Annales de gynécologie, p
VTII
PRÉFACE
n’avait pas pu être corrigé et le livre restait à peu près illisible. C’est au savant Ennemis, professeur à Groningen, que l’on doit une édition émondée de cet ouvrage, qui fut publiée en 1869.
Les circonstances m’ayant donné des loisirs, j’ai pu faire la traduction de la Gynécologie de Soranus tout entière.
Pendant que j ’avais publié mon premier travail ( 1 882), avait paru à Leipzig, à la librairie Teubner, un livre intitulé : Sorani vêtus transi atio latina d’après un manuscrit du xme siècle, c’est l’œuvre de Moschion, abréviateur et traducteur en latin du livre de Soranus, en bien meilleur état que ce qui avait été publié jusqu’alors ; sous ce rapport, on doit une grande reconnaissance à V. Rose qui a ajouté à ce livre des figures du manuscrit.
Cette abréviation de Moschion, faite en forme de catéchisme à l’usage des sages-femmes et même à l’usage des médecins, m’a paru devoir être jointe au texte même du livre de Soranus pour en faciliter l’interprétation.
J’ai eu occasion de mettre sous les yeux des accoucheurs français les nombreux documents historiques que renferme le livre de Soranus, et, ce qui est plus précieux, le rare bon sens pratique du grand médecin méthodiste, qui, à la suite de l’énumération des médications et des médicaments employés, exprime en quelques mots sa pensée magistrale que la science et la pratique ont surtout grand intérêt à ne pas laisser périr.
PRÉFACE
Je ne me dissimule pas l’insuffisance d’une simple traduction pour faire connaître cette œuvre et les principes de l’école méthodiste qui l’ont inspirée; c’est une étude complète et sérieuse de toute son œuvre qu’il faudrait, mais c’est là une tâche considérable que pour bien des motifs je ne pouvais pas entreprendre.
Si cette simple traduction pouvait avoir pour effet d’engager quelque savant à entreprendre ce travail, j’aurais obtenu la plus belle récompense que ma traduction puisse ambitionner.
Nancy, n mai 1895.
F. -J. Herrgott.
INTRODUCTION
Pendant bien longtemps il n’a existé à Rome et dans les États soumis à sa domination, aucune école où pouvait être étudié l’art de guérir ; né en Grèce, il n’était enseigné que là, dans quelques villes de l’Archipel et de l’Asie Mineure ; mais surtout à Alexandrie, sur les bords du Nil, où se trouvait l’école la plus renommée, où enseignaient des maîtres distingués, où existait une bibliothèque considérable et tout ce qu’il fallait pour de sérieuses études. De cet état résultaient deux choses : l’absence de médecins romains à Rome et en Italie, et la présence dans cette ville de médecins grecs ; la pratique de la médecine était entre leurs mains, comme le dit très bien Pline l’Ancien dans le livre
XXIX de son Histoire naturelle1. Pline dit ne connaî-
tre aucun livre de médecine écrit en latin, quoiqu’il
i. Ed. Varior, ex offic. Hack., Lugd. Bat., 1669, t. III, p. 247.
INTRODUCTION
soit si bien informé sur tant de choses : « Quanquam non ignarus sim, nullius ante hæc latino sermone condita. » ( Consiha medica .) Cette affirmation nous a beaucoup étonné, car Celse, contemporain d’ Auguste, est mort peu avant lui ; il faut dire aussi que si Quintilien, qui a été le maître de Pline, avait pu dire en parlant de Celse : « Mediocri vir ingenio, non solum de his omnibus conscripsit artibus, sed amplius rei militaris, et rusticæ etiam, et medicinæ præcepta reliquerit 1 », il n’en aura pas parlé à son élève ; quant à la mort du naturaliste, la date est connue ; il a succombé prés de Castellamare en août 79, pendant la terrible éruption du Vésuve qui ensevelit Herculanum sous une coulée de lave et Pompéi sous la cendre du volcan.
Quant à l’œuvre médicale de Celse, la postérité a vengé l’auteur du silence de l’un et du dédain de l’autre. Dans une lettre que Bianconius a adressée aux frères Luchtmann sur l’époque où a vécu Celse, on lit2 : « Ut ego censeo, ad florentissimum aurei sæculi api- « cem sit referendus, ad primos nimirum Augusti « annos, quibus cæteris præstabant Virgilius, Horatius, « aliique his et virtute et ætate pares. »
Si la pratique de la médecine tombée entre des mains ignorantes, cupides et indignes, avait mérité le jugement sévère de Pline, celui-ci ne saurait s’appliquer
1. Fabii Quintiliani Institulionum, lib. XII. Ed. ex oï Hackiana. Lugd Batav , 1665. Inst. Oralor., lib. XII, cap. XI, p. 915.