NÉPHRITE PAR POISONS MOUBIDES
La langue, qui n'avait pas sensiblemcnl augmenté de volume, pouvait être abaissée sans peine ; un peu de difficulté dans l'écai tement de la mâchoire paraissait dû au développement des ganglions lymphatiques sous-maxillaires et au gonflement des joues.
Les amygdales, la droite surtout, étaientrouges et tuméfiées : le pharynx et le voile du palais étaient rouges, sans ulcéralions, sans exsudation plastique; la salivation était des plus abondantes. En quelques heures, le crachoir fut rempli d'un liquide aqueux, d'une odeur fétide, sensible quand on s'approchait très près du vase ou de la bouche de la malade. Celle odeur était bien distincte de celle qui accompagne la salivation mercurielle.
L'angoisse de la malade indiquait une affection grave. Audessous de l'os maxillaire inféi'ieur, mais surtout au-dessous et en ai'rière de l'apophyse mastoïde , les ganglions lymphatiques sont saillans, se dessinent sous la peau, à travers laquelle ils peuvent être sentis facilement, et se prolongent en chapelsUlc long des parties latérales du caix jusqu'à la clavicule; les deux plus gros sont situés derrière chaque apophyse mastoïde.
Sur le cuir chevelu , on remarquait, surtout du côté gauche, de petites taches pétéchiales, d'un rouge assez vif; il eu existait deux à la nuque, une au côté droit du cou, deux à l'avantbras droit ; quelques-unes sont disséminées sur les membres inférieurs ; à la partie interne du genou gauche existe une petite tâche bleuâti e de la largeur d'une pièce de dix sols.
À, la fesse gauche , une eschare de la largeur d'une pièce de cinq francs, noire, humide, sanieuse, repose sur une base indurée , profonde , entourée d'une auréole vésiculeuse, irrégulière, d'un rouge livide. La malade n'éprouve, dans celle tumeur gangréneuse, de douleur que celle que détermine le poids du corps ou la pression du doigt.
A l'extrémité inférieure de la grande lèvi'e gauche, existent deux pustules semblables à celles que l'on voit quelquefois survenir à la suite des piqûres de sangsues; elles sont recouvertes d'une croûte jaune.
A l'aine du même côté, depuis le pubis jusqv^'à la crête de
AITJiqTlQKS QAPî&JlliijXliLiSliS. 7
l'os des îles, la peau, soulevée par u];i crigorgemeat dur, osî violacée, ecchymotique ; les ganglions lymphaliques sont plus volumiueux que dans l'élal, sain j aux parties gcnitalos on »p découvre aucune ulcération, aucune cicatrice.
Langue humide , rpséej,.avec quelques taches éiytlxéniateuses au niveau des dents ; soif vive , mauvais goût dans la bouche , déglutition difficile, nausées (un vomissement de matière bilieuse avait eu lieu à minuit), ventre indolent et souple; deux selles liquides la nuit , une le matin. Ces jours derniers, la malade a souffert en urinant, mais ce symptôme a disparu. A la percussion , le foie et la rate ne paraissent pas avoir un volume plus considérable que dans l'état sainj le pouls, régulier, donne io4 pulsations par minute ; les batlemens du cœur sont faibles, la chaleur de la peau est à-peu-près naturelle.
La respiration est accélérée (36 respirations par minute), point de touxj en avant et en arrière, le bruit respiratoire est pur dans tous les points , excepté à la base du poumon droit, oii l'on entend un peu de râle sibilant, et au sommet du poumon gauche , où l'on distingue un peu de râle muqueux.
Celle femme a l'esprit présent, mais, on appai'ence, peu développé ; insouciance, lenteur dans les réponses, douleur à la tête, insomnie, un peu d'abattement; cependant les forces ne sont pas tellement affaiblies que la malade n'ait pu se lever pour qu'on examinât son pharynx, au grand jour, près de la fenêtre.
Les points gangrènes des gencives furent cautérisés avec l'acide hydrochlorique ; la tumeur gangréneuse de la fesse fut cautérisée avec le nitrate acide de mercure. Je prescrivis en outre un gargarisme acidulé avec l'acide hydrochloi-ique , delà limonade vineuse et une potion avec l'acétate d'ammoniaque.
La fin de la journée fut assez calme , mais sans sommeil ; plusieurs vomissemens de matière noirâtre ; un grand nombre de selles.
Le 7 au matin, l'abattement n'est pas plus grand qu'hier; la malade paraîtmôme assez calme ; le pouls, régulier, petit, donne 120 pulsations par minute. 11 n'y a plus de râle sibilant , ni de râle muqueux d^ns les points où ils avaient été entendus. L'u-
8 JVKPHRITE PAU POISONS MORBIDKS.
l ine qui novis fut présentée corame ayant été rendue par la malade était naturelle; mais plusieurs circonstances , la douleur dans les reins, lors de l'émissiou de l'urincpeudanl les premiers jours de la maladie, l'altéra lion des reins et des bassinets observés après la mort, l'urine sanguinolente trouvée dans la vessie à l'ouverture du corps, nous ont fait penser plus tard que la fille de service nous avait peut-être montré une urine qui n'était pas celle que rendait cette malade ; d'ailleurs une certaine quantité d'urine sanguinolente se trouvait peut-être ^ans les selles qui étaient mélangées de sang. La langue est légèrement brune à sa partie moyenne; ni frissons, ni sueurs; conservation de l'intelligence.
Les gencives sontà-pcu-près dans le même état que la veille; les eschares n'ont pas plus d'étendue ; l'excrétion de la salive est toujours très abondante ; même étal des ganglions du cou ; ceux de l'aine gauche ne sont pas plus volumineux, mais la peau qui les recouvre est plus violacée; da nouvelles pétéchies se sont formées à la circonférence de la tumeur.
La tumeur charbonneuse de la fesse s'est étendue; elle est environnée par un cercle violacé vésiculeux, et sa base parait plus dure et plus profonde. lies deux petites pustules des grandes lèvres sont stationnaires.
Les progrès de la gangrène de la fesse, les selles et les vomissemens sanguinolens rendent le pronostic de plus en plus grave {Même traitemcnl).
La journée a été assez calme, mais la nuit a été très agitée; il y a encore eu des vomissemcns et des selles très abondantes, formées de sang presque r,iir ; la veilleuse assure que plusieurs fois la malade a rendu ces matières involontairement ; les matières vomies sont de lu bile verdâlre, mêlée de sang, ou des matières semblables à celles qu'on rend dans lecanccr de l'estomac.
Le 8 au matin , les selles sanguinolentes continuent. Les gencives soiU molles, livides, mais les eschares ne sont pas sensiblement augmentées. La langue reste humide avec la même teiute brune. L'amygdale droite offre , à sa partie antérieure et supérieure, une eschare grisâtre, semblable à celle des gencives.
AFFECTIONS GA.NGIIÉNEUSES. 9
Le pouls, fréquent et petit, se laisse déprimer avec plus de facilité encore que la veille ; point de toux. L'esthare de la fesse, beaucoup plus large , est cernée par l'auréole livide qui précède la mortification. La base de la tumeur gaiigréneuse est très dure. A l'aine gauche, plusieurs ecchymoses se sont étendues , en pi'enant une teinte jaunâtre. Les ganglions sous-maxillaires et sterno-mastoïdiens semblent un peu moins volumineux que le premier jour.
Il s'écoule de la narine droite un peu de mucus jaune sale et grisâtre, ressemblant assez bien aux crachais, qu'on voit dans quelques pneumonies au troisième degré. Décubilus dorsal, abattement de plus en plus marqué; cependant la malade exécule encoi'p. t|uelques mouvemens dans son lit: l'intelligence reste intacte ( Même trailemcnt ; en outre glace à V intérieur).
Le 9 juillet. La journée d'hier s'estpassée sans nouveauxaccidcns. Celte nuit, ily a eu beaucoup de fièvre et une selle sanguinolente 5 pas de vomissemens,pas de délire. La faiblesse n'a pas fait de nouveaux progrès. La malade peut encore se placer indistinctement sur l'un ou l'autre côté ; elle se meut dans son litj et prend sur la table de nuit les objets dont elle a besoin ; mais l'eschare de la fesse gauche, qui est restée presque stalionnaire du côté de la marge de l'anus , s'esl étendue du côté du grand ti'ochantcr. Le centre de l'eschare est sec et dur ; l'engorgement du tissu cellulaire sous-jacent est toujours aussi considéi-able^ cbuleur au niveau du grand trochanter; empâtement du tissu cellulaire sous-cutané. La tumeur de l'aine n'a pas augmenté d'étendue, mais, vers sa partie interne, elle estrecouverte d'une vésicule séreuse, noirâtre. Le pouls est très fréquent; la peau est chaude et sèche ; la langue est brune. Une selle sanguinolente j point de toux, ni de vomissement.
Leio juillet. Depuis hier, aggravation des accidens : épislaxis assez abondante , qui résiste aux ablutions vinaigrées, et s'arrête sous l'influence des sinapismcs promenés sur les avantbras et les poignets. Un grand nombre de selles sanguinolentes et de vomissemcnsonteulieu dansle jour et surtout dans la nuit.
Ce malin , la malade, très aflaiblie , est très pâle ; elle crache continuellement une matière fétide. On entend, à chaque respi-
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raliou , un petit gémissement. Le pouls , très petit et d'une grande faiblesse, donne 108 pulsations par minute. Le regard exprime la douleur et l'abattement ; l'intelligence est intacte ; l'eschare de la fesse s'est encore étendue ; elle louche maintenant la grande lèvre coi-respondanle et le pli qui sépare la fesse deia cuisse; la douleur au grand trochanler est toujours très vive; la tumeur ecchymotique de l'anus est jaune et très douloureuse à la pression. Les escliares des gencives n'ont pas augmenté. Les deux eschares de l'amygdale droite et du pilier antérieur du voile du palais ne sont pas plus larges et paraissent ne pas avoir gagné eu profondeur. La malade souffre beaucoup de laboucbe, et crache continuellement une sanie fétide mêlée d'un peu de sang et de petits lambeaux de membrane muqueuse ou d'épitliélium qu'elle détache avec ses dents ou ses doigts. Nausées fréquentes qui ne sont suivies de vomissemens qu'à des intervalles éloignés.
Le II juillet. Depuis hier, le mal a fait de nouveaux progrès. La malade a eu un grand nombre de selles sanguinolentes et de vomissemens sanguinolens. Elle a été très agitée la nuit dernière. Les douleurs ont été si vives à la tête et l'angoisse' si continue que la malade exigeait qu'on la levât, à chaque moment, pour changer la disposition de son lit. Ce matin , l'expression delà figure ressemble à celle d'un pestiféré; la peau du visage est pâle et jaunâtre ; les yeux sont abattus, îanguissans ; les paupières, entr'ouvertes, cachent la partie transparente de l'œil et ne laissent voir que le segment inférieur de la conjonctive. Le pouls j à iio, fuit sous les doigts. La respiration est très fvéquente. Les gencives se gangrènent. L'eschare de la fesse a considérablement augmenté de largeur ; près du pubis unpoint noir a remplacé une vésicule déchirée. On remarque un plus grand nombre de pétéchies. L'intelligence se conserve encore. Dans la soirée l'angoisse a augmenté. Il n'y a pas eu de nouvelles évacuations, ni de nouveaux vomissemens. La malade n'a cessé de se plaindre , de s'agiter et de pousser des cris de douleur , et , dans la nuit , il a fallu la lever presque à chaque instant. Elle meurt, le soir, à neuf heures et demie, ayant toute sa connaissance.
AFFECTIONS GA.NGRÉNEIISES. 11
Autopsie du cadavre, le 12 juillet., 13 heures après la mârl. — Etat exlèrietir. Embonpoint , formes arrondies , mamelles bien développées. Une écume blanchâtre sort du nez et de la bouche et couvre une partie des joues. Nombreuses pétéchies sur les parties latérales du corps, plus prononcées et formant quelques ecchymoses au-dessus de l'arcade crurale et près de l'os des îles, du côté gauche. On remarque aussi, sur la face antérieure des avanl-bras et au pli du coude, de chaque côté, deux taches bleuâtres, larges comme une pièce de cinq francs ; à la partie externe de la cuisse droite, une autre tache; en dedans du genovi gauche, sur l'épine et les flancs, la peau olîre de larges marbrures d'un rouge violacé. A l'aine gauche , tumeur ganglionaire considérable avec commencement de désorganisation de la peau. La fesse du même côté est envahie par une eschare qui en occupe presque toute l'étendue.
Les deux muscles sterno-mastoïdiens sont soulevés par une chaîne de ganglions dont la masse fait une tumeur qui se continue avec une saillie moins prononcée , foi'mée par d'autres ganglions situés au-dessous de la mâchoire.
La peau du pli del'ainegaucheoffreunepetiteeschare superficielle, ovalaire, de six lignes de longueur sur deux de largeur. Au dessous de la peau, une couche de tissu cellulaire, jaune et rougeâtre , fortement ecchymosé , recouvre les ganglions lymphatiques, dont le volume est notablement augmenté. Dans l'espace de plusieurs travers de doigt au-dessus et au-dessous de l'aixade crurale, le tissu cellulaire a la même apparence. Ce tissu cellulaire est dur et se détache difficilement lorsqu'on veut mettre à nu les ganglions lymphatiques, dans l'intervalle desquels il conserve les mêmes caractères ; en plusieurs points, il contient une assez grande quantité de sérosité purulente. Pendant la dissection, on voit quelques gouttelettes de pus bien formé s'écouler d'un petit vaisseau ouvert à l'endroit oii il pénétrait dans un ganglion. La pression fait encore sortir de ce vaisseau deux ou trois gouttelettes de pus. Les ganglions lymphatiques forment une masse aplatie, composée de plusieurs lobes; les plus gi'os , du volume d'une olive , sont très
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rouges; les plus petits, du voluniie d'un pois, ont conservé leur couleur naturelle. Intérieurement les plus volumineux sont injectés et ecchymoses. Les plus petits sont blancs et anémiques. L'aponévrose qui les sépare des muscles et du tissu cellulaire est fortement ecchymosée. Sur les parois de l'abdomen et à la cuisse, les muscles offrent leur couleur rouge naturelle. La veine sapliène, ouverte près de son embouchure, laisse échapper une assez grande quantité de sang écumeux. La membrane interne de ce vaisseau et celle d'un grand nombre de petites branches des légumenteuses sont saines. ■ La surface interne de la veine crui'ale avait une teinte violacée (phénomène d'imbibilion) ; l'artère crurale avait la même teinte dans la partie qui est accolée à la veine.
D,-\ns l'aine droite, les ganglions lymphatiques, un peu plus volumineux que dans l'état naturel, étaient pâles, et le tissu cellulaire qui les entourait était sain; la veine crurale avait une teinte légèrement brunâtre. Les ganglions axillaires (côté gauche) étaient un peu plus volumineux que ceux du côté opposé , sans qu'on pût regarder celte différence de volume comme pathologique, d'autant plus que leur couleur était naturelle.
Les tumeurs des régions slerno- mastoïdiennes et sousmaxillaires, étaient formées par des ganglions plus volumineux que dans l'état sain', dont la substance, rouge à l'extérieur, était intérieurement d'un blanc mat. Le tissu cellulaire était sain. Les veines jugulaires, incisées, laissèrent écouler, comme la saphène, une grande quantité de gaz et de sang écumeux.
Le tissu cellulaire des membres, dans les points éloignés des escliares^ne présentait point d'infiltration séreuse ou sanguine; les muscles des membres étaient sains ; dans les muscles du rachis on remarquait quelques ecchymoses; la couche graisseuse, sous-cutanée, était généralement très abondante.
La tumeur gangréneuse de la fesse gauche, noire, solide, avait cinq à six pouces dans son plus grand diamètre et quatre à cinq dans son plus petit; elle intéressait toute l'épaisseur de la peau. Au-dessous d'elle, le tissu cellulaire , injecté, ecchy-
AFFECTIONS GANGRENEUSES. l3
mosé, était plus ferme que dans les autres parties du corps, et il n'offrait pas de traces de gangrène.
Tête et rachîs. Le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, et les vaisseaux de la pie-mère contenaient une assez grande quantité de gaz; le cerveau, coupé par tranches minces, était ferme et exempt d'altérations; le cervelet et la moelle épinière étaient sains.
Dans la narine droite, la portion de la membrane pituitaire qui revêt les cornets, débarrassée d'une certaine quantité de sang étendu à sa surface sous la forme d'une bouillie noirâtre, était bleuâtre, parsemée d'un grand nombre de taclies rouges et noirâtres et de véritables pétécliies; sur les points noirâtres, la pituitaire était ramollie et dans un état très voisin de la mortification. Ce ramollissement était presque général sur le cornet inférieur, tandis que sur les deux autres il n'était apparent qu'en quelques points. Sur le cornet inférieur, existait une tache violacée par imbibition du sang. La cloison avait une teinte rouge plus prononcée que dans l'état naturel; et, sur son bord postérieur, on remarquait des pétéchies. Dans la fosse nasale gauche, la membrane muqueuse offrait seulement quelques pétéchies.
Sur les gencives» on nota les deux points gangreneux observés pendant la vie, l'un à la mâchoire supérieure et du côté droit, l'autre à la mâchoire inférieure et du côté gauche ; aux lèvres, deux petites eschares superficielles bornées à la membrane muqueuse correspondaient à ces lésions; point d'autre altération dans la bouche.
L'amygdale du côté droit était transformée en une petite masse noire à l'extérieur, grise en dedans, et complètement gangrenée. Cette glande, singulièrement ramollie, exhalait une odeur de gangrène très prononcée j la membrane muqueuse du larynx et de la trachée-artère avait sa couleur naturelle, et n'offrait, en aucun point, d'ecchymoses ou de pétéchies.
Poitrine. A la surface des deux plèvres et surtout sur la portion qui correspond à la paroi interne de la poitrine, on remarquait un grand nombre de pétéchies et d'ecchymoses, de diverses grandeurs, et dont la plus considérable nv;)it la lar-
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geur d'une pièce de cinq francs, bans le reste de leur étendue les plèvres étaient pâles et libres d'adhérences ; aucun liquide dans leur cavité.
Le sommet du poumon gauche présentait extérieurement plusieurs taches ecchymotiques, au-dessous desquelles son tissu était un peu infiltré de sang, mais pas assez cependant pour qu'il ne surnageât lorsqu'on le projetait dans l'eau ; le reste du poumon était crépitant.
La base du poumon droit légèrement engouée offrait aussi, à sa surface, quelques pétéchies. Les lobes moyen et supériem* étaient exsangues. Les bronches n'offraient pas de rougeur morbide ou d'imbibition cadavérique. Les ganglions inter-bronchiques étaient sains.
Le péricarde contenait une petite quantité de sérosité. Sur son feuillet viscéral il y avait des pétéchies. Les cavités droites du cœur contenaient une petite quantité de sang noir, très fluide. La membrane interne du cœur était lisse , sans ecchymoses; les valvules étaient saines j le tissu musculaire assez ferme.
Ahdomeii, Pétéchies disséminées sur le péritoine comme sur les plèvres. Le foie, très volumineux, descendait jusqu'à la fosse iliaque et pesait environ quatre livres et un quart. Son tissu offrait déjà un commencement de putréfaction, et il s'échappa une assez grande quantité de gaz des vaisseaux divisés. Léger emphysème dans les parois de la vésicule du fiel , dont la bile offre ses propriétés physiques ordinaires. La rate, notablement augmentée de volume, pèse lo onces, 3 gros, 48 grains; son tissu d'un rouge assez vif, avec un reflet violacé , se déchirait avec la plus grande facilité. A la section, il s'en échappait une grande quantité de gaz. Au niveau de la partie moyenne dè cet orgahe, près de son bord antérieur, on remarquait une tache jaunâti'e , cernée par une ligne d'un rouge peu foncé; cette tache était une partie de la surface d'un noyau fdirineux, de même couleur, du volume d'une grosse noix , consistant comme la lymphe plastique , ou de la fdjrine. C'était enfin une altération tout-à-fait analogue axxx dépôts fibrineux qu'on observe dans les résorptions purulentes. La membrane fi-
AFFECTrONS GANGR12NEUSFS. l5
breuse de la rate , très ramollie , ne pouvait êlre détachée qu'en petits lambeaux.
A la face interne de l'estomac, on voyait un grand nombre de taches dont la nuance variait depuis le jaune assez vif, jusqu'au noir. Quelques-unes avaient la largeur d'une lentille, et le plus grand nombre celle de la tète d'une épingle. Au centre d'un assez grandnombre de ces taches existait un point grisâtre, gangreneux. Dans l'intervalle de ces taches, la membrane muqueuse ne paraissait pas d'une consistance moindre que dans l'état sain. Les membranes de l'estomac avaient leur épaisseur naturelle.
Le gros intestin et l'intestin grêle, contenaient des matières verdâtres, sans mélange de sang. La membrane muqueuse, d'une bonne consistance , généralement pâle , était ecchymosée en quelques points, surtout dans le cœciim. Le tissu cellulaire sous-péritonéal était rouge et injecté de sang, le long du cœcum et du colon descendant. Les ganglions lymphatiques du mésentère étaient plus volumineux qu'à l'état sain; le tissu de quelques-uns plus consistant que celui de la rate, lui ressemblait d'ailleurs assez bien.
Les reins étaient considérablement augmentés de volume. Le dfoit pesait g onces, 3 gros, Sg grains; le gauche, 9 onces, I gros, i5 grains. Ils avaient à-peu-près 5 pouces et demi de longueur sur 4 de largeur; lisses à leur surface externe, légèrement jaunâtres , leur tissu était très mou, et en quelques points presque aussi crépitant que celui de la rate. Les points décolorés delà substance corticale étaient interrompus, ici, par des ecchymoses assez larges , là par un pointillé pétéchial très fin. Dans l'un des reins, il y avait trois petits noyaux "jatinâtres du volume d'un pois , de même nature que le dépôt fîbrineux de la rate, cernés comme lui par un filet rouge fin et délié, et semblable à ceux qne l'on rencontre quelquefois dans les reins des malades qui ont succombé à la morve aiguë ou à une résorption purulente. L'augmentation de volume de ces organes porte en très grande partie sur la substance corticale , qvii, intérieurement, est, comme à l'extérieur, parsemée de pétéchies noires ou jaunes. Les fîiisceaux des cônes tubuleux sont pâles et comprimés. La face interne des bassinets a un
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aspect noirâtre nt grisâtre; ces couduils contiennent du sang coagulé. Après l'avoir enlevé par le lavage, on trouve la membrane muqueuse du bassinet infiltrée de sang et gangrenée en plusieurs points. Autour du bassinet, le tissu cellulaire est ecchymose; les calices sont rétrécis par suite de l'infiltration sanguine de leurs parois j le tissu cellulaire extra- rénal est imbibé de sang; le commencement de l'uretère offre aussi le même aspect. La vessie , un peu dilatée , contient de l'urine sanguinolente, noirâtre. Les artères et les veines rénales sont d'une couleur violacée.
L'aorte est généralement d'un rouge vermeil ; les troncs qu'elle fournit aux membres supérieurs et inférieurs ont la même coloration. La veine cave et ses branches ont une couleur violacée. L'utérus et ses dépendances sont dans l'état sain.
§ 464. On n'a pas encore examiné, avec assez de soin , l'état des reins chez les enfans atteints d'affections gangréneuses, et en particulier de la gangrène de la bouche et des parties génitales. Toutefois, M. Baron fils, interne des hôpitaux, m'a remis deux reins offrant une inflammation aigué très remarquable et qui provenaient d'une petite fille âgée de 4 ans, et morte d'une aileclion gangréneuse de la bouche. Ces reins, plus volumineux que dans l'état sain, pesaient, réunis, 4 onces 3 gros. La face antérieure du rein gauche présentait un mélange fort bizarre de taches décolorées et de plaques rouges irrégulières, légèrement saillantes , surmontées, dans presque toute leur étendue, de petits points puruleus, autour desquels la rougeur des plaques était plus prononcée. Sur la face postérieure de ce rein, ces plaques rouges, surmontées de points purulens , étaient encore plus saillantes et plus nombreuses. A l'extrémité inférieure du même rein , plusieurs plaques, au lieu d'avoir une teinte rouge vive, comme les autres, avaient une couleur foncée et brunâtre. A la coupe, la substance corticale offrait, comme l'extérieur du rein, des parties hyperémiées et d'autres décolorées; la base des cônes était en général d'un rouge brun. Dans la substance corticale correspondante , on voyait des points purulens, enloiircs d'un cercle rouge, d'oii partaient des strifs d'un rougo fomé qui hq. prolongeaient dans la substance
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tiibuleuse, jusqu'au voisinage des mamelons; cps derniers étaient sains. Le bassinet et les calices étaient légèrement injectés. Dans certains calices , on observait un gros piqueté rouge.
Le rein droit présentait la même altération , et à-peu-près au ' même degré. A l'extrémité inférieure de ce i-ein , il y avait un noyau purulent, solide, d'un blanc gris jaunâtre, cerné par im liséré rouge, et qui ressemblait beaucoup aux abcès métastatiques du poumon et du foie. Ce noyau, qui avait à-peu-près <i lignes de diamètr», avait envahi toute la substance corticale correspondante , et on voyait, dans l'intérieur de la substance tubuleuse, un prolongement effilé , d'un blanc jaune, bordé de rouge. Le bassinet, comme celui du côté opposé, était très légèrement injecté ; les uretères étaient sains.
§ 465. Dans une fièvre éruptive pustuleuse et gangréneuse, la morve aiguë, on trouve quelquefois, chez l'homme, indépendamment des lésions caractéristiques , une néphrite ^ liée évidemment à la cause de l'aHection générale. Dans un cas rapporté par MM. Andral et Becquerel (1) , le rein droit pi'ésentait supérieurement, près de la surface, dans une étendue de 4 lignes de diamètre, une matière jaune, grenue, qui ressemblait un peu à de la matière tuberculeuse; c'était une néphrite purulente partielle et bien limitée : le reste de cet organe était sain. Le rein gauche, à sa partie postérieure , présentait une altération semblable à la précédente , mais dans l'étendue de deux lignes seulement. J'ai vu la même altération des reins chez des chevaux atteints de la morve aiguë.
§ 4^^- Dans l'observation suivante, il s'agit d'un anthrax furonculeux devenu mortel par le développement d'une altération des reins , dont la nature oflre quelque obscurité.
Obs. II. — Anllirax; délire et autres symptômes graves; mort; ultératjoa profobdc des reins et de quelques autres organes ( Ewen. tond. med. Gaz, vol. xu. p. aSi. Extrait).
Geoi'ge G..., âgé de ans, s'était alilé, le 5 mai, à cause d'un anllirax à la fesse gauche. M. Eweu lit une incision cru-
(1) Caz. iiié.l. lie. Paria, t, vrr. [). loî. iSHp.
ir.
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ciale, pfofojide, 8ur la tumeur qui était percée tle plusieurs petites ouvertures , et qui avait l'apparence d'un ciible. La santé du malade n'avait pas été bonne depuis plusieurs semaines , mais G.., n'avait perdu l'appétit que depuis deux jours. La langue était un peu chargée; il avait de la fièvre.
Le 4 mai, la nuit a été agitée. Langue sale, peau chaude, visage un peu rouge, poult plus fréquent , selles foncées et très fétides, obtenues par un purgatif.
A quatre heures de l'après-midi , anxiété , malaise à l'épigastre , dyspnée, tendance à la syncope, visage rouge, peau chaude, pot^ls à 96. Saignée d'environ i4 onces, suivie d'un soulagement marqué ; le sang n'était pas coueuneux.
Le 5, nuit calme .jusqu'à quatre heures du matin, oii G... est très agité , et éprouve le même sentiment de défaillance que la veille} 108 pulsations par minute , langue sèche, brune à sou milieu, blanche vers les bords; point de selles ni d'émission d'urine depuis hier au soir, voinissemens bilieux.
A midi, soulagement marque, dA à des pilules d'opium, de colomel et de camphre.
A quatre heures de i'après -midi , peau très chaude, ian* gnc plus* sèche ; l'eschare de l'anthrax est sèche. Le malade prend un bain tiède et se trouve mal en en sortant; peu après , selle abondante, d'un veit foncé et très fétide, après laquelle il dit être très soulagé. Mêmes pilules; potion saline avec un grain de sulfate de quinine ; eau vineuse et bouillon de bœuf.
Le 6 , bonne nuit ; pouls à 1 1 2 ; langue moins sèche, émission d'environ une pinte et demie d'un* urine cfui donne un dépôt très foncé et grumeleux. L'eschare d« l'anthrax n'a pas de tendance à se séparer ; le soir, un peu de délire , peau plus chaude, langue sèche ; pouls à 120.
Le 7 , à quatre heures du matin, délire violentj pouls à lao. Le malade est mis dans un bain tiède ; on rase la tête et on y dirige un filet d'eau froide.
A dix heures du matin , le malade est calme ; pouls à lao , langue brune et s èche. A quatre heures de l'après-midi , il avait été deux fois à la selle ; les garde-robes étaient plus bilieuses. On continue l'opium et le caloinel ; de l'eau vineuse pour bois son.