Ed. L. Targa, Lugd. Batav., 1785, p
INTRODUCTION
à la totalité des médecins, parmi lesquels il s’en trouvait qui étaient instruits, appliqués aux recherches scientifiques, soucieux des progrès de l’art et dévoués aux malades. Les doctrines médicales anciennes, représentées par les livres hippocratiques, étaient combattues et délaissées ; de nouvelles doctrines avaient surgi, cherchant à la science un appui plus solide, à la pratique un guide plus sûr que celui que fournissait l’empirisme hippocratique, dont l’application au lit du malade était si difficile. La doctrine d’Épicure, qui avait trouvé en Lucrèce un interprète éloquent, avait poussé les médecins à scruter les lois de la nature pour ramener à l’état normal les fonctions troublées.
« C’est au milieu de ce monde de dupes et d’imposteurs, dit Guardia dans son Histoire de la médecine1, qu’apparut tout à coup le plus illustre des réformateurs de la médecine, Asclépiade, de Pruse en Bithynie (Asie Mineure). Quoique ses écrits aient péri, ses détracteurs et ses admirateurs l’ont assez fait connaître pour qu’on puisse l’apprécier. Aux dons de la nature, cet homme rare ajoutait une culture supérieure, une éloquence entraînante, un amour extraordinaire pour la vérité, un désintéressement peu commun qui lui fit préférer les pauvres de Rome aux présents de Mithridate pour l’attirer à sa cour. Sa philanthropie lui faisait recommander de traiter les malades en conscience par
i. Paris, ch. O. Doin, 1884, p. 17.
INTRODUCTION
les moyens les plus expéditifs et les plus doux... chasser de sa pratique tout charlatanisme et l’empirisme vulgaire et routinier... Son grand souci était de soutenir et de ranimer les forces de l’économie indispensables aux malades... Asclépiade épura la théorie médicale... il eut au suprême degré le sentiment de la vie organique, le sens vital qui fait essentiellement le médecin. 11 saisit les caractères permanents qui rapprochent les maladies les plus différentes en apparence et, par l’analogie résultant de la comparaison, il établit ce traitement méthodique qui s’adressait moins au mal local qu’à l’état général de l’économie souffrante. Thémison, qui fut son élève, a été regardé comme le chef de l’école méthodique. « Asclepiades medendi rationem magna ex parte « mutavit. E xThemison successoribus... salutaris ista nobis « professio increvit1. » C’est quelque temps après sa mort, qu’arriva à Rome, sous les régnes de Trajan et d’Adrien (98-117, 11 7-1 3 2), un médecin originaire d’Éphèse, Soranus, qui avait fait ses études médicales à Alexandrie, et qui appartenait à la secte des méthodistes ; il n’avait pas tardé à inspirer une grande confiance. Complètement dévoué à la science et à son application, il composa un grand nombre d’ouvrages dont le premier, consacré aux maladies aiguës et aux maladies chroniques, ne fut conservé que par la traduction latine qu’en a faite Cælius Aurelianus quelques siècles après.