‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 165 sur 213 · d'artillerie ^ /Z · texte numérisé non relu

d'artillerie ^ /Z

2« régiment du génie 3

Train des équipages 3

Ouvriers d'administration. . 3

Les deux régiments les plus fortement éprouvés sont le 40'' et le 65' de ligne. Le premier de ces corps venait de Saintes cl de Rochefort où les fièvres paludéennes sont endémiques et

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OÙ vraisembhiblomenl il s'élaiL infecté avant son arrivée au camp. Mais les autres corps provenaient de garnisons salubrcs (Angoulôme, Pau, Limoges, etc.), et néanmoins ils ont tous compté un certain nombre de cas de fièvres. Le 65' de ligne en a même eu autant que le 40% bien qu'originaire de Glermont et de Tulle où la malaria est inconnue.

11 y a lieu de noter que ce dernier régiment eut des sujets atteints de fièvres d'accès dès les premiers jours de son arrivée au camp, tandis que ces maladies ne se déclarèrent que plus tard dans les autres corps (48).

Citons encore un témoignage important emprunté à Durand de Lunel. Au camp d'instruction de Lyon, en août et septembre 1843, 10000 militaires furent logés sous des tentes dans la plaine du Dauphiné, à Décine, où il n'existait aucun marais, aucune flaque d'eau impure à plusieurs lieues à la ronde; or 860 de ces hommes, près du dixième, furent admis à l'hôpital militaire de Lyon, atteints de fièvres intermittentes de tout type, parfaitement caractérisées (49).

Le développement des fièvres palustres dans tous les camps, même dans ceux qui sont établis au milieu des régions réputées salubres , atteste que les germes de la malaria , loin d'être exclusifs à certains foyers, sont répandus partout comme ceux de la dysenterie et delà fièvre typhoïde, qui forment avec elle la triade pathologique indissoluble de tout campement. Les conditions qui font éclore ces germes, habituellement silencieux, sont inhérentes à la vie des camps ; nous les trouvons dans les travaux de terrassement et de défrichement nécessités par l'établissement des tentes, des baraques, des allées, des rigoles, des jardins, des puits, et dans le séjour des militaires sous des habitations provisoires, dépourvues de plancher, qui se prêtent par réchauffement de leur atmosphère à l'exhalation des miasmes telluriques auxquels les hommes couchés sur le sol sont directement exposés et impuissants à se soustraire. Notons d'ailleurs que les camps ne sont guère habités qu'en été, c'est-à-dire dans la saison la plus favorable au développement de l'infection malarienne.

Rien ne démontre mieux à notre avis l'iniluence du campement dans la genèse de la malaria, que l'endémie palustre qui s'est développée dans le 10° bataillon de chasseurs à pied baraqué dans le voisinage de Saint-Dié. Les lièvres palustres sont

très rares dans la vallée de la Meurthe, qui ne présente nulle part les conditions telluriques à la laveur desquelles elles naissent habituellement. Pourtant ces fièvres se développèrent sousforme d'épidémies vernales et estivales durant trois années consécutives (1881-1883) parmi les militaires du baraquement. Dans les années 1881 et 1882, la proportion des malades s'éleva jusqu'au cinquième et sixième de l'effectif. Or, pendant cet intervalle, pas un cas de fièvre palustre ne fut observé dans la population civile. iNotre collègue M. Eudes, qui a raconté les différents épisodes de cette endémie, la rattache à l'absence d'égout collecteur et de rigoles pavées autour des baraques, aux puits perdus qui laissent pénétrer dans le sol des eaux chargées de matières organiques, à l'humidité entretenue par toutes ces circonstances, enfin à l'insuffisance d'exhaussement du plancher des baraques au-dessus du niveau des terrains (document inédit des archives du comité de santé).

Il arrive fréquemment que la malaria se montre avec une. inégale intensité dans les divers groupes de l'effectif. Cette irrégulière répartition peut tenir à deux circonstances:

1" A l'existence, dans l'enceinte du camp, de flaques d'eau, de surfaces déprimées où s'accumulent les eaux pluviales, de ruisseaux engorgés, d'amas d'immondices provenant des chevaux, ou d'autres causes d'insalubrité notoire. Les corps de troupe placés dans le voisinage de ces foyers sont ordinairement les plus éprouvés: ce fut au camp de Lannemezan, en 1868, le sort de la cavalerie occupant l'étroit espace compris entre le Gers et la Save. A Satory, des deux divisions qui formaient le camp, la première, occupant le point culminant du plateau, a fourni beaucoup moins de fièvres paludéennes que la deuxième, installée plus au nord sur un terrain situé dans le voisinage des prairies marécageuses ; et, parmi les régiments de cette division, le 68-^ de ligne, le moins éloigné de ces dernières, fut aussi le plus sérieusement atteint (Marvaud, loc. cit., p. 309);

2° A l'aptitude spéciale à contracter la fièvre conférée par des atteintes antérieures. Ce sont les corps de troupe originaires tie garnisons insalubres où ils ont déjà payé leur tribut à la malaria, qui sont ordinairement atteints dans la plus large proportion. Nous en avons cité un exemple plus haut dans l'histoire du camp de la Gironde. En voici un autre non moins saisissant emprunté au camp de Clmlons. En 1858, le 6° bataiUon

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de cluisseurs venant de la citadelle de Strasbourg où tout récemment il avait subi une épidémie grave de malaria, envoya à l'hôpital du camp, dans l'espace de six semaines, 64 cas de fièvre intermittente sur un eirectif de 420 hommes, alors que les manifestations palustres étaient presque insignifiantes dans les autres corps (Périer, camp de Ghâlons). De pareilles observations ont été faites très fréquemment.

Il n'est pas rare que le germe de la fièvre, puisé au camp, ne manifeste ses effets qu'après le retour des troupes dans la garnison. Dans le courant de l'été 1872, les quatre régiments d'artillerie de la garnison de Rennes ont été, suivant la coutume annuelle, envoyés à tour de rôle au camp de la lande d'Oude, situé près de l'étang de ce nom, pour y exécuter leur tir à longue portée, et chacun d'eux y est resté vingt jours environ. Vers la fin de la quinzaine qui a suivi le retour à Rennes, il s'est déclaré dans chacun de ces corps une véritable épidémie de fièvre intermittente ; le T d'artillerie a eu à lui seul 418 hommes atteints. 11 n'y a pas eu de décès, mais de fréquentes récidives, de nombreux cas d'anémie, et quelques cas de cachexie.

Cet épisode, communiqué au conseil de santé par M. le médecin-major Avice (50), contient un autre trait qui mérite d'être relevé. M. Avice, après avoir signalé le peu de fréquence des fièvres palustres au campement de la lande d'Oude les années précédentes, rapporte leur expansion actuelle au séjour plus prolongé qu'y font les troupes (vingt jours au lieu de dix), à l'aggravation des conditions locales (établissement de tranchées, abaissement du niveau des eaux de l'étang d'Oude), enfin à la constitution médicale particulière qui domine depuis quelque temps dans le pays. Depuis deux ans, dit-il, les fièvres sont devenues plus fréquentes dans toutes les contrées de l'Ouest et notamment dans la Bretagne; elles se sont montrées dans maintes localités où elles étaient autrefois totalement inconnues.

Nous retrouvons donc ici cette influence générale dont nous avons déjà apprécié le rôle plus haut, et à laquelle il faut réserver une place, malgré son obscurité, dans l'étiologie des maladies palustres.

DE L\ MALAUIA DANS LES CLIMATS TEMl'ÉltËS.

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