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DE LA PNEUMONIE DANS LES FIÈVRES PALUDÉENNES. CG

lesquels la pneumonie est réellement proportionnée à la pyrexie paludéenne, où les deux maladies, intimement combinées, enchevêtrées l'une dans l'autre, se renforcent dans leurs manifestations communes et se contrarient dans les autres, réalisant des processus complexes, où dominent tantôt les traits de la pneumonie, tantôt ceux des pyrexies paludéennes graves.

L'affection pulmonaire débute en même temps que l'accès : le frisson initial, constant dans ces cas, est intense et prolongé; le point de côté, qui apparaît en même temps, est cruel, ordinairement localisé au-dessous du mamelon, quel que soit d'ailleurs le siège delà pneumonie; le faciès, crispé par la souffrance, est d'une pâleur extrême; la respiration est fréquente, haute et anxieuse; la dyspnée, l'anhélation sont telles, qu'on les observe rarement dans la pneumonie simple. Cette intensité insolite des troubles respiratoires dès le début, relève vraisemblablement de l'aggravation qu'apporte à l'engouement pneumonique la congestion déterminée parla fièvre d'accès. Au frisson initial succède une chaleur intense, et celle-ci, au bout de six à douze heures, aboutit à des sueurs très abondantes qui inondent tout le corps; la température diminue, mais ne revient pas à la norme. Les signes thoraciques, obscurs dans les premières heures, apparaissent alors nettement; en général, l'hépatisation s'accomplit très rapidement.

Les jours suivants, les paroxysmes se reproduisent selon le type quotidien ou tierce, déterminant une aggravation brusque et temporaire des symptômes généraux et locaux. Ces exacerbations, qui ne sont pas toujours annoncées par du frisson, mais d'ordinaire marquées par un accroissement considérable de la température, revêtent parfois une intensité, une gravité extraordinaire : le point de côté se réveille, la respil'ation devient fréquente et anxieuse, la cyanose se développe rapidement et la suffocation paraît imminente, à moins que des symptômes nerveux, le délire violent, l'agitation, la prostration, le coma, ne l'emportent et ne dissimulent les troubles de l'appareil respiratoire. Des sueurs profuses terminent le paroxysme, auquel succède une rémission rapide et complète de la plupart des symptômes. Rien n'est plus saisissant que le contraste entre cet orage qui menaçait de terminer brusque-

ment la vie, et le calme, voire môme le bien-être qui lui succède.

Au milieu de ces alternatives cliniques, les signes fournis par la percussion et l'auscultation persistent; ils peuvent Lien s'exagérer pendant les paroxysmes, mais ils ne s'efï'acent pas dans leur intervalle et attestent la permanence de la lésion qui accomplit, plus ou moins régulièrement, ses différentes phases, avec peu de tendance toutefois à la suppuration (Catteloup). Indépendamment de la marche paroxystique, qui oppose celle pneumonie mixte à la pneumonie simple, nous relevons quelques autres caractères distinclifs qui peuvent éclairer le diagnostic différentiel.

La fièvre, cela résulte de ce qui précède, affecte ordinairement des allures rémittentes ou irrégulières; au moment des paroxysmes, la température est généralement très élevée, et, dans leur intervalle, les rémissions thermiques sont parfois très profondes, comme si l'élément intermittent devenu prépondérant, entravait la continuité du mouvement fébrile (Scheube) (10). A la place de la rougeur et de la turgescence habituelles, le faciès présente une teinte pâle, terreuse, ictérique ou hémaphéique. La toux est rare et pénible, l'expectoration peu abondante et visqueuse; le pouls, fréquent comme dans la pneumonie simple, n'a ni la force ni la plénitude qui le distinguent dans cette dernière. Les troubles gastro-intestinaux sont ici plusmarqués : rapidement la langue se dessèche et se couvre de croûtes fuligineuses, des vomissements et des selles bilieuses accompagnent les paroxysmes, et fréquemment la diarrhée s'établit en permanence. Enfin la mort survient souvent, soit dans l'étal typhoïde, soit au milieu d'un accès délirant ou comateux.

De pareils faits ne sont pas rares au milieu des foyers fébrigènes de France, particulièrement sur la côte atlantique, dans la Loire-Inférieure, les pays avoisinant les marais salants de Marennes, et notamment à Rochefort. M. le docteur Conslant, médecin à la Française, qui en a rapporté un fort intéressant dans le Bulletin de thérapeutique (11), ajoute que dans ce pays ils constituent la grande majorité des cas de pneumonie, que faute de mieux il est obligé d'appeler avec les auteurs : pneumonies compliquées d'accès intermittents; cette signification leur avait déjà été assignée par un observateur de Nantes,

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M. le docteur Marcé (1*2). Enfin, dans une relation curieuse d'une épidémie de pneumonie rémittente survenue dans le canton d'Aubin (Aveyron), M. le docteur Grifoulière (13) rapporte plusieurs faits dont l'un au moins peut être considéré comme une pneumonie intimement combinée à une pyrexie paludéenne.

Ce n'est point toujours une lâche facile que de faire la distinction entre les fièvres accompagnées de fluxion pulmonaire, et celles qui sont réellement doublées de la pneumonie. Nous remarquerons à ce sujet que ces dernières se distinguent des autres par la continuité d'évolution du processus pulmonaire, l'indépendance réciproque de la fièvre et de la lésion, l'inefficacité du sulfate de quinine, si évidente entre autres dans le fait de Scheube (loc. cit.). Enfin, dans certains cas, des circonstances concomitantes, telles qu'une double épidémie de fièvres malariennes et de pneumonie, viendront en aide à l'analyse clinique. C'est ainsi que dans l'épidémie de Saint-Aubin, on voyait se développer, à côté des affections mixtes, des pneumonies et des fièvres d'accès simples, ou des pneumonies qui, après avoir évolué régulièrement jusqu'au septième ou huitième jour, revêtaient tout à coup une marche anomale et paroxystique.

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