SUR LA YIE ET LES OUVRAGES DE M. BAUDELOCQUE
Extraite du Discours lu à la Se'ance publique Je l’Hospice delà Maternité' , le 20 juin 1810, par M. Chaussier , Me'decin en chef de cet Hospice.
J) ANS ces séances solennelles qui terminent chaque année le cours d’études à la Maternité , je n’ai eu jusqu’à ce jour qu’à présenter le précis de quelques-unes des observations importantes que fournit la pratique médicale de l’Hospice ; je n’ai eu qu’à rendre compte des améliorations qui s’opèrent chaque année , du zèle et des progrès des élèves dans les différentes branches d’instruction qui leur sont données ; mais aujourd’hui la douleur , la tristesse la plus profonde règne dans le cœur'de tous ceux qui sont attachés à cet établissement ; les élèves pleurent la perte d’un Professeur qui , par ses bontés , son zèle , sa patience à les instruire , à leur aplanir les difficultés de l’étude , avoit si bien mérité l’attachement le plus sincère , la reconnoissance la plus vive , le respect le plus grand. Les Administrateurs regrettent l’homme de bien , l’écrivain judicieux et savant, dont les ouvrages, les talens et la haute réputation inspiroient la confiance, et ont tant contribué au succès, à la célébrité de l’Ecole qu’ils ont fondée. Et nous , ainsi que tous ceux qui s’occupent de l’art de guérir, nous regrettons un ami du commerce le plus doux , un collègue estimable , d’un jugement exquis , d’une expérience consommée dont les conseils ont été si souvent salutaires dans les cas les plus complexes. Mais ces sentimens ne sont point concentrés à l’enceinte de cet Hospice , de cette Ecole ; du palais des grands jusqu’à la chaumière du pauvre , les mères se rappellent avec reconnoissance le praticien habile dont la dextérité et les soins toujours empressés et délicats ont tant contribué au soulagement de leurs maux , à la conservation de leur vie et de leurs enfans.
Cet accord général de sentimens , cette unanimité d’expressions est sans doute le plus bel éloge de l’homme de bien. Une Notice de la Vie , des Ecrits de notre savant Professeur, fera mieux apprécier encore tous les services qu’il a rendus à l’art et à la société.
J.-L. Baudelocque , membre du Collège de Chirurgie de Paris , conseiller de l’Académie royale de Chirurgie , professeur d’accouchement à la Faculté de Médecine , chirurgien en chef, accoucheur et professeur à l’hospicc de la Maternité , associé de plusieurs Académies nationales et étrangères , naquit à Heilly , près d’Amiens , département de la Somme , le 3o novembre 1 7 4-5-
Après avoir fait ses premières études , et reçu de son père , qui exerçoit avec distinction la chirurgie dans le pays , les principes de cet art , Baudelocque vint à Paris puiser des connoissances plus étendues dans les leçons des grands maîtres. 11 embrassa dans ses études toutes les branches de l’art , cultiva l’Anatomie avec un soin particulier ; et , pour parvenir à une connoissance plus exacte des maladies et de leur traitement , il fut pendant plusieurs années attaché à l’hospice de la Charité , y sui voit les maladies , y faisoit les pansemens. Admis à l’Ecole pratique établie dans le sein du Collège royal de Chirurgie , il obtint au concours public un des premiers prix de cette Ecole. Ce succès, qu’il devoit uniquement à l’étendue , à la solidité de ses connoissances anatomiques et chirurgicales , le fit distinguer parmi tous ses condisciples, et lui valut l’estime et même l’amitié de M. Houstet, qui lui devint fort utile par la suite : il lui procura aussi la connoissance de Solajrès de Benhac , jeune Docteur nouvellement arrivé à Paris, et qui , plein de zèle et d’activité , faisoit alors avec succès des cours particuliers d accouchemens , et commençoit à jouir d’une certaine réputation.
Solajrès , qui , dans le nombre des élèves , avoit distingué le jeune Baudelocque , et avoit su apprécier ses talens , ses connoissances., le chargea de continuer un cours qu il avoit commencé , mais qu’il étoit forcé d’interrompre à cause d’une altération de la voix et d’une affection grave des poumons , qui le conduisit en peu de temps au tombeau.
( ïo )
Cette circonstance fit aussitôt connaître tout ce que l’on pouvoit attendre de Baudelocque. La méthode qu’il employa dans les leçons qu’il fit pour remplacer Solajrès , la justesse dans les définitions , la clarté dans le développement des différens points qu’il traitoit , excita l’attention , l’enthousiasme de tous les étudians qui suivoient le cours , et ils se réunirent ponr lui demander avec les plus grandes instances de continuer à faire des cours,
Ce premier succès dans l’enseignement éveilla la jalousie ; quelques-uns voulurent empêcher Baudelocque de continuer à faire des cours parce que , jeune encore , >1 n’avoit aucun titre légal ; mais HoüSTET , qui é toit protecteur de tous les jeunes gens qui annonçaient des talens , et qui avoit pour Baudelocque une estime particulière, n’hésita pas à faire mettre les cours sous son nom.
Egalement instruit dans les différentes branches de 1 art , Baudelocque auroit pu se livrer avec succès à l’exercice de la médecine et de la chirurgie ; mais , pour mieux embrasser son objet , il se borna entièrement à la pratique des accouchemens , et fit chaque année un ou deux cours particuliers, qui toujours étoient suivis par un grand nombre d’élèves , parmi lesquels on comptoit beaucoup d’étrangers qui étoient envoyés et entretenus par leurs Souverains. Chaque jour aussi sa réputation s’accrut , nonseulement comme professeur , mais encore comme praticien habile , observateur sage : aussi étoit-il appelé par les plus anciens accoucheurs dans tous les cas difficiles , et souvent il parvint à terminer, en peu de minutes et par des procédés simples , un accouchement dans lequel on avoit employé inutilement les inslrumens et les efforts les plus grands.
Les ouvrages qu’il publia successivement furent traduits dans toutes lçs langues de l’Europe ; ils devinrent bientôt des livres classiques : ils le placèrent au premier rang des accoucheurs ; et les Académies les plus célèbres s’empressèrent à se l’associer. Ses occupations , soit auprès des femmes en couches ou attaquées de qnelques maladies , soit potir répondre aux consultations qui lui étoient adressées de tous les points de la France et même des pays étrangers , se multiplièrent alors «à un tel point , que malgré son sèle et son activité , il fut obligé de ces-
( Il J
ser entièrement ses cours particuliers ; mais , appelé paf le vœu public à la Faculté de Médecine et à l’hospice de la Maternité , il reprit avec plaisir les fonctions de l’enseignement , parce qu’elles lui fournissoient l’occasion de faire du bien , d’instruire les femmes , qui , par la délicatesse de leurs mains , la sensibilité de leur âme , la patience , la douceur si naturelle à leur sexe , lui paroissoient généralement beaucoup plus propres que les hommes à la pratique des accouchemens.
Pour arriver plus sûrement au but qu’il se proposoit , de donner à ses élèves une instruction vraiment solide , il ne borne point l’enseignement à de simples discours , mais , après avoir exposé d’une manière claire , mais concise , l’objet particulier qu’il se propose de traiter , il en développe , en éclaircit les différens points par les questions qu’il adresse à une ou plusieurs des élèves. La série des questions et des réponses alternatives conduit insensiblement au précepte qu’il veut établir, et en fait saisir toute l’importance ; chaque jour aussi une ou deux élèves sont chargées de lui rendre un compte verbal ou écrit des cas particuliers qui se sont présentés dans la pratique de l’hospice ; et l’examen , la discussion de ces faits devient une nouvelle source d’instruction d’autant mieux sentie, que le précepte dérive immédiatement de l’exemple. Chaque leçon est ainsi comme la conversation d’un bon père avec ses enfans ; ce n’est pas la mémoire seule, mais l’intelligence et le jugement que l’on exerce ; rien n’échappe à l’attention , les mots sont expliqués , le sens en est fixé , les difficultés sont examinées, éclaircies , et la vérité est répétée de différentes manières , jusqu’à ce qu’elle soit entendue et tellement sentie qu’elle n’échappe plus à l’esprit. « Cette méthode « d’enseignement , disoit Baudelocque , est moins at- » trayante pour le professeur ; elle est plus pénible , et » elle exige plus de temps pour exposer chaque sujet en j* entier ; mais les élèves en tirent plus de fruit , et elles j> savent plus , à la fin d’une leçon , qu’elles n’auroient » appris dans plusieurs sur le même point traité par la j> méthode ordinaire «.
Ces considérations avoient frappé Baudelocque dès ses premiers pas dans la carrière de l’enseignement ;
elles le déterminèrent à rédiger , sous forme de catéchisme ( par demandes e^ réponses ) , ses Principes de l Art d’ Accoucher. Cet ouvrage, spécialement destiné à 1 instruction des sages-femmes , parut en 1775 ; il obtint une approbation générale , et devint le livre d’étude des élèves , le guide et le modèle de ceux qui étoient chargés de les instruire. L’utilité de cet. ouvrage fixa l’attention du Gouvernement , qui le fit réimprimer en 1787 ; on le tira à six mille exemplaires ; et , malgré cette quantité , 1 édition fut bientôt épuisée ; on en fit une troisième en 1806 , à laquelle l’auteur ajouta des planches et des observations importantes.
En 1781 M. Baudelocque publia , sous le titre dV/rr des Accouchemens , un ouvrage plus étendu , qui a été réimprimé successivement en 1789 , en 1796 , et pour la quatrième fois en 1807.
Outre ces deux ouvrages , qui comprennent la théorie et la pratique générale et particulière des Accouchemens , on lui doit un grand nombre de mémoires ou de rapports plus ou moins considérables qui sont dans les porte-feuilles de l’Académie royale de Chirurgie , de la Faculté de Médecine, ou ont été imprimés dans le Journal général de Médecine. On a trouvé dans ses papiers plusieurs dissertations manuscrites , et un recueil précieux des observations les plus importantes que lui avoit fournies sa pratique ; il laisse aussi une collection de diverses pièces anatomiques relatives aux accouchemens , qui présentent des conformations vicieuses ou des altérations produites par la maladie.
Quoique par la nature de leur objet ces ouvrages soient peu susceptibles d’uue analyse propre à exciter l’intérêt général de l’Assemblée , on nous pardonnera sans doute de rappeler dans le sein de cette Ecole les considérations principales qui sont la base de la doctrine , de la méthode pratique de Baudelocque ; elles serviront à faire mieux sentir tout ce qu’il a fait pour les progrès de l’art , pour l’avantage des mères , la conservation des enfans.
Depuis Hippocrate et Paul d’Egine , il existe un grand nombre de traités sur les accouchemens , et on trouve dans plusieurs , surtout parmi les modernes et spécialement dans les ouvrages de Smellie , de Levret , une théo-
rie sage, des règles précises , des préceptes judicieftc ; ce-1 pendant les véritables principes qui doivent diriger dans la pratique , assurer les succès , étoient épars , isolés , incomplets , souvent associés à des erreurs , à des préjugés , ou noyés dans des raisonnemens arbitraires , des explications hypothétiques , quelquefois méconnus et abandonnés dans l’occasion par ceux même qui les avoient donnés. Baudelocque , qui avoit lu , médité tout ce qui avoit été dit ou écrit sur son art , recueille , rapproche les règles , les préceptes établis par ses prédécesseurs ; il en écarte les hypothèses , en remplit les lacunes par ses propres observations ; les coordonne , les confirme par son expérience et en forme un corps de doctrine , sinon entièrement nouveau , du moins complet , et d’autant plus solide qu’il est fondé sur l’observation constante de la nature , sur l’étude approfondie de ses phénomènes.
L’accouchement est une fonction naturelle , ma?s délicate et complexe ; il dépend non-seulement de la structure , de la disposition des organes de la mère , de l’action qui leur est propre , mais encore de la position de l’enfant, de la manière dont il se présente et surtout du rapport de ses proportions avec les détroits du bassin qu’il doit traverser. Il est naturel , se termine spontanément et heureusement lorsque ces diverses conditions se trouvent réunies dans des rapports convenables. Il est contre nature, laborieux, exige le secours de la main ou des instrumens lorsqu’il y a défaut dans une ou plusieurs de. ces conditions. Le premier objet est donc d’observer , de reconnoître, de distinguer de la rfianière la plus exacte, tous les phénomènes qui constituent l’accouchement naturel. Car de cette observation bien faite dérivent les principes fondamentaux de l’art ; et , quand on les a bien saisis , « on laisse avec sécurité agir la nature lorsqu’elle » peut se sutfire, on la maintient aisément dans la mar- » che qu’elle doit suivre lorsque quelque chose tend à » i’en détourner ; on la ramène de même à cette marche » quand elle s’en est écartée ; et , pour y parvenir, il ne « laut souvent que peu de moyens ». Un mouvement bien dirigé, un changement de situation, des procédés simples suffisent quelquefois pour terminer en peu de minutes un accouchement qui a coûté à la nature tant de
travail^t tant d’efforts; enfin, « s’il faut opérer, on » opère à propos , et on le fait toujours avec connois- » sance de cause et avec méthode. On ne peut donc trop » insister sur l’étude et l’observation du mécanisme de u l’accouchement naturel ; de ses causes , de ses symp- » tomes et des suites, car c’est au moyen de ccs con- » noissances , qu’on n’acquiert bien qu’au lit des femmes » en travail et en couches , que les sages-femmes trouve- » ront peu de cas où il soit indispensable d’agir , qu’elles » agiront à propos, et le feront convenablement. S’ils « paroissent. encore assez fréquens aujourd’hui , ils le » deviendront bien moins par la suite , à mesure que les » connoissances qui doivent faire la base de l’éducation » des sages-femmes se répandront davantage ». Peut-être même, ajoute le sage et savant Professeur, ces cas deviendront-ils si rares qu’alors on oubliera qu’il fut un temps *où l’accouchement, cette fonction si belle et si grande quant à sa fin , si naturelle et si simple dans son exécution, quoique constamment très-douloureuse , étoit regardée comme une des plus importantes opérations de la chirurgie , et ne devoit être confiée qu’à des hommes d’un grand talent.
Pénétré de ces principes dont l’expérience lui démon tre chaque jour la justesse , la solidité , Baudelocque en déduit tous les préceptes de sa pratique ; c’est à lui que l’on doit d’avoir déterminé, d’une manière plus précise que l’on ne l’avoit fait, les différentes positions de la tête , la direction qu’elle prend , les changemens qu’elle éprouve en traversant lé bassin ; c’est lui qui le premier a rassemblé , décrit avec exactitude les variétés des positions vicieuses dans lesquelles l’enfant peut se présenter à l’entrée du bassin ; on lui a même reproché d’en avoir trop multiplié les espèces. Cependant ces distinctions , ces divisions successives ne sont point l’ouvrage de l’imagination ; elles ne sont que l’expression de l’observation de là nature ; elles servent d’ailleurs à instruire l’élève , à éclairer le praticien. Aussi ces objections n’ont-elles contribué qu’à faire mieux sentir l’avantage de sa méthode.
Bien différent de ces accoucheurs vulgaires , qui dans leur pratique bornée rencontrent à chaque instant des cas difficiles , laborieux, et ont si souvent recours à des
opérations , à des instrumens ; à peine dans le cours d’une pratique très -étendue , Baudelocque en rencontre -t-il quelques-uns ; observateur attentif de la marche de la nature , de la tendance de ses efforts , il prévoit , il reconuoît d’abord la difficulté qui se prépare; il sait en arrêter les progrès, et rétablir l’ordre naturel. Appuyé sur des principes certains , il n’hésite jamais et ne fait aucune tentative sans être assuré du succès. Réservé sur 1 emploi des moyens, toujours il se borne aux plus simples ; il préfère le doigt à tout autre instrument pour mesurer le bassin ; il n’admet comme pelvimètre artificiel que le compas d’épaisseur d% son invention. 11 adopte le forceps de Levret , corrigé par Péan ; c’est même et presque le seul instrument dont il se serve; et quoiqu’il en ait rendu l’usage sur et facile , qu’il l’ait étendu à des cas particuliers pour lesquels on ne l’employoit pas avant lui , il sait s’en passer et y a rarement recours ; enfin , comme il nous l’apprend lui-même dans le cours de quarante années de la pratique la plus étendue , il n’a employé le levieitojue deux ou trois fois , et les crochets ou autres instrumens analogues , seulement quatre à cinq fois.
i Avec le talent d’observer , Baudelocque avoit celui d exprimer , de transmettre ses observations. Abondant et fécond dans ses leçons, il ne cherchoit point à éblouir par des discours pompeux, il vouloit instruire; il étoit simple , méthodique , grave , et commandoit l’attention et le respect. Egalement clair , mais serré , précis dans scs ouvrages, il porte la conviction dans l’esprit par l’évidence de ses principes , l’enchaînement , la force de ses raisonnemens. A ces qualités qui distinguent le Professeur , l’écrivain judicieux, il réunissoit la dextérité dans 1 opération, la douceur, la complaisance, celte sensibilité délicate , si nécessaire dans l’exercice de l’art auquel il s’étoit consacré. Toujours empressé lorsqu’il pouvoit être utile , il se rendoit partout où il étoit appelé; la fatigue , l’obscurité des nuits , l’intempérie des saisons , ne 1 arretoient jamais. L infortune et le malheur étoient un titre particulier à ses secours, à ses bienfaits : toujours complaisant et sensible, il consoloit, soutenoit le courage dans les douleurs , par ses réflexions, ses observa-
Vations. Il attendoit avec patience lorsque la nature pouvoit se suffire, et savoit montrer de la fermeté lorsque le cas exigeoit une opération, ou des soins particuliers. Aussi avoit-il obtenu la confiance la plus générale , l’estime , la vénération la plus vraie de tous ses confrères , qui se plaisoient avec le public à le regarder comme le premier Accoucheur de son siècle , l’écrivain le plus utile dans son art , le Professeur le plus instructif ; mais dans ces derniers temps l’éclat de sa réputation éveilla l’envie, et le méchant osa l’attaquer par la calomnie. Ses traits sont toujours impuissans quand on sait les mépriser ; mais Baudelocque étoit» trop sensible ; et quoique tous les gens de bien qui le connoissoient, quoiqu’un jugement solennel lui aient rendu la justice qui lui étoit due, cependant il fut profondément affecté : depuis ce temps sa santé fut manifestement altérée ; ses amis s’en aperçurent , et lui conseillèrent le repos ; mais la confiance que l’on avoit en lui étoit si grande, l’attachement à son état , le désir de répondre aux sollicitations qu’on lui faisoit sans cesse , l’empêchèrent de quitter les fonctions pénibles de la pratique ; le mal s’accrut insensiblement, et la mort termina sa carrière le 2 mai dernier.
Tel fut l’homme de bien que nous avons perdu: sa vie toute entière fut consacrée à l’étude de son art , à l’instruction des élèves, au soulagement des mères, à la conservation des enfans. Le bien qu’il a fait ne sera pas perdu, ses ouvrages survivront , sa doctrine passera à la postérité : les préceptes , le mode d’instruction qu’il a établis se propageront d’âge en âge : et, dans cet amphithéâtre où il se plaisoit à répandre l’instruction , à dévoiler les secrets de son art, on placera sans doute un marbre qui rappellera son nom à la postérité, à l’amour, à la reconnoissance des élèves.
DES MALADIES DES EN FANS. 17 veau-né les glaires ou mucosités dont l’arrièrebouche et les bronches sont engorgées; cela peut arriver lorsque la trachée-artère n.’a pu se débarrasser complètement de l’eau de l’amnios qui y pénètre durant la grossesse , suivant la doctrine de Winslow de Copenhague , confirmée par les expériences d’Abilgaard et de Viborg, ainsi que par les observations d’Hérold et de Scheele, médecins de la même ville.
Mais que l’enfant naisse frappé d’asphyxie , dans l’état de faiblesse ou de syncope, il n’en est pas moins vrai qu’il ne respire point, et que la circulation de ses fluides est arrêtée ou imperceptible ; il sera donc d’autant plus difficile de le ranimer qu’il aura été plus long-temps sous l’influence des causes débilitantes. Aussi n’a-t-on que peu ou point d’espoir de le conserver, quand la mère a perdu beaucoup de sang pendant le travail de l’accouchement, ou bien quand on a été obligé d’exercer de longues et fortes tractions sur les pieds pour l’extraire de la matrice.
Un des meilleurs moyens de revivifier l’enfant asphyxié ou exsanguin après sa naissance, serait donc de lui donner du sang pour remplacer celui qu’il a perdu. Voilà sans doute pourquoi certains auteurs, tels que Smellie, Levret, Chaussier, Freteau, Piet , etc. , recommandent de 11e point couper le cordon ombilical ; et que d’autres, avec
i.Ç TRAITE
Osiander, Antoine Petit, Dorthal, Beauchesne fils, etc. , conseillent de plonger le placenta dans un bain ch and, animé de quelque liqueur spiritueuse. Les uns et les autres se proposent de rétablir ainsi la circulation de la mère à l’enfant, ou de l'enfant à lui-même. Pour prouver que cette pratique est la plus avantageuse, ils assurent avoir observé qu’on parvenait rarement à ranimer les en fans asphyxiés, lorsqu’on faisait la section du cordon ombilical après leur naissance ; tandis que le contraire avait lieu lorsqu’on avait soin de le conserver, et de le plonger dans un bain. Ils prétendent qu’alors on le voit se gonfler, frémir, et battre manifestement. Ils ajoutent que la matrice , en se contractant sur le placenta, lors même qu’il est décollé , peut pousser le sang qui y est contenu jusqu’à l’enfant. Enfin, à les entendre, les vaisseaux dont le placenta est composé se contractent , et se dilatent alternativement , tant qu’il reste en communication avec le foetus : ce qui paraît attester que ce corps jouit encore de la vie organique ou végétative qui lui est propre.
Mais que de réflexions n’aurait-on pas à faire sur toutes ces expériences et sur tous ces raisonnemensî D’abord il est certain qu’on a. vu des enfans asphyxiés revenir à la vie , quoiqu'on les eût séparés de leur mère par l’omphalotomie. Bien plus, il y en a eu qui ont poussé des cris
long-temps après avoir été abandonnes comme morts , et qui ont été les agens de leur circulation, et en quelque sorte de leur résurrection. Voilà donc des faits qui détruisent les premiers , ou qui du moins les rendent fort douteux. Qu’on ait sauvé des en fans asphyxiés, en conservant l'intégrité du cordon, personne n’en doute. Mais qui oserait assurer qu’on n’aurait pas obtenu le meme succès par l’usage des stimula ns convenablement administrés ? D’ailleurs, qu’importe de couper ou non le cordon dans les cas de séparation complète du placenta, d’hémorrhagie excessive , de déchirure de la veine ou des artères ombilicales? Peut-on alors compter beaucoup sur les contractions utérines pour rétablir la circulation de la mère à l’enfant? Enfin les dépendances ou annexes du fœtus peuvent-elles conserver beaucoup de vie , quand il en est privé lui-même en apparence ? De quoi servirait-il donc alors de les plonger dans un bain , surtout lorsqu'elles seraient séparées depuis long-temps de la matrice , ou qu’elles seraient flétries, et sur le point de passer à l’état de putréfaction ?
On peut conclure de là que, s’il a été utile de conserver le cordon ombilical, ce 11’a été que lorsque le placenta adhérait encore à la matrice . De même , si l’on a obtenu quelque succès par I immersion de ce dernier dans un bain chaud , ce n’a été que lorsque le décollement n’en était
pas fort ancien. On conçoit, en un mot, que ces deux deux moyens n’ont pu être avantageux que lorsque l’asphyxie n’ëtait pas extrême. Mais alors ne vaudrait-il pas mieux avoir recours aux stimulans mécaniques et chimiques les plus capables de réveiller l’action du cœur et des poumons?
Ainsi donc qu’on expose l’enfant à l’air libre dès qu’il est né, et qu’on le place sur le côté, les pieds un peu plus élevés que la tète, suivant le procédé d’Hérold et de Scheele , afin que sa poitrine puisse se dégorger plus facilement. Qu’on retire les glaires de la bouche, en y introduisant le doigt ou un petit pinceau trempé dans une dissolution de muriate de soude, ou quelques grains de ce sel. Si, malgré ces moyens, il reste encore de l’eau de l’amnios dans la trachée-artère , le docteur Scheele conseille de la pomper en y introduisant une sonde flexible, à laquelle on adaptera une petite seringue.
Qu’on fasse des frictions sur la région du cœur, sur les tempes , et sur la colonne vertébrale, avec des linges chauds, ou avec une éponge trempée dans un liniment volatil , ou dans quelque liqueur spiritueuse, telle que l’eau-de-vie, l’eau de Cologne , etc. ; qu’on passe une brosse sur la paume des mains et sur la plante des pieds, où il est plus facile d’exciter la sensibilité qu 'ailleurs.
Qu’on tire, ou qu’on soulève avec précaution
le cordon ombilical, dont l’union directe avec le diaphragme paraît si propre , suivant le professeur Chaussier, à exciter la contractilité de ce muscle , et à déterminer la première inspiration. Qu’on irrite aussi les narines avec les barbes d’une plume ; qu’on place sous ces ouvertures de l’ammoniaque, de l’acide acétique ou vinaigre radical, et, à leur défaut, de l’ail ou de l’oignon écrasé; qu’on introduise dans la bouche quelques gouttes d’une liqueur spiritueuse , mais jamais des substances corrosives.
Qu’on tâche aussi de faire pénétrer de l’air dans les poumons, en l’insufflant par la bouche ou par l’une des narines; qu’on y introduise même d’abord une canule ou sonde flexible , à laquelle on adapte un soufflet propre, ou exempt de cendre et de poussière , afin de diriger dans les poumons un air plus pur , et moins dépourvu d’oxygène. Que, pendant cette opération, on pousse doucement le larynx en arrière, pour comprimer l’œsophage , et empêcher l’air de pénétrer dans l’estomac ; qu’ensuite on presse les parois de la poitrine pour solliciter l’expulsion de ce fluide.
Enfin qu’on ait. recours à l’électricité tant recommandée par le docteur Kites dans le traitement des asphyxiés , et qu’on en dirige la commotion vers le creux de l’estomac, suivant le conseil du docteur Fine. Qu’on essaie même le
galvanisme propose par Aldini et Sœmmering ; et qu’on en applique le courant à l’une des oreilles, et au niveau de l’eau imprégnée de muriate de soude où plonge une des mains de l’enfant. Si ce dernier moyen n’est pas assez efficace pour rappeler les asphyxiés à la vie , il pourrait empêcher au moins, d’après Humboldt, de confondre l’apparence avec la réalité de la mort.
A la vérité, il n’est pas toujours facile de se procurer une machine électrique, ou une pile galvanique. Mais les autres moyens sont à portée de tout le monde, et la prudence exige qu’on y insiste pendant plusieurs heures avec beaucoup d’assiduité.
SECTION III
De la débilité des nouveau-nés.
Des enfans naissent quelquefois si faibles et si chétifs , qu’on espère à peine de les conserver ; ils inspirent alors plus de pitié que de joie à leurs pareils, et n’offrent à leurs tendres mères qu’un faible dédommagement des peines qu’elles ont éprouvées pendant la grossesse. L’épouse d’un pharmacien de Paris mit au monde , il y a quatre ou cinq ans, une petite fille à terme , mais si délicate qu’elle mourut presque aussitôt après avoir reçu le baptême. Cet événement nous a paru d’autant plus extraordinaire , que la même dame
est accouchée cle plusieurs autres enfans très-volumineux et très-robustes. Nous pourrions citer encore quelques exemples semblables , entre autres l’épouse d’un de nos anciens élèves , à qui l’enfant quelle mit au monde ne laissa goûter le plaisir d’être mère que pendant vingt - quatre heures.
La débilité des nouveau-nés peut être causée par la longueur de Paccouchement , ou par quelques-unes des circonstances qui le rendent difficile , telles que l’hémorrhagie, la syncope, etc.; mais elle tient plus ordinairement à la mauvaise santé des pareils, aux fautes que la mère a commises contre le régime , souvent à une vie trop licencieuse, à des affections morales qui ont troublé la grossesse. D’ailleurs, l’enfant ne peut-il pas essuyer dans la matrice quelque maladie qui l’empêche de croître et de se développer ? Enfin , sa débilité dépend aussi quelquefois de causes inconnues. Ne peut-il pas naître avant d’être viable ou à ternie ?
Dans tous les cas l’enfant ne paraît offrir qu’un état de langueur, et pour ainsi dire de vie imparfaite ; il respire à peine , et ne pousse que quelques cris plaintifs; son pouls est lent, presque imperceptible ; son visage pâle et décoloré ; ses membres n’exécutent que des moilvemens très-bornés ou insensibles.
A ces traits , on ne peut certainement mécon-
naître la faiblesse du nouveau-né : niais d’où provient-elle ? Est-ce au père, ou à la mère, ou à tous les deux qu’il faut en attribuer la cause? C’est un problème qui n’est pas toujours facile à resou are , et qui n’otTre le plus souvent que des conjectures. La faiblesse ou débilité qui résulte d’un accouchement prématuré, est la seule qui ne laisse presque point d’équivoque. L’enfant porte alors des caractères d’immaturité si frappans, qu il est impossible de s’y méprendre. On peut consulter ce que nous avons dit de la viabilité du fœtus et des signes qui la caractérisent, dans notre Cours théorique et pratique cVAo couchemens.
En général , on ne doit guère compter sur les enfans dont la débilité dépend de leur naissance prématurée , ou de quelque maladie qu’ils ont essuyee pendant la grossesse, ou de la mauvaise santé de leurs parens. Cependant ils ne sont pas tous irrévocablement destinés à la mort , même quand ils naissent avant d’être viables. L’exemple de F ortunio Liceti, et celui de l’enfant dont parle Brouzet, prouvent que la nature trouve encore des ressources dans ces cas-là , pourvu qu’elle soit bien secondée. On peut lire l’article des naissances prématurées dans l’ouvrage déjà cité.
Le moyen de secourir les enfans qui naissent très -faibles, quoique à terme, consiste à les
plonger dans un bain tiède, auquel on ajoute un filet de vin ou d’eau-de-vie , et à faire des frictions sèches sur tout le corps. Si ces excitans ne suffisent pas pour les ranimer , on a recours à quelque substance volatile ou pénétran te , telle que le vinaigre radical ou l’ammoniaque, dont on fait respirer la vapeur.
Les enfans dont la naissance a devancé la maturité, doivent être traités comme celui qui dut la vie aux soins de Brouzet. Mais il est rare qu’on obtienne le même succès.
ARTICLE IL
Des maladies 'externes qui dépendent de l’accouchement.
Ces maladies se réduisent à quelques changemens dans la forme de la tête , à quelques solutions de contiguité ou de continuité dans les os, etc.
SECTION PREMIÈRE
De V allongement de la tête chez les nouveau-nés ,
Cette espèce de difformité n’est ici qu’accidentelle. On l’observe le plus ordinairement chez les nouveau-nés qui sont venus par la tête : elle est même un des véritables signes auxquels on distingue ce genre d’accouchement d’avec celui où
l’enfant vient par les pieds. On ne peut en attribuer la cause qu’à la disproportion de la tête avec le bassin, ou à la ridigité et à la résistance des parties sexuelles ; par exemple , chez les femmes âgées qui accouchent pour la première fois, surtout lorsque les eaux se sont écoulées de trop bonne heure.
Dans ces cas-là , on conçoit que l’accouchement doit être plus long et plus pénible pour la femme qu’à l’ordinaire : car la tête du foetus, quelque violentes que soient les contractions utérines, ne traverse les détroits du bassin qu’avec peine : elle ne s’insinue donc dans le vagin et dans la vulve que comme un coin dont la pointe ou le tranchant prépare la voie à la base ; en un mot, elle se rétrécit d’une bosse pariétale à l’autre , et s’allonge de l’occiput au menton : ce qui ne peut avoir lieu sans que les os de la voûte du crâne se rapprochent mutuellement , et même chevauchent les uns sur les autres. Nous avons vu naître plusieurs de ces macrocéphales dont la tête présentait de huit à neuf pouces entre ses deux extrémités. On imagine donc alors que le cerveau doit être nécessairement plus ou moins comprimé, et qu’il doits’y faire des épanchemens d’où peuvent résulter l’apoplexie , ou des convulsions , selon que l’origine des nerfs a été totalement affaissée , ou seulement irritée.
Il résulte de là que l’enfant n’est jamais sans
danger pendant que sa tète s’allonge ainsi en traversant la filière du bassin. Mais, s’il a le bonheur de naître vivant , ce qui a presque toujours lieu quand le travail n’est pas trop long, on a l’espoir de le conserver malgré cette ditîbrmité. Bien plus , on observe communément que la tête reprend d’elle-même la forme et les dimensions qui lui sont naturelles. Que faut-il donc penser de ces matrones qui , d’une main plus ou moins lourde et toujours maladroite , s’empressent de pétrir la tête des nouveau-nés ? Cette pratique est d’autant plus dangereuse , qu’on risque de blesser la substance du cerveau , et de lui donner une forme vicieuse ou contraire au développement des facultés intellectuelles. S’il est nécessaire d’y toucher, qu’on ne s’en rapporte pour cela qu’aux gens de l’art les plus expérimentés.
SECTION II
De la tumeur du cuir chevelu chez les nouveau-nés .
Il n’est guère d’enfant qui naisse par la tête sans avoir une tumeur plus ou moins dure et plus ou moins volumineuse aux environs de la fontanelle postérieure. Cette espèce de difformité accidentelle est toujours l’elTet de la rigidité des parties sexuelles , et surtout de la résistance que le col utérin oppose à l’extrémité de la tête qui l’entrouvre , et sur laauelle il se resserre comme
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une ligature. Les fluides qui arrosent cette partie, ne pouvant alors y circuler avec la même liberté, doivent nécessairement s’y accumuler , en infiltrer le tissu cellulaire , ou s’épancher sous le cuir chevelu , sur les os , même dans le cerveau.
La tumeur qui résulte de cette pression est formée par du sang ou par de la sérosité : de là les différentes nuances qu’elle présente. Elle est rouge , noirâtre , ou foncée dans le premier cas ; blanche ou jaunâtre dans le second. Elle offre aussi divers degrés de consistance. Ce n’est qu’un oedème plus ou moins rénitent , lorsque le tissu cellulaire est seulement infiltré , ou qu’il y a peu de vaisseaux rompus. La mollesse en est au contraire plus ou moins considérable , et on y sent une fluctuation plus ou moins manifeste , quand les fluides se sont épanchés. Enfin le volume de ces gonflemens varie depuis la grosseur d’une aveline ou d’une noix, jusqu’à celle du poing.
Pour rendre les jeunes praticiens plus attentifs et plus circonspects , nous signalerons ici quelques erreurs ou méprises, que les gens de l’art, même les plus recommandables , ont commises dans le diagnostic de ces sortes de tumeurs. Les uns, tels que Ledran , les ont confondues avec l’encéphalocèle ou hernie du cerveau : illusion d’autant plus facile , en certains cas, qu’on y seut des pulsations ou des mouvemens d’élévation et d’abaissement. D’autres, et Levret atteste le fait,
DES MALADIES DES ENFANS. 29 s’en sont laisse imposer par la dureté des bords , et par la dépression de la partie moyenne , au point de croire qu’il y avait alors une fracture ou un enfoncement du crâne.
L’infiltration ou l’œdème du cuir chevelu n’est point dangereuse : elle se résout le plus souvent d’elle-même , à moins qu’elle ne soit très-étendue. Mais l’épanchement des fluides peut entraîner des suites plus ou moins funestes, lorsqu’il a son siège sur le crâne ou sur le cerveau. Il est quelquefois difficile à guérir dans le premier cas , et dans le second il est le plus souvent mortel , comme l’atteste l’ouverture des cadavres.
Le traitement de ces tumeurs doit varier suivant les circonstances. N’y a-t-il qu’une simple infiltration , on seconde les efforts de la nature en étuvant , plusieurs fois le jour , la partie avec quelque liqueur résolutive , telle que le vin , l’eau-de-vie, la dissolution de muriate de soude, ou l’eau-sel, l’acétate de plomb liquide, ou l’eau végéto-minérale. Dans l’intervalle des pansemens , on y applique des compresses trempées dans les mêmes liqueurs.
Siebold, dans le treizième volume de la Bibliothèque de Richter , rapporte aussi avoir obtenu la résolution de deux tumeurs considérables, produites par l’épanchement du sang, en appliquant sur la tête des nouveau-nés des compres-
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ses trempées dans une décoction aromatique , animée avec le muriate d’ammoniaque. Cependant il est rare que des congestions sanguines cèdent à l’emploi des topiques résolutifs; et, dans le plus grand nombre des cas , on est obligé de donner issue au fluide extravasé avec l’instrument tranchant : il suffît alors de faire une incision longitudinale à la tumeur , et d’y appliquer ensuite un plumasseau qu’on, recouvre de compresses trempées dans quelque résolutif ; enfin on assujétit le tout par quelques tours de bande. Le cuir chevelu se recolle ou se cicatrise avec d’autant plus de facilité et de promptitude que l’épanchement est moins profond , et qu’on tarde moins à l’ouvrir.
SECTION III
Des contusions ou meurtrissures des nouveau-nés.
Ces sortes de lésions accidentelles s’observent quelquefois à la suite de l’accouchement naturel. Elles tiennent alors à la réaction des os du bassin , ou à la rigidité du col de la matrice , du vagin , et de la vulve ; ou bien elles ont pour cause les attouchemens trop réitérés ou trop rudes que l’accoucheur exerce sur la partie de l'enfant qui se présente. On pourrait aussi les attribuer à la mauvaise situation, ou à la direction vicieuse de l’enfant : car il est impossible qu’il traverse alors le bassin , sans éprouver des
DES MALADIES DES ENFANS. 3i frottemens plus ou moins considérables contre les parois de ce canal. C’est ce qui arrive principalement, lorsque, pendant le travail , la tête se renverse en arrière, avant d’arriver au détroit inférieur ou à la vulve , et que le visage avance le premier. Nous avons vu naître , sans le secours de l'art , deux en fans dont la tète se présentait dans cette situation. Le travail fut si long que les joues , les lèvres , les paupières et les narines étaient meurtries , ecchymosées , gonflées ; les yeux étaient à moitié hors des orbites, et tout le visage était si difforme que les nouveau-nés paraissaient monstrueux. Les parens étaient désolés et désespéraient de les conserver. Cependant ces ecchymoses , ces contusions , ces tumeurs se dissipèrent insensiblement , et peu de jours après , ces enfans eurent le visage aussi régulier que ceux dont la tête offre la situation la plus avantageuse pendant le travail de l’accouchement.
Mais les contusions ou les meurtrissures ne sont jamais plus fréquentes , ni plus fortes qu’après l’accouchement non naturel. On conçoit facilement quel doit être l’effet des mains appliquées avec trop de violence sur les pieds, sur les jambes , sur les cuisses , sur les hanches , sur l’abdomen, sur la poitrine , sur le cou, et sur la face de l’enfant qu’on est obligé de pelotonner en totalité ou en partie pour l’extraire de la matrice.
Qu’on se représente encore la manière d’agir du lacs sur les membres abdominauxou thoraciques, celle des doigts recourbés , ou des crochets mousses qu’on insinue dans le pli des jarrets , sur les aines , ou sous les aisselles ; enfin celle du levier ou du forceps sur la tête , surtout quand ces instrumens sont mal dirigés , et l’on aura une idée de toutes les causes qui peuvent contondre ou meurtrir le corps du nouveau-né.
On voit donc par là quelles sont les parties ou régions du corps le plus exposées à être blessés , les circonstances où cet accident est le plus à craindre , et les précautions à prendre pour l’éviter. Mais celui qui est versé dans la théorie et la pratique des accouchemens , est seul capable d’apprécier la cause , le siège , le caractère et le danger des blessures que l’enfant peut recevoir en naissant. Car il faut avoir égard pour cela au genre de travail qui s’opère , à la forme du bassin , à la situation , au volume et à la direction des parties qui s*e présentent, enfin aux moyens qu’on met en usage pour venir au secours de la nature quand elle est impuissante.
Les contusions ou meurtrissures des nouveaunés présentent une teinte rouge, brunâtre, et plus ou moins foncée , avec ou sans excoriation de la peau ; il y survient, pour l’ordinaire , un certain degi’é d’inflammation qui se manifeste toujours , par une tension et un gonflement plus