CHAPITRE VI
Des maladies qui affectent le système lymphatique chez les enfans.
Si l’on considère le tempérament ou constitution de l’enfance , et la faiblesse qui lui est propre , on concevra facilement pourquoi elle est naturellement disposée aux maladies lymphatiques. Aussi rien de moins rare que de voir régner
DES MALADIES DES ENFANS. 5g5 dans le bas-âge les scrophules , le carreau et le rachitis, maladies qui dépendent souvent les unes des autres , qui existent quelquefois ensemble , qui consistent toujours dans un vice radical de la lymphe , et qui apportent une désorganisation plus ou moins complète dans le système des glandes conglobées , où ce liquide circule et s’élabore.
ARTICLE PREMIER
Des scrophules.
Les scrophules portent encore les noms dVc rouelles ou & humeurs froides^ etc. Quoiqu’elles affectent principalement l’enfance , où elles se dirigent vers les glandes lymphatiques extérieures, les autres époques de la vie n’en sont pas toujours exemptes; on les a observées dans l’adolescence , où elles attaquent les poumons ; dans l’âge viril , où elles produisent l’hydropisie et des maladies cutanées très-rebelles ; enfin dans la vieillesse , où elles déterminent encore des engorgemens glanduleux.
Cependant il est vrai de dire que cette maladie survient presque toujours chez les enfans depuis l’âge de trois ans jusqu’à celui de sept. Nous n’entreprendrons point ici d’en assigner la cause prochaine ou immédiate , parce qu’elle est encore inconnue , comme Stoll l’a fort bien remarqué.
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Tient-elle à un épaississement de la lymphe, produit par des alimens non fermentés suivant quelques auteurs , ou par la crudité des eaux suivant Bordeu , ou par la prédominance et la déviation de l’acide phosphorique suivant les chimistes modernes ? Faut-il attribuer les scrophules à une humeur acre et brûlante transmise par le sperme, ou au défaut de cette liqueur prolifique ? Ne sontelles qu’une dégénération du virus vénérien , comme Selle , Stoll et Hufeland l’ont pensé, ou qu’une suite de la petite- vérole d’après l’opinion de Dehaën? Voilà des questions pour le moins oiseuses, dont quelques-unes sont manifestement contredites par l’observation , et dont les autres offrent moins des vérités démontrées que de chimériques hypothèses.
Ce que l’on sait de plus positif sur la génération des scrophules, c’est qu’elles attaquent plus particulièrement les personnes douées d’un tempérament lymphatique, et chez lesquelles on aperçoit même dès l’enfance les signes extérieurs d’une constitution ou diathèse scropliuleuse : tels que la grosseur démesurée de la tête , une chevelure blonde ou cendrée , un visage plein , des yeux bleus , saillans , chassieux des paupières rouges et ulcérées, des joues vermeilles, des lèvres épaisses, gercées avec un écoulement jaunâtre , la cloison et les ailes du nez gonflées et douloureuses, des oreilles encroûtées d’une hu-
DES MALADIES DES ENFANS. $97 meur qui s’y coagule , un cou gros et court, des ' chairs flasques, molles, bouflies, une peau douce et blanche , une gaieté vive et des réparties spirituelles , ou un air de nonchalance et de stupidité : à une époque plus avancée et dans l’âge mûr, cette diathèse se manifeste par la saillie des pommettes et de la mâchoire inférieure vers les oreilles, par le volume des membres, et par une expuition continuelle sans toux.
Les scrophules sont endémiques dans les lieux bas , froids et humides , dans les gorges des montagnes , dans les vallées profondes, dans les pays marécageux et entrecoupés de lacs ou de rivières sur lesquels il règne constamment des brouillards ; en un mot dans tous les endroits où l’air croupit et circule mal, et où l’on est privé de la douce et salutaire influence du soleil. Voilà pourquoi cette maladie , qui n’est qu’une sorte d’étiolement animal , s’observe fréquemment dans certaines contrées de l’Europe , telles que l’Angleterre , et surtout l’Irlande , les Pays-Bas , la Hollande , l’Auvergne, les Alpes, les Pyrénées, etc., où tout concourt à débiliter l’économie en général , et le système lymphatique en particulier. Par la même raison, cette maladie doit attaquer aussi les habitans des grandes villes , qui logent dans des quartiers mal aérés , ou dans des rues étroites et obscures. Cullen et le docteur Baumes ont observé que les tumeurs scrophuleuses s’ulcéraient
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au printemps , et se fermaient l’été , pour se rouvrir et se refermer encore l’année suivante aux mêmes époques. Enfin une nourriture grossière et malsaine , une vie inactive et indolente, et des affections morales tristes , sont encore des causes qui favorisent le développement de la diathèse scrophuleuse. C’est ainsi qu’on peut expliquer le gonflement des glandes cervicales chez un homme très-sain d’ailleurs, qui fut enfermé dans les prisons de Douai à l’âge de vingt ans.
Les scrophules attaquent indistinctement toutes les classes de citoyens, les riches comme les pauvres ; mais elles sont plus rares et plus modérées chez les premiers , parce qu’ils peuvent se mettre à l’abri des causes qui y disposent ou qui les déterminent, et se procurer la plupart des préservatifs que l’hygiène indique.
Certaines époques de la vie , où il s’opère quelque révolution dans l’organisme, comme le travail delà dentition et la puberté, peuvent aussi contribuer à faire éclore le germe des scrophules, si l’on ne prend alors des précautions pour fortifier tous les systèmes. Les praticiens ont observé que , * si quelques pubères sont délivrés de cette maladie, d’autres , au contraire , en sont atteints pour la première fois. C’est ce qui a lieu particulièrement chez les jeunes filles dont la constitution est éminemment ly mphatique , et la première éruption des règles plus ou moins orageuse. Enfin on a
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observe que certaines causes irritantes ou des violences externes, telles que des coups, des chutes sur les membres, une fracture ou une luxation, pouvaient donner naissance à des tumeurs serophuleuses. Les maladies éruptives, la rougeole, la petite-vérole , etc. , qui dégénéraient ou se terminaient mal , ont été encore suivies de phthisie et d’engorgemens glanduleux.
Cependant il faut convenir que les individus les plus exposés aux scrophules, sont ceux en qui elle est héréditaire , ou qui l’ont reçue de leurs parens. Toutefois des observations bien authentiques ont prouvé que cette maladie pouvait sauter une génération , ou ne se manifester que chez les petits-enfans de ceux qui en avaient été primitivement atteints. On a eu occasion d’observer aussi que, malgré cette disposition originelle, on pouvait se maintenir dans l’état de santé, pourvu qu’on se dérobât à l’influence des causes débilitantes, ou qu’on changeât de régime et d’habitation. Cullen assure que le vice scrophuleux n’attaque pas tous les enfans de la même famille, mais uniquement ceux qui ressemblent au père ou à la mère qui en était affecté.
On a beaucoup disputé pour savoir si les scrophules étaient contagieuses ou non, jusqu’à ce que l’observation ait mis fin aux débats. Il est de fait que cette maladie ne se gagne ni par le coït , ni par aucune espèce de contact. Tous les jours on
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voit des enfans fréquenter des scrophuleux , habiter dans la même chambre , ou coucher dans le même lit, sans perdre leur santé. Krotum, médecin allemand , n’a pu produire aucune apparence d’infection, soit en frottant le cou d’un enfant sain avec le pus d’ulcères scrophuleux, soit en inoculant cette matière.
Passons maintenant aux symotômes et à la marche de cette affection.
Dans la première période, les glandes lymphatiques extérieures s’engorgent, savoir, autour du cou , sous le menton , au-dessous des oreilles , vers les angles de la mâchoire, à la base de l’occiput , aux aisselles, aux aines; quelquefois , mais plus spécialement dans lage adulte , au pli du jarret et à l’articulation du pied, au pli du coude et à l’articulation du poignet , au dos et aux épaules, sur la convexité des pieds et des mains. Plus ou moins irrégulières, dures et mobiles, ces tumeurs n’occasionent d’abord ni douleur ni changement de couleur à la peau; leur état indolent peut se prolonger pendant un ou deux ans, au bout desquels, plus tôt ou plus tard , elles s’affectent ou s’irritent. Il s’y forme alors une sorte d’orgasme ou de mouvement intestin ; le pouls devient plus fréquent, et la chaleur de la peau plus intense. Il y a constipation, et l’urine diminue ; mais cet état d’excitation n’est que passager ; il est bientôt suivi d’atonie.
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Dans la seconde période, les tumeurs glandulaires grossissent peu à peu ; la couleur de la peau qui les recouvre s’altère , et prend successivement une teinte bleuâtre ou d’un rose pâle ; elles se ramollissent par degrés, et offrent au tact un sentiment de fluctuation ; leur sommet blanchit, et il s’y forme plusieurs petites ouvertures d’où il s’écoule une matière puriforme mêlée avec des concrétions blanchâtres , semblables à du lait caillé ou à du blanc d’œuf. Ces plaies dégénèrent en ulcères plus ou moins irréguliers , qui se cicatrisent plus tôt ou plus tard pour se rouvrir peu de temps après , ou pour être remplacés par de nouveaux ulcères dans le voisinage. Ces tumeurs et ces ulcérations se succèdent alternativement jusqu’à la destruction totale de la glande , époque où il se forme une cicatrice ou couture indélébile, et plus ou moins raboteuse.
Dans la troisième période , le vice scrophuleux ne se borne pas aux glandes extérieures , mais se propage à celles de l’intérieur ou à d’autres organes ; on l’a vu affecter les glandes pulmonaires et mésentériques , le thymus , les muscles , les os , les articulations, etc. De là des désordres innombrables, la phthisie tuberculeuse, le carreau, la carie et la suppuration des os , des gibbosités , des exostoses, des tumeurs articulaires, des anhyloses, des courbures; en un mot la fièvre hectique et la mort, ou des difformités qui durent toute la vie.
En pratique , on reconnaît la maladie que nous venons de décrire d’après le tempérament et l’âge des enfans qui en sont affectés ; d’après la santé antérieure et actuelle de leurs parens, surtout d’après l’habitation , le régime et les autres circonstances, tant individuelles qu’hygiéniques, dont l’influence entraîne la débilité du système lymphatique ou de tout l’organisme ; enfin d’apres la marche ou les progrès des symptômes qui se manifestent depuis le commencement jusqu à la fm. Les scrophules peuvent prendre mille formes différentes , suivant les parties du corps qu’elles attaquent , et les affections avec lesquelles on les trouve réunies. Or elles peuvent se fixer vers l’arrière-bouche , où elles produisent le gonflement des amygdales suivant Hunter ; vers l œsophage où elles déterminent la dysphagie suivant Dehaën ; vers l’estomac , le pylore , le loie , où elles causent beaucoup de maladies chroniques; vers la trachée-artère, où elles donnent naissance au goitre suivant Freind et Fodéré ; vers la colonne vertébrale , dont elles occasionent la déviation et la carie suivant Pott ; vers les articulations des membres thoraciques et abdominaux, où elles entraînent beaucoup de désordres, des tumeuis blanches, le spina ventosa ou pédarthrocacé, etc. Le vice scrophuleux peut s’associer à beaucoup d’autres maladies, au mal vénérien , au rachitis, au scorbut, à la teigne, etc. De là encore
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des symptômes varies qui masquent plus ou moins le caractère de l’affection principale , et empêchent de la reconnaître, à moins qu’on n’appoyte la plus grande sévérité dans les recherches. Les gens de l’art, même les plus consommés , sont tombés dans des méprises grossières à cet égayd.
Les scrophules doivent être considérées comme «ne maladie chronique dont la durée est indéterminée ; elles se prolongent communément pendant quatre ou cinq années et même au-delà ; ensuite elles se terminent d’elles-mêmes , ou par les seules forces de la nature , le plus souvent vers la puberté. Quand elles passent cette époque , elles résistent souvent avec une opiniâtreté que rien ne peut surmonter; quelquefois elles finissent par emporter les malades. En général les scrophules, qui n’affectent que les glandes ly mphatiques extérieures, guérissent avec plus de facilité et de promptitude que celles dont le siège est dans les cavités splanchniques ; celles-ci sont suivies pour l’ordinaire de la fièvre hectique et de la mort. La maladie offre aussi plus ou moins d’espérance de guérison , suivant quelle est simple ou compliquée , et suivant qu’elle se borne aux glandes lymphatiques , ou qu’elle s’étend à d’autres systèmes d’organes, aux muscles, aux cartilages, aux os, etc. Les scrophules héréditaires sont les plus rebelles, à cause de la constitution indivi-
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duelle qu’il est très-difficile , pour ne pas dire impossible , de changer.
Nous avons déjà dit que des individus nés de parens scrophuleux , naturellement faibles, et par conséquent très-disposés à cette maladie , sont venus à bout de s’en garantir, par la fuite des causes qui pouvaient en développer le germe , et par un régime fortifiant; d’où il résulte que le traitement des scrophules n’est pas moins fondé sur les préservatifs de l’hygiène , que sur les ressources de la thérapeutique.
Qu’on surveille donc l’éducation de celui qui naît avec des signes de faiblesse ou de diathèse scrophuleuse ; qu’il ne suce jamais le lait de sa mère , si c’est à elle qu’il faut imputer le vice dont on redoute l’explosion ; qu’on ne lui donne pas non plus une nourrice suspecte , chez laquelle , par exemple , on apercevrait des cicatuces autoui du cou , aux aines , sous les aisselles, etc. Le parti le plus sûr alors , est de l’envoyer à la campagne , au milieu des terres, plutôt que sur les bords de la mer, des rivières ou des étangs, sur une colline plutôt qu’au fond d’une vallée ; en un mot, dans une habitation où règne un air vif et pur , et d’où la chaleur du soleil bannit le froid et l’humidité.
L’enfant très-lymphatique et disposé aux scrophules est naturellement frileux, et a besoin d’être bien couvert pour résister aux changemens de
DES MALADIES DES ENFANS. 4°5 température. La laine doit etre son principal vêtement durant l’hiver; mais dans aucune saison il ne faut négliger la propreté de son corps. C’est ici que conviennent les frictions sèches ou avec des flanelles imprégnées de vapeurs aromatiques , les bains, les lotions, et les douches avec l’eau de mer, ou les eaux sulfureuses, même avec l’eau ordinaire plus ou moins saturée de muriate de soude ou de chaux, de sulfate de potasse ou de magnésie, etc. Ces moyens, outre qu’ils détergent la peau , en raniment l’action, accélèrent le cours des fluides dans le tissu cellulaire extérieur , et préviennent ainsi les engorgemens glanduleux.
La nourriture des individus sujets aux scrophules doit être tonique et riche en principes réparateurs. Le fruit en général ne leur convient guère , à cause de sa propriété relâchante ; la viande des animaux faits , ou le jus qu’on en retire , soit par l’ébullition , soit par la torréfaction, le chocolat, quelquefois le café, le vin généreux à petite dose , les infusions amères ou légèrement aromatiques , rempliront mieux le but qu’on se propose. Tel est aussi le régime qu’on doit prescrire à la nourrice lorsque l’enfant tette encore, afin de rendre son lait prophylactique ou médicamenteux, suivant les circonstances.
L’exercice est encore un moyen dont on peut retirer de grands avantages ; il favorise les secrétions et les excrétions , fortifie le corps , et
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combat, ainsi la diathèse scrophulense. C’e'taif peut-être ce qui la rendait si rare chez les peuples de l’antiquité, dont l’éducation était fondée en grande partie sur la gymnastique. La vie active , mais modérée, est toujours salutaire à l’enfance ; au lieu que la vie toujours sédentaire l’incommode. On a mille manières de varier le mouvement, suivant la diversité des âges. Qui ne connaît le petit chariot, la voiture, la balançoire, l’escarpolette, l’équitation, le bateau, etc? Ceux qui ont le malheur d’être disposés auxscrophules, peuvent trouver encore un excellent préservatif dans la profession qu’ils embrassent. On doit avoir soin de leur inspirer de l’horreur pourtoutes celles où il ne faut manier que la navette et l’aiguille, où l’on travaille toujours assis et a l’ombre , dans des lieux bas et humides , et où l’on n’exerce que certaines parties du corps.
Qu’on ne se hâte pas trop de cultiver l’esprit ou de développer les facultés intellectuelles des enfans scrophuleux ; l’école leur sera certainement nuisible , à moins que l’étude et les leçons ne soient courtes et suivies d’amusemens. Point de devoirs forcés , ni de corrections brusques ; ce sont là des sources d’inquiétudes et de chagrin qui flétrissent pour l’ordinaire le premier âge ; il faut, au contraire, beaucoup de récréation, et des jeux qui tendent à fortifier le corps. Les parens et les instituteurs doivent surtout redou-
DES MALADIES DES ENFANS. 407 bler de vigilance pour prévenir le déréglement de leurs en fans ou de leurs élèves. L’onanisme est un des vices qui favorise le plus la maladie dont il s’agit, parce qu’il affaiblit et détériore la constitution. Loin de marier les scrophuleux de bonne heure, comme des médecins l’ont conseillé, il faudrait au contraire les condamner à un célibat perpétuel , ainsi que les phthisiques. Ce serait peut-être un bon moyen d’extirper deux épouvantables maladies qui se transmettent par la génération.
Les remèdes que les praticiens ont employés contre les scrophules déclarées , sont presque innombrables. On peut les diviser en internes ou médicaux , et en externes ou chirurgicaux ; tous sont plus ou moins toniques et excitans, ce qui les rend plus ou moins propres à combattre cette maladie , et à relever les forces languissantes de l’organisme.
Parmi les premiers il y en a beaucoup que leur peu d’efficacité a fait tomber en désuétude; telles sont les fameuses pilules de l’Allouette , que le crédule vulgaire préconisait autrefois , parce qu’un de leurs ingrédiens était la teinture d’or, le roi des métaux. Telles sont aussi les recettes compliquées de Dehaën , de Fabre , etc., ou celles de quelques empiriques.
De nos jours, un des antiscrophuleux dont on obtient le plus de succès, est l’élixir amer de
Peyrilhe. Pour le pre'parer, on fait infuser ou digérer pendant vingt-quatre heimes un gros et demi de carbonate de potasse ou alcali fixe végétal , et un gros de gentiane dans trente onces ci eau-de-vie commune. On doit en proportionner la dose à l’age des individus; la première enfance ne peut en prendre qu’une ou deux cuillere'es à café ; mais on en fera donner trois cuillerées à bouche par jour passé lage de dix ou douze ans. Si la fièvre survient , on suspend l’usage de ce remède , pour le recommencer après le retour du calme .
Le sirop antiscorbutique est encore une préparation à laquelle on ne peut refuser de grandes vertus contre les engorgemens scrophuleux ; c’est même par là qu’on a coutume de commencer le traitement ; mais il faut le donner à plus haute dose qu’à l’ordinaire.
Vers la fin du siècle dernier, Crawfort proposa le muriate de baryte, dont il avait fait d’heureux essais à l’hôpital Saint-Thomas de Londres. D’autres médecins en Allemagne, en Angleterre, et en France, ont constaté depuis l’efficacité de cette substance saline ; mais ils ont observé quelle pouvait devenir très-dangereuse , si elle n’était pas maniée avec de grandes précautions. Le professeur Pinel , et le docteur Hébréard , chirurgien de Bicêtre , assurent qu’à la dose d’un grain , prise même de deux en deux jours, elle produit
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la superpurgation , les coliques , le dévoiement , des douleurs de poitrine, l'inflammation de la gorge, etc. Pour combattre ces accidens, Crawfort conseillait de donner le sulfate de baryte qui décompose le muriate ; et pour les prévenir, le docteur Hébréard voudrait n’administrer le remède qu’en frictions, après l’avoir dissous dans l’eau distillée. Mais , en attendant que l’expérience et l’observation aient fixé les idées sur cet objet, la prudence n’exige-t-elle pas qu’on renonce à l’usage d’un tel antiscrophuleux , quelque merveilleuse qu’en soit l’action sur les duretés glanduleuses ? Du moins , si l’on veut en réitérer l’essai , faut-il ne le donner qu’à fort petite dose , à de longs intervalles , et en ayant l’attention de lui substituer les adoucissans , dès qu’on aperçoit le moindre signe d’irritation.
Une remarque essentielle, c’est que tout remède actif ou excitant serait contre-indiqué, si déjà l’affection scroplmleuse avait passé à l’état de phthisie ou de fièvre lente. Quel soulagement produiraient, par exemple, l’élixir de gentiane, le sirop antiscorbutique ou le muriate de baryte, lorsque les glandes lymphatiques du poumon sont eng°rgées, enflammées , ulcérées? A la vérité , le quinquina et les crucifères, ont, dit-on, guéri la phthisie scrophuleuse ; mais n’y a-t-il pas eu alors un peu d’exagération ou quelque méprise sur la nature, le caractère, et la période de la
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maladie ? Hufeland , dans ce cas-là , nous parait avoir prescrit avec bien plus de fondement la décoction de douce-amère, qu’il mêlait avec le lichen d’Islande , et dont il augmentait chaque jour la dose.
Nous ne parlerons point des eaux minérales salines ou sulfureuses de Bonnes , de Barèges, de Cauterets, etc., alternativement recommandées et dépréciées par les auteurs. 11 est possible qu’on ait attribué quelquefois à leur vertu spécifique des effets salutaires qui n’étaient dus qu’au changement de climat, à l’exercice, et à la dissipation. Au reste, Cullen ne paraît pas leur accorder une grande confiance.
Que faut-il penser de la méthode de Fothergill, qui employait un mélange de noix muscade, de quinquina, et de teinture de gaïac ? Que doit-on attendre des frictions mercurielles , des martiaux ou ferrugineux , de l’extrait de digitale pourprée, de la décoction de saponaire officinale , de l’infusion d’arnica des montagnes, etc. ? En général on peut avancer que tous les toniques et tous les fondans sont indiqués contre les scrophules, puisqu’elles supposent un relâchement dans lessolides, et un engorgement dans le système glanduleux ; mais ne risquerait-on pas de tomber dans 1 erreur, si l’on attribuait des vertus héroïques à quelqu’un d’eux en particulier ? D’ailleurs un obstacle qui empêche de bien apprécier les médicamens , et
d’en observer constamment le même effet, c’est que les scrophules peuvent se compliquer avec diverses maladies, telles que la teigne, la syphilis, le scorbut , la gale , les dartres , etc. Voilà pourquoi on est sans cesse oblige de varier la méthode curative , et de se conformer à une infinité de circonstances que la pratique indique. On présume que les tumeurs scrophuleuses font des progrès vers la guérison, quand il y survient de la chaleur , et quelles passent de l’état chronique et indolent à l’état ai°[u et douloureux: c’est ce dernier qu’il faut entretenir, augmenter ou modérer à propos, si l’on veut détruire entièrement la maladie , ou seconder efficacement la nature qui tend au même but. Il est inutile de faire observer ici que la plupart des remèdes antiscrophuleux' n’ont eu de la vogue que parce qu’ils avaient été administrés aux approches de la puberté ; car on sait qu’à cette époque une infinité de maladies , et entre autres les scrophules , disparaissent à cause de la révolution qui fait prédominer le système sanguin , et augmente l’énergie vitale.
Les topiques qu’on a recommandés contre les tumeurs scrophuleuses situées à l’extérieur, ne sont que des irritans plus ou moins actifs ; tels que les bains ou douches avec les eaux minérales salines ou sulfureuses ; les préparations mercurielles , les lessives alcalines , l’ammoniaque ou î acide acétique en Uniment, les bains savonneux ,
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les cataplasmes et les lotions avec la ciguë , le vésicatoire, le cautère, le séton, le digestif de Hufeland , composé avec trois cuillerées d’huile de noix, autant de muriate de soude et de fiel de bœuf, qu’on fait digérer au soleil pendant deux jours. On attribue à ces différens moyens la propriété de résoudre les glandes engorgées, ou d’y exciter une suppuration louable. Il y a néanmoins des cas où l’on est obligé d'en seconder l’effet en ouvrant les abcès, par exemple, quand ils sont situés près des articulations ou de quelque organe essentiel. On préfère alors le séton ou le cautère, qu’on applique d’assez bonne heure ; ce dernier convient surtout, lorsqu’il reste encore quelque dureté à résoudre : dans tout autre cas, on se sert du bistouri, à moins que les dépôts ne s’ouvrent d’eux-mèmes ; mais on attend pour cela que la fonte ou suppuration soit complète. Si, malgré toutes ces précautions , les capsules articulaires , ainsi que les extrémités des os , viennent à être attaquées , on sera fort heureux si l’on peut en obtenir l’anhylose ou la soudure ; on fera tenir le membre dans l’état d’immobilité, pour favoriser cette terminaison. Les os sont-ils cariés, on a recours aux spiritueux , à l’alcohol camphré , à la teinture de myrrhe etd’aloès, à l’acide phosphorique proposé par un médecin de Gœettingue, etc.
Les ulcères scrophuleux, naturellement atoni-
DES MALADIES DES ENFANS. 4i3 ques et peu animes , ont etc long-temps pansés avec des préparations mercurielles. Cullen , en Angleterre, et son traducteur, en France, n’ont pas trouvé de topique plus utile que des compresses trempées dans l’eau froide ou dans une forte décoction de tussilage. Les cataplasmes , avec l’oseille ordinaire macérée sous la cendre , ont été aussi beaucoup recommandés ; et le professeur Pinel a observé qu’ils ranimaient les bords des ulcères , donnaient de la consistance à l’écoulement , et produisaient des cicatrices exemptes de difformités. Lorsque l’irritation était excessive, Brewer a obtenu des résultats analogues avec la
poudre de charbon de bois mêlée avec suffisante quantité de mie de pain.
Les chairs fongueuses qui résistent à ces topiques stimulans, doivent être réprimées avec la pierre infernale ou l’alun calciné. Si ces caustiques excitent une trop forte inflammation, on la calme au moyen des émolliens.
L’ophthalmie scrophuleuse , toujours rebelle et souvent difficile à reconnaître , ne céderait point aux antiphlogistiques ordinaires. Il faut la combattre avec des stimulans , tels que les collyres toniques , ou les pommades composées avec quelque préparation mercurielle.
ARTICLE IL
Du carreau.
Cette maladie consiste dans l’engorgement ou dans la lésion organique des glandes du mésentère, et a par conséquent beaucoup d’analogie avec la précédente ; aussi Cullen et Sauvages lui ont donné le nom de scrophules mésentériques. On l’appelle encore chartre , atrophie , phthisie ou consomption des enfans. Elle se manifeste pour l’ordinaire à l’époque du sevrage, quelquefois peu de temps après la naissance , rarement après lage de sept ans. On en attribue la cause à tout ce qui peut produire les scrophules , à l’insalubrité de l’air et des habitations , au défaut d’exercice , surtout aux écarts du régime , à une mauvaise nourriture, aux orages de la dentition, à la répercussion de quelque maladie cutanée , telle que la gale , les dartres , la teigne , le suintement des oreilles , la croûte laiteuse , la petite-vérole , la rougeole , la scarlatine , etc.
Le cours et la durée entière du carreau comprennent trois périodes distinctes. Dans la première, l’enfant a l’air de perdre de sa vivacité ordinaire ; il devient triste, pale, languissant , mélancolique. Les digestions se dérangent ; l’appétit diminue ; le ventrè murmure, et paraît rempli de vents ; on y aperçoit de la bouffissure , de la ten-
DES MALADIES DES ENFANS. 4i5 sion , surtout le soir ; l’urine est blanchâtre , lactescente ; les clejections sont liquides par intervalles; ii survient de temps en temps des vomisse me ns glaireux; la transpiration exhale une odeur acide; la respiration est inégale, le pouls intermittent , la langue sale , l’haleine forte ; le malade se plaint de crampes et de faiblesse dans les membres, de douleursgravativesdans les lombes ; son visage maigrit, se ride et se dessèche; les traits de la vieillesse prématurée s ’y dessinent de jour en jour , et viennent remplacer les grâces de l’enfance.
Dans la seconde période , l’appétit se perd ou va jusqu’à la voracité; mais les repas sont suivis de malaises , de boiborygmes , de pesanteur , et de distension dans le bas- ventre ; en palpant cette cavité , on y découvre çà et là des indurations isolées, l’urine coule en petite quantité; les selles sont très-irrégulières, quelquefois supprimées; tantôt molles, et d’une couleur presque naturelle; tantôt liquides et blanchâtres , cendrées ou argileuses ; souvent compliquées de vers ; l’affection du mésentère est quelquefois précédée de l’engorgement et de l’induration des glandes cervicales ; en sorte que les scrophules sont alors un signe précurseur du carreau.
Dans la troisième période , les glandes mésentériques deviennent tuberculeuses , dures et imperméables ; les vaisseaux absorbans tombent
dans l’atonie ; par conséquent le chyle n’est plus repompe , et s’écoule avec les déjections , qui deviennent blanchâtres etlientériques ; dès-lors plus de digestion ni de nutrition ; état de marasme complet , fièvre hectique ; épanchement de sérosité dans l’abdomen , dévoiement colliquatif , mort inévitable.
A l’ouverture des cadavres, la peau paraît rude, terreuse et collée sur les os ; le bas-ventre est gonflé , dur et inégal. On trouve le mésentère flétri , abcédé , infiltré de pus ; il est parsemé de glandes engorgées et tuberculeuses , en pleine suppuration ou presque détruites ; le volume de ces tumeurs varie beaucoup ; il y en a de la grosseur d’une noisette , d’une noix ou d’une châtaigne, même d’un œuf de poule. Les autres viscères contenus dans l’abdomen ou dans la poitrine présentent des désordres plus ou moins remarquables. Il est rare que le foie et les poumons ne soient tuberculeux, ou affectés de quelques lésions organiques.
Le carreau peut être difficile à distinguer dans la première période ; mais il présente des symptômes si frappans dans les périodes suivantes , qu’on ne saurait en méconnaître le siège , ni la nature , ni la terminaison. Cette maladie est une des plus dangereuses, même des plus meurtrières qui attaquent l’enfance. Au début , elle peut offrir encore quelque espérance de guérison ; mais ,
quand elle est déjà avancée , les secours de l’art les mieux administrés ne sauraient lui imprimer une marche rétrograde , ou réparer le délabrement des glandes mésentériques. Il faut alorfe que le malade succombe à son malheureux sort.
L’analogie et peut-être l’identité du carreau avec les scrophules exigent que ces deux maladies soient traitées de la même manière. Dans l’une comme dans l’autre , il faut se proposer de ranimer les forces de l’économie en général , et du système lymphatique en particulier. Voilà le but où doivent tendre en même temps et de concert l’hygiène et la thérapeutique. Ainsi l’enfant qui est menacé du carreau est-il encore à la mamelle , il faut le fortifier , en lui faisant respirer un air pur, en le mettant à l’abri du froid et de l’humidité ; les frictions sur le bas-ventre , et l’influence du soleil, peuvent être ici du plus grand secours : qu’on lui donne pour nourriture du bouillon , avec du jus de viande rôtie , de la gelée animale , quelques cuillerées de bon vin vieux. Le sirop antiscorbutique, et celui de quinquina, sont aussi d’excellens préservatifs. Il faut que l’enfant tette peu , à moins qu’on ne rende le lait de la nourrice ou de la mère médicamenteux , en les mettant à l’usage des toniques et des amers.
Les mêmes moyens hygiéniques conviennent très-bien lorsque l’enfant est plus âgé , et que le carreau est déjà déclaré. Mais ils auront d’autant
moins d efficacité que la maladie sera plus avancée. Dans aucun cas, il ne faut accorder beaucoup de confiance à ces remèdes que la crédulité a introduits dans la pratique sous les titres spécieux de fondans , d incisifs ou de résolutifs de la lymphe, Les forces de la nature, pourvu qu’elles ne soient pas contrariées , valent pour l’ordinaire mieux que tous ces prétendus spécifiques. 11 est neanmoins des cas ou elles seraient impuissantes, et où il faut les seconder à propos ; c’est alors qu’on peut recourir à quelqu’un des moyens capables de ranimer l’énergie du système lymphatique , tels que le quinquina, la rhubarbe , l’acétate de potasse, les oxides mercuriels, les bains froids avec l’eau douce ou l’eau de mer , etc.
Dans le traitement du carreau , il faut encore avoir égard à la cause qui l’a déterminé , et la détruire , si l’on peut l’atteindre. Par exemple , lorsque cette maladie s’est manifestée à la suite d’un exanthème répercuté , il est nécessaire de le rappeler à la peau , en y appliquant un vésicatoire , un cauteie ou un seton. Les remèdes qui portent à la peau ne peuvent être alors qu’avantageux. Des pi aticiens ont meme conseille d’inoculer les maladies cutanées qui ont disparu , comme la gale , les dartres, etc. Le docteur L’Homme dit l’avoir lait avec succès pour la croûte laiteuse dont la répercussion avait été suivie d’une entérite.
DES MALADIES DES ENFANS. /jig
ARTICLE III
Dli rcichitis.
Cette maladie a été ainsi nommée à cause de là courbure de l’épine, qui en est un des principaux symptômes ; on lui donne aussi le nom de charlre , dérivé du latin carcer , parce qu’elle existe fréquemment dans les prisons , et dans les lieux qui leur ressemblent ; le vulgaire l’appelle encore nouure , par rapport aux tumeurs ou nodosités, qui avoisinent les articulations ; enfin Duncan et le professeur Pinel ont proposé de la désigner par le nom d 'ostéomalaxie , qui signifie la mollesse des os , sans laquelle ces organes ne pourraient se dévier , ni prendre des formes plus ou moins bizarres.
Quelle diversité d’opinions sur l’origine, la nature , et les causes du rachilis ! Faut-il , à l’exemple de Boerliaave , n’en faire remonter l’origine que vers le milieu du dix-septième siècle , et en fixer le berceau dans la Grande-Bretagne , pour le faire voyager dans presque toutes les contrées de l’Europe ? Ou bien cette maladie a-t-elle existé dans l’antiquité ; et peut-on alléguer en preuve de celte assertion certains individus sans os dont parle Hippocrate , le fabuliste Esope , le fameux Thersite cité par Homère , le poète Tyrtée , que les Athéniens envoyèrent par dérision aux Messé-
mens, quelques personnages bossus et contrefaits dont il est question dans les satires d’Horace , enfin un des parens de Cicéron , dont cet orateur faisait assez souvent l’objet de ses plaisanteries ?
Le rachitis est-il héréditaire ou contagieux ? se
déclare-t-il spontanément ou par l’influence de causes connues ? JN’est-ce qu’un résultat , un symptôme , ou une complication du scorbut , de la vérole ou des scrophules, comme le docteur Portai l’a prétendu ? Ou bien y trouve-t-on les caractères d’une maladie propre , et différente de toute autre ? faut-il , pour en expliquer la cause , avoir recours à l’inégale distribution , au défaut , au dérangement , ou à la dépravation des sucs qui nourrissent les os, à la prédominance de la gélatine sur le phosphate calcaire , au défaut d’antagonisme ou d’équilibre entre les muscles , au libertinage effréné des parens sous les zones tempérées, etc. ? Voilà des questions dont les unes, peu importantes quant au fond, méritent à peine d’ètre discutées , et les autres se trouvent résolues dans la suite de cet article. Au reste , elles sont toutes exposées avec autant de clarté que de précision dans un Essai sur le rachitis , soutenu à l’école de Médecine de Paris, en l’an xi ( i8o5), par Léonard Moneourier.
A ne consulter que l’expérience et l’observation , il est de fait que cette maladie peut se développer dans tous les âges. Le professeur Pinel
a disséqué un fœtus rachitique , dont il a décrit le squelette ; on cite aussi des exemples de courbure et de ramollissement des os dans les autres périodes de la vie. On aurait donc tort d’avancer, avec quelques auteurs, que cette lésion organique du systèmeosseux n’arrive que depuis l’àge de deux jusqu’à celui de quatre ans. A la vérité on ne peut contester que l’enfant et le pubère n’y soient plus sujets que l’adulte et le vieillard.
La diathèse rachitique , ou la disposition à la nouure , s’annonce ordinairement par des signes extérieurs et sensibles, que les praticiens exercés ne sauraient méconnaître ; tels sont la mollesse de la peau , un teint blafard, le volume considérable de l’abdomen, la grosseur démesurée de la tète , la largeur extraordinaire de la mâchoire inférieure, des yeux bleus, ternes et humides, l’engorgement des glandes cervicales et inguinales , la saillie fortement prononcée des articulations du poignet et du coude , du genou et du pied. Mais ce sont aussi là des caractères bien marqués de la diathèse scrophuleuse , et par conséquent des preuves non équivoques, sinon d’identité , du moins d’analogie entre les deux maladies. Pourquoi donc, si l’une est héréditaire, l’autre ne le serait-elle pas ? D’ailleurs la pratique fournit assez d’exemples de rachitiques issus de parens qui étaient affectés du même vice organique. Nous donnons depuis long -temps des
soins à un petit garçon âge d’environ onze ans, dont la mère est bossue , et a une épaule plus élevée que l’autre. Son fils a commencé d’être malade ou languissant à l’époque de la seconde dentition ; il a cessé alors de croître , sa colonne vertébrale s’est déviée, ses membres ont acquis peu de développement , et tout son corps a pris une forme grotesque, même hideuse.
Tous les enfans ne deviennent pas rachitiques à la même époque de la vie , quoi qu’en disent Glisson et Cullen. On en a vu dont les os se courbaient peu de temps après leur naissance; d’autres parviennent jusqu’à l’âge de sept ou huit ans, et quelques-uns , surtout parmi les filles, jusqu’à la puberté, sans que leur système osseux se dérange ou s’altère. Nous avons même observé que des femmes accouchaient naturellement , quoiqu’elles fussent très-contrefaites depuis la première éruption de leurs règles ; c’était sans doute parce que les os du bassin avaient acquis alors assez de solidité pour résister à l’impression du vice qui avait attaqué la colonne vertébrale et les os longs.
Quelques médecins , considérant que plusieurs individus de la même famille étaient affectés de ' rachitis, ont pensé que cette maladie s'ctait communiquée de l’un à l’autre. Mais des recherches exactes ont prouvé qu’on avait pris pour un effet de la contagion ce qui dépendait uniquement
d’une diathèse ou disposition transmise par les pare ns.
Cullen a refuse toute espèce d’influence aux causes occasionelles du rachitis ; en sorte que , d’après son opinion , cette maladie se déclare spontanément , et par une simple impulsion naturelle. Boerhaave, au contraire^ soutient , avec tous les praticiens éclairés , que certaines circonstances hygiéniques contribuent beaucoup au développement du vice même héréditaire qui désorganise le système osseux ; en sorte qu’il serait peut-être resté assoupi, si les individus s’étaient trouvés dans des circonstances opposées.
On place d’abord parmi les causes occasionelles du rachitis tout ce qui tend à débiliter l’économie générale; par exemple, les habitations froides et humides , peu aérées et rarement éclairées par le soleil , l’influence habituelle d’un air humide et chaud en même temps, le défaut de nourriture , ou des alimens peu toniques , trop aqueux et malsains, une vie sédentaire et inactive, quelquefois l’empressement ou la démangeaison de faire marcher les enfans , avant que les membres abdominaux et la colonne vertébrale puissent supporter le poids du corps.
On expliquera de là pourquoi on remarque tant de bossus , de bancals , et de gens contrefaits , dans les villes très-populeuses , telles que
Paris, Londres, Amsterdam, etc. ; tandis qu'on n’en rencontre presque pas dans les campagnes ; pourquoi les rues étroites et obscures, les quartiers mal tenus et mal percés en fourmillent,* pourquoi le rachitis semble respecter les riches et maltraiter les pauvres ; pourquoi tous les enfans d’une famille très-opulente de Paris , dont parle Le Vacher, se portaient à merveille pendant qu’ils étaient en nourrice , et se nouaient aussitôt qu’on les ramenait dans la maison paternelle ; pourquoi on ne voyait point de rachitiques en Perse sous le règne de Cyrus , ni en Egypte sous celui de Sésostris , ni en Grèce du temps de Solon et de Lycurgue , ni à Rome avant que cette ville eût été corrompue par le luxe et les richesses de l’Asie , ni dans les Gaules du temps de Bellovèse et Ségovèse : voilà enfin pourquoi la maladie dont il est question ne se trouve point dans les écrits des anciens, et pourquoi vraisemblablement certains auteurs n’en font remonter l’origine qu’au milieu du dix-septième siècle.
On peut encore mettre au nombre des causes qui occasionent ou favorisent le rachitisme tout ce qui change brusquement les propriétés vitales de l’organisme. On en voit la preuve dans l’effet de la castration , qui consiste à emporter ou, à rendre nuis les testicules, deux organes qu’on peut regarder comme deux foyers de sensibilité et de vigueur ; le malheureux ainsi dégradé perd
souvent les formes extérieures qui conviennent naturellement à l’homme; ses genoux se gonfle; t, ses jambes se cambrent et se déjettent en dehors ; la tristesse, compagne inséparable de la nullité virile, achève quelquefois de consumer un reste de vie et de santé que le couteau homicide avait épargné. Cette espèce de dégénérescence est d’autant plus manifeste, que le sujet qu’on a mutilé est moins éloigné de l’enfance où prédomine la faiblesse .
Enfin, tout ce qui agit avec violence sur les os, et qui en altère la vitalité, peut en changer aussi la forme et la direction. Le professeur Chaussier rapporte que l’un des pariétaux se ramollit chez un homme de trente ans , à la suite d’un coup de sabre qui l’avait rudement frappé ; la mollesse des os du carpe, dit le même physiologiste , fut produite par une chute violente sur le poignet. Conn bien de fois le rachitis n’a-t-il pas été déterminé par une forte contusion , par une fracture , par une luxation !
Que les scrophules , le cancer , la syphilis , le scorbut, les dartres, la gale , et autres virus ou vices semblables, puissent favoriser, même accélérer la courbure des os, chez des individus naturellement disposés à ce genre de lésion ; cela est incontestable : mais l’expérience s’oppose à ce qu on range toutes ces maladies parmi les causes occasionelles ou déterminantes du rachi-
tis. Les scrophules exceptées , on n’en trouverait peut-être pas d’autre qui eût de l’analogie avec lui. Ce ne serait certainement pas la syphilis; car on pourrait citer nombre d’enfans qui en ont été infectés par leurs parens ou par des nourrices, sans devenir rachitiques. D’ailleurs l’une de ces maladies est contagieuse, et l’autre ne l’est pas.
On peut en dire autant de la cachexie vermineuse , que le célèbre Petit regardait comme une cause occasionelle durachitis. Tous les jours on voit des enfans tourmentés de vers, sans devenir pour cela bossus ni contrefaits. La dentition peut être aussi très-orageuse , et produire les plus affreuses convulsions , sans influer sur le système osseux. L’acide du lait que le docteur Zéviani croit très-dangereux , n’est pas une cause moins chimérique ; Cullen assure avoir observé qu’il donnait naissance à beaucoup d’accidens , et non au rachitis. Ce dernier praticien assure encore que cette maladie n’est point l’effet des substances farineuses non fermentées, auxquels beaucoup d’auteurs l’ont attribuée. La preuve en est, dit-il, que dans presque toute l’Europe on élève les enfans avec de la bouillie , et que néanmoins le rachitis n’y est pas très-commun. Enfin , ne suffit-il pas de consulter le traité de la canne à sucre , par Duthrône, pour être convaincu que le suc qu’on en extrait, et les matières saccharines en général,
DES MALADIES DES ENFANS. 427 11e produisent pas la mollesse et la courbure des os , comme Boerhaave l’avait avancé ?
La marche et les progrès du rachitis sont à peine sensibles quand il commence; la peau est molle et flasque , quelquefois dure , épaisse , et aride ; le corps maigrit , quoique l’appétit soit encore bon. Si le malade a fait usage de mauvais alimens , son ventre se gonfle , et ses viscères passent à l’état d’induration ; la maigreur augmente peu à peu jusqu’au marasme et à l’atrophie ; toute l’économie tombe dans la faiblesse et le relâchement ; les membres refusent leur service ordinaire ; l’enfant ne se remue plus qu’avec difficulté ; il se laisse aller au penchant qui le porte au repos , et reste continuellement couché.
A mesure que le mal empire ou s’invétère , les épiphyses des os paraissent plus ou moins gonflées ; le cou devient grêle et flexible ; la tête acquiert plus de volume , quelquefois une grosseur prodigieuse ; les veines jugulaires sont plus saillantes ; enfin toutes les fonctions s’altèrent ou éprouvent des anomalies plus ou moins marquées; l’appétit diminue , ou va jusqu’à la voracité ; le pouls est faible et inégal , ou fort , plein, et accéléré ; la respiration gênée, souvent accompagnée de toux ; les facultés de l’âme semblent s’oblitérer , ou acquérir plus de vivacité et d’énergie ; les enfans passent à l’état de stupidité, ou se font re-
marquer par des saillies d’esprit , comme le célèbre esclave de Xanlhus.
Cependant l’altération du système osseux augmente; le sternum paraît plus convexe ; les côtes s’aplatissent, et leurs extrémités articulaires offrent des nodosités sensibles ; les vertèbres se ramollissent , et l’épine se dévie ; les membres thoraciques et abdominaux se rapetissent et se contournent ; leurs condyles acquièrent plus de volume; les os du tarse et du carpe se tuméfient ; quelquefois les os longs se tordent et se courbent, sans que les vertèbres se dérangent, ou réciproquement.
Si la maladie , au lieu de se borner , persévère encore, tous les symptômes augmentent ; le foie, la rate, et le mésentère, deviennent tuberculeux, énormes; tout le système des glandes lymphatiques dégénère ; l’hydrocéphale , l’hydrothorax , et l’ascite arrivent ; les rachitiques ressemblent alors à des spectres hideux et difformes qui n’existent que pour languir; la fièvre lente les dévore; le dévoiement colliquatif les épuise, et la mort les enlève.
A l’ouverture des cadavres tous les organes offirent plus de mollesse et de flaccidité qu’à l’ordinaire; on dirait qu’ils pèchent par défaut de nutrition. Quelquefois les os ne résistent pas plus au scalpel que les muscles ou les cartilages : on en a vu qui se ployaient comme des ligamens, ou
DES MALADIES DES ENFANS. 429 se cassaient comme du bois vermoulu. 11 y a plus ou moins de sérosité dans les cavités splanchniques; on trouve communément le cerveau détérioré , le poumon tuberculeux et même carnilîé , les viscères abdominaux altérés dans leur forme, leurs dimensions, et leur substance.
Le rachitis ne se termine pas toujours d’une manière aussi funeste. Il cesse quelquefois tout à coup après avoir duré plusieurs années ; les os reprennent alors de la solidité , les individus recouvrent leur santé , et continuent de vivre, malgré leur conformation vicieuse. On rapporte même, chose plus étonnante encore ! que les os de certains rachitiques , après s’être tordus ou bosselés, se sont redressés à un certain âge , et ont perdu jusqu’à la moindre trace de nouure. Dans certaines familles , les enfans se portent bien jusqu’à une certaine époque, deviennent ensuite rachitiques, et guérissent complètement à la puberté : mais ces guérisons spontanées sont infiniment rares. Le rachitis se complique très-souvent avec d’autres affections aiguës ou chroniques , telles que des inflammations de poitrine et de bas-ventre , ou bien il laisse des suites plus ou moins opiniâtres, des dyspnées, des asthmes, etc., effets ordinaires de la gêne qu’éprouvent les viscères par rapport à la courbure de la colonne vertébrale et des côtes.
Le diagnostique de cette maladie n’offre pas la
moindre difficulté , lorsque les os commencent à perdre leur consistance , leur forme et leurs dimensions. Mais en pratique il serait avantageux qu on put la prévoir de loin , afin de la prévenir j ce qui n’est pas toujours facile , surtout lorsque les enfans n’ont point encore marché. On est réduit alors à faire des recherches sur les causes prédisposantes , et sur les signes qui indiquent la diathèse rachitique. On examine si les parens, les frères ou les sœurs sont affectés de la même maladie ; on fait attention à la conformation et au volume de la tête , à la couleur du visage, au tissu de la peau , à la consistance des chairs , à l’état des cavités splanchniques , à la forme des membres , et à la disposition des facultés intellectuelles. /
Quand le rachitis s’est déjà manifesté , on peu., en prédire l’issue heureuse ou fâcheuse d’après la la constitution , l’àge et le sexe de l’enfant, d’après les lieux qu’il habite , les alimens dont il fait usage, et la manière dont il est élevé. En général ceux qui sont issus de parens faibles ou valétudinaires, difformes ou contrefaits, n’ont hérité que d’une santé frêle et presque toujours incapable de résister aux atteintes du vice rachitique. L’enfant au berceau ou qui tette encore , a aussi plus de chances contre lui que le pubère et l’adulte. 11 en est de même des filles par rapport aux garçons ; ceux-ci, naturellement plus forts, sont moins sujets aux
DES MALADIES DES ENFANS. 43i maladies. Enfin , qui ne conçoit que les lieux bas et humides , les saisons froides et pluvieuses , les alimens de mauvaise qualité , le repos et la vie sédentaire , le défaut de soins et de propreté, surtout les affections morales tristes , doivent nécessairement aggraver les effets du rachitis , et en empêcher ou retarder la guérison ? Qu’on ajoute à toutes ces circonstances les diverses complications dont nous avons déjà parlé , et l’on aura une idée de tout ce qui peut augmenter ou diminuer l’espoir de conserver les individus affectés de cette maladie.
Or , comme la faiblesse et la langueur de tout l’organisme sont ici les symptômes qui prédominent, et d’où dérivent tous les désordres du système osseux , il est évident que le but du médecin doit être de relever et de soutenir les forces vitales. Il faut donc que l’hygiène et la thérapeutique se prêtent encore la main pour remplir cette importante indication.
D’abord, que l’enfant attaqué ou seulement menacé de rachitis , respire un air pur et un peu chaud ; qu’on l’expose souvent à l’influence du soleil ; qu’il habite un appartement dirigé vers le lieu où cet astre se lève ; qu’on ait surtout bien soin de le mettre à l’abri du froid et de l’humidité, qui incommodent toujours les êtres faibles ou malades. Le vent du midi lui serait également nuisible , puisque Buchner rapporte que deux
ei> fans rachitiques ne purent en supporter le souffle
malfaisant.
Les langes , les couches et autres vêtemens , doivent être toujours propres et bien secs avant d’être appliques sur le corps. Les chemises et habits de laine sôntpréférables à ceux de lin , surtout en hiver. Les premiers retiennent plus de chaleur autour de l’individu , et la continuelle mais légère friction qu’ils exercent sur la peau , réveille utilement faction de cet organe. Les lits de plume doivent être proscrits, parce qu’ils sont trop mous. La paille d’avoine ou de seigle, et surtout la feuille de fougère desséchée et entremêlée d’herbes aromatiques , offre une couche un peu plus dure , et incapable de fléchir sous le poids du corps : avantage inappréciable pour des malades dont la colonne vertébrale tend à se courber. Que les bois de lit ne soient ni humides, ni recouverts de vernis; qu’on les place dans des appartenions élevés et lambrissés , dont la température est toujours plus chaude et plus saine que celle des rez-dechaussée.
La nourriture de bonne qualité , succulente , et facile à digérer , de bon pain bien pétri , du biscuit, une bouillie préparée avec de la farine cuite au four, du jus de viande bouillie ou rôtie, du vin vieux, tonique et astringent, tel que celui du Rhin , de Bordeaux ou de Bourgogne , ceux de Florence ou de Grèce , même l’hippocras , où
entre la cannelle ; la bière , et autres liqueurs fermentées , préparées avec les semences céréales ; voilà lesalimens, tant solides que liquides, les plus convenables aux en fans rachitiques. Point de pâtisseries , ni de viandes pesantes , comme celle de cochon , de saumon , de brochet , etc. La chair des jeunes animaux est plus relâchante que tonique , à moins qu’elle ne soit rôtie et assaisonnée de sel, de poivre, de gérofle, ou d’autres aromates. On lui préférera donc celle des animaux faits , où il y plus de matière extractive et d’osmazome. Les fruits en général et les gelées qu’on en extrait sont peu propres à soutenir ou à relever des forces qui chancèlent.
Les avantages de l’exercice sont incontestables : mais comment les faire ressentir à des individus que la faiblesse empêche de se mouvoir? La gestation dans de petits chariots, dans un berceau monté sur des roulettes , dans des voitures bien suspendues , et traînées par des chemins unis , doivent alors suppléer au mouvement propre ; la balançoire , la navigation , le massage , même les frictions avec la main ou avec des flanelles imprégnées de vapeurs aromatiques, et promenées sur toute la surface du corps , offrent encore de grandes ressources ; mais il faut les employer avec précaution. Point de violence ni de rudesse ; point de secousse ni de cahotement. Les rachitiques ont besoin d’etre ménagés : une chute , un coup, une
mauvaise position , un rien peut quelquefois blesser ou endommager des os qui se ramollissent.
Nous n’insisterons point sur la nécessite de favoriser les sécrétions et les excrétions ; c’est une condition sans laquelle 1 économie animale ne tarde point à se détériorer. D’ailleurs les règles d’hygiène que nous venons de rappeler, contribuent à entretenir la liberté de toutes les fonctions , lorsqu’elles sont fidèlement observées.
Enfin le moral est encore un des objets qui méritent le plus d’attention. On sait que les affections agréables font briller le corps de santé; au lieu que les affections tristes le flétrissent et l’abîment. On prendra donc tous les moyens d’égayer les rachitiques , et de les dérober au chagrin ; qu’on se garde bien surtout de tourner en ridicule leurs vices de conformation ; on pourrait les jeter dans une profonde mélancolie et les conduire au tombeau, ce qui ne serait pas sans exemple.
Cependant les moyens dont nous venons de parler sont plus propres à prévenir qu’à combattre le rachitis ; examinons donc maintenant quels remèdes il faudra lui opposer quand il aura atteint le système osseux.
On a vanté beaucoup de remèdes tant extérieurs qu’intérieurs. Parmi les premiers , les empiriques anglais employaient souvent les scarifications dans la conque de l’oreille pour dégorger la tête; Glisson comptait encore plus sur le cautère, entre
DES MALADIES DES ENfANS. 455
la seconde et la troisième des vertèbres cervicales, mais il regardait le vésicatoire comme entièrement inutile , excepté dans quelques cas de complication. Il est certain qu’on ne voit pas trop l’utilité des exutoires dans une maladie où les forces tendent à l’épuisement, et le corps à l’atrophie. On pourrait espérer plus de succès du bain froid que le chevalier Floyer recommandait , dont Cullen assure avoir observé les salutaires effets , et que son traducteur ne désapprouve que lorsque le rachitis est très-avancé. On voit aussi quel avantage on pourrait retirer des Jinimens composés avec des substances amères et aromatiques, tels qu’ils avaient été conseillés par Sydenham. Enfin on a eu recours à des machines pour redresser les os quand ils avaient été courbés par le rachitis ; mais on a été forcé d’y renoncer, parce qu’elles augmentaient les désordres qu’on voulait réparer. Il était impossible de mettre à l’abri de la contusion les parties qui leur servaient de point d’appui.
Dans le traitement du rachitis, il est rare qu’on ait besoin de recourir aux évacuans , tels que les vomitifs et les purgatifs. Les malades sont peu sujets à l’embarras des premières voies, quoiqu’ils mangent quelquefois avec une sorte de voracité. On ne peut donc qu’être étonné de la hardiesse , ou plutôt de la témérité de Buchner , qui leur donnait à haute dose la résine de scammonée , le tartre émétique , le soufre doré d’antimoine, le
vitriol bleu , etc. ; s’il était nécessaire de vider l'estomac ou le conduit intestinal , on pourrait employer des moyens beaucoup plus doux , tels que l’ipécacuanha , la rhubarbe , ou quelque sel cathartique. Sans cette précaution, on risquerait de produire les plus grands désordres dans toute l’économie. La grosseur de la tète , le resserrement de la poitrine, le volume excessif du foie, et souvent l’induration du mésentère , doivent faire redouter l’effet de toute violente secousse , et de tout remède irritant.
En général , il faut insister principalement sur tout ce qui est le plus propre à fortifier le corps. Les amers , tels que la gentiane, l’elixir qu’on en prépare, la rhubarbe, etc., sont les plus indiques. On doit en seconder l’effet par les alimens de bonne digestion, et le bon vin, par l’exercice et les frictions.
Nous ne parlerons pas d’une foule d’autres remèdes qui n’ont pas soutenu leur réputation ; on employait autrefois Mens veneris qui, selon Chilien , ne différait pas des fleurs martiales ; Van Swieten conseillait aussi la teinture de vitriol martial dans le vin d’Espagne , Dehaën les testacées, Stork la cigüe à petite dose, et Levret la garance. Benevoli recommandait le lait maternel dont Zeviani proscrivait l’usage ; Cullen permettait cet aliment , excepté dans le cas de dentition lente ; alors il faisait quitter la ma-
DES MALADIES DES ENFANS. 437 nielle aux enfans, et les nourrissait avec du lait de vaehe.