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CHAPITRE III

ÉTIOLOGIE

La dysenterie appartient à tous les temps de l'histoire et à toutes les contrées habitées du globe.

Aussi loin que les documents ayant une valeur médicale nous permettent de remonter dans l'histoire des maladies populaires de l'antiquité et du moyen âge, nous voyons la dysenterie comme une maladie qui désole les campagnes, qui s'étend parfois à de vastes territoires, qui s'attache aux armées en expédition; les nomenclatures épidémiques de Hirsch et de HtEser nous permettent ainsi de la suivre de siècle en siècle jusqu'à nos jours.

Son extension géographique ne connaît point pour ainsi dire de limites. Il n'est aucune partie habitée de la terre où l'on n'ait signalé ses épidémies tantôt bénignes, tantôt graves, tantôt circonscrites, tantôt étendues. Endémique et permanente dans la zone tropicale, annuelle et saisonnière dans les climats tempérés, elle a fait des apparitions irrégulières jusque dans les contrées circompolaires.

Les conditions si diverses dans lesquelles on a vu se développer la dysenterie ont amené quelques observateurs à penser que la maladie était différente de nature, suivant qu'elle se développait dans les climats chauds, dans les climats tempérés, dans les camps, etc. ; que, par exemple, dans les pays chauds elle dépendait d'une cause endémique, peut-être d'origine tellurique, paludéenne ou non, et qu'elle empruntait à ce principe sa gravité exceptionnelle et son caractère .rangreneux; que dans les guerres elle était produite par le méphiLisme des camps, auquel elle était redevable de son caractère contagieux, et qu'enfm, dans ses épidémies saison-

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nières des climats tempérés, elle relevait seulement d'inlUiences météoriques. D'autres auteurs ont pensé résoudre toutes les diÛicultés de l'étiologie en admettant que la maladie peut naître de causes multiples, non spécifiques, agissant simultanément ou isolément, telles que les inlïuences météoriques, les défectuosités du régime alimentaire et l'absorption de principes putrides par l'alimentation ou la respiration, quelle que soit leur nature.

Nous avons jugé utile de réunir dans autant de paragraphes distincts les témoignages des observateurs qui ont étudié la maladie dans ses principaux foyers d'origine.

Dans une première section, nous étudierons les épidémies ordinairement bénignes et circonscrites qui se développent dans les pays tempérés, au milieu de la population civile et de la population militaire; dans une deuxième section, les épidémies graves et étendues qui frappent les populations riviles en proie à la famine et les armées épuisées par les longues guerres. Nous terminerons par l'étude de la dysenterie endémique des pays chauds.

Nous consulterons tout d'abord les documents qui se rapportent à l'histoire des épidémies nostras, et nous ne craindrons pas de donner à leur analyse quelques développements. Ces épidémies circonscrites et de durée limitée accusent en effet des causes locales et temporaires qui s'imposent davantage à l'observation.

De cette enquête résultera, pensons-nous, la démonstration que, quels que soient les lieux et les circonstances dans lesquels la dysenterie se développe, on peut retrouver dans son étiologie quatre facteurs, à savoir : 1° l'influence de la saison chaude et du climat tropical ; 2" l'existence de foyers d'infection a la surlace du sol; 3" la contagion, et 4« enfin l'insuffisance du régime alimentaire et la famine, chacun de ces facteurs pouvant éventuellement acquérir une influence prédominante et rendre inutile ou secondaire l'un dos autres. Nous verrons aussi qu'on ne saurait attribuer à ces conditions étiologiques SI puissantes qu'elles soient, que le rôle de causes secondes,' et que le développement de la dysenterie est dans tous les cas subordonne à l'intervention d'un agent unique et spécifique.

KEL8C11 et KlENKIt.

1er. De la dysenterie dans les pays tempères. I. — Dans la population civile.

Nous bornerons celle étude à la France, pour laquelle les rapports présentés chaque année à l'Académie de médecine nous fournissent des documents assez complets.

La Société royale de médecine avait déjà entrevu l'importance d'une enquête instruite dans les divers points du territoire, et poursuivie pendant une longue série d'années. Les rapports particuliers qu'elle recevait sur les épidémies des communes de France ont été résumés pour l'année 1779 par un de ses membres. Caille, dans une relation à laquelle nous ferons un court emprunt (1). ^

<L L'épidémie a commencé vers le milieu et la fin d août, dans toutes les provinces qui en ont été attaquées ; portée à son plus haut degré dans le courant de septembre, elle a commencé à décliner vers la fin d'octobre et le commencement de novembre. Moins meurtrière dans la Franche-Comté, la Bouroogne le Lyonnais, elle a dévasté des cantons entiers dans la Bretao'ne, le Poitou, l'Anjou, le Maine, la Normandie, la Picardie et la Flandre. Elle n'a été que sporadique dans les provinces méridionales et dans toutes les villes, même celles des provinces les plus maltraitées. » . , , i-

Parmi les causes qui peuvent expliquer cette inégale distribution, l'auteur invoque la malpropreté, la misère et l'indigence du peuple, les habitations obscures où sont réunis les animaux et les hommes, l'infection de l'air augmentée par les égouts et les fumiers placés à la porte des maisons, le défaut de précautions pour éviter la contagion, la répugnance invincible des habitants de la campagne à s'assujettir à un régime et à un traitement rationnels.

Les principaux caractères épidémiologiques de la dysenterie nostras sont marqués en traits précis dans ces quelques lignes La Société royale de médecine ne perpétua malheureusement pas l'institution de ces rapports annuels sur les épidémies, dont la tradition ne fut reprise qu'en 1830 par 1 Académie de médecine, qui s'en est imposé régulièrement la tache depuis cette époque.

Parmi les épidémies signalées par ces rapports, la dysenterie occupe presque chaque année un des premiers rangs dans l'ordre de fréquence ; elle vient immédiatement après la fièvre typhoïde.

Autant qu'on en peut juger d'après les documents trop souvent incomplets adressés par les médecins des départements, les épidémies de dysenterie sont plus ou moins nombreuses suivant les années ; elles sont également variables dans leur extension, dans leur marche, dans leur durée, dans leur morbidité et leur mortalité. L'analyse des conditions étiologiques propres aux diverses épidémies nous permettra, dans une certaine mesure, de rendre compte de ces diversités d'allures.

A. Caractère saisonnier. — De toutes les , maladies régnant sur la population française, la plus nettement, la plus absolument saisonnière, est la dysenterie. A quelques exceptions près, que nous aurons l'occasion de rapporter et d'expliquer, les épidémies de dysenterie se développent et achèvent leur évolution dans la saison chaude. Les mois les plus chargés sont juillet, août et septembre. Exceptionnellement, quelques épidémies apparaissent déjà au mois de juin ; quelques-unes se prolongent en novembre. Leur durée moyenne est de six semaines ; quelques-unes sont plus courtes, d'autres plus prolongées ; leur extension progressive à plusieurs communes d'un arrondissement, d'un déparlement, entraîne une durée de quatre, cinq, six mois.

Sur les conditions météorologiques qui président au développement de la dysenterie, nous trouvons de nombreux documents, surtout dans les écrits des anciens; car les modernes se sont peu à peu désaccoutumés de cet ordre infructueux de recherches. En vérité, les constitutions atmosphériques signalées dans les relations qui sont explicites à ce sujet sont extrêmement variables. Le plus souvent on mentionne la persistance d'un été chaud et sec ; mais souvent aussi c'est dans un été pluvieux et relativement froid qu'apparaît l'épidémie Quelques relations mentionnent l'alternance des journées chaudes et^ des nuits fraîches, comme cela arrive souvent à la fin de l'été et au commencement de l'automne, ou bien encore des pluies persistantes succédant à une période de

sécheresse; mais des conditions différentes sont souvent signalées.

On peut donc conclure d'après cela que la chaleur est assurément un des facteurs les plus importants des épidémies de dysenterie annuelles de nos climats. Mais on ne saurait lui attribuer la signification d'une cause pathogénique directe; car ce ne sont pas les années les plus chaudes qui sont nécessairement les plus fécondes en dysenterie. Les épidémies ne se développent pas toujours dans les périodes de l'année ou la température moyenne est le plus élevée et ne s'établissent pas toujours à la suite de chaleurs persistantes et prolongées.

Sila sécheresse prolongée, persistante , ou les pluies copieuses succédant à la sécheresse, ont pu, en modifiant les conditions du sol, comme nous le verrons plus loin, exercer une mlluence indirecte sur le développement de l'épidémie, ces circonstances sont trop rarement signalées pour être élevées au rang de conditions pathogéniques directes.

Enfin le refroidissement peut bien avoir été invoque comme une cause occasionnelle dans le développement des cas individuels; mais aucune relation ne le signale comme une mfluence commune à toute la population atteinte par l'épidémie.

B Cai actèi c infectieux et tellu. ique. - Un deuxième caractère des épidémies de dysenterie nostras, non moins important que le premier, est leur dépendance de certaines conditions du sol. La dysenterie est à un haut degré une maladie rurale; elle se développe dans les bourgs, les hameaux, les fermes isolées. Ce n'est qu'exceptionnellemen et tardivement, dans son extension progressive, qu elle tait son apparition dans les populations et les hôpitaux des vi le^^^ Elle semble s'acclimater moins volontiers dans les grand centres que sa compagne rurale, la fièvre typhoïde. Cer a es circonscriptions de la France constituent des terrains de p edilection pour les épidémies. Si, dans certaines -m^ ' ticulièrement fécondes, les épidémies se developpen .u les points les plus divers du territoire, il est cependan des cantons, des départements, des circonscriptions régionale, ou épidémies sont signalées avec une singulière fréquence c t u fois avec une régularité annuelle. C'est ainsi que les rappo à l'Académie les signalent incessamment dans les divei. depai

temonis de la Bretagne, dans les arrondissements riverains du cours inférieur de la Loire et de ses aflluenis, dans le bassin de la Somme, dans les plateaux du Doubs et des Vosges, dans les parties basses de l'Alsace. La partie sud du Finistère, l'Illeet-Vilaine, quelques arrondissements des Côtes-du-Nord, et surtout le Morbihan, ont acquis à cet égard une triste notoriété. Il ne s'agit plus dans cette région d'épidémies accidentelles, purement saisonnières, mais d'une endémie fixe, à recrudescence épidémique estivale, rappelant par sa vaste extension et le nombre annuel de ses victimes, les plus graves endémies tropicales. Le chiffre annuel des morts dans le seul Morbihan est évalué dans les rapports à l'Académie de deux cent cinquante à six cents et plus.

Dans les régions qui avoisinent l'embouchure de nos rivières, et dans les parties déprimées des hauts plateaux, c'est-à-dire dans Tes régions où l'écoulement des eaux pluviales est mal assuré, il est encore des points circonscrits qui sont des foyers d'élection pour la dysenterie. Nombre de rapports signalent le développement, la première apparition de l'épidémie ou sa fixation plus persistante au voisinage des marais, sur le bord des lacs, des étangs, et enfin dans les lieux parsemés d'eaux stagnantes et vaseuses. C'est ainsi que le docteur Benoist recherchant les causes de l'épidémie qui a ravagé la Bretagne de 1856 à 4858, et qui a fait périr cinq mille personnes (2), s'efforce d'établir que le point de départ de cette épidémie,' amsi que de plusieurs autres, a été le marais de Saint-Michel' qui occupe 2000 hectares sur le versant sud des montagnes dArree, dans l'arrondissement de Châteaulin (Finistère) La commune de Châleauneuf-du-Faon, voisine de ce marais et les cantons environnants auraient été très fréquemment 'les premiers foyers des épidémies qui s'étendireut ensuite dans les arrondissements de Quimper, Quimperlé et Châteaulin

Plusieurs relations mentionnent que le développement de 1 épidémie de dysenterie a eu lieu à l'occasion du dessèchement des eaux stagnantes à la surface du sol, tel qu'il se produit dans les étés secs et chauds. C'est ainsi que le docteur Prieur, décrivant l'épidémie dont fut atteinte" en 1872 commune de Creusançay (Haute-Saône), attrib le l'origin; d 0 nlfnr 1 "^^^^f^^hement des vases et détritus^:l^ln^ ^Jonnes par des inondations répétées sur les prairies de la

le

vallée dans laquelle est bâlie Crcusançay (3). L'épidémie, qui régna en 1843 sur la population et la garnison de Versailles, ainsi que dans les campagnes environnantes, débuta, suivant MM. Masselot et Follet, dans la ferme de la Ménagerie, située à l'ouest de Versailles, au milieu d'eaux stagnantes et infectes, en grande partie évaporées à la faveur d'un été chaud et sec. Cette épidémie fut accompagnée, dans tout son cours, de nombreux cas de fièvre intermittente.

Quelques faits, ayant presque la valeur d'une expérience, montrent la dysenterie naissant avec les allures épidémiques immédiatement à la suite du curage d'un canal, d'un étang, etc. Le docteur Vivien rapporte qu'une épidémie de dysenterie se déclara dans le hameau de Graverand (Cher) en 1873, coïncidant avec le curage et le dessèchement du canal latéral de la Loire ; cette opération annuelle avait engendré les années précédentes les fièvres intermittentes (4-) . Plus explicite encore est la relation du docteur Boullet (5). Le village de \ Saint-Aignan, près de Sully (Loiret), est bâli sur la pente d'un coteau de la rive gauche de la Loire. Au pied du coteau existe un moulin dont le biez n'a pas moins d'un hectare de surface. Le 10 juillet, on détourne le cours de la rivière et on laisse à sec cette vaste étendue, couverte de 2 ou 3 pieds de vase qui l'avaient presque comblée depuis plusieurs années. Cette boue fut ensuite enlevée et jetée sur la berge. 1 Sous l'influence d'une cause aussi forte, les fièvres intermittentes ne se font pas attendre longtemps: dès le 15 juillet, elles paraissent en grand nombre dans le village, puis la dysenterie cinq jours après, le 20 du même mois. A ce moment, cependant, on n'observait dans toute la contrée, et même dans le reste de la commune, que quelques cas isolés de fièvre intermittente, et pas un cas de la seconde maladie. Il y eut 74 malades de dysenterie sur une population de 110 individus, et 8 morts. Ce qu'il y a de fort remarquable, dit l'auteur, c'est que les deux maladies (dysenterie et fièvre intermittente), nées sous l'influence de la même cause, n'ont paru en faire qu'une seule. Car la dysenterie, dans la majeure partie des cas, surtout au début, succédait aux fièvres ou se développait en même temps qu'elles. Citons encore une observation sur | laquelle Michel Lévy appelait, à juste raison, l'attention dans son rapport sur les épidémies de 1850 (6). A Leymen (Haut-

Rhin), commune de 926 habitants vivant clans de bonnes conditions hygiéniques, la dysenterie frappa 150 sujets et donna lieu à 9 décès; les femmes et les enfants furent plus spécialement atteints. L'épidémie débuta au mois d'août, peu de jours après le curage d'un vaste réservoir d'eaux vaseuses situé au milieu du village. Les premiers cas se déclarèrent dans les maisons les plus rapprochées du réservoir et l'épidémie se propagea ensuite à presque toutes les habitations, ne s'é teignant qu'à la fm d'octobre. La fièvre intermittente n'est pas mentionnée.

Dans tous ces faits la dysenterie apparaît, non plus comme une maladie dépendant des simples influences saisonnières, mais comme une endémie liée à certaines conditions du sol, et devant seulement à la saison chaude ses recrudescences épidémiques.

Elle constitue, avec la malaria et la fièvre typhoïde, la triade endémique de nos campagnes. Les trois maladies ont des foyers d'infection communs. Mais la dysenterie se rapproche davantage de la malaria par son caractère saisonnier. Ainsi s'explique la coïncidence des épidémies de dysenterie et de fièvre intermittente mentionnée dans un grand nombre de relations; ainsi s'explique encore le développement de cette maladie proportionnée faite d'un élément dysentérique et d'un élément paludéen, telle que nous l'avons vue survenir à la suite du curage du biez de Saint-Aignan.

Mais il nous reste à montrer la dysenterie sous un aspect qui la différencie nettement de la malaria et qui lui est commun avec la fièvre typhoïde.

^ G. Caractère contagieux. — Il est du plus haut intérêt d'examiner comment, dans une épidémie circonscrite ou étendue, les divers cas succèdent les uns aux autres; en d'autres termes, quelle est la marche, le mode d'extension et de propagation de l'épidémie.

Dans quelques relations, dont il a été fait mention plus haut, ou la dysenterie a pu être rapportée aux émanations d un foyer d'infection, le narrateur de l'épidémie a pu constater que les premiers cas se déclarèrent dans les maisons les p us voisines de ce foyer, et que la maladie se propageait ultérieurement dans les habitations les plus éloignées; c'est

^Q.| DE LA DYSENTKRIE. — ÉTIOLOniE.

ainsi que le docteur Blanche (7) a pu la suivre de porte en porte. L'épidémie étant terminée et le compte de ses victimes ayant pu être fait, une circonstance a attiré l'attention de plusieurs observateurs : c'est l'inégale répartition des cas dans les divers feux. Certaines familles, certaines maisons, certaines fermes isolées ont payé un tribut particulièrement lourd à l'épidémie. Une fois entrée dans une maison, la maladie a atteint les différents membres à intervalles échelonnés. Ces épidémies de maison sont signalées par de nombreux observateurs. Le docteur Hullin (8), à Mortagne, le docteur Yallat (9), à Roussillon (Saône-et-Loire) ont fait le dénombrement par maisons des épidémies qu'ils ont observées :

A Roussillon A. Mortagno

9 maisons fournirent 4 à 5 cas.

5 maisons fournirent 5 cas.

Comme elle passe de maison en maison, la dysenterie visite aussi successivement les divers hameaux d'une même commune, les diverses communes d'un même canton. Toutes les fois que des documents précis ont pu être recueillis sur la marche de ces grandes épidémies qui ont occupé des provinces entières, il a été constaté que la maladie n'était point apparue simultanément dans ses foyers multiples, mais qu'elle s'était étendue de proche en proche, envahissant successivement les divers cantons et arrondissements d'un même département.

Dans l'épidémie du canton de Pont- Aven, qui ne fut ellemême qu'un épisode de la grande épidémie de Bretagne en 1856, la maladie, s'avançant du nord au sud, attemt le canton de Pont-Aven par le nord à Mizon, où elle se montre le 12 août. Elle apparaît à Riec et à Pont-Aven le 28 du même mois, à Mœlan le 15 septembre, à Nevez le 24 septembre seulement.

La dysenterie qui régna en Maine-et-Loire dans 1 année 1834, débuta, suivant M. Gueretin, dans une petite commune, à Saint-Quentin, le 9 juillet, et y resta circonscrite pendant un mois. Ce fut seulement dans la première moitié d'août que l'épidémie prit de l'extension, qu'on l'annonça très

DE LA DYSENTERIE DANS LES PAYS TEMPÉRÉS. lOr,

inLcnsc dans les communes riveraines, soil du côté de Nantes, soit du côté de Tours. Les premiers cas apparurent dans l'hôpital d'Angers vers le milieu d'août.

Dans l'épidémie décrite par le docteur Moyerat en 1873, les quatre cantons de l'arrondissement de Saint-Amand sont visités par une épidémie qui apparaît dès le mois de mai dans le canton de Saint-Amand, en juin dans celui de Saulzais, en juillet à Sancoins, et en août dans le canton de Gharenton, n'achevant son cycle que vers le mois de décembre. Sur une population de 40 012 habitants, il y eut 552 malades, dont 207 enfants, et 80 morts, parmi lesquels 43 se rapportent à l'enfance.

C'est ainsi que la durée totale de ces épidémies régionales peut embrasser une période de plusieurs mois, bien que les divers épisodes dont elle se compose, ne se prolongent pas au delà de quelques semaines. Ce mode de propagation est celui qui est propre aux maladies transmissibles par voie de contagion.

Dans un certain nombre de cas, cette propagation par l'intermédiaire de l'homme malade est formellement indiquée.

Voici quelques épisodes d'une grande épidémie qui régna dans la Loire-Inférieure et dans l'Ille-et-Vilaine en 1850. Il n'y avait à Renac, dit le docteur Blanche (7), qu'un seul malade, un vieillard hydropique, quand arriva, le 8 août, un jeune homme venant d'une commune de la Loire-Inférieure pour se faire soigner chez sa sœur de la dysenterie dont il était atteint. Les déjections furent jetées dans la rue et incommodèrent les voisins. La plupart des habitants de la rue furent alors pris, presque simultanément, de dysenterie, et chaque maison eut cinq ou six malades. A Sainte-Marie, autre commune de l'arrondissement de Redon, la contagion fut non moins manifeste ; l'auteur de la relation put suivre la maladie pas à pas et de porte en porte. Une domestique communique à ses maîtres la dysenterie qu'elle avait contractée en allant voir ses frères malades à 25 kilomètres de là. Un jeune garçon, domestique à Sainte-Marie, va dans sa famille, à Cournon, distante de 13 kilomètres, et y porte la dysenterie ; presque toute la commune est atteinte. Le docteur Donneau observa la dysenterie en 1872, à Houdan et à Dammarie (Seineet-Oise). La maladie fut importée à Dammarie par un individu

venant de Iloudan, et se concentra dans la ferme de Mons, où elle frappa 6 personnes, dont 3 succombèrent.

De pareils témoignages reviennent si fréquemment de tous les points du territoire dans les rapports des médecins des épidémies, qu'il est impossible de les citer tous.

Quelques-uns empruntent une valeur de démonstration indéniable, à cette circonstance que la maladie a été importée d'un lointain foyer d'origine dans une commune jouissant de bonnes conditions hygiéniques et vierge jusqu'alors de toute épidémie. C'est ainsi que la commune d'Ébreuil (Allier) est atteinte, en août 1872, d'une épidémie de dysenterie importée par un jeune homme arrivant de Paris, qui communique d'abord la maladie à plusieurs de ses parents. Sur 287 habitants, il y eut 150 personnes atteintes et 21 morts. En octobre 1827 se déclara à Montivervage (Doubs), lieu salubre, une épidémie de dysenterie à la suite de l'arrivée dans le pays d'une personne atteinte de cette affection. Les voisins furent d'abord atteints et la maladie se propagea dans le reste du village qui, sur 150 habitants, eut 31 malades et 3 décès (10). D'après M. le docteur Déliée (11), l'épidémie de Villerwal (arrondissement d'Arras) n'est pas née dans le pays, mais y a été importée de la Beauce par des moissonneurs. Le docteur Tuefîert (12) rapporte que la commune de Roche-lez-Blasmont (Doubs) a été le théâtre d'une épidémie de dysenterie, du mois d'août au mois d'octobre 1849. Le pays était salubre bien que pauvre, et depuis longtemps aucune épidémie ne s'y était manifestée. La dysenterie régnait avec intensité dans une commune distante de 16 kilomètres, quand un habitant de Roche fut ramené de cette dernière commune atteint de dysenterie violente. Bientôt après, la maladie se répandit parmi la "population en passant d'une maison ou d'une famille à une autre maison ou à une autre famille sans qu'on ait pu déterminer la nature ou les degrés de fréquentation de ces familles, dans lesquelles presque toujours plusieurs individus furent successivement affectés.

L'histoire épidémiologique de la variole, de la scarlatine, ne fournit pas de faits de contagion plus probants que ces derniers.

D. Des facteurs étiologiques propres à la population elle-même. — On a vu au commencement de ce

paragraphe, l'importancp. que les épidémiologisles du siècle dernier attribuaient à la misère et à la négligence des règles d'hygiène comme causes du développement des épidémies de dysenterie. Assurément le tableau que Caille présentait à la Société royale de médecine de l'ignorance, de l'incurie et de la misère des populations de nos campagnes ne correspond plus à leur état actuel.

Il s'en faut cependant que le progrès ait été partout égal, et partout suffisant. Les rapports des médecins des épidémies signalent fréquemment que les habitations malmenées par l'épidémie sont mal aérées, trop étroites, eu égard au nombre des personnes dont se compose la famille ; souvent l'habitation est commune aux hommes et aux animaux. L'alimentation du paysan laisse souvent aussi à désirer. Si nous ne voyons plus, comme dans les siècles précédents, l'indigence à demeure et la disette imminente après une mauvaise récolte, il n'en est pas moins vrai que la bouillie de sarrasin et la pomme de terre sont le fond de l'alimentation dans un grand nombre de contrées ; lorsque ce n'est pas par indigence, c'est encore par parcimonie que le paysan se nourrit mal.

Il n'est pas douteux que la négligence des règles de l'hygiène et qu'une insuffisante alimentation ne soient des conditions très favorables au développement et à l'aggravation des épidémies en général, et de la dysenterie en particulier. L'organisme humain mal nourri est un terrain de culture approprié au développement des germes morbides. Les habitations encombrées d'immondices peuvent constituer de véritables foyers d'infection propres à recéler et à multiplier les germes morbides qui, comme ceux de la dysenterie, paraissent avoir un habitat en dehors du corps humain. Il faut peut-être faire une part à cet ordre de causes pour rendre compte de la fréquence des épidémies en Bretagne et de leur grande extension.

Mais il serait inexact de dire que la distribution de la dysenterie sur notre sol est en rapport avec le degré d'indigence des populations, et que sa fréquence est en rapport avec les années de mauvaise récolte. Dans bien des épidémies, il est noté expressément que les villages atteints sont bien tenus et que la population jouit de l'aisance. La lecture des rapports sur les épidémies laisse l'impression que si la mauvaise hygiène et

108 DE LA DYSKNTKRIE. — ËTIOLOGIE.

l'indigence onl une inlluence sur le développement de la dysenterie nostras, cette influence n'est que de second ordre. Pour devenir facteurs otiologiques prépondérants, il est nécessaire que ces facteurs acquièrent une intensité qui heureusement n'existe pas dans nos campagnes, et que nous rencontrerons sur un autra terrain.

Les conditions plus individuelles relatives à l'âge, au sexe, à l'état de santé antérieur, aux professions, sont plus effacées encore et presque négligeables. Dans certaines épidémies les femmes, les enfants, les vieillards, les malades ont fourni le plus grand nombre de victimes ; dans d'autres les adultes ont été principalement et exclusivement atteints. La profession est trop uniforme dans nos populations agricoles pour donner lieu à des statistiques intéressantes. Le règne habituel de la dysenterie pendant la saison chaude a amené quelques médecins à attribuer une influence prédisposante aux fatigues résultant des travaux de la moisson et du labourage. Toutefois l'époque variable de l'apparition de la maladie, qui peut avoir lieu dès le mois de juin, et quelquefois seulement dans l'arrière-saison, ne permet pas d'attribuer aux travaux des champs l'importance d'une cause générale.

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