‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 96 sur 213 · INTOXICATION PALUD. CHRONIQUE. — CACHEXIE HYDROÉMIQUE · texte numérisé non relu

INTOXICATION PALUD. CHRONIQUE. — CACHEXIE HYDROÉMIQUE

la bouche. — Dans certains cas, la gangrène précède i'anasarque, eL c'esl au momenl où les escliares s'élirainenl, où la lésion locale est en voie de réparation, que surviennent tout à coup un œdème excessif des membres inférieurs, de la bouffissure de la face, de l'ascite, etc.

Des récidives de fièvre ont lieu de temps à autre, évoluant suivant les types à longue intermission. Les paroxysmes sont irréguliers, incomplets, les stades intervertis ; le frisson fait défaut et souvent la chaleur, bien que forte, n'est point perçue par le malade ; ou les accès se prolongent en tramées fébriles irrégulières avec sueurs nocturnes, rappelant les allures de la fièvre hectique. Quelquefois ce sont des accès pernicieux qui surviennent, notamment les formes algides et adynamiques. C'est souvent au cours ou à la suite de ces rechutes de fièvres que se développent l'anasarque et les gangrènes.

La durée de ces états est courte : elle embrasse un intervalle de quelques jours à quelques semaines. La mort arrive par les progrès de l'anasarque, par les hémorrhagies répétées, par la multiplicité ou l'étendue des foyers de suppuration, ou enfm au milieu des symptômes qui accompagnent la gangrène. Quelquefois c'est un accès pernicieux, une fièvre rémittente adynaraique prolongée ou une pneumonie intercurrente qui enlève le malade; d'autres fois, c'est une syncope qui termine brusquement ses jours.

A l'autopsie, les tissus apparaissent décolorés, comme macérés au milieu de la sérosité qui les baigne. Le sang est fluide, sans caillots. On constate des épanchements séreux en quantité variable dans les différentes cavités, de l'œdème pulmonaire, de la pneumonie catarrhale et hypostatique, des noyaux infarctiques pulmonaires. Le tissu du cœur est ramolli et flétri, souvent stéatosé. Les organes du bas-ventre sont quelquefois atrophiés, plus ordinairement tuméfiés, et dans certains cas très mélanotiques.

L'observation suivante réunit les principaux traits de cette description.

Observation I. Malaria datant de huit mois. Nécrose alvéolodentaire avec gangrène de la bouche. Anasarque rapidement croissante. Mort subite. Autopsie : adhérences du péricarde au cœur, dilatation et ramollissement du cœur. Congestion énorme et stéatose des viscères. — Colombi, quarante ans, tapissier, deux ans de séjour en

DESCRIPTION DES SY^IPTOMES. 587 Algério, acoulraclé les fièvres intermittentes à Bône, il y a dix-huit mois ; dopuis lors, séries d'accès se succédant à intervalles irréguliers, presque tous les mois. Entré à l'hôpital de Philippeville le 8 mars 187S, pour une

fluxion dentaire. .

Celle fluxion, occasionnée par deux dents cariées (1« et 2» molaires de la mâchoire supérieure à droite), dure, rénitente, remonte jusqu'au bord inférieur de l'arcade zygomatique et s'accompagne d'œdèrae des paupières. Elle aboutit, au bout de quelques jours, à une gangrène de la gencive qui s'étend à une notable portion de la muqueuse de la joue et à tout le tissu cellulaire de la région sous-orbitaire.

Après élimination de l'eschare, on constate la dénudation du maxillaire supérieur sur une grande étendue, au-dessus des alvéoles nécrosés.

Le 5 avril, tandis que la lésion buccale était en bonne voie de réparation, la suppuration continuant encore avec élimination successive de petits fragments des alvéoles nécrosés, apparut une anasarque occupant les membres inférieurs, avec bouffissure de la face. L'urine examinée à ce moment ne renfermait pas trace d'albumine. L'examen du cœur n'y découvrit aucune lésion valvulaire. La rate, très volumineuse, descendait usqu'à l'ombilic ; le foie était également augmenté de volume, mais sans douleur à la pression.

L'anasarque fit de rapides progrès, amenant une distension des téguments des membres inférieurs et des bourses, un instant inquiétante.

Cependant une diurèse abondante, obtenue à l'aide du vin scillitique, la ramena au bout de quelques jours à des proportions modérées.

Le 30 avril, se déclara, sans frisson initial, un mouvement de fièvre assez intense, qui se prolongea au 1" mo.i.

Le 2 mai, le malade se plaignit d'un malaise général et d'un sentiment d'angoisse, sans gêne appréciable de la respiration. On remarqua que les extrémités étaient froides, le pouls petit, les lèvres un peu brunes, la température du corps élevée. Le malade mourut subitement à dix heures du matin, ayant parlé quelques instants avant la mort. L'urine du matin était fortement albumineuse, avec sédiment blanchâtre, d'apparence épithéliale.

Autopsie le 3 mai. — Cœur. — Adhérences cellulo-fibreuses du péricarde au cœur, généralisées, mais assez faciles à rompre. Le cœur est volumineux, 385 grammes, avec prédominance du diamètre transverse ; dilatation considérable et amincissement des parois du ventricule droit et des oreillettes. Celles-ci étant enlevées, on constate un agrandissement énorme des orifices mitral et tricuspide, sans lésion valvulaire. Le ventricule gauche dilaté a une paroi d'épaisseur normale, présentant à un haut degré une décoloration feuille morte; son tissu est tellement ramolli, qu'il s'écrase sous une faible pression du doigt, et se déchire avec la plus grande facilité. L'examen microscopique révèle une stéatose modérée des libres ; celles-ci, en outre des fines granulations graisseuses, contiennent du pigment jaune en assez grande quantité.

Poumons. — Pigmentés; congestion et œdème des parties déclives ; emphysème uniforme des parties antérieures.

Page 1