ET HYDROPISIE
Abdomen. La rate est petite, consistante; le foie, assez volumineux , ferme , sans tubercules , n'est pas à l'état gras ; sauf le volume , il paraît sain. La membrane muqueuse de l'estomac, du duodénum et du jéjunum est pâle, mais sans ramollissement. Veis le milieu de l'iléon on trouve une ulcération , occupant toute la circonférence de l'intestin et ayant plus de six lignes de hauteur, le fond en est rouge , déchiqueté, inégal ; la membrane muqueuse est complètement détruite. Le péritoine , dans le point oii il correspond à ces ulcérations , est blanchâtre et fortifié par l'épaississement du tissu cellulaire. Les bords de cette ulcération sont épaissis, inégaux^ irréguliers et comme taillés. A deux pieds du cœcum on trouve dans l'intestin grêle une pareille ulcération. Le cœcum, en totalité ulcéré , présente une surface inégale, noirâtre, comme déchiquetée, mêlée de gris et de noir ; les plaques de Peyer et les follicules dans leurs intervalles ne sont pas développés. La membrane muqueuse du colon, d'une couleur ardoisée , présente beaucoup de follicules isolés, noirâtres. Dans quelques points elle offre une injection rouge.
Les reins, plus gros et plus pesans que dans l'état sain (6 onces) , présentent, à leur surface, plusieurs points saillans, blancs et décolorés. Si on incise ces parties décolorées, elles paraissent dures et résistent sous l'instrument. Au-dessous de ces points la décoloration s'étend à toute l'épaisseur de la substance corticale. Sur chacun des reins, il y a , en outre , cinq à six taches plus larges, au-dessous desquelles la substance du rein est également dure et décolorée. Les bassinets et les uretères n'offrent pas d'altération notable.
La vessie est large , d'un jaune pâle , sans développement de follicules, sans fausses membranes, sans la moindre altération, et l'urine qu'elle contient est transparente , sans flocons.
§ 459- Rapports de la néphrite avec les maladies de la peau.
Une foule de circonstances , et notamment l'influence du froid et de l'humidité sur la production de la néphrite simple, de la néphrite rhumatismale et de la néphrite albumineuse, établissent la réalité des l apports des troubles des fonctions
6j4 N'Ephrite simple
de la peau arec le développement des inflammations rénales-.
Quant aux maladies de la peau, considérées elles-mêmes comme causes ou comme syniplômes de néphrites, je u'ai rien à dire de positif à cet égard. Lorry (i) assure qu'on voit quelquefois survenir des éruptions prurigineuses chez les individus atteints de néphrite ; mais, quoique mon attention se soit spécialement dirigée depuis plusieurs années sur les maladies de la peau et sur les maladies des reins, je n'ai rencontré que quelques cas d'urticaire qui fortifiassent cette assertion^ J'ai vu aussi chez un individu affecté d'eczéma chronique et de pemphigus sur^ venir une cystite et une néphrite ; et j'ai vu plusieurs fois des lichens et des eczéma des parties génitales chez la femme se propager à la vessie , et être suivis de douleurs rénales.
Je renvoie à d'autres chapitres ( Calculs , pyélo-nepkriie calculeiise) l'examen de l'opinion, répandue parmi les physiologistes , d'une sorte d'antagonisme entre les affections cutanées et certaines maladies des voies urinaires, considérées sous le rapport de leur fréquence , dans les différens climats. Cette loi d'antagonisme ne me paraît pas bien prouvée. A l'Ile de France, par exemple, la néphrite , la gravelie, l'hématurie , sont fréquentes, et les atTections cutanées n'y sont pas rares.
L'observation suivante prouve qu'une affection cutanée peut quelquefois coïncider avec une affection grave des reins. Quoique cette observation appartienne en réalité à la pyélo-néphrite calculeuse, la rareté du fait m'a engagé à le raetti'e, ici, sous les yeux du lecteur.
Obs. cm. — Douleurs rénales; émission douloureuse de l'urine qui est mê- 'lée de sang, de gravelie et de mucus ; auiélioiation; nouveaux accidiens, ifièvre aiguë, délire, puis éruption 'vésioulouse; urine sanguinolente et purulente;.nleération dans l'intestin grêle ; ulcération gangréneose delà vessiejreins volumineux et altérés ; dilatation des uretèrQS, calculs(/ou;7i(i? der pract. Heilkmule von C. W, Hufeland und E. Osann, t832,oct., S. g6, obs. de M. Schupmann).
Tin compagnon cordonnier, âgé de ï8 ans, faible, et d'unie ,(d) 'fc Wflc noTum eat:et inobservatum inoiephritide quod^quotics calculas
ET MALADIES DE LA PEAU. 6l5
constiluHon scrofuleuse, avait éprouvé, depuis sa huitième année , divers accidens du côlé des voies urinaires. Il avait Consulté plusieurs médecins du pays , et d'après leur avis il avait employé , mais inutilement , une foule de moyens pour combattre sa maladie. Il y avait , de temps en temps , amélioration dans son état ^ mais ce mieux ne durait pas , de telle sorte qù'i\ finit par abandonner toute espèce de remèdes. Dans l'automne de l'année t836 , le mal se -reproduisit d'une manière très intense, et le malade réclama mes soins. Il se plaignait de douleur dars les régions des reins, surtout dans celle du rein gauche, oh il éprouvait un sentiment d'ardeur et des élancemens ; l'urine élait rendue avec beaucoup de douleur, surtout dans l'urèthre et au gland; elle était abondante et contenait beaucoup de mucus, tenace, filamenteux. Souvent aussi elle se trouvait mêlée de sang, de petits calculs ou de gravelle; fréquemment, dans la nuit, l'urine coulait sans que le malade s'en aperçut. Il accusait une douleur très forte, à la pression, dans les régions rénales, oii je croyais sentir du gonflement. La pression déterminait une douleur non moins prononcée , dans la région de la vessie. Comme plusieurs signes d'un calcïJ dans la vessie manquaient je pensai que cette affection était une irritation inflammatoire produite par la présence d'un calcul, probablement dans le rein gauche, et qu'il y avait en même temps une inflammation de la cvessie, et principalement delà membrane muqueuse de cet organe ; et je dirigeai l'emploi des moyens thérapeutiques , conformément à cette manière de voir. J'administrai à l'intérieur tme émulsion d'amandes avec l'extrait dejusquiame noire. Je fis frotter, trois fois par jour, les régions rénales et vésicale avec un onguent composé ( ung, hydrarg. cinrr. Uniment, volatil, et ol. hyoscyam. nigr. ). La condition du 'malade s'améliora considérablement , sous l'influence de ce traitement. La douleur était moindre ; cependant, l'urine restait toujours mélangée de mucus gluant, mais elle nechariait plus de sables. iPour rcilever le ton de la
puDgit Tcnes, ant ureternm sdbstantiam, ptistulœ prnrientes ad cutem oriantTttMf (Lorry. De rnorùis «Kancw, pag. 65).
6l6 NÉPHRITE SIMPLE
vessie et de tout le système urinaire , je donnai la décoction de feuilles d'wra ursi ayec des narcotiques , et le malade se rétablit assez pour pouvoir travailler et ne plus faire usage de médicamens.
Plusieurs semaines après, je fus appelé de nouveau: le malade, cette fois, était couché; s'étant exposé au froid, il avait été pris d'une forte fièvre et des symptômes précurseurs du typhus gastricus. Comme la fièvre était considérable, j'administrai une infusion légère de fleurs de sureauavec l'oxymelsimple ; je fis appliquer sur toute la tète, d'une manière constante, des linges trempés dans de l'eau froide vinaigrée , et un large vésicatoire à la nuque, le malade ayant déjà eu le délire; la maladie et les accidens se développèrent rapidement, etle*<adium nervosum se dessina. Le malade avait du délire surtout la nuit; c'était une sorte de délire tranquille : le pouls était très petit et extrêmement fréquent; la peau sèche, la chaleur brûlante, la langue brune et un peu encroûtée; le ventre était tendu et douloureux; la soif inextinguible et les selles nulles; l'urine était trouble et mêlée de mucus comme auparavant. J'eus recours aux remèdes qui agissent sur le système nerveux, et j'administrai une légère infusion de valériane mélangée de liqueur anodine et d'un peu d'émulsion sucrée; je fis donner un lavement d'infusion de camomille avec l'huile de lin et du sel de cuisine; enfin je fis frotter largement trois fois par jour, tout le bas - ventre douloureux avec un onguent composé d'wnf/- hydrarg. ciner, ol. hyoscyam. et tinct. thehaic-). Il s'ensuivit une amélioration j il survint des selles, le délire cessa ; le malade revint à lui , ne se plaignit que d'une grande faiblesse et de défaillance ; il maigrit beaucoup et rapidement. J'ordonnai des moyens excitans énei'giques, tels que la serpentaire, la valériane avec des toniques, le quinquina , etc. , mais inutilement. La faiblesse et les défaillances augmentèrent de plus en plus, et il se montra, sur diverses parties du corps, une éruption vèsiculeusc. L'épiderme s'enlevait sous la forme de vessies arrondies, d'une à trois ligues de diamètre , entourées d'une auréole d'un rouge rosé. Quand on les perçait, il s'en écoulait un pus jaune et épais. Du côté des