‹ Traité des maladies des femmesChapitre 9 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Maladies qui précèdent ou accompagnent la

première éruption des Règles ci l’époque de la

Puberté.

Si l’on considère d’une part la sympathie qui lie le système utérin avec l’économie générale , de l’autre la révolution qui s’opère chez les filles pubères, peut-on ne pas entrevoir la cause essentielle des dérangemens ou des altérations que leur santé éprouve à cette époque ? Il est évident qu’elles dépendent , au moins pour la plupart , des obstacles qui entravent la marche de la nature, et l’empêchent d’arriver à son but. Mais il s’en faut bien qu’elles offrent toujours le même aspect ou le même caractère p elles varient au contraire suivant la constitution générale de l’individu , et le tempérament particulier de la matrice , suivant le genre d’éducation qui contribue à développer le physique et le moral, et suivant mille autres circonstances tant individuelles qu’hygiéniques ; voilà sans doute pourquoi parmi les jeunes personnes du sexe qui arrivent à la fleur de 1 âge , les unes sont attaquées de fièvres plus ou moins aiguës , les autres d’éruptions cutanées ; celles-ci de chlorose ou de pâles couleurs , celles-là d’écoulemens séreux par la vulve , quelques-unes de nymphomanie, d’hystérie , etc.

ARTICLE PREMIER

De la Fièvre aiguë des Filles puberes.

Cette fièvre n’ attaque guère que les jeunes filles d’une constitution pléthorique et sanguine ; encore est-il assez rarè de l’observer , a moins qu il ne se joigne à cette disposition naturelle quelques autres causes capables de déranger la saute , telles que 1 impressioil d’un soleil ardent ou d’un froid glacial , lorsque le corps est échauffé , des vêtemens trop serrés , l’usage des bains trop chauds ou trop froids , la bonne chère habituelle, l’ intempérance , ou 1 abus du café, du vin et des liqueurs spiritueuses , un exercice immodéré ou un repos absolu, un sommeil long-temps prolongé , surtout dans des lits trop mous , la suppression de la transpiration insensible r quelque vive affection de l ame , un "accès de colère, un amour excessif, en général tout ce qui peut fortement émouvoir le cœur ou agiter l’imagination.

L’action de toutes ces causes peut être encore secondée par l’influence du climat et de la saison ; aussi, toutes choses d’ailleurs égales, on voit plus de jeunes filles travaillées de la fièvre aux approches de l’adolescence , dans les pays chauds et pendant l’été , que dans les pays froids ou tempérés et pendant l’hiver.

L’invasion delà maladie est ordinairement subite ; presque pas de signes précurseurs ; elle débute

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néanmoins quelquefois par un frisson léger, vague ou fixé aux extrémités, partiel ou général ; la jeune fille ne tremble point, mais elle se sent plus ou moins engourdie ; elle se plaint d un sentiment incommode de pesanteur dans les lombes, dauslhypogastre et les membres abdominaux ; la tête est embarrassée sans être douloureuse.

Quelques heures après, plus tôt ou plus tard, la chaleur se répand uniformément ; la peau devient bientôt moite et halitueuse ; le corps est inonde de sueur -, le pouls est plein , dur et accéléré ; le visage se colore et devient très-animé ; on y distingue successivement les nuances d’un beau rose , de 1 écarlate et du pourpre ; les yeux brillent et sont quelquefois baignés de larmes ; la soif est plus ou moins vive ; l’appétit nul , le ventre resserré, Furine rouge et comme enflammée ; toute l’économie semble être dans l’oppression et l’engouement ; il y a quelquefois un peu de délire , mais pour l’ordinaire de l’assoupissement.

Ce désordre dans les fonctions est rarement de longue durée. Il ne se prolonge presque jamais jusqu’au troisième ou quatrième jour , encore moins jusqu’au sixième ou septième*, le plus souvent il cesse dans l’espace de vingt-quatre heures. Comme il dépend en grande partie de la révolution qui s’opère chez la femme à l’époque de la puberté , il cesse comme par enchantement1 aussitôt que les premières gouttes de sang menstruel viennent à couler.

Cependant on a vu plus d’une fois que la crise avoit lieu par une hémorragie nasale , par une hémoptysie , même par un flux hémorroïdal , soit que le système utérin ne fût pas l’endroit où se coucentroient les efforts de la nature , soit qu’il n’eût pas encore acquis assez de développement pour remplir la fonction à laquelle il est destiné.

Quoi qu’il en soit , celte maladie n’est qu’une espèce de fièvre angiothénique ou inflammatoire éphémère. Il est vrai que le début en est quelquefois marqué par des nausées et par le vomissement de tout ce qui est contenu dans l’estomac , surtout si la maladie se déclare immédiatement après le repas. Mais alors ces phénomènes tiennent moins à l’irritation immédiate qu’à l’affection sympathique de l’appareil digestif. L’assoupissement ou plutôt, l’étourdissfement que la malade éprouve ne sauroient non plus en imposer ; ils diffèrent beaucoup de 1 affaissement ou del’adynamie qui caractérise I invasion d’une fièvre putride ; (:ar , dans le premier cas , les forces ne sont qu’engourdies et comme oppressées, tandis quelles sont détruites ou épuisées dans le second. Ici, la maladie est presque toujours sans ressource ; là , ce n’est , le plus souvent, qu’une légère incommodité que la nature fait tourner au profit et à raffermissement de la santé.

Quant au traitement , c’est bien ici qu’il convient de se mettre en garde contre les prescriptions d’une médecine active. Quelle erreur ne commcttroit-ou

pas , si , pour favoriser l’éruption des règles , on avoit recours à ces sortes de remèdes incendiaires , qu’on qualifie du titre d’aristolochiques ou d’emménagogues , tels que l’armoise, la rue, la sabine, les préparations martiales , les boissons fortement aromatiques, où entrent la cannelle, le girofle, la muscade, etc. ! Nous connoissons une jeune dame qui , après avoir eu l’imprudence de faire usage de quelques-unes de ces substances pour provoquer ses règles, non-seulement n’obtint pas l’effet qu’elle en attendoit, mais se donna au contraire une maladie de peau dont elle n’a pu guérir, et qui l’a rendue entièrement hideuse. Il est donc bien plus sage et plus rationnel d’éviter , dans ces circonstances , tout ce qui pourroil troubler les salutaires efforts de la nature. Ainsi, la pléthore est-elle excessive, et les forces paroissent-elles commè oppressées sous leur propre masse ; on ouvre la veine du bras ou du pied; on applique quelques sangsues aux environs de la vulve. Dans tous les cas, il faut que la température de l’appartement ne soit point trop elevee ; on rafraîchit l’air, si cela est nécessaire ; on modère l’impression de la lumière , on diminue le poids des couvertures, et on place la malade sur des matelas qui ne concentrent pas trop le calorique , surtout si c est en été. Le crin et la paille sont préférables a la laine et à la plume ; on prescrit une diète sevère , ou l’on permet, tout au plus, quelques délayans , tels que le petit-lait, la limonade, une

légère eau de veau , une décoction d’orge ou de chiendent nitrée et édulcorée avec un sirop rafraîchissant, comme celui de vinaigre ou de groseille ; on tient le ventre libre avec des lavemens emolhens; on fait observer un repos absolu , et on éloigne soigneusement tout ce qui pourroit altérer la tranquillité de l ame.

ARTICLE II

Des Éruptions cutanées chez les Filles pubères.

Rien de plus ordinaire que de voir le visage , et même le reste du corps , se parsemer d exanthèmes ou d’efflorescences chez les jeunes filles qui touchent au printemps de la vie. Il est vrai qu ou observe aussi le même phénomène chez les garçons pubères , mais avec des différences bien seusibles. D’un côté , c’est une affection passagère qui disparoît presque aussitôt que la menstruation s est établie ; de l’autre , elle prolonge sa durée pendant plus ou moins de temps, quelquefois jusqu àl âge adulte. Dans l’un et l’autre sexe , elle paroît dépendre de la révolution qui change toute l’économie animale à l’époque de la puberté , et surtout de ce mouvement d’expansion qui se dirige du centre a la circonférence, pour achever le développement du corps.

Outre cette cause prédisposante , les éruptions cutanées des jeunes filles peuvent tenir encore a d’autres circonstances relatives à leur tempérament , au climat quelles habitent , à la saison , au régime

de vie, à la santé des parens , etc. Il est assez rare que les jeunes filles excessivement lym plia tiques , doul la peau est très-blanche , et qui sont naturellement froides et apathiques, en soient affectées, surtout eu hiver et dans les pays froids ; tandis qu’ou en observe très-fréquemment l’été et dans les pays chauds, chez celles qui sont naturellement sanguines ou nerveuses , qui ourla peau brune, et dont les désirs précoces attestent l’excès de sensibilité utérine. Celles qui sont issues de parens malsains, y sont encore plus disposées que les autres. On diroit qu’elles sont alors des filtres où le sang des pères et des mères se décharge de ses impuretés.

Cette affection éruptive prend mille formes variées, et occupe différentes parties du corps. Tantôt il ne paroît que de simples échauboulures qui surpassent à peine le niveau de la peau; tantôt ce sont des boulons , des pustules , même des furoncles ou des phlegmons plus ou moins volumineux. Nous avons eu occasion de remarquer une dartre pustuleuse et légèrement écailleuse sur le sein d’une jeune demoiselle, qui en fut délivrée après la première éruption des règles. Quelquefois il survient une espèce d’efflorescence miliaire , qui est accompagnée de chaleur, de prurit et de démangeaison ; d autres fois , certaines parties du corps se couvrent de plaques plus ou moins étendues et plus ou moins rouges. Ici, les paupières se bordent d’orgeolets qui repuiluleut à mesure qu’ils guérissent, jusqu’à ce

que la menstruation ait pris un cours régulier ; là , de petits ulcères crouteux semblent ronger les commissures des lèvres ou les ailes du nez. Ailleurs, des tumeurs plus ou moins douloureuses se manifestent aux environs des oreilles , sous le menton et autour du cou, sous les aisselles et aux âmes. La poitrine , l’abdomen , le dos , les lombes , le pourtour de la vulve , les fesses , les membres , en un mot, toutes les régions du corps peuvent être le siège de quelque éruption cutanée chez les jeunes filles qui sont sur le point d’être réglées.

Mais quelle circonspection ne faut- il pas avoir pour éviter la méprise dans l’examen et le traitement de ces sortes d’exanthèmes ! qu’il est facile de prendre pour une maladie réelle ce qui n’en a souvent que l’apparence , et de se laisser emporter par la manie de donner des remèdes là où il ne faut que de simples précautions !

Que le médecin ne perde donc jamais de vue l’âge de l’individu , afin de ne pas troubler le travail de la menstruation que la nature prépare. S’il se borne au rôle de simple spectateur, il verra le plus souvent disparoître ces légères incommodités, tandis qu’il s’exposeroit à les rendre plus graves et peutêtre incurables , s’il s’obslinoit à les combattre avec les armes d’une médecine active. D’ailleurs, pourquoi n’espéreroit-on pas la guérison spontanée de quelques éruptions cutanées qui précèdent l’écoulement des règles vers l’âge de la puberté , puisque

DES MALADIES DES FEMMES. 6l

le père de la médecine avoit observé , de temps presque immémorial , que des maladies bien plus orageuses, l’épilepsie, par exemple , disparoissoient à cette époque de la vie ?

Rien n’empêche néanmoins de donner quelques conseils salutaires aux jeunes personnes du sexe , qui sont toujours promptes à s’alarmer au sujet d’un bouton ou d'une dartre farineuse qu’elles aperçoivent au visage , surtout dans un âge où tout est subordonné au désir de plaire. Ainsi on pourra choisir, parmi les moyens que l’hygiène indique, ceux qui paroissent le mieux convenir au tempérament, au genre de vie, au climat, à la saison; on recommandera de fuir avec soin tout ce qui pourroit irriter les solides et augmenter la progression des liquides. Point d’alimens échauffaûs , ni d’exercices immodérés; quelques boissons rafraîchissantes et délayantes , comme 1 eau de veau ou de poulet nitrée , l’infusion ou légère décoction de chicorée sauvage , quelques bouillons aux herbes , des bains tiedes, surtout si le système nerveux prédomine. Tel fut à peu près le traitement que nous prescrivîmes à la jeune demoiselle dont nous avons déjà parlé , et qui , après la première ou seconde éruption des menstrues, ne vit. plus l’espèce de dartre qui avoit paru quelques mois auparavant sur la partie latérale droite de la poitrine , un peu audessus de la mamelle.

h: ne précaution que les gens de l’art ne devroient

point négliger , seroit de ne jamais permettre, de défendre au contraire avec sévérité les astringens ou dessiccatifs que les jeunes filles emploient pour réprimer ou mortifier les bourgeons qui poussent au visage ou ailleurs. Outre que ces prétendus cosmétiques altèrent et tannent, pour ainsi dire, la peau , au lieu de l’embellir , ils répercutent ces sortes d'exanthèmes , et s’opposent ainsi aux efforts de la nature. Que de femmes ne pourroit-on pas citer qui, après de telles imprudences, ont ele affectées des maladies les plus serieuses , meme de la phthisie pulmonaire , et ont péri victimes de leur coquetterie !

ARTICLE III

De la Chlorose ou pâles Couleurs chez les Filles

pubères.

Nous ne considérons ici que la chlorose ou pales couleurs des jeunes filles , soit que cette maladie précède ou accompagne , soit quelle suive la première éruption des règles. Toutefois nous nous garderons bien de croire avec certains auteurs, qu’elle soit la cause première ou l’effet immédiat des obstacles qui s’opposent à l’établissement de cette fonction naturelle de l’utérus. Tout semble prouver au contraire qu’elle lient à un état d’atonie ou de faiblesse générale, d’où dépend la lenteur ou le retard que la nature met à compléter l’organisme

chez la femme.

En effet , la chlorose ne s’observe jamais , ou du moins que fort rarement, chez les filles robustes dont les forces vitales contrastent ou sont incompatibles avec cette espèce d’affection. Celles dont la sensibilité' ou la susceptibilité nerveuse est prompte à s’exalter, et chez lesquelles l’approche de la puberté s’annonce par des orages plus ou moins tumultueux , en sont également exemptes. En général , celte maladie n’est propre qu’aux personnes du sexe qui sont éminemment lymphatiques, ou qui ont long-temps vécu sous l’empire des causes débilitantes, et dont la constitution a été détériorée ou réduite à l’état de cachexie par un air humide et mal-sain, par l’habitation dans des lieux bas , mal éclairés , par le défaut de vêlemens , par la disette ou par des alimens peu nutritifs , par des évacuations excessives , par une vie molle, oisive et non exercée, par des affections tristes , telles que le chagrin, la jalousie , les suites d’un amour malheureux, etc.

Ce qui confirme encore cette opinion , c’est l’ensemble des phénomènes ou symptômes qui se manifestent chez les filles chlorotiques. Dès qu’elles commencent à être affectées , toute leur économie languit; l’appétit se perd ou se déprave ; elles n’ont de goût pour aucun aliment , ou bien elles ne recherchent que les substances les plus bizarres et quelquefois les plus mal saines , comme le plâtre , la terre j^es ordures , etc.; la circulation devient plus lente, plus foible et plus irrégulière ; quelque-

6zj.

fois le pouls disparoît ou s’enirecoupe , cl le cœur est agité de palpitations ; les règles 11e coulent point ou coulent mal ; si elles se sont déjà établies , elles se suppriment ou prennent un caractère qui en atteste la mauvaise qualité. La respiration se ralentit et s’exécute avec moins d’énergie ; la tête est douloureuse ; les membres semblent s’engourdir ou se prêter plus difficilement à la locomotion ; le sommeil est interrompu ou agité de rêves ; les malades sont ordinairement tristes et mélancoliques ; elles fuient les amusemens ; rien ne les touche ; tout semble les ennuyer ; elles u’ont du goût que pour la solitude et le repos.

A mesure que le mal empire ou fait des progrès, il survient des lassitudes spontanées , des douleurs gravatives ou aiguës dans le cou , dans le dos, dans les lombes , et surtout dans les articulations ; les liypoc.ondres se tendent , se gonflent et deviennent sensibles ; le ventre gargouille , il y a des tranchées ou des coliques plus ou moins violentes ; le visage se fane et perd sa couleur vermeille ; il se couvre d’un teint pale, jaunâtre, plombé, verdâtre; les yeux sont enfoncés , tristes, mornes, abattus, sans vivacité ; les paupières s’entourent d’un cercle livide ou bleuâtre ; la faiblesse géuérale augmente de plus en plus; le moral continue de s’affecter; certaines filles passent à une sorte de stupidité , tandis que d’autres acquièrent une susceptibilité qui s’ébranle à la moindre impression.

Enfin , dans la dernière période , le corps tombe entièrement dans la nonchalance et l’inertie ; les malades sont excédées de fatigue au moindre mouvement; elles perdent facilement haleine , et s’évanouissent à tout instant ; les pieds s’empâtent et s’infiltrent vers le soir, et le matin, ces extrémités paraissent entièrement dégorgées , tandis qu’alors le visage, les paupières et le contour des orbites sont dans un état de bouffissure. Toute la surface du corps s’œdématie; la fièvre hectique survient, et les malades périssent d’anéantissement.

A ces traits, il est si aisé de reconnoître la chlo» rose, que les plus inexpérimentés ne sauroient s’y méprendre. Xj epoque de la vie ou la femme se trouve , l’examen de son tempérament , les circonstances qui ont précédé la maladie et celles qui raccompagnent , tout concourt à en rendre le diagnostic facile. Cependant on pourroit peut-être la confondre avec l’ictère ou la jaunisse , à laquelle elle ressemble sous certains rapports ; mais , outre que la couleur de la peau diffère beaucoup dans ces deux maladies , puisqu’elle est blanche dans l’une et jaune dans 1 autre , on observe aussi que le blanc de 1 œil ne se ternit jamais dans la première , tandis qu il jaunit ou tire sur le noir dans la seconde. Ou pourroit encore confondre la chlorose avec l’anasarque ou la leucophlegmatie , du moins à une certaine epoque de la maladie j mais ici la différence est si sensible quelle saule aux yeux ; car ,1’œdématie ne

conserve point l’impression du doigt chez les chlorotiques, au lieu qu’elle la conserve chez les leucophlegmaliques. L’agé'par lui-même ne fournit que des signes lort équivoques , puisque ce n’est pas seulement la fille pubère qui est sujette à la chlorose; on l’observe également chez la femme adulte, lorsque ses règles viennent à éprouver quelque dérangement, et chez celle qui atteint l’âge critique ou de retour, lorsqu’elle est restée long-temps sous 1 influence des causes affoiblissantes.

En général, la chlorose ou pâles couleurs des filles pubères, n’est qu’une maladie peu dangereuse, lorsqu’elle est simple. Elle diminue pour l’ordinaire à mesure que la constitution s’affermit, et disparoît complètement dès que la menstruation est bien établie. Mais il n’en est pas de même lorsqu’elle se complique avec quelque lésion grave des organes essentiels à la vie et surtout avec la mauvaise conformation du système utérin. Elle est alors presque toujours incurable , à moins qu’on ne puisse remédier à ces sortes de dérangemens ; ce qui n’est pas toujours facile ni même possible. On voit quelle dégénère le plus souvent eu une fièvre hectique dont les malades sont consumés. Mais on ne jugera bien de la gravité du mal qu’en faisant attention au tempérament de l’individu, aux causes ou circonstances qui le modifient , et à l’inteusité des symptômes qui se développent à telle ou telle époque.

A l’ouverture des jeunes hiles ou des femmes qui

^Voient succombé à la chlorose, on a trouvé des fluides épanchés dans certaines de leurs cavités splanchniques , telles que le thorax , le péricarde Ct l’abdomen , et des obstructions dans les viscères qui y éloient contenus.

Quand on réfléchit sur les causes elles symptômes de la chlorose , on est naturellement conduit au traitement qu’elle exige. Ou cette maladie est simple et ne tient qu’à la débilité de l’individu, ou bien elle se complique avec quelque autre affection plus ou moins grave , telle qu’une lésion organique des viscères, ou un vice de conformation du système utérin. Dans le premier cas , il n’y a d’autre indication à remplir que de fortifier l’organisme ou l’économie animale , afin de coopérer avec la nature au développement du corps et à l’établissement de cet équilibre dans les fonctions, sans lequel il ne sauroit y avoir de santé parfaite. C’est alors qu’on a souvent retiré de très-grands avantages du changement d’air, de 1’ insolation , de l’habitation dans des lieux élevés et bien éclairés, des alimens de bonne qualité, du bon vin , des viandes rôties ou grillées , dès yêlemens chauds et secs appliqués sur le corps, des lits d’où l’on bannissoit tout ce qui sentoit la mollesse , de l’exercice à la campagne, des frictions sèches sur la peau, des jeux récréatifs, des affections gaies, et généralement de tout ce qui pouvoit fortifier le physique et ranimer le moral .

A ces moyens purement hygiéniques, on pourroit

ajouter differentes sortes de toniques , tels que les martiaux, l’eau de clous rouilles, les eaux minérales ferrugineuses, le petit-lait ferré , les tablettes martiales, etc. ; les amers, comme l’infusion ou la poudre de rhubarbe, le vin d’absynthe, l’extrait de genièvre.

Cependant on ne négligera point de favoriser la première éruption des réglés , en prescrivant des pédiluves ou des demi-bains chauds, des fumigations ou des bains de vapeurs , qu’on fera prendre à la malade , en la faisant asseoir sur une chaise percée remplie d’eau bien chaude , ou d’une décoction de plantes ennnénagogues , telles que 1 armoise , la rue , la matricaire , etc.

Si ces remèdes n’ont pas tout le succès qu’on en attend, on aura recours à l’usage de bouillons ou d’apozèuies plus actifs , composés avec une décoction de quelques racines aperitives, telles que 1 austoloclie , la garance, l’arrête-bœuf, le petit houx, l’asperge, le persil, l’aunee, le chardon rollaud, etc., et avec une poignee de feuilles d armoise , de ma— tricaire , de pouliot , d’origan , de marrube, etc. ; on aiguisera chaque prise de ces bouillons ou apozèmes de quelque sel neutre , comme le sulfate de soude , ou le sulfate de potasse, depuis quinze jusqu’à vingtquatre grains, ou le sulfate de magnésie, depuis denn- «ros jusqu’à un gros. On évitera que ces bouillons ne soient trop épais, afin que l’estomac les digère mieux.

Après que les forces seront rétablies, si les règles 6C disposent à reparoîlre , ou pourra en déterminer

l’éruption par une saignée du pied ; mais il est rare cjue ce moyen soit indiqué chez les femmes éminemment lymphatiques. On aura soin, dans tous les cas , d’examiner si l’orifice du vagin ou de l’utérus n’est pas fermé par quelque membrane. Si cela étoit, il faudroit nécessairement y faire une incision , pour douner issue au sang qui seroit retenu par cette espèce d’obstacle ou de barrière.

Le printemps et le commencement de l’été ont souvent paru salutaires aux filles chlorotiques. Il faut donc profiter de celte belle saison pour administrer les remèdes indiqués. On a aussi observé que le mariage avoit fait disparoître des pâles couleurs rebelles à tout autre moyen, et qu’il avoit rendu l’embonpoint, la fraîcheur et la santé aux jeunes filles dout un amour ardent, mais contrarié, avoit flétri les charmes, ou chez lesquelles la menstruation étoit difficile , parce que la matrice manquoit de sensibilité et d energie. C’est dans de telles circonstances que les pareus, en condescendant à des vœux légitimes, ont souvent opéré des guérisons presque miraculeuses , et ont prouvé que l’art de guérir ne consistoil pas toujours à droguer les malades, ou à les placer sous 1 empire des recettes pharmaceutiques.

Mais que peuvent tous les remèdes, de quelque nature qu on les suppose, contre la chlorose qui tieut aune lésion organique des viscères, ou à certains vices du système utérin qu’il est impossible de corriger ? Il faut nécessairement que la médecine

échoue dans ces cas-là, et quelle se borne à soulager les femmes , sans leur être nuisible. Puisque la chlorose est alors incurable, et qu’on ne peut en exth per la cause, la prudence exige qu’on cherche a la pallier, et à empêcher quelle ne fasse des progrès ultérieurs.

article IV.

JDe la Dysménorrhée, et cle la rétention des Règles , de l'Jschurie et de la Strangurie menstruelles.

Ce ne sont là, pour ainsi dire, que différons degrés de la même maladie; la dysménorrhée signifie que les règles coulent difficilement et avec douleur, et la rétention, quelles ne coulent pas du tout, quoique la sécrétion s’en fasse dans l’intérieur de la matrice. L’ischurie indique les efforts violens et douloureux , mais inutiles , de ce viscère pour se débarrasser du sang menstruel ; enfin, la strangurie a lieu, lorsque ce liquide coule en petite quantité et comme goutte à goutte. On voit donc, d apres ces définitions , que les dérangemens de la menstruation ressemblent à ceux de l’excrétion des urines : ana- - ]o°ie que Galien avoit déjà fait pressentir.

b£es sortes d’affections chez les femmes peuvent tenir à différentes causes , telles qu'un état de crispation , de resserrement et d’imperméabilité des vaisseaux èxhalans de la matrice, une coustriction spasmodique du col et de l’orifice utérin, l’occlusion complète 00 incomplète de ces derniers, par des cicatrices , par des membranes ou autres vices de

conformation , enfin ] imperforatiun naturelle ou accidentelle , totale ou partielle, du vagin.

L’absence des règles ou leur écoulement difficile , douloureux et trop peu abondant, se rencontre souvent avec la stérilité dont il est le présage assez ordinaire. On ne l’observe guère, ou que rarement, chez les jeunes personnes du sexe douées d’un tempérament sanguin ou lymphatique. Celles qui sont naturellement ardentes ou bilieuses , et celles dont la

sont au contraire plus disposées que les autres.

Quand les règles coulent mal ou avec difficulté, outre les symptômes dont nous avons déjà parlé, les jeunes filles ressentent des douleurs vagues , sourdes ou aiguës , daus les parties du corps qui out plus ou moins de connexion avec le système utérin , comme dans les lombes, dans l’bypogaslre , dans les aines,, au pennée ou dans les membres abdominaux.

Mais, quand les règles ne coulent pas du tout, ces douleurs deviennent beaucoup plus violentes. Les malades éprouvent des borborygmes ou des flatuosités dans l’abdomen ; quelquefois la matrice et le vagin, distendus par le sang menstruel qui y est retenu, compriment la vessie et le rectum , et gênent 1 excrétion des urines ou des matières fécales.

Dans ce de rnier cas , si l’on ne peut ouvrir une issue au sang, on a les plus grands accidens à redouter. Quelquefois les règles prennent des routes insolites, et donnent lieu à des hémorragies qui les

remplacent ; d’autres fols , il survient des fièvres on des phlegmasies plus ou moins dangereuses , des névroses, telles que l’hystérie , les convulsions, la nymphomanie, des affections comateuses, des spasmes , des dégénérescences organiques dans les viscères de la poitrine et de 1 abdomen, la cachexie chlorotique, la phthisie et la mort.

C’est ici que le praticien a besoin de tonte son attention pour bien saisir les différentes nuances de celte maladie , et les Indications qui se présentent. Quel est le tempérament de l’individu ? Y a-t-il quelque vice de conformation dans les organes génitaux? Sont-ils perméables ou oblitères ? Est-ce une maladie 1 aiguë ou chronique de tout l’individu ou de la matrice , qui s’oppose à l’écoulement des règles ?

Un signe qui est toujours caractéristique, et qu on ne doit jamais négliger dans celte maladie , c’est le retour périodique des phénomènes qui l’accompagnent. Les jeunes filles sont plus incommodées chaque mois à l’époque où les règles devroient couler : ce qui indique toujours quelque obstacle qui gêne ou intervertit cette fonction naturelle.

Que le médecin tache aussi de se mettre en garde contre l’astuce des jeunes filles qui ont des mœurs suspectes. Il y en a qui , devenues grosses à la suite d’un amour clandestin, viennent furtivement solliciter des remèdes sous prétexte d’un défaut ou d’un retard de la menstruation ; mais elles ne cherchent, dans le fait, qu’à se débarrasser d’un fardeau qui les

incommode. On uesauroit croire avec quelle adresse certaines de ces aventurières tendent des pièges à la bonne foi de ceux qu elles consultent. On a donc besoin de beaucoup de prudence et de circonspection pour n’êlre point leur dupe dans quelques circonstances.

Il suit de-là que cette maladie peut être plus ou moins grave et plus ou moius difficile à guérir, selon que la cause en est plus ou moins connue et plus ou moins à portée des ressources de l’art. Tient-elle à un vice de conformation de l’utérus, au défaut de cavité ou à l’oblitération complète de ce viscère ou de son orifice , il est certain qu’on tenteroit. inutilement d’y remédier; il n’y auroitdouc alors que des palliatifs à employer pour appaiser les symptômes produits par l’absence des règles. Quelques saignées générales, l’application des sangsues aux environs du système utérin , les vésicatoires, les cautères, les légers purgatifs et autres évacuans pourroient être utiles dans ce cas-là pour operer une dérivation salutaire, et pour empêcher le sang menstruel de se diriger vers des organes qui ne peuvent point lui donner issue. Toutefois il n’appartiendroit qu’à un praticien consommé, de déterminer auquel de ces moyens il faudroit avoir recours, et de quelle manière il faudroit l’administrer.

La guérison offriroit au contraire moins de difficultés et beaucoup plus d’espoir, si elle ne dépendit que d’une simple constriction ou resserrement

traite

spasmodique des vaisseaux ou du col delà mntiice. On a observé que les bains entiers et les pediluves tièdes produisoient alors les plus grands avantages, soit pour dissiper le spasme qui s’opposoit a 1 écoulement des menstrues , soit pour diminuer la sensibilité générale ou utérine a laquelle tenoit la vio lence des douleurs dont la maladie etoit accompagnée. On a aussi prescrit avec succès dans le même cas, les narcotiques à petite dose, tels que le siiop diacode ou celui de karabé avec des émulsions ou tout autre boisson tempérante. Enfin les coliques ou douleurs abdominales ont été calmées par des fomentations avec la décoction de racine de guimauve et de têtes de pavot sur le bas-ventre; celles du vagin et du col de la matrice , par des injections opiacées; l’ardeur et le prurit des parties génitales externes par des décoctions de ciguë et de piorclle.

La rétention des règles est la plus facile a guérir, quand elle ne dépend que d’une membrane qui bouche d’une manière plus ou moins complète l'on- Hce du vagin. Une simple incision suffit alors pour lever l’obstacle , et pour donner issue au sang menstruel. Mais cette opération présenleroit plus de difficultés , si la membrane qui cause l imperforation des voies génitales étoit située à l’orifice de 1 utérus ou très-profondément dans le canal utéro vulvaire.

De jeunes filles mal réglées ont vu quelquefois disparoître les incommodités dont elles étoient périodiquement affectées , soit après avoir renonce a

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la continence ou au célibat, soit après leurs premières couches. On a conclu de-la que le mariage pouvoit être regardé comme un puissant emraenagogue. Mais ce moyen ne conviendroit, toutes choses d’ailleurs égales , qu’aux tempéramens lymphatiques ou atones; les personnes ardentes, et dont la sensibilité utérine seroit excessive, en retireroient peutêtre moins d’avantages sous le rapport de la menstruation , surtout si elles multiplioient trop leurs jouissances amoureuses.

L’électricité dont on a tant préconisé les effets , ainsi que le galvanisme , scroient nuisibles aux filles très-sensibles et très-irritables ,de même qu’à celles qui seroienl d’une constitution pléthorique et sanguine ; celles-ci auroient à redouter le coup de sang et l’apoplexie , à moins qu’on n’eût préalablement désempli les vaisseaux sanguins par la saignée.

Enfin on devine dans quelles circonstances on pourroit avoir recours aux toniques en général , aux ferrugineux , aux aristolochiques , tels que les préparations de rue et de sabine. L’emploi de ces remèdes exige la plus grande réserve et la plus grande circonspection; car, administrés mal à propos, ils occasionneroient beaucoup plus de mal que de bien.

ARTICLE Y

De la Nymphomanie.

Cette maladie a reçu encore les noms d’éroto-

manie, de métromanie ou de fureur utérine. Quoi-

76 v TRAITÉ

qu’elle puisse exister chez toutes les femmes en general, depuis la puberté où la sensibilité utérine se développe , jusqu’à la décrépitude où elle s éteint , on l’observe néanmoins plus fréquemment chez les jeunes filles d’un tempérament sanguin et d une imagination ardente; chez des femmes mariées que de foibles époux ne peuvent satisfaire ; cbez des veuves naturellement lascives , qui ont été privées tout à coup de leurs jouissances ordinaires; enfin, cbez des Vénus publiques ou mercenaires , que la réclusion force quelquefois a une continence plus ou moins prolongée.

Les climats chauds où les passions fermentent, le séjour des grandes villes où mille objets les excitent, la bonne cbère , l’abus des liqueurs alcooliques et des aromates , l’excès des plaisirs , les dérangemens de la menstruation , les liaisons dangereuses , les spectacles , les peintures et les lectui es lascives, sont encore autant de causes qui peuvent disposer à la nymphomanie ou la produire.

Le début et le progrès n’en sont pas les mêmes cbez toutes les femmes. Ils varient à 1 infini , soit

par rapport à l’âge et à la constitution individuelle, soit par rapport au genre de vie et surtout a 1 éducation qui a déjà dirigé l’esprit et le cœur. En décrivant seulement cette maladie, telle qu’on l’observe cbez les jeunes filles , nous tâcherons cependant de réunir sous le même cadre les principaux traits qui la caractérisent à toutes les autres époques de la vie.

Ce n’est d’abord qu’une espèce de mélancolie ou d’amour platonique dans lequel l’esprit est profondément occupé de l’objet qu’on aime; on ne le recherche point, mais on craiut de le perdre ou d’en être abandonné. Le désir des jouissances vénériennes n’est pas encore ce qui tourmente la jeune fille ; mais elle trouve une certaine complaisance ou délectation à contempler intuitivement celui qui la captive ; chacune de ses qualités physiques lui paroit une perfection qu’elle admire en silence. Dans cette illusion elle recherche la solitude , où elle soupire plus à son aise, où elle cache et nourrit le feu qui va bientôt l’embraser. Rentre-t-elle dans la société , c’est pour y paroître sombre , pensive , taciturne; continuellement distraite, elle ne prête aucune attention à ce qu’on dit; tout ce qui amuse ses compagnes est insipide pour elle ; ce qui se passe dans son cœur l’absorbe tout entière. Mais celui pour qui elle s’est passionnée vient-il à se présenter , devient-il le sujet de la conversation , ou bien quelqu’un seulement a-t-il prononcé son nom, tout à coup la scène change : l’œil se ranime , le visage se colore , le cœur palpite , la respiration se presse, la voix tremble, s’affoiblit, et quelquefois s éteint sur les lèvres.

Cependant le mal empire et s’exaspère ; l’imagination s exalte ; ce qui n etoit d’abord en apparence qnune douce alTection, un tendre sentiment, se change bientôt en une passion violente, eu un feu

y 8 TRAITE

qui dévore; l’esprit n’est plus obsède que des idées les plus obscènes ; l’appétit se perd , il n’y a plus m sommeil ni repos; le corps s’échauffe, les organe* génitaux deviennent le siège d’un prurit, d une démangeaison insupportable ; la salacité est extrême , les désirs vénériens commandent presque en maîtres impérieux; d n’y a plus qu’un reste de pudeur ou de honte qui retienne.

Mais ce feu pour être concentré n’en devient qu'e plus ardent; bientôt il fait explosion, et dès-lors il n’y a plus d’obstacle qui l’arrête; la nymphomane ne suit que l’impulsion de la nature ; elle se livre au dérèglement de son imagination , et ne recherche que le plaisir. A la vue d’un homme, son pouls s’agite, sa respiration devient tumultueuse, ses sens se troublent, sa voix s’entrecoupe. Tendres soupirs, regards lascifs , propos libres , gestes mdécens , attitudes voluptueuses, tout est mis en usage pour séduire; quelquefois elle pousse le délire jusqu’à se jeter dans les bras du premier venu ; elle le presse et le sollicite ; éprouve-t-elle un refus ou de la résistance , elle éclate en menaces et vomit un torrent

d’injures.

Enfin la maladie dégénère en une manie des plus furieuses. La femme n’observe plus aucune modération ; sa passion seule la transporte ; elle frappe et déchire tous ceux qui lui résistent. Tantôt ce sont des éclats de rire immodérés comme dans 1 ivresse de la joie; tantôt des larmes abondantes et de pio-

DES MALADIES DES FEMMES. 7g

fonds soupirs semblent attester Ja plus violente tristesse. Quelquefois les discours les plus sales et. les postures les plus dégoûtantes rendent encore ce tableau plus hideux. Alors l’irritation générale est à son dernier période, et les organes génitaux , dont la chaleur est portée jusqu’à la phlogose , rendent un liquide âcre, sanieux et puriforrne; enfin arrivent la consomption , le marasme et la mort.

À ces traits, quipourroit méeonnoître la nymphomanie ? Mais il ne s’agit pas seulement de la distinguer de tout autre maladie quand elle est déjà invétérée; le point essentiel en pratique seroit de démêler les premières étincelles de ce feu , afin do 1 étouffer avant qu’il fût devenu un incendie capable de consumer ses victimes. Or, ce diagnostic n’est pas aussi lacile qu’on Je croit, à moins qu’on ne connoisse ou qu’on ne soupçonne d’avance les habitudes des femmes ou des filles affectées de mélancolie amoureuse. 11 est certain qu Hippocrate découvrit autrefois la passion de Perdicas pour Phila, Erasistrate celle d’Antiochus pour Straioniôe, et. Galien celle d’une dame romaine pour le danseur Pylade. Mais les médecins ne se trouvent pas toujours dans des circonstances aussi favorables. D’ailleurs qui ne sait que les jeunes filles en général , loin 'de divulguer une passion naissante, mettent le plus grand soin à la cacher, et f attisent en secret au lieu de la combattre et de la réprimer,?

Quoi qu il en soit , ou l'on est appelé auprès des

femmes lorsqu’elles commencent d’être en proie à la mélancolie amoureuse , ou bien lorsque cette maladie est plus ou moins avancée. Dans le premier cas , ce seroit en vain qu’on prescrirait des remèdes pharmaceutiques ; l’amour est un mal que nulle drogue ne sauroit guérir; c’est une affection morale qu’il ne faut attaquer que par des moyens qui portent à l’esprit et au cœur. Distraire l’uu et chaugcr l’autre, voilà l’indication. On la remplit par une occupation sérieuse et continuelle , par des jeux qui amusent et qui captivent; par la fuite des sociétés capables d’émouvoir les sens , et par la fréquentation de celles où tout inspire le calme et la décence. Ce seroit alors le cas de quitter le sein des grandes villes, de renoncer aux spectacles , aux lectures romanesques , pour se retirer quelque temps à la campagne, ety contempler la magnificence de la nature. Toutefois il faudrait y éviter le désœuvrement et l’ennui qui donnent tant de prise aux passions, ou qui les rallument quand elles sont mal éteintes.

11 y a de jeunes filles chez qui l’amour ne s’exalte jusqu’à la nymphomanie que parce qu il est contredit; on les empêche , par exemple, d’épouser un homme qui leur plaît, et quelles aiment. Le meilleur •remède est alors d’engager les pareils à consentir au mariage. Le roi Séleucus , d’après l’avis d’Erasistrate Raccorde Stratouice à son fils Anuochus , et bientôt il a la consolation de voir ce jeune prince renaître et sortir, pour ainsi dire, du tombeau ou

DES MALADIES DES FEMMES. Si

l’amour le conduisoit. Mais des obstacles puissans s'opposent quelquefois à des nœuds légitimés ; c’est alors que les voyages , les conversations avec des personues raisonnables et honnêtes , l’exercice et la dissipation , en un mot tout ce qui peut faire oublier l’objet aime, doit être compté parmi les ressources de l’art. Souvent une inclination nouvelle suffit pour corriger ou détruire la première.

Dans la seconde période , lorsque l’imagination est entièrement dérangée , et que la sensibilité du système utérin est très-exaltée , on a recours aux saignées générales ou locales , si le tempérament de la malade est pléthorique ou sanguin , aux injections rafraîchissantes et narcotiques, avec les décoctions de morelle , de laitue , de ciguë , de têtes de pavot , aux fomentations avec des compresses trempées dans ces mêmes décoctions , et appliquées sur les parties génitales, aux bains plus ou moins répétés et plus ou moins prolongés, aux alimeus les plus doux tirés du règne végétal , aux émulsions légèrement nitrées. Ou éloigne en même temps tout ce qui peut entretenir la passion , comme la société des hommes et tous les objets indécens ; on rend Je lit de la femme plus frais; on en ôte la plume et la laine ; on n y laisse que le crin ou la paille avec les draps ou les couvertures, suivant la-saison ; on a soin de modérer l’impression de la lumière, en fermant les volets pendant le jour et en n’allumauL qu’une simple veilleuse durant la nuit. On profite aussi des

traite

intervalles de calme pour faire cou courir la morale à la guérison ; on rappelle la malade à des sentimens d’honneur et de décence on lui peint avec des couleurs fortes le précipice où elle court , le tort qu elle se fait à elle-même, et la tache quelle imprime a sa famille. Enfin on la surveille , de crainte qu’elle ne se livre à quelque exces que ce soit, et qu ehe ne prenne sur elle des libertés défendues.

Ces remèdes sont sans contredit plus efficaces que tous ces prétendus anti-aphrodisiaques ou antivénériens dont la crédulité avoit introduit et perpétué l’usage dans les cloîtres. Les préparations de nymphes a et d’agnus castus sont plus propres à déranger les digestions qu’à éteindre des feux impudiques. Nous 11e parlerons point ici de certains attouchemens que des matrones peu réservées ou des barbiers indécens ont pratiqués dans des accès de nymphomanie , sous prétexte de soulager les malades en provoquautl e dégorgement du système utérin.. Parvenue au troisième degre , la fureur uterine est presque toujours incurable. Ce n’est plus alors qu’une de ces misères humaines qu’on est réduit à déplorer, et contre laquelle les ressources de 1 art viennent presque toujours échouer. Le vulgaire des médecins , pour qui sans une pratique des plus actives il ne sauroit y avoir de salut, croit faire des merveilles en multipliant les saignées des temporales , des jugulaires , les drastiques et autres remèdes semblables; comme si, pour guérir une ma-

ladie qui consiste dans le dérangement de l’intellect ou de l’imagination , il falloit commencer par affoiblir ou tuer le corps. Il paroîlrqit bien plus sensé ‘ d’insister sur les moyens dont nous avons déjà parlé, et principalement sur les secours tle l'hygiène et de la morale qui conviennent mieux au traitement de la manie amoureuse, que tous les évacuans.

L’opium passe pour avoir la propriété d’amortir les désirs vénériens , ce qui l’a fait proposer coutre la fureur utérine portée à l’excès. Mais comment concilier cette opinion avec la pratique des Orientaux qui font entrer cette substance dans ce qu’ils appellent leur remède de magnanimité ?

Un vieux adage attribue encore à l’odeur du camphre , la vertu de rendre presque nids les appétits vénériens ; mais ou sont les observations qui appuient de telles prétentions ?

ARTICLE VI

De V Hystérie.

\ oici une maladie qui a quelque analogie avec la precedente , dont elle peut être la suite ou 1 effet , et que nous rangeons aussi parmi celles des filles , quôiqu elle puisse affecter les femmes de tout âge , sans en excepter les octogénaires. Les hommes eux-memes u en sont pas exempts, si l’on eu croit Hoffmann et quelques autres praticiens après lui.

Elle a reçu différentes dénominations : les uns 1 ont décrite plus particulièrement sous le nom de

vapeurs , les autres sous celui de spasme ou de suffocation de matrice , à cause de la difficulté de respirer qui l’accompagne très-fréquemment; et les Grecs sous celui d’affection hystérique ou utérine , parce qu’ils en fix oient le siégé dans la matiice.

On citeroit peut-être difficilement une autre maladie dont les causes aient excité plus de contestations, ou fait naître des opinions plus bizarres et plus absurdes. Les anciens l’attribuoient à une prétendue fureur de la matrice, provoquée par le dérangement des menstrues et des lochies , comme si ce viscère eût été un animal prompt à s’irriter, lorsque cette double sécrétion ne se faisoit pas d une manière convenable. Les modernes , au contraire , ont rejeté cette extravagance; mais les uns ont regardé l’hystérie comme une affection propre de l’ utérus, et les autres comme un bouleversement

du système nerveux en général.

Ce qu’il y a de bien vrai , c’est que cette maladie, ainsi que toutes celles qui portent le nom de nerveuses, s’observe le plus fréquemment chez les personnes du sexe qui mènent une vie oisive et sédentaire , qui donnent dans le luxe , qui courent habituellement les spectacles et les bals, qui se repaissent de lectures frivoles , lascives et capables d’exalter l’imagination. Voilà donc bien manifestement des causes prédisposantes de l’hystérie. Mais quelles sont celles qui la déterminent? c’est ce qui ncst pas facile à décider : car elle attaque également la

fille qui vit dans la chasteté, et celle qui a des mœurs dissolues; l’épouse dont les désirs sont satisfaits, et la veuve qui observe la continence ; la femme dont les règles coulent périodiquement tous les mois, et celle dont cette sécrétion se supprime accidentellement ou disparoît tout-à-fait, vers l’âge critique ou de retour. Peut-être même que les anomalies de la menstruation sont plus souvent l’effet que la cause de l’hystérie.

Enfin , parmi les causes qui produisent les accès hystériques, pourquoi ne placeroit-on pas quelques vives affections de l’ame , telles que la joie, la colère , la tristesse , une contrariété , un saisissement , 1 impression de certaines odeurs , la vue de certains objets hideux, désagréables ou dégoûtans ? On en trouveroit plus d’un exemple dans les auteurs.

Quoi qu’il en soit, l'hystérie offre une infinité de variétés, sous le rapport du siège où elle paroît se fixer, et sous celui des affections quelle simule. C est un vrai protee , un vrai caméléon qui emprunte nulle formes et mille couleurs. La matrice, les lombes, le bas-ventre, la région précordiale, le diaphragme , la poitrine, le dos , la gorge , la tête , les t membres , tous les organes en général peuvent en être plus ou moins affectés. L’agitation de l’utérus , les coliques , la sciatique , les anomalies nerveuses de la digestion , de la circulation et de la respiration, le rhumatisme ou la courbature générale , la migraine , le tic nerveux , le tétanos , le coup de

86 traité

sang, le coma, l’apoplexie, la syncope, la mort elle-même , tels sont les différeus états sous lesquels elle peut se masquer suivant 1 Age , le tempérament et la disposition individuelle.

Voilà sans doute pourquoi aucun auteur n’a encore tracé jusqu’ici une histoire exacte et fidelle de cette maladie ; et dans le fait , n’est-il presque pas impossible que le même homme ep ait observé toutes les espèces, toutes les variétés et toutes les nuances, soit lorsqu’elle est simple , soit lorsqu’elle se complique avec d’autres affections aiguës ou chroniques, partielles ou générales , continues ou intermittentes, périodiques ou anomales.

Cependant , malgré l’irrégularité ou la bizarrerie des traits qui la caractérisent, essayons de réunir au moins les plus ordinaires et les plus constans dans le même tableau, afin qu’on puisse, sinon la reconnaître au premier coup d’œil , du moins la soupçonner et éviter toute funeste méprise dans le traitement. Pour mettre plus de méthode dans celte * description , nous passerons successivement en revue toutes les fonctions de la vie, et nous rassemblerons en autant de groupes les lésions ou altérations qu’elles éprouvent durant les accès de cette singulière maladie.

Quelquefois elle débute par une espèce de trouble dans tout l’organisme ; d’autres fois ce n’est qu'une agitation et comme un bouleversement du système utérin qui semble se déplacer , rouler comme une

des maladies des femmes. 87

boule dans le bas-ventre jusqu’au diaphragme , et < iponter de-là jusqu’à la gorge. Chez la plupart des femmes , au contraire , l’invasion en est brusque et instantanée; elles éprouvent tout à coup les symptômes les plus bizarres et les plus incoherens.

Excès, diminution ou suspension , irrégularité ou inégale distribution de la sensibilité , de la motilité et de la caloricité ; voilà en précis le tableau de l’hystérie , et la source d’où découlent tant de phénomènes particuliers.

Nausées ou vomissemens , dégoûts , perte d’appétit ou faim illusoire ; rapports nidoreuxou acides; ardeur de l’œsophage et du gosier; difficulté d’avaler; cardialgie, tension douloureuse des hypocondres , crampes de l’estomac , flatulence ou borborygmes du tube intestinal ; coliques plus ou moins violentes , comme dans le choiera morbus ; tension ou gonflement, souplesse ou dureté de l’abdomen; relâchement ou constriction spasmodique du sphinc- * ter de l’anus ; éruption de vents par la bouche et le fondement; issue involontaire des excrémens.

Sentiment de pesanteur dans la poitrine , anxiété ou constriction précordiale , comme si les côtes inférieures étoient entourées et serrées par un cercle de fer ; difficulté de respirer , toux , oppression , étranglement, suffocation, élévation et dépression alternatives de la poitrine ; haleine froide ou chaude, rauque, stertoreuse , sifflante.

Maux de cœur ; palpitations plus ou moins iucom-

modes , quelquefois sensibles au toucher et à la vue chez les personnes très-maigres ; pouls infiniment variable, tantôt foihle, lent, concentré, presque insensible, tantôt fort, plein et accéléré, en un mot , prenant tous les rhythmes possibles dans un court espace de temps , selon la remarque de Zimmermann; quelquefois rougeur de la face, bouffées de chaleur qui la rendent turgescente ; d’autres fois, pâleur générale , syncope complète , refroidissement des membres et du tronc; image de la mort.

Aridité , crispation ou moiteur et souplesse de la peau; sueurs partielles ou générales; sécheresse de la bouche ou salivation écumeuse; urines supprimées ou abondantes, souvent involontaires, presque toujours claires et limpides, quelquefois chaudes, douloureuses, irritantes; la vulve serrée, sèche, ou relâchée et inondée de mucosités plus ou moins abondantes, dont l’excrétion se fait a 1 insu de la malade.

Convulsion de tous les muscles de la tête , du tronc et des membres ; de là , hérissement des cheveux , altération des traits de la face , gonflement et dépression alternative du cou, de la poitrine et de l’ abdomen; morsure de la langue ; agitation affreuse et distorsion des bras , des mains , des cuisses et des jambes ; craquement de toutes les articulations. V

Spasme dans diverses parties du corps , surtout à

la te te où il cause la migraine , ou le clou hystérique,

UES MALADIES DES FEMMES. Si)

scion l’etendne qu’il y occupe, aux yeux, aux paupières, au nez, aux lèvres, aux doigts des mains et des pieds, à la matrice où la femme éprouve quelquefois des élancemens.

Névroses variées des sens extèrnes ; exaltation , diminution ou irrégularité de la vue et de l’ouïe ; brouillards qui obscurcissent la vue , bluettes ou lames de feu qui éblouissent les yeux, vertiges, étourdissemens ; tintement ou bourdonnement des oreilles; perversion de l’odorat.

Au moral , abattement de l ame , tristesse sans cause connue , chagrin profond , ennui , recherche de la solitude, terreur; larmes abondantes et involontaires, principalement vers la fin de l’accès; ou éclats de rire immodérés comme dans un accès de joie effrénée ; apparence de folie ou de manie , altération ou discordance de la voix; aphonie, taciturnite ou loquacité plus ou moins prolongée ; paroles sans liaison , cris , hurlemens affreux ; sommeil inquiet et agité ; rêves effrayans , réveil en sursaut , cauchemar.

Tel est beusemble des symptômes qu’on observe durant les accès ou paroxysmes hystériques. Ils durent plus ou moins de temps , quelquefois vingtquatre heures , même huit jours. Ils sont suivis de malaise , de pesanteur à la tête , d’accablement et comme de courbature générale.

Il suit de là que l’hystérie est une des maladies cs P*us difficiles à connoître dans la pratique , soit

parce qu’elle peut en simuler une infinité d autres, telles que différentes espèces de vésanies, de spasmes, ou d’affections comateuses ; soit parce qu elle peut se compliquer avec des maux qui ont beaucoup d’analogie avec elle , comme 1 epilepsie et les con vulsious. D’ailleurs , le sexe n’aide pas toujours à distinguer cette maladie , puisqu’il paroit constant quelle peut exister aussi chez les hommes. Il n y auroit donc, à proprement parler, qu un signe caiactérislique et tranchant , s’il existoit chez toutes les femmes hystériques. Ce seroit le sentiment d une boule qui rouleroit dans le bas-ventre , et sembleroit monter jusqu’à la gorge. Encore faudroit-il attendie que l’accès fût terminé , et que la femme assurât avoir éprouvé ce phénomène , puisqu’ aucun autre signe n’indique ce qui se passe à 1 intérieur des

malades.

Une précaution bien essentielle , c’est de n entreprendre aucune opération dangereuse sur les corps des personnes affectées d’hystérie , de ne pas meme les disposer à la sépulture , lorsqu’elles offrent les apparences de la mort, avant d’y avoir aperçu des signes manifestes de putréfaction. On conuôit la méprise du malheureux Vésale , qui alloit ouvrir une dame espagnole , si les cris que cette infortunée poussa au premier coup de scalpel , n’avoieut lait reculer sa main téméraire, et ne l’avoient averti qu il avoit confondu l’apparence avec la réalité de la mort. Laneisi avoit vu une femme de distinction

reprendre Je sentiment, et ressusciter, pour ainsi dire, à l'église. pendant c|u’ou célébrait ses funérailles. La femme de milady Roussel, en Angleterre , eût été enterrée vivante , sans le courage et la fermeté de son mari, qui menaça de brûler la cervelle à quiconque loucheroit le prétendu cadavre. Que de fa:ts de ce genre ne pourroil-on pas rapporter encore !

Le pronostic de l’affection hystérique n’est pas aussi alarmant qu’on pourroil 1 irnagiuer. Il est vrai qu’elle a simulé plusieurs fois la mort ; mais il est rare que les malades périssent réellement S’il en étoit malheureusement ainsi , celte maladie feroit des milliers de victimes , puisque , selon la remarque de Sydenham , elle constitue la moitié des indispOf sitions des femmes.

Pour ce qui concerne le traitement , 'il s’agit de combattre les accès hystériques ou d’en prévenir le retour. Dans le premier cas , réveiller la sensibilité générale, quand elle est émoussée ou suspendue; la diminuer ou l’afLoiblip, quand elle est trop exaltée ; et la calmer ou la réduire à sou état naturel, quand elle est plus ou moins irrégulière : telles sont les principales indications.

Les moyens d’exciter ou de ranimer la sensibilité générale , sont ceux qui agissent sur les membranes muqueuses et sur la peau.

On agit sur la membrane gastro-pulmonaire, en portant sous les narines les odeurs les plus fortes ,

telles que l’ammoniaque ou alcali volatil , l’acide acétique ou vinaigre radical; en introduisant dans la bouche et faisant avaler quelques cuillerées d une potion excitante , composée avec trois ou quatre onces d’une eau aromatique distillée , comme celle de mendie poivrée ou de melisse , a laquelle 011 ajoute depuis dix jusqu’à vingt gouttes d une huile essentielle ou volatile , ou de quelque teinture aromatique ; en injectant dans le rectum des lavemens plus ou moips stimulans , tels qu avec les infusions ou légères décoctions des plantes aromatiques , auxquelles on mêle les teintures de ces mêmes plantes , le vin, l’alcool, le vinaigre, etc.

De semblables injections dans le vagin conviennent également pour stimuler la membrane gemtourinaire. Le coït et les pessaires toniques pourroient remplir le même but , surtout si 1 accès hystérique avoit été produit par une continence trop sévère.

Pour agir sur la peau, on a recours aux aspersions d’eau froide , aux frictions sèches , ou rendues excitantes par la teinture de cantharides, aux sinapismes, aux vésicatoires.

S’agit-il seulement de diminuer ou de calmer la sensibilité , on met en usage les anti-spasmodiques , dont le nombre , l’espèce et la forme sont presque

innombrables. Quaud la femme est pléthorique et sanguine , ce qu’on reconnoît à la turgescence du visage , à la force et à la plénitude du pouls , on fait une saignée , ou bien on applique des sangsues à la

vulve , surtout si l’accès hystérique succède à une rétention des menstrues.

Dans le cas d’embarras des premières voies , ou provoque le vomissement au moyeu de l’ipécacuanha, ou les déjections aîvines , par de doux laxatifs, selon Je s circonstances.

Après h administration de ces évacuans, on donne l’éther sulfurique ou acétique , depuis demi-gros jusqu’à un gros ; la liqueur minérale anodine d’Hoffmaun , à la même dose ; ou bien le sirop d’éther, la teinture d’assa-fedda , à la dose de quinze ou vingt gouttes daus une potion ; enfin le laudanum liquide de Sydenham , ou l’extrait muqueux d’opium , si la malade ressent des douleurs violentes.

La déglutition est-elle impossible , on a recours aux lavemens, dans lesquels on fait entrer l’assafetida à la dose d’un gros , ou sa teiulure à celle de 5o ou 60 gouttes.

Le rectum est-il resserré , on injecte dans le vagin les narcotiques , tels que l’opium ou le laudanum liquide de Sydenham, plus ou moins étendus; ou bien on agit sur la surface du corps au moyen des pédiluves, des bains de vapeurs, des bains généraux tièdes ; on applique des fomentations émollieutes sur 1 abdomen , des compresses trempées dans 1 oxycrat sur l’épigastre, ou dans une dissolution d’opium sur la région de l’utérus ; on fait respirer 1 odeur de quelque substance brûlée , comme des plumes , des cheveux , du cuir , celle de Tassa-

feiida , de l’éther. Le grand art consiste ici a saisir le vrai moyen de calmer , et ce moyen différé selon une foule de circonstances individuelles auxquelles ou doit avoir égard dans la pratique.

Lorsque les accès hystériques sont dissipes , il faut que les remèdes concourent avec le régime pour en prévenir le retour - mais les premiers sont ordinairement moins efficaces que le dernier. Alors combattre ou changer les causes prédisposantes et éloigner les causes occasionnelles , tel doit être le double but que le médecin se propose.

Ainsi la femme est-elle d’un tempérament foible et délicat; jouit-elle d’une mobilité ou d'une susceptibilité excessive , on associe les toniques aux anti-spasmodiques; on donne les préparations martiales, tant recommandées par Sydenham ; les amers, tels que le quinquina , la gentiane , la rhubarbe , la camomille romaine , la petite centaurée qu'on mêle avec la valériane , l’eau distillée de fleurs d’oranoCr , ou l’infusion de feuilles du même arbre, avec l’opium, le sirop diacode, ou le laudanum liquide; les bains froids peuvent être aussi d'une grande utilité; mais l’emploi de ce moyen exige quelques précautions : U faut y habituer la femme par

degrés.

Si la prédisposition tient à un tempérament sanguin , ardent et très-irritable, on la combat par la saignée du pied , ou l'applicalion des sangsues a la vulve ; ou s’oppose à toul ce <iui pourroil gêner ou

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troubler l'excrétion menstruelle; on recommande la modération dans les plaisirs. Les relâchans et les rafraîchisgans , tels que le petit-lait, les boissons délayantes et légèrement acides ; les clemi-bains et les bains entiers sont encore indiqués en pareil cas.

Les alimens doivent être toniques et fortifîans , ou doux , légers et caïmans, selon les circonstances.

L’exercice modéré mérite surtout d’être mis au nombre des anti-hystériques , soit qu’il faille fortifier tout l’organisme , soit qu’il s’agisse de récréer et de distraire la femme, que l’eUnui et l’oisiveté disposent tant aux maladies nerveuses.

Enfin, un des grands moyens de prévenir les accès d hystérie , est de fuir soigneusement tout ce qui peut causer des impressions trop vives et ébranler le système nerveux, tels que les spectacles , les lectures et les peintures lascives, les conversations trop libres , surtout avec des personnes de différent sexe , etc.

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