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CACHEXIE HYDROÉMIQUE ET GANGRÈNE

La cachexie palustre marque la dernière étape de l'intoxication paludéenne chronique. Bien plus grave que l'étal morbide que nous venons de décrire, elle est caractérisée, d'une manière générale, par une oligocythémie profonde, par l'hydrémie, l'anasarque, des hémorrhagies, des complications diverses telles que des phlegmons, des grangrènes, enfm par la dégénérescence de tous les tissus. Ces désordres fonctionnels et anatomiques se rapportent à la rupture de cette compensation qui, dans la période précédente, maintenait Téquilibre, malgré les attaques incessantes de la fièvre : ils indiquent que l'organisme fléchit sous l'action maîtresse du poison destructeur.

Les faits que nous avons à envisager dans cette étude ne sont pas tous comparables entre eux : ils peuvent être rangés en deux catégories. Dans la première, la cachexie est rapide et précoce, les symptômes redoutables, la vie est immédiate ment menacée : c'est la cachexie aiguë ou hydroémique et <jawgre«eHse. Dans la seconde, les symptômes se développent plus lentement, ils ne compromettent pas brusquement l'existence, la mort survient ordinairement par les progrès du marasme, c'est la cachexie chronique.

La différence réelle dans la physionomie clinique de ces deux groupes de faits nous a engagés à les étudier dans deux chapitres distincts. Nous commençons cette exposition par la cachexie hydroémique et gangreneuse.

581 INTOXICATION PALUD. CIIRONIQUK. - CACIIKÎ^IE IIYDROÉMIQUE.

Cette l'orme est cai'actcrisée par une anémie globulaire rapide et profonde, par l'hydroémie et les hydropisies aiguës, par l'anéantissement prompt des forces, par des liémorrhagies multiples, des phlegmons envahissants et des gangrènes ; en un mot par des symptômes qui expriment une brusque dégradation de l'organisme, une déchéance rapide des grandes fonctions.

Dans certains cas, cette cachexie aiguë est précoce, elle se développe à la suite des premiers accès de fièvre, comme dans les observations XVIII et XXV de M. le professeur Colin {loc. cit.). Plus souvent nous l'avons vue survenir dans les périodes plus avancées de l'empoisonnement malarien, à la suite d'accès de fièvre fréquemment répétés, ou au milieu d'une lente intoxication. Le plus communément, elle succède aux fièvres graves, et notamment à la fièvre adynamique, qui y aboutit parfois par des transitions si insensibles, qu'il est difficile de tracer la ligne de démarcation entre les deux états,

La cachexie hydroémique et la gangrène se développent surtout chez les hommes épuisés par les fatigues et les privations. En Algérie, elles étaient très communes à l'époque des grandes opérations militaires, et Haspel, qui, à leur summum de gravité, les désignait du nom de fièvres putrides scorbutiques épidémiques, leur a consacré un remarquable chapitre dans son livre (1). D'autre part, d'après le témoignage de Félix Jacquot, elles figuraient en grand nombre dans les hôpitaux pendant la période active de l'occupation romaine, notamment aux confins des deux années 1849 et 1850 (2). Enfin, des observations que nous avons recueillies, bon nombre se rapportent à des militaires condamnés aux travaux publics, ou à des colons voués à la misère et à l'alcoolisme.

§ i". — Description des symptômes.

La cachexie aiguë se caractérise moins par la prédominance des lésions viscérales que par l'atteinte brusque de l'innervation, et la déchéance profonde et rapide de la nutrition.

En peu de temps, la proportion des globules rouges est réduite au 1/5 ou au 1/6 du chiffre normal; c'est dans ces faits que nos numérations nous ont montré le plus haut degré

DESCRIPTION DKS SYMPTOMES.

de l'oligocylhémie (7 à 800000 par millimètre cube). La physionomie prend rapidement une teinte terreuse et les muqueuses se décolorent.

Les fonctions intellectuelles s'engourdissent; les malades, indifférents à ce qui les entoure, ou plongés dans une somnolence continuelle, sont tourmentés par des rêves pénibles et par une céphalée opiniâtre. La prostration des forces devient extrême; la démarche est vacillante ; quelques sujets éprouvent des vertiges, des douleurs vagues dans les membres, des anesthésies partielles, des paralysies, des tremblements continuels comme choréiques.

Le pouls est petit, irrégulier, dépressible, en rapport avec la faiblesse des contractions du cœur; des souffles sont entendus à la base du cœur et dans les vaisseaux du cou; il y a de la tendance aux défaillances et des menaces de syncope à chaque mouvement un peu vif.

La respiration est courte, essoufflée; la dyspnée s'accompagne d'une toux grasse avec expectoration de liquide visqueux, peu aéré. La température du corps est ordinairement inférieure à 37 degrés et le malade accuse une sensibilité excessive au froid.

L'appétit est nul, les selles irrégulières, peu colorées, souvent diarrhéiques , le météorisme habituel. Des douleurs vagues sont ressenties à l'épigastre et dans diverses régions du ventre. La rate et le foie sont ordinairement tuméfiés.

La sécrétion cutanée est le pins souvent tarie. Les urines sont peu copieuses, fortement hémaphéiques, souvent albumineuses, quelquefois mêlées de sang.

Au milieu de ce profond anéantissement de toutes les fonctions, se développe brusquement une anasarque générale et une ascite indépendantes de toute lésion rénale. Tantôt cette hydropisie aiguë persiste, s'aggrave et amène la mort par l'œdème pulmonaire. D'autres fois, elle disparaît ou s'amende assez rapidement pour faire place à d'autres accidents. Ceux-ci consistent en hémorrhagies multiples et variées, notamment en épistaxis incoercibles et en suffusions sanguines souscutanées. Aux hémorrhagies s'associent des parotidites, des érysipèles, des abcès à vaste décollement, des phlegmasies purulentes des séreuses, des eschares au sacrum, enfinj des gangrènes aux diO'érenles pari les du corps, et notamment à

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