ENCEINTE
Ce traitement comprend trois temps : le premier a pour but de faire conserver la semence qui a été injectée. Le second de mitiger quelques symptômes qui sont survenus, comme le pica s’il s’est produit ; le troisième, le dernier, qui se rapporte à l’époque où l’accouchement est prochain, qui a pour but de préparer à l’enfant une sortie facile; nous avons déjà parlé des deux premiers temps. La conception ayant eu lieu, il s’agit d’éviter tout ce qui peut mettre en mouvement le corps et l’esprit. La semence est rejetée dans la peur, dans la tristesse et dans une joie subite, par tout trouble ou exercice violent, la rétention de l’haleine, la toux, l’éternuement, des coups ou blessures, une chute, surtout sur le siège, l’action de soulever un fardeau, le saut, un siège dur, l’usage des purgatifs et de sternutatoires, le jeûne, l’usage de crudités, l’ivresse, le vomissement, la diarrhée, les relâchants et les substances qui augmentent la chaleur ; j e dirai, en un mot, si on veut éviter un avortement, il faut éviter toute occasion de mouvements violents. Il faut, par conséquent, s’abstenir soigneusement de toutes ces choses, si c’est en notre pouvoir; faire reposer et coucher la femme enceinte pendant un ou plusieurs jours, ne lui permettre qu’un repas modéré, et quand l’appétit s’éveillera, composé d’aliments d’une digestion facile. Il fitut éviter rigoureusement les frictions sur l’hypogastre afin que l’adhérence de la semence à l’utérus ne soit pas troublée. Il faut faire des onctions avec de l’huile fraîchement exprimée d’olives avant leur maturité, donner des aliments farineux en petite quantité. Il faut, autant que possible, ne pas lui per-
mettre des bains pendant la première semaine, car ces émollients peuvent avoir pour effet de ramollir la semence. Ceux qui savent que les bains ont pour effet de s’opposer à la réunion des plaies qui deviennent alors béantes, que les corps solides des athlètes sont relâchés par le bain, penseront que la semence encore molle, raffermie seulement depuis peu, ne devra pas être liquéfiée. Il est rationnel de supprimer l’usage du vin pendant quelques jours afin d’éviter des mouvements violents de toutes les parties du corps. De même que les os brisés ne se solidifient pas quand ils sont mis en mouvement, de même aussi la semence restée bien en repos croîtra et se fortifiera dans l’utérus à l’abri de toute perturbation. Il ne faudrait cependant pas insister pendant trop longtemps sur ces précautions, de peur que le corps et l’utérus ne se débilitent par la privation du vin et des aliments. La patiente devra néanmoins agir avec quelques précautions ; le second jour, elle pourra sortir en chaise à porteur ou sur une chaise longue; une voiture traînée par des chevaux n’est pas à recommander, à cause des secousses qu’elle provoque. Ces exercices seront courts d’abord, mais on pourra augmenter tous les jours (la vitesse et la durée). La nourriture sera légère et facile à digérer ; ce sera d’abord du poisson, pas trop gras, des viandes maigres, des légumes doux. Il faut éviter toute nourriture âcre, comme les oignons, l’ail, le poireau, les salaisons et les aliments d’un goût prononcé. Ils se corrompent facilement (dans l’estomac), deviennent âcres et causent des flatulences; ils sont incisifs et affaiblissent, c’est pourquoi nous en avons parlé dans le livre des maladies chroniques1. C’est agir tout à fait légèrement que d’introduire dans la constitution des relâchants, des débilitants dissolvant les callosités et les duretés, car introduits dans le corps, ils pénètrent dans l’utérus où la semence est liquide, muqueuse avant qu’elle n’ait acquis la consistance qu’elle doit avoir. Il faut aussi s’abstenir du coït, car il imprime du mouvement à tout le
i. « Allium, quod necessario vexet ægrotantes inflando. » (De morb. cbroti. Ccd. Aur. Lib. II, cap. 214. Ed. Amm., p. 427.)