‹ Traité des maladies des ovaires, suivi d'une étude sur quelques progrès récents de la chirurgie abdominale et pelvienne. Enlèvement des annexes de l'utérus. Cholécystotomie. Hépatotomie, etcChapitre 22 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES PROGRÈS RÉCENTS QUI ONT ÉTÉ FAITS DANS LA CHIRURGIE ABDOMINALE ET PELVIENNE

Dans un des premiers chapitres, en parlant de la pathologie de l'ovaire, j'ai eu l'occasion de faire remarquer que les progrès récents que nous avons faits dans la chirurgie pelvienne et abdominale nous avaient permis d'obtenir un grand nombre de renseignements sur les maladies de l'ovaire qui, autrefois, étaient hors de notre portée. Ou a dit avec raison que la plupart de nos nouvelles opérations, auxquelles je me propose de consacrer ici ([uelques pages, sont aussi bonnes que les autopsies pour les intérêts de la pathologie. Je tiens à dire qu'elles sont beaucoup meilleures, parce que nous pouvons comparer les caractères présentés par les organes malades avec l'histoire clinique complète que nous avons recueillie nous-mêmes et qui a justifié en partie l'opération, ce que nous ne pouvons jamais faire aux autopsies, en ce qui concerne du moins les ovaires et les trompes.

Dans le chapitre auquel je viens de faire allusion, je donne des. détails sur quelques-uns des cas dans lesquels j'ai pratiqué des opérations que je regardais, il y a trois ou quatre ans encore, comme absolument injustifiables, mais que je considère aujourd'hui comme la conséquence légitime de Taugnientation de nos succès

dans renlèvement des tumeurs de l'ovaire. Si M. Baker Brown avail continué à pratiquer l'ovariotomie pendant quelques années aprè?« 18G7, il aurait rapidement abaissé la mortalité de 10 0/0, où il l'a laissée à 4 ou 5 0/0, qui est la mortalité à laquelle le D"" Kcilh et moi sommes maintenant arrivés, et nous aurions été de quinze ans en avance sur notre situation actuelle. A partir de 1867, comme je l'ai déjà dit, M. Spencer Wells exerça une influence considérable sur la conduite de l'ovatoriomie, influence due au hasard des circonstances, et avec sa mortalité de 25 0/0, il était impossible que la chirurgie abdominale fît de réels progrès. Personne ne pouvait se risquer à faire courir à une femme un danger aussi grand, à moins que sa vie ne fût nettement menacée : aussi reculait-on l'ovariotomie le plus longtemps possible; on pratiquait des ponctions palliatives et autres maladresses; mais ce qu'il y avait de pire, c'est que les maladies du bassin et de l'abdomen qui étaient justiciables du traitement chirurgical, mais qui ne menaçaient pas immédiatement et évidemment l'existence, étaient abandonnées à elles-mêmes, et les malades s'en allaient sans être guéries. Le D' Thomas Keith termina celle période sombre en nous montrant comment il fallait s'y prendre pour pratiquer les opérations sur l'abdomen sans crainte et en faisant courir peu de risques à la malade, et c'est à lui que revient, dans une large mesure, l'honneur des progrès récents qui ont été accomplis dans la chirurgie abdominale, bien que je ne sache pas qu'il s'en soit beaucoup occupé dans sa pratique personnelle.

Pour ma part, j'ai aujourd'hui si peu de crainte en chirurgie abdominale, et mes résultats sur le terrain delà pratique qui, jusqu'à il y a trois ans, semblaient limités sans aucun espoir, ont été si splendides que je me hasarde à émettre la loi chirurgicale suivante : dans tous les cas de maladie de r abdomen ou du bassin dans lesquels la santé est détruite ou la vie menacée, et dans lesquels l'état de la malade n'est évidem.ment pas dû à une affection maligne, il faut faire une exploration delà cavité. J'ai déjà publié un grand nombre de travaux à l'appui de cette proposition et je regarde quelques-uns d'entre eux comme assez importants pour être reproduits à la fin de ce chapitre.

IvM.KVKMK.NT l)l':S ANNEXES \)K I.UTÉIU S Ha

DK L KNLKVKMKNT DKS ANNKXKS DE L UTKRrS

En octobre 1871, M. Ilallwright, de Summer Hill, Birmingham, me demanda de voir avec lui une femme, âgée de quarante-deux ans, qui souffrait depuis plusieurs années de douleurs violentes dans le bassin, principalement du coté gauche, douleurs qu'elle rapportait très nettement au siège de l'ovaire, et qui étaient accompagnées de divers symptômes réflexes, dont le plus marqué était une aphonie complète et persistante. Elle avait été soignée depuis plusieurs années par M. Ilallwright et d'autres, sans le plus léger soulagement. Nous trouvâmes l'ovaire gauche volumineux et très sensible, déplacé en bas, en arrière de l'utérus, et si on pressait si peu que ce fût sur lui on déterminait une douleur très caractéristique; elle ressentait cette douleur en allant à la garde-robe. Après avoir vu la malade pendant quelque temps, et après y avoir réfléchi, je me hasardai à soumettre à mon collègue l'idée que l'enlèvement de l'ovaire la guérirait probablement. Je reconnaissais toute la gravité de la proposition, car je n'avais aucune crainte que ses soufl'rances pussent la faire mourir, et elle n'avait plus que six à huit ans à vivre pour que la ménopause lui apportât la guérison; mais M. Ilallwright et moi nous pensâmes qu'il était préférable pour elle d'être débarrassée de ses souffrances pour cette période, même au risque de la vie, que de continuer à vivre à charge à elle-même et à son entourage. La malade et ses amis furent du même avis lorsque je leur eus expliqué ce qu'il en était, et l'opération fut décidée. Avec l'aide de M. Ilallwrigth et de M. Bennett May, je la pratiquai le 11 février 1872 et je trouvai l'ovaire non adhérent, de la grosseur d'un œuf de pigeon et rempli d'une matière épaisse, grumeleuse, que je pris, un moment, pour la graisse d'un kyste dermoïde. Un examen plus attentif m'a depuis conduit à croire que c^était un abcès chronique, car il n'y avait pas trace de tissu entassé dans les parois, ni de cheveux, ni de dents, etc.. qui caractérisent les tumeurs dermoïdes. Autant que je sache, c'est là la première observation chirurgicale d'enlèvement d'un ovaire non développé pour cause de douleur qui ait été publiée. La malade guérit rapidement et complètement, et depuis lors elle n'a jamais plus

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souffert dans le bassin. La voix est revenue, et elle a aujourd'hui sa puissance normale. Elle est atteinte maintenant d'une affection assez obscure qui a raidi ses articulations et l'a rendue boiteuse, mais tous les symptômes qui existaient avant l'ovariotomie sont complètement et définitivement guéris.

Le succès que j'ai obtenu dans ce cas me donna l'idée que je pourrais peut-être guérir par l'enlèvement des ovaires d^autres affections pouvant mettre la vie en danger, notamment l'hémorragie menstruelle due au myome utérin. Tout le monde sait combien ce symptôme est tenace, combien il est rare qu'il cède au traitement thérapeutique le plus énergique, et combien on a préconisé d'expédients chirurgicaux en vue de le faire disparaître, enucleation de la tumeur, hystérectomie, etc., dont la plupart ont dû être abandonnés parce que la mortalité était si élevée que les opérations en devenaient absolument injustifiables. Le D"" Mathews Duncanet leprofesseurGusserow estiment que l'énucléation donne une mortalité de 50 0/0, etPhystérectomie de 70 0/0. Dans ma pratique, la mortalité pour l'énucléation a été beaucoup plus élevée, en sorte que j'y ai renoncé, et je n'hésite pas à dénoncer cette opération comme injustifiable, en raison de ses dangers. On peut encore lui faire une objection, c'est que les tumeurs se développent de nouveau ; c'est du moins ce qui s'est passé dans les trois cas ou j'ai fait l'énucléation avec succès. Il est aussi démontré que la division du col est une opération absolument inutile, et même, dans les cas où elle a donné quelque soulagement, il n'a guère duré. Il est également prouvé que les injections hypodermiques d'ergoline et les injections d'astringents et de styptiques dans l'utérus sont inutiles et très dangereuses, surtout les dernières, carj'ai eu trois cas de mort sur dix ou onze. Cependant dans ces cas, il faut faire quelque chose, car l'hémorragie est très souvent mortelle et même, lorsqu'il n'en est pas ainsi, elle détruit complètement la santé et ne permet plus aux malades de jouir de la vie.

Dans une récente discussion sur ce sujet, qui eut lieu au Congrès médical international de Londres, le D' Mathews Duncan émit l'opinion étonnante que les cas de ce genre guériraient parfaitement bien si on les abandonnait à eux-mêmes, et n'exigeaient pas une intervention dangereuse; il rapporte, cependant sans la

F\Li:VEME.\T DKS AX.MvXES l)K I/ITKHIIS il?

condamner, la liaule mortalilé dont j'ai parlé dans les cas d'énucléalion ol (rhystérectomie.

Je me sonviens Irî's bien dn premier cas de mori par liémorragio menslruelle dont j'ai élé témoin et qui fui due à un myome; c'était dans la pratique du D"" Malliews Duncan, alors que j'étais élève à VEdinhnrr/h Infirmer i/, en 1862. L(^ cas est resté dans ma mémoire parce que j'ai fait l'autopsie de la malade et que j'ai porté la lumeur au D"" Duncan. Depuis lors, j'ai vu beaucoup de morts produites pai- cette cause. Mais alors même qu'il ne mourrait que quelques malades, leurs souffrances sont vives, ne peuvent être soulagées et ce sont des invalides pour la vie. Pour le démontrer, je ne puis mieux faire que de citer une lettre du D'' Law Webb, au sujet d'une malade cliez laquelle j'ai récemment pratiqué, avecsuccès, une opération comme celle dont nous parlons, pour une tumeur qui s'était développée après l'enlèvement d'autres tumeurs par enucleation : « Lorsque j'allai la voir pour la première fois (Ironbridge, wSalop) miss F. était une des impotentes de la ville, et il y avait déjà plusieurs années (1870) qu'elle avait perdu la santé. Je l'ai vue à de courts intervalles depuis plus de neuf ans. A cliaque époque mensuelle, elle a une hémorragie abondante, qui dure quelquefois pendant quinze jours. Le traitement agissait si peu qu^habituellement elle ne me faisait chercher que lorsque la perte était par trop abondante ou lorsque son état d'anémie alarmait ses amis. La vie lui a certainement été à charge pendaut au moins dix ans, car pendant plus de la moitié du temps elle a été malade et couchée (1). » On pourrait appliquer cette description graphique à un grand nombre de cas, et si notre art doit s'arrêter en face d'eux, alors que nous avons entre les mains leur g'uérison complète, à quoi peut-il donc nous servir? On pourrait très bien répondre au D"" Duncan que nous aurions un intérêt pécuniaire à maintenir nos malades en état de mauvaise santé chronique, alors qu'elles pourraient être promptement g-uéries ; que le danger que fait courir à la vie de la malade la pratique de cette opération n'est pas un argument qu'on puisse lui opposer; ou, du moins, que ce serait un argument aussi fort contre toute espèce de traitement

(1) L'observation dtHaiIl(''C sera donnée plus loin.

ilALAD. DES OVAIRES. 27

418 CIliaURGIE ABDOMINALE ET PELVIENNE

médical ot chirurg-ical, et qu'il serait également logique de l'opposer aux voyages en chemin de fer. Le seul effet de ce dire doit être de réduire la mortalité au point de disparaître presque complètement et je suis convaincu qu'on peut y arriver.

J'ai dit que le succès que j'avais obtenu chez la malade du D' Ilalhvrigt m'avait conduit à en généraliser le principe, et le 1" août 1872, j'enlevai les deux ovaires pour arrêter une hémorragie menstruelle intarissable chez une femme âgée de quarante ans, que je soignais depuis plusieurs mois. J'obtins un succès complet et j'ai appris en 1874 que la malade était vivante et bien portante. L'idée de l'enlèvement d'ovaires non développés était venue aussi à l'esprit de deux autres chirurgiens à peu près vers le même moment où elle vint au mien, car le 27 juillet 1872, cinq jours avant mon second cas, le professeur Ilegar de Fribourg enlevait les deux ovaires pour une névralgie, opération suivie de mort; et le 17 août de la même année, le D"" Battey, de Rome, Ga., opérait avec succès une malade qui présentait des symptômes sérieux et complexes. Le D' Battey fut le premier à publier son cas et à défendre sa manière de faire {Atlanta medical Journal, September 1872), tandis que je me contentais de discuter le principe de l'opération dans mon Hasting's Essay on Diseases of the Ovary, en 1873.

Le D^' Battey, le premier, donna à l'enlèvement des ovaires non augmentés de volume le nom à'ovariotomie normale, ce qui est une grande erreur, car cela laissait supposer que nous nous proposions d'enlever des ovaires sains sous un prétexte léger ou insuffisant, alors qu'à très peu d'exceptions près, dans tous les cas les organes sont malades. Cette phrase malheureuse a été une grande pierre d'achoppement, et a excité beaucoup d'opposition de la part des médecins et du public dont la chirurgie abdominale et ceux qui la pratiquent ont considérablement souffert. Les expressions castration et castration des femmes, (Hegar), sont également inadmissibles pour la même raison, d'autant plus qu'en ce qui concerne du moins ma pratique, elles ne traduisent pas les faits de l'opération. Le D"" Marion Sims a essayé de lui donner le nom à'opération de Battey; mais cela ne peut être, pour un très grand nombre de raisons. Le D"^ Sims la compare à Vopération d'Amussat, ou à Xamputation de Syme, et invoque

EM.KVKMKMT DKS AN.MiXllS l)K l/ITKIU S /,!(>

raulorilé du iJi-rcrdoiil ; mais il n'y a aucun parallèle à cLablir outre cos cas, car dans l'une et Tanin! do ces opéralions, le manuel opératoire est bien réglé et ne varie pas en pratique, tandis que, dans l'opération dont je parle en ce moment, les détails varient à l'infini, et il en est presque de même des principes d'après lesquels les opéralions sont pratiquées. Le champ d'une opération exécutée unicjuement en vue (Vamcncr la mrnopausc, pour cit(îr la déliuition ([uc le D' Battey a donnée du but qu'il se propose, doit être bien limité, et ma propre expérience, dans ce cas, serait vague et indéfinie, et mes conclusions* douteuses. Mais, ni le professeur llcgar, ni le D" Battey no semblent avoir reconnu l'importance des trompes dans ces cas, ni avoir songé à lenr enlèvement dans les cas d'occlusion et de distension. C'est là une extension de la chirurgie pelvienne qui m'appartient entièrement.

J'ai aussi à faire une objection très foite à l'invention pédantesque du mot oophorectomy . Cette expression peut s'appliquer à l'enlèvement d'un kystome ovarien aussi bien que l'expression opération de Battey. D'après ce que j'ai vu, j'en suis arrivé à la conclusion que l'enlèvement des trompes de Fallope est plus important que l'enlèvement des ovaires, et dans le plus g-rand nombre rie mes cas, cet enlèvement seul aurait pu suffire ; de fait, il en a été ainsi dans un certain noml^re de cas. Par conséquent, si nous devions nous servir d'expressions grecques, je demanderais à ce qu^on nommât l'opération salpitigotomie ou salptayooophorectomy , ou prosthekotoniy, si cette pédanterie n'était pas ridicule; mais je ne propose d'ajouter ni de réformer quoi que ce soit à notre nomenclature ordinaire. Lorsque j'enlève un ovaire, j'appelle l'opération oiY/r?o/om?>, et en décrivant la maladie pour laquelle l'opération a été faite, je laisse chaque critique classer mes cas comme hou lui semble. Lorsque j'enlève les trompes malades, g^énéralement mais non toujours, j'enlève les ovaires en même temps quelles, et dans ces cas, je donne à l'opération le nom (\! enlèvement des annexes de l'utérus.

Afin d'établir une classification, je classe les opéralions que j'ai pratiquées sur les annexes de l'utérus sous trois chefs : douleur, hémorragie intarissable, symptômes rétlexes. Les opérations antérieures au moment où j'écris ont été publiées en détail, sauf quelques-unes des plus récentes, et il seraitabsolument impossible

420 CHIRURGIE ABDOMINALE Eï PELVIENNE

de les publier ici, de nouveau, en détails. J'ai soumis à la section obstétricale du Congrès international une liste de cas présentant des colonnes donnant la résidence et le nom des médecins qui soignaient la malade, de façon à pouvoir établir l'idendité de chaque cas, si c'était, nécessaire. La première critique qu'on fit h mon travail fut que ce que je disais n'était pas vrai, critique que personne n'a eu la hardiesse de faire en public, mais qui fut mise en circulation par quelques-uns de ceux dont j'attendais mieux.

La seconde critique fut que j'étais un chàtrenr de femmes, que j enlevais des ovaires sains cliez des femmes bien portantes; dire qui a été répété par un grand nombre de journaux médicaux, parmi lesquels il faut citer un organe aussi bien informé que la Lancet ! ^aa ouvrages mêmes de gynécologie, comme celui de Hart et Barbour disent que /enlève les ovaires pour les hydrosalpingites et les pyosalpingites ; y avoue que je commence à me fatiguer de discuter.

J'espèie que c'est la dernière fois que je donne un démenti énergique ù toutes ces affirmations dénaturées. Les principes de cette extension de la chirurgie abdominale sont en petit nombre et clairs, et je pense pouvoir les appuyer d'arguments satisfaisants.

La première classe de cas pour lesquels nous pouvons intervenir est la plus douteuse et certainement la plus restreinte ; c'est celle à laquelle il faut réserver l'expression, opération de Batte//, s'il faut s'en servir. Ce sont les cas dans lesquels il n'y a aucun signe physique d'une maladie pelvienne, mais où il y a des symptômes sérieux si intimement associés à la menstruation que nous sommes conduits à croire que l'arrêt de cette fonction peut guérir ou soulager la malade en amenant une ménopause prématurée.

Il est parfaitement évident que c'est là un champ extrêmement vague, qui peut être soit très limité, soit très étendu. J'ai eu tant de doute à ce sujet que je l'ai limité à une seule maladie bien prononcée, à Tépilepsie.

Il n'est pas difficile de reconnaître l'épilepsie vraie, et on remarque que presque toutes les femmes épileptiques sont plus malades pendant la semaine des règles. Chez quelques malades,

i;ni.kvkmi:m' des annexes de i/iriEurs ',21

les accès no se produisent que pendant la période menstruelle : on dit alors que c'est de Vf'pilrpsie 7ncnstruelie. On m'a envoyé un grand nombre de cas de ce genre pour que je pratique l'opération; mais je ne l'ai exécutée que cinq fois, dans des cas 011 la malailie avait résisté à tous les autres traitements, où l'intelligence de la malade était atteinte et où elle ne pouvait plus être utile à la société, son existence étant même menacée. J'en ai rapporté un cas dans un autre chapitre (p. 140 et suiv.), et d'autres ont été publiés. Les cinq malades ont guéri et sont encore vivantes.

La seconde fois que j'opérai, c'était sur une jeune fille âgée de dix-huit ans, qui était idiote de naissance et chez laquelle une épilepsie menstruelle très violente s'était développée au moment de l'apparition des règles. Pendant les quelques mois qui précédèrent l'opération, elle avait été si malade durant la période menstruelle, qu'elle avait exigé les soins constants de deux médecins, et M. Green, le directeur de l'asile dans lequel elle était pensionnaire, était absolument convaincu qu'elle en mourrait à bref délai. Je l'opérai le 9 mai 1880 : la menstruation s'arrêta complètement et l'épilepsie disparut. Elle est encore pensionnaire à l'Asile Borough à Birmingham, et elle est tout à fait docile. Elle est plus bruyante et plus loquace au moment do ses règles, et, de temps en temps, elle a une attaque de. petit mal; mais ses attaques violentes d'épilepsie ont absolument disparu, et elle est toujours dans le môme état depuis deux ans et demi.

Dans le troisième cas, la malade n'eut pas d'accès pendant environ six mois, et ils reviennent maintenant de temps en temps, en sorte que je crains d'avoir dans ce cas un insuccès, bien que l'opération ail complètement arrêté la menstruation.

Le quatrième et le cinquième cas sont trop récents pour que je puisse exprimer une opinion sérieuse. Dans les deux cas, la menstruation a complètement cessé; mais les accès n'ont pas disparu. Dans le cinquième, le D"" Knipe m'écrit que la malade en a été très améliorée. On peut voir, d'après cela et par le fait que j'ai suspendu, quanta présent, toute nouvelle tentative d'opération dans les cas de ce genre, que je ne suis pas très partisan de l'opération de Battcy. Les résultats, en ce qui concerne la guérison des malades, ont été assez satisfaisants. L'enlèvement des

422 CUlllUHGlE ABDOMl.XALE ET PELVIE.NNi::

annexes de l'utérus, dans ces cas, est l'opération la plus facile du monde et ne doit jamais être mortelle. Les résultats secondaires sont incertains, et je ne suis pas disposé, dans l'état actuel de l'opinion médicale, à engager, pour le moment, mon œuvre dans d'autres directions en la discutant de nouveau. La question de savoir s'il faut opérer dans cette classe de cas neurasthéniques, dans lesquels les symptômes sont tous subjectifs et les signes physiques nég-atifs, doit être réservée pour une discussion ultérieure, et je ne possède pas de matériaux qui me permettent de la résoudre.

L'enlèvement des tumeurs de l'utérus pour arrêter l'hémorragie intarissable offre un champ très satisfaisant, comme je l'ai déjà montré (p. 152 et 200.). Les dangers résultant de l'opération sont minimes, ainsi qu'on pourra le voir plus loin.

Pour les petites tumeurs, on a le choix entre l'enlèvement des annexes de l'utérus et l'énucléation ; la première opération est beaucoup plus sûre, et offre une sécurité contre le retour de la maladie que ne donne pas ^enucleation. Lorsque la tumeur est volumineuse, dans la grande majorité des cas on a le choix avec riiystérectomie ; mais l'enlèvement des annexes a une mortalité beaucoup moindre. Presque toujours, l'opération arrête à la fois l'hémorragie et le développement de la tumeur, et fort souvent celle-ci se ratatine et disparaît complètement. Lorsqu'elle ne disparait pas, l'opération peut constituer le premier temps de l'hystérectomie, quoique je ne l'aie jamais pratiquée dans ce but. Dans la plupart des cas, l'hémorragie est naturellement le symptôme dominant; mais assez souvent, la douleur et la gêne seules ont justifié l'opération. Le fait qui s'est passé, il y a quelques jours dans mon cabinet en est un exemple frappant ; il montre aussi qu'il ne faut pas s'arrêter dans la voie du progrès et qu'on doit en poursuivre les applications aussi loin que possible, pour le soulagement de l'humanité souffrante.

Deux dames d'une ville du Nord étaient introduites par mon domestique. C'étaient assurément deux sœurs. L'une avait une figure terriblement anémique, tandis que l'autre avait toutes les apparences d'une santé robuste. Elles étaient âgées de trentehuit et trente-six ans; à ma grande surprise, ce fut la plus jeune, celle qui paraissait bien portante, qui se dit être la malade. Elle

EiNLEVKMKNT DES A.NNKXES \)K I/UTKIU'S 42:1

élail vomio mu coiisuUorpouriiiic lumeur abdominale, qui était un myome mou, atlcii^iiant prescjuc ra|)()[)li\SL' cnsiforme. INniilant quo j(> rcxaminais, la scinir aînée dcviiil si malade que jo dus lui donner un stimulant et la faire soilirilo la pièce. Après mon entrevue avec la jeune sœur, l'aînée demanda une consultation bien que ce ne fût pas son intention en venant chez moi. Je trouvai à l'examen un petit myome saignant, pour lequel elle avait été traitée, par un do nos plus éminents gynécologistes, par les toxiques et les pessaires petulant plusieurs années sans \o. plus léger bénélice. La plus jeune avait vu beaucoup de spécialistes, qui avaient été d'avis d'abandonner la tumeur à elle-même ; j'avais donc, dans mon cabinet, en même temps doux femmes, sœurs, qui toutes deux étaient en train de mourir d'une maladie qu'on dit n'être à aucun degré mortelle, moins mortelle que les opérations pratiqué'es pour sa guérison, constituant simplement on fait c une ?nassc intra-utérine n'ayant aucune conséquence » !

A mon avis, ces deux femmes étaient des exemples de l'état d'ignorance professionnelle et de préjugé qui est une honte par le temps où nous vivons, étant donné l'état d'avancement oîi soul arrivés l'art et la science chirurgicale. Je vais montrer pounjuui je pense qu'on aurait dû enlever les annexes do l'utérus chez ces deux femmes, plusieurs années avant qu'elles vinssent me voir.

Ces deux femmes sont dos exemples [tarfaits des façons différentes dont tuent les myomes utérins : l'aînée par épuisement sanguin et l'autre par le développement rapide d'une tumeur mortelle. Ni l'une ni l'autre, en raison de leur histoire antérieure, n'aurait pu vivre plus de cinq ans, si on les avail abandonnées à elles-mêmes, et toutes doux, par suite du retard apporté à l'emploi des moyens propres à les guérir, se sont trouvées exposées aux plus grands dangers lorsqu'on est arrivé à les employer.

Le premier point de ma thèse est de montrer que l'enlèvement des annexes do l'utérus dans les cas dangereux, lorsqu'il est bien pratiqué, n'est pas une opération mortelle, que c'est une opération présentant à peine une mortalité, même lorsque les tumeurs sont volumineuses, et lorsque les malades sont sur le point de mourir d'hémorragie. Je joins ici une liste de cin-

quanle-lmit cas que j'ai opérés depuis le mois de janvier 1884, sans une seule mori ; et je choisis cette période, non pas parce que j'ai eu une mortalité élevée avant cette époque, mais parce que ce sont les derniers cas que j'ai opérés et qui n'ont pas encore été publiés en détail. Les séries publiées avant la fin de 1883 comprenaient cinquante cas d'enlèvement des annexes de l'utérus pour myomes, avec deux morts, en sorte que si on réunit les deux statistiques, on a cent huit cas avec deux morts, et je pense que la mortalité réelle de l'opération entre des mains expérimentées n^est pas plus de un pour cent. Des critiques hostiles se sont plu à rassembler mes premiers cas dans lesquels la mortalité a été de près de 25 0/0 ; mais je n'ai pas besoin de dire que, quand j'ai commencé à pratiquer cette opération, j'ai eu à supporter le poids des bévues inséparables de l'ignorance, bévues qui ont aidé non seulement à corriger ma manière de faire, mais encore celle des autres qui sont venus après moi, et qui ont oublié de me faire honneur des résultats meilleurs que mes malheurs leur avaient permis d'obtenir.

Les tumeurs pour lesquelles ces opérations ont été pratiquées ont varié de volume ; les unes ne dépassaient pas la grosseur d'une orange, d'autres remontaient notablement au-dessus de l'ombilic. La liste qu'on vient de voir prouve certainement que c'est une opération sûre. Il me faut démontrer maintenant la seconde partie de ma thèse, que ses résultats sont satisfaisants et persistants, de façon à pouvoir la recommander avec confiance pour soulager les souffrances et sauver la vie des malades.

L'idée de cette opération me vint en 1871 ; mais, comme je l'ai dit plus haut, ce ne fut que le 1" août 1872 que je la mis à exécution. Ilegar de Fribourg eut la même idée et la mit à exécution le 27 juillet 1872. Le 24 mai 1881, je lus un mémoire sur mes (rente premiers cas d'opération à la Royal Medical and Chirurgical Societi/, mais ce que j'avançai ne provoqua que de l'incrédulité, et ce corps conservateur ne jugea même pas mon mémoire digne d'être publié. Je reçus leurs remercîments compassés sans émotion et j'envoyai mon mémoire en Amérique, où il fut publié dans V American Journal of Medical Science de janvier 1882 ; et, dans le Nouveau-Monde, il reçut l'attention que je savais qu'il méritait. Je puis parler aujourd'hui avec calme de

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