ET MALADIES DK LA PEAU
voies iirinairesj les accidens augmenlèrent de nouveau d'intensilé et délcrminèrent de grandes souffrances. L'urine était toul-à-fait brune et fétide : quand on la laissait reposer pendant quelque temps dans un verre, il s'y formait un dépôt qui occupait presque le tiers de la hauteur du liquide ; ce dépôt était formé par une matière visqueuse semblable à de la bile; il n'élait pas rare d'y remarquer du sang.
La douleur du bas-ventre augmenta, surtout dans la région des reins et delà vessie j l'amaigrissement fît des progrès, de telle sorte qu'en 8 jours de temps le malade ressembla parfaitement à uu squelette couvert avec de la peaii. Il étail évident qu'une maladie des reins ou de la vessie , sinon de ces deux organes, allait mettre fin aux jours du malade. Il mourut après trois semaines d'une consomption purulente , qui avait son siège dans les voies urinaires.
Autopsie. Le ventre fortement revenu sur lui-même ne contenait, dans sa cavité , ni sérosité , ni autre liquide ; on ne voyait presque pas de graisse dans l'épiploon. L'intestin grêle et surtout le commencement du gros intestin étaient rouges à l'extérieur , et leur membrane interne était couverte d'ulcéralions(i) ; le rectum et le colon descendant étaient remplis de matières fécales dures comme de la pierre. L'iatestin en entier fut écarté , et à mon grand étonnement j'aperçus les reins , tous deux d'une énorme grosseur , mais très différens l'un de l'autre. Le droit était, sinon quatre fois, au moins trois fois plus gros qu'à l'ordinaire ; la graisse qui entoure habituellement les reins avait disparu complètement; la couleur ordinaire du rein était remplacée par une teinte jaune ; la forme de cet organe était aussi modifiée de manière à présenter des bosselures et des dépressions analogues à ce qu'on observe sur les reins des veaux ; l'uretère de ce côté , était distendu dans l'étendue deaàSpouces, de manière k
(1) Ces lésions intestinales et plusieurs symptômes observés dans les derniers temps de la maladie, me porteraient à croire qu'une sorte de fièvre typhoïde s'était réellement jointe h l'inflammatiou préexistante des reins. Cette observation rera.irquahle p.ir la coïncidence do l'éruption cutanée, laisse beaucoup à désirer sous d'au'rcs rapports.
6l8 TN'ÉPHRITE SIMPLE
avoir à-peu-près 172 pouce de diamètre; il était d'un plus petit calibre inférieurement.
Le rein gauche ressemblait au droit pour le volume ; sa structure et sa couleur étaien t naturelles, mais il était mou ; il n'était pas entouré de graisse. Le bassinet était proportionné au volume du rein ; ruretère de ce côté était dilaté de manière que sa cavité égalait celle de l'aorte abdominale. La vessie était remplie d'une urine brunâtre, fétide, ayant l'odeur des matières animales putréfiées; cet organe se déchirait par le moindre attouchementj et sa surface interne présentait un grand nombre de petites et de grandes ulcérations gangreneuses.
Ayant ensuite retiré de l'abdomen les reins avec les uretères, je les examinai plus attentivement. Le rein droit, presque aussi dur que du cartilage , ne montrait, à la coupe, aucune trace de substance rénale ; on ne voyait plus que la membrane propre du rein avec des prolongemens dans l'intérieur de cet organe ; elle étaitplus épaisse et plus ferme qu'à l'ordinaire. La substance du rein était changée en une masse d'un blanc jaunâtre, homogène, assez ferme, ayant l'aspect et la consistance du mastic de vitrier non encore desséché ; le bassinet même et le commencement de l'uretère étaient remplis de cette matière ; plus bas l'uretère était fermé complètement par cette substance, et plus bas encore ce conduit était transformé en ligament. J'aurais volontiers soumis cette substance à une analyse chimique , mais je ne pus le faire ; en toute probabilité c'étaient des phosphates et de Turale de chaux, et d'autres sels qui forment ordinairement la base des calculs urinaires. Celte matière contenait plusieurs concrétions calculeusesj je ramassai cinq des plus grosses; elles étaient blanchâtres , avaient une structure cristalline, eit de trois jusqu'à quatre lignes de diamètre.
Le rein gauche était jiistement le contraire de son congénère. Sa substance était ramollie; les calices étaient quatre fois plus amples que dans l'état sain, de sorte qu'on pouvait introduire facilement, dans la cavité de plusieurs de ces conduits, le tuyau d'une grosse plume ; leur membrane interne était considérablement enflammée ; mais il n'y avait aucune ulcération.
ET FIÈVRE COîTTimJE. Ûig
Le foie, la raie, l'estomac, le pancréas , etc., étaient Bains. Je n'ouvris pas les autres cavités du corps.
§ 4^0' R<iJ>ports de la néphrite simple avec les fièvres continues et înlermiltentes.
Il n'est pas très rare de voir survenir, dans les dernières périodes de la fièvre typhoïde, surtout lorsque l'urine n'est pas évacxiée librement de la vessie, une inflammation des reins, d'autant plus difficile à reconnaître pendant la vie, que les malades sont dans un état de prostration qui ne leur permet pas de rendre compte des sensations qvi'ils éprouvent, soit dans les reins, soit dans les testicules, soit dans les cuisses. L'examen de l'urine elle-même ne peut lever toutes les incertitudes du diagnostic; car, si la diminution de l'acidité de l'urine ou son alcalinité est un des caractères de l'inflammation rénale, d'un autre côté, il n'est pas rare de voir un semblable état de l'urine dans les dernièi'es périodes de la fièvre typhoïde exempte de cette complication. Un autre symptôme, la présence accidentelle d'une certaine quantité d'albumine dans l'urine, a été constaté dans plusieurs cas de simple hypéréraie du rein ou de la membrane muquevise de la vessie cliez des malades atteints de fièvre grave, sans qu'il existât une véritable néphrite^J'avais d'abord projeté de rapporter ici plusieurs exemples de cette grave complication; mais, lorsque j'ai vu que des observations analogues avaient été faites dans la fièvre jaune et dans les varioles .graves, j'ai pensé que ces néphrites ne pouvaient être considérées comme des inflammations rénales simples compliquant une fièvre continue; ■que c'étaient des inflammations spécifiques, de même nature que la maladie générale à laquelle elles venaient s'associer. Alors j'ai préféré les réunir dans un groupe particulier, sous le nom àc néphrite par poisons morhides, et les rapprocher des néphrites qu'on observe à la suite des résorptions purulentes et des infections charbonneuses.
§ 46i. L'influence des trois stades de la fièvre intermitienie SXir la sécrétion urinaire cSt bien connue; mais il ne paraît
pas que cette maladie qui, lorsqu'elle se prolonge, a une action pathogénique si marquée sur le foie et la rate , en ait une réelle sur la production des maladies des reins , et en particulier sur celle de lu néphrite.
Je n'ai pas encore étudié, avec assez de soin, l'influence que peut exercer, sur une néphrite préexistante, une fièvre intermittente légitime survenue pendant son cours. En rapportant l'observation suivante, je me suis simplement proposé de montrer que ces fièvres intermittentes légitimes, lorsqu'elles compliquent la néphrite, se distinguent des accès fébriles syraptomatiques d'une inflammation rénale , en ce qu'elles cèdent facilement à l'action des préparations de quinquina. On sait, en outre, que les fièvres intermittentes, lorsqu'elles ont duré un certain temps, sont accompagnées d'un engorgement de la rate.
Obs. CIV. — Fièvre intermittente quotidienne pendant un an ; depuis deux ans, douleur habituelle dans la région du rein gauche, se propageant dans la direction de l'uretère, avec engourdissement dans la cuisse; bronchite et tubercules pulmonaires; urines rares et acides, émissions fréquentes; varicelle intercurrente; guérison de la fièvre intermittente; persistance des autres accidens.
Mateau, Nicolas, épicier, âgé de 28 ans, fut admis à l'hôpital de la Charité le 16 mars 1806.
Il y a cinq ans, fièvre intermittente quotidienne qui dure près d'une année. Depuis deux ans, douleur vive dans la région correspondante aux dernières fausses côtes gauches oïl restent les traces d'un vésicatoire. Cette douleur se propageait dans l'abdomen , suivant le trajet de l'uretère, avec engourdissement dans la cuisse gauche. Jamais de vomissemens, ni de nausées. Son médecin le traita pour la gravelle; mais lui n'a jamais remarqué, dans ses urines, ni sable, ni sang, ni mucus. Jamais il n'y a eu suppression d'urine. Le malade soufi'rait surtout pendant les grandes chaleurs de l'été : à cette époque , il urinait six fois par jour et peu à-la-fois ; jamais de blennorrhagie , jamais de rhumatisme , jamais d'hémoptysie. Constitution afi'aiblie, maigreur; dou-
ET FIÈVRE INTERMITTENTE. Gai
I eur dans l'h ypocliondre gauche et dans la direction de l'uretère. Dans l'hypochondre, il n'y a pas de matité analogue à celle que produit le développement morbide de la raie à la suite des fièvres intermittentes ; on n'y sent pas de tumeur volumineuse ; la pression cause un peu de douleur; l'autre côté est complètement indolent. Les urines sont d'un rouge brique, très épaisses, acides; battemons du cœur réguliers , pouls à 70, frisson tous les jours vers cinq heures; peau chaude; en outre, sueurs nocturnes. Côté droit de la poitrine un peu moins sonore en haut que dans l'état sain; du côté ganche, au sommet da poumon , respiration faible ; toux par quintes , expectoration muqueuse abondante. Les organes digestifs paraissent sains.
Ces accidens furent attribués à vme fièvre intermittente avec bronchite etpeut-être tubercules pulmonaires, disséminés, fièvre compliquée d'une inflammation du rein gauche. Sous l'influence du sulfate de quinine, à la dose de do uze grains par jour, les accès de fièvre cessèrent ; à dater du a i mars, on n'en donna plus que huit grains par jour. Cependant les urines avaient toujours la même couleur rouge brique que nous avons mentionnée plus haut, leur pesanteur spécifique était considérable ; le sédiment était abondant , et offrait un dépôt rosacique. Ce dépôt fut remarqué tous les jours; quelquefois il y avait au-dessus un nuage en gros flocons; les urines étaient très acides.
Malgré une application de vingt sangsues , la douleur de la x'égion rénale persista, mais avec un peu moins d'intensité. Le 6 août, après une fièvre plus forte que de coiiturne , on vit apparaître, sur le col , la face et le haut de la poitrine, quelques pustules isolées. L'éruption présenta tous les caractères d'une varicelle pustuleuse. Elle parcourut régulièrement ses périodes , sans exercer d'influence notable sur les maladies du poumon et du rein.
Le ao avril, jour de la sortie du malade, deux saignées et deux applications de sangsues n'avaient point amené d'amélioration notable de l'état de la maladie des voies urinaires. La pesanteur spécifique de l'urine était de 3 degrés a/io* B.; l'urine était acide , peu abondante , et offrait toujours un dépôt rouge.
^22 wiPHRITJÎ SIMPLE
Depviis quelques joiirs , le malade urine goutle à goutte , et vingt fois pour remplir un bocal. On le sonde , et on ne trouve point d'obstacle dans l'virètbxe ^ ni de corps étranger dans la vessie, qui se contracte avec force sur la sonde. La douleur locale dans le trajet de l'uretère gauche était un peu moins vive ; la fièvre intermittente avait cessé , mais d'un autre côté l'état général avait plutôt empiré. Il y avait plus de maigreur, plus de sueurs nocturnes et plus de toux. U y avait, comme lors du premier examen , matité et peu de respiration au sommet du poumon droit, mais il n'existait point de signes d'excavation tuberculeuse.
Le malade partit pour la campagne, oii il devait suivre la diète lactée.
FIN DU PREBnER VOLUME.