‹ Traité des maladies des femmesChapitre 21 sur 114 · LA VIRGINITÉ PERPÉTUELLE EST-ELLE SALUTAIRE · texte numérisé non relu

LA VIRGINITÉ PERPÉTUELLE EST-ELLE SALUTAIRE

nuisible aux femmes que l’usage immodéré de l’acte, car la sécrétion de la semence est continue; qu’accompli avec modération et par intervalle, il est favorable à la santé, tandis que l’usage abusif des forces ou de la voix leur est préjudiciable. Il en est beaucoup qui, après l’acte vénérien, sont plus dispos et parlent d’une voix plus claire. Quelques-uns, au contraire, disent que l’émission du sperme est nuisible quand elle produit une débilité, que par cela même elle est préjudiciable ; que si elle est modérée et pratiquée avec opportunité elle n’est pas nuisible mais utile à la santé. De même que les mouvements actifs de tout le corps provoquent la transpiration et que le repos l’empêche ou la fait cesser, et de même que le chant ou la parole augmentent la sécrétion salivaire, les mouvements de la femme dans l’acte vénérien produisent un relâchement de tout le corps ; par le même motif l’écoulement menstruel est utile à l’utérus. Beaucoup de veuves ayant eu des menstrues parcimonieuses, goutte à goutte, étant remariées, ont de nouveau été menstruées normalement. Les truies auxquelles la matrice a été enlevée deviennent plus grosses parce que l’organe de la sécrétion menstruelle a disparu. C’est ainsi qu’un individu qui n’a plus de pieds ne devient pas podagre, ni strabique celui auquel un œil aurait été enlevé, puisque les organes qui étaient le siège de la maladie n’y sont plus, de même que celles auxquelles on a fait l’ablation de l’utérus ne peuvent ressentir les maladies d’un organe dont elles ont été privées. Chez les vierges l’utérus est important, c’est pourquoi on peut craindre que l’action de l’utérus, la menstruation, disparaisse chez celles qui évitent le coït. A ceux qui prétendent que la virginité exempte la femme des dangers de la maternité, on peut répondre que les vierges sont sujettes à des maladies plus pénibles à cause de l’absence même du coït, comme l’empêchement du flux menstruel. Elles engraissent, prennent un fort embonpoint en conservant ce qui devait être excrété par la menstruation ; la virginité perpétuelle est donc nuisible. A cet egard les avis sont partagés. Nous pensons que la virginité perpétuelle est salutaire, puisque le coït peut être préjudiciable, comme nous l’avons dit dans notre livre sur l’hy-

giène (III). Nous voyons chez les animaux que les femelles qu’on n’accouple pas sont les plus robustes, et que les femmes qui ont embrassé l’état religieux et se vouent à la chasteté sont moins facilement malades que les autres. Elles sont menstruées parcimonieusement, deviennent grasses, mais cette obésité est le résultat de la tranquillité de leur vie et de l’absence de tout mouvement. Assurément, beaucoup de femmes passant leur vie dans la virginité, confinées dans les temples soumis à leur garde, privées d’exercices utiles, ne devenant jamais enceintes, étant privées des jouissances qui en résultent, sont affligées des inconvénients dont nous avons parlé. Malgré cela, la virginité perpétuelle est salutaire aux deux sexes. Mais la loi de la nature impose à chacun de contribuer à la propagation de l’espèce ; il en résulte que le coït est nécessaire. Nous en parlerons plus loin.

Page 1