‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource] (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · NÉPHRITE PAR POISONS MORBIDES · texte numérisé non relu

NÉPHRITE PAR POISONS MORBIDES

ciable, le traitement delà néphrite franchement inflammatoire ne leur estpoint applicable ; dans une foule de cas, il a paru hâter la mort.

J'appelle l'attenlion des pathologistes sur l'invasion insidieuse de ces néphrites , sur leur gravité et sur l'analogie qu'ont les lésions rénales avec celles que les autres organes présentent presque toujours dans ces maladies générales. Ces affections rénales peuvent, au premier coup-d'œil , paraître des accidens ou de simples complications , mais après un examen attentif on voit qu'elles tiennent à la nature même de la maladie générale dans laquelle elles se développent.

Néphrite dans les affections ganfjréneuses.

§ 4''" • l'a lecture attentive d'un petitnombre de cas particuliers de Ces aft'eclions rénales, charbonneuses, les fera mieux connaître qu'une description générale qui nécessairement serait très incomplète dans l'état actuel de la science; car, bien que les maladies charbonneuses soient très graves et souvent mortelles, les observateurs, après avoir décrit les lésions extérieures, ont rarement transmis des détails exacts sur l'apparence de l'urine el sur l'état des reins après la mort. Ainsi, dans les traités sur la pustule maligne, publiés par Thomassin (i), parEnauxetChaussier(2), dans les mémoires et observations de Souvorof(3), de Schrœder (4), etc., et dans les dissertations sur la pustule maligne et les affections charbonneuses soutenues

par Davy la Chevrie (5), Gerardin (J. F. X.) (6), etc. , à peine

(1) Thomassin. Diss. sur le charbon matin, clc.,iu-8. Basle, 1782.

(2) Enatix et Chanssier. Manière de traiter les morsures des animaux enrages, etc. In-12.Dijon.17S5.

(5) Description d'une espèce particulière de charbon (Bullet. de» Se. méd. do Férussac, t. xvit, p. 21g).

(4) Sur la pustule maligne ( BuUet. des Se. méd. de Férussac, t, xx , p. 80 V

(5) Davy La Chevrie. Diss, sur la pustule maligne de Bourgogne , in-/(. 1807. (fi) Gerardin (J.-T'.-X.). Diss. surla pustule maligne, in-.'|. 180G.

AFFECTJONS GANGRKNETJSES. 3

trouve-t-on un seiû exemple où les recherches anatoiniques aient été faites avec soin.

J'ai rapporté ailleurs (i) un cas de pustule maligne dans lequel les reins étaient fortement injectés et gorgés de sang.

Les affections charbonneuses étant plus communes chez les animaux domestiques, et surtout chez les herbivores , que chez l'homme, il esta regretter que les médecins vétéiinaires n'aient pas plus souvent profilé de l'occasion qui leur était offerte de décrire soigneusement les altérations gangreneuses des reins,indiquées par M. Ilurtrel d'Arboval (2), et par M. Girard père (3).

(1) Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau. 2" édition , t. II, p. 4G.

(2) Hurtrel d'Ar])oval s'exprime ainsi : « Dans les bêtes à cornes atteintes du typhus charbonneux , le diaphragme , la vessie , le péritoine même , quelquefois les reins, participent à îa phlegmasie » (^Dictionnaire de méd, et de chir. aiétérinaires. 1° éd., t. iv, page 879 , art. Typhus). i

(3) M. Girard dit, à l'occasion d'une épizootie de lièvre charbonneuse qui régnait sur les clievaus , « Dans beaucoup de sujets, les reins ont acquis un volume considérable, et leur substance, gorgée de sang, se déchire avec facilité. La vessie , le plus souvent distendue par l'urine , participe plus ou moins à l'inflammation des autres viscères » (^Notice sur la maladie qui règne épizootiqnemènl sur les ckefaux : Viecueil de médecine vétérinaire, t. ir, p. 147. 1825).

Il parait que , dans un assez grand nombre du cas d'affection charbonneuse , les reins sont profondément altérés , sans offrir de lésions inflammatoires. M. Leblanc m'a envoyé dernièrement les deux reins d'un bceuf mort de l'affection que les vétérinaires appellent charbon liane , maladie fort commune chez les bœufs surmenés , et dans laquelle on remarque des infiltrations séreuses , sanguines et gangreneuses du tissu cellulaire sons-cutané et des principaux organes. Les reins , profondément altérés, n'étaient pas notablement augmentés de volume. Ils exhalaient une odeur extrêmement fétide, quoique la température de l'atmosphère fût .lu-dcssous de zéro et que l'animal fût mort seulement depuis quinze heures. Ces organes, d'une couleur livide , étaient mollasses ; certaines portions de la substance corticale étaient diffluentes. La couleur et I.1 consistance de la substance tubuleusc étaient moins altérées. Dans l'une ni dans l'autre substance, il n'y avait de dépûts purulens. La vessie contenait une petite quantité d'urino épaisse et sanguinolente. M. Leblanc a vu les reins

4 NÉPIIRITr PAn POISONS MORBiniîS.

§ 4G3. L'observnlion suivanln ost icni;irqua)jle à plusieurs égards.

Ons.I. — Au début douleurs lombaires attribui cs à uni! népUritc; inflammation gaugréueusc des gencives; snliration fétide : gangrène à la fesse gaucbe ; pétccliies à la peau; tumeur violacée et pétécbiale à l'aine; ganglions lymphatiques de l'aine et des régions sous-maxillaires engorgées; vomissemcus de matières noirâtres , évacuations par bas de matières sanguinolentes; progrès de la gangrèue de la fesse; gangrène de l'amygdale droite ; écoulement sanicux par la narine droite; cpistaxis, mort. — Autopsie du cadavre. Pétccliies et ramollissenicut noirâtre de la membrane pitnilaire, dans la narine droite; pctcchics pleurales, péritonéales, cardiaques; augmentation du volume et ramollissement de la raie ; points gangréneux dans l'estomac. — Points piirulens dan» les reins, augmentés de volume. Infiltration eccbymotiquc et points gangréncux dans les bassinets. Urines sanguinolentes dans la vessie.

Louise Quiuet , âgée de ig ans , domestique , née à Forbach, d^part(^nient de la Moselle, demeurant à Paris rue Thirou n° 8, fut admise à l'hôpital delà Cliarilé, le 5 juillet i837.

Cette fille, d'une taille au-dessus de la moyenne, a les cheveux et les sourcils hrtuis, la peau hianche, 1ns forines bien développées, les cliairs assez l'ei iiies. Elle est à Paris depuis deux mois. Elle a toujours joui d'une assez bonne santé, qui ne paraît avoir été troublée que légèrement ù quelques époques menstruelles; elle n'a pas eu la petite-vérole; elle porte des cicatrices de vraie Vaccine.

très notablement .lugmcntcs de volume chez des chevaux atteints de cette mémo affection cbarbonncusc.

L'engorgement charbonneux du bœuf dont il s'agit existait au canon, au jarret et à la jambe droite postérieure. Les muscles étaient pâles ou d'un brun foncé; quelques-uns étaient ecchymoses. Les caillots sauguins trouvés dans les principaux vaisseaux étaient difflncns et avaient teint les parois de ces conduits en rouge livide. Les grandes civités contenaient beaucoup de sérosité sanguinolente. La membrane muqueuse de la caillette et des intestins, d'une couleur lie de vin , était très molle, et la cavité de ces organes renfermait un liquide également lie de vin, La rate avait le triple de son volume ordinaire; quand on la roiipait il s'en écoulait une matière presque noire , très épaisse, semblable au caillot difflncut de ccrt-iins sangs altérés, I.c foie s'écrasait par la plus l(V;èiT pression.

AFFECTIONS GA.NGRÉNEUSES. 5

Celte jeune fille a d'abord clé employée à Paris dans une maison en qualité de fille de cuisine; mais, comme elle était mal nourrie et qu'elle s'y fatiguait beaucoup, elle fut recueillie par sa sœur, femme de cliambrn dans une autre maison, où on l'occupa à des travaux d'aiguille. Accompagnant ses maîtres, elle habitait tantôt la ville, tantôt la campagne.

Elle est tombée malade à Ruel, x5 jours avant son entrée à l'hôpital. Le mal a commencé par des douleurs très vives dans les lombes et les cuisses, douleurs ([u'ellc attribuait à une menstruation insuffisante, et qui furent regardées par M. le docteur Duval^médecin delà maison, comme symploraatiques d'une néphrite. Ces douleurs , qui étaient très vives, ne furent calmées ni par une application de sangsues au siège, ni par des frictions légèrement narcotiques , ni par des pilules préparées avecla thridace et l'extrait gommeux d'opïhm. Les douleurs, devenues "même plus intenses, furent accompagnées d'un malaise général croissant, de vomissemens répétés deux ou trois fois par jour, d'insomnie. Le huitième jour, douleurs des gencives, salivation très abondante, fièvre , chaleur, épistaxis. Son état s'aggravant, elle fut conduite à l'hôpital de la Charité.

A la visite du 0 juillet, le lendemain de son arrivée, je la trouvai , assise sur son lit, dans une anxiété assez grande et la tête inclinée vers son crachoir, comme les personnes qui salivent après l'administration des préparations merciirielles.

Les gencives et la membrane muqueuse qui revêt les joues étaient rouges et gangrenées en deux points. La gencive supérieure, au-dessus des deux incisives du côté gauche et de la canine correspondante, ofiiait une escharc grise, molle, qui n'atteignait pas tout-à-fait, en hauteur, le sillon qui sépare la gencive de la lèvre. Près de là on voyait une autre eschare un peu plus large, grisâtre sur les bords, et noire au centre. Malgré cette afl'eclion des gencives , les dents étaient fermes dans leurs alvéoles. Ala face interne des lèvres, au niveau du rebord de l'arcade dentaire, ou remarquait une petite ulcération très superficielle, d'un rouge vif, et parsemée de points jaunâtres; du même côté, la face interne de;; joue.s ofi'rail une tache rouge sans ulcération.

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