‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource] (volume 3)Chapitre 5 sur 81 · DE LA SÉCRÉTION URIISAIRE · texte numérisé non relu

DE LA SÉCRÉTION URIISAIRE

§ r. J'exposerai brièvement, dans ces prolégomènes, quelques remarques sur l'anatomie des reins et sur les principaux phénomènes de leur altération cadavérique.

Je traiterai ensuite des maladies des reins, en général; de leur nombre, de leur fréquence, de leurs causes et de leur diagnostic ; enfin j'indiquerai la marche à suivre daifs leur étude, et l'ordre dans lequel je me propose de les décrire.

Je terminerai ces observations préliminaires par une indication sommaire des altérations de l'tirine dans les affections générales, dans les maladies des voies urinaires, et dans les maladies des avilres appareils.

Remarques anaiomiques sur les reins.

§ 2. En commençant des recherches spéciales sur les maladies des reins, j'ai eu pour première nécessité à déterminer avec précision les conditions normales de ces organes ; étude préliminaiie aussi variée qu'étendue, puisqu'elle embrasse la connaissance de tous les faits relatifs à leur conformation, à leur structure et à leurs fonctions.

2 PilOLÉGOMÈNES.

3. On trouve, il est vrai, dans les traités d'analomie descriptive un exposéj succinct et en général fort exact, de la conformation et de la slruclure des reins de l'homme. Une connaissance plus étendue el plus complète des tissus élémentaires de ces organes , de leurs rapports et de leur arrangement peut êti'e acquise par l'élude des travaux d'Euslachi (i) , de Loesel (2) , de Malpiglii (5) , de Bellini (4), et par celle des reclierches plus récentes de Berlin (5), de Ferrein (6), de J. F. JDiroysen (7), de Schumlansky (8), de Walter (9), d'Eysenhardt (10), deHusclike(i i), d'Arnold(] 2). Cependant , malgré l'étendue et la précision de ces nombreuses recliercbes, ilrestait

(1) Euslaclii (Barlholoin.) , Tiactalio de reiiibus el primo de eoruni stnicturâ. (Opuscula anatoinicii. yenelus, i563).

(2) Loesel (J), iScra/mm/;î ranruïi. Konigsberg, 1642 iii-4o. ibid. i645in-4o.

(3) Malpighi (M), De re;iif.us{ï)G fisccrumslructnrû esercit. nnatomica. Londres, iôSq. in-40)

(4) Bellini, iJe structura et usu //om in-4o Liigcl. Batav. 1726. L'auteur a figure les reins du mouton et du cerf.

(5) Bcrtiu, Mêiiioire pour servir al'liislnire des reins (Mémoires de l'Académie des Sciences de Piiris^ ■74'*)-

(6) Ferrein {K),Sur la structure des viscères nommés glanduleux et particulièrement sur celle des reins cl du foie. — Mémoires de l'Académie des Sciences de Paris, J7G9, p. 709.

(7) Droysen(J. F.) , De rerùlus et capsulis renalibus. Gœttingue, 1752.

(S) Schumlansky, iPi? structura reiiuin,\n-c,o, Argcntorati>i-SS;avcc trois figures, dont line indique les rapports des substances corticale et médullaire , une autre , la disposition des veines superficielles, une troisième , celle de» condu'.ts urinifères et des vaisseaux qui les accompagnent.

(9) Walter, Tahulœ nermrum thoracis et ahdominis , Bcrolini, 1783. Deux magnifiques plancbes représentant les nerfs des reins deriîommc.

(10) 'Evsmharô.l'fie structura renum, Berolini. 1S18, in-40; — Observations microscopiques. J. M. Mappcs a donné ua extrait des reclicrclics d'Eysenhardtdans le Journ. compl.ùes scien. méd., tom xrr,p. 224: Quelques considérations sur la structure du rein et du Joie.

(11) Husclike, Sur la texture des reins (Isjs, t. xjci, cali. ;>. et 0. 182S, p. 5Co — et Bulletin des Se, méd. de Férussac, t. xv. p. 227 ).

(12) Arnold (Fréd. ), Quelques découvertes sur di/J'érens points d'Aitato-. tnie.{ Journ. Hebdomadaire de méd. et de cliir., 2° série, t. v. p. 4'' )

à fixer un certain nombre de points relatifs aux conditions normales des reins, dans les diflerens âges. Ainsi, pour citer un exemple deces faits dontrétude, de peu d'intérêt dans des livres purement descriptifs , a dû être négligée par les auatomistcs, et dont la connaissance est cependant d'une assez grande importance dans l'examen de plusieurs questions pathologiques , comment, sans une détermination , au moins approximative, du poids et du volume des reins de l'homme et de la femme aux dili'érens âges ; comment, sans des données positives sur la proportion naturelle de leurs deux substances , serait-il possible de reconnaître et de caractériser plusieurs cas d'hypertrophie ou d'atrophie, générale ou partielle , d'une ou des deux substances des peins?

Les questions relatives à l'anémie et à l'hypérémie , à l'endurcissement et auramoUisscîucnt des reins , etc. , demandaient aussi, pour leur examen, une étude particulière delà couleur et de la consistance de ces organes. Ajouterai-je enfin qu'ime détermination rigoureuse de la forme , de la structure et des propriétés physiques des reins , à l'état normal , éiait nécessaire non-seulement pour poser la limite, souvent obscure j entre l'état sain et les états pathologiques, mais encore pour distinguer de quelques effets de la piitréfaction des reins, après la mort, les ti-aces et les empreintes des maladies. ^

§ 4- Dans leurs poids^ les reins offrent, suivant J. F, Meckel, des différences individuelles qui paraissent être en rapport avec le volume et la masse des autres organes sécréteurs 3 mais ce savant analomiste ne donne aucuns détails à cet égard. Trop occupé moi-même de l'examen de questions plus importantes, je n'ai pas pesé comparativement les reins, le foie, les testicules , le pancréas , les glandes salivaires , etc. Ce qui est certain , c'est que le développement du foie et celui des reins ont lieu d'après des.lois très différentes. Chez le fœtus, le foie est proportionnellement beaucoup plus développé que les reins ; et ceux-ci, dans les deux premiers mois après la naissance, offrent un progrès d'accroissement qu'on ne remarque pas dans le foie.

4 PllOLÉGOMÈNES.

§ 5. Les anciens (i) et plusieurs anatomistes célèbres (q) ont annoncé que le rein droit était toujours plus gros que celui du côté gauche. J. F. Meckel dit que, généralement parlant, les deux reins sont égaux en volume, et que le côté du corps n'a aucune influence sur les différences extrêmement fréquentes qu'ils présentent.

Mes observations, faites sur un grand nombre de sujets, établissent, contradictoirement à l'opinion des anciens et à celle de J. F. Meckel, que le rein gauche est généralement plus volumineux et plus pesant que le droit. Toutes les fois que l'on trouve le rein droit plus pesant ou du même poids que le gauche , il y a lieu de penser qu'il est survenu quelque élat pathologique de l'un ou de l'autre rein , ou qu'une disposition anomale primitive a changé le rapport d'inégalité que l'on observe ordinairement dans le poids de ces deux organes.

§ 6. Toute simple qu'elle est , la question du poids des reins a été évidemment mal examinée par Haller (3), qui a donné des évaluations faites indistinctement 4'après des reins sains et des reins malades. Suivant ce célèbre physiologiste , le poids des reins peut être de quatre onces ( Laurenberg ) , de cinq onces, de six onces (Clieselden), et même d'une livre ( Heuerman. )

§ 7. Les tables suivantes T ab. i, 11,111; donnent une idée du poids des reins, aux différens âges, plus complète et plus exacte qu.e l'indication générale des anatomistes modernes qui , avec J, F. Meckel, se bornent à dire que le poids des reins d'un homme adulte est de trois à quatre onces.

(1) Piufa , Be vescùe renumque moibis. Paris, iu-8°, i554 1 l'I"- n p. 62. Eustachi a figuré des cas dans lesqncls tantôt le rciu droit, tantôt le rein gauche était plus volumineux que celui du cùté opposé. (Bern. Sicgef. Albini ExpUcatio tahtdanim analomicamm, Bartbol. Eustachi ,jn-fol. Lcida% 1761 : Tab.iii. fig. I. ren dextcr major quam sinister — tig. 3. et .'|. ren sinistcr major quam dcxter ). \

(2) Meckel (J. F.) , Manuel d'anatomic générale et descriptive, ia-S", Paris, 1825, t. III. p. 553.

(3) Haller, Elementa pfysiolngiw, m-.;», Lugd. Bat. 1765. t. vu. pag. 24C.

§ 8. Avant de peser les reins , je les ai dépouillés de leur membrane et j'ai coupé l'urelère et les vaisseaux le plus près possible de la scissure, j Le poids des reins des nouveau-nés a élé indiqué en grains : celui des reius des adultes et des vieillards n'a pas été pris d'une manière aussi rigoureuse; je n'ai pas tenu compte des diflerences en grains , qui eiissent élé difficilement appréciables avec des balances ordinaires.

§ 9. Il est résulté de cet examen :

1° Que les reins d'un même âge n'ont jamais lùgoureusement le même poids j

20 Que, chez les nouveau-nés, le développement des reins , quoique progressif, offre de telles différences individuelles , que, dans im cas, le poids des reins d'un enfant de 17 jours était notablement moindre que celui des reiris d'un enfant de deux jours;

3° Que, dans l'enfance , l'âge adulte, l'âge viril, on remarque également des différences assez fortes entre le poids des reins d'un même âge; ce qui fait que la détermination de l'atrophie ou de l'hypertrophie générale des reins n'est réellement possible que dans les cas où il y a une différence très notable dans le poids ou le volume de ces organes. Quant aux cas dans lesquels ces différences sont légères , ils seront toujours inévitablement confondus avec l'état normal ;

4° Que les reins des femmes , surtout dans la vieillesse , sont moins pesans que ceux de l'homme ;

0° Que le rein gauche est généralement plus pesaut que le rein droit , à tous les âggs , depuis la naissance ;

6° Que , dans la vieillesse , les reins sont généralement aussi pesans que dans l'âge viril ;

7° Que des reins d'adultes ou de vieillards qui n'offraient aucune altération notable de structure , ont présenté , dans leur poids, des différences telles, de ti'ois onces, par exemple, qu'elles doivent être regardées comme des dispositions morbides ou anomales (atrophie et hypertrophie congénitales ou accidentelles ).

J'ai en outre constaté que le poids des reins n'était pas

toujours en rapporlavec leurvolume (Tab. v,^^,vIr, viii); leur inégale densité, leur mollesse ou leur endurcissement explique ces différfinces observées dans leur pesanteur spécifique.

L'état de vacuité ou de plénitude des vaisseaux des reins influe beaucoup aussi sur le poids et le volume de ces organes, lors même que le nombre de leurs molécules glanduleuses ne change pas. Ainsi le rein d'un enfant qui pesait une once six gros et demi, pesait deux onces deux gros et demi, après avoir été injecté avec du sang. J'ai aussi plusieurs fois constaté que des reins exposés à l'air , pesés à différentes heures , perdaient sensiblement de leur poids et de leur volume, et d'autant plus rapidement , que la température était plus sèche et plus élevée.

Lorsqix'une disproportion très notable des deux reins, chez un individu , existe de telle manière q\ie leur poids total correspond cependant au poids de deux reins, du même âge , cette hypertropliie de l'un , et cette atrophie de l'autre , ne sont eu dei'nière analyse qu'un état normal dans lequel la substance rénale est inégalement répartie entre les deux reins ; disposition qui n'a pas d'influence sur la quantité de la sécrétion urinaire. Il en est de même des cas dans lesquels un des reins manque , si l'autre a un volume double du volume ordinaire. Tel était le cas d'vm enfant de sept jours (Tableau I), qui n'avait pas de rein gauche, et dont le rein droit avait le double du poids d'un rein de cet âge. Pour que l'hypertrophie rénale soit considérée comme morbide , il faut que les poids réuTiis des deux reins surpassent notablement celui de deux reins du même âge.

On a dit que les reins des habitans des pays froids et humides étaient généralement plus volumineux et plus pesans que ceux des pays chauds : si ce fait est vrai, il a été plutôt entrevu que démontré par des calculs positifs.

TAB. 3. Poids des reins (enfans nouveau-nés des deux-Sexes.)

AGES

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