INTRODUCTION
JL’homme , dit un ancien philosophe , ne semble venir au monde que pour souffrir. Le père qui l’engendre , et la mère qui le conçoit , lui transmettent souvent des germes de maladies dont il continue de s’imprégner encore pendant la grossesse. Parvenu au terme de sa viabilité, le fœtus ne peut naître sans éprouver de la gêne, et une crise plus ou moins tumultueuse qui l’expose aux plus grands dangers, quelquefois même à périr, pour ainsi dire, aux portes de la vie. L’enfant commence-t-il à respirer , le voilà en butte à de nouveaux écueils; une foule d’agens extérieurs viennent sans cesse froisser ou déranger sa frêle organisation. Vices ou écarts de régime pendant l’éducation physique, amour peu éclairé des païens , ignorance ou préjugés des nourrices, orages de la dentition , accidens qui menacent
l’époque du sevrage, maladies épidémiques et contagieuses ; que d’obstacles capables d’arrêter l’homme au commencement de sa carrière ! Aussi l’expérience apprend-elle tous les jours que la mort n’épargne guère plus l’enfant que le pubère, l’adulte et le vieillard : preuve incontestable qu’il y a de grandes causes de destruction qui pèsent et frappent sur le premier âge.
En général la fragilité de l’enfance dépend de sa faiblesse , et la plupart des maladies qui viennent l’assaillir sont relatives à sa constitution. Qu’on jette un coup d’œil sur l’individu qui vient de naître , ou qui tette encore sa mère ; qu’observe-t-on? Un tronc et des membres à peine ébauchés ; un amas de gélatine , de tissu cellulaire et de graisse , où l’on sent quelques traces d’ossification plutôt que des os complètement formés, et quelques élémens de fibres musculaires plutôt que des muscles bien prononcés. Les vaisseaux, qui arrosent ces organes encore tendres et délicats , y déposent plus de lymphe que de sang : de là cette blancheur de la peau , cette bouffissure et cette laxité des chairs, qui entrent sans doute dans les vues de la nature , et qui disparaissent par les progrès de l’accroissement. La tête de l’enfant, plus volumineuse en proportion que celle de l’adulte , contient plus de pulpe cérébrale , et les nerfs, qui en partent ou qui s’y rendent, sont aussi plus gros, plus mous.
«t plus faciles à ébranler; de là cette susceptibilité d’impressions, cette vivacité de sensations, cette rapidité et cette diversité de mouvemens, en un mot, cette inconstance et cette mobilité qui font que Tentant s’irrite et se calme, pleure et rit presque tout à la fois.
Cependant, quelles que soient la surabondance des fluides blancs et la grosseur de la tête dans le bas âge, qu’on se garde bien de croire, avec quelques physiologistes modernes, que le système lymphatique et le cerveau prédominent alors sur le reste de l’organisme , et qu’ils en régissent toutes les fonctions. Si cette opinion était fondée , les vaisseaux absorbans auraient plus de tonicité , et les facultés intellectuelles plus d’énergie. L’enfant offrirait donc plus de fermeté que de bouffissure dans les chairs, et plus de profondeur que de mobilité ou de légèreté d’esprit ; en un mot, ce ne serait plus un enfant, mais presque un homme fait au physique et au moral.
Une prédominence bien plus certaine est celle des organes gastriques ou digestifs. L’enfant est naturellement vorace et glouton ; loin d’être rassasié , il a toujours faim ; il digère presque en mangeant : cela vient sans doute de ce qu’il a besoin non-seulement d’entretenir ce qu’il a déjà reçu, mais encore de croître et de se développer. Cette remarque n’avait point échappé à Hippocrate , puisqu’il accordait plus de nourriture à l’enfance,
sous prétexte qu’elle avait plus de chaleur innée ou de lorce digestive. Elle n’avait pas échappé non plus à Etmuller, qui attribuait en partie les maladies de cet âge aux dérangemens du système de la nutrition.
Quoi qu’il en soit, les maladies de l’enfant ne sont pas toujours faciles à distinguer. Des cris et des pleurs , tels sont les signes par lesquels il exprime ses besoins ou ses souffrances, et par lesquels il réclame du secours ou du soulagement ; mais rien n’indique le plus souvent quels sont les organes ou les fonctions dont il faut prévenir ou réparer le désordre. Le praticien est donc obligé de tâtonner ici , ou de se livrer à des conjectures, faute d’indications précises. Heureusement que , dans l’enfance , la nature , riche de toutes ses ressources, vient au secours de l’art, et en seconde les efforts quand ils sont bien dirigés. Sans cela , que deviendrait le genre humain ?
La connaissance des maladies des enfans remonte jusqu’à la plus haute antiquité ; le père de la médecine en a tracé le tableau avec cette précision et cette exactitude qui n’appartiennent qu’au grand maître et au génie obsei’vateur ; mais il n’en a rapporté l’histoire à aucune théorie particulière. Cet honneur était réservé à Stalh et à Hoffmann , qui ont expliqué les maladies des âges par la différence de leurs tempéramens. Telle esî la source où ils ont puisé les meilleures indica-
tions propin lactiques ou curatives, et les moyens hygiéniques ou thérapeutiques les plus propres à les remplir.
Nous ne parlerons point ici dés maladies qui peuvent affecter l’enfant dans le sein de sa mère ; car, outre qu’il est très-difficile de les reconnaître, elles tiennent à l’état de grossesse dont il a été question dans notre Traité des Maladies des Femmes } et dont on ignore entièrement l’influence sur le fœtus. Notre but n’est donc que d’exposer la pathologie proprement dite de l’enfant après qu’il a vu le jour. Pour l’envisager dans toute son étendue , nous la diviserons en deux parties, dont la première comprendra les maladies que l’enfant apporte en naissant, et la seconde celles qu’il acquiert depuis la naissance jusqu’à la puberté.