REMARQUE
Parmi les maladies qui arrivent aux femmes en couche , et qui ont leur siège dans le système utérin , on pourroit encore placer l’hémorrhagie utérine , la descente de la matrice , et la meti îte ou inflammation de cet organe. Mais, comme nous avons déjà parlé de la première dans notre Cours théorique et pratiquée! Accoucliemens, et des deux dernières dans ce Traité-ci, nous renverrons aux articles où il en est question ; joint à cela que les indications sont ici les mêmes qu’ailleurs. Il eu sera de même pour les liemorrlioïcles et les het nies, auxquelles la nouvelle accouchée peut être sujette , et qui ont été décrites dans le chapitre précédent.
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ARTICLE II
Des Maladies qui affectent toute l’économie en général , ou d’autres organes que la matrice chez les femmes en couches.
La sympathie de la matrice avec toutes les fonctions de l’organisme, et l’exaltation des propriétés vitales , surtout de la sensibilité , pendant la grossesse et le travail de l’accouchement , disposent la femme à une infinité de maladies, quand elle vient de se débarrasser du produit de la conception. Mais, loin d’usurper ici le domaine de la médecine générale, nous réduirons cette partie de la pathologie puerpérale à quelques affections qui sont les plus familières aux nouvelles accouchées : telles sont certaines fievres qu’on a fort mal à propos nommées puerpérales, la péritonite , ou inflammation du péritoine , a laquelle on pourroit peut-être donner plus convenablement celte dénomination ; l’engorgement des membres abdominaux , qu’on a pris pour
Iune métastasé de lait ; et enfin les éruptions miliaires des femmes en couches , que quelques auteurs regardent aussi comme laiteuses.
SECTION PREMIÈRE
Des Fievres qui peuvent attaquer Les femmes en couches , et qu on nomme puerpérales.
Rien de plus absurde, de plus chimérique, ou de plus contraire à l’esprit d’analyse et d’observa-
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tion, que l’idée d’une fièvre puèrpérale , c'est-àdire d'une fièvre essentielle ou propre à la femme nouvellement accouchée. Pour qu’une pareille maladie méritât le litre qu’on lui donne , et la place que certains auteurs voudroienl lui assigner dans les cadres nosologiques, ne seroit-il pas nécessaire qu’elle fût toujours , dans tous les temps , dans tous les lieux , et chez toutes les femmes , produite par les mêmes causes , accompagnée des mêmes symptômes, et avantageusement combattue parles mêmes remèdes ? Or il s’en faut bien que la fièvre qui suit les couches réunisse celle triple identité ; il semble,, au contraire , que les écrits ne se soient multipliés sur cette prétendue maladie , que pour en laisser entrevoir le vague , l’incertitude et le peu de réalité ; tant on y trouve d’idées disparates , et , pour ainsi dire , contradictoires !
Et d’abord , quelle variété d’opinions pour ce qui en concerne les causes ! Il est bien vrai que presque tous les anciens ont attribué la fièvre puerpérale à la suppression des loclnes ; mais il est bien certain aussi qu’ils se sont fait illusion à cet égard. La preuve , c’est qu’on a observé les maladies les plus graves chez des femmes nouvellement accouchées , quoique cefte sécrétion fut aussi abondante qu’à l’ordinaire : bien plus, on a vu les lochies manquer absolument après la délivrauce , ou se supprimer d’une manière brusque, sans que la santé des femmes en ait été le moins alleree. L écoulement
DES MALADIES DES FEMMES. î>2 ï
lochial n’est donc pas si nécessaire aux nouvelles accouchées , qu’on eu doive toujours redouter l’absence ou la suppression.
D’ailleurs une cause quelconque doit toujours avoir un rapport direct et constant avec l’effet qu’elle produit ; elle doit le précéder et l’annoncer, en être comme l’avant-coureur. Or cJest ici , au contraire, la fièvre qui, le plus souvent, débute chez les femmes en couches, tandis que les lochies diminuent ensuite graduellement , à mesure que le mal empire ou fait des progrès. Il en est de cette excrétion comme des autres évacuations naturelles ou artificielles, qui tarissent ou se suppriment dans 3e cours des maladies aiguës. Enfin ceux qui rapportent la cause de la fièvre puerpérale à la suppression des lochies , ne s’appuient que sur une i prétendue corruption du sang qui s’écoule par cette voie , et qui ne manque pas , disent-ils , d’être nuisible à la femme, s’il rentre-dans le .torrent de la circulation. Mais les physiologistes ignorent-ils que le sang rendu par les extrémités des vaisseaux utérins, après le décollement du placenta, est tout-àfait semblable à celui qui circuloil de la mère au fœtus pendant la grossesse ? Comment donc la suppression des lochies pourroit-elle devenir la source des fièvres ou des autres maladies qui attaquent la femme en couche ? C est là un de ces paradoxes qu’on ne peut avancer ni soutenir, sans s’écarter du sens commun.
On peut faire à peu près les mêmes raisonne-
mens pour combattre la doctrine des modernes , principalement de Mercurialis , de "Willis , et de Doublet , qui considèrent la suppression du lait aux mamelles comme la cause de la fievre puerpérale. Dans l’hypothèse de ces auteurs , le defaut de sécrétion laiteuse ne devroit - il pas etre toujours anterieur à la maladie qu on lui attribue , et se compotier avec elle comme la cause à l’égard de son effet ? C’est là néanmoins le contraire de ce qu on observe ; car le lait ne se supprime et le sein ne s’affaisse qu’après le début de la prétendue fievre puerpérale. On a vu des femmes tomber malades immédiatement après la délivrance , et avant que le lait eût eu le temps de monter aux mamelles , et de s'y altérer. A la vérité , pour infirmer un tel motif, Doublet soutient que ce liquide existe dans le sang avant l’accouchement ; mais on peut lui répondre que , quoique les matériaux de toutes les sécrétions circulent ensemble dans le réservoir ou torrent commun des humeurs , ils doivent encore subir une élaboration particulière daus des organes respectifs , pour y acquérir les qualités qui leur sont propres , et remplir les usages auxquels ils sont destinés. Il n’ya donc point de lait proprement dit aux mamelles, avant l’expulsion du (œtus et de ses dépendances ; par conséquent le défaut de sécrétion laiteuse ne peut être regardé connue la cause des fièvres qui se manifestent aussitôt après f accouchement. D’ailleurs, si cette opinion étoit fou-
.dée, les mères qui allaiteroient leurs en fans seroient à l’abri de tout danger , ce qui est loin d être conforme à l’expérience. Enfin que deviendroient alois celles qui ne pourroient remplir ce précieux devoii ? Que deviendroient encore les nourrices que des raisons obligent quelquefois de sevrer brusquement? Dans ces deux derniers cas, le lait resorbe, ou reporté dans tout l’organisme , devroit nécessairement y causer les plus funestes ravages. Or conçoit-on qu’un fluide, destiné parla nature a nourrir le fœtus , et à circuler dans ses vaisseaux , puisse reporter le poison et la mort dans ceux de la mère , d où sortent les matériaux qui le composent ? Certainement, si la femme avaloit son propre lait, ou se l’injecloil sous forme de lavement, elle n’en auroit point à craindre de pernicieux effets ; car on i sait qu’on l’a introduit impunément dans l’abdomen , et même dans les veines de plusieurs animaux ; i pourquoi donc en redouteroit-on la résorption après l’accoucbemeut? Concluons que les anciens et les : modernes ont pris pour la cause de la fièvre puerpé- ; raie, ce qui n’en est que l’effet, en l’attribuant, les ! uns à la suppression des lochies, les autres à celle de la sécrétion du lait aux mamelles ; d’où il résulte que les causes de cette fièvre , outre qu’elles ne sont point identiques, sont encore purement imaginaires.
En second lieu , il règne bien moins d’harmonie entre les auteurs touchant les symptômes , la nature et le siège de la fièvre puerpérale. Hippocrate et les
anciens, tels que Galien , Celse, Aëlius , Paul d’E- £ine et Avicenne n’y voyoient qu’une inflammation de la matrice; opinion qu’ont embrassée Mercatus et Ferestus, et qui paroîtroit avoir été confirmée, vers le milieu du siècle dernier, par les observations d’Antoine de Jussieu , d’Albert de Villars , de Fontaine et de Pouteau. Parmi les modernes , Hulme , de Laroche et Léake considèrent cette fièvre comme une affection inflammatoire des intestins , de l’épiploon et du mésentère; Willis, Puzos , Levret et Doublet , comme une fièvre d’une espèce particulière; Witbe,Peu, Tissot et Alphonse-Leroi, comme une fièvre adynamique; Rirkland, tantôt comme une fièvre adynamique , tantôt comme une fièvre inflammatoire; Antoiue Petit et Selle, comme une fièvre ataxique ; Finke , Stoll et Doulcet , comme une fièvre gastrique ou bilieuse ; dans ces derniers temps, Walter, Johnston, Forster, Kruishank , Bichat , et le professeur Pinel , comme une péritonite , ou inflammation du péritoine ; le docteur Gardien , comme une péritonite , lautôt simple , et tantôt compliquée , soit avec uue des fièvres primitives, soit avec d’autres phlegmasies ; enfin, en compulsant les auteurs depuis l’origine de l’art jusqu’à nos jours, on peut facilement se convaincre qu il n’y a presque pas de maladie fébrile ou inflammatoire qui n’ait été observée à la suite des couches , et décorée du nom de fièvre puerpérale.
Faut-il donc s’étonner maintenant qu'on ait tant
DES MALADIES DES FEMMES. 5a5 "varié sur le nombre et la nature des symptômes qui ont été donnés comme caractéristiques de cette prétendue lièvre des accouchées? Outre la suppression des lochies , et celle de la sécrétion laiteuse , qui ne sont pas plus constantes l’une que l'autre , on cite encore la tension et la sensibilité de l’abdomen, qui sont communes à plusieurs autres. affections , telles que les tranchées après la délivrance, la dysenterie , la péritonite , les coliques en général ,
Iîa lésion des organes génitaux , les hernies étranglées, les fièvres adynamiques et ataxiques. Parlerons-nous des nausées et des vomissemens ? Mais, quoique ces pliénomèues arrivent assez ordinairement après les couches , ils ne sont néanmoins pas constans , et on les observe dans beaucoup d’autres maladies. Enfin on a dit que la diarrhée tourmentoit la plupart des femmes nouvellement accouchées , et on en a conclu que les maladies dont elles étoient affectées n’en conslituoient qu’une seule. Quelle : pitoyable conséquence ! N’a-t-on donc pas observé,
: comme le remarque très-judicieusement le professeur Pinel, que cette^ diarrhée n’existoit pas tou- ,J jours, qu’elle n’étoit pas produite par les mêmes ! causes, et que les déjections alvines, loin d’être > homogènes à la suite des couches , différoient sous le rapport de la couleur , de l’odeur et de la consistance ; quelles étoient en effet^'aunes ou verdâtres, muqueuses ou séreuses , noirâtres ou blanchâtres \ fétides ou inodores, selon les circonstances?
En troisième lieu, on conçoit sans la moindre difficulté qu une maladie qu’on a rapportée a des causes si disparates , et dont le siège , la nature et les signes caractéristiques ne présentent ni accord , ni uniformité , a dû être nécessairement attaquée et I combattue par des remèdes variés , et souvent op- i ] posés. Voilà sans doute pourquoi on a successivement adopté les anti-phlogistiques ou débilitans , les toniques ou fortifians , les anti-spasmodiques, etc.; pourquoi les uns ont eu recours aux saignées générales , les autres aux saignées locales , ceux-ci aux purgatifs, ceux-là aux émétiques; tant il est vrai que le traitement d’une maladie sera toujours indéterminé , quand on n’aura pu en fixer le caractère d’une manière précise !
D’après toutes ces réflexions, ne seroit-ce pas une chose ridicule et tout-à-fait contraire aux vrais principes de la médecine , que d’admettre encore une fièvre puerpérale proprement dite ou distincte de toutes les autres ? Il importe , plus qu’on ne pense, de faire disparoitre de tous les tableaux nosologiques une.lelle maladie , dont le nom seul est. un sujet d’alarme pour les femmes en couches, et dont la crainte les dispose souvent aux plus graves accidens. D’ailleurs, comme l’observe encore très-bien Fauteur de la Nosographie philosophique , l'idée d’une fièvre puerpérale essentielle, tout imaginaire quelle est, ne pourroit-elle pas dérouler le médecin peu instruit , l’induire en erreur dans le diagnostic
et le pronostic , faire oublier ou uégliger l’espèce de la maladie pour ue voir que la situation de la malade, et conduire à un traitement uniforme dans des occasions très - opposées ? C’est là une de ces lourdes et scandaleuses méprises dont nous venons, pour ainsi dire, d’être témoins. Une jeune femme,
! âgée de vingt-deux ans, naturellement lymphatique et peu réglée, devient enceinte, -et accouche après dix mois de mariage. Elle perd beaucoup de sang après un travail des plus longs et des plus pénibles , quoique naturel. De là une cause de foiblesse coni sidérable ; joint à cela qu’un défaut de précaution dans les vêtemens et dans la garniture du lit, laisse la malade exposée à l’intempérie de l'air, déjà' un peu plus froid qu’à l’ordinaire. Bientôt la toux se déclare ; la fièvre de lait survient , et se complique avec un catarrhe, qui dégénère en une véritable fièvre muqueuse continue. Le médecin de la famille, apprenant que les lochies ne coulent point, et que les mamelles ne se gorgent pas de lait, ne rêve plus qu’à la fièvre puerpérale. Vite des sangsues à la vulve.- Quelques autres médecins respectables et très-instruits sont appelés en consultation , et proposent d’avoir égard à l’état de la poitrine ; n’importe : on veiteie encore deux lois 1 application des sangsuesa la vulve. Enfin la fievre se change en adynamique ou putride; les déjections deviennent involontaires ; un leger déliré et une espèce de ris sardonique sont les avant-coureurs de la mort. La jeune infortunée
TRAiïÉ
succombe privée de sang et de forces : voilà certainement une victime des saignées locales qu’on a crues nécessaires pour combattre la cause bien imaginaire d’une prétendue lièvre puerpérale. La suppression des lochies devoit-elle donc tant fixer ici i l’attention des gens de l’art ? étoient-ce des sangsues i qu’il falloit alors ?
Pour terminer cette discussion, déjà trop longue peut-être sur une fièvre purement hypothétique ou qui n’existe, point , nous dirons , avec Rivière , que les maladies fébriles des nouvelles accouchées n’ont
pas d’autre origine , ni d’autre nature , que celles des femmes en général , et même des hommes ; nous dirons, avec Selle et Stoll, que les fièvres des couches sont toujours subordonnées à l’épidémie qui règne alors , et seulement modifiées par l’accouchement qui a précédé : nous dirons enfin , avec le docteur Mercier de Rochefort, que la grossesse et l’accouchement peuvent rendre la constitution de la femme propre à contracter toute sorte de mala- ' dies , soit épidémiques , soit contagieuses ; maladies qui varient ensuite suivant les circonstances tant individuelles qu’hygiéniques, telles que l’âge, le tempérament, le climat, l’exposition, les alimeus, les affections de l’ame, etc. C’est ainsi que la femme jeune , pléthorique et robuste , qui fait usage de boissons échauffantes après être accouchée , devient plus sujette à une fièvre angiothénique ou inflammatoire ; celle qui a pris des alimeus indigestes ou
de mauvaise qualité vers la fin de la grossesse , à l’embarras des premières voies , ou à la fièvre gastrique ; celle qui , naturellement lymphatique , ac- ! couche dans une saison humide et froide , ou dans un appartement mal exposé , à la fièvre muqueuse ; celle qui est foihle , qui se nourrit mal , qui a des
! chagrins , à la fièvre adynamique ou putride ; celle qui est trop sensible ou trop irritable, qui est voisine des marais infects , ou de quelque foyer d’où s’exhalent des miasmes plus ou moins délétères , à la fièvre ataxique ou maligne ; et ainsi des autres.
En deux mots, l’impression du froid , l’humidité les alternatives ou vicissitudes de l’atmosphère , Je non renouvellement de l’air, la malpropreté, le poids excessif des couvertures , la contagion , les écarts de régime , et entre autres les boissons alcooliques , 1 exces d alimens , l’abus des sudorifiques, etc. ; voilà, comme l’a dit le professeur Pinel , les causes des fièvres qui surviennent aux nouvelles accouchées ; causes qui leur sont communes à tous les individus, et qui n’ont, pour ainsi dire, aucun rapport à l’accouchement. Quant aux causes particulières ou propres aux femmes en couches, ajoute le meme auteur dont nous partageons bien l’opinion, et dont nous empruntons les conclusions sur
Ile sujet qui nous occupe , ce sont la lésion de 1 utérus et des parties externes de la génération pendant un accouchement laborieux ; l’injection des liqueurs astringentes dans le vagin , des fomenta-