CHAPITRE LXVI
DU PROLAPSUS UTÉRIN
On appelle prolapsus utérin une menace d’inversion de la matrice ; ce n’est pas, comme quelques-uns le pensent, le détachement des liens par lesquels elle adhère, ni qu’elle tombe en entier, car, dans ce cas, elle ne pourrait être replacée. Quelques-uns disent qu’elle sort totalement par suite d’une blessure ou de quelque chose de semblable qui a rompu, relâché ou fait disparaître les membranes et les muscles qui la retiennent. Mais les disciples d’ Hippocrate et Hérophile disent que l’orifice seul de la matrice (est en procidence), d’autres que la matrice ne sort pas totalement, qu’elle ne pourrait rentrer à sa place ; qu’elle ne proémine que partiellement, que l’inflammation de l’orifice fait croire à une procidence. D’autres pensent que la procidence se produit par une inversion, que la surface externe est devenue la surface interne avec sa tunique. Ils pensent qu’il y en a deux, la tunique externe qui s’est soudée avec les parties sous-jacentes, et la tunique interne qui y est attachée, qu’elle est membraneuse et relâchée, que c’est elle qui est sortie. D’autres pensent, que la proci-
De la chute de la matrice. — La chute de la matrice se produit à la suite de l’accouchement d’un enfant mort amené par l’embryulcie, par la maladresse d’une sage-femme qui aura voulu arracher par force les secondines, et à la suite d’un coup ; elle peut aussi être le résultat du relâchement des ligaments qui la fixent. Parfois elle n’est que partielle, son orifice descend quelquefois et occasionne des douleurs; la tunique interne seule peut descendre et constituer une tumeur rouge, rugueuse, indolore. Si c’est la matrice en totalité qui descend, elle constitue dans le vagin une tumeur semblable à un œuf. Si ce n’est pas par inversion de la matrice que la descente a eu lieu, la tumeur est plus grande et
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dence s’est produite par rupture ou par résolution et en partie par dédoublement de sa cavité : ils disent que ce qui est sorti par suite d’une rupture aura une apparence sanguinolente, sera arrivé après une chute, quelque violence ou un coup ; si elle résulte d’un relâchement ou d’une atrophie, elle ne sera pas sanguinolente; le plus souvent la cause est occulte, et elle rentie dans les conditions que nous avons indiquées précédemment et 1 accident est réparé. Et si la procidence se reproduit en partie, comme celle du rectum, les deux surfaces apparaissent. Dans 1 inversion, tout le pourtour de la tumeur paraît arrondi; elle ressemble a un œuf, reste cachée dans le vagin ou est poussée entre les grandes lèvres, de couleur rouge d’abord, blanche plus tard. Si nous admettons que la procidence est totale ou partielle, nous repiochons à Euryphont de suspendre la malade par les pieds à une échelle pendant toute une journée et une nuit, pour la coucher ensuite dans le lit et lui donner de la tisane froide pour aliment. Cette suspension est intolérable et cet aliment provoque des gaz. C’est contraire à l’art de fixer d’avance le temps (pendant lequel un traitement doit être suivi). Mais Évênor introduit dans le vagin de la viande de bœuf, ignorant que la sanie qui résulte de sa putréfaction est âcre et détermine des ulcérations. Dioclès, dans son douzième livre des Maladies des femmes, insuffle dans la matrice prolabée de la poussière de fer des forgerons et la remet en place, puis il introduit dans le vagin une pomme de grenade pelée et trempée dans le vinaigre, qui est dure et astringente. Il en est
semblable à un œuf et plus ; elle est sanguinolente et conserve l’intégrité du sentiment. Si la peau est rompue, la face de la malade est pâle et la tumeur est insensible.
Il faut faire coucher la malade les jambes écartées, et s’il s’écoule encore du sang et s’il n’existe pas de chaleur, il faut faire des applications d’eau froide, repousser l’organe dans le vagin et introduire une éponge trempée dans de l’eau vinaigrée, en appliquer sur les parties externes ; lier un pied sur l’autre, mettre un coussin sous les reins placés un peu plus haut et la nourrir simplement.
Si la matrice tombe encore sans chaleur, il faut faire des frictions,
qui ajoutent un sac en crins pour que les extrémités de ceux-ci, saillantes et pointues, fassent contracter les parties malades, oubliant que ces parties sont sensibles, mais qu’au bout de peu de temps elles deviennent douloureuses, se contractent, et que le déplacement est reproduit. Quelques-uns, la plupart, font respirer des parfums aux malades et pratiquent sous la matrice des fumigations fétides, dans la pensée que le premier moyen attire l’utérus, que le second le fait fuir. Nous repoussons aussi le traitement de Straton qui remplit le vagin avec des cendres mouillées et y ajoute du castoréum; les cendres sont irritantes et le castoréum remplit la tête. — Si les selles sont retenues dans le rectum, il faudra les diluer par un lavement simple. Si l’urine est retenue dans la vessie, il faudra l’évacuer avec la sonde. Ces accidents de rétention sont fréquents, car entre la vessie et le rectum, la matrice déplacée comprime ces parties et les rend plus étroites. Les réservoirs vidés, il faut placer la malade dans son lit, le bassin élevé, les cuisses fléchies et écartées l’une de l’autre. Puis les parties prolabées ayant été bien arrosées avec de l’huile chaude, on fera avec de la laine une pelote dont la dimension sera celle de la capacité du vagin. Cette pelote sera enveloppée d’une toile fine, trempée rapidement dans de l’oxycrat, ou dans une décoction tiède de myrte, ou de lentisque, ou de mûre, ou de malicorne, ou de roses, ou de suc d’acacia ou d’hypocistide macérées dans du vin, puis toute la partie prohibée sera, par une pression douce, repoussée en haut jusqu’à ce que la matrice ait repris sa place normale, et que toute la pelote de laine soit entrée dans le vagin ; puis on placera au dehors de la laine trempée dans un vin astringent, et tout le ventre sera couvert de laine ou
administrer des lavements pour combattre la paresse intestinale, employer des fomentations avec de l’eau vinaigrée froide ou avec une décoction de lentisques, de myrte, des écorces de pommes, de grenade ou infusion de roses, des bains de siège et des injections avec une infusion d’acacia dans du vin, et les moyens dont nous avons parlé ; des applications vaginales avec de la laine ou des éponges mouillées avec les moyens cités. Si la matrice devient chaude et douloureuse, il fau-
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d’éponges trempées dans de l’oxycrat; l’hypogastre, le pubis et les lombes seront entourés de bandes ; les cuisses seront disposées pour se croiser l’une sur l’autre. Le troisième jour la laine étant toujours contenue dans le vagin, la malade prendra un ain e siège dans du vin rouge astringent légèrement chauffe, ou ans une décoction de mûres, de myrte, de lentisque ou de mali corne. Après ce bain, elle sera replacée dans son lit, sur le dos, le siè-e élevé, et la pelote de laine sera retirée et remplacée par une autre préparée de la même manière ; sur 1 hypogastre on mettra un cataplasme fait avec une bouillie de palmettes et de malicorium avec de l’oxycrat. Au bout de trois jours, on fera encore de même jusqu’à ce que la guérison ait été obtenue ; si, au contraire, depuis longtemps déjà, l’utérus est resté dehors et qu’il paraisse déjà refroidi, ou s’il est manifestement enflamme et plus ou moins douloureux, il faudra l’irriguer avec des décoctions de suc de fenugrec, ou de graine de lin ou de mauves, et le replacer comme cela a été dit. Si l’état de la malade 1 exige, on fera une saignée, on emploiera des relâchants proportionnellement à l’intensité de l’inflammation. Si le traitement traîne en longueur, et si une portion de l’utérus ressort continuellement, il faudra laver cette partie avec du vinaigre chauffé médiocrement et prendre un bain de siège dans de l’eau vinaigrée suffisamment prolongé et on observera toutes les recommandations données ci-dessus. Cela fait, il faudra aussi remonter tout l’organisme pâlies moyens dont nous avons donné l’indication et l’ordre de leur emploi pour obtenir une reconstitution de la malade. Il faudra rougir les parties voisines du pubis, les lombes et l’hypogastre, par des cautérisations, des topiques irritants, ou employer des
dra faire des fomentations avec de l’eau chaude, employer les émollients, même avoir recours à la seignée et tous les calmants et ceux qu’on emploie contre la paralysie ; si la matrice retombe souvent et si la marche de la maladie prend une allure chronique, il faudra faire usage des reconstituants, appliquer des ventouses à la région rénale et aux vertèbres et reprendre la médication reconstituante.
Si à la suite de chutes fréquentes la matrice est devenue comme un
pessaires avec du nitre, des raisins écrasés, du sel, et toutes les substances dont on fait usage dans la médication reconstituante. Puis, à cause de la sensibilité des parties qui ont été malades, on rejettera le vinaigre, on aura recours à la terre noire qu’on trouve dans les marais, on fera des affusions d’eau chaude qui sont très utiles. Après les affusions, je suivais la même méthode de traitement, mais si, par suite de la viciation des humeurs, le mieux ne se déclare pas, il faudra faire usage de lie de vin brûlée, ou de nitre, ou de lessive de cendres, en bassiner légèrement les parties, recourir aux astringents sous forme de fomentation, avec une dissolution filtrée dont nous avons parlé, à des lotions de plomb avec de l’huile de myrte ou avec du miel, ou à d’autres astringents ; nous réduisons la matrice comme nous l’avons dit. Beaucoup de médecins aspergent la matrice prolabée avec du nitre et la replacent ainsi. Thessalus, conséquent avec lui-même, approuve ce traitement, employant les reconstituants plutôt dans l’intermittence que dans l’exacerbation. Si la partie prolabée pendant longtemps noircit, car il en est qui disent que des femmes peuvent arriver à l’extrême vieillesse avec un utérus prolabé, il faudra faire usage des médicaments recommandés contre les ulcères serpigineux.
Si cela ne guérit pas, la partie noircie devra être réséquée, car nous avons réséqué une partie noircie du foie et un lobe du poumon. Si la totalité de la matrice était devenue noire, il faudrait en faire l’ablation totale; nous nous appuyons sur l’autorité de ceux qui affirment que cette opération peut se faire sans danger, et nous en avons fait mention plus haut. La partie noircie n’est pas une partie noble, mais un corps devenu étranger qui n’est
organe étranger et noircit, nous employons la médication contre le cancer utérin, on enlève la partie noire. Si peu à peu la matrice est devenue comme morte, nous en ferons l’ablation; les plaies vaginales guérissent bien, mais la séparation de ce qui est mort d’avec ce qui est vivant est difficile et dangereuse. Nous avons l’habitude de renvoyer ces malades, bien que l’antiquité cite des femmes qui ont survécu longtemps à ces o Dérations.
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plus propre à rien. Si, à la suite de procidences répétées, l’utérus a contracté des adhérences avec les grandes lèvres, comme on en donne des exemples, et qu’il s’y forme des concrétions, il faudrait faire des incisions comme on en fait pour l’intestin et le péritoine ; cependant, pour la sécurité de la malade, il faudrait laisser quelque partie de l’utérus (noircie), si la dissection ne pouvait se faire exactement.
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
Testimonia V
Bibliographie vi
Préface vil
Introduction xi