INTOXICATION PALUD. CHRONIQUK. — CACHEXIE PALUDÉENNE
§ 7. — PATHOGli; ME.
Haspel (13), qui a le premier attiré l'attenlion sur la fréquence de l'atrophie du foie en Algérie, et qui en a donné une bonne description, avait remarqué qu'elle se développe à la suite ou de la dysenterie ou des fièvres intermittentes, et supposait qu'elle était un mode de résolution des engorgements du foie. Suivant la pathogénie peu précise de cet auteur, le tissu de la glande, distendu par la congestion, reviendrait peu à peu sur lui-même ; et ce resserrement, qui était d'abord un effort salutaire de la nature, dépassant les limites physiologiques, deviendrait un état morbide, parce que la nature n'a pas su s'arrêter à temps dans son œuvre de guérison.
Frerichs (14) signale également la dysenterie et la malaria parmi les causes les plus ordinaires de l'atrophie du foie, et décrit celle-ci comme une affection locale dépendant de la diminution des matériaux de nutrition apportés à la glande. En ce qui concerne la malaria, la cause de cette insuffisance de nutrition serait l'oblitération des réseaux capillaires par les cellules pigmentées.
Cette opinion a été reproduite par divers auteurs qui se sont occupés du même sujet (not. J. Simon, art. Foie, in Diction, de méd. et chir. pratiques), et c'est seulement dans les traités généraux d'anatomie pathologique qu'on voit l'atrophie du foie considérée comme la conséquence du marasme général de l'organisme (voy. Ziegler, Lehrbuch der path. Anat., Il, s. 574).
La pathogénie indiquée par Frerichs repose sur un fait d'observation. Nous avons vu, en effet, que dans l'atrophie ischémique du foie, les réseaux capillaires sont encombrés de cellules d'origine splénique ; que dans certains points ces cellules, nécrosées et fusionnées entre elles, forment des bouchons oblitérant une portion du réseau, et que dans un cas il existait des thrombus anciens dans quelques veines interlobulaires. La difficulté de la circulation est d'ailleurs prouvée par le haut degré de l'ascile aussi bien que par les injections de Frerichs. Mais il y a lieu de se demander si l'oblitération des réseaux capillaires par les cellules spléniques ne serait pas l'eUel plutôt que la cause de l'atrophie du foie.
PATHOGÉNIK.
Frerichs reconnaissait liii-nfième que l'explication proposée pour la malaria ne s'applique pas à la dysenterie, affection dans laquelle la rate est ordinairement petite et ne verse dans la circulation qu'un petit nombre de ses cellules. D'autre part, l'abondance des cellules spléniques dans les réseaux capillaires du foie est un fait général dans la malaria, et cependant l'atrophie du foie est relativement l'are. La conséquence habituelle de l'encombrement des vaisseaux portes par les cellules spléniques est au contraire la dilatation hypérémique de la glande. Enfin nous avons rapporté plus haut des cas d'atrophie du foie avec hypérémie, d'où il résulte que l'atrophie n'est pas la conséquence de l'oblitération des capillaires. Il faut donc en chercher la cause ailleurs.
Pour se rendre compte de la signification de l'atrophie du foie, il suffit de considérer le tableau des lésions organiques concomitantes donné plus haut. Il montre que l'atrophie ne porte pas seulement sur le foie, mais sur l'ensemble des viscères, sur les tissus musculaire, adipeux, etc. Elle doit donc dépendre d'une cause générale.
Celte cause n'est pas difficile à trouver. Dans la dysenterie, les déperditions incessantes qui ont lieu par les selles et l'insuffisance alimentaire qui résulte de la dyspepsie amènent, comme nous l'avons vu, une diminution de la masse du sang et un amoindrissement de la nutrition générale qui expliquent suffisamment le marasme et l'atrophie des organes.
Si la dysenterie suffit à elle seule à produire l'atrophie, il est facile de comprendre que si elle vient à compliquer la malaria, elle déterminera l'évolution de la cachexie paludéenne dans le sens de l'atrophie. On peut voir, en effet, dans les observations de Haspel, de Frerichs et les nôtres, combien est fréquente l'association des deux maladies chez les cachectiques atrophiques.
La malaria peut aussi, sans le concours de la dysenterie, produire les mêmes effets. L'anémie progressive et les périodes fébriles incessamment renouvelées peuvent avoir pour résultat l'alonie des fonctions digestives, la dyspepsie et la diarrhée, et compromettre les sources de l'alimentation.
Il faut tenir compte aussi d'une autre circonstance dépendante de la malaria, et qui sans être la cause de l'atrophie du parenchyme et du rétrécissement des voies capillaires du foie,