‹ Traité des maladies des femmesChapitre 27 sur 38 · TRAIT K · texte numérisé non relu

TRAIT K

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réunit les doigts en forme de cône, et on les applique sur le centre de la tumeur pour la repousser jusqu'à ce que le poing occupe la cavité du globe utérin, Mais, si l’orifice n’est pas assez dilaté pour laisser rentrer facilement la portion renversée, il vaut mieux empoigner la tumeur avec les doigts distribués autour de son pédicule, et commencer par en réduire la portion qui s’est renversée la dernière , comme s’il s'agissoit d’une hernie. Après la réduction , si la matrice reste encore dans l’inertie , on en réveille les propriétés vitales, soit avec la main qui en titille la surface muqueuse , soit au moyen des injections astringentes ou toniques , et de tout ce qui est en usage pour arrêter les pertes utérines.

Lorsque la matrice , malgré les tentatives les mieux combinées, est irréductible, les femmes, saus être dévouées à une mort prompte , restent néanmoins presque toujours exposées a des pertes frequentes de sang ou de mucosités , qui les jettent dans un état de consomption. C’est pour prévenir des suites aussi déplorables, que des praticiens conseillent d’étuver la matrice avec des infusions ou décoctions astringentes. Mais n’auroit-on pas à craindre alors de donner à cet organe la dureté du squirrbe ? D autres , tels que Marc-Antoine Petit, de Lyon , proposent d’en faire la ligature à temps pour arracher la femme à une mort presque inévitable. Mais un seul exemple de succès rapporté par ce praticien suffit-il pour accréditer cette opération ?

Enfin on a considéré l’extirpation de la matrice comme le meilleur moyen de prévenir la gangrène qui succède à l’engorgement inflammatoire de cet organe. Mais a-t-on beaucoup de faits en faveur de celle espèce de castration ? Si d’un côté il est presque impossible de révoquer en doute le témoignage de Vieussens et de Roussel, ainsi que celui des docteurs Marchai de Strasbourg, Lagresie et Burdol, qui garantissent l’innocuité de l’amputation de la matrice , comment ne pas soupçonner d’un autre côté que la plupart de ces hardis opérateurs n’ont porté leur instrument que sur un polype ? C’est ce i qui est arrivé à Laumonier, d’après le rapport de Piet, Desault et Baudelocque. La pièce, soumise à l'examen de ces derniers par le chirurgien de Rouen, i n’e'toit qu’un polype , avec une partie du fond de

!la matrice comprise dans la section. Desault a consigné un autre exemple d’une semblable méprise dans le dix -septième volume du Journal de Médecine.

D ailleurs ou ne sauroit disconvenir, comme l’a fort bien remarqué Baudelocque , qu’on ne puisse amputer sans inconvénient une matrice dure , squirrheuse, ulcérée, gangrenée, surtout quand elle a peu de volume , et qu’elle a cessé de remplir la fonction à laquelle la nature l’avoit destinée. C’est ' aussi pour cette dernière raison que l’extirpation de la matrice pourroit réussir chez les femmes agees , comme 1 observe Mohnelli. Mais en seroil-il

de même si l’on exlirpoit une matrice renversée et irréductible à cause de son engorgement chez les jeunes femmes ? Cet organe , malgré son déplacement , est encore sain , très-volumineux ; les vaisseaux qui l’arrosent ont alors un très-gros calibre ; eflfin il est le centre d’une grande activité au moment où il vient de se débarrasser du produit de la conception , et de se renverser.

Nous avons déjà fait observer qu’une simple dépression , et même un renversement incomplet de la matrice, pouvoient se réduire d’une manière spontanée. Or l’expérience atteste aujourd’hui qu’on ne doit pas désespérer d’obtenir le même avantage, quand cet organe est* complètement renversé, même depuis très-long-temps. Delabarre , chirurgien au bourg de Beuzeville , avoit déjà rapporté qu’une semblable réduction avoit eu lieu chez sa propre femme , après huit mois de renversement : fait qui avoit paru extraordinaire et hors de vraisemblance à l’Académie de Chirurgie. Baudelocque lui-même en rejetoit encore la possibilité , lorsque madame Boucliarlatie , habitante du Cap, lui lourml une belle occasion d’en admettre l’existence. Cette dame avoit passé en France , pour y chercher du remède contre un renversement de matrice dont elle éloit tourmentée depuis huit ans; elle eut recours à Baudelocque , dont la réputation s’étendoit jusqu’au Nouveau-Monde. Mais quelles furent la joie de la malade et la surprise de l’accoucheur, lorsqu'ils

eurent aperçu que la réduction de cet organe s’étoit opérée d’elle -même. D’après ces deux exemples, que ne doit -on pas espérer des ressources de la nature dans le cas de renversement de matrice , même le plus invétéré ! Pourquoi donc la chirurgie iroit-elle alors priver la femme d’un organe qui peut se réduire spontanément, et reprendre ses fonctions ordinaires, à moins qu’il ne soit ulcéré, carcinomateux , ou sphacélé ?

SECTION vi.

ii,

Du renversement du vagin .

Le renversement du vagin ne ressemble point à celui de la matrice. Dans le dernier, la totalité des parois qui forment l’épaisseur de l’organe se retourne comme un doigt de gant, au lieu que, dans Je premier, la seule membrane muqueuse vulvo-utériue s engorge, s épaissit et forme un bourrelet qui descend plus ou moins bas. De là résultent le relâchement , la descente et la chute du vagin , termes qui expriment bien mieux que tout autre les différens degrés de la maladie qui nous occupe.

Tout ce qui affoiblit le tissu de la membrane muqueuse vaginale, la prédispose à cette espèce de déplacement ; par exemple la leucorrhée ou fleurs blan- : ches abondantes et habituelles , l'abus des injections j tièdes , le séjour dans des endroits bas et humides, surtout l'infiltration du système utérin pendant il grossesse. Mais les causes occasionnelles de cet acci-

dent tiennent atout ce qui peut pousser ou entraîner cette membrane au-dehors, quand elle est flasque , molle et engorgée ; tels sont les efforts violens et répétés pour aller à la garderobe , pour expulser le produit de la conception , le froissement quelle éprouve durant un travail laborieux et trop prolongé.

Dans le premier degré , où il n’y a qu’un simple relâchement du vagin , il se forme sous l’arcade du pubis une espèce de bourrelet dont les plis rayonnent en s’écartant vers la circonférence , et au centre duquel on découvre le col de la matrice souvent plus bas qu’à l’ordinaire.

Le second degré , ou la descente du vagin , offre à feutrée de la vulve une tumeur ovale t lisse , mollasse et indolente ; son volume augmente ou diminue, semble sortir ou rentrer, selon que la femme se tient debout ou couchée pendant quelque temps.

Enfin , lorsque le renversement du vagin est porté au troisième degré , et à l’état de chute complète , la tumeur ou bourrelet, formée par la membrane muqueuse , est extérieure , et ne rentre jamais tout-à-fait d’elle-meme , quelque situation que la femme prenne. Il survient alors des tiraillemeus d’estomac , des douleurs vives , un sentiment de pesanteur vers les lombes et à l’hypogastre, du ténesme et de la difficulté d’uriner, causés par la déviation de l’urètre et du rectum; en un mot, la tumeur est exposée à s’excorier par le frottement

et par le contact de l’urine , à s’enflammer , et à tomber en mortification.

Si l’on compare les incommodités produites par le renversement du vagin , avec celles qui accompagnent la chute de la matrice , on y trouve beaucoup d’analogie ou de ressemblance ; ces deux maladies diffèrent cependant l’une de l’autre ; le déplacement du vagin offre un bourrelet mollasse , plus épais eu bas qu’ailleurs , au centre duquel on1 trouve une ouverture irrégulière, qui couduil au col de la matrice ; tandis que la tumeur formée par la descente de cet organe est dure , pyriforme , et plus étroite en bas qu’en haut; elle présente une ouverture arrondie , ou une fente longuette , transversale, et plus ou moins irrégulière, selon le nombre et la nature des accouchemens qui ont précédé.

Quant à la différence entre le renversement du Vagin, et un polype implanté sur les parois de ce canal , la plus légère attention suffit pour l’apprécier. D un cote , il existe un bourrelet circulaire et rayonne , au fond duquel on découvre le col de la

Imati îcé plus ou moins abaisse ; de 1 autre , c’est une tumeur fongueuse , pyriforme, et très-distinctement pédiculée.

Dans le cas de simple relâchement du vagin , il De s’agit que de remédier à l’atonie ou à la flaccidité de sa membrane muqueuse ou interne. On doit conseiller , pour cela , des lotions fortifiantes et aromatiques froides, ou des injections avec les eaux

sulfureuses de Barètes , de Balaruc , etc. ; moyens évidemment préférables aux topiques astringens. Levret rejetoit ces derniers , parce qu’il les croyoît propres à empêcher l’exudation habituelle de la membrane vaginale, à y produire des indurations.

Lorsque le vagin est tellement renversé ou déplacé , qu’il fait une saillie ou un bourrelet considérable au dehors , on doit avoir recours aux moyens mécaniques, pour le maintenir après en avoir opéré la réduction. On préfère, pour cela, aux pessaires ordinaires, quelle qu’en soit la forme, une éponge fine que la femme fixe dans le vagin , au moyen des linges dont elle se garnit.

La réduction n’offre jamais de grandes difficultés , quand le renversement est récent ; mais il n’en est pas de même, quand il est ancien. La tunique interne de ce canal peut aussi s’engorger , et tomber en mortification. On ne doit essayer alors de la réduire qu’après avoir détendu les parties par des bains ou des demi-bains, par des lotions émollientes, et quelquefois par l’application des sangsues. Si elles sont déjà tombées en mortification , on tâche de fixer la gangrène par tous les médicamens internes ou externes , usités en pareil cas , et on attend patiemment la chute des escarres ; pratique certainement plus salutaire que l’extirpation du vagin , conseillée par quelques- praticiens distingués. Car cette opération ne seroit jamais sûre ou exempte de dangers , si le gonflement inflammatoire cmpê-

choit de distinguer ce qu’il laudroit couper d’avec ce qu’il laudroit respecter.

SECTION vii. ,

De la chute du fondement.

Les praticiens n’ignorent pas que l’intestin rectum est fortement comprime vers la fin du travail , surtout lorsque la tête du fœtus est très-volumilieuse, ou que 1 os sacrum manque de courbure. On observe alors que la femme se plaint d’un sentiment de pesanteur incommode , qu’elle confond presque toujours avec le besoiu d’aller à la garderobe. Les matières fécales contenues dans J’extrémitë de 1 intestin , en sont expulsées et comme exprimées ; enfin l’anus se renverse , et la membrane muqueuse dont il est revêtu forme un bourrelet plus ou moins saillant à l’extérieur.

Cet accident arrive pour l’ordinaire aux femmes dont la fibre est lâche , et qui accouchent avec difficulté. Il a beaucoup d analogie avec le renversement du vagin; car c est la membrane muqueuse ou interne qui se relâche, se gonfle, et se retourne de part et d’autre.

La chute du fondement se reeoiinoît facilement a une tumeur indolente, circulaire , d’un rouge vif, au centre de laquelle on aperçoit une légère dépression qui répond à l’ouverture de l’intestin.

Lorsque le fondement n’est que relâché , la réduction s’en opère le plus souvent d’elle-mêmc, et

en très-peu de temps. Tout rentre pour Tordinalre dans l’ordre dès le lendemain du travail. Mais il n’en est pas de même , lorsque la membrane muqueuse du rectum est complètement renversée; il est nécessaire alors cl en faire la réduction. On bassiue d’abord la tumeur avec du vin tiède, et, après l’avoir fait rentrer , on en prévient la chute ultérieure au moyen d’une compresse trempée dans quelque liqueur tonique , et appliquée sur le fondement.

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