CHAPITRE II
Des Maladies qui affectent la fonction des mamelles ou la sécrétion du lait .
Il est des femmes dont le sein naturellement stérile ne fournit que peu ou point de lait , quoiqu’il n’y ait eu apparence aucun vice de conformation. D’autres au contraire ont les mamelles si disposées à la sécrétion de ce fluide , que non-seulement elles n’en manquent jamais, mais qu’elles en sont même embarrassées , et qu’elles sont menacées de tomber dans ce qu’on nomme la phthisie ou consomption laiteuse. Quelques-unes rendent un lait si ténu ou si séreux , qu’il n’a point assez de consistance pour servir à la nourriture de l’enfant. Il y en a aussi dont ce fluide n’est pas moins impropre à la nutrition , parce qu’il est trop épais ou trop concrescible ; de là des maladies qui doivent nécessairement in-
Ifluer sur la lactation , et en modifier les effets.
ARTICLE PREMIER
De V A galaxie ou défaut de lait.
Le défaut de lait, quand il ne tient à ancùn vice naturel ou accidentel des mamelles, est moins dangereux pour la femme que pour l’enfant; car alors celui-ci est privé de la nourriture qui lui éloit destinée , et obligé de passer en des mains étrangères, où il ne trouve que des soins toujours inférieurs à ceux de la maternité.
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Les causes qui s’opposent à la sécrétion du lait peuvent dépendre de la mère ou de l’enfant. Les premières ,. outre la mauvaise conformation du sein , sont la faiblesse naturelle , ou provenant de quelque maladie antérieure ; la maigreur extrême et le dessèchement du corps , l’excès du travail, du jeûne ou de l’abstinence, les veilles forcées, l’abus des plaisirs ou des jouissances vénériennes , les grandes évacuations, comme les sueurs, les urines, les déjections alvines , les lochies ou les menstrues plus abondantes et plus durables qu’à l’ordinaire ; l’usage des écbauffans et des spiritueux , surtout chez les femmes d’un tempérament sanguin ou nerveux ; l’application trop répétée des astringens sur les mamelles , afin d’en conserver la forme et la beauté ; les passions ou affections tristes dê*l’ame, comme la haine, l’envie , la jalousie , le chagrin, etc. , dont le propre est de faire languir la digestion , et d’apporter le trouble dans toute l’économie.
Les causes relatives à l’enfant, peuvent tenir à un état de foiblesse , à la mauvaise conformation des lèvres, des gencives ou de la langue, qui l’empêchent de saisir le mamelon ou de le sucer.
C’est donc au médecin de rechercher attentivement toutes les circonstances qui peuvent supprimer ou diminuer la sécrétion du lait, afin d’y porter remède quand cela est possible. Il doit avoir égard au tempérament et à l’âge de la femme, à son genre de vie, à ses habitudes, etc. 11 doit également visiter
l’enfant, pour examiner s’il n’est pas lui-même la cause qu’il ne peut trouver sa nourriture dans le sein de la mère qui l’a mis au monde.
En général le défaut de lait causé par quelque vice essentiel , héréditaire ou contagieux , par les dartres, les scrophules , la siphilis, la phthisie , etc. , est le plus fâcheux , et le plus difficile à traiter ; alors même, supposé qu’on parvienne à rétablir la fonction des mamelles , n’a-t-on pas toujours à craindre que le nourrisson ne suce quelque mauvais levain?
Le mal est incurable quand il dépend d’un squirrhe , d’un cancer aux mamelles, de l’imperforation du mamelon , etc. ; mais on peut compter sur les ressources de l’art, lorsqu’il tient au tempérament ou au régime de la femme.
Quant à l’enfant, la mauvaise conformation de sa bouche offre plus d’espoir que sa foiblesse générale , ou que son immaturité , lorsqu’il est né avant d’être viable.
Dans le traitement, il faut diriger tous les moyens, sou. prophylactiques, soit curatifs, vers la cause qui a produit l’agalaxie ou défaut de lait ; voilà l’unique but , ou du moins le plus rationnel qu’on doive se proposer. Ainsi la femme est-elle robuste , pléthorique ou sanguine , qu’on diminue , suivant le précepte de Galien , la quantité des liquides par la saignee, par les cathartiques ou minoralifs, et par les humée tans. Est-elle au contraire foiblc , lymphatique i délicate, nerveuse ; c’est le cas çle la fortifier
ou de la calmer. La roquette , le fenouil , l’anis , les fleurs de tilleul, et celles d’oranger, etc., tant recommandés par quelques praticiens , peuvent trouver ici leur application , ainsi que les autres toniques et anli - spasmodiques , dont l’action se borne à réveiller ou à calmer les propriétés vitales sans dessécher le corps.
Mais tous ces moyens sont peu efficaces ou peu salutaires , en comparaison d’un régime conforme aux règles de l’hygiène. Que la nourrice robuste préfère une habitation tournée vers le nord , où l’expérience apprend que l’on mange davantage, et que la sécrétion du lait est plus abondante. Qu’au contraire celle qui est délicate et nerveuse , quitte le sommet des montagnes pour aller respirer l’air pur et tempéré des plaines et des vallées.
En fait d’applications sur les mamelles , elles se réduisent à celles qui peuvent augmenter 1 action de ces organes , telles que les frictions sèches , les fomentations toniques , les cataplasmes avec les feuilles de fenouil , de menthe, etc. ; les ventouses, et la succion, suivant les circonstances.
La nourriture de la femme qui veut allaiter doit être succulente et facile à digérer. Point d’excès dans le boire , ni dans le manger. De bon pain , bien fermenté , et cuit à propos -, des viandes plutôt bouillies que rôties ; des crèmes avec le lait , les jaunes d œuf, je sucre , et la farine d’orge ; des poissons délicats , mis que la sole, le merlan , et autres semblables ; des
DES MALADIES DES FEMMES. 5gg
raisins , et autres fruits de la saison , pourvu qu’ils ne soient pas trop acides ; de bons légumes , comme choux, navets, carottes, panais, etc. ; tels sont à peu près les meilleurs alimens pour les nourrices. Quelques médecins y ajoutent les châtaignes cuites avec le fenouil , le beurre. U y en a qui proscrivent le miel et les figues ; d’autres refusent les pistaches et les amandes douces aux femmes hystériques. La boisson ordinaire des nourrices doit être de l’eau , à laquelle on ajoute plus ou moins de vin , suivant leur tempérament. Une bière légère , l’eau d’orge , etc. , conviennent à celles qui ne sont, pas accoutumées au vin. On peut rendre ces liqueurs plus ou moins toniques , en y ajoutant un peu de cannelle ou quelque autre aromate , si les femmes sont foihles et languissantes.
La nourrice qui veut conserver son lait doit fuir l’oisiveté et le repos absolu. Rien ne lui convient tant qu’un exercice modéré, tel que la promenade en bon air. L’action des membres supérieurs peut aussi contribuer à réveiller le ton des mamelles, à y attirer plus de fluides , et à favoriser la sécrétion du lait. Le coït , surtout habituel , en appelant les propriétés vitales vers le système utérin , les détourneroit de l’appareil mammaire ; la femme qui veut nourrir doit donc y renoncer, à moins qu’elle ne soit lubrique , et voluptueuse par tempérament : encore faut-il alors qu’elle y mette de la modération , et qu’elle attende le retour du calme , après
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1 orgasme vénérien , pour donner le sein au nourrisson. Rien ne facilite la digestion et la nutrition comme le sommeil provoqué par un travail modéré ; mais la nourrice manqueroit son but si, après avoir assez dormi pour réparer ses forces , elle resloit trop long-temps au lit, enfoncée dans la plume ou l’édredon..
Que les évacuations ou excrétions naturelles soient toujours libres, mais modérées ; la diarrhée, l’incontinence d’urine , les lochies, et les menstrues trop abondantes , nuisent à la sécrétion du lait. Il en est de même des passions ou violentes affections de T ame, telles que la colère, la fureur, l’amour excessif, etc., qui bouleversent tout l’organisme, et y entretiennent une continuelle agitation. Les meilleures nourrices sont celles qui ont des mœurs douces , et qui vivent paisiblement au sein d’une honnête famille.
Enfin , lorsque le défaut de lait provient de quelque vice particulier, il faut l’attaquer, et le combattre par les remèdes les plus appropriés.
Avec un peu de bon sens et de discernement, on ne peut disconvenir que cette méthode curative ne soit préférable à l’emploi des prétendus galactigènes ou galactopbores que les anciens et même quelques modernes ont préconisés. Quelle confiance peut-on accorder, par exemple, à la pierre galaclite , que Galien et Dioscoride prcscrivoient à la dose d’un gros dans un bouillon, et que Léméry a la
DF. S MAT. ADI FS DES FEMMES. 601 simplicité d’approuver clans son Dictionnaire des Drogues? Que penser encore de la pierre viclitite, à laquelle Pline attribuoit la même vertu ? Quoi ! de la pierre broyée pour assaisonner le bouillon d’une femme en couches, d’une nourrice! de la pierre pour leur donner du lait ! autant vaudroit-il leur faire manger de la pierre pour leur donner de l’embonpoint et de la fraîcheur. Cette sorte d’assaisonnement doit être mise à côté des têtes de poisson salé, dont Aëlius et les Arabes vantoient la propriété galactigéne, ou à côté du sel , avec lequel Apollonius prétendoit avoir engraissé des hommes décharnés. On doit porter à peu près le même jugement de la pimprenelîe , que Jacques Théodore ou Taberna Monlanus applicjuoit sur Je sein ; de l’huile d’anis tirée par expression, dont Paracelse reoommandoit une cuillerée tons les huit jours ; de la poudre d hippocampe , qu’Amatus donnoit à la dose d’un gros dans du vin blanc ; des salades de pervenche , que vantoit Fabrice d’Aquapendente , etc. : de telles substances n ont pu avoir de la vogue que dans des siècles où le préjugé grossier arrêtoit les progrès de la raison , et enfantoit les erreurs les plus propres à dégrader la médecine.
ARTICLE II
De V Exubérance ou excès de lait.
I l y a des femmes qui regorgent de lait. Ce sont
6oa traité
ordinairement celles qui à une vie sédentaire et oisive joignent une nourriture trop succulente ; celles qui sont presque toujours dans les bains ; celles qui ont le ventre paresseux ; et celles dont les menstrues ne coulent pas durant l’allaitement. Mais il n’y a là , pour ainsi dire , que des causes prédisposantes, ou qui augmentent la masse des fluides dans l’organisme. Ne faut-il pas encore qu’ils affluent vers les mamelles pour y produire une surabondance de lait? C’est là ce qu’on ne peut attribuer qu’à un excès de tonicité ou d’action , d’ou résultent l’érection et le jeu continuel de ces organes.
Les nourrices qui ont une si grande disposition
à produire du lait ont le sein toujours distendu. Ce fluide s’eu écoule quelquefois à flots , et avec plus ou moins de douleur ; affection dangereuse nonseulement pour le nourrisson , mais encore pour la mère , cliéz laquelle elle peut déterminer 1 inflammation et l’abcès des mamelles.
Aristote prétend que la surabondance du lait peut faire tomber les en fans en convulsions; c est sans doute en leur fournissant un excès de nourriture , et en augmentant l’action vitale du cerveau naturellement plus développé et plus mobile daus le premier âge. Lucrèce assure aussi que les chèvres entrent en démence quand leurs mamelles sont trop gorgées de ce fluide. Un fait bien plus positif, c’est qu’on a vu des femmes s’épuiser par le sein, et tomber dans ce qu on nomme la phthisie laiteuse ,
DES MALADIES DES FEMMES. 6o3 en passant successivement par tous les degres de l’amaigrissement et de la consomption.
^ La secrétion du lait est donc une fonction qu il faut modérer dans quelques circonstances. On doit avoir égard pour cela non-seulement à la constitution générale de l’individu , mais encore à la vitalité propre des mamelles.
Ainsi on commencera par diminuer la quantité ordinaire des alimens, ou par en donner qui contiennent moins de suc nutritif sous le même volume. La viande doit être rôtie plutôt que bouillie ; celle des jeunes animaux est préférable à celle des animaux faits. Le gibier nourrit moins que les quadrupèdes et les volatiles domestiques il en est de même du poisson de rivière par rapport à celui de jner , des fruits seçs à l’égard de ceux qu’on vient de cueillir.
Un autre moyen de modérer la nutrition générale est d’augmenter les excrétions, telles que la transpiration, les déjections alvines, l’émission de l’urine ; de là l’utilité des sudorifiques , des purgatifs , des diurétiques. Le sulfate et le carbonate neutre de potasse sont deux sels cathartiques accrédités jusqu’ici par l’usage : le premier à la dose de dix à vingt grains ; et le second à celle de demi-gros à un gros et plus dans une pinte de tisane. Mais rien ne prouve d’une manière rigoureuse qu’ils méritent la préférence sur d’autres substances salines. Il est inutile de répéter ici ce que nous avons dit ailleurs
(lu petit-lait purgatif de l’empirique Weiss, et de la décoction aqueuse de roseau donace ou canne de Provence.
Le coït et l’exercice des membres abdominaux peuvent être aussi regardés comme d’excellens dérivatifs pour détourner les propriétés vitales et les fluides qui tendent à se concentrer vers les mamelles.
Si ces moyens ne suffisent pas pour prévenir l'engorgement du sein , on a recours à la succion ; mais il faut qu’elle soit modérée ; car , si elle étoit trop répétée , elle entreliendroil la tonicité et l'érection de l’appareil mammaire ; elle en augmenieroit donc la pléthore et la tension , loin de les diminuer.
On peut essayer encore de réprimer l’exubérance du lait , en appliquant sous les aisselles et sur les mamelles quelques légers astringens , tels que des compresses trempées dans l’oxycrat, l’onguent rosat, la boue des couteliers, des cataplasmes avec le son cuit dans le vinaigre rosat , etc. Si l’on craint que ces topiques ne rendent les mamelles squirrheuses , on les combine avec les résolutifs , tels que les farines de ce nom, l’oxymel , la lessive de sarment, l’eau-sel , etc. On vante aussi beaucoup l’emplâtre de Ruslaing, composé en grande partie de feuilles fraîches de bête commune , et de cerfeuil , de sucs concrets fétides, de camphre et d’aloès. Mais, outre que l’efficacité de ce topique n’est pas rigoureusement démontrée, il produit aussi quelquefois un érysipèle ou des pustules sur la surface des mamelles.
ARTICLE
De la trop grande ténuité du lait.
L’excessive ténuité du lait suppose nécessairement quelque vice dans les organes digestifs ou dans la fonction des mamelles. Elle s’observe pour l’ordinaire chez les femmes d'un tempérament lymphatique , surtout si elles usent d’une nourriture trop humectante. La suppression de l’urine et des sueurs; en un mot, tout ce qui s'oppose à l’excrétiou de la sérosité superflue tend aussi à diminuer la consistance du lait.
Pour faire l’épreuve de ce fluide, on recommande d en verser quelques gouttes sur l’ongle ou sur une glace, d’y tremper un cheveu, ou de le faire cailler. On en estime alors la ténuité d’après son adhésion aux corps qu il touche , ou d’après l’excès de la partie séreuse sur la partie caséeuse et sur la partie h u tire u se. Mais un moyen plus infaillible est de jeter un coup d’œil sur le nourrisson. Est-il maigre et décharné; urine-t-il beaucoup ; a-t-il la diarrhée ;
c’est une preuve qu’il ne suce que de la sérosité ou de l’eau.
Voulez-vous rendre au lait sa consistance naturelle, changez le régime de la nourrice. Quelle prenne des alimens plus substantiels et plus toniques. La viande rôtie, sur- tout celle des animaux laits est préférable à toute autre. On peut même 1 assaisonner avec quelque aromate , tel que la can-
nelle, le gérofle, etc. Point d’huraectans; le poissori, les fruits aqueux et les bouillons sont en général peu convenables. Du vin généreux, rouge plutôt que blanc et bien couvert , mais pris avec mesure , et même combiné avec une décoction de gaiac , ou avec une infusion d’anis , de coriandre , etc. : voilà quelle est alors la boisson la plus salutaire.
En général les nourrices d’un tempérament lymphatique ont besoin d’être fortifiées. On peut leur administrer pour cela quelques toniques, comme le quinquina, mais après les avoir purgées. Qu’on se garde néanmoins de provoquer des déjections trop abondantes , de crainte de détourner le lait des mamelles. On peut insister au contraire sur les diaphor étiques qui tendent à évacuer la lymphe ou sérosité excessive.
Y a-t-il de la foiblesse dans les voies digestives , on joint aux analeptiques les amers ou stomachiques , comme le vin , ou la teinture d’absynihe, de gentiane , etc.
Lorsque les mamelles manquent de ton , on tâche de les ranimer par des frictions sèches. On a soin en même temps de les tenir bien couvertes avec un morceau d’étoffe de laine ou une simple ouate.
ARTICLE IV
De la trop grande consistance du lait .
Lf. lait peut pécher encore par excès de consistance -, ce qu’on reconnoit à son défaut de fluidité ,
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ou à la facilité qu’il a de se coaguler. Alors le nourrisson qui le suce ne larde pas d’en être incommodé. Il le digère mal , il s’en dégoûte. Cet aliment le rend lourd , et le dispose à la somnolence. Il produit des coliques , des flatuosités , le ténesme , des convulsions, des boutons sur le corps, etc.
Pour corriger ce vice , ou pour rendre au lait sa fluidité ordinaire , on change le régime de la nourrice. On la met à l’usage des délayans , tels que l’eau d’orge ou de chiendent, l’infusion de chicorée sauvage, etc., jusqu’à ce que l’enfant ait acquis cette fraîcheur et ce calme qui indiquent la bonne santé.
ARTICLE Y
De quelques autres modifications ou qualités du lait.
On reconnoît le lait, dit Aëtius, à l’œil, au goût et à l’odorat. Il est naturellement blanc , un peu terne , et non azuré ou couleur de ciel , comme le prétendoit Aristote. La saveur en est douce , et l’odeur agréable. Il s’en exhale un arôme particulier qui n’appartient à aucun autre fluide de l’économie animale. Mais ce n’est qu’aux gens de l’art bien exercés qu’on peut s’en rapporter pour ce qui concerne les qualités physiques du lait, parce qu’elles ne sont propres qu a celte substance. Celui qui est # jaunâtre ou d’un blanc sale , aigre , nidoreux ou fétide, amer ou salé, insipide, acerbe ou acide, est toujours mauvais.
Rien n’est plus sujet à se détériorer que le lait -}
rien ne prend avec plus de rapidité' le caractère des alimens. Hippocrate observe que les chèvres qui broutent le lilliymale et le concombre sauvage ont le lait amer et purgatif. N’espérez donc pas de trouver de bonnes nourrices parmi les femmes qui se nourrissent mal, ou qui font usage d’alimens peu salubres , tels que la viande ou le poisson gâtés , l’ail , l’oignon , le poireau , surtout si ces végétaux sont cruds, comme on l’observe chez les babitans de la campagne. Le nourrisson souffre toujours de l’intempérance, de la disette , et du mauvais régime de la mère. Un enfant, dit Galien, fut tout couvert d’ulcères , pour avoir tété une femme qui se uourrissoit mal. L’ivrognerie , le libertinage ou la débauche influent encore sur les qualités du lait ; il en est de même des passions , comme nous l’avons déjà fait observer, d’après Déyeux et Parmentier.
Ne sait-on pas aussi que les purgatifs donnent leur vertu au lait de la nourrice , et que les oxydes et les sels mercuriels lui communiquent par absorption une propriété anti-siphilitique qu’elle transmet au nourrisson ?
En général , pour bien juger des qualités du lait , ayez égard au tempérament de la femme , à sa manière de vivre , au temps du nourrissage , et surtout à la santé de l’enfant qui le suce habituellement. Le lait des femmes enceintes est mauvais ; mais ce n’est pas sans exception. Celui des nouvelles accouchées est trop séreux, et ne convient qu’aux eufaus
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cjui viennent de naître. Le lait de la seconde et troisième année n’est pas bon, disent quelques auteurs , parce qu’il est trop vieux. Primerose croit au contraire que cette liqueur, loin de se détériorer par la lactation , peut encore conserver ses qualités plusieurs années après l’accouchement.
On est toujours porté à soupçonner quelque vice dans le lait quand on voit que l’enfant le refuse , qu il ne profite pas, qu il est de mauvaise humeur, qu’il pleure continuellement, qu'il dort mal, qu’il maigrit, qu’il a les chairs flasques et la bouche parsemée d’aphlhes.
D après ce que nous venons d’établir , on voit quel est le régime qui convient à une nourrice ; quelles sont les choses qu elle doit éviter, et celles qu’elle doit faire pour veiller à sa santé et à celle du nourrisson. Au reste , on peut consulter ce que nous avons dit sur le choix et l’hygiène de la nourrice, en parlant de l’éducation physique de l’enfant dans notre Cours théorique et pratique d’Accouchemens.