DES FIÈVRES CL1M\TÉRIQUES DANS LES CLIMATS CHAUDS
B. Cliniai» tropicaux. — Dans la palliologic tropicale, on décrit sous les noms de fièvre rémittente, de fièvre bilieuse simple ou inflammatoire, des pyrexies bénignes, caractérisées par un mouvement fébrile plus ou moins continu, de courte durée et par des localisations symptomatiques multiples, plus particulièrement dans les appareils gastro-hépatique (fièvre bilieuse) et cardio-vasculaire (fièvre inflammatoire). Cliniquement, elles ne diffèrent pas d'une manière sensible de la fièvre gastrique de nos climats et du bassin méditerranéen. Rapportées généralement à l'action de la température et de l'humidité sur l'organisme, ces fièvres, quelle que fût d'ailleurs leur modalité symptomatique, ont reçu le nom générique de fièvres d'acclimatement, attendu qu'elles marqueraient en quelque sorte l'adaptatiom brusque de l'organisme aux conditions nouvelles qui lui sont faites. Elles régnent sporadiquement ou épidémiquement sur tous les climats et parmi les équipages en pleine mer. Communes aux régions salubres et palustres, elles ont été considérées, en raison de cette inégale distribution, comme produites par les influences climatiques.
Cette interprétation est moins fondée sur des observations précises que déduite de considérations théoriques, telles que l'action excitante ou perturbatrice des températures élevées sur la sécrétion biliaire ou sur les fonctions de l'appareil gastro-intestinal ; du reste, certains de nos confrères de la marine ne l'acceptent qu'avec réserve. M. Mahé (10), entre autres, reconnaît que le groupe des climatiques a souvent englobé des fièvres typhoïdes et d'autres fièvres épidémiques. Symptomatiquement, ces pyrexies ne diffèrent guère de notre embarras gastrique fébrile ou de la rémittente gastrique de l'Algérie que par l'adjonction plus fréquente de l'élément bilieux. Les observateurs éprouvent de sérieuses difficultés à la séparer de la fièvre palustre bénigne, et quelques-uns n'y voient autre chose qu'une fièvre intermittente doublée de l'élément climatique essentiellement bilieux (11). Si dans les localités insalubres, CCS fièvres ont pu être rapportées à l'impaludisme, et il est vraisemblable qu'elles représentent souvent une forme atténuée de la rémittente paludéenne (voy. la fièvre gastrobilieuse solitaire), il n'en est pas de même de celles qui s'observent dans les climats salubres comme Taïti, la Nouvelle- Calédonie.
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C'est cette indépendance des conditions d'insalubrité du sol qui les a fait rapporter à l'influence prédominante des météores. Mais, d'après le témoignage de nos collègues de la flotte (12), la fièvre typhoïde sporadique et épidémique existe dans toutes les régions intertropicales'; comme dans nos villes de garnison, les épidémies s'y développent souvent au milieu des foyers d'encombrement créés par les troupes récemment arrivées de l'Europe. Là, comme dans nos climats, elle évolue, escortée de pyrexies bénignes, très nombreuses dans certaines saisons, atteignant avec une prédilection marquée les Européens, mais n'épargnant pas les indigènes, ce qui est bien contradictoire avec l'idée d'une fièvre climatique ou d'acclimatement.
Si leur subordination réelle aux influences saisonnières a plus spécialement fixé l'attention, leur relation avec la fièvre dominante n'a pas échappé aux médecins de nos colonies : partout on signale, avec leur peu de gravité, leur association à la fièvre typhoïde quand elles revêlent l'expansion épidémique. 11 suffit, pour s'en convaincre, de hre le chapitre que Dutroulau a consacré aux rapports des maladies non endémiques avec les climats tropicaux. ATaïti, entre autres, la saison de l'hivernage est souvent marquée par une fièvre continue épidémique, bilieuse ou inflammatoire; à côté des formes bénignes, qui se confondent avec noire rémittente gastrique, se développent habituellement des cas plus sévères qui passent par des transitions graduées à la fièvre typhoïde confirmée (13).
Les traits de la fièvre rouge ou chinoise de la Réunion s'appliquent très exactement tantôt à la fièvre éphémère, le plus souvent à notre rémittente gastrique. On la prendrait, dit Dutroulau, pour une fièvre typhoïde légère, n'était sa courte durée. Elle s'étend très rapidement, frappe indistinctement les militaires, les Européens et les indigènes, et c'est au moment où les hôpitaux sont remplis par cette fièvre saisonnière « que sont signalés les cas les plus graves et les plus nombreux de fièvre typhoïde » {loc. cit., p. 129).
Les résultats de cette enquête ne sont pas moins décisifs en ce qui concerne les régions insalubres des tropiques.
a. Côte occidentale d'Afrique. — Dans les localités où sévit plus parliculièrement la malaria, il est impossible de séparer la fièvre bilieuse simple de la pyrexie endémique demi-