‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource]Chapitre 36 sur 42 · MATIÈRE COLLOÏDE DANS LES REINS · texte numérisé non relu

MATIÈRE COLLOÏDE DANS LES REINS

entièrement formées de matière mélanique , les autres blanchâtres, formées de tissu encéphaloïde ; d'autres enfin composées de ces d^ux substances, tantôt séparées, tantôt intimement mêlées. Les poumons, la matrice, les ganglions mésentériques, les mamelles, le nerf optique et les reins contenaient de la matière mélanique.

Des observation^ analogues ont été faites sur les animaux(i). Un vieux mulet, sacrifié à l'école vétérinaire de Toulouse, pour le cours d'anatomie, le 17 mars i83o , offrit les lésions suivantes. Le rein gauche est d'un tiers plus volumineux que de coutume. A l'extérieur, il est noir. Toute sa moitié inférieure païaît remplacée par un liquide maintenu par la capsule rénale restée intacte. Le liqtiide que renferme la moitié inférieure du rein , offre tous les caractères de la mélanose ramollie : il est poisseux, homogène; étendu en couche mince , il réfléchit une teinte semblable à celle de l'encre de la Chine, mais un peuroussâtre; à la pai'tie supérieure de celte collection liquide, se trouve une matière molle, noire, du volume d'ùn œuf, aplatie, lamelleuse, et qui paraît encore être de la mélanose. Tout l'espace où l'on devrait rencontrer la substance corticale du rein est occupé par cette matière ; le reste de l'organe n'est pas altéré. Toute la surface du foie, la face postérieure du lobe moyen exceptée, est d'une couleur noir-jais. Cette couleur est due à une couche solide d'une demi-ligne d'épaisseur, déposée sous l'enveloppe hépatique, et qui offrait les caractères de la mélanose.

Matière colloïde ou g élatiniforme.

§ 939. J'ai trouvée dans un rein de bœuf, tin amas de kystes d'une espèce particulière. Le rein avait un aspect extraordinaire (Atlas, Pl. XLii , fig. i. 2): plusieurs lobules étaient

(i) Journal des progrès des sciences zooialriques et dà médfi'ie comparée, vil'' année, i836, p. 207.

MATifeRE COLLOÏDE DANS LKS IIKINS.

Cf)minft rongés, ou plutôt présentaient des dépressions nombreuses, à bords irréguliers et saillans, à fond grisâtre. Celle affection semblait s'être propagée par continuité en passant d'un lobule à un autre, en s'arrêtant brusquement après avoir franchi le lobule voisin. Vu du côté du bassinet, le rein présentait un aspect non moins extraordinaire. Le mamelon du lobule le plus gravement affecté était d'une grosseur remarquable. On voyait, tout autour de lui , et sur son sommet, qui était aplati , des tumeurs gélatiniformes , tremblotantes , que je pris d'abord pour des hydatides. La coupe d'un de ces lobules ulcérés présentait un tissu filamenteux, infiltré par une matière semblable à de la colle dissoute dans une assez grande quantité d'eau, et qui contenait aussi dans ses mailles des masses gélatiniformes plus ovi moins solides, dont un cerlain nombre se trouvaient très près de la dépression mentionnée plus haut. Une coupe du mamelon, dans le lobule le plus malade , pénétra dans une cavité remplie d'un liquide semblable à celui qui infiltrait l'autre lobule, et dont les parois étaient également filamenteuses. Ailleurs, ces loges présentaient les caractères des kystes réticulés des mamelons du rein de bœuf. Des coupes faites dans le voisinage de l'altération, pénétraient dans des cavités remplies d'une matière gélatiniforme, plus ou moins solide et transparente. Dans la substance corticale , il y avait aussi les mêmes vacuoles, remplies de la même matière. Cette matière était soluble dans l'eau froide. La solution chauffée jusqu'à l'ébuUition se troublait, et il se formait à sa surface vme crème blanchâtre, assez abondante, qui n'était plus soluble dans l'eau, mais qui se dissolvait dans l'acide nitrique à chaud, en prenant une teinte jaimecitrine.

La liqueur, débarrassée de l'écume, évaporée, laissait une matière brunâtre, légèrement transparente, qui ne se dissolvait plus sensiblement dans l'eau.

J'ai rencontré la même altération chez l'homme dans un cas de pyélite; le bassinet offrait de petites ulcérations, arrondies, dans le voisinage de la substance mamelonnée, altérée; à l'intérieur des mamelons affectés cette matière était transparente

MATlÈUli JAUNE DANS LES KEINS. 'J'iS

A-TLAS , Pl. XI, fîg. 7) , mais à leur extrémité elle était opaque et )lanchâtre ; un des mamelons était entièrement détiuit ou réluit en bouillie par cette allératiou. Dans un autre cas, j'ai vu, à l'extrémité des mamelons du rein, une altération qui, iu premier coup - d'œil , semblait être un développement anomal de vésicules , mais qui , à un examen plus attentif, fut reconnue pour une foule de petits grains d'une matière gélatiniforme.

Matière jaune.

§ 980. En examinant les deux reins d'un vieillard ,* j'ai vu, i la surface de l'un d'eux, sous la membrane fibreuse , un petit corps jaune que j'ai d'abord pris pour un dépôt de sels le l'urine dans les conduits de Ferrein. Mais, après avoir délaché la membrane fibreuse du rein , j'ai reconnu que ce petit corps était mou et non salin. Pour la couleur) il pouvait être issez exactement comparé au tissu jaune des capsules surrélales. J'ai trouvé, chez d'autres sujets, une semblable matière

! ians les ovaires.

Un autre rein , provenant également d'un vieillard , présenalt, entre la membrane celluleuse et la substance corticale, l dans cette substance elle-même, une matière jaune , qui

|[ia'élait ni de la graisse, ni une matière saline. Enfin, j'ai vu ine matière d'un jaune d'ocre, à la surface d'uti! rein atteint l'inflammation chronique.

§ 931. Certaines matières jaunes paraissent être de la ibrine- décolorée. Sur un rein de nouveau-né, dont la surace était d'un rouge assez foncé et semée d'étoiles vasulaires , il y avait une dépression dans laquelle était logé

hiun petit corps noir, entouré d'une matière jaune. La subslance corticale contiguë avait une couleur rouge-noirâtre. Dans un autre point de la substance tubuleuse , il y avait un caillot comme apoplectique, et le bout du mamelon voisin avait une coloration jaune-noirâtre.

Je puis encore citer d'autres faits analogues : Chez une femme morte d'apoplexie, et qui avait des corps fibreux dans

la matrice, le rein droit, près de la scissure , présentait une tumeur du volume d'une noisette , et d'une consistance très molle, d'un jaune rougeâtre. Près de cette tumeur, il y en avait une autre plus petite, d'un jaune mat.

Sur la face antérieure d'un rein, provenant d'une femme très âgée, il y avait une tumeur grosse comme une noisette, et d'un rouge foncé. A la coupe , la substance de la tumeur était rouge, molle, fongueuse, et contenait de petits grains jaunes, disposés comme les pépins dans l'intérieur d'un grain de raisin.

Sur un rein atrophié de vieillard, j'ai vu une petite plaque d'un jaune d'ocre, et d'une ligne environ d'épaisseur. Enfin , dans un rein de bœuf, qui contenait plusieurs kystes urinaircs, j'ai trouvé entre deux lobules une petite tumeur dure, et hérissée de petites saillies jaunâtres qui, par leur consistance et leur couleur , avaient beaucoup d'analogie avec de la cire jaune. Après avoir fait macérer cette tumeur, j'y aperçus des pellicules bleuâtres qui étaient peut-être des débris d'acéphalocystes.

Granulations transparentes.

§ gSa. J'ai vu, mais très rarement, à la surface des reins, une foule de petites éminences pellucides, un peu inégales, brillantes comme des vésicules, et qui étaient entremêlées d'un grand nombre de petits points blancs , opaques. Presque tous ces reins avaient une teinte jaune, un aspect granulé, des dépressions ou d'autres altérations amenées par la néphrite chronique.

P^ers dans les reins.

§ 933. On a trouvé dans les reins de l'homme le strongle géant [strongyhis gigas) et deux autres vers, le spiroiitcra hominis et le dactylius acnleatits, sur lesquels il reste beaucoup d'incertitudes ; j'ai déjà dit qu'on y rencontrait plus souvent des acéphalocysles (,<^85S. Kystes acépàalocysliqucs).

§ 934. On peut voir^dans d'anciens auteurs^ de mauvaises figures de prétendus vers rendus avec l'urine, et qui ne sont autre chose que des concrétions fibrineuses (i), du mucus coagulé ou de fausses membranes , ou même des larves d'insectes (2), ou des cloportes (3) qui s'étaient trouvées par hasard ou par supercherie dans le vase de nuit des malades. M. LavïTence a vu deux fois des larves d'insectes envoyées comme des vers rendus par la vessie.

Un cas rapporté par J. Aug. Christ. Kiihn (4) me paraît aiissi très douteux. II s'agit d'un enfant qui renditplusieurs ascarides, sans en rejeter par l'intestin. L'auteur suppose que ces vers s'étaient développés dans les reins.

Des vers intestinaux, en pénétrant dans les reins ou le canal de l'urèthre à travers des fistules, ont pu être rendus par l'urine (5). Enfin chez les femmes, les ascarides vermiculaires quittent quelquefois le rectum, gagnent les parties génitales, entrent et peuvent être balayés par l'urine, et tomber avec elle dans le vasç de nuit.

(1) Decerf {Joum. demèd. continué, t. xvïi, p. 92) rnpporte l'observation d'un homme âgé de cinquante ans qui, après avoir eu des Lémorrbagieg , rendit un corps vermiforme ou un ver , et plus tard de petits corps veriniformes, dont plusieurs , examinés par MM. Bremser et Duméril, furent reconnus pour des concrétions fibrineuses.

(2) Tulpii Obs. medic, lib. 2, cap.5o, tab. T, fig. a. — Cap.Si, tab. 7, Cg. 3. — Werlhof Commerc, Litler. Norimb, ijSS, p. 282 {^'vermis cum urina excretus).

(3) Veau de Lannay. Observât, sur des vers rendus avec l'urine (Rozier. Obs. de physique, 1792, p. i5o, pl. i,.fig. 4, a. c. — Voyez aussi : Gazette médic. de Paris, i838. p. 24)-

(4) Kûbn (J. Ang. Christ.). Diss. innug. De ascaridibus per urinant emissis, etc., Jenae , 1798, in-iS, p. 4>

(5) Bardin. Rapport sur une obs. de M. Delaporte (Bibl. méd., t. Lxvi, pag. 86). Voyez aussi, au sujet de tœnia rendus avec l'uriuc, Gazette médic. de Paris, 1835, p. lo3.

STRONGLli GliANT.

Slrongîe géant {slroncjylus gigas).

% 935. Oa reconnaît le sU-ongle géant aux caractères suivais : Corps cylindrique , élastique , atténué aux deux extrémités; queue du mâle terminée par une bourse, du milieu de laquelle sort une verge unique.

Chez les animaux, la longueur des strongles varie de cinq pouces à trois pieds. Ces vers sont d'un rouge de sang ; ils perdent cette couleur dans l'eau etl'alcool. Le mâle, plus petit que la femelle, est aminci vers ses deux extrémités; la bouche est circulaire et pourvue de deux petites papilles; son corps, composé pour ainsi dire d'anneaux, offre plusieurs dépressions longitudinales; sa queue forme, à son extrémité, une bourse par laquelle sort un pénis extrêmement fin (Atlas. Pl. xxix, fig. 6 et 8). La femelle est plus grande; la fin de sa queue est droite et obtuse; on remarque, à cet endroit, un anus longitudinal. Suivant la différente longueur du ver, l'entrée du vagin est éloignée d'un ou plusieurs pouces de l'extrémité de la queue.

Les individus observés chez l'homme avaient plusieurs pouces de longueur.

Quelques observateurs paraissent avoir confondu ces vers avec les lombrics (i) dont ils se rapprochent par leur forme et leur dimension.

§ 936. Cette espèce de vers a été quelquefois trouvée dans des reins du chien, de la fouine, du loup, du cheval et du phoque. Elle est très rare. J'ai examiné plus de trois mille reins d'homme et plus de cinq cents reins de chien , sans rencontrer un seul exemple de ces vers.

S 937. Quant aux accidens déterminés par la présence des strongles dans les reins, ils ont la plus grande analogie avec ceux qu'occasionnent les calculs rénaux (§ 644* 645). Ce sont principalement des douleurs rénales, souvent des hématuries,

(i) Guillaiime Remcr (Hufclaud's Med. Journal , vol.xvii, pl. ii,p. 116- 120) rapporte à l'ascaride louibricoïde des vers qu'une femme épileptique rendait avec l'urine , et qui paraissent être de véritables strongles.

STRONGLE GEANT {Jiisloriqué). 729

parfois des rétentions d'urine dans le bassinet et les calices, et par suite le développement d\ine tumeur à la région lombaire. : De semblables tumeurs peuvent s'ouvrir spontanément à l'ex- . lérieur ou être vidées par l'instrument du chirurgien.

§ 938. Pendant la vie, l'existence des strongles dans les reins ne peut être démontrée que par l'expulsion d'un ou de plusieurs de ces vers ; car les accidens qu'ils déterminent sont communs à toutes les pyélites produites par des corps étrangers, animés ou inanimés.

La rareté de ces vers dans les reins de l'homme n'a pas permis de faire des observations rigoureuses sur les remèdes propres à en favoriser l'expulsion.

Historique et observations.

§ gSg, Il faut se garder de compter, comme des exemples de slrongles, des observations dans lesquelles on a pris évidemment, pour cette espèce de vers, des concrétions fihrinett ses vermiformès, et de véritables lombrics passés de l'intestin dans la vessie.

Rudolphi et Bremser regardent comme authentiques les observations suivantes , quoique la plupart laissent une foule de détails à désirer :

1° Ruysch (i), qui a souvent observé des strongles chez les chiens , trouva un jour un ver de cette espèce dans les reins d'un homme.

2° Blaes (a) a trouvé dans les reins d'un vieillard deux vers rougejs de la longueur d'une aune, et il ajoute qu'on renconti'e souvent ces vers chez les chiens.

(i) Ruysch. Opéra omnia : Observât, anatomico-chirurgica!. Obs. i,xiv : « In renibns hamanis semel cos me vidisse memini, qaales iu canum reuil)us longe frequentiùs occurrant. »

(») Blasius. Obs. lUedic. rarioies,^. 80 in-12 (Amstelodam. 1677. «In viro cmaciato , ulnas et quod excedit loogitudinem babcntes duos (vermes) iiliqnaudo reperi; coloris erant rubicundi , nquoso Lumorc turgidi, quasi ex annulis plurimis affabre junctis coustare videbantur (Cg.6 et 7, tab. viri). » ■.Les deux figures de Blaes sont mauvaises, et la description elle-même laisse ^biea de» incertitodes sur la nature de ces corps.

3° J. Rhode (1) a connu un homme atteint d'une fièvre maligne, qui avait rendu en urinant, le cinquantième jour de sa maladie, un ver vivant, de forme ronde et d'un pied de longueur. Cet homme n'a jamais eu de difficulté pour uriner, ni avant, ni après la sortie du ver.

4° Albrecht (2) fait mention d'un soldat qui, depuis sept ans, éprouvait une difficulté d'uriner, et qui en fut entièrement débarrassé après avoir rendu, par Turèthre, un ver de la longueur de trois doigts et de la grosseur d'un tuyau de plume.

5° Raisin (3) rapporte qu'un homme de 5o ans était attaqué, depuis deux ans environ , d'une colique néphrétique très violente ; ses urines étaient teintes de sang , presque noirâtres. Quelques remèdes calmèrent les douleurs; elles. reprirent ensuite avec plus de violence que jamais, et persistèrent malgré tous les secours qu'on put lui donner, jusqu'à ce qu'il rendît par les urines un ver qui avait plus de trois pouces de long; depuis ce moment il fut parfaitement rétabli, et les urines reprirent leur couleur naturelle.

Duchaleau cite (4) un cas analogue à celui de Raisin.

Enfin Gentilis da Foligno (5) , Fernel (6) , Guidi Guide (7), llouUier (8), Zacutus Lusitanus (9), Schenk (ro), Th. Bartholin(ii), Bonet(ii2), Pechlin (i3), Chapelain {i4), Ger-

(1) Rliodius. Ohs. anatom. medic. Centuriœ 1res. Padone, 1687, in-8 obs.

(2) Albreclit (I.-P ). Ephem. nat. cur., Dec. 11, an. i, p. i83, obs. Lixvir.

(3) Kaisin. Journal de médecine, t. xix, p. 458.

(4) Bihlioth. médic, t, Lir, p. 371.

(5) Gentilis Fulginus, cité par Gorcy. Jouni. gén. méd., t. six, p. 38g.

(6) Fernel. Pathologia, lib. vr, cap. 10.

(7) Guidi (Guido). (/^rWHj Fidius). De curalione generatim.Uh. x, c. H.

(8) Hollerii. Commcntar., cap. de odore urina;.

(9) Zacutus Lusitanus. Prax. hist., lib. «, cap. xti, obs. 6.

(10) Scbcnk. Obs. med,, lib. m, seot. 11, obs. cxcvi, p. 33o. (n) Th. Bartbolin. Acla Harniens.,-io\. r, obs. 21, 70, 106.

(12) Bonct. Sepidcreium, t. 11, p. 579.

(13) Pechlin (J.-N.). Obs. phys. meMc.,\\h. i, obs. 4-

(14) Cbapotain, Topographie méd. de l'Ile-de-France, in-4, P«rls, 18:2.

STRONGLÉ GÉANT (Jiistoriqué) . ySi

cy (i), etc., ont fait des observations ou des remarques sur les vers des reins; mais plusiei^rs cas paraissent appartenir aux caillots fibrineux et non à de véritables vers, ainsi que Morgagni (2) l'a judicieusement remarqué.

Auvity (3) a rapporté l'obsorvation de deux vers rendus avec l'urine et qui me paraissent être des strongles.

5 940. Le strongle ^éant a été observé dans les reins des chiens par Ruysch (4)- Sim. Schultz (5), Ch. Rayger(6), Ph.-Jac. Hartraam (7), Polycarpe Gottl. Schacher (8), G.-F,-H. Collet- Meygret (9), Van Swieten (10), Godine (n), Duverney et Méry (12), Wolf (lo)^ et dans la vessie d'un chien, par F. Frank (14).

(t) Gorcy. Lettre au sujet d'une observation de ver tivuvé dans le rein d'un chien (Journ. général de médecine, t. xix, p. 387).

(2) Morgngai. De sed. et caus. morl/or., epist. il.

(3) Rozier. Observ. de physique, vol. xiil, p. 379-382.

(4) Ruyschii. Opéra, in-4, Anistelodami, 1787 : Tit. Diluridatio valvularum, cap. 4- OLserv. anatom. Obs, xi (Verœis in rené rcpertus).

(5) Scbultz. Obs. de vermibus in renibus (canis.) (Ephem. nat. cur., Doc. 1, ann. 3, p. 4o5-4o8 (rcnis caro exesa : verrais dodranteni supra duas ulnas aequavit.

(6) Ilayger (C). Ephem, nat. cur., Dec. 1, ann. 7, p. 3i5.

(7) Hartmann (Pb.-Jac). De lumhrico in rené canis sanguineo (Ephem. nat. cnr., Dec. u, ann. 4> P» i49)' Strongylus (femina) in canis rené repertùs cum hoc, fig. 18, 21. Depingitur : fig. 22/24. Anatomes tentamen. Sanguine rubebat. Ultrà diem vivus conservatus.

(8) Scbacber (Polycarpi Gottl.). Panegrris medica, i. plag. in-4, Ijips.,

(9) CoUct-Meygret. Mém. sur un ver trouvé dans le rein d'un chien (Journ. de physique, t. xi, (1802), p. 458-464, fig. i'4' Ce médecin donna le nom de dioclnphyme à ce ver, qui plus tard fut reconnu être le strongle géant.

(10) Van Swieten. Comm. in Aphor, Boerhaavii, n34.

(11) Godine. Obs. sur un strongle trouvé dans le rein gauche d'un chien (Journ. génér. de médecine, t. xix, p. 160).

(12) Mém. de l'Acad. des sciences, vol. u.

(13) Wolff. Obs. chirurg, medic, lib. 2, obs. 4.

(14) Pierre Frank. Traité de médecine pratique, trad. française de Gondareau, t. III, p. 365.

'j'i-l VERS DANS LES UEINS,

J. Bauhin (i), Théod. Klein (2) l'ont vu dans les reins des loups, d'autres (3), dans les reins du cheval (4) , de la fouine (5) et du bœuf.

§941. Les cas de strongles géans observés dans les reins de l'homme étant disséminés dans des recueils périodiques que les médecins praticiens ne peuvent pas toujours facilement consulter, je me suis décidé à reproduire ici les observations relatives à ces vers , et qui m'ont paru offrir le plus d'intérêt par leur authenticité et par les circonstances de la maladie.

Obs. I. — Plusieurs strongles géans dans le rein droit; rétention d'urine dans le rein ; tumeur à la région rénale droite; coliques néphrétiques; incision et ponction de la tumeur; guérisonde la fistule ; nouveaux accidens, nouvelle incision, guérison; mêmes accidens, nouvelle incision; issue de vers vivans par la fistule^ puis par l'urètbre; guérison (6).

« Je fis l'opération de la taille par le grand appareil, le 19 avril 1748, à l'enfant d'un nommé Bouturin, âgé de 5 ans, avec le plus heureux succès. Cet enfant, depuis sa naissance, se plaignait d'une dilEculté d'uriner et souffrait de fréquentes douleurs de vessie, ce qui me fit penser qu'il était atteint de la pierre dès le ventre de sa mère, attendu qu'elle était d'un volume considérable, aussi grosse qu'un petit œuf de poule; après m'être assuré de son existence, jel'opérai en pi-ésence de deux chirurgiens de celte ville, et il fut parfaitement guéri dans l'espace de quinze jours.

(1) Bauhin (Joan.). Memorahilis hisloria lapomm aliquot rabidoritm , etc. Montbelliard , iSgi, in-8.

(2) Klein. An anatomical description, of worms foiind in the kidnies of wolves (Philosoph. Transact., p. 269-273, Cg. ), (strongle mâle et femelle).

(3) Redi. Anim.'viv., p. 2;, vers. p. 38, tab. 9, fig. {ex rené martis).

(4) Voyez: Rodolphi. Entoozorum, etc. hist. naturalis, in-8, Amstelodami,

1809, vol. II, Pl. I, p. 211.

(5) Hufel.ind'» Med. Joum., vol. xviu, part, i, p. 112.

(6) Sur des vers sortis des reins et de i'urèthre d'un enfant, avec des rertexions sur la néphrotomie. par M. Moublet, lieutenant de M. le premier chirurgien du roi, et chirurgien-major de l'hôpital de Tarascon, en Provence {Joum. de méd. et de chirur, juillet ijSS, t. ix, p. 244).

STRONGLiî GÉA,NT {tumeui- rénale). ^33

«Je fus appelé, le 8 février 1752, pour cemême enfant, que je trouvai avec beaucoup de fièvre, un pouls plein, fort et fréquent. 11 n'avait point ui-iné depuis vingt-quatre heures, avait eu le hoquet, des voinissemens le jour précédent, qui avaient duré toute la nuit, pendant laquelle il avait été cruellement tourmenté. Il se plaignait d'une douleur vive à la région lombaire du côté droit, d'une intlexibilité des reins, et d'un engourdissement de la cuisse.

« La constitution du malade, le siège de la maladie , les accidens dont il était affligé, et les coliques néphrétiques qu'il avait autrefois essuyées, déclaraient assez combien l'action des reins était lésée, d'autant mieux qu'il n'y avait presque point de tension dans la région de la vessie. La douleur fixe et persévérante, les élancemens qu'il souffrait, me firent recourir tout de suite aux remèdes les plus capables de relâcher et de calmer l'état phlogislique de la partie. Je le saignai, je lui fis prendre un lavement anodin, je lui ordonnai des fomentations émolliens sur le bas-ventre , je le sondai , et il sortit de la vessie environ un verre d'une urine ardente , ti'ouble, avec sédiment épais.

« La région lombaire n'était pas fort tendue ; la couleur de la peau paraissait un peu rouge , et il lui restait seulement un sentiment vif de pulsation , et une douleur profonde lorsque j'y appuyais mes doigts. Ce qui m'obligea de lui appliquer un cataplasme anodin. Je le saignai une seconde fois, trois heures après, et, comme les symptômes subsistaient le soir avec violence, je proposai, pour procurer une grande détente et une nuit moins tumultueuse, une troisième saignée, à laquelle le père s'opposa.

«Le lendemain matin, l'inflammation avait augmenté; le malade était inquiet, brûlant, altéré, les coliques avaient redoublé et ne lui avaient donné aucun calme ; il rendit des urines extrêmement rouges, briquetées et en très petite quantité; l'insomnie qu'il avait eue la nuit l'avait beaucoup agité, le pouls était concentré, il sentait une pesanteur, et une pression véhémente dans la région lombaire, ce qui me persuada que l'inflammation attaquait les contours même du rein extérieure-

ment, la rougeur était plus vive, la chaleur forte^ la peau plus élevée et plus rénitente ; je sentis même au milieu de la tumeur une petite dureté.

a II fut saigué,pritunlavement,jecontinuai, afin d'assoupir les solides et d'apaiser les douleurs par l'usage des relâchans, des anodins et des émoUiens. Je ne négligeai point , selon les indications, les potions huileuses, acides et narcotiques, et je fis voir si fort aux parens les mauvais effets de leur négligence, qu'ils appliquèrent sur la région lombaire le cataplasme que j'avais prescrit la veille. Je le sondai de nouveau pour faire couler le peu d'urine qui se trouvait dans la vessie , qui était extrêmement rouge et enflammée.

« Cependant les parens ennuyés de voir que ces remèdes n'opéraient pas un soulagement prorapt, se lassèrent de les continuer, ils abandonnèrent cet enfant à sa triste situation, et je perdis cette maladie de vuece Dix jours s'écoulèrent dans cette inaction; mais, voyant que le mal empirait, ils vinrent un jour me revoir, m'assurèrent qu'ils le confiaient entièrement à mes soins, et m'avouèrent qu'ils en avaient été détournés par les discouis enchanteurs d'une femme qui les avait ûattés de le guérir radicalement.

« L'enfant était assez tranquille, la fièvre s'était calmée, il urinait sans peine, l'urine était claire et naturelle; la douleur de la région lombaire était moindre , le ventre s'était amolli, la tumeur n'était plus si saillante , mais aplatie et circonscrite, sans rénitence et sans tension. Je reconnus par la rémission de la douleur, par les frissons vagues et irréguliers qu'il me dit avoir ressentis, par le relâchement et la mollesse de la peau, et plus encore par la dépression qui restait au centre de la tumeur après l'impulsion des doigts, par le flot et l'ondosilé du pus qu'elle renfermait, qui se faisait sentir à la circonférence, je compris que la suppuration était formée et que l'abcès pénétrait fort avant, parce que la fluctuation, qui était lente, paraissait profonde.

a Je communiquai au père le jugement que j'en portai. Je lui dis, selon ce que me laissaient présumer les accidens qui

STROTVGLE GÉAJNT {tumeur rénale). 735

avaient pi'écédés , que l'abcès occupait peut-être jusqu'au rein même ; que le pus serait abondant, parce qu'il y avait beaucoup de graisse dans cette partie, et qu'il fallait au plus tôt lui donner issue pour éviter les ravages qu'il pourrait faire. Je fis appliquer sur la tumeur un cataplasme maturalif.

a La suppuration est toujours prompte dans des parties si . délicates et d'un sentiment si exquis, et la saine pratique dej mande de ne pas trop temporiser. L'après-dîner la fluctuation 1 m'ayantparu encore plus sensible, je fis préparer mon appa- I reil, el j'en fis l'ouverture comme je l'avais proposé.

« Le malade étant situé sur le bord du lit , le côté penché en ( dehors; je plongeai mon bistouri dans la partie la plus déclive de la tumeur, environ la profondeur de deux travers de doigt. Je fus fort étonné, l'incision faite, de ne point voir sortir du pus ; et cela me fit d'autant plus de peine, que les parens étaient présens. Je ne me déconcertai point; j'introduisis mon doigt tout de suite dans l'incision que j'avais pratiquée; je sentis l'ondulation du pus, à ne pouvoir en douter; en étant assuré, j'enfonçai mon bistouri plus profondément dans la même incision ; il sortit un jet d'un pus mêlé de filamens sanguins , de la grandeur de l'ouverture, que je ne balançai point d'étendre de trois pouces , le long des apophyses transverses des vertèbres des lombes.

« Cette grandeévacuation purulente soulagealemalade, parce que, laissant un grand vide, les viscères du bas-ventre n'étant pas si à l'étroit, les sécrétions se rétablirent avec facilité. Jeprescrivis au malade un régime sévère; le soir je le saignai, et je levai. le premier appareil , à cause de la grande quantité de pus dont le lit était inondé. Je remplis l'ouvei'ture de gros bourdonnets de charpie enduits d'un digestif ordinaire, attachésavec un gros fil double^ dont je laissai pendre le bout au dehors. J'appliquai le plumasseau chargé du même digestif, et je le couvris d'un bandage double d'une longueur et d'une largeur convenables pour contenir l'appareil en état.

« La suppuration ne pouvait être qu'abondante, attendu que l'engorgement était considérable, que la substance des reins est ferme et charnue, qu'ils suppurent beaucoup. Aussi j'eus

une attention extrême de faciliter l'écoulement du pus. Je lui recommandai de se coucher de ce côté.

« Le pansement fut toujours fort simple et d'une grande propreté. Le pus devint blanc , épais et visqueux , d'une assez bonne qualité, quelques jours après, ce qui leva tout doute et vérifia mes conjectures et le pronostic que j'avais porté sur le siège et la profondeur de l'abcès. Je remarquai, malgré la grande quantité de matières qui sortaient par la voie de l'incision, que les urines étaient blanches, et qu'après avoir reposé, elles s'éclaircissaient et laissaient au fond du pot un sédiment purulent. Je le pansai au commencement deux fois par jour, pendant douze jours, et, comme cette abondance se ralentit peu-à-peu, je le continuai une seule fois, pendant environ un mois et demi.

« Il ne survint durant tout cet intervalle aucun fâcheux accident, i\ quelques rétentions d'urine près dont il fut attaqué. J'attendais que la régénération des chairs se ferait sans peine. L'abcès semblait se moudifier. Il paraissait même dans le fond quelques grains charnus qui bourgeonnaient lentement, mais les lèvres de la plaie devinrent pâles, se flétrirent; elles restèrent long-temps d'une couleur livide et plombée ; la supuration prit une mauvaise tournure; le pus fat mal conditionné, l'abcès dégénéra peu-à-peu en ulcère sanieux; il en suintait un liquide fétide de diverses couleurs , tantôt jaunâtre, tantôt verdâtre; et la chair qui s'engendrait sur les bords était molle et spongieuse, présage d'une suppuration d'un mauvais caractère.

« Je me servis avec choix et précaution de différentes injections les plus propres à déterger l'ulcère et à en ranimer les chairs décolorées et spongieuses. Toutes mes tentatives furent infructueuses , et, comme mes soins et les remèdes que j'employais étaient sans succès, j'en laissai la conduite à la mère qui la pansa.

« Quelques mois après, l'enfant vint me trouver, et je fus étonné de voir que cet ulcère si rebelle et si opiniâtre, qui avait résisté à tant de remèdes, fût entièrement fermé, et que la cicatrice était faite. Lemalade ne sentait point de douleur. Je

STRONGLE GÉANT {tUTTieur rénale). 737

remarquai seulement une petite tension dans la région lombaire : l'endroit delà cicatrice était un peu boursouflé ; la consolidation n'avait point acquis cette fermeté qu'elle a naturellement dans son état parfait; la couleur de son visage était pâle, son ventre paresseux , ses urines troubles coulaient avec quelque . difficulté ; l'appétit lui manquait, son sommeil était interrompu par des insomnies fréquentes; il éprouvait un malaise dans tout le coi"ps , et il ne reprenait point ses forces épuisées. « Ce changement en mieux pouvait être regardé comme un I acheminement à sa guérison ; mais sa durée fut courte. Sa I mère, trois jours après, vint me chercher à la hâte ; l'enfant poussait les hauts cris, il s'agitait dans son lit, faisait des efforts violens et extraordinaires ; il souffrait, depuis la nuit, des douleurs excessives qui lui causaient des convulsions considérables; il n'avait point uriné depuis la veille; ses extrémités étaient froides, le pouls faible, petit et déprimé ; il se plaignait d'une pesanteur aux lornbes, insupportable, et comme des tiraillemens et des déchiremens dans le bas-ventre.

« J'examinai l'ulcère, il était fermé; j'attribuai tous ces funestes effets à sa clôture. Sa circonférence était extrêmement gonflée; je sentis en le poussant un mouvement de fluctuation ; je fis tout de suite une ouverture avec une lancette ; le pus s'écoula, et les accidens fâcheux cessèrent.

« Quelque temps après, l'ulcère se referma, et les douleurs qui en étaient ou les suites ou les causes , recommencèrent , sévirent avec autant de véhémence, et s'apaisèrent par les mêmes moyens.

« Cet ulcère a eu long-temps le même revers et la même issue ; il se refermait après desintervalles périodiques. Quand l'écoulement de ces filamens purulens était fini , les bords se recollaient, et, lorsque leur collection était considérable, je l'ouvrais avec la lancette. Il n'y avait que cette voie pour apaiser les douleurs qui tourmentaient l'enfant. J'aurais même souhaité qu'on m'avertît toutes les fois qu'il était dans cette situation déplorable. On en laissait souvent la conduite à la nature, et on attendait que le pus ramassé, distendant par sa quantité, dilacérât la dernière cicatrice , et se fît jour lui-même , ce qui m, 47

738 VERS HkNS LES REINS.

ne devait pas arriver sans inconvéniens et sans causer de grands maux au malade.

« Tout ulcère cicatrisé qui se renouvelle est en danger de tomber en une fistule incurable. En effet, les bords durcirent et devinrent calleux ; il en coulait de temps en temps une humidité fétide, d'une odeur insupportable; les urines, dont le cours était souvent interrompu, quelquefois purulentes, étaient toujours filandreuses. Afin de pouvoir réunir tous les secours ensemble, je lui fis prendre des délayans, de légers diurétiques. Les injections balsamiques et vulnéraires , tous les remèdes indiqués, prescrits avec soin et employés à propos, ayant été épuisés, le malade, en proie à des douleurs extrêmes, auxquelles il ne pouvait plus résister, menait une vie languissante , dans un abattement affreux , et dépérissait chaque jour. La fistule d'un émoncloire aussi profond est de difficile guérison. Pénétré de compassion , et rempli du désir de délivrer cet enfant de cette situation malheureuse, je me décidai pour l'opération ; et malgré toutes les difficultés que je comprenais qu'il y avait de réussir, je pensai que le plus sûr parti était d'ouvrir entièrement cet ulcère fistuleux, qui durait depuis trois ans: j'insistai sur la nécessité devant les parens, qui, irrésolus , me demandèrent du temps pour s'y déterminer.

« On voyait toujours continuer le même assemblage de phénomènes. L'enfant se plaignait encore par intervalles de piqûres vives, et d'une douleur lancinante. Ces symptômes réunis me portant à soupçonner la présence d'une pierre d'une certaine grosseur, inégale, dui-e et raboteuse, qui par son poids et sa masse produisait un sentiment de pesanteur , bouchait les uretères et empêchait l'excrétion des urines , et qui , par ses aspérités et ses points tranchans, pouvait froisser, blesser, meurU'ir des chairs infirmes et affaiblies , déchirer de petits tuyaux d'un tissu tendi e et d'une sensibilité extrême , et occasioner ces. irritations, ces compressions, ces douleurs suivant les divers raouvemens et les différentes situations du corps ; ce qui aurait suffi pour procurer un suintement continuel , et pour s'opposer à la parfaite réunion de l'ulcère- Je le sondai plusieurs fois avec précaution ; je ne trouvai au-

STRONGLE GÉANT (tumeur rénale). 789

cune résistance, et je me convainquis qu'il n'y en avait point.

« La natui'e ménage quelquefois aux maladies extraordinaires des issues surprenantes. Celle-ci était d'une trop grande conséquence pour ne pas ra'intéresser au point d'en suivre les progrès et la marche. La mère de cet enfant vint me dire, le ii mars i755, que dans la nuit elle avait vu remuer dans la fistule

a ver vivant, qu'elle avait tiré avec les doigts. Elle avait eu la précaution de le conserver. Il était de la longueur de cinq pouces, et de la grosseur d'une plume ordinaire, et d'une couleur grisâtre.

a L'après-dmée du même jour, je me rendis chez le malade, et je tirai moi-même de la fistule un second ver, en vie, avec mes pinces , à la vérité plus petit que le premier. Il avait quatre pouces de long, et était d'une grosseur approchante. Comme je compris de quelle importance et de quelle nécessité il était de tenir la fistule ouverte pour faciliter la sortie des vers, je voulus la dilater. Les parens ne voulant pas le permettre, j'introduisis une gi'osse tente qui en empêcha la réunion. Je l'examinai avec attention , il ne découla pas beaucoup de pus , et je ne vis plus paraître de vers. Mais comme j'avais toujours droit de soupçonner qu'il y en avait d'autres, afin de les chasser, et de les faire périr plus sûrement, j'injectai par le trou extérieur de la fistule , des décoctions amères et une dissolution mercu- |i rielle.

« Deux jours après, cet enfant fut atteint d'une suppression subite d'urine; j'observai cette fois, ce que je n'avais point remarqué dans les rétentions qu'il avait déjà essuyées, que la région de la vessie était tendue et gonflée, et qu'elle devait par conséquent contenir de l'urine. Je voulus le sonder, mais l'algalie, parvenue au sphincter de la vessie, trouva une difficulté insurmontable à pouvoir être introduite dans sa cavité. J'injectai dans le canal de l'arèthre, à diS'érentes reprises, de l'huile tiède pour le relâcher, et faciliter la sortie du gravier qui pouvait intercepter le passage. Les douleurs alors redoublèrent. Je fis une seconde tentative avec la sonde, qui ne fut pas plus heureuse que la première. Ne pouvant absolument en venir à bout, je fis mettre l'enfant dans le bain.

■y/jO VERS DANS LKS REINS.

<c Apeine y fut-il, qu'il entra dans des mouvemens convulsifs étonnans ; il tordait ses bras avec des contorsions affreuses. Les douleurs étaient si aiguës, qu'il fallut le retirer du bain. L'ayant mis en situation pour tâcher encore de le sonder, j'aperçus au bout du canal de l'urèthre un corps étranger, que je pris avec mes pinces, et je tirai un troisième ver envie de la même figure et de la même longueur que le premier qui était sorti de la fistule , qui la nuit d'après fut suivi d'un autre par Je canal de l'urèthre à-peu-près semblable.

a Ces quatre vers sortis, il n'en parut plus ni par le canal de l'urèthre, ni à l'entrée de la fistule, que je continuai de panser pendant un mois. Il en coula une petite qaantité d'un pus louable, dont la source se tarit peu-à-pçu; la cicatrisation fut parfaite, tous les symmptômes ont disparu. Il rendit avec des urines naturelles, qui ont ensuite coiilé sans douleur et sans peine, des filamens^ des lambeaux membraneux, qui pouvaient être le kyste qui renfermait la tumeur. Les insomnies cessèrent, l'appétit revint insensiblement. 11 a repris toutes ses forces, recouvré son embonpoint et il jouit, depuis cinq ans, d'une santé parfaite sans aucune altération. »

Obs. II. — : Tumeur dans la région lombaire droite; onverture spontanée de l'abcès; adbérence du rein droit avec le foie; calculs et vers (strongles) dans le bassinet; carie des vertèbres (i).

a Une fille de 4o ans, dont la conduite avait été autrefois suspecte, se présenta à l'hôpital vers la mi-décembre 1779. Elle se plaignait de douleurs dans les membres, qui devenaient souvent plus aiguës pendant la nuit, et particulièrement d'une douleur plus forte et plus continue à la région lombaire du côte droit. Celte particularité fixa mon attention ; j'examinai le siège de celte douleur plus vive, et j'y trouvai un engorgement œdémateux qui semblait cacher une inflammation, par la sensibilité douloureuse que causait une pression un peu forte sur cette partie. La fièvre était modérée, les urines avaient leur

(i) L.npeyrc. Alicès delà région lombaire (Joiirn. de méd,, t. txv, p. 375}.

STRONGLE GÉANT {tUTueur rénale). 741

ours ordinaire, il n'y avait ni nausées, ni vomissemens. Je ne is donc aucun signe de la lésion du rein, et je crus que tout > passait à l'extérieur. Les antiphlogistiques, les émolliens, s maturalifs externes, furent les remèdes que je prescrivis ; [s apportèrent un soulagement très sensible. Le quatrième Dur la fièvre et la douleur étalent très peu de chose, je confiai ette malade aux soins du chirurgien ordinaire de l'hôpital, et e la perdis de vue pendant trois semaines. « Dans cet intervalle, la tumeur prit de l'accroissement; l'abcès ouvrit sur les muscles transverses du bas-ventre , il en sortit u moins une livre et demie de pus, mêlé de beaucoup de sang. , 'ouverture de l'abcès ayant encore amélioré l'état de la maide, ses soufiTrances étant presque nulles, je crus devoir résumer qu'un pansement méthodique et quelques autres Dins auxiliaires la rétabliraient parfaitement avec les gradaions convenables.

« Les choses ne tournèrent pas comme je l'avais espéré; api'ès uinze jours et plus d'état assez consolant, cette femme fut lisie d'une fièvre aigué, et, cette fièvre faisant des progrès rapil's, je la trouvai le 6 février avec une langue sèche, une soif dente et des douleurs universelles, le ventre un peu météosé ; il y avait une insomnie absolue et une agitation contiuelle ; de plus les extrémités inférieures étaient œdématiées, iirticulièrement la droite ; il y avait à la malléole interne du lème côté deux phlyctènes avec une tache livide , et toute la imbe était tendue et si douloureuse qu'il n'était pas possible e la toucher, au moins dans sa partie inférieure. Je crus la lalade- sans ressource, et avec d'autant plus de raison que j'aais lieu de craindre une résorption de pus et un épanchement e la même matière dans le bas-ventre et sur toute la cuisse , otamment vers l'articulation de la tête du fémur, soit parce ue la malade soufirait excessivement dans cette partie, soit ar la suppression de deux fusées qui aboutissaient à l'ulcère, : dont l'une venait de l'aine droite et l'autre avait sa direction ers le grand trochanler. Cependant j'employai les remèdes itéricurs propres à diminuer le foyer de suppuration , et les 3mèdcs extérieurs propres à prévenir la putréfaction. Le lo,

VERS DANS LES REIiNS.

la malade fut purgée et rendit une douzaine de vers; le ii, les douleurs devinrent des plus vives, et la malade tomba dans l'agonie jusqu'au matin du 12 qu'elle mourut.

« Lesdouleurs quela malade avait éprouvées avant de s'aliter, leur intensité pendant la nuit, l'inconduite dans laquelle cette femme avait vécu, m'avaient fait "présumer un virus caché depuis long-temps. Pour éclaircir mes doutes et voir par quelle espèce de vice et de désorganisation la mort était arrivée, j'ai fait faire l'ouverture du cadavre, dont voici le détail :

« Afin de ne point changer l'étatdes parties, je fis introduire la sonde dans les traînées qu'avait faites le pus. En commençant par l'ouverture qui était à l'aine droite , on ne peut pas faire parvenir la sonde dans la capacité du bas-ventre, mais il s'en fallut peu, puisqu'elle traversa sans peine jusqu'au tissu cellulaire qui couvre les muscles psoas. La seconde ouverture conduisit jusqu'auprès du grand trochanter, où nous trouvâmes un endroit rempli de pus sous le muscle fascia lata. Ayant ouvert la cuisse dans toute sa longueur, tout le tissu cellulaire parut imbibé d'une sanie ichoreuse ; îe tissu cellulaire du reste du corps était presque généralement imbibé de cette humeur qui était plus abondante au bas -ventre que partout ailleurs. Il n'y avait pas le moindre épanchement dans la capacité abdominale, les intestins étaient en bon état; mais ayant enlevé le foie pour découvrir le rein , nous vîmes ce dernier viscère adhérent au rein dans toute sa surface et faisant corps , pour ainsi dire, avec lui ; le rein , détaché et coupé en long, formait un corps ferme entièrement graisseux et sans vaisseaux apparens. Parvenus au bassinet , nous y trouvâmes une pierre grosse comme une fève de marais, dure et raboteuse. Il y avait, dans l'intervalle des aspérités, une matière purulente, et cette pierre avait un prolongement en forme de piédestal, par lequel elle s'adaptait à l'entrée de l'uretère; mais ce qui est plus étonnant, c'est que nous trouvâmes de plus, dans la substance du rein, trois vers en vie, qui avaient trois pouces et demi de long. Eu poussant nos recherches plus loin, vers l'épine lombaire , notre étonnement augmenta encore en découvrant ti"ois autres vers, longs de deux

STRONGLE GÉANT? 743

à sept pouces, qui étaient fixés et comme lardés dans la substance des muscles , et en trouant l'épine cariée vers l'attache des piliers du diaphragme, à la première vertèbre des lombes. Du reste , les viscères du bas-ventre ne présentaient aucune particularité , si ce n'est que le rein gauche était très volumineux ; le foie très gros et très dur, et que la rate, devenue aussi très volumineuse, était à moitié putréfiée. »

§ 94a. Quelques personnes ont rapporté aux strongles ou à d'autres vers, les corps vermiformes ou les vers que disent avoir constatés dans l'urine les auteurs des observations suivantes. Pour moi, ces cas me paraissent très douteux, les caractères de ces prétendus vers étant très incomplètement exprimés. Toutefois, j'ai cru que rappeler ces faits incomplets ne serait pas inutile à des études ultérieures.

Obs. m. >— Vers on corps vcrmineux rendus avec l'urine par un nègre (Chapotaln. Topographie de l'Ile-de-France, in-4°, Paris , p. Sg).

«M. Hervé, propriétaire au quartier desPampelmousses,avail chez lui un nègre qui rendait depuis quelque temps du sang et des vers avec les urines : c'était un Malgache âgé de 20 ans, assez maigre, d'un appétit vorace, et ne désirant que des substances animales presque désorganisées par la putréfaction. Il fut conduit à la ville, afin de pouVoir suivre plus assidûment son état et mieux constater la réalité de la maladie.

« Quoique l'on n'espérât pas beaucoup des anthelmintiques administrés intérieurement et sous forme de lavement, ils furent cependant employés , mais sans effet. Les injections de vermifuges dans la vessie, telles que l'eau éthérée, les décoctions avec la racine du lilas de Chine (mellia), celle des différentes parties du papayer, le lait de la peau de son fruit i-endu miscible à l'eau, ne firent qu'occasioner des douleurs insupportables qui obligeaient le patient à rejeter sur-le-champ l'injection, et, si les vers étaient expulsés en même temps, ils étaient toujours vivans. L'eau froide n'excitant pas de douleurs aussi vives, le màlade put la conserver dans l'intérieur

de la vessie ; les vers qui furent ensuite rendus ne sortirent que morts, ils étaient longs de trois à quatre centimètres et avaient une parfaite analogie avec les lombrics. Le malade en rendit quinze dans l'espace de cinquante jours que dura ce traitement, qui suffit à sa guérison. Six mois après il en sortit encore quelques-uns , et on parvint à le guérir en renouvelant pendant quelques jours les injections d'eau froide dans la vessie. Deux ans et demi après cette indisposition, ce noir existait, mais dans le dernier degré de marasme : cet état paraissait être le résultat de la nourriture de substances animales en fermentation putride dont on n'avait pu le déshabituer, et non celui de la maladie vermineuse qui n'avait pas reparu.

« § 943. M. Manche rapporte qu'un petit garçon de six à sept ans, qui appartient à un bourgeois de son quartier, a vidé par la verge un ver velu, long de sept à huit travers de doigt et gros à proportion, et cela après avoir souffert, de temps en temps, près d'une année, de fort grandes douleurs à la région des reins. A la fin elles devinrent assez continuelles et assez violentes , pour lui causer quelques mouvemens convulsifs qui durèrent jusqu'à ce que le ver eût été rendu avec quelque peu de sang caillé qui sortit peu après.

§ 944- -A^iix cas douteux, il faut encore rapporter le fait suivant : «M. Landouillette, en faisant des expériences sur une chienne vivante, trouva, dans le rein gauche, un ver de la grosseur des plus grosses plumes de cigne, et long d'environ trois quarts d'aune. La tête de ce ver n'était distinguée de la queue que par sa grosseur, et il occupait si peu de place dans ce rein , qu'à peine l'avait-il rendu un peu plus gros que l'autre, quoiqu'il en eût rongé la substance, de sorte qu'il n'en était demeuré, pour ainsi dire, que ses membranes, sans que néanmoins la conformation ni la situation des vaisseaux émulgens ni de l'uretère fussent en rien changés , et sans que celui à qui cette chienne appartenait se fût aperçu qu'elle eût jeté du sang en urinant. »

§ 945. Il est difficile de dire aussi si le corps vermiforme rendu par les voies ui'inaires dans le cas suivant était uu strongle , un véritable ver, ou une concrétion fibriueuse. La

STRONGLE GÉANT? 745

gure ajoutée à cette observation ne ressemble à aucun animal ounu(i).

. « Le R. P. Camerier , prédicateur capucin, fut surpris dans 4 ville de Fare, d'une perte de sang considérable, qui sortit urant treize mois par les voies urinaires, quelquefois liquide l d'autres fois en grumeaux. Un des plus habiles médecins de ette ville lui donna les remèdes ordinaires à cette bémorrhaie ; mais comme ils n'avaient pas tout le succès qu'on souaitait, on transporta ce malade à Pezare , pour estre traité par ^ premier médecin de son A. S. de Florence. Ce savant méacin jugea par la douleur qui était fixe à la région des reins, t par les autres accidens dont cette perte de sang était accomagnée, qu'elle était dépendante d'un ulcère dans ces parties; : dans cette pensée il crust que , bien loin d'employer les asingens pour l'arrester, les destersifs estaient nécessaires pour londifier l'ulcère, et pour le disposer à la consolidation. L'effet e ces destersifs parut dès le premier jour, car les urines devin- ;ut troubles, sanguinolentes et pleines de filamens. On en )ntinua l'usage dans les jours suivans, et dans le troisième 3 poussèrent dehors , du moins une livre et demie de sang en umeaux , parmi lesquels il y avait une fort grande quantité à flocons de vers ronds , bruns et longs de deux ou trois tra- \sîrs de doigts. Le malade sentait de temps en temps comme n détachement de matière qui semblait se séparer du rein t oit , et descendre dans la vessie par l'uretère. Il commença , éanmoins, dès-lors à rendre des urines assez claires , etpeuant tout le quatrième jour, il ne ressentit que de légères dou- ;urs ; mais le cinquième , il commença à perdre du sang avec bondance; il jela de nouveaux flocons de vers, et il ressentit es douleurs qui lui semblaient être causées par l'extension de uretère, et qui étaient si violentes, qu'elles firent désespérer

' (l) Extrait d'une relation imprimée h Pesaro, au. duché de Florence, intenant l'histoire d'un prodige arrivé en la personne d'un père capucin , le 4 vril 1677. — Les nouvelles découvertes sur toutes les parties de la médecine '.cueillies en l'année 167g, par N. D. B., cliirurgicn du roi, inaistrc et juré à aris (à Paris, chezLaurcut d'Houdy, 167g, p. j35).

VERS DANS l'urine.

de sa vie. Cependant ses forces était un peu revenues J elles lui donnèrent lieu de résister à un bien plus cruel redoublement, cai , le jour suivant , la perte du sang s'augmenta, et il souffrit pendant trois heures des douleurs et des envies d'uriner si rudes et si continuelles , qu'elles le réduisirent à la dernière extrémité. Enfin, après y avoir trouvé quelque peu de relâche , elles se redoublèrent de nouveau , et on vit sortir dans ce moment, par l'urèthre, l'extrémité d'un corps dont on ne put pas bien déterminer la forme., et qui causa la suppression des urines en bouchant ce canal. Le malade s'étant efforcé de le tirer dehors avec la main , il demeura pendant une heure dans un accablement qui lui fit regarder la mort comme un terme inévitable de son mal. Cependant la nature fit un deraier effort contre son attente , qui le délivra de tous ses maux , en expulsant au-dehors une grande abondance de sang, avec le reste du corps qui s'était présenté, qu'on trouva long d'une palme de main , et pesant deux onces romaines. D'abord on eut peine à reconnaistre ce que c'estait, parce qu'il estait tout couvert de sang et d'autres immondices; mais après l'avoir bien lavé dans l'eau claire j on vit que c'était un animal ayant la teste , la couleur et généralement la forme extérieure d'une petite vipère , comme on peut le voir dans la figure suivante, oii il est représenté avec toutes ses dimensions. Pour ce qui est des parties internes , il ne fut pas possible de les connoistre , parce qu'avant qu'on se fût avisé d'en faire la dissection, on l'avait laissé dans l'eau durant quelques jours , d'oîi on le tira à moitié pourri. On assure néanmoins qu'à l'aide du microscope , on reconnut que ses intestins étaient semblables à de petits filamens. 5)

Spiroptère de l'homme.

% 946. On trouve quelquefois entre les tuniques de l'eslomàc desmammifères etsurtoutdes oiseaux des vers, très voisins des strongles (les spiroptères (r) ), et auxquels, suivant Bremser

(i) Spiiootère,s. Corps cylindrique, finement annelé, cl.nstiquc, altémic

SPIROPTÈRE DE l'HOMME.

et Rudolphi, on pourrait rapporter les vers observés par MM. Barnett et Lawrence chez une femme qui les rendait avec ses urines (s'il était bien démontré toutefois, que ces corps étaient de véritables vers).

M. le docteur Negri m'a fait voir plusieurs de ces versj conservés dans l'alcool. Tous avaient une même forme, le corps cylindrique, annelé, décoloré, d'une ligne de diamètre, dé deux pouces de long, atténué aux deux extrémités et étranglé vers le milieu de sa longueur. Je n'ai pu y découvrir ni bouche, ni organes sexuels; parties qu'on distingue facilement dans les strongles elles véritables spiroptères.Mais d'un autre côté, plus je les examinais avec soin, plus j'étais frappé de leur forme constamment la même. La fibrine en se coagulant dans les uretères, dans des cas d'hémorrhagies rénales, prend souvent la forme d'un ver, mais il est rare que ces concrétions se montrent avec une forme si constante, et il est plus rare encore de voir un aussi grand nombre de concrétions être rejetées au dehors, sans hémorrhagie rénale abondante; en outre M. Barnett a vu plusieurs de ces petits vers vivre pendant quarantehuit heures dans de l'eau tiède. Bremser, qui ne doute pas que ce ne fussent de véritables animaux, mais incertain sur leur caractère, pense qu'il se pourrait que ce fussent de jeuneâ strongles.

Rudolphi ayant fait mention de ces petits vers sous le nom de spir optera hominîs, je me suis cru autorisé à reproduire ici l'observation de MM. Barnett et Lawrence (i)-

Marie Pearson, âgée de 24 ans, fille d'une bonne et forte constitution, fut saisie, dans l'hiver de 1806, d'une rétention

anx deDx extrémités; boncbe orbiculaire; qnene du mâle roulée en spirale, garnie d'ailes latérales entre lesquelles sort un organe génital unique. Les pins grands atteignent à peine trois pouces, et la plupart sont beaucoup plus petits.

(l) Cas d'une Jemme qui a rendu un grand nombre de /vers par l'urèthre, par W. Lawrence, chirurgien assistant et démonstrateur d'anatomie à l'bôpital Saint-Bartholoméc, lu le 12 novembre i8ta {Medic. chirurg.trahs., t. n, yéà\i., p. 385).

V£RS DANS l'ouINE.

d'urine qui nécessita l'emploi journalier du cathéter. Sa po-î sition l'obligea d'entrer dans un hôpital, elle se jjlaignait d'un grand poids à la vessie, de douleurs dans les aines, d'engourdissement dans les cuisses; elle urinait rarement, et chaque fois, elle rendait seulement quelques gouttes d'urine mêlées de sang. On pensa qu'il existait un calcul dans la vessie. Mais l'exploration par la soude n'en fournit aucun indice. Après être restée à l'hôpital un temps considérable sans aucun soulagement, elle en sortit et se plaça sous la direction d'un médecin qui pratiqua le cathétérisme deux fois par jour. Elle entra ensuite dans un autre hôpital, où l'on eut la même opinion sur la nature de sa maladie. Dans l'été de 1809, elle se confia aux soins de M. Barnelt, et lui apprit ce qui précède. Alors sa constitution était épuisée , elle était très maigre ; sa langue était chargée , et offrait souvent un aspect typhoïde, l'appétit était entièrement perdu, elle se plaignait de douleurs dans les aines et la vessie, et n'avait urinée depuis six mois qu'à l'aide du cathéter. Elle était saisie de violentes douleurs si l'emploi du cathéter était suspendu. Alors la douleur et la chaleur brûlante de la vessie, étaient très intenses. On employa des sangsues , des fomentations sur la région de la vessie, le bas-ventre fut réglé par l'huile de ricin et de l'oreille d'ours prises journellement; par ces moyens on obtint de l'urine donnant un sédiment furfuracé.

Les symptômes qui indiquaient l'existence d'une irritation de la vessie existaient encore. M. Barnett introduisit la sonde, mais sans trouver aucun signe de pierre. Cet examen causa beaucoup de douleur, et donna à la malade la même sensation, que si l'instrument avait frappé contre une balle au sommet de la vessie. De ce moment le sentiment de pesanteur devint plus considérable. Cette femme sentit une fluctuation au dedans d'elle-même, comme si quelque chose s'y mouvait. Cet état était si douloureux , qu'elle fut obligée de rester constamment au lit , et elle y est restée depuis presque constamment. La quantité de l'urine avait considérablement diminué. Il avait été nécessaire d'abord d'employer le cathéter deux fois par jour, puis une fois , puis tous les deux jours , et enfin tous les trois

SPIROPTÈRE DK LHOMME.

jours seulement. La malade alla jusqu'au commencement .l'août, employant les moyens qui sont généralement conseillés dans les afifeclions de la vessie, sans éprouver le plus léger soulagement. Sa constitution s'altérait de plus en plus ; elle était incapable de se lever, et elle avait une douleur de tête continuelle, qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant. Le moindre bruit l'agitait ; l'appétit avait entièrement disparu ; elle ne prenait que des alimens liquides, et en très petite quantité; elle ne pouvait dormir sans de fortes doses d'opium. La fluctuation dans la vessie était plus prononcée, et, d'après la malade, assez forte pour être sentie avec la main. La vessie restait distendue, même après qu'on en avait extrait l'urine, et si sensible, que le poids des couvertures ne pouvait être supporté. Un nouvel examen fut encore fait, très attentivement avec la sonde , et produisit comme auparavant la sensation qu'eût produite la percussion contre une balle dans la vessie. Cet examen fut suivi d'un violent accès de convulsions, dans lequel la malade était si agitép , que cinq à six personnes étaient nécessaires pour la tenir.

Elle était dans xine grande angoisse, comme une personne ateinte de tétanos. Elle resta près d'une demi-heure totalement insensible à ce qui se passait autour d'elle, et, en revenant à elle , elle dit que le corps qu'elle sentait dans la vessie avait été entièrement détaché, par l'instrument, du sommet delà vessie, 3t qu'il pressait très pesamment sur son col. Depuis cette époque , de semblables accès ont eu lieu fréquemment. Pour prévenir tes accidens de la distension de la vessie pendant la nuit, deux onces d'urine seulement ayant été extraites pendantl'examen, une sonde fut laissée dans la vessie; la malade passa la nuit sans repos. Les contractions de la vessie furent très douloureuses, et, quoique l'urine fût rendue aussitôt qu'elle était sécrétée, cet organe paraissait très volumineux. M. Barnett fut surpris, eu retirant la sonde, de trouver un corps qui lui parut un ver rond , engagé dans son ouverture. 11 était du volume d'un fuseau à dentelle , d'un pouce et demi de long, et de couleur blanche. M. Barnett me fit voir ce cas. Le calhélérisme, pratiqué avec soin, noua fournil les mêmes résultats qu'aupa-

75o VERS DANS LUniNE.

ravant , et nous convînmes qu'une sonde serait laissée dans la vessie , afin d'obtenir de nouvelles lumières sur la cause des soufFrances de la malade. Trois vers furent expulsés; deux étaient engagés dans l'orifice de l'instrument, et le troisième roulé en peloton , à son.exti-émité.

Ayant alors quelques données sur la cause des symptômes , je suggérai à M. Barneit d'essayer de l'enlever, en dilatant l'urèthre d'après [le procédé recommandé par M. Thomas dans le premier volume des Transactions médico-cliirurgicales; mais les soufirances de la malade furent si vives, qu'on ne put pas le continuer aussi long-temps qu'il l'aurait fallu. Les heureux effets de l'huile de térébenthine dans des cas de taenia, nous engagèrent à essayer de ce médicament ; on en donna deux dragraes le soir, dans un peu de bière tiède. L'huile ne produisit pas d'autre sensation qu'une chaleur désagréable à l'estomac. L'influence de ce médicament sur la sécrétion urinaire fut très remarquable. La vessie était péniblement distendue le lendemain matin, quoiqu'on l'eût vidée la veille au soir. Tandis qu'à cette époque le cathétérisme était employé seulement tous les trois jours, une pinte et demie d'urine fut évacuée; une quantité double de ce médicament fut employé dans la soirée, et ne produisit pas d'autre eflfet qu'une transpiration abondante pendant la nuit, et un besoin d'uriner. Le lendemain la malade ne fit pas d'efibrt pour aider à cette disposition , car le peu de temps qui s'était écoulé depuis l'emploi du cathétérisme, lui fit supposer que cette tentative était inutile. Le besoin devint à la fin si urgent , qu'elle y céda , et rendit une pinte et demie d'urine, contenant quatre vers. C'était la seule évacuation naturelle d'urine qu'elle eût eu depuis que M. Barnettla soignait. La suite de ce traitement ne répondit pas à ces flatteuses apparences. Le médicament, la quatrième fois qu'il fut employé, produisit une violente douleur de tête , qui fut suivie d'érysipèle de tout le corps, mais en particulier de la face. Toutes les tentatives subséquentes pour l'employer, même à doses moins fortes, furent suivies d'un retour des mêmes accidens. Depuis le premier emploi de l'huile de térébenthine, la santé générale était devenue meilleure. La

SPIROPrtlRE DE l'homme.

malade avait recouvré l'appétit, reposé la nuit sans opium. Les sensations de la vessie étaient moins douloureuses , et elle pouvait se lever quatre à cinq heures par jour. M. Barnett injecta alors dans la vessie une liqueur composée de parties égales d'Luile de térébenthine et d'eau, qui produisit seulement, d'après l'expression de la malade , un accroissement d'agitation des vers. En retirant la sonde, il en sortit quatre. La répétition de celte injection produisit la même irritation constitutionnelle, et l'inflammation érysipélateuse que l'emploi de ce médicament avait déterminée, et l'accès qui avait auparavant occasioné tant de souffrances se renouvela.

Ces moyens ayant échoué, M. Barnett introduisit, le 22 février, une large sonde ouverte à son extrémité , mais garnie d'un stylet qui en remplissait l'orifice pendant son introduction ; en retirant le stylet , un libre passage était ouvert aux matières contenues dans la vessie. En moins d'une demi-heure, neuf vers sortirent avec une cuillerée à café de matière sablonneuse. Quatre de ces vers avaient cinq pouces et demi de long. Cinq vers soi'lirent le 24, un le a5. La nuit suivante, la malade n'eut pas de repos , et les contractions de la vessie furent assez douloureuses pour occasioner un accès. Le 28 , trois vers furent rendus. Le 2 mars, il en sortit neuf grands; le 6, quatre ; le 9 , cinq , le 17, quatre ; le 23 ^ deux ; le 5 avril , sept ; le 6, sept. Le 12 avril, une liqueur composée de parties égales d'huile de térébenthine et d'eau ayant été injectée, douze vers sortirent. Le 17 , on injecta trois parties d'huile de térébenthine et une d'eau, et treize vers lurent expulsés. Le 20, on injecta de l'huile de térébenthine pure, et dix vers sortirent. De légers mouveraens d'ondulation furent observés dans ceux-ci; mais ces vers étaient ordinairement morts. Quelquefois les vers qui sortaient par le cathéter cheminaient dans le lit de la malade jusqu'à ses pieds. Elle continua à rendre des vers de la même manière, et M. Barnett suppose qu'il y en eut plus de six cents de rendus. Une fois il sortit une portion de mucus qui enveloppait plusieurs petits vers d'un demipouce à un pouce de long , qui vécurent trois jours dans l'urine et s'y mouvaient vivement.

7 Sa VERS DANS l'urine.

En avril 1811 , cette femme était dans le même état. Le caihétérisme est pratiqué tous les trois jours; l'urine est en petite quantité; des vers sortent toujours en plus ou moins grand nombre : vingt-deux est le plus grand nombre qui en ait été expulsé à-la-fois, excepté lorsque les petits vers sortaient. M. Barnett a fait dernièrement des injections d'huile d'olive : ^ l'irritation et les accès semblent moins grands après son emploi et moins violens. Les vers sont toujours expulsés, que l'on fasse ou non des injections; mais ils sortent en plus grand nombre lorsqu'on en pratique.

Octobre 1811. Un large abcès s'est formé près du vagin en juin. Il fut accompagné de symptômes constitutionnels; la malade s'affaiblissait lorsqu'il s'ouvrit dans cette cavité; cette ouverture fut suivie d'un très grand soulagement. Une grande quantité de pus de mauvaise nature fut jetée en dehors, et huit ou dix vers l'ont été depuis chaque jour. Une fois on remarqua l'issue d'un ver. Cette femme est passablement bien à présent; elle a bon appétit, mais ne peut pas se mouvoir. Elle rend des vers avec l'uriue, et a parfois des accès comme autrefois. Le nombre des vers rendus passe 800 à 1000.

On a représenté les grands et les petits vers de grandeur naturelle; les derniers furent rendus seulement une fois. Les grands vers ont ordinairement de quatre à six pouces de long; le plus long avait huit pouces. Ils sont minces au milieu, oii ils paraissaient ordinairement étranglés et comme près de se rompre. Ils s'accroissent graduellement de ce point dans deux directions, et décroissent encore aux extrémités quand on les place dans l'eau après une immersion dans l'alcool; ils sont ployés à ce point du milieu. Leur surface offre un double rang de petites protubérances, et leur corps dégénère en une extrémité pointue et amincie. Le côté opposé du corps est creusé et a deux bords élévés quand il est coupé Iraversalement; sa forme est entièrement carrée. Ils sont mous au moment de leur sortie et de couleur jaunâtre. Je n'ai pu découvrir aucun arrangement d'organe élémentaire à la dissection; le corps semble partout homogène, et des observations microscopiques soigneuses n'ont rien fait découvrir de plus.

DACTYLICS ACULEATUS. -ySS

• Les plus petits vers , semi-lransparens lors de leur sortie , devenaient parfaitement opaques par leur immersion dans l'alcool. Leur forme est arrondie et les deux extrémités pointues, et leur examen à l'aide du microscope n'a rien appris, (i)

Dactylius aculeatus.

§ 947. M. J.-B. Curling, chirurgien en second à l'hôpital de Londres, a décrit une nouvelle espèce de vers (a) rendus avec l'urine. Voici le fait :

«Une jeune fille de cinq ans, jusqu'alors bien portante, éprouva, en 1887, une pneumonie sub-aiguë; à plusieurs reprises elle avait rendu, par les selles, de petits ascarides. Au commencement de mai, elle maigrit, et fut prise de toux. La fièvre avait le caractère rémittent; les urines élaienl fort troubles. Un traitement bien dirigé fit disparaître ces accidens , et l'urine reprit sa couleur normale. Le 26 mai , on trouva dans les urines quelques petits vers; il en fut de même les jours suivans. Le i"" de juin, elle rendit parles selles quelques ascarides, mais ce jour et le suivant les urines n'oflVirent plus rien. On constata de nouveau la présence d'enlozoaires dans les urines, le 3 juin ; et quelques-uns s'étaient présentés seuls à l'orifice de l'urètbre , pendant le courant de la journée. Cet enfant se rétablit rapidement, et n'eut aucune afTectiou des voies urinaires. L'urine qui contenait ces vers était très colorée et légèrement acide; lorsqu'ils s'échappaient les premiers, ils flottaient séparément dans l'urine ; mais bientôt ils se réunissaient et se formaient en peloton. Ils étaient transparens, et l'on pouvait facilement distinguer, à l'œil , à travers leurs en-

(1) M. Lawrence reuToie ici aux figures qu'il a données de ces Ters. M. le docteur Negri m'en ayant remis un , je l'ai fait dessiner (Att.as, Pl. xxviir, fig, 7).

(2) Case of a girl who njoided fiom the urethfa a numher oj enlozootic worms not hitherto descnbed with an account of the animais, by T. B. Curling, iSSg, fig. (Mcd. chir. Transact. London, t. xxu, iiig).'^Arc/nves générales de médecine, 1840, 4' série , vol, vii> p« 497-

ij^^ VERS DANS LtJRlNÉ.

veloppes, le canal digestif et les autres organes; plongés dans l'alcool , ils devinrent blancs et opaques. Il y en avait de deux espèces, des grands et des petits: les premiers étaient plus nombreux.

« Convaincu qu'ils n'avaient pas encore été décrits , et pensant qu'ils pouvaient constituer les larves de quelque insecte introduit par hasard dans l'économie , l'auteur les examina au microscope, et reconnut qu'il avait affaire à de véritables entozoaires, d'une belle organisation j et de la classe des nématoïdes de Rodolphi. Plus tard , il les étudia avec le professeur Owen et M. Quekett.

« Cet entozoaire est d'une couleur claire ; sa forme est cylindroïde, annelée, et légèrement conoïde à ses extrémités. La femelle a environ quatre cinquièmes de pouce de longueur ; le mâle, comme cela se voit dans beaucoup d'espèces de la classe des nématoïdes, est plus petit, et n'offre que deux cinquièmes de pouce environ de longueur. La tête est obtuse et tronquée , la bouche orbiculaire; le cou est distinctement annelé. Leur enveloppe est line et transparente; elle offre deux couches de fibres que je crois de nature mtisculaire, l'une circulaire, l'autre longitudinale; elle est de plus recouverte d'un grand nombre d'épines pointues, disposées par faisceaux de trois ou quatre à-Ia-fois, et placées à des distances égales. Au micromètre, je trouvai d'un cinquantième à un soixante-dixième de pouce d'écartement, environ , entre les faisceaux d'aiguillons. Ils manquaient seulement dans un petit espace ; leurs pointes étaient dirigées en bas dans la partie antérieure, en haut dans la partie postérieure du corps, et l'on pouvait facilement distinguer les mouvemefas qu'ils ofiraient. Le tube alimentaire, examiné sur une femelle, me parut commencer à la bouche, par trois petits conduits sinueux , se réunissant ensuite pour former un canal unique , qui s'élargissait en avançant , et se terminait par une ouverture trilobée.... Aux environs du tube digestif, j'ai remarqué, surtout chez la femelle, un canal marqué de bandes transversales, et qui me parut animé de mouvemens particuliers, comme pulsatoires. M. Owen compta que ces pulsations arrivaient au nombre de huit en douze secon-

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