EPAISSEUR
pouce.
pouce I ligne.
§ II. La couleur extérieure des reins sains est, en général , rougeâtre. L'exagération de cette teinte est un des caractères de l'hypérémie et quelquefois de l'inflammation ; 1 a décoloration des reins ou leur pâleur, partielle ou générale, caractérise l'anémie qui peut résulter elle-même de conditions morbides dé nature très différente. Entre les coloi'ations morbides propres à l'hypérémie et à l'anémie, on observe des teintes intermédiaires dont le caractèrè normal ou morbide ne peut être décidé qu'en tenant compte des autres conditions physiques des rems. Au reste, les colorations ou les décolorations partielles des reins , avec tuméfaction ou dépression de la substance corticale, ont toujours un caractère moins équivoque que les colorations ronges et que les teintes anémiques générales.
l4 PROLÉGOMÈNES.
Berlin (i) dit que la substance lubulcuse est plus pâle que la substance corticale. J. F. Meckel (2) assure également que la couleur de la substance corticale est ordinairement plus rouge que celle de la substance médullaire. Ferrein (5) dit positivement le contraire.
Quand il s'agit d'rin fait aussi simple que celui des rapports d'intensité de coloration des devix substances des reins, la divergence des opinions des analomistes ne peut être due qu'à un défaut de précision dans les points de coniy)araison. Ainsi , il est vrai que l'exlrémité des mamelons chez l'adulte , que la partie centrale des pyramides de la substance médullaire , surtout chez les fœtus et les nouveaurnés , sont ordinairement plus pâles que la substance corticale; mais la base des mamelons et surtout la ligne qui les cerne, sont en général plus colorées, plus rouges que la substance corticale qui leur est contiguë et dont elles se détachent fortement. Lors donc que, dans les observations particulières, on croit devoir faire mention fet cela est souvent nécessaire) des différences survenues dans la coloration des deux substances dés reins, il faut nécessairement indiquer les p arties de la substance médullaire dont on parle.
§ 12. En examinant attentivement la surface des reins, on distingue une multitude de petits espaces irrégulièrement arrondis , quadrangulaires , pentagones ou hexagones, serrés les uns contre les autres et qui ont environ deux cinquièmes de ligne de diamètre. Ces petits polygones, bornés par des veinules qui envoient des ramifications dans leur intérieur ont une coideur blanche ou grisâtre , plus claire que celle des petits vaisseaux du réseau veineux qui les circonscrit. Le centre de ces petits polygones offre quelquefois un petit point
(1) Berlin, Mémoire pour servir à l'histoire, des reins, p. 83.
(2) Meckel. , Manuel d'Anatomie, trad.par A. J. L.Joui-dau cl J. Bi-csclie t 1. m, p. 551. iu 8. Paris, 1825.
(3) Ferrehi, Sur la structure des viscères, nommés glandtdeux , et particiiliiremeiit sur celle des reins et du Joie). Hist. de l'Acad. des Sciences. 1746. p, 5oo. )
REMARQUES ANATOMIQUES. l5
roïi'^e (G laiidu la de Malpighi), visible à la loupe et même à l'œil uudaus certaines néphrites , et dans des cas d'Lyperlropliie diabétique.
§ lô. Ces petits polygones d'un blanc-grisâtre, d'une demiligne environ , circonscrits par les mailles du réseau veineux , vus à la loupe , ne sont pas tous également saillans à la surface des reins; ils n'ont pas non plus tous une même dimension : de sorte que la surface de ces organes , même à l'état sain , n'est pas parfaitement lisse. A la coupe elle paraît aussi comme légèrement grenue'. Cependant, dans l'état sain, la différence entre les élévations d'un certain nombre de ces petits polygones est si insensible , qu'on doit considérer comme anomale ou morbide toute différence un peu marquée dans la disposition et di'.ns la saillie de ces polygones ; différence qui, pour cire appréciée, exige beaucoup d'attention, et dont l'examen a été complèlcraent négligé des palliologisles et des anatomistes.
Ainsi, dans les néphrites chroniques , on remarque souvent des inégalités, foiunées par de petits groupes de ces éminences devenues plus saillantes, ou bien des dépressions morbides sur lesquelles l'espèce de régularité que le réseau vasculaire offre dans l'état sain a disparu plus ou moins complètement 'et à la loupe on ne distingue que de petits vaisseaux qui n'offrent aucune régularité dans leur arrangement.
§ 14. Le réseau veineux de la surface extérieure du rein est rai-ement injecté d'une manière régulière dans toute son étendue ; mais il est toujours visible à l'œil nu, au moins sur quelques points, hoi's les cas d'anémie très prononcée. Alors la -surface du rein, d'un blanc-jaunâtre, pai-aît dépourvue de vaisseaux; mais ils deviennent apparens par une injection.
Dans les cas d'anémie partielle, en pressant légèrement avecle dos d'un scalpel les points injectés, on rend apparentes les parues du réseau veineux qui n'étaientpointvisibles faute de sang.
L itijection du réseau veineux par une grande quantité de sang, est le phénomène caractéristique de l'hypérémie des reins. Dansl'anémielesvaisseaux sont exsangues ou bien ils ne coulicnneut que du sérum peu ou point coloré.
l6 PROLÉGOMÈNES.
Les petits vaisseaux du réseau veineux extérieur sontordinairemeut plus apparens vers la scissure du rein , à ses extrémités et à sa face postérieure; mais l'apparence d'une plus grande vascularité de la face poslérieui'e des reins ne tient pas à un plus grand développement des vaisseaux ( coinme on peut s'en assurer par les résultats des injections); elle est due à l'inlluence delà pesanteur sur le cours du sang, les cadavres étant placés sur le dos , dans nos amphithéâtres.
Dans les anémies des reins qu'on observe chez les phthisiques , lorsqu'on trouve encore quelques parties du réseau vasculaire injectées, ce sont ordinairement celles de la partie postérieure des reins : les anémies et les hj'-pérémies inflammatoires sont soumises à d'autres règles (voyez : NèphrUes).
§ 15. Il faut rapporter à une disposition anomale ou morbide, les étoiles vasculaires formées par des vaisseaux d'une^lus grande dimension et que l'on observe quelquefois à la surface des reins , surtout chez les vieillards ; et plus souvent encore à la suite des néphrites chroniques, dans tous les âges, même chez les nouveau-nés. Ces étoiles vasculaires ont une véritable analogie avec les petites phlébectasics qu'on voit quelquefois à la peau du nez et des joues j chez les adultes à la suite de la couperose (voyez Altérations des vaisseaux des reins).
§ 16. Sur des reins sains , à l'œil nu, et même à la loupe, on n'aperçoit pas , au centre des petits polygones de la substance corticale, les points rouges des petites gi-appes des extrémités avténelles f glandides de Malpighi) dorft les injections rendent l'existence si évidente ; mais dans une foule de cas , surtout dans les hypérémies, dans la première période de la néphrite albumineuse, dans l'endurcissement rouge de quelques autres néphrites , ces glandulessont très apparentes. On les distingue des pétéchies, qu'on remarque qxielquefoisà la surface des reins , par la régularité de leur situation dans les polygones, et en outi'epar la présence de semblables glandules hypérémiées , dans ]cs stries de la substance corticale.
§ 17. Si les glandules de IMalpighl sont quelquefois hypertrophiées , injectées, eccliyniosées et très visibles à l'œil nu ; si elles sont très apparentes dans le diabète; elles sont au contraire
atrophiées, peu distinctes ou transformées en vésicules danj^ les néphrites chroniques, dans les dégcnéralions enkystées, etc.
§ 18. Plusieurs mois après la naissance, les glandules deMalpighi n'ont que la moitié du volume qu'elles présentent chez l'adulte ; je rappelle ce fait, alîn que le peu de développement naturel des glandules ne soit pas confondu avec leur atrophie jnorbide.
§ 19. La stihstance corticale est moins développée proportionnellement que la substance médullaire chez le fœlus, et comparativement elle l'est moins chez le fœtus que chez l'enfant, et surtout que chez l'adulte. Meckel dit que l'épaisseur de la substance corticale , c'est-à-dire l'espace compris entre la surface des reins et la base des cônes, est environ de deux à trois lignes dans le rein d'un adulte. Voici le résultat de mes observations pour les difTérens âges : chez les nouveau-nés,' l'épaisseur de la substance corticale est à-peu-près la même pour tous les cônes; chez un petit garçon de trois ans, mort de pneumonie, l'épaisseur de la substance corticale mesurée de la base des cônes à l'extérieur du rein , variait entre une ligne i|2 , une ligne 3{4 et 2 lignes; chez un enfant de 4 ans," mort de pneumonie, la substance corticale avait a lignes d'épaisseur; chez un enfant de 2 ans elle était également de 2 lignes ; chez un autre âgé de 2 ans 5 mois, mort de la rougeole et d'une pneumonie, l'épaisseur de la substance corticale variait de i ligne 5j4 à 2 lignes.
Avec l'âge , l'épaisseur de la substance corticale, mesurée de la base des cônes médullaires à l'extérieur du rein, augmente progressivement : mais c'est surtout entre les cônes que s'étend le développement de cette substance , ce qui fait que la surface des reins ne reste plus lobulée et ne présente plus d'enfoncemens. C'est de la même manière que les interstices des lobules des reins des enfans disparaissent quand la substance corticale augmente d'épaisseur par suite d'un développement anomal.
Chez l'homme adulte (i) le résultat d'un grand nombre de
(i) Lorsqu'on veut mesurer l'épaisseur de la substance corticale, il faut
mesures est que l'épaisseur de la substance corticale varie de 2 à 3 lignes. L'augmentation de la proportion de celte substance vient donc surtout du développement de la substance corticale entre les cônes.
§ 20. Il est des cas où la proportion de la substance corticale paraît augmentée, lorsqu'il n'y a réellement qu'un gonflement partiel ou général de cette substance par suite d'une accujnulalion du sang ou d'un liquide séreux dans les vaisseaux , ou d'un liquide ui ineux dans les conduits urinifères. Lorsqu'on n'a pas encore observé cette espèce de gonflement de la substance corticale on peut en acquérir une idée en injectant la veine ou l'artèi-e rénale ou seulement une de leurs principales divisions: pénétrée par cette injection, la substance corticale se gonfle et augmente très sensiblement de volume, sans que les molécules glanduleuses elles-mêmes aient pris plus de développement.
§ 21. Lorsque les reins ont acquis leur entier accroissement, la substance corticale remplissant les espaces compris entre les cônes de la substance médullaire, et envoyant des prolougemens entre les stries de la base des pyramides , tout changement un peu notable par hypertrophie , atrophie , injection sanguine, etc., delà substance corticale, entraîne inévitablement des déformations plus ou moins considérables de la substance tubuleuse, au moins dans un ou plusieurs cônes.
§ 22. A la coupe, l'aspect de la substance corticale n'est pas complètement uniforme : entre les cônes elle paraît grenue ; à leur base elle est disposée en stries. Cette apparence striée est beaucoup plus marquée dans les espaces compris entre les bases des cônes de la substance tubuleuse et la surface extérieure du rein , que dans les prolongemens de cette même substance entre les mêmes cônes.
Dans les reins fort injectés de sang, le pointillé rouge est toujours beaucoup plus évident sur ces stries corticales. Il en
avoir soin d'inciser les câncs dans la direction de leur .ixc; une conpe oblique ou en biseau ferait paraître l'épaisseur de la substance corticale plus considérable qu'elle nel'est réellement.
IIEM ARQUES ANATOIVIIQUES. IQ
est de même des vésicules, des kystes, des granulations de Bright, des stries purulentes, etc., qui sont toujours plus apparentes dans les stries corticales de la base des cônes que dans la substance qui les unit les uns aux autres.
Ç) 23, Plus les couches de la substnnce corticale sont superficielles, plus elles sont vasculaires , et plus souvent aussi elles offrent des altérations.
§ 24- La subslance médullaire , enfermée dans la corticale cliez l'adulte , se compose de corps coniques ou pyramidaux {pyramides de Malpighi) qui ont la base tournée en dehors et dont le sommet émoussé, dii'igé en dedans (papilles rénales), est embrassé par les calices.
Le sommet des papilles rénales présente ordinairement im^nfoncemeut, et il offre un nombre plus ou moins considérable de petites ouvertiires, arrondies, visibles à l'œil nu. Chez les nouveau-nés les papilles ou mamelons sont d'un roxige plus vif et font proportionnellement plus de saillie dans les calices que chez les adultes elles vieillards.
L'affaissement des mamelons est souvent la suite de l'accumulation d'une matière étrangère dans les calices correspondans ou dans le bassinet.
Les papilles pourvues d'une dépression ne présentent d'ouvertures que dans cette fossette, tandis que celles qui se terminent en pointe ont les ouvertures des conduits urinifères disposées autour de leur sommet.
La substance médullaire est composée de vaisseaux sanguins cl principalement de conduits urinifères droits, avec lesquels commxmiquentles conduits urinifères des papilles.
Lorsqu'on compritne les mamelons, chez les nouveau-Tiés, on en exprime une urine trouble, quelquefois avec des sables , visibles dans les tiihuli, et qui sont tellement fins qu'on ne les sent pas entre les doigts. Ces stries sablonneuses des mamelons sont beaucoup plus rares chez l'adulte et le vieillard.
§ 25. La substance médullaire est beaucoup pUis rarement qi\e la substance corticale le siège d'altérations primitives ; mais les altérations de'ccttc dernière substance déforment souvent les pyramides voisines. Ainsi, les stries des luhuli sont écartées
et renversées comme les épis d'une gerbo de blé , par suite du gonflement des prolongemens de la substance corticale, laquelle pénètre dans leur base; en même temps, la portion voisine des papilles devient plus compacte et plus lisse à la coupe.
De même encore , si la substance corticale placée entre les mamelons se tuméfie accidentellement, elle comprime les cônes, et leur déformation peut faire soupçonner et quelquefois faire reconnaître une hypertrophie ou un gonflement partiel, sans hypérémie , de cette portion de la substance corticale.
§ 26. La substance médullaire pi'ésente bien plus rarement que la substance corticale des traces d'inflammation. Cette dernière offre aussi bien plus fréquemment des kystes et d'autres dégénérescences ; les corps cartilagineux , seuls , sont plus fréquens dans les tiiluli que dans la substance corticale.
§ 27. Xa consistance des reins ou le degré de coliésion de leurs molécules est considérable ; suivant J. F. Meckel , les reins ont une consistance bien supérieure à celle des autres glandes : ils sont plus fermes,'plus solides et moins faciles à déchirer.
Bichat dit que, chez les vieillards, les reins ont perdu la fermeté qu'ils présentaient dans l'âge viril ; qu'ils sont ordinairement mous et flasques; que le tissu cellulaire qui les entoure est dépouillé de graisse. A cet égard, mes observations ne s'accordent pas avec celles de ce célèbre anatomiste. Les reins des vieillards offrent souvent, au contraire, des dépressions , des endurcissemens morbides et d'autres effets des néphrites chroniques. J'ai assez rarement observé la flaccidité et la mollesse de leur tissu lorsqu'ils n'avaient point encore éprouvé un commencement de putréfaction.
§ 28. Dans l'élat normal , la consistance delà substance corticale est beaucoup moindre que celle de la substance tubuleuse ; celle de la substance coi ticale n'est pas beaucoup plus considérable que celle du foie.
§. 29. La diminution de la consistance des reins ou leur ramollissemeni peut être le résultat de leur inflammation, de l'infillration du sang , du sérum ou du pus liquide dans un ou plusieurs points de ces organes. Le ramollissement est aussi
un des principaux phénomènes de la putréfaction des reins j enfin il est des cas où cet état paraît constituer une altération morbide particulière , distincte des précédentes et de la gangrène , mais dont la nature n'est pas bien connue.
§ 3o. La consistance de la substance corticale ou au moins sa résistance à la pression du doigt, est augmentée par une injection anatomique. Dans une espèce d'endurcissement rouge le rein devient plus cassant.
On peut simuler cet état pathologique en injectant du sang liquide dans les vaisseaux du rein.
§ 3i. Lorsqu'on injecte, même avec de l'eau, la veine ou l'artère d'un rein , il se gonfle, devient plus dur, plus ferme, et plus cassant. Un endarcissement analogue s'observe quelquefois dans la néphrite et dans certains cas d'hypérémie très prononcés.
Sans présenter un ramollissement ou un endurcissement général ou partiel, très marqué, les reins offrent dans une foule de maladies des cliangemens de consistance qui seront ultérieurement indiqués.
§ 32. Le tissu du rein est peu extensible. Toute traction un peu considérable exercée sur cet organe le divise inévitablement : aussi , dans les chutes et les grandes commotions du corps, cet organe se déchire-t-il et quelquefois dans différentes directions.
§ 33, Lorsqu'on déchire la substance corticale pour la détacher de la tubuleuse, la déchirure suit la direction des stries corticales et des tubuli. Je n'ai jamais pu décoiffer les bases des cônes, comme Bertin dit l'avoir fait, (i)
§ 34. Lorsque le rein est soumis à une pression lente et graduée de dedans en dehors , il est susceptible d'éprouver une
(i)'< Je déchirai plasicurs morceaux de la substance corticale, et, à force de déchirer.j'enlevai une grande portion de cette substauce de dessusles bases des corps pyramidaux. La substance corticale s'enlevait de dessus la base de chaque corps pyramidal, à-peu-près comme nous voyons les épiphyses quitter les extrémités des os, de sorte que la substance corticale faisait aataut de calottes qu'il y avait de corps pyramidaux. » (Bertin, ouvrage cité.)
22 PROLKGOMIiNES.
dilatation et un allongement plus ou moins considérables j mais cet allongement, dans un certain nombre de cas, est plutôt apparent que réel. Souvent, en effet, dans les cas de distension des bassinets et des calices , la poche formée par ces conduils dilatés et par la substance rénale qui les recouvre, doit en grande partie ses dimensions à l'affaissement et à l'atrophie des substances luljuleuse et corticale. Il arrive aussi quelquefois que les cônes atrophiés se séparent , s'isolent, et paraissent disséminés sur les énormes poches formées par la dilatation des calices et du bassinet. (Voyez Pyélile et Hydro-iièjihrose.)
§ a S A membrane 'fibreuse tZes reins, chez les nouveau— nés est très fine et transparente, presque comme le péritoine j elle s'enlève facilement partout, excepté dans les points correspondans aux vaisseaux qui pénètrent entre les lobules, et sans qu'il en résulte de déchirures de la substance corticale. Dans l'enfance et l'âge adulte, cette membrane peut aussi être facilement détachée, à l'aide d'une légère traction, delà surface du rein, sans que la substance de cet organe ou cette membrane elle-même soit déchirée,. Mais à tout âge , dans les néphrites , et surtout dans les néphrites anciennes, avec ou sans dépôt de lymphe plastique, l'adhérence de la membrane fibreuse à la substance corticale devient telle qu'il est souvent impossible de détacher celte membrane sans opérer de déchirur-e.
La diminution de l'adhérence de cette enveloppe est le plus souvent le résultat de la putréfaction; son décollement peut être, produit par des infilti'ations de gaz, de fluides séreux, sanguins ou purulens dans la couche cellulevise, sous-fibreuse.
La membrane fibreuse des reins est susceptible d'éprouver lin grand nombre d'altérations qui seront ultérifeurement décrites (Voyez Pèri-nèphrile, Ossification accidentelle, etc.). Je me borne à remarquer ici que l'épaississement et la transformation cartilagineuse de cette membrane sont, non l'effet de l'âge , mais bien celui d'inflammations antérieures qui ont amené des dépôts de lymphe plastique et de sels sur une de ses faces ou dans son tissu.
% 36. La membrane fibreuse des reins leur est uuieà l'aide
hemarqujîs an atomiques. 2 3
d'un lissu cellulaire fui et lamelleux, très apparent dans certains cas, niais toujours assez distinct pour que j'aie cru devoir le désigner depuis long-temps sous le nom de membrane cellii~ leuse propre des reins (i). Cette couche fine et déliée de tissu cellulaire se confond entre les lobes avec les prolongemens celluieux qui forment une sorte de gaîne aux principales divisions de la veine et de l'artère rénales. Cette gaîne celluleuse est plus apparente dans les reins des nouveau-nés et surtout dans ce;ix des vieillards , que dans les re ns d'adultes.
Entre les lobules et à leur base les vaisseaux ne sont point en contact immédiat avec le tissu des reins.
§ 37. La couche celluleuse sous-fibreuse peut être le siège de dépôts purulens et d'hémorrhagies. Elle acquiert quelquefois une épaisseur très considérable sur un point ou tout autour du rein. (Voyez PyèLite.)
Dans les prolongemens celluieux qui accompagnent les vaisseaux, il se forme quelquefois des kystes qui, par leur siège leurs rapports, et plusieurs autres circonstances de leur développement , sont bien distincts des vésicules ou des kystes" de la substance corticale.
§ 33. Les reins, enveloppés de leur membrane fibreuse, sont entourés par un tissu cellulaire très lâche, presque toujours chargé d'une graisse abondante et qu'on nomme membrane ou capsule adipeuse.
§ 89. La graisse autour des reins n'est pas dans la même proportion à tous les âges. Chez le fœtus, dans les derniers mois de la grossesse , la face postérieure du rein repose sur une légère couche de graisse grenue. La quantité de la graisse augmente dans l'enfant et dans l'adulte : la plupart des anatomisles ajoutent qu'elle diminue dans le vieillard, et cependant mes observations m'ont donné un résultat contraire.
(t)Bicl!at n'admettait point l'existennede cette couclie celluleuse : «La dis» section la plus soignée ne démontre point de tissu cellulaire au-dessous de la membrane fibreuse, en sorte qu'elle paraît adhérer à la substance du rem par des filamens d'une délicatesse extrême qui se déta client de la surface interne. (Bichat, Traité d'anato.mie descriplive,i.y. p. i3o.) J. F. Mcckel et M. Cruveilhier n'ea font pas non plus mention.
Le dépôt de la graisse autour des reins coïncide très fréquemment, non-seulement avec leur atrophie sénile , mais encore avec celle qui est le résultat d'un arrêt de développement, de la présence d'un calcul, etc.
On a dit aussi qu'il existait une moindre quantité de graisse autour du rein droit que du rein gauche; mais je n'ai jamais pu découvrir cette différence dans le développement de la couche adipeuse, lorsque les deux reins étaient sains.
Chez les phthisiques^ dans la cachexie cancéreuse, dans toutes les maladies enfin qui amènent un amaigrissement considérable , la graisse disparaît de la couche celluleuse des reins comme de toutes les autres parties du corps j dans l'obésité, au contraire , les reins sont comme enfouis dans une coque graisseuse.
Indépendamment de ces causes générales , certaines lésions locales favorisent le dépôt ou la résorption de la graisse.
§ 40. Dans les maladies des reins , les artères rénales n'éprouvent que très rarement des altéralious. Dans l'âge adulte le tissu cellulaire qui accompagne leurs principales divisions, les unit intimement aux cônes. Chez les vieillards cette union est plus lâche : à la coupe le tissu rénal s'affaisse; les extrémités des vaisseaxix artériels coupés font une légère saillie comme les vaisseaux utérins après la section de la matricq d'une vieille femme. Parmi ces vaisseaux , ceux qui ne sont pas très nettement coupés représentent des tuyaux formés de petites couches pellicvilaires. Les principales branches artérielles offrent quelquefois alors des espèces de rides.
Après la mort les artères rénales sont presque toxijours vides de sang.
§ 4i. Les veines rénales sont bien plus souvent malades que les artères. Elles prennent-part aux inflammations des reins, à celles de la veine- cave inférieure , surtoiit à celles des veines ovariques. Dans diverses espèces de néphrites, leurs ramifications contiennent quelquefois des conci^élions fibrineuses qui peuvent les obstruer complètement.
Dans l'élude des colorations morbides des reins, il faut tepir compte de la quantité de sang contenu dans les veines.
§ 42, Les ganglions et les vaisseaux lymphaUqnes des reins participent presque toujours aux dégénéralions tuberculeuse, cancéreuse et mélanique de ces organes^ lorsqu'elles sont considérables. J'ignore si, dans les inflammations des reins, les vaisseaux lymphatiques de ces organes y prennent quelque part. Je ne les ai jamais vus pleins de pus. Au reste il est difficile d'étudier leurs autres altérations; car ces vaisseaux perdraient probablement leurs apparences pathologiques par l'injection.
Quanta la macération et à la putréfaction indiquées par Bertin (i) comme un moyen de rendre ces vaisseaux plus apparens , j'y ai eu recours sans succès. On a pu prendre pour des vaisseaux lymphatiques distendus par un gaz , les traînées sinueuses de l'emphysème cadavérique du tissu cellulaire sous-fibreux ou des veinules.
§ 43. Dans des cas de néphrite et de dégénération cancéreuse ou tuberculeuse des reins, j'ai examiné plusieurs fois avec soin les filets iierveux provenant du plexus rénal, sans pouvoir découvrir d'altération dans leur conformation ou leur structure. Comme tous les autres tissus élémentaires du rein, ils m'ont paru hypertrophiés dans le diabètes sucré. Pour juger sûrement du volume relatif des nerfs rénaux dans cette maladie, j'ai toujours eu soin de les comparer avec les nerfs rénaux d'un individu du même sexe et du même âge, et mort d'une autre affection.
§ 44. Les conduits nrinifères de la suhstance corticalene sont visibles ni à l'œil nu, ni à la loupe, dans un rein sain. De petites
(i)«La précaution qui m'a. le mieux réussi pour apercevoir le grand nombre de vaisseaux lymphatiques des reins et des autres viscères, est de n'ouvrir le rentre que lorsque le cadavre a acquis un certain degré de pourriture, tel qu'il est quand il paraît comme souffle ; alors si on l'ouvre , on verra sans aucune préparation les vaisseaux lymphatiques beaucoup mieux que si on soufflait les artères et même mieux que si on y injectait de leau ou quelque liqueur colorée. A mesure que le cadavre îipproclie delà putréfaction, les cellules se distendent par l'air qui , en même temps, distend aussi les vaisseaux lymphatiques. » (Bertin, Oiivr. cité. )
a6 PROLÉGOMÈNES.
Iraîac'cs de pus ou de sable les rendent quelquefois apparens. Plus fréquens dans les conduits des mamelons de la suhslance iiihuleiise , sui'tout clicz les nouveau-nés, les dépôts de sels eX d'acide urique ne sont cependant pas aussi communs que Berlin (t) semble le dire.
Je rapporterai quelques faits qui prouvent que ces petits conduits peuvent, comme ceux d'un plus grand calibre, se rétrécir, s'oblitérer, et offrir, au-dessus de l'obstacle, des dilatations en forme de vésicules ou de kystes.
§ 45. Les reins, àl'état de santé, montrent peu ou point de sensibilité, même à une forte pression sur les régions lombaires, et en particulier au dessous de la dernière fausse côte, là o\\ leur extrémité inférieure n'est séparée de la peau que par le muscle carré des lombes.
Sur un grand nombre de chiens auxquels le docteur Corahaii'2('.!) a fait l'extraction du rein, il a observé que ses doigts, introduits dans l'abdomen et promenés sur la surface de cette glande, ne produisaient aucune douleur quoiqu'il la maniât rudement. Après avoir tiré le rein hors du ventre , détaché son tissu adipeux et enlevé sa tunicfue propre, je pouvais, dit-il , le pincer, le couper, le broyer, sans que ces animaux donnassent de marques de souffrances. Ils n'en témoignaient pas plus lorsque je faisais sur les reins à nu une application de caustiques vai'iés , comme l'acide nitrique , sulfurique , hydrochloriquc, le feu , etc.
J'ai répété moi-même ces expériences, et j'ai obtenu absolument les mêmes résultats que M. Comhaire, soit en pratiquant sur des lapins l'ablation des reins, soit en liant leurs vaisseaux pour déterminer la gangrène de ces organes. M. le docteur Désir, témoin de mes expériences, les a répétées, et l'insensi-
(1) « Celte structure des reins nous fait comprendre, pourquoi sur vingt u reins W est difficile d'en tronver qn.ntre où l'on n'aperçoive des grains de ce sable ou quelque concrétion gmveleuse; on le trouve formé seulement dans «le corps de la papille, tandis qu'on n'en observe point dans toute l'étcn- «diie dé la substance dos luyaus urinairesé » ( Berlin, ouvrage cité.)
(2) Comhaire, Diss, sur l'extirpation des reins, )n-4, PSris, i8o3.
eema:iiqtjes an atomiques. 27
bilité des reins, cliez ces animaux, a toujours été manifeste.
§4fi. Ce peu de sensibilité du rein explique comment un si grand nombre de néphrites restent latentes pendant la vie, comment d'autres ne s'annoncent que par une douleur locale, sourde et obscure, qui u'cst souvent dccélée que par la pressiou.
Il résulte, en outre, de ces expériences, qu'une sensation douloureuse , même légère dans la région des reins, spontanée ou provoquée parla pression, doitêtre prise eu grande considération par le médecin.
§ 4>- Une légère incision , une simple piqûre, pratiquée à la surface des i-eins d'un lapin, produit un écoulement de sang considérable ; de même chez l'homme de légères blessures, des décliirures des reins, ont donné lieu à des liémorrhagies abondantes.
§ 4'^- M. Comhaire , après avoir opéré sur plusieurs chiens la sortie du rein qui ne tenait plus qu'à ses vaisseaux , a lie l'uretère seul et bien séparé de toute autre partie : et jamais il n'a remarqué de signes de douleurs. La ligature appliquée aux veines a produit des douleurs obscures ; celle de l'artère a presque toujours arraché des cris aux animaux; et jamais , pour ainsi dire, il n'a lié le paquet vascuiaire entier sans qu'ils ne donnassent les preuves d'une sensibilité très vive. Je n'ai pas obtenu lout-à-faitles mêmes résultats sur les lapins, qui sont moins sensibles et moins vigoureux que les chiens. Après l'excision delà peau et des muscles de la région lombaire , ces animaux ont poussé des cris aigus lors de l'introduction du doigt dans le fond de la plaie, et pendant les tractions nécessaires pour amener le rein au dehors. L'extraction opérée, même avec une partie de l'intestin , les cris ont cessé, et ils ne se sont pas renouvelés lors de l'application de la ligature qui embrassait àla-fois la veine, l'artère rénale et l'uretère.
§ 49. Il y a des rapports trop éloignés entre mes études sur les maladies des reins de l'homme et les travaux deYVeber(i),
(i) Wcbcr, Strucliue des reins de quelques oiseaux (^ÎQVixn, complément» des Se. médicales, vol. xxix. p. 33o ).
28 PBOLÉGOMÈNES.
deMuUer (i), de Jacobson(2), deLéonDufour(3),deStraus Du rekheim (4) sur lesmodificaliousque les reinsprésenlent, relativement à leur conformation et à leur structure, dans les animaux des ordres inférieurs aux mammifères, pour espérer trouver dans ces savantes recherches quelque lumière sur le mode de production des altérations des reins ou de la sécrétion ' urinaire. Toutefois ces recherches , rapprochées les unes des autres , prouvent incontestablement, que la sécrétion urinaire peut s'opérer à l'aide d'organes en apparence fort différens; et ce fait rend plus compréhensible la continuation de la sécrétion de l'urine dans des reins dont la structure normale a été profondément altérée. (Voyez : Hydro-nèphrose , Pi/élite. )
§ 5o. L'élude comparative des maladies des reins de l'homme et de plusieurs espèces d'animaux, du bœuf, du mouton, du cochon, du cheval, etc., promettait davantage à la pathologie j aussi m'a-t-elle fourni quelques remarques intéressantes soit sur la fréquence relative de quelques altérations dans certaines espèces , soit sur leurs causes et leur mode de développement j résultais dus en grande partie à mes propres recherches, f Yoyez : Kystes, Acèphalocysies, etc.)
Altérations cadavériques des reins.
§ 5 1 . Une connaissance précise des allé rations cadavériques des X'eins est d'autant plus nécessaire au pathologiste, que plusieurs de ces altérations ont été faussement indiquées comme des états morbides. Je me bornerai ici à exposer d'une manière générale les phénomènes cadavériques les plus ordinaires dans les reins; quant aux phénomènes particuliers de putréfaction que présentent ces organes dans diverses maladies, ce travail ap-
(1) Mullcr, Sur les faux reins des embryons des batraciens. (But. des Se. méd. de Férussac. t. xxii. p. 332.)
(2) Jacobson, Des reins des mollusques. ( Bul. des Se. méd. de Férassac, t. xxvr. p. 332.)
(3) Jjéon Duhm , Redierches sur les hémiptères, ia-l^, Paris, i833.
(4) Straus Durckheim, Considérations générales sur l'anatomie comparée des animaux articulés, in-li, Paris, 1S2S. £g. p. 2.19.