscles se contractent et se relâchent alternativement , et avec plus ou moins de violence. Ces mouvemens tumultueux et irréguliers peuvent affecter tout le corps ou une de ses parties seulement, ce qui les a fait diviser en generaux et en partiels.

Tous les enfans n’y sont pas également sujets. La prédisposition à ce désordre nerveux est en raison de la sensibilité et de la faiblesse. Elle se reconnaît au teint pâle et blafard du visage , à la ténuité de la fibre , à la mollesse du tissu cellulaire, et à un état de débilité naturelle ou acquise. Les parens qui se marient dans un âge trop tendre ou trop avancé, n’engendrent pour l’ordinaire que des enfans délicats ou d’une faible complexion , ce qui les dispose presque toujours aux mouvemens convulsifs. La sensibilité est encore plus développée dans les pays chauds que dans les pays froids ; il suffit de toucher un A fricain ou un indien pour l’émouvoir, au lieu qu’il faudrait écorcher un Moscovite pour lui donner du sentiment. On conçoit donc que les maladies nerveuses doivent être plus fréquentes chez les enfans du midi que chez ceux des contrées septentrionales.

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Les convulsions peuvent être idiopathiques ou sympathiques; les premières sont ainsi appelées parce qu’elles dépendent d’une cause qui agit immédiatement sur le cerveau ; on ne les observe guère que chez les individus doués d’une extrême sensibilité. Les convulsions sympathiques longtemps prolongées peuvent aussi devenir idiopathiques, en déterminant une espèce d’ataxie nerveuse qui devient habituelle , et se renouvelle par la plus légère impression.

Les causes occasionelles ou déterminantes des convulsions sympathiques n’agissent que d’une manière médiate ou secondaire sur le cerveau ; tels sont le séjour trop prolongé du méconium dans le conduit intestinal après la naissance , l’état saburral , l’acidité ou la flatulence des premières voies après de mauvaises digestions , la présence des vers ; le lait d’une nourrice qui se livre à la colère , au vin , ou à quelque autre violente passion, qui n’observe aucune règle dans son régime , qui se nourrit de crudités ou d’autres substances malsaines ; le travail plus ou moins orageux de la dentition : en un mot , tout ce qui irrite ou frappe vivement et d’une manière subite, comme la colère, la surprise, la vue de personnes attaquées de convulsions, ou d’objets qu’on abhorre, la peur, quelquefois l’imitation.

Il faut joindre à ce tableau la résistance qu’éprouvent divers exanthèmes pour traverser la

peau, tels que la petite-vérole, la rougeole, etc. ; la rentrée subite de ces mêmes exanthèmes ou d’autres moins aigus; par exemple, de la croûte laiteuse, de la teigne, des dartres, du suintement des oreilles; la première éruption des règles chez les jeunes filles; la dessiccation trop prompte d’un cautère naturel ou artificiel ; enfin, l’impression des substances vénéneuses ou délétères que les enfans peuvent avaler par mégarde ou faute de connaissance ; de ce nombre sont les baies de certaines plantes solanées, les émétiques violens, les drastiques, les acides minéraux, les préparations saturnines, comme chez des enfans dont les nourrices appliqueraient des compresses trempées dans 1 acétate de plomb liquide sur leur sein , pour en guérir les gerçures.

Les convulsions n’arrivent guère d’une manière subite et inopinée ; elles s’annoncent presque toujours par quelques signes qui en sont comme les avant-coureurs. Les enfans ont l’œil agité, hagard , fixe ou clignotant ; leur sommeil est interrompu par des rêves qui les effraient ; ils se réveillent en sursaut, jettent des cris, et versent des pleurs au milieu de la nuit. On les voit assoupis durant le jour ; leur visage se décompose , et change de couleur à tout instant ; on les entend souvent grincer des dents, même quand ils dorment , leur main se porte comme involontairement aux narines ; le ris sardonique existe sur

les lèvres; le corps se meut par soubresauts. Les membres se roidissent avec plusoumoins de force, et les mains se ferment le pouce en dedans.

Dans l'accès, les divers muscles soumis à l’influence de la volonté se contractent et se relâchent tour à tour : de là des mouvemens plus ou moins tumultueux et infiniment variés dans la tête , la poitrine et l’abdomen , dans les membres supérieurs et inférieurs ; de là des positions et des gesticulations innombrables sans presque aucun dérangement des muscles qui servent à la nutritrition ou à la vie organique , en un mot , sans fièvre , et sans lésion des facultés intellectuelles.

Les convulsions peuvent être continues ou intermittentes ; et dans le dernier cas les paroxismes en sont périodiques ou irréguliers. Quelquefois ils se renouvellent pour les causes les plus légères , et , s’ils dépendent d’une irritation locale et externe , ils deviennent habituels , et ne cessent que lorsque la cause est enlevée, ou disparaît d’elle-même .

En pratique on est souvent bien embarrassé quand on est appelé auprès d’un enfant attaqué de convulsions ; le point essentiel serait alors de connaître la source de cette maladie , mais cela n’est pas toujours facile, même possible, quelques recherches qu’on fasse ; la plupart des enlans sont incapables de fournir eux-mêmes aucun renseignement : quelle ressource a-t-on ,

par exemple, avec ceux qui sont encore a la mamelle , et qui ne parlent point ? D’un autre côté , les parens perdent quelquefois la tète , dès qu’ils voient les tendres objets de leurs affections et de leur sollicitude dans un état si opposé à la santé ; en sorte qu’ils répondent tout de travers aux questions qu’on leur fait , et sur lesquelles il n’y a cependant guère qu’eux qu’on puisse interroger. Il n’est donc pas rare que le médecin en pareil cas soit obligé de se livrer à de pures conjectures, faute de signes positifs , et de n’opposer au mal que des remèdes généraux , faute d’indications particulières.

Les livres, en général , recommandent expressément de passer en revue toutes les circonstances qui ont précédé , et qu’on appelle pour cette raison anamnestiques ou commémoratives. Examinez bien , dit-on , le tempérament , l’àge , la nourriture, et les habitudes de l’enfant ; faites attention à ce qui se passe durant les convulsions ; le petit malade vomit-il, a-t-il le cours de ventre , ses déjections sont-elles verdâtres , etc. ; vous pouvez soupçonner la dentition. L’enfant se frotte-t-il continuellement le nez , grince-t-il des dents , a-t-il la pupille dilatée ; il est vraisemblable qu’il est tourmenté de vers. Règne-t-il dans le pays une épidémie de petite vérole ou de rougeole ; quelque émonctoire naturel ou artificiel s’est— il fermé depuis peu, a-t-on fait ren-

trer la gale , une dartre ou la teigne ; voilà sans doute les causes des convulsions. Assurément tous ces préceptes paraissent fort clairs et fort faciles, du moins à lire et à retenir ; mais sont-ils aussi faciles à mettre en pratique ? Nous en appelons pour cela aux gens de l’art qui ont acquis le plus d’expérience.

On ne peut disconvenir que les convulsions idiopathiques ne soient les plus opiniâtres; pour les calmer, il faut nécessairement avoir égard à la constitution du malade. Ainsi, lorsqu’il est robuste et sanguin, qu’il a la tête grosse et disproportionnée , le visage rouge , l’œil étincelant et hors de l’orbite, qu’il tombe dans l’assoupissement après avoir été fort agité, c’est une preuve que le sang se porte à la tête, et comprime l’origine des nerfs. 11 est à craindre alors que l’apoplexie ne succède aux convulsions , et n’amène la mort, à moins qu'on ne prévienne une aussi funeste catastrophe par la saignée générale et locale , par des pédiluvestièdes, par des laxatifs et des diurétiques. Les convulsions persévèrent-elles après l’usage des évacuans; on a recours aux antispasmodiques, tels que l’eau de fleurs d’oranger, l’éther, le sirop diacode , l’opium , qui doivent agir alors avec plus d’efficacité , parce qu’ils n’ont à combattre que l’ataxie nerveuse. Lorsqu’au contraire les convulsions ne sont dues qu’à une faiblesse excessive , les fortifians sont préférables à tout autre

moyen. Les bonsalimens , comme les gelées animales et végétales , offrent alors de grandes ressources , parce qu’ils réparent les forces sans irriter. C’est encore ici que conviennent les toniques et les amers , le quinquina r la gentiane et la rhubarbe , seuls ou combinés avec la décoction de valériane officinale , l’infusion de feuilles d’oranger, les eaux distillées de tilleul , de menthe , de mélisse , de cannelle , la teinture d’opium , celle de camphre, etc. : on conçoit aussi le parti qu’on peut tirer du bain froid et des frictions , pour dissiper l’irritation fixée sur le système musculaire. Mais doit-on compter beaucoup sur les frictions avec l’onguent mercuriel dont Monro et Tissot rapportent quelques succès ?

Le traitement des convulsions sympathiques semble présenter moins de difficultés ; mais quelle sagacité et quel tact ne faut-il pas avoir pour saisir l’indication précise , et le moyen d’y satisfaire ! C’est bien ici qu’il faut recommander de varier la médication suivant la cause qui détermine la maladie. Ainsi, lorsqu’un sentiment de chaleur à la bouche, accompagné de salivation, l’éréthisme de la peau, et un mouvement fébrile,, annoncent ou font présumer le travail des dents, le meilleur moyen de calmer l’agitation nerveuse est de produire une détente générale dans l’organisme , et de détourner les forces vitales qui se concentrent vers les gencives. Qu’on plonge alors

DES MALADIES DES ENFANS. 445 l'enfant dans un bain tiède plusieurs fois le jour, et pendant plus ou moins de temps : si ce moyen est impraticable , qu’on y supplée par des pédiluves tièdes , ou des fomentations émollientes sur les membres. La saignée générale, et surtout les sangsues derrière les oreilles , les vésicatoires aux mêmes endroits et ensuite aux bras, les évacuans qui entretiennent la liberté du ventre , sont encore ici de la plus grande utilité. On leur attribue la vertu de produire une dérivation salutaire , et de modérer l’irritation du nerf affecté. Quand on a remédié à la pléthore générale, ou à la congestion du cerveau en particulier, si les convulsions subsistent encore, et ne sont entretenues que par un excès de sensibilité , on peut tâcher de les apaiser au moyen des opiacés ; mais on sent avec quelle prudence il faut manier ces médicamens, puisque , d’après des expériences bien constatées , on ne peut leur refuser la propriété d’accélérer la progression des fluides. Ce serait donc une témérité d’y recourir tant qu’il y a de la chaleur et d’autres symptômes fébriles, à moins qu’ils ne soient purement nerveux. Voilà sans doute pourquoi Stork préférait aux narcotiques le* camphre en lavement ou en potion , Boerhaave et Van Swieten l’éther, et Sydenham l’alcali volatil , dont il donnait à l’enfant deux gouttes dans suffisante quantité de liquide de demi-heure en demi-heure, trois ou quatre fois.

Lorsque les convulsions des enfans tiennent à l’embaiTas des premières voies ou à de mauvaises digestions, il faut nécessairement recourir aux vomitifs et aux cathartiques. Ce sont là des remèdes qu’indiquent pour l’ordinaire le défaut d’appétit , des nausées ou envies de vomir, la diarrhée ou la constipation, la teinte jaunâtre, pâle ou livide du visage, le gonflement du ventre, et la saleté de la langue. Nous avons déjà exposé les moyens de faire couler le méconium trop long- temps retenu dans l’intestin de l’enfant qui vient de naître.

Les carminatifs et les antispasmodiques, comme quelques gouttes d’éther et de laudanum liquide , dissipent les convulsions produites par la flatulence de l’estomac ou de l’abdomen, ainsi que les coliques aiguës dont elles sont accompagnées. Celles qui reconnaissent pour cause l’acidité du conduit intestinal , cèdent aux absorbans , à la magnésie , à la poudre camphrée ou musquée de Rivière. Les bains, les demi-bains, et les pédiluves tièdes , les lavemens , calment comme par enchantement celles qui précèdent l’éruption de quelque exanthème, ou qui succèdent à l’impression du froid. Deux sœurs habitaient la même chambre et couchaient dans la même alcôve ; l’une avait la petite - vérole , et touchait à la dernière période de cette maladie, lorsque l’autre fut attaquée dos plus violenles convulsions. Notre

avis fut qu’on plongeât celle-ci dans de l’eau tiède : elle ne fut pas plutôt dans la baignoire , qu’elle éprouva un calme inexprimable, et vingtquatre heures après tout son corps fut couvert de boutons varioleux. Les convulsions qui proviennent d’une gale rentrée ou d’une autre maladie cutanée mal guérie , exigent l’usage des diaphoniques et de tous les moyens qui portent à la peau et irritent cet organe. On donne alors le soufre sublimé, l’oxide d’antimoine hydro-sulfuré orangé à petite dose ; on applique des vésicatoires sur le corps, et le plus près des endroits où était l’écoulement supprimé ; on inocule même la matière des exanthèmes qui ont disparu trop promptement. On a vu guérir des convulsions chroniques par l’éruption spontanée de la croûte laiteuse ; c’est ce qui a fait croire au professeur OEttinger, de Tubinge, que l’humeur de cet exanthème pourrait être inoculée avec quelque succès.

Les convulsions occasionées par la frayeur, par l’imitation ou par l’horreur, ne doivent pas être moins combattues par des remèdes moraux que par des antispasmodiques. Qu’on cherche à rassurer l’enfant, et qu’on ne l’abandonne jamais seul au milieu des ténèbres ; qu’on l’éloigne de tout objet hideux et dégoûtant, surtout des personnes attaquées de convulsions ; en un mot , qu’on ne lui propose jamais à imiter que les mouvemens réguliers du corps d’où résulte la bonne

tenue. On a beaucoup vanté , dans ces cas-là , l’éther et les fleurs de zinc , dont Gaubius , et après lui Delaroche , assurent avoir obtenu d’heureux résultats. Quelquefois la distraction et le changement d’air réussissent mieux que toutes les ressources de la pharmacie. Le fils d’un perruquier de Paris est chargé de porter de l’argent à un général , qu’il trouve à table ; celui-ci se lève pour signer la quittance , fait quelques pas, chancèle , tombe sur le parquet, et expire. Quelle surprise pour le petit commissionnaire ! Ce n’est pas tout, la sentinelle , qui n’était pas loin de là, ouvre la croisée, et tire un coup de fusil. La garde accourt, et relève le général qui rend des flots de sang par la bouche et par le nez. Une scène aussi inattendue, le tumulte qu’elle entraine, les gens qui entrent et qui sortent , tout concourt à épouvanter l’enfant. Il s’esquive néanmoins , et prend la fuite. De retour chez son père , il est saisi de convulsions qui résistent à tous les antispasmodiques. Il n’y a que l’air de la campagne et la distraction qui ramènent le calme.

Enfin les moyens de traiter les convulsions diffèrent encore suivant qu’elles dépendent des vers ou des poisons. Les antlielmintiques conviennent dans le premier cas; dans l’autre, on commence par faire vomir la substance vénéneuse , avant qu’elle passe dans les secondes voies ; on calme ensuite l’irritation qu’elle a produite dans le cou-

DES MALADIES DES ENFANS. 44q duît alimentaire. Pour provoquer le vomissement on fait avaler de l’eau tiède, ou bien on titille le fond du gosier avec une plume. Le tartre stibié et l’ipècacuanha seraient ici trop lents à produire leur effet, et ne feraient qu’augmenter les accidens , par rapport aux secousses qu’ils imprimeraient à toute l’économie. Si l’on est appelé trop tard, on a recours aux délayans et aux mucilagineux, tels que l’eau pure , le bouillon de veau , le petit-lait, la décoction de guimauve ou de graine de lin , le lait, etc., pour étendre les poisons minéraux, et en émousser la propriété corrosive. Si l’enfant est attaqué de convulsions pour avoir avalé des champignons ou quelque substance narcotique , comme des baies de morelle ou d’autres solanées, on doit faire succéder au vomissement l’usage des boissons acidulées, del’oxycrat, de l’eau de groseille, etc. : on ne connaît pas de meilleur spécifique contre les poisons végétaux en général. Tout le monde connaît aujourd’hui le contre-poison des préparations saturnines ; il consiste dans les vomitifs, les purgatifs, et les sudorifiques; mais il faut ici avoir égard à l’âge en déterminant la dose de ces remèdes, sans quoi on compromettrait nécessairement le salut des malades. Il est môme prudent de les combiner alors avec quelques antispasmodiques, afin de ménager la sensibdité, qui est si prompte à s’exalter dans l’enfance.

ARTICLE II

De la danse de saint Guy.

Sauvages donne à cette maladie le nom de sec lotyrhe , parce que l’agitation continuelle et irrégulière des jambes en est le principal symptôme. Les Allemands l’appellent danse de saint Veit , parce que ce saint en avait été , dit-on , attaque, et qu’on lui avait consacré une chapelle près d’Ulm en Souabe , où les malades lui adressaient tous les ans au mois de mai des vœux et des prières.

Cette espèce de danse ou de démarche convulsive s’observe le plus communément chez les garçons et les filles impubères, depuis l’âge de dix ans jusqu’à celui de quatorze; mais elle ne continue presque jamais après cette époque. On en attribue la cause prédisposante à la faiblesse et à la mobilité du système nerveux, qui sont pour l’ordinaire très-remarquables dans l’enfance, surtout chez le sexe , et qui disparaissent ensuite à mesure que la constitution se développe et s’affermit. On n’est pas trop d’accord sur les causes occasionelles ; on a conjecturé qu’elles tenaient à la révolution produite par le développement des organes génitaux. Elle ‘sont peut-être les mêmes que celles des convulsions.

Quoiqu’il en soit, au moment de l’invasion, l’en-

faut se plaint de fourmillement dans le membre abdominal et le membre thoracique correspondant. On observe que le côte gauche est affecté par préférence : quelquefois ce sont la jambe droite et le bras du côté opposé. Bientôt après de légères convulsions se déclarent , et augmentent par degrés; le malade traîne la jambe quand il veut marcher, comme s’il était paralytique o’u boiteux ; il ne peut l’élever avec assurance. Quand tout le membre est en repos, le pied se meut en divers sens, en avant et en arrière, ou latéralement ; le bras du même côté est aussi agité de convulsions , et ne garde jamais la position qu’on lui donne. Les mouvemens volontaires sont précipités et interrompus par des mouvemens opposés ; on suit difficilement la direction qu’on se propose. Par exemple, veut-on porter un verre de liquide à la bouche , on en est empêché par des convulsions réitérées, qui portent la main en sens contraire. Ces gestes insolites, ces contorsions et ces mouvemens désordonnés s’exécutent d’abord avec une certaine lenteur; mais ils (missent par devenir volontaires, et se changent en une mobilité extrême et habituelle. On dirait même que les malades se font un plaisir ou un jeu d’amuser les spectateurs. L’esprit ne paraît pas toujours exempt d’affection dans cette maladie ; il y a quelquefois des signes de démence ou de fatuité, et il n’est pas rare que les

personnes du sexe offrent toute l’irrégularité de l’émotion histérique.

Quand on connaît le penchant de l’homme et surtout des ent’ans pour l imitation, on explique avec facilité pourquoi la danse de saint Guy peut paraître épidémique et même contagieuse dans les lieux où se rassemblent les malades qui en sont atteints. On voit en même temps combien la fête de saint Veit a Ulm était contraire aux règles de 1 hygiène publique. Il est à présumer qu’on en revenait souvent plus malade qu’auparavant , et que plusieurs en fans des deux sexes y contractaient une aflection nerveuse, dont ils se seraient garan is en restant chez eux. En général, les individus qui ont une constitution facile à émouvoir ne devraient jamais assister à des scènes qui laissent de fortes impressions.

Le traitement de la danse de saint Guy doit varier suivant la cause qui l’a déterminée ; c’est ainsi que la saignee , recomm andée par Sy denh am , peut convenir à ceux qui sont pléthoriques, et la purgation à ceux qui ont les premières voies embarrassées. Culleu dit avoir observé que la maladie cédait facilement aux toniques, tels que le quinquina et les ferrugineux. Dehaën, Gardane, Underwood, Fothergill , etc. , ont employé l’électricité avec succès. Wauters conseille l’assafelida , et Poissonnier le camphre. Le docteur P>osquillon a vu réussir la panacée mercurielle

DES MALADIES DES ENFANS. 455 gu muriate Je mercure doux. Toutes ces cl i lie rentes guérisons dépendaient vraisemblablement des circonstances individuelles et hygiéniques où les malades se trouvaient.

ARTICLE III

Du tétanos.

Cette maladie n’attaque guère, parmi les en fans; que les nouveau-nés; elle consiste dans la rigidité spasmodique de plusieurs muscles, et principalement de ceux qui meuvent la mandibule ou mâchoire inférieure. Voilà pourquoi on l’appelle mal de mâchoire à Cayenne et dans les îles de l’Amérique , où elle a été plus fréquemment observée qu’ailleurs. On la connaît aussi sous le nom de tri si nus , sans doute à cause des cris aigus ou des plaintes que poussent les enfans qui en sont atteints.

En général, le tétanos des nouveau-nés règne beaucoup durant l’été dans les climats chauds, dont la température est tout à coup rafraîchie par des pluies abondantes et orageuses, ou par le vent qui vient du côté de la mer, surtout le matin. Culien assure, néanmoins qu’on l’a observé aussi dans les contrées septentrionales de 1 Europe , par exemple , sur les montagnes de 1 Ecosse , mais jamais dans le plat pays. On l’a remarque beaucoup plus souvent en Suisse qu’eu

France. Nous n’avons eu occasion de le voir à Paris qu’une fois, dans un etc où le temps était toit vai îable. D apres tous ces faits, il est donc très-probable , sinon certain, que cette affection nerveuse dépend de l’impression de l’air, à laquelle les nouveau-nés sont d’autant plus sensibles , qu’ils ont la peau plus délicate et plus tendre.

S’il faut s’en rapporter aux médecins qui ont pratiqué dans les Indes occidentales, et dont nous ne pouvons mieux faire ici que de copier les observations, les enfans n ont rien à craindre passé les deux premières semaines; car ils tombent presque toujours malades pendant cet espace de temps, même avant le neuvième jour qui suit la naissance.

D’abord ils jettent des cris continuels; ils prennent le mamelon, pour le quitter aussitôt, et font d’inutiles efforts pour téter. Peu de temps après, la mâchoire inférieure se roidit et s’approche de la supérieure; la langue s’embarrasse et se meut avec plus de difficulté, les cris et les pleurs diminuent a mesure cpie la maladie augmente ; les muscles du cou et de toute l’épine se contractent avec beaucoup de force. Cependant la tète reste assez droite par rapport à l'axe du corps; mais le tronc seul décrit une espèce de demi-courbe dont la concavité répond au dos, tandis que le bas-ventre forme une très-forte saillie en devant;

il survient quelquefois une grosseur considérable à l’ombilic; en un mot, c’est ce que les pathologistes désignent sous le nom d ' opistoionos. Bajon, de qui nous avons emprunté ce tableau, rapporte que certains en fans avaient les membres thoraciques et abdominaux roides et attaqués de petits mouvemens irréguliers, tandis que dans d’autres ils restaient flexibles et sans la moindre apparence de convulsion. La peau qui recouvre les muscles de l’épine est d’abord fort rouge , et devient peu à peu violette ; toutes ces parties paraissent considérablement gonflées.

Cette maladie dure peu de jours, et se termine le plus souvent par la mort. Le nouveau-né dont nous avons parlé ci-dessus n’a vécu que trente-six heures après la première attaque de tétanos.

A l’ouverture des cadavres, l’auteur déjà cité dit que les muscles offraient une couleur livide très-foncée. Il semblait que le cours des liquides y eût été intercepté depuis long-temps; les fibres en étaient crispées, et même repliées sur ellesmêmes. Quand on voulait les allonger , elles se cassaient, comme si elles eussent été exposées au feu.

En pratique , il est impossible de confondre cette maladie avec d’autres, du moins si l’on fait attention à l’àge des individus , aux circonstances hygiéniques où ils se trouvent , et aux symptômes dont ils sont affectés. Il serait à souhaiter que le

pronostic en fut aussi favorable que le diagnostic en est facile;- mais on assure que très-peu d’enfans échappent a la mort. Suivant Bajon , à peine en guérit-il un tiers. Ils périssent souvent en douze heures de temps, et il est rare que la maladie dure jusqu’au cinquième jour. Dès qu’elle s’est déclarée; il n’est plus possible de rien faire prendre aux malades ; la respiration devient peu à peu diilicile, et sur la fiu très-laborieuse.

En Amérique on prévient, dit-on, le mal de mâchoire chez les nouveau-nés, en les tenant enfermés dans une chambre bien close et inaccessible à r air extérieur, jusqu’au neuvième jour après la naissance. Quelques Indiens leur frottent matin et soir tout le corps avec une substance grasse et huileuse pendant les neuf premiers jours, et après la section du cordon, ils appliquent un emplâtre agglutinatifsur le nombril. Bajon assure que par ce moyen ils ne perdent pas un seul de leurs enfans.

Les auteurs ne sont pas d’accord sur le traitement curalil ; Cullen conseille les antispasmodiques, môme l’opium à haute dose, comme pour le tétanos ordinaire ou des adultes; Chalmers croit que ce remède ne convient point dans ce cas; il dit avoir guéri un enfant en le purgeant avec une infusion de rhubarbe , à laquelle il ajouta quelques grains de musc et un peu d’huile de tartre par défaillance. II recommanda en même

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temps un bain chaud, et fit donner plusieurs lavemens avec une infusion de camomille romaine, dans laquelle il fit dissoudre un peu de savon.

On lit, dans le Journal de Médecine de 1768, qu’un enfant de huit jours , attaqué d’un tétanos universel , guérit par le moyen du bain tiède.

Barrère, ancien médecin de Cayenne, dit avoir employé avec succès les douches et les bains d’eau froide ; il en faisait commencer l’usage dès que les enfans quittaient le mamelon, et le continuait jusqu’à ce que les parties eussent recouvré leur souplesse naturelle.

Bajon a donné intérieurement l’huile d’amandes douces et le sirop diacode ; il a fait mettre les malades dans le bain tiède de trois en trois heures; il a prescrit des embrocations avec l’huile , l’onguent d’althæa et l’onguent populeum, mêlés avec du baume tranquille ; il en a même fait baigner dans l’huile, et il avoue que tous ces remèdes n’ont eu aucun succès. 11 ajoute aussi que la méthode de Barrère ou le bain froid n’a pas mieux réussi que les autres. Cette différence dans les résultats ne tenait-elle pas à quelque différence dans les circonstances ?

Quoi qu’il en soit, les fumigations ou vapeurs de l’eau sont ce qui paraît avoir été le plus salutaire aux enfans affectés de tétanos. Pour les administrer, 011 couche les malades sur des claies,

el on place au - dessous la machine ou vase fumigatoire.

Plusieurs observations de Monro , de Lind, et de Tissot , militent en faveur des frictions avec l’onguent mercuriel. Le muriate de mercure doux a été aussi employé efficacement à l’intérieur par Fouquet, Plenck, Avembrugger et Delaroche.

Enfin, on lit, dans le sixième volume de la Bibliothèque germanique , quelques heureux essais en faveur de l’ammoniaque et des bains alcalins. Le docteur Wenzel Aloys Stutz faisait dissoudre un gros ou un gros et demi du premier dans six onces d’eau distillée , qu’il donnait par cuillerées au malade toutes les deux heures.

Le bain , composé avec une lessive ordinaire de cendre de bois, à laquelle on ajoutait deux onces de pierre à cautère , était répété tous les deux jours; mais on, donnait en même temps l’opium à très-forte dose , ce qui empêche d’attribuer autant d’efficacité aux boissons et lotions alkalines. D’ailleurs, les expériences du docteur Stutz ont été réitérées par le docteur Hufeland de Berlin, et il s’en faut bien qu’elles aient paru avoir le même succès : peut-être les circonstances n’étaient-elles pas les mêmes. En général , ces sortes de remèdes ne doivent être employés qu’avec la plus grande circonspection, surtout chez les enfans. On les a essayés aussi en France;

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mais ils n’ont pas eu plus d’efficacité que dans la capitale de la Prusse.

ARTICLE IV

De V épilepsie.

Cette maladie estime des plus fréquentes, des plus épouvantables et des plus opiniâtres. La superstition et le préjugé l’ont souvent fait descendre du ciel , comme un fléau de la colère divine. Les en fans y sont d’autant plus disposés , qu’ils touchent de plus près à l’époque de la naissance. On observe même que les deux sexes en sont également affectés avant l’âge de sept ans ; mais, depuis cette époque jusqu’à celle de la puberté , il y a plus de Allés que de garçons épileptiques, différence facile à concevoir pour ceux qui savent apprécier l’influence de l’âge et du sexe sur la constitution.

On divise communément l’épilepsie en idiopathique et en sympathique. .La première est celle dont la cause réside dans le cerveau ou qui agit immédiatement sur cet organe; la seconde, au contraire, ne l’affecte que d’une manière médiate .

L’épilepsie idiopathique ou essentielle tient à quelque vice héréditaire ou acquis dans la conformation du crâne. On sait que des matrones, et même des accoucheurs, s’empressent de pétrir la

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tète des nouveau-nés, sous prétexte de lui rendre sa forme naturelle quelle avait perdue en traversant la filière du bassin : or, que vont devenir les organes des facultés intellectuelles sous d’aussi imprudentes manœuvres ! De fortes émotions de l’âme peuvent aussi déterminer des accès d’épilepsie chez des enfans très-irritables et très-sensibles ; telles sont la colère , la frayeur, un coup de tonnerre, l’explosion d’une arme à feu, la vue cl’un objet extraordinaire, une réprimande trop sévère, une menace, un mauvais traitement, etc. Quelles précautions, quels ménagemens ne doivent pas employer les parens et les instituteurs pour bien soigner l’éducation de leurs enfans et de leurs élèves î

On met au nombre des causes de l’épilepsie sympathique une nourriture malsaine, un lait de mauvaise qualité fourni par des nourrices adonnées au vin ou sujettes à la colère ; en un mot, toute irritation de l’estomac et de l’intestin par des substances âcres,. par le méconium, par dis vers ; une affection du foie , de la rate ; la rentrée de divers exanthèmes, de la croûte laiteuse d’une dartre, delà gale; l’éruption difficile de la petite-vérole , de la rougeole, de la scarlatine; une dentition plus ou moins orageuse, les approches de la puberté; une douleur aiguë, ou autre affection, dans quelque partie du corps, d’où s’élève ce qu’on désigne sous le nom de <v-

pew' épileptique y une trop forte contention d’esprit ; la masturbation , etc.

Les signes avant-coureurs de l’épilepsie sont quelquefois en grand nombre. L’enfant encore à la mamelle , ou qui vient , pour ainsi dire , de naître , est dans une agitation continuelle ; son tronc et ses membres se meuvent par soubresauts; il tette d’une manière interrompue; ses traits changent à tout moment; il a l’œil hagard, égaré , larmoyant ; la paupière gonflée ; le visage étonné ; il dort mal , ou est réveillé par des fantômes.

Celui qui est assez grand pour expliquer ce qu’il éprouve , se plaint de vertiges, de tintemens d’oreilles, de violens maux de tête, et surtout d’un froid glacial aux pieds et aux mains; sesyeux sont comme éblouis par des bluettes ou lames de feu passagères; le ventre murmure ; les membres sont tiraillés par des crampes , ou comme piqués par des fourmis ; le pouls est plus fréquent et pW dur ; le son de la voix plus grêle ; toutes les fonctions plus faibles ; l’individu paraît triste, inquiet, morne, insouciant.

Il y a néanmoins des enfans qui sont attaqués , et comme frappés à l’improviste ; ils tombent par terre, et sont agités de convulsions, rarement partielles, mais presque toujours générales. Alors les cheveux se hérissent; le visage pâlit, s’altère, se crispe, les yeux roulent dans les orbites; la

bouche blanchit d’écume ; les lèvres tremblent, ou sont clans un état de contorsion; on entend gi mcei ces dents ; la langue s’élance parfois au dehors ; la tête se renverse ; le cou se gonfle ; la poitrine et l’abdomen s’élèvent et s’abaissent tour à tour; la respiration est bruyante , stertoreuse; les déjections involontaires; le pouls petit, irrégulier, entrecoupé; la peau froide ; la transpiration visqueuse ; les membres se contractent , se roidissent, et s’agitent de mille manières : en un mot, pas un muscle de l’économie qui ne participe à ce désordre ; joint à cela que les fonctions des sens et les facultés de l'entendement sont entièrement suspendues; le malade revenu à luimême ne conserve aucun souvenir de ce qu’il a éprouvé durant l’accès : il est seulement triste , et comme hébété; on dirait cpi’il est honteux de la scène qui vient de se passer.

Cependant l’épilepsie n’est pas toujours telle que nous venons de la décrire ; elle offre une infinité de variétés, par rapport à la violence des symptômes, à la durée et au retour des accès : ce qui peut dépendre de plusieurs causes, telles que l’âge, le sexe, le degré de sensibilité, etc.; ainsi on observe que les enfans à la mamelle sont plus souvent attaqués, mais plus promptement délivrés chaque fois. Tantôt la maladie est trèslégère ou peu alarmante; tantôt elle se montre accompagnée de phénomènes cpii inspirent de

DES MALADIES DES ENFANS. 46 5 l’hor reur. Certains en fans n’en éprouvent qu’une atteinte ou un accès ; d’autres la voient se renouveler plusieurs fois à des périodes marquées. Celui -ci guérit vers la septième année, ou après l’éruption des dents; celui-là vers l’époque de la puberté ; il y en a qui meurent avec elle. On peut donc diviser l’épilepsie en aiguë et en chronique, suivant le temps de sa durée. Dans le premier cas on lui donne plus communément le nom d'éclampsie.

Il résulte de là que cette maladie a beaucoup d’analogie avec les convulsions; car on observe de part et d’autre que le même désordre affecte le système musculaire ; mais, dans le premier cas, l’attaque ou paroxysme se termine par un état de stupeur ou d’assoupissement qui intervertit les fonctions des sens et les facultés intellectuelles : ce qui n’a pas lieu dans les convulsions. On ne saurait donc confondre en pratique ces deux genres de névroses.

L’épilepsie est plus ou moins dangereuse, selon qu’elle est idiopathique ou sympathique. La première est souvent héréditaire , et très-difficile à guérir, parce qu’elle dépend de causes qu’on ne peut connaître ni déraciner. L’épilepsie sympcthique est d’autant plus redoutable que les accès en sont plus violens et plus répétés ; il est à craindre alors qu elle 11e donne la mort surle-champ , ou qu’elle 11e devienne habituelle ;

qu’elle ne desorganise le cerveau, et qu’elle ne rende l’enfant imbécile , sourd, muet, aveugle ou paralytique. Celle qui provient d’une faiblesse excessive , par exemple , à la suite d’une hémorrhagie ou d’une maladie chronique accompagnée de marasme, ne laisse pas beaucoup d’espoir, à moins qu’on ne puisse relever les forces et rétablir la santé. Les affections morales déterminent aussi des attaques plus ou moins violentes et plus ou moins durables , suivant le désordre qu’elles apportent dans le système nerveux. La colère est ordinairement passagère ou ne trouble l’àme que d’une manière momentanée ; au contraire , le chagrin, les injures, la terreur laissent le plus souvent des impressions profondes , souvent ineffaçables.

Quelques auteurs , même des plus anciens , assurent que l’épilepsie ne dure que sept mois ou sept ans ; mais on a observé plusieurs fois le contraire, puisqu’il y a des individus qui en sont affectés toute leur vie. On a dit aussi nue

cette maladie guérissait à l’àge de sept ans ou à celui de puberté; mais que de faits ne pourrait-on pas alléguer pour prouver encore que ces deux époques de la vie ne sont pas toujours salutaires aux épileptiques! Une vérité plus positive, c’est que la fièvre quarte, et plusieurs autres maladies graves, ont délivré pour toujours de l’épilepsie. Un écoulement de pus par

le nez, par les yeux ou par les oreilles, a produit le même avantage.

A l'ouverture des cadavres, on a trouvé dilférens vices dans la conformation du crâne : les os en étaient souvent plus épais et plus minces qu’à l'ordinaire, quelquefois cariés, les méninges endurcies, leurs vaisseaux engorgés, le plexus choroïdal variqueux ou chargé d’hydatides; les ventricules latéraux remplis de lymphe , de pus , de $anie fétide , de matière ichoreuse. La substance du cerveau offrait aussi quelques désordres, tels que des tumeurs, des abcès, des érosions. On a rencontré des ganglions qui comprimaient les nerfs des extrémités. La poitrine et l’abdomen n’étaient pas toujours exempts d’altérations. Enfin les organes génitaux présentaient des phénomènes remarquables chez certains individus, surtout lorsqu’ils avaient succombé vers la puberté ou après cette époque. Il est bon d’observer que ces désordres étaient toujours plus légers, et souvent nuis , chez ceux dont l'affection n’avait été que sympathique.

D’après le tableau que nous avons tracé de l’épilepsie, on conçoit que la guérison doit en être souvent très-difficile, quelquefois même impossible. Le traitement doit varier selon que cette maladie est idiopathiquç ou sympathique; et, dans l’un et l’autre cas , il est nécessaire d’avoir égard à la cause, soit prédisposante , soit occasionelle. En

general , il faut se hâter de recourir aux secours de l’art , pour peu qu’on les croie nécessaires ou seulement utiles ; différer ici, c’est laisser croître le nombre des accès, et par conséquent attendre que la maladie s’invétère ou devienne habituelle.

Ainsi donc , lorsque l’épilepsie est essentielle ou idiophatique , l’enfant offre-t-il tous les signes d’un état pléthorique et robuste , la saignée et les évacuans sont indiqués avant tout autre moyen. C’est ici que la diète , le régime plus ou moins sévère et l’exercice conviennent pour désemplir les vaisseaux. 11 est même quelquefois indispensable d’établir des exutoires sur la surface du corps , tels que des vésicatoires , des sétons ou des cautères, afin de diminuer plus promptement la masse des fluides. On passe ensuite à l’usage des antispasmodiques , tels que la valériane , les feuilles d’oranger, le musc, le castoreum, l’assafetida, les fleurs de zinc, même l’opium, dont on ne craint plus l’effet excitant, quand on a modéré la turgescence du sang.

Si , au contraire , l’épilepsie paraît tenir à un état de faiblesse excessive ou à l’inanition , qu’on tâche d’abord de réparer les forces par des alimens de bonne qualité , et faciles à digérer; par les toniques et les amers , tels que le quinquina , les ferrugineux, etc. On avisera ensuite aux moyens de combattre directement les accès épileptiques, s’ils persévèrent encore.

L’enfant jouit-il d’une mobilité ou d’une sensibilité extrême , qu’on le mette soigneusement à l’abri de tout ce qui pourrait l’émouvoir ou lui faire de vives impressions ; qu’on cherche en même temps à foi’tifier l’organisme par l’exercice, d’abord pris avec modération , et ensuite augmenté graduellement, à mesure que les forces reviennent; par l’exposition à l’air libre , par les bains froids , etc. ; enfin, on passe à l’usage des antispasmodiques , sous toutes les formes possibles.

Les attaques d’épilepsie déterminées par la crainte et la frayeur exigent des remèdes particuliers ; il faut rassurer le malade , lui inspirer de la confiance et du courage ; qu’on ne le laisse jamais seul , surtout pendant la nuit ou au milieu des ténèbres.

Lorsque la maladie dépend d’un amas de liquide dans le crâne , il faut tâcher d’en procurer la résorption , en excitant le ton des vaisseaux lymphatiques. Ce serait peut-être là que conviendraient les mercuriaux et les cantharides , dont on a préconisé l’usage intérieur. Ne serait-ce pas aussi le cas d’essayer le cautère et le moxa sur la tête , en les appliquant , non sur les os dénudés d’après la méthode de Dehaèn , mais sur la peau seulement, comme l’ont recommandé Pouteau et Delius , professeur à Erlang.

L’épilepsie sympathique doit être combattue

par des remèdes analogues aux circonstances qui l’ont produite. Le séjour trop prolongé du méconium chez le nouveau-né réclame l’usage des évacua ns ; il en est de même de l’état saburral des premières voies. Les anthelmintiques* sont indiques dans l’épilepsie vermineuse ; les bains dans celle qui précède l’éruption des exanthèmes, tels que la petite-vérole, la rougeole, etc.; les sangsues et les vésicatoires derrière les oreilles ,

dans celle qui accompagne une dentition difîicile ; les sudorifiques , et tous les moyens capables de porter à la peau , dans celle qui succède à la répercusion ou rentrée de quelque affection cutanée ; l’inoculation offre encore une grande ressource , quand celle-ci est de nature contagieuse.

Les praticiens font mention d’une épilepsie sympathique , occasionée par une espèce de vapeur qui s’élève de quelque partie du corps, et se dirige vers le cerveau. On conseille alors de couper cette partie, quand on peut le faire sans danger ; ou de la détruire au moyen du cautère actuel; ou d’en modifier la vitalité, en y entretenant soit un vésicatoire , soit un cautère perpétuel ; ou de diviser le nerf dont l’extrémité paraît être l’origine de l’affection sympathique ; ou d’appliquer une ligature sur le membre qui semble servir de conducteur à la vapeur épileptique.

Les causes prédisposantes on occasionelles ."tant une fois détruites, si les accès épileptiques ne subsistent plus que par la force de l’habitude , il faut l’interrompre en changeant, pour ainsi dire , toute la constitution. C’est alors que les voyages lointains, le changement de climat, de régime, et de manière de vivre , peuvent opérer une guérison qu’on attendrait en vain de la polypharmacie.

L’épilepsie par imitation cède quelquefois à la crainte ou à un mouvement de terreur qu’on sait inspirer à propos. Quelle impression Boerhaave ne fit-il pas dans l’hôpital de Harlem sur quelques filles sujettes aux convulsions, en faisant apporter devant elles des réchauds embrasés, et en menaçant la première qui donnerait le moindre signe d’agitation nerveuse, de lui appliquer un fer rouge sur le bras !

La cause de l’épilepsie est souvent obscure, même inconnue , surtout quand elle est héréditaire ; la prudence exige donc alors qu’on se borne à pallier la maladie , puisqu’il est impossible de la guérir radicalement. On tâche de satisfaire à l’indication générale , faute d’indication précise ; en un mot, on place toute sa confiance dans les antispasmodiques, et on les administre de telle sorte que , s’ils sont inutiles , ils ne puissent au moins jamais nuire.

Le vulgaire s’empresse de porter au nez des

malades des substances volatiles , de leur faire respirer des odeurs fortes , de verser dans leur bouche des liqueurs spiritueuses , sous prétexte de réveiller la sensibilité et de dissiper les accès. C’est une pratique des plus dangereuses , et qui peut avoir les plus funestes résultats. Il est à craindre qu’elle ne détermine le vomissement , l’éternument , ou quelque violente secousse , qu’elle n’augmente la congestion cérébrale , et qu’elle n’occasione la mort. On objectera peutêtre que l’inspiration de l’ammoniaque a suffi quelquefois pour prévenir le retour de l’épilepsie : cela est vrai , mais ce ne serait pas une raison de l’employer pour en dissiper l’accès. Telle substance peut être un excellent préservatif d’une maladie, et ne pas convenir pour la détruire quand elle est arrivée. Ce que l’on peut faire de mieux alors , c’est de veiller à ce que l’enfant ne se blesse lui-même pendant les violentes convulsions dont il est agité.

ARTICLE V

De la constriction spasmodique de la poitrine et du larynx >

Nous donnons cette dénomination à une espèce de névrose ou maladie nerveuse, que Millar et Chalmers ont désignée sous le nom d 1 asthme aigu des enfans ; le docteur Rush, de Philadelphie, sous celui d’ asthme spasmodique y Lieutaud et le

professeur Baumes, sous celui de catarrhe suffo cant ; le docteur Mauclers, sous celui de catarrhe suffi ocant nerveux; enfin quelques auteurs anglais, sans en excepter Millar , sous celui de crowp spasmodique.

Les enfans sont très-sujets à cette maladie ; car leur constitution nerveuse et leur mobilité' excessive les y disposent naturellement. Elle est toujours produite, dans les premières années de la vie, par quelque affection morale ou vive émotion de 1’ âme. La frayeur en est la cause occasionellc la plus fréquente.

La constriction spasmodique de Ja poitrine et du larynx s’observe le plus souvent depuis l’âge de deux ans jusqu’à celui de sept. L’attaque en est quelquefois précédée de mouvemens convulsifs qui s’étendent de la poitrine à l’épigastre et aux membres thoraciques; mais elle est presque toujours inopinéee, subite, et nocturne. A peine l’enfant a-t-il goûté quelques heures de sommeil, qu’il est tout à coup réveillé par une anxiété des plus violentes ; il se plaint d’oppression , comme s’il était près de suffoquer, ou bien d’une espèce de serrement , comme si la poitrine était sous une presse ou fortement garrottée; quelquefois il éprouve des douleurs déchirantes et pongitives sur les côtés et dans le dos jusqu’aux épaules; le cœur palpite avec force ; le sternum se soulève brusquement; le diaphragme est agité

de convulsions; le larynx cède au spasme qui le resserre ; en un mot , la difficulté de respirer est extrême , et par fois presque interrompue. Le visage présente alors là pâleur de la syncope , ou bien la rougeur et la turgescence de l’apoplexie.

Cette affection nerveuse n’est ni continue, ni de longue durée ; les accès se terminent ordinairement au bout de quelques heures, laissent des intervalles plus ou moins longs, et reviennent ensuite avec violence.

Lorsque l’enfant a été réellement suffoqué , ce qui n’est pas sans exemple , on ne trouve à l’ouverture du cadavre aucune trace d’inflammation , aucun amas de mucosités ; en un mot , aucune lésion dans les voies aériennes ni dans les poumons. N'est-ce pas là une preuve que la maladie dont il s’agit ici est une véritable névrose , ou consiste uniquement dans le spasme du larynx et de la poitrine ?

11 suit de là qu’on a eu tort de la confondre avec le crowp , puisqu’elle en diffère essentiellement, soit par le résultat de l’autopsie cadavérique , soit par la nature des causes qui la produisent, par l’ensemble des symptômes qui l’accompagnent, surtout par la périodicité de ses accès . et par son traitement. Pour saisir toutes ces différences , on n’a qu’à se représenter le tableau é chacune de ces maladies.

On ne serait guère plus autorisé à confondre la constriction ou serrement spasmodique de la poitrine et du larynx , avec le catarrhe suffocant ; car ces deux affections n’ont rien d’analogue ou de commun qu’une suffocation ou oppression subite, accompagnée de râle et de sifflement. Mais que de différences n’offrent-elles pas à l’homme de l’art un peu exei’cé dans le diagnostique ! Le catarrhe suffocant tient à la faiblesse organique des poumons qui les empêche de se débarasser des mucosités superflues, et en détermine l’accumulation dans les bronches et dans la trachéeartère , où le scalpel de l’anatomiste les découvre après la mort. Or observe-t-on quelque chose de semblable à cela dans l’affection nerveuse que nous décrivons ? D’ailleurs , dans le catarrhe suffocant, l’émétique est toujours indiqué, tant que la vie subsiste , pour dégager les voies aériennes ; au lieu que la secousse produite par ce médicament ne serait rien moins que salutaire dans le spasme du larynx et de la poitrine.

Enfin , cette dernière maladie ne mérite point le nom d 'asthme qu’on a voulu lui donner; car, si 1 on en considère attentivement la cause , le siège , les symptômes, la durée , et la terminaison, on verra d’une manière incontestable la différence de l’une à l’autre. Une maladie qui tient a un excès de mobilité nerveuse ; qui n’attaque jamais que les enfans ou des femmes qui leur res-

semblent, tout au plus quelques adultes ou vieillards hypocondriaques et mélancoliques ; qui est produite par la frayeur ; qui arrive subitement, et se fixe sur les muscles de la poitrine , sur le diaphragme et le larynx; qui occasioneune oppression etun étranglement spasmodiques; qui ne dure que quelques heures, et produit souvent la mort; en un mot , qui ne laisse aucune marque d’altération dans les organes qu'elle paraissait affecter : une telle maladie , nous le répétons , peut-elle être comparée à l’asthme , qui dépend très-souvent d’une prédisposition héréditaire, qui ne se manifeste que chez les adultes exposés aux vicissitudes de l’atmosphère , ou chez les vieillards dont la poitrine est usée ; qui suppose quelque vice dans les voies aériennes ou dans les poumons ; qui se déclare ou se renouvelle dans les changemens de temps, et surtout dans les saisons humides ; qui s’annonce par le malaise et l’agitation durant la nuit ; qui produit souvent des quintes de toux , suivies d’une expectoration abondante de mucosités ; qui suit une marche chronique , et dont la durée est indéfinie ; qui ne tue jamais dans l’accès, mais se termine presque toujours, à la longue , par des lésions organiques mortelles, telles que l’hydrothorax ou l’anévrisme du cœur; en un mot , dont l’autopsie atteste le siège par les désordres ou délabremens qu’elle découvre dans les organes de la respiration ou de la circulation !

Le spasme de la poitrine et du larynx est une des affections les plus aiguës et les plus dangereuses^ il étouffe ou étranglé presque toujours le malade , même avec plus de promptitude que le crowp et l’asthme sutfocant. Cette funeste terminaison est due à deux circonstances principales , à l’arrivée de l’accès pendant la nuit, où les enfans risquent d’être privés de secours, et à la méprise qu’on commetsur la nature du mal, toujours facile à confondre avec d’autres, surtout lorsqu’on le voit pour la première fois.

Il suit de là qu’il est peu de cas où la médecine agissante soit plus impérieusement indiquée. Le moindre retard serait ici une faute des plus graves, puisqu’il laisserait échapper l’occasion d’être utile. Il faut donc employer sur-le-champ les remèdes les plus propres à dissiper le spasme , et à prévenir l’étouffement qui menace le malade. On donne pour cela les narcotiques et les antispasmodiques conseillés par tous les médecins qui ont observé cette affection. Le docteur Grésori préconise l’opium , dont il veut qu’on proportionne la dose à Aa violence du mal. Le musc a été recommandé par Wichmann , et l’assa-fetida par Millar , Chalmers , et Thompson ; ce dernier en délayait deux gros dans deux onces d’eau de pouliot et autant d’eau de menthe , qu’il donnait par cuillerées à bouche toutes les heures. Odier vante les fleurs de zinc; et Rush, de Pbiladel-

phie, regarde le muriate de mercure doux comme un spécifique; Rumsey fait prendre, toutes les deux heures, demi-gros de cette préparation saline.

Les vésicatoires peuvent être utiles pour détourner ou dissiper le spasme fixé sur la poitrine et le larynx, en irritant la peau. Mais, pour rendre leur action plus prompte , il est essentiel de frotter la partie où on les applique , avec de l’ammoniaque. Dobson, de Liverpool, a fait des frictions salutaires sur le cou avec demi-gros d’onguent mercuriel , remède qu’il a vraisemblablement emprunté de la pratique des Chinois , qui, de temps immémorial , emploient le mercure à l’intérieur et à l’extérieur pour combattre les maladies convulsives.

ARTICLE VI

De la coqueluche .

Quelle est l’étymologie du mot coqueluche ? dérive-t-il de coquelicot , nom d’une espèce de pavot ( papaver rhæas , L. ) dont les pétales servent à faire un sirop anodin ou calmant employé contre cette maladie ? ou bien cette dénomination vient-elle de ce que les malades s’enveloppaient autrefois la tête et les épaules d un coqueluchon ou capuchon de moine ? Voilà certes une belle question à discuter pour des oisifs, ou pour

DES MALADIES DES ENFANS. 477 des écrivains qui n’ont rien de mieux h faire. Sans chercher ici à faire accorderValeriola avec Lebon, médecin français, nous avertirons seulement que la maladie qu’on apelle coqueluche , et que nous allons décrire , a été aussi désignée sous le nom de toux continuelle ou opiniâtre ( pertussis ) par Huxham ; sous celui de toux férine ( tussis ferina ) par Hoffmann ; sous celui de toux convulsive ( tussis cônpulsiva ) par Théodore Forbes; sous celui de toux éclatante ou sonore ( tussis clangosa ) par Bourdelin ; enfin sous celui d 'affection pneumo gastro-pituiteuse par le professeur Tourtelle.

Mais la coqueluche est-elle une affection nouvelle , ou remonte-t-elle jusqu’aux Egyptiens, aux Grecs , aux Romains , aux Arabes ? A-t-elle pris naissance en Europe , ou y a-t-elle été importée de l’Afrique , des Indes orientales, etc. ? Voilà encore des questions sur lesquelles nous laissons le champ libre à quiconque voudra entreprendre de les résoudre. Quant à nous, qui ne courons qu’après l’utile et l’essentiel , il nous suffit d’envisager cette maladie telle qu’elle se présente dans le siècle où nous vivons , sans nous embarrasser de quel pays elle vient , ni de quelle époque elle date son origine.

Or, on observe qu’elle attaque très-fréquemment les enfans , et presque jamais les adultes ni les personnes avancéesen âge. Parmi lespremiers,

ceux qui ont une constitution éminemment lymphatique , qui sont issus de parens scrophuleux , qui touchent à l'époque de la dentition , y sont plus disposés que les autres. On l’a vue aussi succéder à la répercussion des maladies cutanées ; mais elle affecte plus spécialement les individus dont le système muqueux se fait remarquer par une sensibilité extraordinaire.

On ne voit point régner la coqueluche durant l’été, mais toujours pendant l’hiver, surtout après de fortes gelées, et au commencement du printemps ou à la fin de l’automne ; en un mot, dans les saisons propres aux affections catarrhales ; ce qui paraît prouver incontestablement qu’elle tient à quelque vice ou mauvaise qualité de l’air, peutêtre uniquement à la température froide et à l’humidité de ce fluide , ou à ses fréquentes et promptes vicissitudes. On expliquera donc par là pourquoi et dans quel temps de l’année cette maladie règne épidémiquement , dans quelles contrées elle est endémique, et dans quelles circonstances elle peut n’être que sporadique ; on expliquera aussi pourquoi le grand nombre d’individus qui en étaient affectés simultanément dans certaines années, a pu faire croire qu’elle était contagieuse méprise d’autant plus facile, qu’elle semble alors se propager avec une rapidité incroyable; mais, dans le fait , elle ne se communique pas plus d’un individu à l’autre, .par le contact ou par la

DES MALADIES DES ENFANS. 479 cohabitation , que les rhumes ou affections catarrhales avec lesquelles elle a , sinon de l'identité , du moins beaucoup d’analogie ; enfin, on expliquera pourquoi cette maladie peut ne pas avoir été décrite par les médecins grecs , auxquels elle était vraisemblablement inconnue , parce qu’ils exerçaient leur art sous un beau ciel, et dans un climat dont la température était à peu près uniforme , et presque toujours douce.

On croit, et cette opinion parait confirmée par l’expérience , que la coqueluche n’attaque ordinairement qu’une seule fois dans la vie ; car il n’y a rien de moins attesté que les exemples peu nombreux de récidive auxquels des auteurs paraissent avoir ajouté foi. Cependant , qu’on ne croie pas que ce soit là une preuve en faveur de la contagion ; il existe beaucoup de maladies qu’on n’a qu’une fois , et qui ne sont point contagieuses; réciproquement il y en a d’autres qui se communiquent d’un individu à l’autre, etqui reviennent toutes les fois qu’on s’expose à la contatagion.

La coqueluche s’annonce presque toujours par les symptômes d’un catarrhe ordinaire ; l’enfant tousse ; il a les yeux légèrement gonflés, un peu rouges ; il respire avec difficulté , mais il n’a point de fièvre. Cette première période, ou,pourmieux dire , cet état d’incertitude dure quelquefois depuis huit jusqu’à quinze jours. A cette époque,

.la toux devient convulsive, ce cjui constitue le caractère essentiel de la maladie ; les mouvemens d’expiration ou les efforts qu’on fait pour tousser sont plus fréquens , plus rapides et plus violens que de coutume ; ce qui provient de ce que tout l’air contenu dans les poumons n’en peut être chasse librement et en une seule fois , à cause du rétrécissement spasmodique des voies aériennes. Mais il succède tout à coup une inspiration trèssonore, comme si la glotte, le larynx , la trachéeartère et les bronches étaient relâchés ou détruits; ensuite la toux se renouvelle, et de la même manière qu’auparavant , jusqu’à ce que les poumons se débarrassent de leur mucosité par l’expectoration, ou l’estomac des matières qu’il contient par le vomissement : c’est alors que la toux cesse , et que l’enfant en est libre pour quelques jours. Cependant l’une ou l’autre de ces évacuations n’a lieu quelquefois qu’après plusieurs quintes de toux convulsive et d’inspiration sonore ; mais la seconde quinte est ordinairement suivie de l’expectoration ou du vomissement, et la toux se termine.

La durée des accès et de la maladie entière varie suivant les circonstances. L’enfant n’est quelquefois agité de toux convulsive qu’une ou deux minutes, d’autres fois pendant dix ou douze. Ces accès continuent pour l’ordinaire depuis un jusqu’à trois mois, même plusieurs années de suite. Cependant il n’cst guère de coqueluche

DES MALADIES DES ENFANS. 481 qui né disparaisse par la douce et bénigne influence des premières chaleurs de l été.

Les accès reviennent sans aucun ordre régulier, plus souvent la nuit que le jour. L’agitation , le mouvement , la course , le saut , la poussière , l’odeur de la fumée ou de quelque substance volatile une nourriture trop abondante ou difficile à digérer, et surtout les vives émotions de l’âme , suffisent pour les exciter. L’enfant en est presque toujours averti pai un chatouillement ou légère irritation de l’arrière-bouche. Il court alors se jeter dans les bras de sa mère, ou s’accrocher au premier objet qu’il rencontre pour éviter ou modérer la commotion violente et douloureuse que la toux imprime à tout le corps.

Le calme revenu, l’enfant retourne communément à son jeu ou à ses occupations; il est rare qu’il soit fatigué , et qu’il éprouve beaucoup de malaise , à moins que l’agitation n’ait été violente et de longue durée. Lorsque le vomissement a terminé l’accès, l’appétit revient aussitôt; l’enfant demande de la nourriture , et mange avec avidité.

Lorsque la toux est convulsive , elle gêne et interrompt fréquemment la circulation à travers les poumons ; de là le refoulement du sang vers la tête, la turgescence du visage , le gonflement des jugulaires , le battement des temporales, la rougeur et l’ecchymose des yeux, le tintement

des oreilles, le vertige, des hémorragies nasales, quelquefois l’apoplexie, le tétanos, l’épilepsie, la suffocation, la mort subite.

D’après cette description , il paraît , sinon certain, du moins très-probable , que la coqueluche est une affection purement nerveuse , et qu’elle consiste dans le spasme de la glotte et du diaphragme : spasme qui se communique sympathiquement à l’estomac et à l’œsophage, et détermine cette espèce de toux pectorale et stomacale , la douleur du cou , de la poitrine et de l’épigastre ; enfin , l’expectoration et le vomissement que les malades éprouvent durant les accès. Ne serait-il donc pas impossible de confondre cette maladie avec le catarrhe , au moins quand elle est parvenue à sa seconde période ? Quelque analogie ou ressemblance qu’il y ait entre ces deux maladies, elles différent cependant par leurs symptômes, par leur type, leur durée et leur terminaison. Dans l’une, la toux est convulsive , et revient par quintes plus ou moins rapprochées , mais toujours sans fièvre; dans l’autre , la toux est continue , et accompagnée de paroxysmes fébriles qui augmentent le soir ou pendantla nuit. La première dure plusieurs mois, la seconde , deux ou trois septénaires seulement , à moins qu’elle ne devienne chronique ; mais alors les expirations fréquentes et rapides, suivies d’une inspiration bruyante ou sonore , suffisent encore pour ôter toute espèce d’équivoque. Enfin, l’ex-

DES MALADIES DES ENFANS. 485 pectoration de mucosité" ou le vomissement des matières contenues dans l’estomac , qui termine chaque accès de toux convulsive, ne ressemble point à l’excrétion sollicitée par la toux catarrhale. ^

Il est inutile de mettre ici la coqueluche en parallèle avec le crowp , avec le catarrhe suffocant , ou avec le spasme de la poitrine et du larynx. La différence en est si frappante qu’elle saute aux yeux.

Cette maladie est d’autant plus dangereuse, quelle attaque des enfans plus jeunes, plus faibles ou plus valétudinaires , que les accès en sont plus forts et plus fréquens , la marche plus irrégulière ou plus compliquée , la terminaison plus orageuse. On a observé qu’il périssait plus d’enfans au-dessous de deux ans qu’au-dessus, plus de filles que de garçons ; ceux qui sont nés de parens scrophuleux , phthisiques ou asthmatiques courent aussi plus de dangers que les autres. La fièvre qui survient, et persévère dans le cours de la coqueluche, est d’un sinistre présage ; elle indique souvent une complication qui conduit a la mort. L’expectoration nulle , ou seulement d’une mucosité limpide , annonce des accès violens et de longue duree ; au contraire , l’expectoration abondante et facile de mucosités épaisses , l’absence de la fièvre , la continuation de l’appétit et du sommeil , enfin létal naturel des fonctions dans les inter-

valles , annoncent une prompte et heureuse terminaison. Les accès qui se terminent par le vomissement , et sont suivis d’une faim extraordinaire sont de très-bon augure. Les hémorragies du nez sont favorables , quand elles sont modérées , mais nuisibles quand elles sont très-considérables. L’épilepsie , l’apoplexie , même le rachitis, l’enflure, l’hydropisie, le crachement de sang , qui succèdent à la coqueluche , peuvent avoir les suites les plus fâcheuses. Enfin , les secousses violentes produites par la toux convulsive peuvent déterminer une maladie aiguë ou chronique des poumons , et les vomissemens continuels ou trop souvent répétés peuvent déranger la nutrition , et amener le marasme.

En ouvrant les cadavres des enfans qui ont succombé pendant la coqueluche , il n’est pas rare de trouver des lésions dans différens organes, telles que des traces de phlogose dans l’estomac, des tubercules dans le poumon , dans le foie ou le mésentère , des collections de sérosité dans les ventricules du cerveau, dans la plèvre ou dans le péritoine ; ce qui prouve que la terminaison fatale de la coqueluche est due le plus souvent aux maladies qui la compliquent.

Pour le traitement de la coqueluche , nous y distinguerons, avec Cullen, deux périodes differentes, l’une où cette maladie commence , et acquiert chaque jour un nouveau degré d’intensité;

DES MALADIES DES ENFANS. 485 l’autre où, à l’exemple de beaucoup de maladies nerveuses , elle ne continue plus que par la puissance de l’habitude.

Dans la première , on doit se proposer d'en arrêter les effets violens, et d’en prévenir la tendance fatale. On remplit cette double indication en variant les moyens thérapeutiques suivant les circonstances; ainsi, l’enfant est-iijpléthorique ou sanguin, on le saigne, et l’on évite par là des congestions pulmonaires ou cérébrales que la violence des accès aurait pu déterminer. Si l’estomac ou l'intestin est embarrassé, si le ventre n’est pas libre , on a recours aux émétiques , tels que le tartrate de potasse antimonié , ou l’ipécacuanha , aux catarthiques et aux lavemens laxatifs. Une précaution essentielle ici , c’est de ne pas trop insister sur la déplétion vasculaire , ni sur l’évacuation alvine ; elles sont, en général, beaucoup moins utiles que la nausée et le vomissement , soit pour interrompre le retour des affections spasmodiques, soit pour rétablir la fonction de la peau, et détruire parce moyen toute tendance ou fluxion nuisible vers les poumons. Voilà sans doute pourquoi on a tant préconisé les antimoniaux et les vomitifs en général contre la coqueluche. Fothergill mêlait deux grains de tartre stibiéavec demi-gros de poudre d’écrevisse , et donnait un grain de ce mélange à un enfant d’un an , dans une petite cuillerée de lait ou d’eau. Si cette quantité ne suffisait

pas , il l’augmentait le lendemain , jusqu’à ce qu’il pût exciter le vomissement, et il réitérait tous les jours ce remède à la môme heure , entre le déjeuner et le dîner. Le vésicatoire appliqué sur la poitrine , et dont on entretient long-temps la suppuration , produit aussi de grands avantages, surtout lorsque la difficulté de respirer est extrême.

Dans la seconde période , il ne s’agit plus que de rompre l’habitude qui entretient la coqueluche : on a observé qu'alors la terreur et l’éruption de la petite-vérole guérissaient tout à coup cette maladie, en produisant un changement considérable dans l’économie , et surtout dans le système nerveux. On a conclu de là que les toniques et les antispasmodiques seuls ou combinés ensemble pourraient produire le même effet. Voilà pourquoi le docteur Morris a recommandé le castoreum ; les médecins de Copenhague , le musc ; d’autres, l’opium , la valériane , le camphre et les fleurs de zinc ; Millar , l’assa-fetida ; Butter , la ciguë ; Hufeland , l’extrait de jusquiame ; Willis, le muscus pyxidatus y quelques-uns , les cantharides j usqu’à irriter la vessie , la poudre de Dower ; un grand nombre , le quinquina, la rhubarbe, même les martiaux. Mais il s’en faut bien que tous ces remèdes aient été employés avec le même succès. Les différentes périodes de la maladie , ainsi que ses complications, ont dû nécessairepient influer sur ses résultats; peut-être aussi,

comme l’a remarqué le professeur Pinel, a-t-on attribué quelquefois à la puissance de l’art des guérisons qui n’étaient dues qu’aux ressources de la nature. Ajoutons à cela qu’on a vu très-souvent des coqueluches rebelles à la thérapeutique , céder, comme par enchantement, à l'hygiène. Le changement d’air , de nourriture , ou seulement de saison , produisent des effets merveilleux dans certaines affections nerveuses.

ARTICLE VII

De la fievre ataxique ou nerveuse des enfans.

C’est ainsi que nous appelons une fièvre trèsfréquente chez les enfans, qui parait avoir son siège dans le cerveau, et qui se manifeste par le plus grand désordre dans le système nerveux. On verra dans la suite de cet article pourquoi nous avons rejeté la dénomination de fièvre hydrocéphalique , adoptée par Macbride , et celle A' hydrocéphale interne aiguë , ou d 'hydropisie aiguë du cerveau , donnée par Robert Whytt.

La maladie que nous allons décrire attaque les enfans de tous les âges. Nous l’avons observée avec les docteurs Lafise , père et fils , et le docteur Blenviile , sur un petit garçon qui était encore à la mamelle. Le docteur Bally deBeaurepaire nous a fourni 1 occasion de l’observer sur un autre garçon de quatre ans environ. Ce dernier praticien nous

a communiqué aussi l’observation très-curieuse d’un fils unique qui a péri de la même maladie vers l’àge de la puberté ; enfin , nous connaissons une famille dont deux enfans ont eu le même sort à l’âge de dix ans. Il est inutile de faire remarquer que cette fièvre attaque aussi , mais peut-être plus rarement, les adultes et les vieillards. Tout semble porter à croire que ce n’est autre chose que l’espèce de fièvre ataxique , à laquelle le professeur Pinel a donné le nom de cérébrale.

En général , nous avons observé que les enfans, avant d’être affectés de cette maladie, présentaient tous les signes d’une parfaite santé ; ils étaient gras , bien nourris , bien potelés; leur état n’annonçait que la pléthore et la vigueur ; ils faisaient la joie de leurs parens , et l’admiration des voisins ; mais leur tête était démesurée , ou presque toujours trop volumineuse peur leur âge : disproportion qui tenait , non à la présence d’un liquide épanché dans le crâne , comme chez les hydrocéphales , mais plutôt à un excès d’énergie vitale qui avait accéléré le développement de cette partie.

Nous avons cm observer aussi que la plupart de ces enfans jouissaient d’une mobilité et d’une susceptibilité extraordinaires. Tels étaient les deux frères dont nous avons parlé ci-dessus ; tel était aussi le petit garçon que nous avons eu occasion de voir avec notre estimable confrère

DES MALADIES DES ENFANS. 489 Bally. Les parens de celui que nous avons vu périr avec les docteurs Lafise et Blenville , nous avaient également rapporté qu’il était doué d’une étonnante vivacité. Quelques-uns étaient nés d’un père ou d’une mère dont la constitution nerveuse 11e laissait point d’équivoque. Voilà donc quelques circonstances individuelles, qui, si elles n’indiquent pas d’une manière précise , font au moins présumer la cause prédisposante de cette affection ; car est-il naturel que des enfans , issus de parens nerveux , soient apathiques ou dépourvus de sensibilité ?

Mais quelles sont ici les causes occasionelles ? IMul doute qu’elles ne tiennent à une irritation immédiate ou médiate du cerveau produite par quelque violence externe ou par quelque erreur de régime. 11 est des enfans qui sont trop légèrement vêtus , et par conséquent incapables de résister aux vicissitudes de l’air. Or, que leur transpiration insensible vienne à se supprimer tout à coup , n’en peut-il pas résulter une fièvre accompagnée d'affection cérébrale ou de phénomènes nerveux ? L’enfant dont nous avons suivi la maladie avec les docteurs Lafise , mourut au commencement du printemps ; le vent du nord régnait alors depuis plusieurs jours , et la température était froide etseche. Nous avons vu succomber la fille unique d’un magistrat à la même maladie et dans une saison semblable. Il y a encore des

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enfans qui sont naturellement voraces , et qui ont de frequentes indigestions. Or on connaît les désordres que peuvent occasioner un excès de nourriture , et la surcharge de l’estomac ou des premières voies , surtout chez des individus pléthoriques , et naturellement irritables. De là proviennent la gêne de la respiration, de la circulation , et de toutes les fonctions; les fluides s’accumulent dans la tête ; le cerveau est embarrassé, comprimé , irrité ; les malades courent les plus grands dangers. Qu’on ajoute à ce tableau les suites des maladies exanthématiques , de la petitevérole , de la rougeole ou de la scarlatine, ainsi que les affections morales qui sont plus vives dans le bas âge qu’à toute autre époque de la vie , et l’on aura plus de causes qu’il n’en faut pour expliquer l’origine de la fièvre ataxique ou nerveuse des enfans.

Les auteurs ne sont point d’accord sur l’étiologie de cette espèce de fièvre. Les uns , tels que Ludwig , le docteur Matthey , de Genève , le professeur Coze, de Strasbourg, etc. , l’attribuent à une collection de sérosité dans le cerveau ; mais , si cette opinion est fondée , pourquoi tous les enfans hydrocéphales ne succombent-ils pas à une pareille maladie? D’autres, avec le professeur Gregori , d’Edimbourg, et le professeur Baumes, de Montpellier, la font consister dans l’inflammation des méninges ou membranes qui envelop-

DES MALADIES DES ENFANS. 491 pent le cerveau ; mais alors où est la différence de la fièvre ataxique cérébrale avec l’arachnoïdite ou la frénésie ? Nous aurons soin de faire voir encore dans cet article combien ces causes sont hypothétiques, et peu conformes à l’observation.

Les symptômes de cette maladie sont les mêmes que ceux de la fièvre ataxique en général , sinon qu’ils sont modifiés par un excès de mobilité toujours plus remarquable chez les enfans que chez les adultes. Anomalies nerveuses ou irrégularités dans les propriétés vitales , et dans les fonctions qui en dépendent , voilà quel est le caractère essentiel de la fièvre ataxique des enfans.

Au début , le visage est tantôt pâle et abattu , tantôt rouge et animé ; les yeux sont plus ou moins vifs et égarés : ils ne peuvent supporter la lumière. Il y a pour l’ordinaire de violens maux de tête qui se font sentir au front , au vertex , à l’occiput , ou sur les tempes ; le malade porte souvent la main dans ces endroits, comme par une espèce de mouvement automatique ; il pousse des gémissemens ; quelquefois il se plaint de douleurs d’estomac , et vomit tout ce qu’il a mangé ; le dos, le cou , l’abdomen , et les membres , sont trèssouvent affectés de douleurs passagères , qui semblent faire diversion à celle de la tête.

Cependant la maladie augmente et s’aggrave ; l’enfant est agité; il soupire , il crie ; la lumière et le bruit l’incommodent ; il grince des dents , et

492 traité

éprouvé de fre'quentes démangeaisons ata nez : le pouls est très-irrégulier, quelquefois d’une lenteur extrême , et le moment d’après d’une vitesse qu’on peut à peine apprécier ; la température de la peau varie sans cesse ; elle est alternativement très-chaude ou très-froide. Il y a néanmoins des instans de relâche ou d’intermittence pendant lesquels le malade se trouve mieux; mais ce n’est jamais le soir , époque où il survient toujours un redoublement.

Enfin les fonctions de la vie animale éprouvent les plus grandes anomalies ; le pouls devient plus lent et plus faible ; l’un des yeux est souvent renversé en haut ou de côté comme dans le strabisme ; les paupières s’ouvrent inégalement ; l’une est quelquefois immobile et entièrement fermée ; la conjonctive d’un côté ou de tous les deux est souvent enflammée ; l’une des joues est pâle , et l’autre colorée ; le malade tombe dans un état de stupeur, d’insensibilité, d’assoupissement, de léthargie ; l’un des côtés du corps est souvent agité de convulsions, pendant que l’autre est frappé de paralysie.

Cette fièvre n’a jamais une longue durée ; car la vie ne peut long-temps subsister, lorsque le principe en est vivement affecté. Les malades périssent pour l’ordinaire du premier au second septénaire ; iis vont rarement jusqu’au troisième , à moins qu’ils ne tendent vers la guérison.

DES MALADIES DES ENFANS. 4q3 À l’ouverture des cadavres, ou trouve différens désordres dans le cerveau ; la substance en est quelquefois abreuvée de sang ou de sérosité ; d’autres fois ces liquides se sont épanchés dans les ventricules. L’enfant que nous ouvrîmes avec les docteurs Lafise et Blenville, outre une collection de sérosité dans les ventricules latéraux, offrait des traces de phlogose sur les méninges , et des épanchemens de matière puriforme sur quelques circonvolutions cérébrales. Le poumon et la plèvre du côté droit présentaient aussi des signes non équivoques d'inflammation, ce qui prouvait que la fièvre ataxique ou nerveuse s’était compliquée , non-seulement de céphalite et d’arachnoïdite , mais encore de pleurésie et de péripneumonie. 11 n’est pas rare de rencontrer des sujets sur lesquels les vaisseaux céphaliques ne sont qu’engorgés ; par exemple , lorsque la maladie a été promptement mortelle. Les cavités du cerveau ne contiennent point alors une seule goutte de liquide; ce qui prouve que ces sortes d’épanchemens , quand ils existent , sont plutôt la suite ou l’effet , que la cause de la fièvre. Qu’on juge , après cela , de l’opinion des auteurs qui attribuent cette maladie à un amas de sérosité dans le crâne , et qui lui donnent, pour cette raison , le nom de fièvre hydrocéphalique , à' hydrocéphale interne aiguë , ou d ' hy dropisie aiguë du cerveau. La dénomination d c fièvre cérébrale est sans contredit beau-

coup plus exacte , puisque tous les symptômes indiquent une affection du cerveau ; mais , comme il en est de même dans toutes les autres fièvres ataxiques, où l’origine des nerfs est aussi attaquée, nous avons cru qu’il suffisait de l’appeler fièvre ataxique des enfans , afin de la distinguer de celle des adultes- Une derniere conséquence à déduire de 1 autopsie cadavérique, c’est que cette maladie ne consiste point dans l’inflammation des méninges , comme quelques auteurs l’ont cru, puisque cette dernière ne se rencontre pas chez tous les individus dont on ouvre le crâne après la mort ; ce n’est tout au plus qu’une complication de l’affection principale.

11 est presque inutile de faire remarquer ici la différence de la fièvre ataxique des enfans avec 1 hydrocéphale ; elle est si claire et si frappante qu’elle saute aux yeux les moins clairvoyans. La première est une maladie des plus aiguës , dont l’invasion est subite , la marche rapide , et la terminaison suivie d’epanehemens sanguins ou puriformes dans la propre substance du cerveau , quelquefois de phloglose ou d’adhérence entre les membranes; la seconde, au contraire, est une maladie chronique , dont l’origine est souvent imperceptible , quelquefois héréditaire , la marche très-lente, la durée fort longue , et la terminaison presque toujours suivie d’une désorganisation du cerveau , qu’on ne peut attribuer

DES MALADIES DES ENFANS. 4q5

qu’à la stagnation prolongée d’un liquide dans le crâne.

Tous les observateurs sont convenus que la fièvre ataxique des enfans est très-dangereuse ; quelques-uns même ont prétendu qu’elle était toujours mortelle: ce qui paraît néanmoins un peu exagéré. Le docteur Odier , un de ceux qui ont eu le plus souvent occasion de l’observer, assure qu’elle a fait périr les deux tiers des enfans qui en sont attaqués.

Le traitement se déduit ici de la nature de la maladie. L’autopsie atteste que si on l’abandonne à elle-même, il se forme pour l’ordinaire des épanchemens de sang ou de sérosité dans le cerveau , et que la mort ne tarde pas à frapper sa victime. Le but de la thérapeutique doit donc être de prévenir ces sortes d’épanchemens, ou d’en favoriser la résorption quand ils existent. C’est assez prouver que la saignée générale ou locale paraît être le meilleur moyen pour remplir la première de ces deux indications, surtout dans le principe, lorsque tout annonce un mouvement de réaction vers la tête. Qu’on applique donc alors des sangsues autour du cou, qu’on ouvre la veine jugulaire ou l’artère temporale , et qu’on ne craigne pas , comme le docteur Odier , d’abattre les forces vitales ; elles ne sont que trop énergiques, surtout pendant la première période , où elles tendent à se concentrer vers le cerveau , à

49e ' traité

irriter cet organe , à produire la turgescence des vaisseaux , à laisser des traces de phîogose, et à déterminer un excès d’exhalation. On ne risque donc point de se méprendre alors , en mettant en œuvre tout ce qui peut procurer une dérivation salutaire , comme dejs ventouses scarifiées à la nuque , des vésicatoires sur la tête et au cou , des sinapismes aux pieds, des lavemens purgatifs, des frictions sur le tronc et sur les membres, des pédiluves chauds , des demi- bains, etc.

Les dérivatifs sont encore indiqués dans les périodes suivantes de la maladie , où les symptômes ne font que s’aggraver. Mais quelles ressources peut-il rester lorsque les fluides se sont déjà épanchés dans la substance ou les cavités du cerveau , lorsque les méninges sont enflammées ; etc. ? La mort n’est-elle pas inévitable alors , même en dépit de l’art ?

Cependant des médecins recommandables , Odier, Dobson , etPercival regardent le mercure comme un remède fort utile dans cette circonstance, non-seulement à cause de sa vertu purgative , mais encore à cause d’une propriété particulière qu’on lui attribue, d’agir sur le système des vaisseaux absorbans , et de réveiller le principe vital engourdi par les fluides épanchés. On a donné jusqu’à vingt grains de muriate mercuriel doux en huit jours à de très-petits enfans , et quelquefois on en a porté la dose jusqu’à quatre-vingts dans le

DES MALADIES DES ENFANS. ^97 même temps. Dobson et Percival ont aussi admimstië avec succès un gros d onguent mercuriel en lnctions sur les membres abdominaux. Tous ces merveilleux effets ont été constatés par les docteurs Lectsom , William , etc. , et on a cru pouvoir en conclure que la fièvre dont il est question tenait à un épanchement de liquide dans le crâne, et que par conséquent elle différait beaucoup des fièvres ataxiques. Mais il s’en faut bien que ce raisonnement soit sans réplique. D’abord, où sont les preuves que les cavités du cerveau contiennent de la sérosité , puisqu’on n en rencontre pas toujours après la mort ? En second lieu , Stuart , de Philadelphie ; Reil , de Hall; Chisholm, Withe, Maclarty, n’ont-ils pas vérifié les avantages du mercure dans plusieurs espèces de typhus ou de fièvres malignes ? Il n’est donc pas prouvé que la prétendue fièvre hydrocéphalique des enfans fût d’une autre nature que ces dernières.

Peut-être que l’émétique serait avantageux dans cette maladie , par la secousse qu’il imprimerait au cerveau et à tout le système nerveux. Vieusseux, de Genève , durant une épidémie de fièvre cérébrale, a donné jusqu’à six grains et même plus de tartrate de potasse antimonié à des jeunes gens , et il a calmé sur-le-champ la céphalgie ,

le vomissement , et la fièvre dont ils étaient tourpi entés.

Les toniques, tels que le quinquina et le vin ; et les antispasmodiques, tels que le musc, les fleurs de zinc, l’opium , l’éther sulfurique, l’ammoniaque , ont été aussi recommandés , mais ils ne paraissent guère utiles que dans la dernière période , soit pour soutenir ou relever les forces, soit pour remédie!* à l’agitation nerveuse.

ARTICLE VIII

Du ris sardonique .

On appelle ainsi une espèce de sourire forcé qu’on observe chez ceux qui mangent du surdon ou sardonia , herbe très-abondante en Sardaigne. 11 consiste dans la contraction spasmodique des muscles du visage , laquelle tire et relève les commissures ou angles des lèvres. Chez les enfans, c’est une affection nerveuse qui indique toujours quelque irritation plus ou moins grave dans leur organisme. Tantôt le ris sardonique est l’avant-coureur des convulsions, des soubresauts et de l’orage qui accompagne la dentition ; cela est prouvé par des observations de Van Swieten et de Camper; tantôt il est occasioné, suivant Underwood, par des vents qui distendent l’estomac ou l’intestin des nouveau-nés, et en agacent les nerfs. En un mot , il peut être l’effet de toutes les causes qui produisent les convulsions.

11 suit de là que le ris sardonique , chez les

DES MALADIES DES ENFANS. 499 cnfans, mérite toute l’attention des praticiens, surtout à l’époque de la dentition. On ne doit négliger alors aucun des moyens capables de calmer ou de détourner l’irritation qui se porte à la tête ou vers les gencives. Sangsues , bains entiers, pédiluves, vésicatoires derrière les oreilles, boissons antispasmodiques , tels sont les remèdes dont on peut tirer le plus d’avantage, selon que l’individu est d’un tempérament sanguin ou nerveux. Voyez l’article de la dentition et des accidens qui l’accompagnent.

Quand le ris sardonique est occasioné par des vents qui roulent dans l’estomac et l’intestin , il est ordinairement passager et moins redoutable. Underwood conseille alors de réveiller l’enfant, s il dort trop long -temps, de l’agiter légèrement , et de lui frotter l’abdomen auprès du feu. Trois ou quatre gouttes d’éther avec un peu d’eau de fleurs d’oranger peuvent aussi contribuer beaucoup a dissiper la flatulence des premières voies chez les nouveau-nés. Mais si le ris sardonique persévère, s’il se renouvelle fréquemment, s’il est suivi de soubresauts, d’insomnie, de convulsions , il faut recourir promptement à tous les moyens capables de calmer le désordre nerveux. Voyez l’article des convulsions.

5oo TRAITÉ " v:

ARTICLE IX

De V agrypnie ou insomnie des en fans.

Rien de plus naturel et de plus ordinaire que le sommeil dans l’enfance. Cet âge est celui de la faiblesse ; les forces alors s’épuisent promptement, et ont besoin de se réparer à tout instant. Voilà pourquoi les enfans sont si souvent disposés à manger et à dormir. Ces deux fonctions leur sont nécessaires pour l’entretien de la santé et l’accroissement du corps. ,

Cependant il n’est pas rare d’observer l’insomnie ou défaut de sommeil à celte époque de la vie. Mille causes peuvent alors irriter le genre nerveux , et déterminer un état de veille immodéré ou plus ou moins prolongé. En général, les enfans issus de parens mélancoliques dorment très-peu ou beaucoup moins que les autres ; l’insomnie chez eux est en quelque sorte constitutionnelle .

Mais le plus souvent cette affection n’est que symptomatique ou secondaire , et tient à quelque autre maladie antérieure. Tantôt c’est le lait de la nourrice qui est trop acre ou trop excitant ; tantôt les alimens qu’on lui substitue sont de mauvaise qualité, difficiles a digérer. De là des constipations opiniâtres, des tranchées ou coliques , des flatuosités dans l’estomac et l'intestin , le vomissement, la diarrhée, le hoquet.

DES MALADIES DES ENFANS. 5oï

Qui ignore encore que l’insomnie peut être l’efTet de la dentition, des vers, de la présence d’un calcul dans la vessie , de la rétention ou de l’incontinence d’urine ? Les gerçures ou excoriations de la peau, les rougeurs des fesses et des cuisses, la vermine de la tête, en un mot, la malpropreté de l’enfant , qu’on laisse croupir trop long-temps dans l’ordure, sont aussi des causes qui peuvent troublar ou suspendre son sommeil.

Si l’on ajoute à tout cela les maladies fébriles de l’enfance, telles que l’inflammation des yeux ou des oreilles, l’angine, le crowp, la rougeole, la petite-vérole, les affections rhumatismales dont le premier âge n’est pas exempt, et qui sont plus ou moins douloureuses, on ne sera certainement pas embarrassé pour expliquer l’innombrable série des causes qui produisent l’insomnie chez les en fans.

Il suit de là que le traitement de cette affection doit varier suivant les circonstances. Ce serait donc une grande faute que de recourir aux narcotiques dans tous les cas, pour rappeler le sommeil. Quel avantage en retirerait- on , par exemple, si la nourrice donnait de mauvait lait à l’enfant ou n’avait pas soin de le tenir propre? 11 faut donc commencer par rechercher les causes de 1 insomnie avant d’en entreprendre la guérison. Sans cela on ne combattrait le plus sou-

502 traité

vent qu’un symptôme , et l’on 11’atteindrait point

la maladie principale.

ARTICLE X

Du cauchemar .

Le cauchemar est ainsi appelé de calca mala , mots que la basse latinité avait substitués, par corruption , à ceu^de mala oppressio. C’est une espèce d'étouffement qui survient quelquefois durant le sommeil; en sorte qu’on croit avoir un poids sur la poitrine.

Les causes les plus ordinaires de cette incommodité sont le travail de la dentition, la présence de vers dans le conduit intestinal, l’hydrocéphale, les objets qui effraient dans la journée, et dont l’image se reproduit durant le sommeil.

Les enfans, pendant l’accès du cauchemar, respirent avec difficulté ; ils ont la poitrine serrée et oppressée, comme si elle était chargée d’un poids énorme. Toutefois, cet état est trop pénible pour être de' longue durée : il se dissipe ordinairement par le réveil ; mais il reste pendant quelque temps des palpitations de cœur; le visage , le cou et la poitrine sont couverts de sueur; la respiration est plus ou moins gênée.

11 résuite de cette description que le cauchemar n’est que symptomatique , et tient chez les

DES MALADIES DES ENFANS. 5o5

enfans à un état spasmodique ou nerveux de la poitrine. Voilà , sans doute , pourquoi les violentes attaques de cette affection sont suivies de convulsions , de constriction nerveuse du larynx et du thorax. On les a souvent prises aussi pour le catarrhe suffocant , avec lequel elles ont beaucoup de ressemblance.

Le traitement doit varier suivant les circonstances. Si le travail de la dentition est orageux, il faut avoir recours à tous les moyens qui peuvent le rendre plus facile. Si l’enfant est sujet aux vers, les anthelmintiques sont naturellement indiqués. Quand le cauchemar tient à l’hydrocéphale , il est presque toujours incurable. Lorsque l’enfant est ombrageux et disposé à s’effrayer, on doit l'accoutumer de bonne heure à la vue de tous les objets capables de faire de vives impressions sur les sens. 11 importe aussi de tenir les premières voies libres; et, pour cela, il est nécessaire de surveiller le régime de la nourrice , afin que son lait soit assez séreux et n’acquière point de mauvaises qualités. Les antispasmodiques , tels que l’eau de fleurs d’oranger, l’éther, la poudre de guttete , conviennent dans presque tous les cas du cauchemar, pour calmer le genre nerveux , qui est naturellement plus mobile dans le premier âge. Mais on ne saurait être trop circonspect sur l’usage des narcotiques. Si l’enfant est pléthorique ou sanguin, il peut être utile de

5o4 traité

lui ôter du sang au moyen de quelques sangsues.

ARTICLE XL

De la frayeur nocturne.

On appelle ainsi une espèce de mouvement ou d agitation subite et spontanée dans laquelle les enfans se réveillent en sursaut , pendant la nuit , avec des gémissemens , des pleurs et des cris , comme s’ils avaient peur.

Quelques auteurs attribuent cette agitation à des songes occasionés par des objets qui ont fait une vive impression sur les sens pendant la veille. Mais comment expliquer alors la frayeur nocturne des enfans qui viennent de naître, et qui, par conséquent, n’ont encore aucune connaissance de leur propre corps, ni des objets extérieurs ? N’est-il pas plus naturel de soupçonner ici quelque irritation des premières voies qui se porte secondairement ou par sympathie sur le, cerveau et les nerfs?

Ce qui confirme l’étiologie dont nous parlons, c’est que les enfans se nourrissent de lait, liqueur très - disposée à s’altérer quand elle n’est pas bien conditionnée, quand elle séjourne trop long-temps dans des estomacs faibles comme ceux du premier âge , quand elle est prise en trop grande quantité, comme cela arrive pour l’ordi-

DES MALADIES DES E IMF ANS. 5o 5

naire aüx en fans qui sont naturellement gloutons, et s’endorment en quittant la mamelle.

D’ailleurs, les en fans sujets à la frayeur nocturne ont l’haleine mauvaise, âcre, désagréable; ils rendent des excrémens verdâtres ou grisâtres : ce qui prouve que leurs digestions sont imparfaites, que leur estomac et leur intestin sont remplis de crudités, de matières acides, irritantes; qu’ils ont des vers.

Tout paraît donc démontrer qu’il ne s’agit ici que d’une affection des premières voies, à laquelle il faut promptement remédier, pour en prévenir les suites funestes, telles que les convulsions, l’épilepsie, etc. On sait qu’il n’y a pas d’organes plus irritables , plus capables de réagir sur le cerveau que ceux de la digestion.

On commencera par débarrasser les premières voies ; on donnera aux enfans deux ou trois grains d’ipécacuanha en poudre dans une demi - once d’eau sucrée, ou bien onleur fera prendre quelques cuillerées de sirop préparé avec cette racine, pour les faire vomir. Le lendemain, ou deux jours après, on les purgera avec une légère infusion de rhubarbe, à laquelle on ajoutera une once de sirop de chicorée ou de fleurs de pêcher. Ensuite on fortifiera les organes de la digestion , pour prévenir ou corriger l’acidité du lait. Le sirop de quinquina , la magnésie en poudre remplissent très-bien celte indication. S’il reste de

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l’agitation dans les nerfs , on conseille six ou huit grains de poudre de guttete pour l’apaiser. Les enfans ont surtout besoin d’avoir le ventre libre , parce que l’état de constipation les dispose aux coliques , à la fièvre et aux convulsions. On leur donnera donc quelques lavemens, ou bien on les purgera de temps en temps comme cidessus. On surveillera aussi le régime de la nourrice; on lui interdira les alimens e'chauffans, indigestes et capables de donner de l’àcreté au lait; on lui fera prendre des émulsions ; on la changera même, si l’on s’aperçoit qu’elle ne convient point. Lorsque les excrémens de l’enfant sont grisâtres, on ajoutera huit ou dix grains de poudre vermifuge à la poudre de guttete. Si le pouls est ému, on lui tirera un peu de sang.

ARTICLE XII

De V assoupissement.

Cet état s’observe le plus communément chez les enfans robustes , pléthoriques et sanguins , dont la tête est très-volumineuse, surtout quand on les gorge de lait ou d’autres alimens, tels que la bouillie, la panade, etc.

Une des principales causes de l’assoupissement dans le premier âge est la constipation opiniâtre; car elle gène la circulation des fluides dans l’ab-

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domen, et les fait refluer vers le cerveau, qui en est engorgé , comprimé.

On remarque d’abord moins de vivacité chez les enfans. Ils se meuvent avec plus de lenteur, et ont plus de disposition au sommeil. Arrivent ensuite le gonflement et la rougeur du visage , l’engorgement des paupières, la difficulté de respirer, le coma, l’apoplexie, quelquefois les convulsions.

L’assoupissement est toujours redoutable chez les enfans, surtout vers l’époque de la dentition, parce que les propriétés vitales, concentrées, pour ainsi dire, sur la tête, y attirent alors une plus grande quantité de fluides qu’à l’ordinaire.

11 importe donc de recourir promptement aux moyens de prévenir ou de dissiper l’engorgement du cerveau. Le moindre retard peut avoir ici les suites les plus funestes.

Pour remplir la première indication , on tiendra le ventre libre, au moyen des lavemens ou de quelques légers purgatifs, tels que l’infusion de rhubarbe, le sirop de chicorée composé, ou celui de fleurs de pêcher. Si la constipation ne cède pas à ces évacuans, on les étend dans une infusion de follicules de séné, à la dose d’un scrupule pour quatre ou cinq onces d’eau, qu’on fait prendre en une ou deux fois. Un quart de grain ou demi -grain de tartrate de potasse et d’antimoine leur donnerait aussi plus d’activité j

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si le ventre était encore rebelle, on administrerait un, deux ou trois gros de sirop de nerprun.

Quand le cerveau est déjà engorgé, et que l’apoplexie est imminente , on applique une ou deux sangsues derrière chaque oreille , des sinapismes aux pieds, des vésicatoires aux jambes. On emploie en même temps les purgatifs, pour entretenir la liberté des premières voies.

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