CHAPITRE PREMIER
DeS Radies qui affectent le tissu des mamelles.
O* trouve dans la structure des mamelles un tissu cellulaire et adipeux très-abondant et trèsextensible , qui enveloppe la glande mammaire. Celle-ci présente une forme conique , et appartient au genre des conglomérées. Elle est donc composée
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de plusieurs corps obronds que la graisse séparé , et qui se résolvent en des grains plus petits , mais qu’on n’écarte que difficilement les uns des autres.
Lorsque la femme vient d accoucher , ou quelle nourrit , il part de celle glande une infinité de conduits excréteurs, qui, apres s etre rassembles en troncs , se portent en se rétrécissant vers l’aréole , et de là vers la papille , à l’extrémite de laquelle ils se terminent par de petites ouvertures d ou sort le lait qui y est contenu.
L’aréole est un cercle brunâtre , dont le centre est surmonté de la papille ou mamelon, autour duquel on voit des tubercules verruqueux sans nombre et sans ordre : il y a aussi des glandes sebacees^ dont les conduits sécréteurs ne fournissent qu une humeur propre à lubréfier ces organes, et à les défendre de l’impression des lèvres de l’enfant.
Enfin les mamelles reçoivent beaucoup d artères et de veines , de vaisseaux lymphatiques et de nei fs.
Cela posé , les maladies qui affectent le tissu mammaire sont antérieures à la grossesse et à 1 accouchement , où ne se manifestent que pendantla lactation. Les premières consistent dans la mauvaise confoi — mation des mamelles , soit que la femme l’apporte en naissant , soit quelle tienne à quelque vice de son éducation physique, ou aux couches précédentes. Les deruièrés comprennent certaines lésions mammaires qui dépendent souvent des imprudences que la femme commet eu nourrissant. Les unes et
les autres peuvent affecter en même temps le corps de la mamelle, l’aréole et la papille, ou l’uue de ces parties seulement.
ARTICLE PREMIER
De la mauvaise Conformation des mamelles .
Dans l’état naturel , les mamelles sont d’un volume médiocre, et d’une forme arrondie. Cependant on auroit tort de regarder comme mal conformées celles cjui sont d une petitesse ou d’une grosseur extrêmes. La configuration de ces organes paroît indépendante de leur volume ; car on voit tous les jours des femmes qui sont d’excellentes nourrices, malgré la disproportion de leur sein avec le reste du corps. Nous en avons connu qui avoient plus de lait
Ique leurs nourrissons n’en pouvoient consommer, quoique leurs mamelles fussent presque de niveau avec les parois de la poitrine , ou quelles offrissent des masses énormes. Cette différence de volume, loin de tenir à quelque vice naturel ou accidentel , ne dépend Je plus souvent que d’un défaut ou d’un excès de nutrition dans les organes : d’où il résulte qu’on entreprendroit mal à propos de combattre ces deux états par des remèdes. On auroit ruiné le tempérament de la femme avant d’avoir rempli l’indication qu’on se proposeroit. Il suffit donc ici que 1 hygiène règle la quantité et la qualité des alimens necessaires pour 1 entré tien de la santé. Que penser après cela de certaines personnes du sexe qui pour
modérer l’accroissement de leur sein, prendroient tous les matins à jeun du vinaigre pur ou quelque autre boisson acide? L’usage habituel de ce moyen ne pourroit-il pas, en amaigrissant le corps, entraîner aussi la perte et la consomption de tout l’individu? On ne sauroit approuver davantage l’application des topiques répercussifs ou astringeus sur les mamelles , pour en diminuer le volume démesuré ; ils pourroient y déterminer des squirrhes ou indurations qui passeroient peut-être à l’état de cancer incurable.
C’est avec bien plus de fondement qu’on met au nombre des vices de conformation , l’absence des mamelles ou de leurs conduits excréteurs, à laquelle il est impossible de remédier ; on peut y ajouter encore l’obstruction de ces organes , leur squirrhosité , des cicatrices larges et profondes après une inflammation violente, et après des abcès qui ont entraîné , soit la fonte ou la destruction totale de la glande mammaire , soit l’oblitération de ses conduits
excréteurs. Ces sortes de lésions organiques ne présentent pas plus de ressources que les precedentes. Enfin , on ne doit pas omettre l'aplatisSement des mamelles par des corsets ou des vêtemens trop serrés , surtout chez les jeunes filles qui promettent d’avoir beaucoup de gorge. Dans ce cas-là, l’effet de la compression ne se borne pas toujours au sein , mais il s’étend aux parties circouvoisines , quelquefois jusqu’aux aisselles, dout les glaudes
s’engorgent , et deviennent plus ou moius douloureuses. Or on conçoit combien il est difficile dé rendre leur forme primitive aux mamelles qui ont été , pour ainsi dire , désorganisées , et qui ont perdu leur action vitale sous l’effort continuel de quelque puissance comprimante. Il faut néanmoins essayer alors quelques moyens, quoiqu’on ne puisse pas toujours compter sur leur efficacité; on proscrit d’abord les corsets et tout vêtement compressif; ensuite on passe à l’application de fomentations émollientes et légèrement résolutives, avec la décoction de carotte, dé chicorée, etc. ; aux cataplasmes emolliens avec la pulpe des- mêmes plantes qu’on saupoudre de safran ; aux fumigations avec la vapeur de 1 eau , plus ou moins chargée de vinaigre : on donne en même temps à la malade quelque boisson analogue pour favoriser le traitement local , comme la décoction de saponaire , de chicorée , de cerfeuil, d’oseille, etc., qu’on aiguise avec le nitrate de potasse ou quelque autre sel neutre.
ARTICLE II
De l Engorgement des mamelles, vulgairement connu sous le nom de poil.
Nous ne perdrons point le temps à rechercher, avec Aristote , si celle maladie dépend de quelque poil qui , apres avoir été avalé par la femme , s’est ensuile porte vers les mamelles ; nousu’examinerons pas non plus si, comme l’avoit cru Alexandre Bené-
delti, il peut s’engendrer des poils ou des soies dans ces organes. De telles opinions ne paroissent ni moins absurdes, ni moins oiseuses que suranées. Vésale et Roderic-à-Caslro pensent , avec plus de vraisemblance, que le lait, en se grumelant dans les conduits lactifères , y forme des concrétions filamenteuses semblables à des poils ; ce qui peut avoir donné lieu à la dénomination vulgaire de la maladie dont il est question.
Quoi qu’il en soit, on peut en diviser les causes en prédisposantes et en occasionnelles. Les premières tiennent à la sensibilité propre des mamelles, et à leur structure cellulo-graisseuse. Les femmes chez lesquelles ces organes sont mal conformés , couverts d’anciennes et profondes cicatrices , aplatis par des vêtemens trop serres , y sont aussi plus disposées que les autres. On sait encore que celles qui ne nourrissent point en sont plus fréquemment affectées que celles qui remplissent ce devoir essentiel. Cependant nous avons eu occasion de traiter des engorgcmens et même de véritables flegmoDS mammaires chez des nourrices et chez des femmes qui étoient accouchées depuis plusieurs mois.
Les causes occasionnelles, au moins les plus ordinaires, peuvent être attribuées à l’impression trop brusque de l’air froid dans les premiers jours qui suivent les couches , surtout au commencement de la fièvre de lait. L’application de substances froides , astringentes ou acides sur les mamelles, la
compression de ces organes , la douleur que cause l’enfant en prenant le mamelon chez des femmes très-irritables, enfin les passions violentes, peuvent aussi déterminer celte maladie.
Quant aux symptômes, ils varient selon que l’engorgement des mamelles est simple ou compliqué d’inflammation .
Dans le premier cas , ces organes sont seulement endoloris, gonflés, tendus de toutes parts , et quelquefois parsemés de cordes noueuses , plus ou moins rénitentes, qui se propagent jusqu’aux aisselles : ce qui gêue beaucoup le mouvement des membres thorachiques.
Lorsque l’engorgement passe à l’état inflammatoire, les mamelles deviennent plus dures, plus douloureuses ; elles prennent une couleur rouge , comme dans le flegmon ; leur forme varie suivant le siège de l’engorgemenu Elles sont rondes , ou uniformément gonflées , quand le tissu cellulaire qui environne la glande est seulement affecté ; inégales et comme bosselées ou raboteuses , quand les glandes elles-mêmes sont enflammées ; en partie égales et en partie raboteuses , quand le tissu cellulaire et les glandes sont en même temps engorgés.
La mamelle prend quelquefois un volume si considérable, que la tension et la douleur se propagentjusqu’aux aisselles , à la partie supérieure de la poitrine,. et au devant du cou. C’est ce qui a fait présumer que le lait, dont la congestion produit ces
phénomènes , n’est pas seulement contenu dans le tissu de la glande mammaire et dans les tuyaux lactiferes , mais qu’il s’accumule encore dans le tissu cellulaire.
Les deux mamelles ne sont pas toujours engorgées ou enflammées; il n’v en a souvent qu’une seule; mais alors l’affection passe quelquefois de l’une à l’autre. L’engorgement simple peut se terminer par résolution ; ce qui a lieu quelquefois d’une manière assez prompte , quand la résorption de la matière épanchée a heu. Mais le vrai flegmon des mamelles peut se terminer par suppuration , ou passer à l’état de squirrhe , et même dégénérer en cancer.
La suppuration s’annonce par des frissons vagues ou irréguliers, par des élancemens, par la persévérance , et même l’augmentation des symptômes; enfin la fluctuation indique l’abcès ou la congestion du pus , qui est aussi étranger au lait dans le flegmon de la mamelle , qu’à la hile dans celui du foie. Richler rapporte , dans sa Chirurgie , un exemple d’épanchement laiteux dans les mamelles, occasionné par la rupture de quelque vaisseau lactifère; le docteur Gardien dit aussi avoir connu une femme dont le lait couloit à chaque couche par une fistule située à la partie la plus déclive de l’une des mamelles; ce qui ne pouyoït provenir que de la même cause.
Les anciens , tels qu’Hippocrate et Galien , ci'oy oient que le lait se çailloit dans les mamelles , et
produisent la démence. André Alacer , cité par Roderic-à-Castro , assure avoir observé plusieurs fois le même fait. Mais n’est-il pas vraisemblable que le délire et autres symptômes de folie tenoient alors plutôt à la violence de l’inflammation et de la fièvre concomitante, qu’à la coagulation du lait? C’est ce que nous avons observé chez une dame dont le sein enflammé lui causoit de si vives douleurs, qu'elle en avoit perdu l’appétit, le sommeil et la raison. Cet orage ne cessa qu'après la rupture de l’abcès.
Comme la résolution est la crise la plus favorable de 1’ engorgement mammaire , l’art ne doit rien négliger pour l’obtenir ; mais les moyens qu’il faut employer varient suivant la nature de la maladie.
Lorsque l’engorgement est simple ou sans inflammation, on a l’habitude de recourir à de prétendus anti-laiteux, à des apéritifs, etc. ; remèdes le plus souvent inefficaces, parce qu’ils n’attaquent point la source du mal. La succion naturelle ou artificielle du lait est plus avantageuse alors , pourvu qu’on en seconde 1 effet par quelque topique résolutif.
Dans le cas d’engorgement inflammatoire ou flegmoneux , les auti-pblogisliques sont les seuls remèdes indiques, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. On appliquera d abord sur la mamelle de larges cataplasmes emolliens avec la mie de pain et le lait , ou mieux avec la farine de graine de lin délayée dans une décoction de racine de guimauve et de tetes de pavot. On peut, aussi diriger vers le siège
du mal la vapeur de cette décoction , ou Lien cefle de l’eau chaude, qui est éminemment émolliente. Gilbert a obtenu quelques succès avec la pulpe de ciguë , et Plessmann avec celle de cerfeuil ; mais ces plantes conviendroient , ce semble , beaucoup mieux vers la chute qu’au commencement de l’inflammation , à cause de leur propriété excitante et résolutive.
Si l’inflammation est violente et accompagnée de fièvre , on saigne la femme , ou bien on applique des sangsues autour de la mamelle ; on prescrit en même temps une diète plus ou moins sévère. L’eau de veau ou de poulet , le petit-lait , la décoction d’orge ou de chiendent sont les boissons les plus propres à modérer les symptômes inflammatoires, et leur réaction sur l’organisme en général. La femme doit garder le lit pendant tout le temps de l’inflammation , et tenir ses bras en repos, de crainte que leur mouvement n’augmente la douleur du sein. Si les lochies, se suppriment , on tâche de les rappeler par des bains de vapeurs qu’on dirige vers la vulve.
Quand la femme nourrit, la succion naturelle ou artificielle est un excellent moyen pour diminuer l’engorgement , quoi qu’en dise Primerose. Il faut donc toujours y recourir, à moins que la mamelle affectée ne soit trop douloureuse. Dans ce cas-là, on pourroit faire téter l’autre pour opérer une salutaire diversion. Il est bon d'observer que les siphons ou suçoirs de verre ne valent jamais les lèvres de
l’enfant ou celles de petits chiens , qu’on fait servir utilement à cet usage. fc
L’inflammation vient-elle à diminuer, et la tumeur à se ramollir ou à se résoudre , on favorise celte heureuse terminaison en rendant les cataplasmes plus actifs. On les arrose avec du vin rouge , avec la dissolution, de muriate de soude ou de carbonate de potasse, avec la décoction ou infusion des plantes aromatiques. Enfin , lorsqu’il ne reste plus de douleur, on peut y faire quelques lotions avec le muriate d’ammoniaque dissous dans quelque véhicule tonique , tel qu’une infusion de lavande , de sauge , etc.
Mais il arrive très-souvent que le traitement antiphlogistique échoue , et que l’engorgement flegmoneux des mamelles se termine par la suppuration.
! C’est alors le cas d’insister sur les cataplasmes émolliens , et de les rendre maturatifs , en y ajoutant un oignon cuit sous la cendre , et réduit en pulpe , ou bien en les appliquant par dessus un linge enduit d’onguent de la mère. On attend avec patience que le pus soit bien formé , et qu’d se fasse jour luimême, en usant et. en crevant les parois de l’abcès. Par ce moyen toutes les duretés se fondent, les brides qui vont d’un foyer à l’autre ou les cloisons qui les séparent se détruisent, rouverlure est moins large , la cicatrice moins difforme , et la maladie moins longue. On n’a point à craindre alors de laisser dans les mamelles quelque tubercule qui deyieuue
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par ]a suite le noyau d’un cancer. Cependant, lorsque la glande mammaire est saine , et que le pus en a infiltre le tissu cellulaire et les graisses environnantes , il vaut mieux faire une petite ouverture à l’abcès. Sans cette précaution il peut se former des fusées ou des clapiers, qui finissent par désorganiser complètement le tissu de la mamelle.
Que le pus s’échappe spontanément ou qu’on lui donne issue , ou se gardera bien d’en vider le fover sur-le-champ au moyeu d’une ventouse, comme Je conseilloit Piessmann. Il est évident que cette pratique conviendroit peu dans les cas où la glande mammaire seroit enflammée. On réussira toujours mieux à évacuer tout le pus , en introduisant une petite bandelette dans l’ouverture pour l’empècher de se fermer trop promptement, et en continuant 1 application des cataplasmes émolliens sur la tumeur jusqu’à ce qu’elle cesse d’ètre douloureuse. A cette époque, on passe à l’usage des résolutifs indiqués ci-dessus, ou à la lessive de cendres de sarment, dont nous avons observé de merveilleux effets pour favoriser la détersion et la cicatrisation des abcès mammaires.
En général la suppuration parcourt plus ou moins rapidement ses périodes , suivant qu’elle succède à l’inflammation du tissu cellulaire ou à celle de la glande mammaire. Dans le premier cas, le pus est plus abondant, plus homogène et plus blanc; dans le second, il est plus grumelé et plus grisâtre. D’un
Cote, 1 abcès se vide et se déterge promptement ; de 1 autre, le foyer subsiste plusieurs mois, même des années entières : ce qui provient de ce que les grains dont la glande mammaire est composée s’enflamment, et suppurent les uns après les autres. Cette lenteur, jointe à l’aspect de la mamelle, en a quelquefois imposé à des praticiens peu instruits, et leur a donné 1 idée d’un cancer ulcéré : méprise dont nous avons été témoins il y a environ dix mois , à l’occasion d une jeune dame qui jouit maintenant de la plus brillante santé , quoiqu’elle eût été condamnée à périr.
ARTICLE III
De la mauvaise Conformation du mamelon.
Le mamelon est une petite éminence conoïde, composée d’un tissu spongieux , cellulaire ou réticulaire, et recouverte d’une peau moins brune, mais plus rugueuse que celle de l’aréole qui l’entoure. L’extrémité en est percée de plusieurs petites ouvertures où aboutissent les conduits excréteurs de la glande mammaire. Ces derniers se replient ou s allongent , selon que le mamelon se fronce ou se redresse : mouvement alternatif que l’allaitement rend manifeste , et qu’on compare au relâchement ou à l’érection du membre viril, mais dont on ignore encore le véritable mécanisme , à moins qu’on ne 1 attribue a la sensibilité de cet organe.
Quoi quil en soit, le mamelon peut manquer
absolument ou être lout-à-fait imperforé, même désorganisé , par l’effet de quelque maladie antérieure , de quelque opération , de quelque ancienne cicatrice , ou d’une compression habituelle ; de là des vices incurables, et des obstacles qui empêchent la femme de nourrir ; mais il n’en est pas toujours de même lorsque cette éminence pèche par défaut ou par excès de grosseur et de longueur. A la vérité, si elle est trop petite ou trop courte , les lèvres de l’enfant ne la saisissent et ne la fixent qu’avec peine , ou bien elle s’échappe dans les mouvemeus de succion. D’un autre côté , les canaux laclifères qui la traversent, se trouvant alors trop étroits, ne peuvent fournir que peu de lait, et l’enfant se fatigue ou se consume en efforts inutiles.
Les moyens de remédier à ce vice de conformation peuvent être employés pendant la grossesse ou après l’accouchement. Dans le premier cas, on y a recours six semaines ou deux mois avant la fin du neuvième mois ; c’est là ce qu’011 appelle lormer le mamelon. On le recouvre pour cela d’uu petit chapeau de cire ou de gomme élastique , dont la cavité en reçoit le bout , et dout les bords se prolongent sur la base et sur l’aréole ; ou bien on reçoit deux ou trois fois par jour cette éminence dans le ooulot d’une fiole à l’instant où l’on a fini de verser
l’eau chaude dont on l’avoit remplie. L’air contenu danS ces mstrumeus , plus raréfié que 1 au extérieur, doit nécessairement permettre au marne-
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Ion de s’y introduire, et de s’y développer. Ces mêmes moyens conviennent encore après que la femme est accouchée , et sont bien préférables aux siphons ou suçoirs de verre , aux fourneaux de pipe , et à tous les instrumens dont les bords tranchans, comme ceux d’un dé à coudre , pourroient contondre les parties sur lesquelles ils seroient appliqués ; mais alors on ne se sert guère du petit chapeau de cire que pour conserver au mamelon la forme et le volume qu’on lui a donnés , soit à l’aide des ventouses, soit en le faisant sucer par un enfant plus fort que celui qu’il s’agit de nourrir , ou par des chiens nouveau-nés de grosse espèce , ou par une personne capable d’exercer une forte succion. Il n’y a qu’un cas où l’on ne peut allonger mécaniquement le mamelon ; c’est lorsqu’il s’enfonce profondément au-dessous des tégumens , comme nous en avons vu un exemple chez une jeune dame qui appartenoit à une des plus respectables familles de I Paris.
Le vice de conformation opposé à celui que nous venons de décrire présente aussi des inconvéniens. Trop gros , le mamelon n’entre qu’avec peiue dans la bouche de l’enfant, ou la remplit trop pour laisser la succion libre. Les conduits excréteurs qui le traversent, plus amples qu’à l’ordinaire, n’opposent pas assez de résistance au lait. Ce fluide coule de lui-même à la plus légère irritation , et l’enfant ne le trouve plus au besoin ; de là vient qu’il tette plus
long-temps, et qu’il fatigue la mère, dont il excorie et ensanglante quelquefois la mamelle -, il s’épuise aussi lui-même , et dépérit à la longue , faute de nourriture. Pour prévenir cet accident, on a recours au lait de vache jusqu’à ce que' le nourrisson, devenu plus fort, puisse embrasser commodément le mamelon, et en retirer tout l’aliment qui lui est nécessaire. Lorsque cette éminence est trop prolongée , elle se tortille, et se replie sur les lèvres; ce qui rend la succion incommode dans les premiers jours ; mais avec un peu d’exercice l’enfant s’y habitue , et finit par se nourrir comme à l’ordinaire. Ge vice n’exige donc pas qu’on se mette en peine d’y remédier.
ARTICLE IV
Des Accidens qui arrivent au mamelon pendant V allaitement.
L’inflammation de la mamelle peut se communiquer au mamelon , y parcourir les mêmes périodes , et y produire les mêmes délabremens , tels que la suppuration , la gangrène , l’érosion , la destruction , l’induration , etc.
Cette maladie peut être encore déterminée par des causes qui tiennent à l’allaitement, telles que l’impression trop répétée des lèvres ou de la salive de l’enfant , l’irritation flegmasique de sa bouche pendant la première dentition, époque où les aphthes sont si familiers. Les femmes éminemment lymphatiques et nerveuses , dont la fibre est molle ,
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tendre et délicate ; celles qui ont endurci le mamelon à force d’y appliquer des astringens , et sur-tout celles qui négligent la propreté de cet organe, ou qui le laissent exposé à l’air en le retirant de la bouche du nourrisson , y sont les plus sujettes.
Les rhagades ou gerçures, ainsi que les crevasses du mamelon , sont une des affections les plus incommodes qui puissent arriver aux nourrices. L’enfant ne peut y toucher alors sans y causer les douleurs les plus aiguës ; quelquefois le bout en paroît comme séparé de sa base ; il y a plus ou moins de gonflement, de chaleur et de rougeur. La femme est forcée de refuser le sem , ou bien elle s’expose à des tourmens; de là l’engorgement, et même l’iuflammatiou du corps de la mamelle , 1 issue de concrétions piliformes par l’extrémité des conduits lactifères , etc.
Le meilleur moyen de prévenir ces accideus consiste dans les soins d’une propreté continuelle. Qu une nourrice ne manque jamais de laver le ' mamelon immédiatement après que l’enfant a tété. Quelle y fasse même souvent des lotions aromatiques, et quelquefois spiritueuses , pour le mettre à l’abri de la salive que distille une bouche enflammée ou couverte d’aphthes ulcérés.
Si, malgré ces précautions, le mamelon s’irrite, et menace de se phlogoser, qu’on suspende l’allaitement de ce côté pendant quelque temps, et qu’on le continue seulement du côté sain. En attendant on a recours aux fomentations toniques avec des
piaules aromatiques infusées dans le vin ou dans l’eau-de-vie. Mais ces moyens, dont l’application est douloureuse, ne conviennent plus dès que l’épiderme est enlevé, et qu’il laisse la peau à nu , comme dans l’état de gerçure ou d’ulcération. Us augmenteroient alors l’irritation, et détermineroient même l’inflammation qu’il s’agit de prévenir. Il vaut donc bien mieux recourir sur-le-champ aux caïmans et aux adoucissans, tels que les fomentations émollientes, et légèrement anodines , avec la décoction de racine de guimauve et les têtes de pavot , la crème de beurre frais , le cérat de Galien , la pommade de concombres. Boërhaave faisoit usage en pareil cas d’embrocations avec l’huile distillée plusieurs fois de suite , et son commentateur, de l’expression ou suc de joubarbe. Qu’on n’ oublie pas surtout d ecarter l’enfant de la mamelle affectée.
L’acélite de plomb liquide , ou l’eau végéto-minérale , a la propriété de soulager promptement les femmes qui ont cette incommodité. Mais ce topique ii’auroit-il pas quelque inconvénient si on i’employoit sans discrétion ? L’oxyde de plomb ne pourroit-il pas être absorbé par les vaisseaux lymphatiques de la mère qui aboutissent à l’endroit ulcéré, ou bien être en partie avalé par l’enfant, et produire chez l’un et l’autre des symptômes de colique saturnine? U vaut mieux recourir alors à de petits chapeaux de gomme élastique , dont le bout seroit percé.
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