DES FIÈVRES CLIMATÉRIQUCS DANS LES CLIMATS CHAUDS
1-alures élevées, et assigné le poison palustre lui-môme pour cause aux troubles fonctionnels de cet organe dans les pays chauds : rares et peu marqués à la vérité dans la dothiénentérie, les symptômes gastro-bilieux font, au contraire, partie intégrante des fièvres à malaria, et figurent parmi leurs manifestations les plus communes; quant à l'utilité des évacuants dans ces fièvres, elle n'implique pas nécessairement l'adjonction d'un élément étiologique spécial, pas plus que la guérison avec ou sans sulfate de quinine d'une pyrexie ne témoigne d'une façon absolue pour ou contre sa nature palustre.
M. Colin a d'ailleurs opposé à la thèse de son prédécesseur en Italie des objections qui nous paraissent décisives. Contrairement à ce que l'on devait attendre d'une affection d'origine météorique, cette fièvre, k Rome, frappait plus spécialement les casernes situées dans les régions insalubres et presque désertes de l'ancienne ville. En 1866, à Civita-Vecchia , au moment où elle éprouvait fortement la garnison, elle respectait d'une façon presque absolue l'équipage du Catinat, ancré dans le port de cette ville, soumis par conséquent aux mêmes influences météoriques que les troupes, mais plus éloigné qu'elles des foyers d'infection. En 1865, la moyenne thermométrique mensuelle pendant l'été fut supérieure à la norme, et il y eut cependant moitié moins de fièvres rémittentes qu'en 1864 (8). Enfin, de l'aveu même de F. Jacquot, celles-ci étaient moins fréquentes en 1849 et 1850 où les troupes, en grande partie campées , subissaient bien plus énergiquement l'action des météores qu'en 1851, où elles étaient pourvues d'installations définitives (9).
Indépendante des météores, la fièvre gastro-rheumatique est, au contraire, intimement liée à l'évolution de deux affections constamment associées à Rome dans leurs recrudescences annuelles, à la fièvre palustre et à la dothiéncntérie : elle se développe, s'accroît et diminue parallèlement à ces deux grandes pyrexies, unie à elles par un rapport étiologique des plus manifestes; elle représente sous des traits effacés et communs, la forme légère ou abortive de chacune d'elles .
b. Algérie. — La fièvre rémittente gastrique n'a pas d'autre signification en Algérie, et les tentatives faites pour la rattacher aux influences climatiques témoignent simplement de
328 PYRlîTOLOr.lE DES l'AYS ClIAlinS. — DES FIÈVRES Cl.lMATfiniQrKK.
l'exislence dans ce pays de pyrexies bénignes non justiciables du sulfate de quinine.
Dans le nord de l'Afrique, comme à Rome, les fièvres rémittentes apparaissent en juillet, se multiplient rapidement, et pendant trois mois absorbent toute la pathologie de nos salles. Les unes, par l'ensemble de leurs symptômes, leur marche, les altérations caractéristiques du sang, ne laissent pas de doute sur leur nature palustre. Les autres, auxquelles s'applique plus particulièrement la dénomination de fièvre gastrique, se distinguent plus ou moins nettement des précédentes par la prédominance des troubles des premières voies, l'absence de la mélanémie et l'inefficacité du sulfate de quinine. Par leurs symptômes et leur marche, elles se confondent exactement avec la synoque de nos pays, et c'est pour en pénétrer la nature que nous nous sommes efforcés de préciser tout d'abord la signification de celle-ci : elles se rattachent donc à la fièvre typhoïde dont elles suivent d'ailleurs, ici comme ailleurs, l'évolution annuelle, et vraisemblablement aussi à la rémittente palustre qui n'est pas sans avoir ses formes frustes, comme en témoigne la mélanémie constatée dans quelques cas de fièvre bénigne sans caractère clinique spécifique.
Pour saisir la relation étiologique qui est l'objet de cette analyse, il importe de prendre en considération que dans le bassin de la Méditerranée, la fièvre typhoïde, beaucoup plus saisonnière que sous nos latitudes, coïncide dans ses recrudescences annuelles avec l'endémo-épidémie palustre. A Rome, dit M. Colin, la fièvre typhoïde naît toujours en juillet, avec les rémittentes; il en est de même des localités de l'Algérie où la dothiénentérie est endémique. Nous avons établi pour Constantine, une des villes les plus éprouvées par cette dernière affection, les tracés de la mortalité par fièvre typhoïde et fièvre paludéenne pour deux périodes de huit années chacune (fig. 14 et 15).
Presque nulle en juin, la mortalité par dothiénentérie s'accroît tout à coup en juillet, atteint très rapidement le maximum, s'y maintient pendant les mois d'août et de septembre, diminue brusquement en octobre et revient ensuite lentement à son minimum, qui se place d'ordinaire en avril et mai. Ce tracé est à peu de chose près parallèle à celui de la mortalité par" fièvre palustre. "Les formes frustes de la dothiéncn-