‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource]Chapitre 35 sur 42 · DA.NS LES REINS ET LE BASSINET · texte numérisé non relu

DA.NS LES REINS ET LE BASSINET

«élait devenue méconnaissable; et, dans ce point, la substance (Corticale avait éprouvé une légère diminution de consistance.

La capsule fibreuse du rein gauche était plus adhérente que dans l'élat ordinaire; plusieurs tubercules étaient disséminés dans le rein. En comparant le rein gauche au rein droit, la seule différence que nous ayons remarqué a été l'existence d'une petite quantité de matière tuberculeuse à la surface d'un mamelon et quelques petites élevures tuberculeuses sur la membrane muqueuse d'un calice. Un des cônes était fortement inliltré de matière tuberculeuse; l'extrémité du mamelon, entièrement envahie par la matière tuberculeuse , faisait saillie dans un calice dont les membranes étaient tellement encroûtées de matière tuberculeuse qu'elles étaient méconnaissables.

La capsule surrénale, plus volumineuse que dans l'état sain, contenait plusieurs masses tuberculeuses ayant la même apparence que les précédentes.

§ 911. Deuxième sàie. — Les cas appartenant à cette série sont assez rares; ce sont ceux dans lesquels l'affection tuberculeuse a envahi à-la-fois les substances rénales» les calices et le bassinet, sans s'être étendue aux uretères et à la vessie. Rien ne prouve que ces cas soient accompagnés, pendant la vie, de douleurs ou de ténesme vésical. Cependant, si des grumeaux tuberculeux descendaient en abondance des bassinets dans la vessie , il se pourrait qu'on observât quelques-uns des symptômes qu'on rencontre toujours ou presque toujours dans les cas de complication de cystite tuberculeuse avec les tubercules des reins.

Obs. IV. — PLthisie laryngée et tuberculeuse ; tubercules dans les reius.

François, âgé de 40 ans, succomba à la phthisie pulmonaire le 3 août i83i, à l'hôpital de la Charité. Les poumons offraient un assez grand nombre de granulations miliaires; le droit était notablement emphysémateux. Le lobe supérieur du poumon droit était infiltré de tubercules. Il y avait une vaste caverne au sommet du poumon gauche, où la dégénérescence tuberculeuse était très avancée. Tubercules en nombre consini. 4i

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dérable à différens états de ramollissemenl ou de dureté. L'épiglolte était ramollie , iilcérée , frangée à la base comme un col de matrice ulcéré; la membrane muqueuse du larynx était ulcérée dans plusieurs points et gonflée dans toute sou étendue. Ulcération du cartilage arythénoide et des ligamens de la glotte; quelques ulcères dans la partie supérieure de la trachée; bronches pâles et roses. Hypertrophie concentrique du ventricule gauche du cœur, dont les valvules sont saines; un verre -de sérosité dans le péricarde; estomac sain; traces de péritonite hépalo-gastrique, ancienne. Le foie a une bonne consistance; plusieurs glandes mésentériques sont très volumineuses; vaisseaux lymphatiques correspondans très apparensj la rate d'une couleur brun foncé, assez grande et de bonne consistance.

Le rein droit est beaucoup plus volumineux que le gauche; l'artère émulgente droite est cependant notablement plus petite que la gauche. Le rein droit a quatre pouces au moins de long d'une extrémité à l'autre ; le bassinet, très dilaté, est imprégné d'une matière blanche, homogène, granulée; cette imprégnation se prolonge dans les calices. La substance du rein, refoulée et atrophiée dans cinq ou six points, est remplacée par de larges cavernes enduites d'une couche de matière tuberculeuse d'une à deux ou trois lignes d'épaisseur. Le dépôt de celte substance se continue sans aucune interruption dans toute la longueur de l'uretère ; ce conduit a la grosseur du doigt annulaire d'un adulte.

Le rein gauche, plus petit que le droit, est très foncé; sa substance lubuleuse est infiltrée de quelques tubercules.

Dans les deux reins , les grosses veines sont saines.

La vessie est un peu injectée; le canal de l'urèlhre est sain dans son tiers antérieur et malade dans les deux postérieurs. Là commence un rétrécissement qui va se terminer à un culde-sac en avant de la prostate ; une sorte de canal irrégulier continu avec la fin du rétrécissement et situé au-dessus du culde-sac communique directement avec la vessie.

Le testiculegauch e fait hernie à travers l'anneau ; il est atrophié et contient un tubercule déjà ramolli.

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Ç» 912. Troisième série. — Les observations de celte troisième série sont relatives à des cas dans lesquels la dégénérescence tuberculeuse des voies urinaires s'est étendue à presque toute leur surface et notamment à la vessie. Le plus souvent alors l'affection tuberculeuse des reins et de leurs conduits excréteurs peut être, sinon reconnue , au moins soupçonnée , pendant la vie, à des caractères déjà indiqués (§ go4).

Obs. V. — Tubercnles en grains et en petites masses , infiltres dans la substance du rein, dans la membrane muqueuse du bassinet, de l'uretère et de la vessie; altération jaune semi-transparente de la substance corticale des reins dans le voisinage des tubercules.

M- Vigla m'a remis un rein tuberculeux , provénânt d'un malade mort dans le service dfl M. Ricord. Ce rein, plus volumineux que dans l'état sain, pesait environ sept onces. Il offrait à la coupe les dispositions suivantes. La membrane muqueuse du bassinet et des calices, extrêmement épaissie , d'un blanc jaunâtre , avait un aspect grenu, d'une teinte café au lait. Cet épaississement du bassinet était évidemment dû à la matière tuberculeuse qui était également infiltrée dans la membrane muqueuse de l'uretère. Ce conduit cylindrique et solide était au moins double de son volume ordinaire ; mais son calibre n'était pas augmenté dans la même proportion : au contraire , il paraissait comme obstrué par l'infiltration tuberculeuse de la membrane muqueuse. La membrane externe de l'uretère et la couche celluleuse pouvaient être facilement détachées de la membrane fibreuse. Celle-ci était épaisse et avait assez de ressemblance avec la tunique jaune de l'aorte. Quant à la membrane muqueuse, on pouvait la diviser artificiellement en deux ou trois lames, mais on ne pouvait l'isoler du dép6t qui l'avait pénétrée.

Une masse tuberculeuse, ramollie, du volume d'une grosse noix, était logée dans la substance corticale , à l'extrémité inférieure du rein , et on remarquait une rougeur vive autour d'elle; celle masse tuberculeuse paraissait entourée d'une membrane celluleuse. Toute la substance corticale était infiltrée de matière tuberculeuse , disposée en grains isolés ou en séries

dans la direction des stries de la substance corticale. On remarquait un petit cercle rouge autour de tous ces petits dépôts. La matière tuberculeuse était infiltrée en masses plus considérables dans d'autres points, voisins de la base des cônes. Quant à la substance corticale elle-même, dans les points où elle n'était point infiltrée de tubercules , elle avait une teinte morbide, approchant de celle de l'abricot et semi-transparente comme certaines gelées de viandes, très foncées; mais elle avait sa consistance naturelle. Les veines et les artères étaient saines; les membranes des reins n'offraient point d'alléralion.

La membrane muqueuse de la vessie, surtout dans le point correspondant à l'orifice de l'uretère malade, offrait un dépôt de matière tuberculeuse.

L'autre rein était parfaitement sain.

Le malade avait été traité pour une diathèse scrofuleuse et pour des ulcères à la face, regardés comme scrofuleux et vénériens. Il y avait des tubercules dans les poumons.

Obs. VI. — Tubercules des reins; allcration tuberculeuse du rein droit, du bassinet, de l'uretère de la vessie et de l'urèthre, etc.

Moulin (Joséphine), âgée de 28 ans, couturière, mourut, le 14 août i83i, de phthisie pulmonaire, à l'hôpital de la Charité.

Le rein droit avait le volume et la forme d'un rein ordinaire, mais, à l'extérieur et à travers sa membrane propre, on distinguait un assez grand nombre de petits points d'un blanc légèrement-jaunâtre. Ces petits points du volume de la tête d'une grosse épingle étaient formés par de la matière tuberculeuse, infiltrée dans le tissu du rein. Après avoir incisé cet organe en deux parties égales, nous reconnûmes que de la matière tuberculeuse était déposée : 1° dans l'épaisseur et à la surface de la membrane muqueuse du bassinet et de l'uretère ; 2° dans la substance tubuleuse et notamment dans les mamelons ; 5° dans la substance corticale.

La cavité du bassinet paraissait comme tapissée dans toute son étendue par une pseudo-membrane jaunâtre^ de nouvelle formation qui se prolongeait à l'extrémité supérieure du rein dans une espèce de caverne, dont la surface était inégale. En

grattant avec le scalpel la surface de la membrane interne du bassinet, on ne pouvait que très difficilement détacher la matière tuberculeuse avec laquelle elle était confondue, A l'intérieur du baasinet, on voyait aussi des points blanchâtres, du volume de la tête d'une petite épingle, formés par de la matière tuberculeuse déposée dans l'épaisseur de sa membrane interne. Un deuxième degré de l'altération était constitué par de petites ulcérations de la membrane muqueuse, tantôt d'une demi-ligne de diamètre, tantôt plus larges et irrégulières, et dont les dimensions étaient indiquées par un léger liseré, comme les ulcères tuberculeux de la ti'achée ou des bronches. La surface de ces petites ulcérations étaient enduite d'une matière jaune, très adhérente, tout-à-fait semblable à celle qui tapissait l'intérieur du bassinet.

Plusieurs mamelons étaient d'un blanc jaune et tellement imprégnés de matière tuberculeuse qu'on ne distinguait aucune ^e leurs fibres j en avançant vers l'extérieur du rein cette malère élait déposée en petites traînées globuleuses et plus rarenent en nappes. Autour des tubercules la substance du rein ;tait injectée. Le sommet d'un des mamelons était détruit, pro- )ablement par suite d'une fonte tuberculeuse. A l'extrémité iipérieure du rein, là où un calice dilaté formait une espèce de averne , on ne distinguait plus de mamelons, et l'épaisseur du ein, y compris sa membrane externe et la membrane inerne du calice, n'était guère que d'une ligne et demie. Le rein tait parsemé de grains blancs , analogues aux tubercules du léritoine. Les petits vaisseaux, examinés avec soin, ne conteaientpointde matière tuberculeuse.

L'uretère, double de son volume ordinaire, formait une corde olide, .disposition qui était due à l'imprégnation de sa memirane interne par la matière tuberculeuse; la membrane fibro elluleuse était saine.

La vessie offrait une altération analogue à celle de l'uretère : " de petits points blancs semblables aux grains tuberculeux de intestin ; a* de petites ulcérations, superficielles comme de etils aphthes , les unes uniques et d'une demi-ligne de dialèlre environ, les autres un peu plus grandes, d'autres irrégu-^

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lières, évideminenl formées par plusieurs petites ulcérations réunies. Ces ulcérations n'intéressaient pas la membrane musculcuse. Le bas-fond de la vessie etla portion qui correspond à l'orifice de l'uretère droit, étaient enduits d'une matière jaune qui, comme dans l'uretère et dans le bassinet, faisait corps avec lu membrane muqueuse. La membrane muqueuse du canal de l'urèthre offrait une semblable altération. Le bas-fond de la vessie était, eu outre, plus injecté que dans l'état saio. Le rein et l'uretère gauches étaient sains.

La matrice et ses dépendances n'offraient point d'altération tuberculeuse. Sur le col de l'utérus, vers l'orifice vaginal, la membrane interne était détruite sans que le tissu de l'utérus parût altéré. Les deux poumons, parsemés de tubercules, offraient des cavernes à leur sommet. Le larynx était sain ; il y avait plusieurs ulcérations dans la trachée et des ulcérations tuberculeuses dans l'intesliu. Les ganglions lymphatiques du mésentère étaient tuberculeux; le foie commençait à passer à l'élat graisseux; la rate était saine ; l'estomac, le cœur et les gros vaisseaux, sans lésions remarquables. Le cerveau ne fut pas examiné.

Obs, VII. — Cystite et pyclitc tuberculeuse du rein droit à la suite d'une érosion des trois dernières vertèbres lombaires et d'un abcès par congcstloD.

Dans le mois d'août de l'année i835 , je fis avec M. Velpeau l'autopsie du cadavre d'un homme mort d'un abcès par congestion 5 cet abcès , ouvert à l'aine droite , avait donné beaucoup de pus.

La colonne vertébj'ale n'avait pas subi de déviation latérale; mais les courbures naturelles étaient excessivement exagérées. En examinant l'abcès situé à l'ajne droite, on trouva qu'il était situé sous l'aponévrose, dans l'intervalle des muscles qui marquent le triangle inguinal- Très profondément et près du petit tyochanter, existait un vaste foyer oii les muscles étaient altérés, le tissu cellulaire en suppuration et les vaisseaux comme disséqués; en remontant à la source du pus, on vit qu'il était venu de l'intérieur du ventre, sous l'aponévrose

DANS LES REINS , LES URETÈRES ET LA VESSIE. 6l^J

i fascia iliaca. Sous le muscle iliaque, on sentait de la flucj tuation ; le lissu cellulaire de la fosse iliaque droite était épaissi, j induré j l'urelère du même côté était adhérent, mais non per- I foré. Le rein droit, doublé de volume, bosselé, faisait saillie j dans le flanc droit ; ses membranes pouvaient être détachées faci- I lement; la substance corticale, saine en quelques points , offrait une injection fine dans quelques autres, ou de petites taches blanches, des anémies partielles avec ou sans infiltration de j matières salines, grisâtres.

I Le rein ayant été incisé de son bord externe à son bord interne, de manière à être partagé en deux moitiés, on trouva le bassinet et les calices pleins de pus tuberculeux et transformés en loges, dans lesquelles on pouvait mettre une très grosse noisette. Ces loges communiquaient par un trou assez étroit avec le bassinet, qui n'était pas dilaté, et dans lequel il n'existait pas de calcul. Les mamelons étaient affaissés, la substance tubuleuse et la substance corticale atrophiées.

La membrane interne du bassinet et des calices est un peu inégale, d'un gris noirâtre, enduite et imprégnée d'une ma^tière blanchâtre, assez adhérente, et se détachant sous forme de grains ou de grumeaux. L'uretère est libre, mais ses parois sont épaisses; dans sa moitié supérieure, la membrane muqueuse est tuméfiée et revêtue d'une couche tuberculeuse enduite de pus.

L'autre rein est sain. La vessie est remplie d'une urine légèrement blanchâtre et purulente. Le bas-fond présente une injection rouge intense. On voit, à la surface de la membrane muqueuse, de petits points blancs, nombreux surtout autour du col de la vessie. De plus , il y a , au niveau du col de la vessie,, une bride d'une ligne au moins d'épaisseur; au-dessous de laquelle la sonde, pour entrer dans la vessie, passe, avec la plus grande facilité.

L'uretère du côté droit s'ouvre largement dans la vessie; son embouchure est partagée en deux par une petite bride analogue à la précédente.

L'urèthre est tout-à-fait à l'élat naturel dans la partie membraneuse et dans la partie bulbeuse. La prostate a son volume ordinaire. Sur les côtés du veru montanum, il y a deux lacunes

très larges dans lesquelles le bec d'une sonde n" 6 pourrait s'introduire. Sur le côté gauche de la portion membraneuse de l'urèthre et dans le tissu cellulaire , on trouve un petit foyer de pus.

Le muscle iliaque et le psoas incisés, on découvre la source de l'abcès : c'est une carie li-ès superficielle de la partie latérale droite des trois dernières vertèbres lombaires.

Le cerveau est sain ; les poumons sont farcis de tubercules et présentent plusieurs cavernes.

Obs. VIII. — Tubercules dans le rein et l'uretère ganclies, dans la vessie et dans le poumon, chez un homme mort de pneumonie (Obs. communiquée par M. Philippar).

Un ouvrier, âgé de 34 ans, entré à l'hôpital Saint- Antoine le la juillet i833 , toussait beaucoup depuis deux ans. Avantce temps , il s'enrhumait facilement et n'avait jamais craché de sang.

Cinq jours avant son arrivée, il fut pris, le soir, de malaise, de lassitude générale , de frisson et de douleur dans le côté gauche de la poitrine; douleur qui augmentait par la toux. Cet homme but du vin chaud sucré et se coucha. Le lendemain, se sentant mieux, il alla à son travail, où. il ne put rester longtemps. Revenu chez lui , il y resta trois jours , prenant peu d'alimens, ne pouvant plus se lever et se sentant bien malade. Le 12 , au mati-n , il fut apporté à l'hôpital. Il offrait les symptômes suivans : faiblesse et abattement très prononcés; décubitus dorsal; gêne de la respiration; respiration peu profonde, avec douleur dans le côté gauche de la poitrine; toux peu fréquente; quelques crachats rouillés; pouls plein et fréquent; matilé très manifeste vers le tiers inférieur de la poitrine du côté gauche; râle crépitant vers le lobe moyen du poumon; respiration bronchique [saignée de quatre palettes ; tisane pectorale; potion diacodée). Le lendemain, insomnie, prostration très grande; crachats visqueux, jaunes verdâtres, respiration fréquente ; point de râle crépitant ; respiration bronchique ; pouls fréquent ( saignée de trois palettes ). Le surlendemain , respiration sterloreuse ; toux moindre ; point de crachats ,

powls petit, fréquent {Usane de polygala; vésicaioire sur la poitrine). Mort dans la nuit du i5.

Autopsie du cadavre- Poumon gauche hépatisé dans les deux tiers inférieurs , s'écrasant facilement par la pression , laissant écouler un peu de sang très épais , de couleur lie-devin , grisâtre et mêlé de pus au centre du lobe inférieur. Ce poumon est parsemé de tubercules miliaires dans toute son i étendue. Poumon droit engoué , également infiltré de tuber- \ cules miliaires , surtout à son sommet.

Le rein gauche est beaucoup plus volumineux que le rein i droit; sou uretère, très dur, beaucoup plus gros qu'à l'état { normal , conserve une forme cylindi ique après une section 1 transversale , et ressemble à un tuyau de matière solide. Les parois en sont très épaissies et infiltrées de matière tuberculeuse. Le rein, fendu du bord convexe vers son bord concave, présente une large excavation , qui se confond avec le bassinet et contient un peu d'urine légèrement jaunâtre , mêlée de matière tuberculeuse grisâtre et ramollie. La substance tubuleuse est presque totalement détruite. La vessie offre, surtout vers son bas-fond, des plaques de matière tuberculeuse infiltrée; sa membrane muqueuse est excoriée en plusieurs endroits. De la matière tuberculeuse est mélangée à l'urine. L'autre rein était sain.

Obs. IX, — Rein gauche couvert! presque en entier en matière tuberculeuse ; tubercules dans le poiunon.

Sophie-Marie Bertrand, âgée de 43 ans, femme de ménage, arrivée au dernier degré de marasme, entra vers la fin d'août à l'Hôtel-Dieu. Cette femme, autrefois réglée très abondamment, mère de deux enfans, ne voit plus depuis un an : elle n'a jamais eu de flueurs blanches. Elle donne peu de renseignement sur l'état antérieur de sa santé, qui, du reste, paraît avoir été assez bonne pendant long-temps. Elle fait remonter à dix-huit mois le début de sa maladie. Au commencement elle eut, dit-elle, des maux de reins, des tranchées, des coliques sans dévoieraentj mais «es maux de reins disparureot au bout

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de deux mois, et ils ne sont jamais revenus depuis; les urines n'ont jamais présenté de sang : l'émission n'a été ni plus rare ni plus fréquente qu'en santé; il n'y eut point alors de fièvre.

Durant les derniers six mois, augmentation de la faiblesse générale, amaigrissement notable; dévoiement très abondant depuis deux mois ; depuis un mois , toux , sueurs nocturnes, inappétence. La malade était si faible , qu'il fallut deux séances assez longues pour obtenir d'elle ces renseignemens.

Faiblesse et marasme très prononcés; impossibilité presque complète de se mouvoir dans le lit. Figure jaune paille, amaigrie , rappelant la coloration des femmes affectées de cancer de l'utérus; intelligence complète; point de phénomènes morbides du côté des sens ; langue sèche, avec points blancs mats, exsudation crémeuse sur les lèvres , la bouche, le voile du palais; déglutition difficile; inappétence , soif ; point de nausées ni de vomissemens ; ventre plat, rentré, non douloureux, sans tumeur appréciable à la main; pas d'écoulement par le vagin; col de l'utérus intact, élevé, à lèvres unies; chaleur nulle, pouls filiforme à 90; pas de lésion apparente du côté du cœur; légère diminution de la sonorité de la poitrine ; sous la clavicule droite, respiration généralement rude, avec expiration prolongée; râle muqueux sans résonnance de la voix; œdème général, mais très léger, un peu plus marqué aux bras et à la face que partout ailleurs.

Le troisième jour seulement, on put obtenir de la malade qu'elle urinât dans un verre, et encoi-e ne donna- t-elle guère qu'environ trois cuillerées d'urine trouble, peu acide, remplie de flocons blanchâtres, précipitant en blanc par l'acide nitrique. Dans la soirée de ce troisième jour , la malade s'éteignit.

Autopsie du cadavre— lie crâne et les organes qu'il renferme ne présentèrent aucune altération.

Quelques gouttes de sérosité dans le péricarde; cœur d'un volume ordinaire.

Dans les poumons, engouement hyposlatique ; au sommet du poumon droit, une vingtaine de tubercules crus, disséminés, réunis au nombre de cinq ou six en une petite masse dure. Dans le reste du tissu pulmonaire, on n'aurait

guère pu compter plus d'une vingtaine de tubercules crus , disséminés de loin en loin. Rougeur violacée des bronches; pâleur du tube digestif; ulcérations vers la fin de l'iléon et dans le gros intestin; quelques ganglions mésenlériques sont volumineux, durs, convertis en matière crétacée ou luber-

i culeuse ; l'utérus , le foie, la rate semblent sains.

Matière tuberculeuse dans le rein gauche , dans l'uretère et

>. dans la vessie chrouiquement enflammée; quelques points tu-

) berculeux dans le rein droit.

, Obs. X. — Tubercules dans les reins, dans les testicules, dans la prostate, le mésentère et les poumons ; ulcérations tuberculeuses dans le canal de l'urèthre et dans le tube intestinal.

Claude Laloge, âgé de 36 ans, né dans le département de l'Isère, habitant Paris depuis dix ans, entra à la Charité, le I i8 février 1837.

Le scrotum est distendu par deux tumeurs ovoïdes , grosses chacune comme une orange. La partie inférieure de la bourse droite est percée d'une petite ouverture fîstuleuse à bords réfléchis en dedans, qui donne issue à un liquide séro-puru- I lent, chargé de grumeaux d'un blanc jaunâtre. Du reste , la peau des bourses est saine et n'adhère pas aux tumeurs. Cellesci ne sont douloureuses qu'à la pression , et elles ont une consistance squirrheuse , excepté derrière la fistule , où existe une petite saillie plus molle que le reste de l'organe.

Le malade ressent de la cuisson en urinant : ses urines sont presque toujours chargées de petits grumeaux blanchâtres, semblables à des parcelles de riz boitilli : elles s'écoulent quelquefpia involontairement, et d'autres fois ne sortent qu'avec une extrême difliculté.

Cet homme est d'une taille ordinaire et bien conformé : il a la peau blanche et fine; les cheveux châtains; la barbe rousse; les cils et les sourcils blonds; les yeux bleus ; les dents blanches, bien rangées et parfaitement saines; les ongles crochus. Quoiqu'il soit très maigre , son système musculaire est encore assesi développé. Son intelligence est médiocre : il s'affecte et pleure facilement.

Les parois de la poitrine sont amaigries au point que la peau paraît immédiatement appliquée sur les os. Le malade tousse le matin et le soir. Il a des sueurs nocturnes, de fréquentes insomnies , de la fièvre le soir et pendant une partie de la nuit. Sa faiblesse est telle , qu'il peut à peine faire quelques pas. Le ventre est un peu ballonné. Inappétence; de temps à autre quelques coliques; dévoiement habituel.

Cet homme , qui est né de parens sains , et qui a six frères ou sœurs bien portans , a joui jusqu'à sa vingt-neuvième année d'une parfaite santé. Aucune trace de maladie scrofuleuse.

En i83o, il contracta une blennorrhagie , qui fut bientôt accompagnée de plusieurs chancres au gland et d'un bubon à l'aine droite. Ces symptômes syphilitiques disparurent au bout dé trois mois d'un traitement mercuriel. Le bubon ss termina par résolution. Un herpès prœputialis survint et disparut lorsque les testicules commencèrent à devenir malades.

Le testicule droit est affecté depuis dix-huit mois, le gauche depuis quatorze mois. Dans les deux , la maladie a débuté à la partie postérieure , par une pelile saillie dure et douloureuse, qui peu-à-peu s'est élargie et a paru envelopper le testicule tout entier. Ces expressions du malade porteraient à croire que le.mal a commencé par l'épididyme. En même temps Laloge a été pris, pour la première fois, d'un rhume, qui ne l'a plus quitté. L'engorgement du testicule droit a d'abord été traité pendant deux mois par des frictions avec une pommade, et des pilules , dont il ne connaît pas la composition , et par du sirop concentré de salsepareille. Ce traitement n'ayant point amoindri la maladie, et la fluctuation devenant manifeste au bas du testicule droit, on y pratiqua une incision, d'où il s'écoula un peu de pus, mêlé à une plus grande quantité de sang. Bientôt après, le testicule gauche devint douloureux à son tour. Ce fut alors que le malade se confia aux soins d'un médecin , qui, pendant six semaines, lui fit appliquer tous les deux jours quinze sangsues sur les bourses ou aux environs. Plus tard , séjour de quatre mois à l'hôpital des Vénériens, oii on essaya en vain, pour détruire l'engoigement énorme des deux testicules , les pilules avec le proto-iodure de fer, la

corapression , les résolutifs , les émoUiens , etc. , etc. A la suite de ce traitement , dans lequel le proto-iodure de fer fut administré à haute dose , augmentation de la tovix et de l'expectoration , sueurs nocturnes , affaiblissement général , inappétence et grande gêne dans la digestion , enfin anasarque qui a duré deux mois.

Le malade était venu à l'hôpital dans l'intention d'y subir la castration ; mais cette opération fut jugée inutile par M. Velpeau , qui rattacha l'affection locale à une diathèse tuberculeuse déjà fort ancienne.

Le 24 février, afin de donner au diagnostic plus de certitude , on fil à chaque testicule , avec l'aiguille à cataracte, une ponction explorative dans les points les plus mous, et qui donnaient une sensation obscure de fluctuation. Il ne sortit des piqûres que quelques gouttes de sang, mais ni pus ni sérosité. On introduisit une sonde dans le canal de l'urèthre. A deux pouces du méat , on éprouva une résistance , qu'on ne put vaincre sans déterminer de vives douleurs. Arrivée dans la région prostatique, la sonde pénétra toul-à-coup à une profondeur et dans une direction qui n'étaient pas celles du col de la vessie. Le doigt , porté dans le rectum , saisit, à travers les parois de l'intestin, l'extrémité de la sonde. Celle-ci fut retirée pleine de pus tuberculeux. Cette exploration ne prouva que trop l'existence d'une ulcération dans la portion spongieuse de l'urèthre et la transformation de la prostate en un kyste tuberculeux. Dès-lors il fut facile d'expliquer les alternatives d'incontinence et de rétention d'urine ( topiques émolliens sur les hourses ; tisanes pectorales ).

Dans la soirée la peau du scrotum est rouge , tendue, d'une chaleur brûlante ; la plus légère pression détermine de vives douleurs qui, s'étendent dans le ventre et à la région périnéale; la fièvre est plus intense que la veille.

Le 25, augmentation du volume du scrotum due à l'infiltration du tissu cellulaire sous-cutané. Le passage de l'urine dans le canal de l'urèlhre est si douloureux qu'il arrache des cris au malade. L'appétit est tout-à-fait perdu. Les sueurs sont toujours abondantes.

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Le 26, la piqûre faite à la tumeur du côté droit s'est élargie, de manière à donner issue à de la matière tuberculeuse.

Le a8, douleurs en diiFérens points de la poitrine; expectoration abondante de crachats muco--purulens. Le ventre a considérablement augmenté de volume par le dépôt d'une assez grande quantité de liquide.

I^e 1"=' mars , diarrhée abondante (dix selles). Il s'est écoulé par les piqûres des bourses du côté droit, au moins un verre d'un pus épais et jaunâtre.

Dans la nuit du i a au 1 3, léger délii'e.

Le i3 au matin, le malade s'éteint dans le dernier degré de marasme.

Autopsie du cadavre, 24 heures après la mort. La membrane muqueuse de l'urèthre présente, au commencement de sa partie spongieuse, dans une étendue de deux pouces, un groupe de cinq ulcérations, dont la plus petite a la longueur d'une lentille et la plus grande celle d'une pièce de 10 sous. Ces ulcérations, qui sont formées aux dépens de la membrane muqueuse , ont un fond grisâtre irrégulier, semé de quelques débris de matière tuberculeuse. Leurs bords sont élevés, dentelés et entourés d'une auréole rose, formée par l'injection de petits vaisseaux qui y aboutissent. Dans le reste de son étendue la membrane muqueuse uréthrale est pâle. La portion prostatique est perforée à sa paroi postérieure , qui est couverte de matière tuberculeuse. Le doigt, porté au fond de cette ouverture, pénètre dans une cavité de près d'un pouce de diamètre , remplie de matière tuberculeuse demi concrète. La face interne de cette poche est recouverte de bosselures jaunâtres qui ne sont autre chose que des grains tuberculeux. La face externe de la glande est entourée par un réseau vasculaire très abondant. Les vésicules séminales sont confondues avec elle. Les canaux déférens ne sont pas oblitérés. Le cordon sperraatique n'est pas plus gros que dans l'état normal, mais il est plus dur et d'une consistance fibreuse. Les tumeurs des bourses , incisées iongitudinalement, offrent les lésions suivantes : celle du côté droit, qui a été débarrassée pendant la vie d'une bonne partie de la matière tuberculeuse qu'elle contenait, est maintenant conver-

DANS LES REINS , LES TTHETÎmES ET LA VESSIE. 6^5

tie en une poche dont i'intériettr est hérissé de végétations : celles-ci forment, en se réunissant d'une manière irrégulière, un réseau, à travers les mailles duquel on voit encore de petites masses tubei'culeuses enkystées. L'épididyme , converti aussi eu substance tuberculeuse , surmonte la partie postérieure de cette poche. Une ligne l'ougeâtre établit entre ces deux parties une ligue de démarcation évidente. Le testicule gauche , qui u'a pas suppuré, a conservé un volume considérable; sa surface est d'un jaune grisâtre, et striée de bandelettes irrégulières, qui paraissent êire des débris de la tunique albuginée, dont les fibres ont été écartées, déchirées ou usées par la distension. Le testicule gauche est converti en matière tuberculeuse.

La membrane muqueuse et le tissu cellulaire sous-rauqueux du col de la vessie sont infiltrés de matière tuberculeuse. La vessie est saine, ainsi que les uretères. Il n'en est pas de même des reius.En effet, ces organes, dépouillés de leur membrane d'enveloppe, présentent, à leur surface et dans l'épaisseur de la substance corticale, une infinité de petites granulations jaunâtres, ayant la forme de grosses virgules. Les cônes sont tout-àfait exempts de cette altération. Un seul, appartenant au rein gauche , est converti dans les trois quarts de son étendue en tubercules. Le mamelon tuberculeux est entouré par un calice encroûté lui-même en dedans et en dehors de matière de même nature. Sur la face interne d'un calice voisin, on Voit quelques petites granulations jaunâtres, demi transparentes, et à l'extrémité du mamelon correspondant une légère infiltration tuberculeuse.

Le péritoine contient près de deux pintes d'une sérosité citrine sans mélange de fausses membranes. Il est pâle et ne présente pas la plus légère adhérence. Le mésentère contient trois à quatre ganglions tuberculeux.

L'intestin , examiné dans toute son étendue , offrit dans sa portion cœcale une douzaine d'ulcérations larges de 7 à 8 lignes, profondes, à bords relevés et déchiquetés, et dont le fond grisâtre contient encore des débris de tubercules. On voit aussi quelques ulcérations tuberculeuses beaucoup plus petites dans l'intestin grêle.

656 TDBERCULES

Les plèvres sont libres d'adhérences. Au centre de la moitié supérieure de chaque poumon, on voit quelques petits groupes de granulations tuberculeuses, et deux ou trois cavernes capables de contenir une petite noisette. Les bronches sont rouges, injectées et remplies de mucosités. '

Le cœur, le cerveau, le foie, la rate et le pancréas sont parfaitement sains.

Obs. XI. — Cystite et pyélite tuberculeuses, consécutives à une carie vertébrale avec paralysie des membres inférieurs.

Marie-F rançoise Perler, âgée de 56 ans , sans état , veuve depuis quatre ans , entra à l'hôpital de la Charité , le 3 avril i836.

Cette femme a eu quatorze enfans et lésa tous nourris , ainsi que trois autres enfans , qui ne lui appartenaient pas. Trois de ses enfans sont vivans. Sa constitution paraît avoir été robuste : elle ne se souvient point d'avoir été jamais malade. Elle n'est plus réglée depuis quatre ans. Depuis dix-sept mois, elle éprouve des douleurs dans le dos.

Elle prétend qu'elle a fait une chute sur le dos, il y a neuf mois , et qu'à cette époque , elle commença à avoir des douleurs dans les lombes, dans les jambes , avec un peu de faiblesse des extrémités inférieures. Survinrent des vertiges , de la céphalalgie , avec rougeur de la face. ÈUe fut saignée et se trouva soulagée. Ces douleurs furent prises au commencement pour du rhumatismes et traitées par les sangsues et les vésicatoires.

Depuis cinq mois , cette faiblesse des membres inférieurs a augmenté ; la constipation , qui existe depuis quatre à cinq ans (quelquefois onze jours se passaient sans garde-robes), continue , l'excrétion de l'urine est également difficile , quelquefois involontaire. Les urines coulent goutte à goutte. Parfois , au contraire , il faut les évacuer avec la sonde.

Celte femme est alitée depuis trois mois: elle est couchée dans son lit , en zigzag. Elle soulève difficilement les extrémités inférieures. Douleurs dans les cuisses.

En examinant la colonne vertébrale, on aperçoit une saillie

lans la portion dorsale , vers la sixième vertèbre. Ce point est louloureux à la pression et paraît être le siège d'une carie.

Douleurs dans la région du rein droit : les urines sont alca- 'nes, d'une odeur fétide (pesanteur spécifique de 1018 à 1024)^ . ûubles , et donnent un sédiment formé de mucus et de sang, /excrétion est fréquente (dix à quinze émissions par jour), acompagnée d'épreintes et de ténesme à la vessie. L'abdomen est ( usible, surtout vers la vessie et dans la direction du colon ransverse (à l'autopsie du cadavre, cystite, ulcérations intesinales). Peu d'appétit , digestions lentes. Bronchite chronique liémoplysie pendant trois mois, il y a deux ans). Matité et faiilesse de la respiration du côté droit. Tous les symptômes que nous venons d'énumérer persistèrent usqu'à la mort, en augmentant d'intensité.

Les douleurs dans les jambes et dans les lombes étaient resque intolérables; l'abdomen et surtout la région de la essie étaient extrêmement sensibles (deux applications de angsues). On était obligé d'avoir recours au cathétérisme , et arfois les urines coulaient par regorgement. L'odeur en était ifecte ; la couleur d'un rouge sale : elles étaient épaisses , lélangées de pus et de sang.

Une diarrhée opiniâtre se déclara, et, ajoutée aux autres ■sions , dont les progrès étaient croissans , elle amena un puisement qui termina la vie de la malade.

Autopsie du cadavre ^ le 18 mai. Le cerveau ne présente rien e particulier, si ce n'est un peu d'engorgement dans le sys- .me veineux de la base du crâne.

On constate une carie de la sixième et de la septième vertèbres orsales. Leur tissu spongieux est ramolli et réduit à une raaère semblable à de la lie-de-vin. Les membranes de la moelle ;)inicre, dans le point correspondant à la désorganisation des ertèbres , sont recouvertes extérieurement d'une couche tuerculeuse épaisse. Les membranes elles-mêmes offrent peu 'altération : leur épaisseur, leur consistance sont normales ; à eine y a-t-il un peu d'injection à leur surface. La moelle épiière présente un étranglement très prononcé. Cet étranglaient est, non pas brusque, mais assez analogue, par la forme, à III. 42

celui qu'on produirait siir un tube de verre j en l'cflilant à la lampe. En divisant la moelle dans le sens de sa longueur , on reconnaît qu'au point comprimé, la substance blanche est sensiblement ramollie sans changement appréciable de coloration : la substance grise n'est pas altérée.

Au sommet du poumon gauche , il y a des tubercules crus et quelques petites cavernes. Le poumon droit a son sommet parsemé de granulations tuberculeuses non ramollies. Tout le reste du poumon est infiltré de sérosité qu'on fait écouler à flots, en'le comprimant. Le cœur est sain et un peu graisseux.

L'estomac est pâle ainsi que la presque totalité de l'intestin grêle ; mais , vers la terminaison de l'iléon , il y a trois ulcéralions à fond grisâtre, à bords d'un rouge violacé, de la largeur d'une lentille et d'une à deux lignes de profondeur. Une grande quantité d'ulcérations, ayant lesmêmes caractères, existent dans le caecum, et dans le colon jusqu'à la moitié environ de rS iliaque. Dans leurs intervalles , la membrane intestinale est semée d'arborisations vasculajresj tout le rectum et la fin de l'S iliaque sont d'une pâleur qui contraste avec la teinte rouge des autres parties de l'intestin.

Le foie est un peu gras : sa couleur offre deux nuances bien tranchées, représentées par des granulations d'un violet foncé sur un fond jaune acanthe. La vésicule du fiel renferme un calcul de cholestérine de la grosseur et de la forme d'une noix de muscade de la plus forte dimension. La rate est petite et de consistance normale.

Le rein gauche, généralement pâle, a vyie forme et an volume ordinaires : ses membranes lui sont assez adhérentes pour entraîner avec elles quelques portions de la substance corticale, lorsqu'on cherche à les détacher, Sur- sa face postérieure et vers son bord concave, on trouve une plaque d'un rouge très fonce, circulaire , de deux à trois lignes de diamètre, au centre de laquelle on voit trois à quatre petits joints blancs. En pratiquant une incision sur cette plq^que, on voit que ces petits points blancs sont formés par du pu». A la partie supérieure du rein et sur son bord convexe", on voit aussi trois pomts blancs de la grosseur d'une tète d'épihgle. En exerçant sur cette

ffrUe du rein une pression un peiiforle, onvoitcespoinlsblancs ce transformer eu autant de gouttelettes de pus. lin fendant le tein par son bord convexe, on trouve à l'intérieur la même •ule anémique qu'à l'extérieur. A l'extrémité supérieure du m, existe un abcès de la capacité d'un noyau d'abricot : il est empli d'un pus crémeux, blanchâtre. La substance rénale qui environne est très sensiblement ramollie. Cet abcès commulue avec les trois points blancs situés au bord convexe de l'exl émilé supérieure du rein. Le bassinet a subi une dilatation |ui lui permettrait de recevoir un œuf de poule ordinaire. Il sL rempli par une urine purulente; ses parois sont épaissies, ia membrane muqueuse ramollie offre une arborisation assez , errée, parsemée d'ecchymoses; elle est enduite, çà et là, d'une ci;ère couche de lymphe plastique qui, vers l'infundibulum le l'uretère, a au moins vme ligne d'épaisseur. L'uretère, légèenient dilaté dans toute sa longueur et plus dans sa moitié nférieure que dans la supérieure, est aussi rempli d'urine puiilente. Ses parois sont épaisses , et sa membrane muqueuse, (ui est injectée, l'est davantage dans sa partie inférieure, oii lie présente quelques ecchymoses, et une bride transversale Le la forme d'un croissant, analogue à certains rétrécissemens ares de l'urètbre.

Le rein droit a une grosseur et une forme naturelles; ses memiranes se détachent facilement; sa surface est plus injectée que elle du rein gauche ; à la partie moyenne de la face postéieure, existent plusieurs points tuberculeux. La substance coricale environnante est «cchymosée et jaunâtre. On fend le i-ein, t l'on trouve un peClt*abcès tuberculeux dans sa partie supéleui'e.En général, le tissu dé ce rein n'est pas anémique comme ;elui de son congénère. 'Le bassinet droit est plus dilaté que e gauche 5 la membrane muqueuse, imprégnée çà et là de ma-^ ière tuberculeuse, est épaissie, réticulée et très injectée. L'ureère, considérablement dilaté, est distendu par un liquide pu- •ulent d'un blanc jaunâtre: son volume égale celui de la veine- ;ave inférieure. La membrane muqueuse de ce conduit est njeclée, mais moins que oelle.de l'uretère gauche. La vessie est distendue par un liquide alcalin de même na-

66o TUBERCULES

ture, mais plus purulent , cliargé de débris de tubercules et de fausses membranes. Les parois de cet organe ont acquis une grande épaisseur, par suite de l'hypertrophie de la tunique musculeuse. A la partie postérieure de ce réservoir, ou trouve un abcès situé entre cette membrane et la membrane péritonéale. La membranemuqueuse, épaissie, ramollie et plus ecchymosée qu'injectée, offre aux environs du col, une teinte ardoisée. Dans quelques points, elle est recouverte de fausses membranes demi transparentes, ressemblant à des détritus membraneux , et qui sont chargées d'incrustations salines d'un blanc grisâtre , ce qui leur donne l'aspect de certaines toiles d'araignées appendues aux vieilles murailles.

0ns. XII. — Tubercules des poumons et des reins ; pjélite et cystite lubeiculeuscs chroniques; mort.

Pincat (François), d'une taille moyenne, cheveux blonds, d'une constitution lymphatique, entra à l'hôpital de la Cliarité le aa avril i84o. Ce malade avait été sondé par M. Vclpeau , qui n'avait point rencontré de corps étranger dans la vessie. Depuis six mois, P. est atteint d'une toux fréquente, d'abord sèche, puis suivie d'une expectoration abondante. Il a eu une hémoptysie il y a deux mois; il éprouve de la difficulté à uriner, depuis huit mois; ses urines ont été plusieurs fois rouges et sanguinolentes ; il ne peut attribuer sa maladie à aucune cause ; il n'a pas eu d'affection vénérienne.

Ce malade est pâle, amaigri, très faible; il a une soif vive, pas d'appétit et du dévoiement; le pouls est petit et fréquent. Ses urines s'écoulent constamiHent goutte à goutte, et il en existe toujours une assez grande quantité dans la vessie : elles sont fétides, purulentes et quelquefois légèrement sanguinolentes, et donnent un dépôt de pus et d'une matière animale amorphe très abondant. A la pression , douleurs vives à l'hypogastre , qui est dur, tendu, résistant. Matité et gargouillement au sommet des deux poumons. On sonde le malade, et on retire une grande quantité de pus, mêlé à l'urine. L'épididyme du côté droit a le volume d'une amande j il est dur et résistant au toucher.

Cet homme dépérit de jour en jour^^t meurt le ^mai, à quatre heures d« soir.

DANS LES REINS , LES URETÎÎRES ET LA. VESSIE. 66l -

Autopsie du cadavre, quarante heures après la mort. — Cri'rnc. Le cerveau et le cervelet et leurs membranes , à l'état sain.

Thorax. Les poumons, adhérens aux parois de la poitrine, contiennent une grande quantité de tubercules , même à leur partie inférieure; cavernes de petite dimension à leur sommet. Le cœur a un volume médiocre.

Abdomen. Le foie est volumineux, sans altération ; la rate est petite ; le tube digestif ne présente aucune lésion ; quelques ganglions mésentériques sont engorgés.

Le rein gauche a un volume considérable ; il est mamelonné et d'une couleur rouge violacée ; sa capsule est opaque et très adhérente. Incisé par son bord convexe, le l'ein laisse écouler une grande quantité de pus blanc, légèrement grumeleux et non fétide. Ce pus remplit les calices et le bassinet, très dilatés 3 dans quelques points, il occupe la substance même du rein, non encore entièrement atrophiée. On ne dislingue plus que dans deux points la substance tubuleuse; dans tout le reste de son étendue, le rein est réduit à une véritable coque , divisée en loges; il n'existe plus de traces de la substance corticale; la cloison de plusieurs calices est détruite, et ils communiquent directement enlie eux. La surface interne de ces conduits est d'un rouge vif dans quelques points et d'un rouge violacé dans le plus grand nombre. Dans plusieurs, elle présente de la matière tuberculeuse , plus ou moins avancée vers l'état de ramollissement. La membrane muqueuse du bassinet, dans les points oii elle n'est point incrustés de matière tuberculeuse, a une teinte blanche, mêlée de brun; la surface en est irrégulière , comme réticulée et semée de nombreuses ulcérations et de matière tuberculeuse infiltrée. A son origine et dans la plus grande partie de son étendue, l'uretère est oblitéré par de la matière tuberculeuse, plus solide que celle du bassinet.

Le rein droit, légèrement mamelonné dans quelques points, est au moins doublé de volume. La capsule fibreuse s'enlève facilement, La surface du rein est d'un rouge intense, parsemée de nombreux poiS"ts tuberculeux, en général d'un petit vo-

lume , les uns réunis en petites masses, les autres isolés. Une incision verticale sur le bord convexe du rein donne issue à un liquide purulent, très fluide, rendu grumeleux par son mélange avec de la matière tuberculeuse. Les deux substances , notablement gonflées , contiennent un grand nombre de tubercules isoléSj non ramollis. Vers le sommet du rein existe une lai'ge caverne ulcéreuse, à paroi évidemment tuberculeuse, communiquant avec le bassinet ; dans l'autre extrémité existe une masse tuberculeuse du volume d'une noix, commençant à se ramollir. La" membrane muqueuse du bassinet est ramollie et ulcérée dans la plus grande partie de sou éleudue<

L'urètère a un calibre considérable; ses parois sont notablement épaissies dans toute son étendue ; Ba surface interne est parsemée d'ulcérations. Les orifices des uretères sont libres du côté de la vessie, qui est remplie d'urine et de pus très fétide. Toute sa surface interné est ulcérée, ou enduite de matière tuberculeuse ; pas de rétrécissement de l'urèthre; point d'hypertrophie de la prostate.

Obs. XIII. — Affection cérébrale; paralysie ; imbécillité; symptâmcs d'inflammation du rein gnucbc ; tameur dans le flanc du même cûtc; symptômes de cystite; ouverture du cadavre; dépôt de matière tuberculeuse dans le bassinet et les calices, dans la substance corticale et dans le tissu cellulaire extérieur des reins; abcès par congestion dans la g.nine membraneuse des psoAs et iliaqlue du même côté (Atlas. Pl. lxiv, fig. i, 2, 3).

Le i"' septembre i833 , on fit passer du service de chirurgie dans mon service la nommée Moccuy, âgée de 3i ans, ouvrière en linge , qui avait une paralysie , et présentait des signes de maladie des voies urinaires. Vaccinée dans son enfance, elle a eu la rougeole et la scarlatine. Il y a sept ans , elle a eu mal â l'estomac et à la poitrine. H y a deux ans , elle a eu une maladie du genou droit, qui fut traitée par des saignées , des sangsues , des cataplasmes , des bains et ensuite par des vésicaloires et trois moxas. Elle a toujours été bien réglée, excepté de l'âge de 20 à 21 ans. Elle est devenue enceinte ily a seize mois: l'accouchement s'est fait à terme sans difficulté.

DANS LES REINS , LES tJRETÈlRES ET LA VESSIE. 663

bien que deux jours auparavant, elle eût éprouvé une attaque de paralysie du côte gauche ; elle sevra son enfant. Depuis six mois (un mois après l'attaque de paralysie), elle a toujours souffert au bas- ventre.

Elle urinait peu à-la-fois , souvent et avec douleur. Elle dit avoir uriné du sang avec de Thumeur : elle a souffert dans la région des reins , notamment du côté gauche ; elle a éprouvé des douleurs dans la cuisse gauche; jamais elle n'a eu de vomisseraens.

La prononciation de cette femme et la construction de ses phrases annoncent qu'elle a eu une affection cérébrale. Depuis quelque temps elle peut marcher: auparavant elle était obligée de rester au lit.

Elle urine vingt fois au moins en vingt-quatre heures et rend peu d'urine à-la-fois. Elle souffre encore dans la région du rein gauche , oii l'on sent une tumeur arrondie et dure , sur laquelle la main glisse. L'urine est bourbeuse , jaune et acide , et; si on la laisse reposer, on observe à la partie inférieure du vase un dépôt blanc et comme pulvérulent , occupant le tiers de la hauteur de la colonne du liquide ( le qnart d'alimens ; tisane de chiendent; èmulsion). Le 8 septembre, plus de souffrance au bas-ventre (13 sangsues , loco dolenti). Le g , les sangsues ayant peu coulé, on en prescrivit de nouveau 20 sur l'épigastre. Soulagement.

Le 17, urine trouble , acide , un peu coagulable par la chaleur, contenant beaucoup de mucus et de grumeaux. Envies d'uriner un peu moins fréquentes ; les bains de siè^e et les sangsues avaient calmé la douleur.

Quelques jours après , cette femme quitta l'hôpital. Elle y fut admise de nouveau le 4 février i836 , dans un état complet d'imbécillité : elle répond mal et sans précision aux questions qui lui sont adressées : elle accuse une impossibilité complète de mouvoir les membres inférieurs , et une douleur sourde à la région iliaque gauche et s'irradiant vers le pli de l'aine et dans la cuisse correspondante.

OEdème aux membres inférieurs. La douleur de la fosse iliaque gauche augmente par la pression , surtout à quelques

lignes au dessus de l'arcade crurale. Cuisson pendant l'émission des urines, qui sont rougeâlres , sanguinolentes. Par le repos, elles laissent déposer une couche assez épaisse de matière purulente, grumeleuse, dans laquelle on distingue au microscope des globules de pus , et des grains et des grumeaux d'une matière animale amorphe. La chaleur el l'acide nitrique y indiquent peu d'albumine. Dévoiement, maigreur, laiblesse.

Les sept ou huit premiers jours , point de changement notable ; puis la douleur au dessus du pli de l'aine augmente, la peau de cette partie devient tendue , luisante (e/noWj'ewjj. Bientôt apparut, à quelques lignes au dessus du pli de l'aine, une tumeur circonscrite, ovoïde, très douloureuse au toucher, sans changement de couleur à la peau. Cette tumeur, située parallèlement à l'arcade crurale , acquit en quelques jours le volume d'un œuf de pigeon , et on put y sentir de la fluctuation.

L'urine est moins rouge , moins trouble ; mais elle contient toujours du pus et de petits grumeaux , que l'autopsie a montrés être des fragmens de matière tuberculeuse. Plus tard, l'urine redevient sanguinolente , comme dans les premiers jours, et conserve ce caractère jusqu'à la mort.

Le i8 février, la tumeur fut ouverte avec le bistouri. Il en jaillit une énorme quantité de pus d'une odeur infecte et slercorale. Le pus continua à couler les jours suivans , el souillait promptement l'appareil el le lit de la malade. Dépression complète des forces, dévoiement coUiquatif, mort le 7 mars i836.

Aulopsic du cadavre. L'abdomen ouvert, il ne s'écoule poinl de sérosité ; dans le péritoine poinl de pus,'ni de fausses membi anes, ni aucune autre trace d'inflammation. Une bride cellu-- Icuse partait de l'épiploon pour se porter dans la fosse iliaque gauche; la moitié gauche du colon transverse et le colon descendant étaient adliérens à la tumeur. La membrane muqueuse de celle portion de l'inlestiTi était rouge, enduite d'une matière purulente. On aperçoit au niveau de la région rénale une ouverture h bords listes et arrondis, à travers Iftquejle un style(:

mousse pénètre dans une poche pleine de liquide purulent qu'on peut faire sourdre par la fistule. Sur le bord antérieur dupsoas, on sent delà (luctualion, et on y découvre un foyer . énorme qui occupe tout le corps des muscles psoas et iliaque : . ce foyer purulent se prolonge en bas jusqu'au petit Irochan- ; ter; en haut il remonte jusqu'aux insertions supérieures du I psoas. Ces deux muscles sont atrophiés et ne sont plus repré- : sentés que par leur gaine.

Cet abcès a en haut deux embranchemens , l'un , qui passe ( derrière le rein , c'est le vaste foyer dont nous avons parlé; i l'autre se prolonge en poche allongée, aplatie, qui passe devant la partie antérieure du rein ; en sorte que le rein se trouve logé entre deux abcès (l'antérieur très peu considérable s'ouvre dans le colon), et qu'il communique lui-même avec ces abcès par des listules. Les tuniques externes du colon, le tissu cellulaii'e qui l'environne, sont indurés, épaissis; ces parties sur la face antérieure du rein sont ramollies dans plusieurs points. On y rencontre également des masses tuberculeuses, blanchâtres, semblables pour l'aspect à une matière crétacée. Le ramoUisse- Tiient est très considérable vers la scissure, où l'enveloppe du rein, en partie détruite, se déchire lorsque l'on ver^e de l'eau dessus et se résout en un détritus blanchâtre.

Les masses tuberculeuses, déposées dans ces enveloppes, varient depuis le volume d'un pois à celui d'une amande. Lorsque nous eûmes dépouillé le rein de l'espèce de coque tuberculeuse qui l'entourait, nous reconnûmes , dans la substance corticale, beaucoup moins altérée qu'on ne l'avait d'abord supposé, quelques petites masses tuberculeuses. En arrière, il y en avait trois ou quatre qui ressemblaient par leur teinte d'un blanc jaunâtre à de grosses croûtes de favus ; dans les intervalles la substance du rein était peu injectée ; plusieurs de ces tubercules, déposés dans la substance corticale, n'étaient recouverts que par la membrane propre du rein. Plusieurs points de la substance corticale sont durs et denses, et ont une teinte ardoisée. La substance corticale et la substance tubuleusesont bien distinctes à la çoupe ; le volume du lein, dépouillé de ses rneipbranes^ est mQÏns considérable f^ue d,^nii

TUBEnCULES

l'état normal ; le bassinet était perforé vers la scissure ; sa face interne et celle des calices et de l'uretère étaient grenues et d'un blanc grisâtre. Les mamelons étaient affaisses; la membrane interne du bassinet et des calices était infiltrée de matière tuberculeuse.

L'uretère est presque doublé de volume ; ses parois sont épaissies et solides ; sa cavité laisse pénétrer le tuyau d'une petite seringue.

Dans ce cas, la matière tubuleuse s'était donc déposée en grande partie dans les membranes extérieures du rein. Ces membranes, infiltrées de tubercules, s'étaient ramollies sur la face antérieure du rein, adhérente avec le colon trausverse et le colon descendant, dans lequel une ouverture fistuleuse s'était pratiquée j en arrière, la matière tuberculeuse s'était fait Voie par de nombreuses fistules, au milieu des fibres musculaires du psoas ; et ce travail d'élimination et ce ramollissement ont donné lieu à une vaste collection purulente qui a disséqué et atrophié les muscles psoas et iliaque.

Le rein droit , augmenté de volume , surtout dans sa moitié inférieure , est déformé et situé deux pouces plus bas qu'à l'ordinaire. Il n'offre , du reste , d'autre altération qu'une anémie assez prononcée ; les calices et le bassinet sont sains.

L'intestin présente des rougeurs plus marquées à sa partie inférieure, qui donnait passage à la matière purulente.

Le foie, de couleur bistre, a son volume ordinaire; les veines hépatiques sont très gorgées de sang; bile épaisse et noirâtre dans la vésicule. La rate présente une tache bleuâtre à sa partie convexe. Point de tubercules dans les ganglions abdominaux, ni dans ceux du mésentère. Estomac sain.

La membrane muqueuse de la vessie est parsemée de rougeurs et de points noij'âlres; elle est rugueuse et imprégnée, dans la plus grande partie de son étendue, d'une matière tuberculeuse , semblable à celle de l'uretère ; vers la paroi postérieure de la vessie est une loge profonde, arrondie, où la membrane muqueuse est parfaitement saine.

Poitrine. Le péricarde est sain; légère hypertrophie du veu-

tricule gauche ; la valvule auriculo-ventriculaire du même côté est insuffisante.

Les poumons sont parfaitement sains, à part deux peites granulations miliaires, situées au sommet du poumon ,'auche. La membrane muqueuse des bronches est d'un rose ^làle.

Téle. Rien de remarquable, si ce n'est dans un point vers le tiers postérieur du centre ovale de Vieussensdu côté gauche, oii la substance est molle et d'un blanc plus sale que la substance environnante.

Obs. XIV. — Tubercules dans plusieurs organes et notamment dans les organes génilo-urinaires (Atlas. PI. lxiv, fig. 4).

Claude Dupuis, âgé de 38 ans, doreur sur métaux , marié, ;ntra dans les salles de chirurgie pour s'y faire traiter d'un en- ;orgement dans le testicule gauche , dont la nature tubercueuse fut reconnue, et contre lequel on administra vainement les pilules de chlorure d'or.

Le 4 mars i836, il passa dans mon service; sa constitution tarait avoir été forte, mais elle est dans ce moment complèteiient détériorée. Il est amaigri au point de présenter un comnencenient de marasme. Il y a cinq ans, il resta quinze jours à 'Hôtel-Dieu pour un rétrécissement del'urèthre, que l'on traita )ar les bougiesj il sortit incomplètement guéri, pour se . ouraettre à la cautérisation. Cependant l'amélioration obtelue persista pendant six ou huit mois. Il a eu trois gonorrhées : a première, à l'âge de 20 ans; la seconde, à a4 ans; la troiième, à 3a ans. La première tomba dans les bourses, sur le esticule qui est maintenant malade et dont il fait remonter e gonflement au mois de septembre i8*5.

Il eut aussi, il y a deux ans, une pleurésie à droite, pour lajuelle il est resté trente-cinq jours à l'hôpital; il n'a jamais épris sa santé depuis ce moment; de tefnps en temps il i eu du dévoiement, et du sang se mêle quelquefois à ses ;arde-robes; il tousse depuis tin an, mais suiis expectoraiotl.

C68 TUUEBC.ULES

Depuis son enfance, il a eu le côlé gauche du corps faible et il est en partie atrophié. Cette atrophie paraîtrait être la suite de convulsions qu'il aurait eues dans son has âge; elle porte surtout sur la jambe, qui est beauco up moins grosse que celle du côlé opposé; le bras est seulement affaibli, La peau est sèche, comme rugueuse , pâle, sans chaleur; sueurs nocturnes abondantes; à la percussion, en arrière de la poitrine, du côté droit, malité ; respiration faible, un peu de gargouillement lointain (pleurésie et cavernes); en avant, exagération du son respiratoire, qui est puérile en plusieurs points , plus faible eu d'autres. Du côté gauche, peu de son en arrière, grande sonorité en avant; extinction de %'oix depuis quinze jours; perte d'appétit; la langue présente, sur sa face supérieure et à droite, de petites excoriations rouges, arrondies, ovi l'épiihélium est enlevé : digestions mauvaises; douleurs dans le ventre ; dévoiement (six selles hier, avec un peu de sang sur les matières) ; depuis le mois de septembre, vomissemens peu de temps après avoir mangé. Pouls sans fréquence le jour, mais petite fièvre le soir, avec grande sécheresse de la peau.

Il se plaint d'un rétrécissement à l'urèlhre; il a de l'ardeur, de la douleur en urinant, et il urine peu à-la-fois. Du reste, il n'a jamais, dit-il, lien remarqué dans son urine, ni sang, ni graviers; région du rein indolente à la pression. Les urines, examinées le lo mars, sont légèrement alcalines et chargées de grumeaux.

Les jours suivans , le marasme augmente, et, après treize jours, le malade meurt, le 17 mars, en présentant d'une manière intense les accidens d'une perforation intestinale, accident inutilement combattu par l'opium.

Autopsie du cadavre, — Tête. Lorsqu'on incisela dure- mère, une quantité notable de sérosité s'échappe de la surface du cerveau. Sous la pie-mère et dans les ventricules, il y a aussi un dépôt considérable de sérosité. Toute la substance du cerveau et du cervelet est humide et un peu molle; point de tubercules.

Poitrine. Le poumoji droit est farci de tubercules à l'état cru; k a» partie supérieure, il y a yne caverne capable de loger

noisette, des adhérences dé fausses membranes et un peu d'emphysème à la partie inférieure, surtout vers les bords. Engouement général du tissu pulmonaire. Dans le poumon: gauche tubercules crus en grand nombre, surtout au sommet; point de cavernes et beaucoup moins d'engouement que dans le rein droit; bronches roses et remplies de mucosités; ganglions broncbiques tuberculeux.

Deux taches blanches sur la face antérieure du cœur, de la : grosseur d'une pièce de 10 sous. Les deux valvules auriculoventriculaires, surtout la gauche, présentent quelques points carlilaginifiés. La membrane interne de l'oreillette gauche est épaisse et opaque.

Abdomen, hea glandes mésentériques sontremplies de tuberiCules; presque tous les ganglions sont transformés en des 1 masses tuberculeuses plus ou moins ramollies, la plupart du 1 volume d'une noisette ; même dégénérescence des ganglions i de l'aine.

Les intestins sont réunis en plusieurs endroits par de fausses membranes. Les deux tiers inférieurs de l'intestin grêle présentent des traces de phlegmasie. La membrane muqueuse est d'un rouge brun en quelques points , d'une teinte ardoisée dans le plus grand nombre. Dans le tiers inférieur , on remarque de nombreuses ulcérations ; ces ulcérations sont étendues dans le sens de la largeur de l'intestin, et semblent formées de plusieurs ulcérations réunies ; d'autres ulcérations n'ont que l'étendue d'une pièce de so sous ; deux s'étaient perforées, l'une à 6 pouces, l'autre à plus d'un pied de la valvule iléo-cœcale ; les autres étaient près de se perforer. Quelques follicules isolés sont ulcérés; le cœcum et le colon sont remplis d'ulcérations moins avancées que celles de l'intestin grêle.

Le foie a un tiers de plus que son volume oïdinaire; son tissu présente une dureté fort considérable dans le lobe moyen. iSa densité est telle qu'on dirait d'un morceau de cire à frotter Cavec une teinte plus verte); la vésicule biliaire est distendue.

La rate est assez volumineuse; son tissu est gorgé de sang, fit dur. Au-deasous de sa membrane font saillie de petits grains,

gros comme dos lêtes d'épingle, auxquels le tissu sous-jacont de la raie doune une teinte rougealre, mais qui , incisés, sont Hanclîâtres comme des tubercules. Dans l'intérieur de la rate, il y a de nombreux tubercules presque tous miliaires ; un seul égale le volume d'un petit pois.

ïiB testicule droit est diminué d'un tiers de sou volume; son tissu , légèrement jaune, est un peu plus mou qu'à l'ordinaire. Le gauche, au moins doublé de volume, est tout-à-fait converti en matière tuberculeuse; 1 epididyme a subi la même transformation. Tout le bord postérieur du testicule et la partie par oir sortent les conduits sécréteurs du sperme, n'offrent plus de traces de leur structure naturelle; mais, dans la partie antérieure de cet organe, on reconnaît encore la disposition des vaisseaux sémiuifères, entre lesquels ou aperçoit de petits grains de matière tuberculeuse. On peut suivre une sorte de gradation dans la maladie depuis l'épitlidyme, oii la désorganisat'on est la plus complète, jusqu'à la partie inférieure, oii elle est la moindre. Les vésicules séminales, au lieu de présenter leurs loges pleines de liqueur spezmatique, sont gonflées, durcies et complètement remplies de matière tuberculeuse; un dépôt de cette même matière existe dans le canal déférent. Elle est blanche, molle , évidemment de nature tuberculeuse ; le canal déférent est obstrué dans toute la moitié inférieure de son trajet. A un pouce environ de la fosse naviculaire, sur le J'aphé médian et supérieur, et dans l'étendue d'upe dizaine de lignes , existe dans l'urèlhre une traînée dp matière tuberculeuse d'un blanc jaunâtre qu'on ne peut pas enlever par le grattage, et dont la membrane muqueuse est irïiprégnée, Près de la portion bulbeuse, on trouve encore de la matière tuberculeuse sous la forme de petites lentilles allongées. Partout oii la membrane muqueuse n'est pas envahie par la matière tuberculeuse, cette membrane est rouge et injectée; cette matièrp est en grande abondance au niveau de la portion prostatique; elle a crpusé inégalement cette glande (qui ressemble à un tubercule du foie sur le point de se ramollir) , eu sorte que le canal de l'urèlhre est changé dans ce point en une çoçhe, dont les parois sont formées par une sorte de détritus

jaunâtre; le col de la vessie est un peu rétréci et présente des iraces d'inflammation.

La vessie n'offre de traces tuberculeuses qu'à son bas-fond et sur le trigone, oii on aperçoit quelques petits grains tuberculeux qui soulèvent la membrane muqueuse ou qui l'imprègnent. La prostate est beaucoup augmentée de volume. L'ure- Icre du côlé gaucbe, correspondant au testicule malade, est sain ; celui du côté droit, au contraire , qui correspond à u» testicule non tuberculeux^ est altéré. Cet uretère est dilaté au l^oint qu'on pourrait y loger le petit doigt : après trois pouces de trajet, à partir du rein, il esl,e» partie obstrué par de la matière tuberculeuse, adhérente à sa membrane interne, formant des plaques dures, jaunâtres, d'une demi-ligne d'épaisseur, qui occupent tantôt toute la circonférence du canal, tantôt une moitié ou un quart seulement, mais qui alors sont toujours disposées en plaques arrondies assez semblables aux croûtes d'un favus, semblables aussi à celles que j'ai rencontrées dans un autre cas sur la superficie d'un rein tubei'culeux j ce dépôt se continue jusque près de la vessie , et c'est lui sans doute qui, obstruant le passage de l'urine, a produit la dilatation de l'uretère.

Le bassinet et les calices ne contiennent pas de matière tuberculeuse. Dans la substance corticale du rein droit , des tubercules blancs , durs , sont infiltrés en petit nombre et forment une légère saillie sous ses membranes extérieures qu'ils soulèvent; on pouvait en compter plus d'une vingtaine. Du reste, la substance corticale paraît fort peu obstruée. La substance tubuleuse est injectée ; les extrémités des mamelons surtout sont rouges; le volume total de l'oi'gane est ordinaire.

Pas un seul tubercule , ni dans les deux substances du rein gauche, ni dans son bassinet, La surface du rein présente à peine quelques traces de différens lobules; elle offre surtout, en son milieu, une anémie assez prononcée, surmontée d'arborisations de petits vaisseaux d'une jolie couleur rouge bleu.

Obs. XV. — Tubercules des reins, des calices , du bassinet et de Vurctère gauche chez un enfant; tubercules dans les poumons et dans les ganglions ubdominaux.

M. Jacquart m'apporta , le 5 octobre i836 , le reiu gauche d'une jeune fille de dix ans, morte d'une affection tuberculeuse. Les poumons et les ganglions abdominaux étaient infiltrés de tubercules. Il y avait aussi de petits tubercules dans le foie.

Le rein droit était parfaitement sain.

Le reiu gauche pesait environ cinq onces. On enleva facilement sa membrane propre.*Sur la face antérieure , on voyait un grand nombre de petits grains blanchâtres , un peu saillans. Autour de quelques-uns de cespoints blancs, la substance corticale était injectée et paraissait avoir moins de consistance que dans l'état sain. Ces points blancs étaient solides , et, à la loupe, ne présentaient point de globules de pus. La face postérieure du rein n'offrait aucune altération. Dans l'épaisseur de la substance corticale , on aperçut encore quelques tubercules. Les calices et le bassinet n'avaient plus leur aspect ordinaire. Leur membrane muqueuse, considérablement épaissie , offrait des saillies et des enfoncemens , comme si elle eût été mamelonnée et réticulée : elle était d'un blanc jaunâtre, et, en la raclant avec le dos d'un scalpel , on en détachait une matière d'un blanc grisâtre , comme les tubercules écrasés. La cavité des calices était augmentée, et l'extrémité des mamelons était blanchâtre.

Les parois de l'uretère avaient une épaisseur trois fois plus grande qu'à l'ordinaire. Sa membrane muqueuse avait le même aspect que celle des calices.

La membrane interne de la vessie était encroûtée de matière tuberculeuse autour de l'orifice de l'uretère gauche.

Obs. XVI. — Tubercules du rein et de l'uretère; cystite; péritonite et entérite tuberculeuses; double pneumonie mortelle (Obs. recueillie par M. Veruois).

Jousset, âgé de la ans, cheveux châtains, yeux bruns, peau brune, système musculaire grêle, très adonné à la mastur-

DANS LES REINS , LES tlREÎÈRES ET LA VESSIE.

wation, entre à l'hôpital des Enfans malades le 6 juillet i836, rtour s'y faire traiter d'une diarrhée qui durait depuis pluuieurs mois, accompagnée de douleurs de ventre très vives, liurtout à la pression. Cet enfant avait beaucoup maigri depuis [quelque temps. On diagnostiqua une péritonite tuberculeuse^ «vec ulcérations de même nature dans l'inteslin. Il n'y avait aas d'infiltration des membres inférieurs et point de signes de tubercules dans la poitrine. î^e petit malade paraissait uriner ' acilement et naturellement : on n'examina pas les urines. jC 9t juillet, il fut pris d'une pneumonie du côté droit, et jientôt après d'une pneumonie du côté gauche, et succomba |=e 29 juillet à six heures du soir.

L'ouverture du cadavre fut faite par M. Vernois, le 3o, à ix heures du matin, par un temps sec et frais. On observa m ramollissement rouge des deux tiers postérieurs et inféieurs des deux poumons, dans lesquels on ne put découvrir e tubercules; il n'y en avait pas non plus dans les ganglions, ronchiques. Le cœur était sain. Il n'y avait pas de liquide panché dans la cavité du péritoine, mais on distinguait sur ;tle membrane un grand nombre de granulations très fines, lus nombreuses à la fin de l'iléon et sur le cœcura { péritonite iberculeuse ). Les ganglions mésentériques étaient très volulineux et tuberculeux; la membrane muqueuse intestinale, deux ieds au-dessus et au-dessous du cœcura était couverte d'ul- ^rations, à la base desquelles on trouvait de la matière luberileuse.

M. Vernois détacha le rein gauche avec l'uretère et la vese, et nous en fîmes l'examen. Le rein gauche était très voluineux; incisé verticalement, il s'échappe de sa partie inféeure un liquide grisâtre, épais, qui remplissait une cavité 1 communication avec le bassinet. Ce rein , farci de tuber— lies, marbré de blanc et de rouge (mélange d'anémie et d'hyérémie), avait la forme et la dimension d'un rein d'adulte vil îsait quatre onces après avoir été incisé. Lorsqu'on en détala les membranes extérieures, une certaine quantité de matière iberculeuse resta adhérente à leur face interne. La face antéewre du rein était semée de points blancs, les uns saillans^ in, 4^

esens :

T<SStIS HiÉTlÎROLOGDES.

les aiitrëà nôri yaillanS, presqud tous arrondis, delà dimenition d'un grain de fnillet, la plupart solides à la coupe, quelqu uns entoui-és d'une pelife auréole comme des points purul lés àiitres, surtout dèUl t^ti étaient danS les points anémiques] sanà afiréole. Sur la face postériclire dii rèià , fortement iri-i jectée, et surtout sur la moitié supérieure et vers le bord convexe, oli voyait également des points blancs saillahs et solides. A la lon^é , cette rougeur paraissait due à un piqueté très fin et à des arborisations très déliées. A la partie inférieure du rein, oti voyait trois tubercules plus voïiimineux que lesprécédens , et c(ùî correspondaient à une véi iiable caverne tubrrculeu.se et à trois cônes affaissés ou détruits.

La substance corticale, d'apparence marbrée, par l'effet d'un mélange d'anéiniè et d'hypérémie , contenait également un graiid nombre de grains tuberculeux, dont le centre était plus m'hii que l'extérieur, inàis qui ne pouvaient être énucléés, et qit'oft iié pouvait séparer de la substance du rein, sans là déchirer. La subsiauce corticale , vers le bord convèxe du rein , élaiten piusielirs points foj-tement tuméfiée et un peu ramollie. Danà les points anémiques , èllè était beaucoup plus consisiaùtc. Les mamelons des cônes étaient presque tous affaissés ou détruits; les calices , encroûtés de matière tuberculeuse, étaient dilalés ; leur cavité et celle du bassinet , tout-à-fait méconhaissablés , d'un blan6 jaiitiâtre , inégales , avaient l'apiparericë' d'une cà'teriie tubêrcitlëu^e. La face interné dé rûretèfé également encroûtée de malière tuberculeuse, était jaunâtre , inégdle , et les parois de ce conduit étaient triplées otl qiiadraplées d'épaisseur. La veine rénale était saine.

hè t-eîfl droit n'offrait point d'ailtérâtidn , et l'urètère n'était piià dilaté.

Là vesslè cbtitendit Irêâ peu d'uMné ; sa fiicë intetne présentait tih graiid nombi-ë de pelitëà ligiies circulaires ëcchymotiqueS ét nbirâtt-es. Yei'S l'orifice dé l'uretère gauche , on remarquait de légères traces de tuljërcules. La membrane musciiléusë était très épaisse.

§ gtà. Ghèz leë ëilfàns, la dialhèsë tiibéfcUleuse se Hiônlre eticDi-è Iilu§ S6iivèn( t\Hé. cUi les ridulteS d'iltiC tnanièl-e gétiê-

ràle. Cependant, à èli juger d'après mes propres observations et d'après celles qui m'ont été communiquée^, si on rencontre ^Ius fréquemment des grains tùhercuteux dans les féins des iifans que dans ceux des adultes, la dégénérescence tubercùeusé des uretères èl delàves'sie est plus rare danâle prenlierâge.

Cûnter des feiûé.

§ 913. Les altérations cancéreuses peuvent se môntrer âdiii lifférentes formes et à difierens degrés dans les reins.

On a très rarement obsei-Vé le cancer des reins chez les enfâns • >u le voit quelc^uefois dans l'âge adulte, plus souVent dans l'âgé uLir et dans là viéillessé. A en jUger par meS observations et l'après celles dont j'ai eu cohnaissaface, il est pltis rairé chez la cmme que chez l'homme.

Dans un certain nombre de cas , j'àt vu le catltër alteitidrë xclusivement l'es fëins, salis lésion càncéreùSe dé là vëâsiè, dèS jrganes thoraciques, èt sans àfFection cancéreuse du foie , dè estomac et dés intestins, etc. ; seulement la dégénérescérice du cin était qUel({uefois accorrtpagnée d'un engorgement squirheux ou cancéreux des ganglions lymphatiques, situés dans la cissure du rein ou dans son voisinage. Dans un plus" grand nomire de cas , l'allération des reins n'était qu'un des phétlotnèneâ l'une affection cancéreuse générale dont léS produits sé itidùraient à-la-fois dans les ganglions lyniphatiqueS , mésebléi'î- ]ues et prélombaires, dans le foie, lés poumonS, etc. Enfltl, le ancéi" des reins m'a paru quelquefois naître sous l'influénce du ancer d'un organe voisin : c'est ainsi qu'on pëùt,(;eme semblé,- ;xpUquër la fréquence de petits dépôts cancéreux dans lé réin Iroit, lorsqu'il y a dégénérescence eilcéphaloïde du foiè, et les apports bien constatés du cancêr du rein gauche avéô les dé- ;énéresceuces cancéreuses du colon descendant et du bas-fohds le l'estomac.

§914. La dégénérescence encéphaloïdeest la forme àaatornilUé du cancer qu'on rencontre le plus fréquemment dans lès oins.Lâ dégénérescence fibriniforme et fongoïde, qu'on désigné iluis spécialement sous le nom de fongus hèmatode, est beaucôUp"

0'j6 TISSUS HÉTÉRO LOGU lis.

plus rare, et l'état véritablement squirrheux du rein s'observ«f plus rarement encore.

Ces dégénérescences se développent presque toujours primitivement dans la substance corticale; mais elles peuvent s'étendre à la substance tubuleuse. Les membranes du rein, les parois du bassinet et le sang coagulé dans les veines rénales, peuvent aussi participer à la dégénérescence cancéreuse. Les masses encéphaloïdes, souvent multiples, se développent ordinairement à la surface des reins ou dans l'épaisseur de la substance corticale : elles sont d'un blanc rosé ou bleuâtre et lobulées. Elles peuvent être à l'état de crudité ou ramollies. Dans le premier état , elles ont presque autant de consistance que ]e tissu rénal, dans lequel elles se sont formées. Leur surface est sillonnée par de petits vaisseaux, mais dans leur intérieur ils sont rares ou peu apparens. Le tissu rénal qui entoure ces masses est sain, ou au moins il est en général peu injecté. Dans un état plus avancé, ces masses encéphaloïdes se ramollissent parlielletnenl ou en totalité; leur consistance a été assez exactement comparée à celle du cerveau de l'homme. Dans un degré de ramollissement plus avancé, elles deviennent tout-à-fait pulpeuses, et sont transformées en une sorte de bouiUie rose ou rougeâtre. Elles offrent alors , à la coupe, une multitude de petits vaisseaux sanguins qui se ramifient dans leur substance. Lorsque ce réseau vasculaire est fortement injecté, ces tumeurs paraissent d'un rouge brun, infiltrées de sang, et offrent quelquefois de petits caillots fibrineux dans leur épaisseur.

Parfois la substance corticale reste saine dans les intervalles qui séparent les masses cancéreuses; d'autres fois non-seulement elle est plus injectée de sang que dans l'état normal, mais elle ofi're des traces d'inflammation non équivoques, des dépôts ou des nappes de pus (7\.tlas, Pl. xi.vi , fig. 2 et 3), ou bien encore de véritables foyers purulens au-dessous de la membrane fibreuse du rein (Atlas, Pl. xiii, fig. 10).

Lorsque les petites masses cancéreuses sont peu nombreuses ou n'ont que le volume d'une noisette (Atlas, Pl. Xlv, fig. 2), le volume du rein peut n'être pas sensiblement augmenté. D'aulres fois il acquiert des dimensions véritablement mon-

slrueuses, par suite du dépôt ou de l'infiltration de la matière cancéreuse dans les substances corticale et tubuleuse (Atla.s ,

Pl. XLV, fig. I ; Pl. XLVI, fig. I ; Pl. XLVII, fig. > , et Pl.XLVIII,

fig. I ). Alors la surface du rein est surmontée d'un grand nombre de bosselures, dont le volume varie entre celui d'un grain de cassis et celui d'un gros œuf de poule : les unes sont d'un blanc rose ; les autres d'un rouge foncé , et surmontées ù'un réseau vasculaire qui s'étend vers leur base et les parties voisines. La distribution des masses cancéreuses est en général fort irrégulière. Je les ai vues amoncelées sur le bord convexe d'un des reins; dans deux autres cas, à son extrémité supérieure, tandis que l'extrémité inférieure n'ofifrait pas de traces d'altération cancéreuse. Quelquefois, mais ce cas est rare , les masses cancéreuses font saillie au-dedans du bassinet , soit qu'elles aient pris naissance sur sa membrane interne ou dans l'épaisseur des parois de ce conduit (Atlas, Pl. xlvi, fig. 3), soit qu'elles aient soulevé devant elle les parois du bassinet ou qu'elles en aient déterminé la destruction (Atlas, Pl. xiii,

fig. 10 ).

Lorsque les reins ont été entièrement envahis par la dégénérescence cancéreuse, devenus informes, bosselés, ils ne présentent plus aucune trace de leur organisation primitive , et lis offrent des différences d'aspect très remarquables ( AtlaS,

PUXMI, fig. 10; Pl. XLV, fig. I ; Pl. XLVI, fig. I ; Pl. XL VIII ,

ig. I ; Pl. XLix, fig. a). Dans des masses cancéreuses ramollies, m trouve quelquefois de véritables cavernes , le plus ordinaiement remplies^ en partie, par une sorte de détritus formé de natière cancéreuse et de sang altéré , qui s'écoule avec l'urine lans le bassinet, par une ou plusieurs ouvertures accidentelles A.TLA8, Pl. XLV, fig. 6).

Le fongiis hèmalode des reins (Atlas, Pl. xlix, fig. i et a ) •e rapproche , par ses caractères anatomiques , d'une autre aN «ration plus rare, de l'apoplexie rénale, dans laiiuelle du sang 'u de la fibrine est déposée dans les substances rénales. La lature cancéreuse du fongus hématode des reins est démontrée, lon-seulement par l'existence d'une petite quanlilô de malièro érébrifonne, comme ensevelie dfin» des caillot» de !îhnn« «1-

^^78 TISSDS HÉTÉROLOGPES.

térép , et par l'exislencfl siwvfltanée d'altérations cancéreuses et fongoïde?, dans plusieurs gutres viscères, et même d^ins les p^. P'aijlpurs, la dégénérescence encéph.aloïde des reins est gHP'qucfoi^ apçomppgpée de dépôts sanguins considérables, pji 4fe c.afllpl^ (J,e fibrine pjus pu njoins altérés, toul-à-r3it a»^- Jflg»es, ?poins en ^pp^renpe , à çe^x qu'on observe 4?r)? fqagm }»é;patpde propremept 4it (Atlas, P}. xlv, fig, 6).

fQ«gy^ l>émalpc}e des rpjps se fécondait k dps m3sses bpsselée? d'^n hvnn fougeafre, quelcjuefgis nji^jiangé de teinte? jaunis, qui parsis^ent nipHes ou pâteuses s.oijp pression du 4pigt- A la CQ)}.pe, op voit que Jes masses sont popstituées P3r 4e la ff?3ripp ^llérép, brunâtre pp japuàtre pp qufijquep ppint?, q\^p Ip 4oJgt pppt diyispr QU écraser facilprpeut, et qu^ Pfiï qijelqiwfpis te)len^e,p,t piflpUip qu'ellg rpgserable ^ une 3flr|edpbpUfUie.

Papp des cas pu p/ejp ^yajjt pté pqjièr^^ppt finy^Iji par Içi dégépéresçepcp ç^ppprpuse, en digs.éqp^pt ^j,tpn}|yeniept l'altér i ji^fpn, çn a tr,Quyé, 4an? de? n^^sse? de jp^tiçrp çérpjjrifprrpç, et plus rarement dans le voisinage de dépôts fibrineux, du tissu squirrheHjc, ^vpp l'appafpnce qu'il offre si souvent (iann le eancer des mamelles, O.es bandes PU dps ^Iripç irréguliéres , d'un tissu blanc bleuâtre, désistant .con}me le J^rd pp le tissu csUvikire ipdjifç, Jr£iYers9ipnt les masses c^pcéj-euses en différ feus sens.

Dans le c^PCer 4ps rpip^ , )es tissi^is élémentaires de ces orr gppes et leurs conduits pxcrétpurs peuvent offrir dps ajjérgtions ppn moins remarqpfiblps. On a vu les veines répaleSj et même 1^ veine-pave inférieure , distepdues pjjr du si»pg cpagujé pi> diverpemept ijltpré ( Atlas, ?\, 1 figr f ; Vl- ^i^, fig- î

et ?). En général, les dépôts fibrineux trouvés dans jes yeipjef ppl une apparence qui se rapprocbp beaucopp dp celle des dépôts fibrinepx purs pu piélangés de matière cérébriforme qu'on observe en n^êpie temp^ dans les reii^s.

Les vaisseaux et les ganglions Ijfmphaliqups des reins partir cippnt souvepl aux dégénérescences cancéreuses de ces organe? (Atlas, Pl. xlv, fig. 5 et 6).

Les ganglions lymphatiques de 1^ 3çi«f»i^fe transforinés en

CANCER J)ES REIlSrS. 67g

matière squirrlieuse ou infiltrés de matièi'e cérébriforme , sont quelquefois réunis en une seyle masse mamelonnée, qui cojîJprime plus ou moins le bassinet et l'origine de rjareljère (Ati,a5, PI. XLV, fig. 5 et 6).

Les enveloppes fibreuse et celluleuse âes reins, i^ialgré la distension que leur fait éprouyer l'augmentation dv yolump du rein, acquièrent quelquefois une épaisseur considérable, et souvent elles sont sillonnées par des vaisseaux fortement injectés et d'une plus grande dimension que dans l'état normal.

Les altérations cancéreuses du bassinet sont très rares. Je n'ai jamais vu ses membranes infiltrées de matière çancéi'euse en nappe , à la manière des infiltrations tuberculeuses ,des mên>es parties (Atlas, PJ. xlii, fig. 3 j Pl.-xuv, fig. 1). Mais , deux fois , j'ai vu des masses cancéreuses plus ou moins aplaties et d'une dimension assez considérable , implantées sur la membrane muqueuse du bassinet ou des calices ( Atlas , Pl. XLVI, fig. 3 ).

Je n'ai rencontré qu'un très petit nombre de fois dans le^ reins la dégénérescence tuberculeuse associée au cancer; j'ai vu plus souvent chez un même individu des tubercules dans les poumons et de la matière encéphaloïde dans les reins. Dans un cas de diatlièsp cancéreuse et mélanique , j'ai trouvé, dans la substance corticale des reins, de petits dépôts de mélanose et des noyaux cancéreux.

Les animaux, aussi bien que l'holnme , peuvent offrir des iffeclions cancéreuses dans les reins (Atlas, Pl. XLVin, fig. 5 ■X 4). Je les ai observées notamment chez le chien et le bœuf.

§ 916. Symptômes. — Le cancer des reins peut être latent. Dans ce cas, l'altération des reins n'a pas suffisamment augmenté le volume de ces organes , pour qu'ils forment dans la légion lombaire une tumeur appréciable au loucher ou à la pression. A cet état, la dégénérescence cancéreuse n'est pas issez avancée pour déterminer, de temps à autre, une hématurie >lus ou moins considérable dans le bassinet , et l'urine n'offre pas d'altération caractéristique. Quelques malades seulement plaignent d'une douleur profonde, persistante, tantôt iourde , tantôt très aiguë et déchirante dans une des régions

f38o TISSUS HÉTÉROLOGUES.

ïombàires. Ce symptôme esl commun , non-seulement à plusieurs affections des reins j mais encore à des lésions de la moelle ^pinière, de l'aorte , etc.

Le plus souvent au bout d'un certain temps, le rein , devenu cancéreux , augmente de volume , 'de manière à former une tumeur dure, solide, appréciable au toucher. Quelquefois cette tumeur dépasse à peine ie rebord des côtes; d'autres fois, elle occupe tout l'espace situé eiiire la dernière côte et le bord supérieur de l'os coxal. Cette tunieui- peut présenter des mamelons appréciables au toucher.

Un autre symptôme du cancer des reins parvenu à un degré Hvancé, etsurlout du cancer du bassinet ou du cancer liématode, est la présence d'une certaine quantité de sang dans l'urine. Cette hématurie rénale, laniôt légère, tantôt considérable, a rarement lien d'une manière continue, soit que l'hémorrhagie se suspende, soit qu'un caillot forme obstacle au passage de l'urine sanguinolente. Mais bientôt l'urine devient de nouveau rougeâlre comme de la lavure de chair ou d'un rouge de sang plus foncé. Souvent lu sang se coagule dans l'ui etère et prend une forme vermiculaire, oubien, si une grande quantité de sang est descendue dans la vessie, ce fluide s'y concrète et l'expulsion en devient difficile et douloureuse. L'urine , qui surnage , est trouble; la couleur en esl foncée et l'odeur fétide, surtout dans les derniers temps de la maladie. En même temps l'appétit diminue, il survient des flaluosités intestinales, quelquefois des nausées et même des vomissemens.

Dans le CHUcer des reins, il est rare d'observer la rétraction du testicule qui accompagne si souvent la pyélite calculeuse, lorsqu'il y a rétention d'urine à la suite de l'obstruction de l'uretère par un calcul.

La peaujsurtoutdans les derniers temps de la maladie, prend ordinairement une teinte jaune paille. L'amaigrissement fait des progrès malgré le régime le plus analeptique. L'état du pouls est variable; souvent il n'existe qu'une fièvre légère, les »nenibres inférieurs s'œdémalieni, et parfois une hydropisio Ijénéi-nlo, suite do la cachexie cancéreuse et des hématuries répétées, se déclare et présage la mort, Le développement do

CANCEll DES KTilNS. 68 1

l'œdème des parties inférieures peut être favorisé ou délerminé par la formation de caillots fibrineux ou cancéreux dans la veine-cave inférieure et dans les veines rénales et spermatiques.

A ces divers symptômes, il se joint souvent d'autres phénomènes morbides , dépendant soit de complications purement accidentelles, soit, ce qui est très ordinaire, de lésions cancéreuses du foie, de l'estomac, de l'intestin, ou d'autres organes atteints par la diathèse cancéreuse. On aura une idée générale de ces complications et de leur expression symptomatique en consultant le observations particulières, indiquées ou rapportées plus loin (Voyez : Hisioriqiie).

§ 916. Causes. Le cancer des reins attaque de préférence le sexe masculin , l'âge mûr et la vieillesse. On l'a observé chez des individus qui jouissaient en apparence d'une bonne constitution. Quoique les jeunes gens en soient rarement affectés, ils n'en sont point exempts; le cancer hématode des reins a même été plusieurs fois observé chez les enfans.

Le cancer attaque plus fréquemment le rein droit que le rein gauche , par suite de la plus grande fréquence du cancer dans le foie que dans la rate.

Les maladies des voies urinaires et en particulier leurs inflammations n'ont point d'influence manifeste sur la produc- I lion du cancer dans les reins.

Le cancer des reins peut être consécutif au sarcocèle et à J'abiation d'un testicule cancéreux; j'ai vu cette relation chez l'homme et chez le chien.

§ 917. Diagnostic. A l'état latent, c'est-à-dire lorsque l'altération cancéreuse du rein n'a point encore occasioné d'hématurie ni donné lieu au développement d'une tumeur dans une des régions lombaires , les douleurs déterminées par un cancer des reins peuvent être confondues avec des douleurs rhumatismales ou avec une névralgie lombaire. L'apparition d'une hématurie chez un malade qui éprouve habituellement de semblables douleurs, sans avoir rendu antérieurement du sable ou des graviers dans l'urine, sans avoir été atteint de rétention «l'urine complète ou incomplète, devient significative si les

63^ TISSUS niÎTÉRQI^OGUES.

douleurs existent dans les intei-valles des hématuries comme pendant leui- durée , et si elles se renouvellent sans causes appréciables.

Quant aux tumeurs rénales cancéreuses , sans hématurie, eljes ont été plus d'une fois l'occasion ^'erreurs de diagnostic. On les 9 prises pour des abcès profonds aux lonihes; pour des pyélites palc^ileuses avec distension du bassinet et des çalicesj ppur une tumeur dp l'oyaire , etc. Des tumeurs cancéreuses, Sppartpnant au rein droit, ont été considérées comme des altérations du foie, surtoutlorsqu'ellesélaient,pour ainsi dire, soudées avec cet organe , et l'erreur n'a cessé que lors de l'apparition d'un nouveau symptôipe, une hématurie habituelle.

Parfois aussi on a confondu des tumeurs cancéreuses appartenant au rein gauche, avec des intumescences de la rate consécutives à des fièvres inlennitteutes ou produites par une dégépérescence de cet organe. Toutefois les tumeurs de la rate sont le plus souvent indolentes (les cas de coïncidence de péritonite splénique exceptés), et ue sontpointaccompagnées d'hématurie.

Enfin il peut arriver , niais ce cas est rare , que les ganglions lympljatiques de la scissure du rein et les ganglions lymphatiques prélombaires deviennent cancéreux, se tuméfient, se réunissent et s'agglomèrent de manière à former une tumeur considérable, mamelonnée et douloureuse qui simule une dégénérescence cancéreuse du rein. J'ai vu un c?is dans lequel une semblable altération fut prise pour un cancer des reins, npn-seulement pendant la vie, mais encore après la mort. L'erreur ne fut reconnue que par une dissection attentive de la tumeur: au-deçspus d'une couche de tissu cellulaire ijiduré, on trouva le rein déformé, aplati, intimement uni à la masse cancéreusp, et complètement exempt de cancer.

§ 918. Pronostic et trailement. Le cancer des reins, qu'ii soit simple ou compliqué de lésions cancéreuses d'autres organes, est un mal incurable. Toutefois on prolongera l'existence des malades en les plaçant dans des conditions hygiéniques f-ivorables, par une nourriture succulente et par l'usage d'un vin. généreux. Le ralanhia et les prépai;ations ferrugineuses (limaille de fer, laclate et sous-carbonale de fcr), employés

sous diverses formes ralentiront quelcjue temps les progrès de la cachexie cancéreuse et de l'hydropisie qu'amènent inévitablement les longues souffrances et les hématuries habituelles, inséparables de cette dégénérescence parvenue à son dernier terme.

Ou s'abstiendra d'émissions sanguines locales ou générales , même aux premiers indices de la maladie, hors les cas d héraalurip avec fièyre, de péritonite partielle et doulourevxse autour de la tumeur formée par le rein dégénéré. On n'y aura raèine recours qu'^iprès avoir inutilement essayé desbains et des topiques émoiliens et narcotiques.

Quant aux douleurs occasionées par le passage de caillots fibrineux , soit de l'virelère dans la vessie , soit de la vessie à travers le canal de l'urèthre, elles ne cessent qu'après l'expulsion des caillots ou après le rétablissement du cours de l'urine qui peut être favorisé par une ingestion abondante de boissons rafraîchissantes, telle que l'eau de lin, l'eau minérale de Contrejcpville, etc. Il est inutile d'ajouter que l'application de la glace aux lombes peut être utile, si \e rein cancéreux fournil beaucoup .de sang. L'accumulation des caillots dans la vessie ou l'occlusion de son col peut rendre le cathétérisrae et des injections nécessaires.

Les cautères, les moxas, que plusieurs praticiens font appliquer à la peau des lombes dans les cas de dégénérescence cancéreuse des reins, sont des remèdes impuis&ans contre le mal local et contre la diathèse qui le produil.Pour mou compte, j'ai depuis long-temps renoncé â ces remèdes, plus nuisibles qu'utiles, qui fatigupnt les malades , en nuisant quelquefois à leur sommeil, ou qui, en s'opposant à certaines attitudes, rendent le coucher ou les mouvemens du tronc plus pénibles et plus douloureux.

Les préparations de ciguè, trop vantées contre les affections cancéreuses, ont aussi de graves inconvéniens ; elles nuisent, en pure perte, aux fonctions de restomaç. Le principal remède , le seul vraiment utile, c'est l'opium. La longueur de la durée de la maladie oblige souvent à employer successivement la plupart des préparations opiacées les plus usitées, soit en layement, soit à l'aide de la méthode endermiciue.

684 TISSUS HIÎTKKOLOGUES.

Enfin , il faut éloigner du malade la pensée d'un mal incurable , en lui faisant prendre des remèdes iusignifians , dont l'action sera annoncée comme devant être très lente.

Historique et observations particulières.

§ 919. D'ancieno auteurs ont nienlionué, sous le nom de squirrhe du rein, des altérations bien distinctes du véritable cancer. Sennert(i) caractérise ainsi le squirrhe des reins : «est autem squirrhus renum, malum plerumque insanabile, quod hominem in cachexiam aut hydropem conjicere potest. » A un premier aperçu, il semblerait que Sennert a connu le squirrhe ou le cancer des reins, d'après la fréquence bien connue de l'hydropisie, à la suite de cette dégénérescence; mais Sennert ajoute : « Urina in squirrho renum redditur pauca, tennis f l nqnosa, » ce qui indique clairement, suivant moi, que ce célèbre médecin appliquait la dénomination de squirrhe à l'inilammation chronique des reins el non à une dégénérescence squirrheuse, telle qu'on la comprend généralement aujourd'hui.

Chopart (i) traite du cancer des reins ; mais les observations qu'il rapporte ne sont pas réellement des cas de cancer. Dans la première, empruntée à Seger, il est dit qu'un des reins était très volumineux et rempli de pus, et que l'autre contenait un calcul. Dans l'autre, extraite de Th. Bonet, ils'agitd'un rein li'ansformé en une espèce de poche; les deux malades avaient rendu des urines sanguinolentes et des caillots de sang.

Dans ces derniers temps, un assez grand nombre de cas de cette maladie ont été publiés dans les journaux de médecine. Le docteur C.-G. Cai-raud(3)a observé, à l'hospice de laSalpétrière , chez une femme de 58 ans, un cas de cancer du rein droit, qui avait été pris pour une maladie du foie. Le rein était

(i) Sennert, Opéra, t. r, lib. 3, part.i, fcct, i, cap. p, (a) CliopBFt, ouvrage cité, 1. 1, page i32i

(3) Carraud (CG.). Distert. sur la niphrit», in.4, Pari», i8i3, page ai.

CA.NCER DES REINS (histonque). 685

transformé en une large tumeur encéplialoïde du volume de la tête d'un homme.

Béclard(i) a trouvé sur le cadavre d'un homme âgé de 5o ans un cancer du rein droit. La tumeur égalait le volume de la ^ète d'un enfant; elle était formée par du tissu cérébriforme d'une couleur jaune , parsemé de petites cavités remplies de sang et de pus. Le foie présentait aussi une grande quantité de tubercules cancéreux.

M. Chomel (a) a rapporté un cas de cancer, observé chez un vieillard âgé de 60 ans, et qui avait paru prendre naissance à l'occasion d'un coup reçu vers la région de la rate et de l'estomac; un état de langueur précéda de quelques mois l'appariion d'une tumeur, dont l'accroissement fut tel qu'elle envahisiait une partie de l'abdomen. A l'ouverture du corps, on trouva :jue la tumeur était formée par une dégénérescence cancéreuse 3t tuberculeuse du rein. Ce cas est surtout remarquable, en ce que les autres viscères du thorax et de l'abdomen n'offraient luoune lésion.

Le docteur Roques (3) a publié le cas d'un militaire, opéré l'un sarcooèle du testicule gauche, et qui mourut plus tard l'un cancer du rein gauche et du foie. Le rein, transformé en natière encéphaloide, pesait plus de quatorze livres.

Le docteur Miriel (4) cite le fait suivant qui est des plus curieux : «Françoise Levelly, âgée de 35 ans, se présente à l'hôpital nvil de Brest, le 6 avril 1809, pour être admise 4 faire ses ;ouches. Cette femme se trompait. On ne prit point part à son 'rreur, et elle fut renvoyée dans une salle ordinaire , oîi elle aourut le lendemain- A l'ouverture du cadavre, on trouva une umeur énorme qui avait déplacé et porté à gauche tous les inestins grêles, le cœcum et les portions ascendante et traosverse lu colon. Dirigé par l'uretère, qui se perdait au centre de cette

(1) Bulletin de ta Faculté de médecine de Paris, t. v, 1816, p. 114.

(2) Journal de méd, cliir, et de pharmac, iSiif. — Bibl. méd., t. xi.v,p. 8(.

(3) Bulletin des sciences médicales, l8ag, t. xvii, p. i33,

(4) Miriel (G.). Reflexions sommaires suri' importance du diagnostic, ia-4 ^aris i8io, pagQ i3.

6o6 TISSUS fi^TKROLOGtlES .

t'umeuï', dont le voluhle extraordinaire en avait impofeé à cette fpinme, de manière à lui faire croire qu'elle étâil tencéinle, M. Durel, cliilurj^ieri eh clief de la marine, au porl de Brest, reconnut que c'étàit lé rein droit. Sa forme était ovoïde, son poids de six livi'ës et demie, et éette masse informe s'étendait depuis le pilier dù diaphragme jusque dans le bassin. Divisé par tranches mitices, suivant sa longueur et sa largeur, il fut impossible de reconnaître la substance qui, dans l'état sairi, coritribûe à là fol'ihalion du rein. Cet organe était dénaturé, désorganisé , et n'oîTrait qu'iirie substance molle, blanche , et qui avait, quant à la consistance et à la couleur, une ressemblance parfaite avec la pulpe cérébrale. Enfin , sans la présence de l'uretère, il eût été impossible de rencontrer la moindre trace dù réin.

M. le docteur Ginlrac (i) a publié deux observations de cancer des reins, avec des remarques intéressantes sur cette maladie. L'une de ces observations est celle d'un homme de 54 ans, mort d'un cancer du rein gauche. Cet organe était transformé en une masse de matière encépbaloïde; il y avait des tubercules dans les poumons. L'autre est celle d'un homme de ôg ans, mort d'un cancer du rein droit. Les mamelons étaient ramollis et dégénérés en matière encéplialoïde; il y avait aussi dans le rein gauche plusieurs tubei-cules cancéreux. La capsule surrénale était convertie en une masse cancéreuse. La veine-cave contenait infèrieurement un caillot pareil à la dégénérescence caucéreusè ramollie j la veine azygos était. remplie cïe matière enceplialoïcle.

fiance (2) a vu un vieillard de 78 ans atteint d'un cancer de l'intestin , des ganglions mésentériques et du foie. Les reins contenaient quatre ou cinq noyaux de matière encéphaloïde, à l'état de crudité.

M. Renauldin (3) dit que, chez une femme, âgée de 65 ans, le

(i) Gintrac. Mémoires et observ. de méd,clmiq. el d'anal. pathol., page rôg, Bordeaux, i83o. ..

• (a) Archivés générales de médecine, t. xxv, page 45, r83l.

(3) Archives générales de médecine, a° série, t. u, pag, 588, 1833.

CANCER DES REràs {lustorîque). 687

rein gauche, augmenté de volume par suite d'une dégénérescence cartt^reuse, avait été pris pour line tunieut- de la ràte. Il y avait dans le ventricule gauche du cœur une tuthèur cancreuse dti volume d'une noix.

Le docteur INorris (i)a vu, chez un homme de 5g ans, ctontleà glatides tnésentériques étaient cancéreuses, le foie, le pancréas^ les reins, le sternurri, etc., offrir des lésions cancéreuses. '

Le docteur Houssard (2) â observé titr câs de càhcer dû rélli ch'oit et du foie chez une femme âgée de izS ans.

M. Cruveilhier (3) a cité un cas de cancéi" du rein droit, dti foie et des poumon^.

M. Bouillaud (4) a observé , chez ùn homnle de 6d rihs , ùiie légénérescence tuberculeuse et encéphaloïde dû rein droit, [Ui s'étendait de la fosse iliaque jusqu'au fôie.

M. le docteùr Vallerand de Lafossé (5) a rapporté ttn cas dé ;ancèr du rein droit, observé chez tin homriie de 3o àns'. Le" oin était presque entièrement converti en tubercules cancécux, il y avait des tubercules dans les poumons.

M. Roslan (6) a observé un cas de cancer de l'éstonlac et dii oin droit cliez une femme, âgée de 64 ans.

Le docteur John Darwall (7) a rapporté soUs lé nom dé ihysconie rénale denx observations de tuineurs rénales qui )araissent être des cas de cancer du rein , l'un observé chez me vieille feranlë ëi, l'autre chez un jeune homme de 22 àné.

tJn caâ cité par M. îlécaraièr (S) parait être àUssi ilii câà )Îé!' légénéf'escence cancéreuse du rein gailchë. Là litàlade était ùtië emme d'un âge avancé; les poumons contenàient quëlqués tiï'-' ^erculés.

(1) Edinb. med. and surg. journal , vol. xvi, p. 56a, 1820.

(2) Bill, méd., loin, i.ix, page 35o, 1818.

(3) Nouvelle, bild. méd., t. iii, p; y^'i, xiig.

(4) Journ. coinpl. des se. médt, t. xxxi, pbç. t6, 1848.

(5) Nouvelle Mil. méd;, t. viii,p. 42, Paris, iSaS: (G) Ndui-eau j'ourii. de inéd., t. yi, p. 2l5, 1819.

(7) (idinb. mcd. ànti sM^. j6Um.it iGo, Ï8ii3.

(8) Revue médicale, 1. 11, p. i8, 1824.

688 TISSUS HKTiROLOGUIÎS.

T.-F. Ilancc-( I ) a rapporté le cas d'une péù le fille d'un an etcinq mois, laquelle portail dans l'hypochondre gauche une tumeur qui, au toucher, paraissait avoir le volume d'un œuf de poule. Six mois après , on découvrit une tumeur dans l'hypochondre droit. Puis il survint une hématurie. Après la mort, on trouva à la place des reins deux tumeurs cancéreuses fongoïdes. On peut rapprocher de ce cas celui d'un enfant , âgé de 4 ans et mort d'un cancer hématode du rein droit, et dont l'ohservation a été publiée par M. Bennett (a); le rein pesait quatre livres environ, les autres organes étaient sains.

M. Velpeau (3) a publié plusieurs observations remarquables de dialhèse cancéreuse, avec dépôt de matière encéphaloïde dans les reins ou le bassinet.

Le docteur Sandwich (4) a observé un cas de cancer du rein droit chez une vieille femme qui avait été sujette à des coliques néphrétiques et à des pissemens de sang. Le rein droit pesait près de huit livres.

§ gao. Les cas de cancer des reins qu'on rencontre dans la pratique peuvent être classés dans trois catèyories. La première comprend les cas de dépôts de matière encéphaloïde dans les reins, sans augmentation notable du volume de ces organes et sans hématurie {cajicer latent) ; la seconde, les cas de cancer du rein ou du bassinet, principalement caractérisés par des douleurs rénales et par une hématurie habituelle, sans augmentation notable du volume du rein (ces cas, quoique moins obscurs que les premiers, sont plus souvent soupçonnés que reconnus pendant la vie); enfin, une troisième catégorie se compose des cas de cancer, annoncés par une tumeur rénale , dure^ facilement appréciable au toucher et par une hématurie habituelle.

(1) Fongns bématode des reins (Jiibl. ntéd., t. ir.vrx, pag. n4, i8i5).

(2) Londonmed, Gazelle, t. vtii, p. 183, l83i.

(3) Revue mid.. \. iv, p. 219, 1826, — Ibid.. t. ui,p. 77, 1826 Jbid.,t.iv,

(4j Case of fungns )i,Tmalodes of tbekidpcy {^Edinb.med.aridsurg.journ., Tol.x7r,pt38i, tSao,

CANCER DES REINS [état latent). 689

Les observations suivantes m'ont para propres à remplir < quelques lacunes dans l'histoire générale du cancer des reins. 1 Les observations i, ii, m et iv montrent comment la périto- 1 nite, le cancer de l'estomac ou de l'intestin peuvent masquer ; l'expression symptomatique du cancer des reins. Les observai lions I, II, m, etc., sont des exemples de cancer latent des r reins et de diathèse cancéreuse. L'observation ix est un exemple fort extraordinaire de cancer du rein droit, s'ouvrant dans le - duodénum. L'observation xi est un exemple des cas de cancer : des reins qu'il est facile de reconnaître pendant la vie. Enfin, . les observations m, iv, xi, etc., sont propres à donner une idée ^1 générale àes hydropisies consécutives à la dégénérescence cancéreuse des reins.

§ 931. Première série. — M. le docteur Aubé m'a remis le rein d'une femme morte d'une péritonite à l'hôpital iieaujon. Cette femme était entrée à l'hôpital quelques jours seulement avant sa mort. Elle y avait été admise pour y faire ses cour ches. Le travail avait été très laborieux ; la version avait été nécessaire et avait offert beaucoup de difficultés. Il en résulta une métro-péritonite à laquelle cette femme succomba trois ou quatre jours après sa délivrance. A l'autopsie du corps les recherches furent principalement dirigées vers l'utérus : il existait une )éritonite générale; épanchement de sérosité purulente, accompagné d'adhérences récentes des diverses parties de l'intestin. ||LL'utérus, double du volume de la tête d'un fœtus à terme, présentait intérieurement une exsudation purulente. Les veines atérines et celles du bassin contenaient du pus. Rien de remarquable dans les autres organes, si ce n'est à la surface d'un des reins, dans la substance corticale duquel existait une petite masse de cancer encéphaloïde de la grossevir d'une noix environ; ce rein de forme et de volume ordinaires ^ généralement peu coloré , présentait, vers le milieu de son bord convexe , un' tubercule cancéreux de la grosseur d'une petite noix , faisant an peu saillie à l'extérieur et s'enfonçant de deux lignes environ dans la substance corticale. Au-dessus de cette tumeur, la membrane du rein offrait un lacis de petits vaisseaux. A la coupe , la substance de la tumeur était uniformément blan-,

in. 44

690 CANCRR DES REINS (état latent).

châtre, peu consistante et pouvait s'écraser sous le doigt.

Ecrasée sous le doigt , cette substance prend une teinte un peu rougeâtre et ressemble à la substance cérébrale ramollie; près de cette tumeur, on trouve un grain cancéreux gros comme la tête d'une épingle. La substance rénale, voisine de ces dépôts , ne paraît pas altérée.

Il n'y avait rien de semblable dans l'autre rein , ni dans aucun organe. Ce rein offrait à sa surface une petite bosselure, mais le tissu n'en était nullement altéré.

Chez une autre femme morte de péritonite puerpérale, l'allé' ration cancéreuse était aussi à l'état rudimeutaire. Un des reins, pesant 3 onces 3 gros 1/2, présentait à sa surface quelques rougeurs et un certain nombre de petits grains blancs solides. Dans un des cônes, très près de son extrémité, il y avait une tumeur arrondie, grosse comme une noisette, blanchâtre, un peu molle et vasculaire , ressemblant beaucoup à certains tubercules cancéreux du foie. Les calices et le bassinet étaient injectés ; les cônes étaient d'un rouge assez foncé.

Ous. I. — Caucer du rein à l'ét.at radimcnlaire ; cancer du foie et de l'estomac, — Péritonite- — Douleurs hépatiques et douleurs rénales ; hydropisie.

Fontaine (Auguste) , né à Paris, orfèvre, d'une conslitutiog lymphatique, né deparens sains, n'avait eu aucune maladie jusqu'à l'âge d^ i4 ans; à cette époque il fut atteint de la petitevérole, et depuis il dit n'avoir éprouvé que des indispositions passagères.

Depuis un an il a senti des douleurs vagues dans le dos, à la partie antérieure de la poitrine, à la région de l'estomac, surtout après le i-epas , avec des vents qui lors de leur sortie donnaient une secousse à la région épigaslrique. Depuis quatre mois les flatuosilés sont devenues plus fréquentes, avec douleurs lancinantes à la poitrine, sans toux, ni crachats. Douleurs de reins par intervalles. Tous ces symptômes ont augmenté depuis cinq semaines ; la face est bouffie ; les jambes sont tuméfiées.

Le i5 septembre, joues flasques, jambes œdématiées, surtout

CANCER DES REINS {état latent). 691

le soir; depuis cinq jours douleurs au mollet gauche, dégoût pour le pain et le vin, douleurs à la région épigastrique, qui est très sensible à la moindre pression ; douleurs à la poitrine et au dos surtout dans la région du foie; la surface du lobe gauche de cet organe est comme brunie. Les douleurs sont lancinantes; assoupissement presque continuel ; douleurs à la région' des reins; urines en apparence naturelles, et peu acides {Eau de Seltz ; trois tasses de lait , deux bouillons) .

Les jours suivans, la douleur au foie est plus continue, le ventre devient même généralement douloureux, sans hoquet, ui v^omissemens. Mort le 14, à quatre heures du matin.'

Autopsie du cadavre. Le cerveau mou; sérosité dans les ventricules ; injection de la pie-mère.

Poitrine. Le larynx contient beaucoup de mucus; adhérences au sommet des deux poumons, qui sont froncés, parsemés de petites cavernes et infiltrés de tubercules. Engouement de la partie postérieure des deux poumons; sérosité sanguinolente dans le péricarde.

Aldomen. L'estomac adhère à la face inférieure du lobe moyen du foie. Cet organe, plus volumineux que dans l'état sain, est parsemé d'un grand nombre de tumeurs cancéi'euses, encéphaloïdes, irrégulièrement arrondies, à divers degrés de volume et de consistance. Le tissu contigu à ces tumeurs est d'un I ouge foncé ; la rate est molle ; dans le petit bassin il y a beaucoup de flocons pseudo-membraneux, résultant d'une péritonite récente. Le péritoine contenait environ un litre de liquide rougeâtre , d'odeur fétide ; le pylore et une partie du bas.-fond del'eislomac étaient cancéreux. Depuis le duodénum jusqu'au cœcura teinte verte foncée, uniforme, de l'intestin. Amas de matière fécale dans un grand tiers du gros intestin.

Les reins , légèrement augmentés de volume , sont infiltrés de petits noyaux de matière encéphaloïde. Les uretères et la vessie étaient sains.

692 CANCËR T)T.s niîiNS (état latent).

Obs. II. — Cancer de l'estomac, et du foie; petits dépôts cancéreux dam la substance corticale des deux reins , non sensiblement augmentés de volnme ; urines acides sans altération notable.

J.-B. Giroux, portier, entra, le i" avril i836, à l'hôpital de la Charité. Cet homme, âgé de 4» ans, d'une haute stature et d'un tempérament nerveux , s'était toujours assez bien porté, lorsqu'il y a trois à quatre mois il éprouva, à la suite de chagrins, quelques douleurs du côté de l'estomac et qui se faisaient sentir pendant la digestion ; il n'en continua pas moins à travailler. A ces douleurs se joignirent des vomissemens quelquefois verdâtres, quelquefois noirâtres, et une perte de force, avec amaigrissement notable.

Teinte jaune-paille légère, décubitus sur le dos, faiblesse générale prononcée ; le malade se plaint quand il lui faut exécuter quelques mouvemens dans son lit; la voix est éteinte. Au bas de l'épigastre on sent une tumeur du volume du poing, inégale, résistante, un peu douloureuse à la pression, qui fait corps avec l'estomac et surtout avec la région pylorique, et se termine vers le foie sans lui adhérer. Douleur à l'épigastre, principalement dans la tumeur; douleur obtuse et continue avec quelques exacerbations ; perte complète d'appétit; vomissemens souvent répétés de matière noirâtre, semblable parfois à de la suie ou à des morceaux de charbon tenus en suspension dans l'eau. Ces vomissemens ne se répètent pas plus de trois à quatre fois par jour, quand G... ne boit pas; mais comme il est tourmenté d'une soif vive, il ne peut résister à ce besoin ; alors , il survient des vomissemens une demi-heure environ après l'ingestion du liquide. Tantôt il y a constipation, d'autres fois dévoiement, c'est-à-dire trois ou quatre selles liquides etnoirâtres dans les vingt-quaire heures. Langue recouverte d'un enduit jaunâtre , épais à la base, rosée à la pointe et sur les côtés; inappétence complète ; quelquefois des hoquets; urines très foncées en couleur, d'une odeur nauséabonde , et acides (on les avaient trouvées alcalines un matin, mais elles avaient été rendues dans une urinoire sale); pouls faible,déprimé, (60 pulsations par minute) ; assoupissement (applications émoi'

CANCER DES REINS {état latent). 693

1 mentes; eau de Seltz)^ uu peu de soulagement ^ mort le 10 i lonai.

I Autopsie du cadavre. L'estomac a éprouvé une si forte dis- Lcnsion qu'il descend jusqu'au niveau des crêtes iliaques ; les parois en semblent saines et de même épaisseur dans les deux l^iers supérieurs. A partir de ce point jusqu'à trois pouces audessus de la valvule pylorique , la membrane muqueuse de ee j^àscère est d'un rouge-brun et se déchire assez facilement ; Bloute la sui'face de cette membrane est salie par des mucosités brunâtres.

Dans la région pylorique, l'estomac présente jusqu'à sa terminaison la désorganisation cancéreuse à un degré très ivancé. A la coupe, on aperçoit un tissu blanc-grisâtre, lariacé , dont l'épaisseur est depuis une jusqu'à trois et quatre ignés. Des couches d'aspects divers correspondent aux membranes de l'estomac ; on distingue surtout la couche rausculeuse lypertrophiée.

La membrane muqueuse brunâtre , mamelonnée, ulcérée ians quelques points , présente çà et là des fongosités et des excroissances considérables. Dans certains points , elle est enlurcie; dans d'autres, elle a l'aspect d'une bouillie lie de vin.

La dégénérescence cancéreuse est d'autant plus avancée, {u'on se rapproche davantage de l'orifice pylorique; la valvule lylorique est en partie détruite.

La péritoine et surtout l'épiploon gastro-colique , offrent )lusieurs masses ou tumeurs encéphaloïdes à un état plus ou noins avancé. Le reste du tube digestif est notablement injecté ;t rem:pli de la matière noirâtre que vomissait le malade.

Le foie contient dans son épaisseur plusieurs masses cancéeuses du volume d'une lentille jusqu'à celui d'une noix, dures, l'un tissu blanchâtre, composées de petits lobes, comme manelonnées, et qu'on peut éaucléer facilement.

Yers la face supérieure du rein droit et sur son bord con- /exe, on observe une petite masse cancéi'euse du volume d'un )ois; cette petite masse cancéreuse est plus dense et moins grenue que celles du foie ; le cœur est sain. Grains cancéreux lans le rein gauche.

CANCER DES REINS {état latent).

Quelques adhérences anciennes dans la poitrine j un peu d'engouement à la base des poumons.

Téte. Cerveau sain.

Obs. m. — Cancer ulcéré du cœcnm; cancer des reins; bydropbie générale; tubercules pulmonaires.

Un vieillard qui portait une tumeur dans la région du cœcura , fut admis dans mon service à l'hôpital de la Charité. Il offrait une apparence cachectique avec œdème et diarrhée coUiquative , et mourut peu de temps après son admission à l'hôpital. L'autopsie du cadavre fut pratiquée 24 heures après la mort.

Etat extérieur. Face et membres extrêmement maigres ; peau d'un jaune paille; membres inférieurs infiltrés de sérosité; ventre un peu ballonné.

Tête. Les enveloppes du cerveau sont infiltrées de beaucoup de sérosité ; la substance cérébrale a peu de consistance.

Poitrine. Point d'épanchement dans les plèvres. Le poumon droit est un peu œdémateux à sa partie postérieure ; dans le lobe supérieur du poumon gauche existe une masse dure , du volume d'un œuf de poule , qui , incisée, est constituée par un amas de tubercules; le tissu pulmonaire intermédiaire à ces masses est dur, gris, et crie sous le scalpel.

Le cœur ne présente aucune altération. Le péritoine contient environ un litre de sérosité roussâtre. L'estomac ne présente rien à noter. Dans la moitié inférieure de l'intestin grêle, on voit, de distance en distance, à travers le péritoine, des taches blanchâtres. L'intestin ouvert présente une teinte ardoisée et de petites places rouges. Sous la membrane muqueuse de l'iléon, on remarque de petits dépôts de tissu encéphaloïde blanchâtres, assez durs, du volume d'une lentille ; dans l'intérieur du cœcum , il y a plusieurs ulcérations ; la valvule cœcale est presque détruite. Les tuniques du cœcum ont beaucoup augmenté d'épaisseur j en quelques points , elles ont cinq à six lignes.

Le colon offre plusieurs ulcérationa irrégulières, et, enqucl-

CANCER DES REINS {état latent).

ques points, de la rougeur, avec un peu de boursouflement de la membrane muqueuse. La rate et le foie ont leur volume et leur consistance ordinaires, mais il y a dans le foie quelques points durs, blancliâtres , du volume d'une petite noix (tissu cncéphaloïde). Ces masses , au nombre de sept à huit , ne sont pas enkystées , et autour d'elles la substance corticale est un peu injectée.

Les reins, de volume ét dé consistance ordinaires, présentent , comme le foie, dé petites masses de matière encépbaloïde du volume d'une noisette, au nombre de cinq ou six dans cbaque rein ; elles sont situées dans la substance corticale et font un peu de saillie à l'extérieur du rein. Une injection fine, poussée par la veine rénale, a très bien pénétré dans la substance du rein et même au centre cles noyaux de substance cncéphaloïde.

Les uretères, la vessie et l'urèthre, sains.

Obs. IV. — Noyau cancéreux dans lé rein droit; anémie et atrophie du rein gauche; altération cancéreuse des ganglions du col et de l'abdomen^ cancer de l'estomac, du foie, etc., avec hydropisie ascite, œdème du tronc et des membres inférieurs.

Joséphine Legrand entra à l'hôpital de la Charité, pour s'y faire soigner d'unè cachexie cancéreuse à laquelle elle succomba le 6 avril i83i. On fit l'autopsie du corps vingt-sept heures après la mort.

Etat extérieur. Ventre distendu par des gaz; infiltration des muscles et du tissu cellulaire des membres inférieurs et du dos.

Abdomen. La cavité péritonéale contient deux pintes environ de sérosité verdâti-e. En écartant les circonvolutions intestinales, on sent au-dessous du mésentère une masse volumineuse, dure, située de chaque côté de la ligue médiane. Cetté masse est formée par des glandes cancéreuses énoi'mes. L'eslomae adhère en avant au bord tranchant du lobe moyen du foie ; en arrière, à la masse cancéi-euse dont il vient d'être parlé. Le canal hépatique, de la grosseur d'une très grosse plume d'oie, et le canal cholédoque sont placés au-devant de celte masse

696 CANCER DES REINS {état latent).

cancéreuse; la veine-porte est aplatie et vide de sang; la petite courbure de l'estomac et la fin de l'œsophage sont occupées parune masse cancéreuse, bosselée, inégale, ramollie en plusieurs points, assez consistante en d'autres ; la membrane rausculeuse est d'un blanc bleuâtre et hypertrophiée.

A la surface du foie et dans son épaisseur existent de nombreux noyaux de matière cérébriforme, à l'état de crudité. Plusieurs de ces noyaux sont comme renfermés dans une membrane, et on en fait aisément l'énucléation. Dans d'autres points, cette matière est infiltrée dans le tissu de l'organe. Pancréas sain , quoiqu'en contact avec une masse cancéreuse.

Le duodénum est placé au-dessous de la tumeur, qu'il entoure en quelque sorte de manière à n'être point comprimé. L'uretère gauche est accolé à cette masse.

Les veines rénales contiennent du sang liquide; les reins sont petits; la substance corticale est pâle. 11 y a de la graisse en assez grande abondance autour du bassinet du rein gauche ; le rein droit, moins pâle que le gauche, présente un noyau de matière encéphaloïde.La masse cancéreuse prélombaire, blanche et dure, comprend dans son épaisseur l'aorte et les branches qu'elle fournit jusqu'à sa bifurcation. A partir de la mésentérique supérieure , le calibre de Partère est diminué.

La veine-cave inférieure, située en dehors de la masse, n'a point diminué de calibre, bien qu'elle soit entourée de prolongemens de matière cancéreuse.

Poitrine. Un peu de sérosité dans le péricarde; hypertrophie concentrique du ventricule gauche. La partie postérieure des poumons est engouée ; un peu d'injection dans l'iléon, et plus bas quelques ulcérations ou érosions superficielles de la membrane muqueuse; plusieurs ulcérations dans le colon.

A la partie latérale gauche du cou existe, au-dessousde la peau, du peaucier , des muscles slerno-masloïdien et thyroïdien et omoplato-hyoïdien , une tumeur du volume du poing du sujet. Cette tumeur s'enfonce en arrière de la clavicule et refoule un peu le sommet du poumon en faisant une légère saillie dans la cavité thoracique. Cette tumeur, formée de tissu squirrheux lardacé, criant sous le scalpel, est étrangère au corps thyroïde,

CANCER DES REINS {état latent). 697

^atrophié par la compression qu'elle exerce sur lui. L'œsophage dans le point correspondant présente une arborisation vasculaire des plus considérables.

Têle. Un peu de sang liquide dans le sinus longitudinal supérieur ; les ventricules latéraux contiennent une cuillerée à bouche de sérosité transparente ; le cerveau et le cervelet sont un

^peu mous j la moelle épinière est saine dans toute son étendue.

''Obs. V. — Dégénérescence cancéreuse et tuberculeuse des reins chez une femme âgée , dont le cerveau et les poumons offraient des altérations de même nature.

Durand, marchande des quatre saisons, âgée de Sg ans, tteinte d'hémiplégie depuis quelques mois, entra à l'hôpital le la Charité, le 5 septembre i838.

Regardée comme infirme et incurable, elle fut peu observée ; 'n ne s'occupait d'elle que pour la faire passer à la Salpétrière, orsqu'elle fut prise de tous les sytnptôines d'une attaque l'apoplexie, et mourut au bout de quelques heures, le 26 sep-

mbre i838.

Autopsie du cadavre. — Tête. La dure-mère présente à sa arface interne, un peu en arrière du point correspondant à ï fontanelle postérieure, une petite masse irrégulière de tissu lanchâtre, granuleux, assez dure, et du volume d'une noiette. Cette tumeur a l'aspect et la consistance du tissu squirlieux; elle adhère intimement à la dui'e-mère. Les circonvolutions de l'hémisphère gauche du cerveau et •s anfractuosités qui les séparent sont peu apparentes. En inisant la partie postérieure de cet hémisphère, à trois lignes e profondeur, on découvre une cavité accidentelle de deux ouces de diamètre d'avant en arrière et de quinze lignes de iamètre transverse, cavité remplie d'un liquide jaunâtre, pais , dans lequel nagent des flocons et des détritus de matière ncéphaloïde, de petits grains blancs ou jaunâtres d'une conistance cancéreuse. Les parois de cette cavité, tapissées par ne couche de cette même matière, ne ressemblent pas aux arois jaunâtres des cavités consécutives aux hémorrhaies cérébrales. Dans l'épaisseur du lobe postérieur de l'hé-

698 CANCER DES REINS {état latent).

inisphère droit, il y a une cavité semblable , mais un peu plus petite-

Poitrine. Les deux poumons sont farcis , surtout à leur partie postérieure et au niveau des grosses bronches d'une innombrable quantité de petites masses d'une matière blanche jaunâtre, traversée de stries noirâtres. Le volume de ces petites masses varie depuis celui d'une noisette jusqu'à celui d'un œuf de pigeon. A la coupe, ou voit qu'elles sont formées de grumeaux de matière tuberculeuse à l'état de crudité et de matière encéphaloïde; dans les intervalles de ces masses y le tissu pulmonaire contient quelques granulations grises. Outre ces diverses lésions, on rencontre dans le poumon droit plusieurs foyers* circonscrits , pleins d'un pus crémeux. L'un de ces abcès , du volume d'un œuf, est situé à la partie postéi-ieure du lobe supérieur du poumon droit j la base de ce poumon offre une hépatisation grise.

Aldotnen. Le parenchyme du foie ne contient que trois'ou qùati'e petites masses de tissu encéphaloïde; une tumeur de même nature fait saillie à l'extrémité supérieure de la rate, au-dessous de sa membrane propre. Le tube digestif et le pancréas sont sains.

Le rein droit, d'un volume normal, a une densité considéi-able; la substance corticale est infiltrée dans toute son étendue, etjusque dans les intervalles des tubes, d'une matière jaune d'une dureté squirrheuse. La substance tubuleuse ne présente d'autre altération qu'une diminution notable de volume et une augmentation de densité.

Le rein gauche , du volume du précédent , et d'une moindre consistance, offre la même altération que le droit dans l'étendue d'un pouce carré seulement, oli la substance corticale et deux cônes sont envahis par de la matière tuberculeuse et de la matière cancéreuse. Ces matières infiltrées forment plusieurs petites saillies d'un blanc rose au-dessous de la capsule propre du rein.

Les bassinets , les uretères et la vessie sont sains. L'urine ne contenait point de sang.

La matrice et les ovaires sont sains.

CANCER DES REINS {état latent). 699

§ 923. L'observation suivante est remarquable en ce qu'ellfe offre un exemple peut-être unique de cancer de la membrane muqueuse de la vessie, des uretères et du bassinet sans lésion cancéreuse des reins.

Obs. VI. — Cancer de la vessie , des uretères , des bassinets , du foie ; vice de situation très remarquable du colon.

Scbouard (Marie) âgée de 58 ans, mourut dans le service de Lerrainier, après avoir été attaquée de douleurs abdominales et de plusieurs hématuries. L'autopsie du cadavre fut fîiite trente heures après la mort.

Tête et rachis. Sinus longitudinal supérieur contenant des concrétions fibrineusesjaunâlres.

Le tissu cellulaire sous-ara chnoïdien était infiltré de sérosité. Teinte jaune de la face interne de la dure-mère ; adhérence de^ l'arachnoïde cérébrale des hémisphères avec celle qui couvre la face interne de la dure-mère j veines cérébrales supérieures contenantdes caillots fibrineux jaunâtres; ventricules latéraux pleins de sérosité ; bonne consistance des substances cérébrales. A la face interne de l'arachnoïde crânienne, petites granulations blanches, de la grosseur d'une tète d'épingle. Moelle épinière ferme et saine.

Poitrine. Poumons engoués et infiltrés de sang. Teinte violacée de la trachée et des bronches.

74fic?07wen. Deux pintes et demie de sérosité jaunâtre et trouble dans la cavité du péritoine. Foie très volumineux, s'étendant transversalement d'un hypochondre à l'autre, et de haut en bas, à droite jusqu'à la fosse iliaque, sur la ligne médiane jusqu'au nombril, et à gauche jusqu'au bord latéral des fausses côtes. Le colon était logé dans une dépression de la face supérieure du grand lobe du foie. Le foie pesait huit livres et demie.

Des noyaux cancéreux, variant depuis le volume d'une noisette j usqu'à celui d'un gros œuf de perdrix, tellement nombreux qu'il était impossible de les compter, étaient déposés dans le foie. Plusieurs présentaient à leur centre une disposition vasculaire très marquée ou semblaient pénétrés de sang, tandis que leur circonférence avait une blancheur laiteuse. Sous la raem-

-yoo CANCER DES REINS {tuiueut' rénolé). brane propre du foie et au pourtour de plusieurs noyaux caivcéreux, il y avait une injection vasculaire très marquée. La rate, l'eslomac et l'intestin étaient sains; il y avait dans le mésentère quelques ganglions lymphatiques cancéreux, d'un volume considérable.

La substance des reins était saine ; mais à la face interne de la membrane du bassinet on voyait de petites tumeurs pédiculées évidemment formées d'un tissu fibreux, infiltré de matière encéphaloïde. Semblable altération existait dans les uretèi-es. Une masse cancéreuse, formée par l'agglomération de petites tumeurs analogues aux précédentes, arrondies, incrustées de concrétions calculeuses, occupait le bas-fond de la vessie.

§ gaS. Deuxième série- J'ai rapproché les uns des autres , dans cette seconde série, des cas de cancer des reins, avec tumeur rénale , sans manifestation d'hématurie ; cas dans lesquels le diagnostic était rendu plus difficile encore par d'autres alFections , soit du cerveau , soit du foie ou des poumons , ou du péritoine, etc.

Ob8. vu. Paralysie de la sensibilité et de la motilité dans le bras et

la jambe du côté droit ; déviation de la langue , droite ; écoulement involontaire des uriues et des matières fécales; tumeur du foie ; tumeur formée par le rein droit; douleurs abdominales. — Ramollissement non inflammatoire de l'bcmispUère gaucbe du cerveau; cancer du foie; des reins, d'une capsule surrénale, du tissu cellulaire et des ganglions

du mésentère.

Auturbon, Louise, infirmière, âgée de 5o ans, d'un tempérament sec et nerveux, ayant eu une maladie grave du basventre il y a deux ans, habituellement triste et mélancolique, sans que des dérangemens de santé l'eussent forcée d interrompre souvent ses occupations, était assez mal réglée depuis deux ans (âge critique). Cette femme a eu la gnppe, et depuis ce temps elle a toujours conservé du malaise. Une recrudescence de ses douleurs abdominales , survenue il y a onze jours , a paru nécessiter une saignée.

Le 29 mars i837, malaise, frisson, anxiété générale. Dans a journée, A... a de la peine à parler et à remuer le bras et la

CANCER DES ftÈiNS {tiimeur rénale). 701

j jambe (nouvelle saignée) ; le 3o et le 3i , aggravation du mal. Le i'"' avril , déviation de la commissure gauche, écoule- I oonent de la salive ; langue fortement déviée à droite ; paralysie ^ incomplète du bras et de la jambe droite; douleur vive dans toute la partie antérieure de la tète; diminution de la sensibilité dans le bras et la jambe paralysée; la vue, le goût, l'ouïe, l'odorat ne paraissent pas atteints; les pupilles sont Ljales, mais un peu dilatées.

Depuis long-temps il existe dans l'épigastre et l'hypochondre droit des douleurs vives. A droite on sent, au niveau de l'ombilic, une tumeur arrondie, marronnée, dure, qui paraît continue au foie et qui l'accompagne dans les mouvemens l'inspiration. Cette partie est un peu douloureuse à la preslion ; il n'y a jamais eu d'ictère; le ventre est libre, sans conitipation ni diarrhée j le pouls donne 76 pulsations par minute; a respiration est libre; les urines paraissent naturelles et i -ougissent le papier de tournesol (8 onces de sang par des ventouses appliquées aux apophyses masto'cdes ; 6 grains de loudre d^ arnica ; eau de Sedlitz).

Le 2 avril, persistance des symptômes sans augmentation li diminution notables.

Le 3, paralysie complète de la niotilité et de la sensibilité lu côté gauche, sans contracture; la malade ne peut parler ni nème ouvrir la bouche; 60 pulsations par minute (vésïcaoires aux Jambes ; eau de Sedlitz).

Le 4 , écoulement involontaire des urines qui ne contienlent point dé sang {deux houlcilles d^cau de Sedlitz).

Le 5, persistance de la constipation {huile de croton tiglium, une goitilc).

Le 6 , plusieurs selles et urines involontaires ; mort le 7 au matin. La respiration n'avait commencé à s'embarrasser que lans la soirée.

Autopsie du cadavre le 8 avril , vingt-quatre heures après la nort. — Etat extérieur. Embonpoint médiocre, cicatrices à la partie antérieure et moyenne des deux jambes.

Tête. La dure-mère n'est pas injectée; le feuillet viscéral de l'arachnoïde est soulevé par une assez grande quantité de aé-

7oa CAiycÉR des reins {lumeur 7'énaîe).

rosité à la partie supérieure du lobe postérieur de chaque héinisphèie; cette membrane elle-même olFre un aspect laiteux et quelques granulations sur la partie latérale des lobes moyen et postérieur de l'hémisphère gauche ; la substance du cerveau est notablement ramollie et jaunâtre. Le ramollissement est tel, qu'un léger filet d'eau détache avec la plus grande facilité la substance cérébrale, qui est presque diflluente.Ce ramollissement pénètre à la profondeur d'environ un pouce. Dans les autres points, la consistance du cerveau est assez ferme j le cervelet, la moelle allongée, la protubérance annulaire n'ont présenté aucune altération.

Poitrine. Splénisation du lobe inférieur du poumon droit ; bronches saines ; poumon gauche un peu engoué; cœur sain.

Ahdomai. Tumeur squirrheuse de la grosseur d'une noix à la surface convexe du foie près de son boi'd antérieur. Une semblable tumeur près de la vésicule.

Quelques petits noyaux cancéreux à la surface de la rate. Une masse squirrheuse de la grosseur de celle du foie, fait saillie à la face postérieure et près de l'extrémité supérieure du rein gauche. Plusieurs autres masses, plus petites, existent aussi sur la face antérieure des reins. La substance corticale est granulée ; la portion de substance corticale qui sépare les cônes tubuleuxj a 1* même apparence; la partie supérieure des côues est peu distincte de la subtance corticale.

Augmentation considérable du volume du rein droit, dont la surface est bosselée. Ces bosselures sont formées par des tumeurs dures, blanches, squirrheuses qui envahissent les deux substances, mais surtout la substance corticale. La surface interne du bassinet est pâle ; elle offre, près de la partie inféi-ieure, un grand nombre de granulations squirrheuses, de la grosseur d'une tête d'épingle , isolées ou confluentes , et qui sont placées près de l'origine de l'uretère.

La capsule siu-rénale correspondante est tuméfiée, cancéreuse. Les uretères et les vaisseaux rénaux sont sains ; la vessie est petite.

Le tissu cellulaire du mésentère, celui de la face antérietu'e de la colonne vertébrale, les ganglions lymphatiques de la

CATsrcER DES REiKs {tumeuv rénale). 703

même région sont convertis en une masse cancéreuse , homogène. L'estomac et l'intestin, sains.

Obs. Vin. — Cancer des reins, du poumon , du cœur, da foie et des gaaglions mésentériqnes abdominaux; tumeur formée par le rein droit; inflammation chronique du péritoine et de ses dépendances. '

J'ai fait avec M. le docteur Danyau fils , l'ouverture du cadavre d'un homme mort après avoir présenté des symptômes de péritonite, et chez lequel nous trouvâmes le rein droi|; converti en une énorme tumeur cancéreuse , qui n'avait point été soupçonnée pendant la vie.

Le cerveau ne présentait rien de remarquable.

Thorax, Dans les cavités du cœur, il y avait une quantité considérable de fibrine décolorée qui s'étendait dans l'aorte sous la forme d'un cordon long de plus d'un piedj la fibrine avait sa fermeté et son élasticité naturelles et ne contenait aucune matière hétérogène. Dans la cloison inter-ventriculaire et dans la partie qui se continue avec la face antérieure du cœur, il y avait une petite masse grisâtre et dure , comme lardacée, de la grosseur d'une noisette. L'aorte et la veine-cave étaient saines. Le poumon droit présentait extérieurement des plaques blanches, arrondies, recouvertes par la plèvre et qui correspondaient à des masses de matière cancéreuse. Le tissu pulmonaire qui entourait ces masses, était parfaitement sain. Le poumon gauche n'en contenait pas.

Ahdomen. A l'ouverture du bas-ventre il s'écoula un liqui de trouble , et l'intestin, réuni en une seule masse par de fausses membranes , anciennes , grisâtres , épaisses et fermes , ne pouvait pas être déplissé. Le grand épiploon, très épais, ramassé en forme d'une bride transversale de trois doigts à-peuprès de largeur , placée immédiatement au-dessous la grande courbure de l'estomac, de couleur grisâtre avec quelques marbrures sanguines, présentait à la section une matière d'aspect et de consistance lardacée , au milieu de laquelle on voyait, par places, une autre matière d'un jaune mat qui était évidemment de la graisse. Le péritoine des parois du

704 CANCER DES REINS {tumeur rénale).

ventre présentait un très grand nombre de petites tumeurs arrondies, très dures, formées de la même matière que celles de l'épipioon. Dans le gros intestin, il n'y avait de rougeurs que dans le cœcura. La masse intestinale coupée en travers, présentait un aspect extraordinaire (même dans les péritonites) : les parois intestinales étaient, comme des tuyaux soudés ensemble. On voyait quelques rougeurs dans le grand cul-desac de l'estomac. Les ganglions lymphatiques étaient volumineux et cancéreux.

Dans le côté droit du ventre, il y avait une énorme tumeur, bosselée, qui, inférieurement, s'étendait jusqu'à la crête de l'os des îles, et en haut jusqu'à la face inférieure du grand lobe du foie, auquel elle était adhérente. Quoiqu'elle présentât un grand nombre de bosselures irrégulières , sa forme générale était celle d'un rein. La partie supérieure de cette tumeur, plus volumineuse que la partie inférieure, se cachait sous le foie, et la partie moyenne était comparativement comprimée. Toutes les bosselures de la face postérieure aussi bien que celles de la face antérieure étaient revêtues d'une membrane très vasculaire, d'un quart de ligne d'épaisseur, et qui formait ainsi une sorte de capsule pour la tumeur. La surface du rein était lisse, marbrée de brun, de jaune et de rouge. Les rougeurs étaient formées de petits vaisseaux sanguins extrêmement fins. Les parties jaunes ou blanchâtres étaient proéminentes. On remarquait aussi une nuance verdâtre vers la partie inférieure de la tumeur. A la coupe, la substance du rein, de couleur livide, très molle et comme fongueuse, offrait, d'espace en espace, de petits épanchemens sanguins. Dans quelques endroits il y avait une autre matière d'un blanc jaune tout-àfait mat. Dans quelques points, ces deux matières étaient entremêlées, et tranchaient fortement l'une sur l'autre. On n'a pu suivre les divisions du bassinet dans celte tumeur; elles se perdaient au centre de la masse , où se trouvait une matière comme fibrineuse à mailles infiltrées de sérosité jaunâtre.

A la partie interne, moyenne et antérieure de la tumeur, la substance du rein était encore reconnaiçsable. Le bassinet,

CANCER DES REINS {lumeur rénale). 705

lavant de s'enfoncer tout-à-fait dans le rein , présentait un ou lideux mamelons boursouflés et fongueux.

Le rein gauche, de volume naturel, ofifrait à l'extérieur qquelques petites tumeurs encéphaloïdes , molles ou dures.

La vessie était saine. Le foie, à l'endroit attenant à la tumeui', ^présentait quelques petites masses cancéreuses qui pénétraient '^fortement dans son intérieur et le long du trâjet du conduit cystique. Près de là, il y avait un chapelet de ganglions lymphatiques volumineux et endurcis. La rate était saine.

Obs. IX. — Cancer du rein droit, qui s'est fait jour dans la cavité du duodénum ; cancer du foie, du poumon, etc. (Observ.ilion communiquée par M. Giraldès).

1 Vervine, âgé de 76 ans, entra à l'infirmerie de Bicêlre, le 7 i iaoût i83i. Depuis deux mois il vomissait des matières ver- 1 dâtres, et il avait retardé le plus possible son entrée à l'infirliraerie. Les voraisseraens étaient continuels; il y avait du t hoquet; le ventre était ballonné. Les vomissemens très abonrdans et continuels fournissaient un liquide verdâlre porracé; le pouls était petit, fréquent, la peau sèche; traits de la face lirés {eau de Sellz et deux lavemens purgatifs). Le 9, les vomissemens sont plus fréquens, le hoquet continuel; les matières vomies sont verdâtres {potion anti-èmèlique de Rivière) : mort le II à six heures du matin.

Autopsie du cadavre. — Poitrine. Les poumons engoués postérieurement adhèrent au sommet de la poitrine. Au sommet iu poumon gauche, de petites masses de matière encéphaloïde, les unes ramollies, les autres à l'état cru, présentent à la coupe une surface blanche, compacte comme la section d'un navet; à la base du poumon , il existe aussi de semblables noyaux cancéreux j le cœur a un petit volume.

Abdomen. L'estomac, énormément distendu, occupe tout l'hypochondre gauche et la région ombilicale. Il contenait une grande quantité de liquide verdâtre semblable à celui que le malade avait rendu pendant la vie.

Le foie, peu volumineux , présentait une grande quantité de dépôts de matière encéphaloïde à différens états, A droite de III. 4^

jo6 CÀîTCÈïi Dfts ftÈtNs {mneUr rénale.)

la cdlonnè Vèl'tébralè ëxistait une tUrtietil- asàei volumineusej entourée par le colon tiansverse, le colon ctescendant et le cœciim. Cette tiimeur, formée ptir le rein, s'étendait en bas jusqu'à la syrtlphyse sacro-iliaque , en dedans jusqu'au milietl de la colonne vertébrale ; de manière à repousser la pôrtlon verticale du duodénum et â rapprocher les parois de cet inteitin. Dans l'intérieur du duodénum existait une tumeur, etc'étdit une portion du rein malade qui avait ulcéi'é et perforé l'intestin. Dans là portion ibférieure dû leiri cômplètetnènt désorganisée, la substance corticale avait disparu. A l'aide de différentes coupes faites dans l'épaisseur de la tumeur, on y distingua de petits épancliemens de sang , des caillots dans des débris de la substance corticale, un tissu jaunâtre toùt-à-fait aréolaire, et dont les cellules étaiéiit remplies de sang. La portion de la tumeur qui ^^roéminait dan* la cavité dli duodénum était jaunâtre et ramollie ; l'uretère était sain. Le rein du côté bt)poié était iin peu gorgé de sang.

Obs. X. — Caiifier du rtib droil ) traces d'une double néphrite olironigue; cyrrbose du foie ; bydropisie.

Deinarillac (Florenlîti), âgé dfe àilâ , homme dé peine , esl entré à l'hôpital de la Charité le i« octobre 1837, pour y être traité d'tine cyrrhoSe du foie , et y est mort le 9 janvier i838, à onze heures et demie du soir, présentant tous les phénomènes d'ë rasjohyxie j)àr àcciimiilaliôn 'd.'écume bronchique dans les Voies i'éspirat'oii'es.

Ânlopsic àu cadavre, 'iriRntc-sîx keii^ès àprcs la morl. k(at iaslérîeur. — La face el le cou sont considérablement amaigris ; iapoîbme est affaissée, tandis que l'abdomen, distendu pai: dîi gaz et unie grande quantité de liquidé, est très joroéminent." Les extrémités thoraciques et abdominales sont infiltrées de sérosité.

Àhàomen. k Touverture de celle cavité, il s'est écoulé huit ou dix litres de sérosité limpide , de couleur citrine. Le péritoino est pâle dans toute l'étendue de sa portion pariétale. Sa portion viscérale offre, sur l'intestin grêle, une coloration grisâu-e et quelques fausses membranes. Au point de réunion du colon

CA.NCER DES REINS (tiimeUf rénale). 707

i lombaire droit, et du colon transverse, il y a des adhérences très I flolides qui unissent cet intestin , d'une part , à la paroi abdo- I minale correspondante, de l'autre avec le foie, le duodénum < et les canaux biliaires. Ces adhérences circonscrivent une vé- 1 ritable poche , située dans l'hypochondre droit , et qui est remplie de sérosité. Les intestins forment uûe masse volumineuse, due surtout au développement considérable du colott tratlSverse, du colon lombaire droit et du coecum. Ces portions de l'intestin distendues par les gaz paraissent àussi grosses qtle les avant-bras du cadavre. Le rectum, âii contraire, est res^ serré au point de permettre à peine l'introduction du doigt indicateur. Toute la masse intestinale a une couleur grisnoirâtre , et offre des marbrures résultant de plaques rougeâ.' L'estomac est refoulé par le colon dans l'hypochondre gauche. La membrane muqueuse de l'estomac est saine ; celle de l'intestin, ramollie dans toùte son étendue, de manière à être facilement entamée et enlevée avec l'ongle, est recouverte, dans le duodénum, le jéjunum et l'iléon, d'une couche de matière j aune- ver dâtre, et^ dans le colon, d'une couche épaisse de mucosités blanches -grisâtres très adhérentes. Les tractions exercées sur l'intestin pour le séparer du mésentère en, ont deui fois déterminé la rupture complète.

Il n'existe dans le mésentère aucun ganglion engorgé. Le foie , plus petit d'un tiers que dans l'état sain , offre une densité beaucoup plus considérable. En effet , il crie sous l'instrument tranchant. Son poids est de laSo grammes. La capsule de Glisson, épaissie, d'une teinte opaline, se sépare difficilement de l'organe. Celui-ci est jaune-brunâtre, grenu et bosselé à sa surface , et très inégal à sa circonférence. La vésicule et les canaux biliaires ne présentent aucune altération.

La rate est volumineuse et ferme; son enveloppe fibreuse est épaissie et d'un blanc de lait

Le rein droit , recouvert de son enveloppe cellulo-graisseuse , paraît lobé et plus volumineux que de Coutume. La membrane fibreuse en est moins transparente que dans l'état normal. La membrane celluieuse , sous-jaceute , épaissie et blant; châtre, reste adhérente àla substance corticale , qui est rouge

708 oANCF.R DF.s KEiNS {jumeuv réfiak.)

etbninâlre. A la partie moyenne du bord convexe du rein , existe unelumeur de la forme et du volume d'un œuf de poule, et qui est enchâssée dans le tissu de cet organe. La surface de la substance corticale offre des bosselures et un aspect chagriné, analogue à celui du foie. Les tuhuli, le bassinet et l'uretère ne présentent aucune altération. Cette tumeur, formée de tissu encéphaloïde, est ramollie à son centre; à l'extérieur, elle est recouverte parla membrane celluleuse et par un réseau vasculaire très prononcé. Dans le point correspondant à cette tumeur, les fibres de la substance tubuleuse sont écartées»

La substance corticale du rein gauche a l'aspect chagriné du rein droit, sans altération cancéreuse. La vessie et le canal de l'urèlhre sont sains. La tunique vaginale du testisule droit est adhérente ; le parenchyme du testicule est converti en un tissu fibreux mollasse, dont il est impossible de tirer un seul filament séminifère (i). Le testicule gauche est sain.

Poitrine. Aucun engorgement des ganglions bronchiques. Les portions pulmonaires des plèvres étaient adhérentes aux portions costales. Les bronches étaient rouges etfortement injectées depuis leur bifurcation jusqu'à' leurs dernières ramifications, qui étaient remplies de mucosités. Le poumon droit était splénisé dans son tiers inférieur, infiltré de sang et de sérosité dans son tiers moyen, et de sérosité seulement dans son tiers supérieur. Le poumon gauche était engoué d'écume bronchique dans les deux tiers supérieurs et splénisé dans son bord inférieur et postérieur.

Il n'y avait point d'épancliement de sérosité dans le péricarde. Sur la portion de cette membrane qui recouvre ;la face antérieure du cœur, on voyait une plaque cartilagineuse, et une altération analogue dans tout le trajet de l'artère coronaire antérieure-

Tête. Infiltration considérable de sérosité dans le tissu cel-

(t) J'ai TU une semblable transformation des deux testicules chez nn homme d'environ 5o ans, qui avait peu de b»rbe, la voix faible et cassée, chez lequel enfin }es caractères physique^ la viri|itq étaient tri"» peu développes,

CAJ^CER DES REINS {tum. l'én. et hématurie). 709

lulaire sous-arachnoïdien de la convexité du cerveau; les vcn- Iricules ne contiennent qu'une très petite quantité de sérosité. Le cerveau était sain.

§ 924» Troisième série. Pour les cas qui composent cette dernière série, le diagnostic derafFeclion rénale, quelles qu'en soient les complicationsj est presque toujours possible. L'existence d'une tume\ir solide dans la région d'un des reins ou des deux reins , coïncidant avec une hématurie habituelle, et le plus souvent avec d'autres signes de la diathèse cancéreuse, ne laisse aucune incertitude sur la nature du mal et malheureusement sur son incurabilité.

'jBi. XI. — Cancer des reins ; caillot encépbaloïde dans la veine-cave et dans les veines rénales ; cancer du poumon et du cœur, des ganglions méscntériques du ventre, etc.

Un homme âgé, placé dans le service de Lerminier, mourut 3n i83i, après avoir eu plusieurs hématuries. A l'autopsie du cadavre, qui fut pratiquée 24 heures après la mort, nous trouvâmes, dans les poumons, des masses encéplialoïdes de difFé- 1 entes grandeurs, d'une teinte bleuâtre et vasculaire à leur circonférence. Le tissu pulmonaire environnant était sain. Dans !e tissu du cœur, il y avait une petite masse blanchâtre, du volume d'un petit pois, et analogue aux corps cartilagineux :|ue l'on trouve quelquefois dans la substance tubuleuse des reins.

Le rein droit, très volumineux et bosselé , présentait à sa iiartie interne un amas de ganglions cancéreux qui enveloppaient la veine-cave et l'aorte. Un caillot fibrineux bouchait parfaitement le calibre de cette veine dans toute sa longueur, et s'étendait jusque dans les veines fémorales. En haut et en bas, ce caillot était d'une couleur rouge foncé et plus consistant que du sang récemment coagulé; puis il prenait une teinte jaune , devenait fermé et élastique vers l'origine de la veine rénale; dans l'étendue de deux pouces environ, la coloration jaune était remplacée par une teinte laiteuse, nuancée de rouge. Cette substance fibrineuse se prolongeait dans la veitiç rénnle gawcUe, qui était distçnduç j de là, elk s'éiend^ii

7 10 CANCER DES REINS {tuiu. vén, et hématufiè),

dans la veine spermalique, qui, en haut, avait un volume considérable. L'arlère rénale ne contenait pas de caillots. La masse ganglionaire , cancéreuse , adhérait à la partie latérale gauche des dernières vertèbres. La première vertèbre loinbairq était cariée dan? une étendue considérable, et contenait unq petltç quantité de matière encéphalo'jide,

Le rein gauche, long de sept pouces et demi, large de quatre pouces et demi, présentait un grand nombre de bosselures can" céreuses. A la coupe, ce rein était presque entièrement désorganisé; cependant, on distinguait encore dans quelques endroits les stries de la substance tubuleusej les bouts des mamelons étaient mous, blancs et fongueux. Plusieurs calices étaient remplis par une matière fibrineuse , friable , d'un rouge foncé , adhérente aux parois de ces conduits. De la surface de la coupe, suintait une matière blanche , comme crémeuse. Dans le bassinet, il y avait une petite tumeur molle et fongueuse; l'autre rein et les deux uretères étaient sains. La vessie ne présentait rien de remarquable.

Obs. XII. Cancer Lématode da rein droit, du foie et d'une côte ; tumeur formée par le rein droit, hématurie; petites ulcération dans le gros intestin; bydropisie.

Pothier (Charles), âgé de G4 ans, ex-militaire, né à Aussone, département de l'Yonne , entra à l'hôpital de la Charité , le 5 mai i83r ; il en sortit le lo, et il y rentra le 3o; il en sortit le ao juin, et il y rentra pour le troisième fois le 27 juillet; cette fois le malade revint dans un état très empiré.

Pothier s'est toujours bien porté dans sa jeunesse. Il déclare n'avoir jamais eu de maladies vénériennes qu'une blennorrhagie, qui tomba dans les bourses. Il a fai t plusieurs campagnes sans avoir jamais reçu de blessures graves. Depuis long-temps retiré du service , il avait obtenu une place dans l'octroi , et vivait tranquillement, sans chagrin, sans inquiétude d'aucune espèce et sans trop de fatigue. En 1818, le testicule droit s'engorgea et augmenta peu-à-peu de volume, sans occasioner beaucoup de douleur. Cependant la maladie s'accrut, et le malade entra à

CAiJCER DES jREiNS {tum. Hn. et hématurie), 71 1

J'Jiôpital Cochin , où l'existence d'un sarcocèle fut reconnue. La castration fut pratiquée ; aucun accident nç compliqua l'opération j le malade guérit facilement et reprit ses occupation?. Depuis ce temps, jusqu'en i83i, cet homme pi'éprouva aucune altération dans sa santé. Ses forces diminuèrent seulement en raison des progrès d§ l'âge, foutes ses fonctions s'exerçaient régulièrementt Tpl était son état, lorsque, le 10 avril i83j, voulant monter dans une charrette qui n'avait pas de m.arche-pipd ^ il sentit j dit-il, en faisant effort, ufi craquement vers la partie supérieure de la région lorpibaire gauche. Il si^rvint de la douleur qui persista; elle fut suivie d'hématurie et contraignit le malade à garder la chambre, et peu de temps après il entra à l'hôpital de la Charité. Il pissait du sang depuis six jours, et ne pouvait se courber ni en avant ni en arrière.

Nous pûmes constater qu'il n'existait pas de fracture des côtes; qu'il n'ejcistait non plus d'ecchymose dans le point de la douleur. Le malade était sans fièvre. La pression , exercée dans la région lombaire gauche , surtout sur le trajet des deux dernières fausses côtes, était douloureuse. La persistance d'une hématurie après une simple contraction musculaire un peu forte ; l'extirpation d'un testicule cancéreux, ^ une époque, il est vrai, déjà un peu ancienne, conduisirent nécessairement à soupçonner la dégénérescence cancéreuse du rein gauche. Le foie dépassait un peu le bord des fausses côtes ; une légère teinte jaune était répandue sur la face. L'appétit était bon, les digestions assez faciles ; la constipation presque habituelle : absence de mouvement fébrile j sommeil ; pouls assez plein sans être dur ; urine chargée de sang. Le 4 mai [saignée de deux palettes; lavement simple ; houillan; lait), la saignée était légèrement couenueuse j le malade se trouvait mieux.

Le 5 mai (gi5 sangsues ; lac. dol.) , la douleur a diminué , mais le malade se sent faible j l'urine est sanguinolente.

Le 6, l'urine est toujours chargée de sjing, mais un peu moins que les premiers jours.

Le 7, le malade est mis à l'usage de lai décoction cl de l'extrait de ratanhiat

7 1 2 CANCER DES KEINS {tum. jéti. et hématurie).

Le 8, 1rs urines sont moins chargées de sang, mais la douleur à la face postérieure des onzième et douzième côtes gauches persiste. La pression exercée tant sur les côtes que dans l'espace intercostal, exaspère la douleur. Le malade est constipé et assoupi.

Le la, emplâtre d'opium sur les piqûres encore récentes des sangsues. Sommeil plus calme et plus long.

Le i3, les douleurs persistent, et les urines contiennent toujours du sang. L'appétit se soutient; le malade mange la deraiportion. La quantité d'urine rendue dans les vingt-quatre heures est peu considérable ; elle équivaut , terme moyeu, à un grand verre à bière.

Le i4, la constipation est toujours opiniâtre; un lavement purgatif occasionne une évacuation alvine abondante.

Le i6 (/rains de ciguë; le soir , changement notable dans les urines, qui sont claires et transparentes. La douleur a été vive cette nuit [ciguë 4 grains ; ijiv de lavement ^ tisane de chiendent, réglisse).

Le jg, les urines sont chargées de sang. On continue les mêmes remèdes. Enfin, l'aspect des urines change encore; elles deviennent de moins en moins chargées. La douleur persiste, la constipation est habituelle et réclame fréquemment l'emploi des lavemens. Le malade maigrit, et il quitte l'hôpital , le 20 mai, pour retourner chez lui.

Le 3o mai, Pothier se présenta de nouveau à l'hôpital. Dans ce court espace de temps, une tumeur s'était développée dans la région oîi le malade rapportait habituellement le siège des douleurs. Cette tumeur, irrégulièrement circonscrite , sans changement de couleur à la peau, douloureuse à la pression , était le siège d'élancemens passagers et paraissait adhérente aux côtes, surtout à la onzième. Les urines n'étaient plus chargées de sang. Le malade avait maigri. Le sommeil était souvent interrompu; la station et la marche devenaient, de jour en jour, plus pénibles. A peine avait-on essayé quelques moyens pour calmer les douleurs de cet homme qu'il quitta de nouveau l'hôpital. Le volume du foie avait un peu augmenté. Pour nous, il n'exista plus de doutes sur l'existence d'une dia-

CANCER DES REiNS {tiim. vén. et hématurie). 7 1 3

hèse ciincéreuse, attaquant le rein gauche et le foie. Le malade iorlit le 9 juin. Un chirurgien appliqua sur la turneur de la ierre à cautère , et à la chute de l'eschare succéda un charalignon cancéreux. Le malade s'affaiblit et maigrit de plus en jlus; il regretta d'avoir quitté l'hôpital de la Charité, et il y -entra pour la troisième fois le 27 juillet i83i.

Le a8, affaissement général, teinte jaune de la face plus marquée. Urines plus rares et plus chargées de sang, quelquefois laissant déposer un sédiment, formé de caillots de sang altérés, se putréfiant avec promptitude. Dégoût pour presque tous es alimensj constipation.

Du 28 juillet au 10 août, Je malade put encore se lever, aire quelques pas ou rester assis. 11 dormait peu et souffrait constamment de ce qu'il appelait sa hosse. On lui donna les pilules d'opium le soir, et, dans la journée^ des pilules le gomme pour occuper son esprit. De temps à autre, on solicitait les selles. On cherchait à nourrir le malade le mieux posible : ce pauvre homme ne trouvait bon que le vin. Enfin, les irines devinrent très rares et tellement épaisses qu'elles resemblaieut à du jus de pruneaux; examinées après l'émission, lies étaient acides ; mais en peu de temps elles devenaient alalines. Vers les derniers jours d'août , Pothier n'urinait plus |u'eu allant à la selle ; son ventre était tuméfié et contenait de la érosité; ses pieds s'œdématiaient ; la tumeur du foie augnentait; le pouls était très faible et fréquent. Il survint, dans 'js derniers jours, de la diarrhée, des envies de vomir et quel- [ues voraisseraens.

Le 3i août au soir, Pothier touchait évidemment à sa fin. Il onservait l'intégrité de son intelligence et sentait la mort s'ap- )rocher. Il expira après une agonie douloureuse, le i*^' sepembre, à quatre heures du matin.

Autopsie du cadavre vingt heures après la mort. — Habitude xtèrienre. Cadavre maigre ; abdomen médiocrement distendu ; nembres inférieurs infiltrés.

Tête. Lame osseuse développée dans l'épaisseur de la face onvexe du cerveau, entre les feuillets de l'arachnoïde et de la

7i4 C4NCPft DÈS ^-Em^iim, rén, çt hépia(urïe).

dure-mère, et se détacliant ayec facilité, de la membrane fibreuse. Cerveau sain.

Çol et poitrine. — Larynx et trachée saine; adhérences anciennes au sommet des deux poumons; demi-litre au moins de sérosité épanchée dans chacune des plèvres. Poumons engorgés et œdémateux ; une humeur a(jueuse en ruisselle abondamment lorsqu'on les incise ; pas de grains cancéreux ni de tubercules ; glan des bronchiques noires.

Cœur mou et pâle , un peu dilaté à gauche ; ossifications nombreuses dans tout le trajet de l'aorte; veine cave inférieure saine. Yers la onzième vertèbre, derrière la veine cave, une petite masse cancéreuse, soulève la paroi postérieure de ce vaisseau, sans qu'il participe à l'altération.

L'abdomen ouvert, on en tire deux ou trois litres de sérosité jaune-rougeâtre. Le péritoine de la région hypogastrique, sur les côtés de la vessie, offre deux plaques d'une teinte inégale et d'un gris jaunâtre; le foie adhère aux côtes; l'épiploon adhère aussi par quelques points à la paroi abdominale. Dans ces points le tissu cellulaire sous-péritonéal est injecté. L'intestin grêle est petit et contracté. Le grand lobe du foie occupe tout l'épigastre et une partie de l'hypocondre gauche. L'estomac, l'épiploon et le colon transverse sont unis par des adhérences.

La onzième côte gauche offre une altération remarquable: c'est une ostéo-sarcome , au centre duquel existe de la manière encéphaloïde et une grande quantité de vaisseaux sanguins. La substance de l'os se trouve, pour ainsi dire, disséminée au milieu de la masse cancéreuse.

L'estomac contient un peu de liquide jaunâtre. La membrane muqueuse a une bonne consistance, excepté sur la face infé^ rieure de ce viscère , oii elle est ramollie. Les ganglions du mésentère, voisins de la colonne vertébrale, sont tuméfiés et cancéreux, et quelques-uns sont ramollis; par leur agglomération , ils forment une couche épaisse au devant de l'aorte et de la veine cave. Ecchymoses et petites ulcérations dans le cœcum et le gros intestin.

Le foie offre à un haut degré l'alléralion connue sous U

CANCER DES REINS (tum. réu. et hématurie). 71 5

nom de fongus héraatode. De nombreux noyaux cancéreux ont, i)ar leur réunion , tellement atrophié le parenchyme du. fpie , (u'ils le remplacent presque en entier. Les vaisseaux hépatiqiiçs sont très développés ; bile verte dans la vésicule , sang liquide dans la veine-porte , la veine-cave et les veine? crurales- L)» rate, d'un volurne ordinaire, est ipolle ; sa membrfine offre plaques blanches, dues à d'aucieps dépôts dp lympl}^ CQ%j[ gulable.

I Le rein gauche egt gaiij , à pî^rt trois petits kystes séreux- lift

ji^ap^ule surrénale est saine.

Le rein droit a le même yolunie que le gauche ; }fi merobrai^^ propre en est épaissie, et les veines superficiellei^ SQpt très dévf :r loppées. A l'extrémité supérieure de ce rein, vpituup légère saillie d'jine teinte afdoisée. Ouvert svjivaiît sa lorigpeur, le rej^ offre, vers son extrémité supérieure, upe sorte de fifiyerne, remplie de substance capqérejjse , ramollie et mêlée 4p sang coagulé. Daus deux autres points, la substance encéphpilqïde offre différens degrés de ^amoUisseirient. Le bassinet est reippîj d'un liquide épais, sanguinolent, towt-à-fait analogue à celui qu'on trouve dans le rein- h- deux pouces de distance du rein, l'uretère est obstrué par des débrjs de fibrine ou de m^tièrç cérébriforrae.

Les veines et les artères rénales ne contenaient pas de ^épn^ ; fibrineux. La capsule surrénale droite était infiltrée de ma,f tière cérébriforme.

L'uretère droit était épaissi et dilaté, surtout près de 1» vessie. L'orifice vésical de ce conduit offrait un épaississement remarquable.

Intérieurement la vessie présente trois élevures blanches , grosses comme un petit grain dechenevis, dures , placées prèf de l'insertion de l'uretère. L'urèthre est sain ; quelques petits calculs noirs dans la prostate.

Les vésicules séminales ont un égal volume , bien qu'un des testicules ait été extirpé. Liqueur d'un jaune gris, aqueuse, dans les loges des vésicules séminales. La substance du testicule gauche est pâle, mais saine.

De l'urine de ce malade ayant été soumiseà l'açtion de la çjja-

716 CANCER DES HEiNs [chez l'cnjatit).

leur, le volume en a augmenté considérablement long-lemps avant d'entrer en ébullition. Elle a laissé dégager une odeur ammoniacale très intense , en jetant à sa surface une écume blanchâtre, coagulée, reconnaissable à tons ces caractères pour de l'albumine; l'évaporation poussée plus loin, et la liqueur étant refroidie, il s'en est séparé une grande quantité de cristaux qui, recueillis , ont été reconnus pour être des phosphates de soude et d'ammoniaque, des muriates de soude et d'ammoniaque, des sulfates de potasse et de soude. Concentrée davantage et par un nouveau refroidissement , la liqueur a donné lieu à une nouvelle cristallisation 5 ces cristaux étaient de même nature que les précéden s.

L'urée, que l'on a obtenue par les procédés ordinaires, s'y trouvait en beaucoup plus grande proportion que dans l'urine d'un homme bien portant.

D'après les résultats obtenus, cette urine était formée d'eau, de sulfates de potasse et de soude, de phosphates de soude, de chaux et d'ammoniaque, de muriate de soude, d'acide urique, d'urée, de matière animale, de mucus et d'albumine. Sa composition, du reste, assez identique, quant aux matières qu'elle présentait, à celle d'un homme en parfaite santé, en différait essentiellement parla quantité plus considérable qu'elle a fournie d'urée, d'acide urique et surtout de mucus animal , et par la pi'ésence des autres élémens organiques du sang.

§ 926. Le cancer des reins est extrêmement rare chez les enfans; M. Gorham (i) a rapporté le cas très intéressant d'un garçon de sept mois, chez lequel une tumeur volumineuse, développée rapidement, remplissait la plus grande partie de la cavité du ventre. Après la mort ou reconnut que la tumeur, grosse comme la tête d'une femme, et marbrée k l'extérieur de taches bleuâtres, pâles ou jaunâtres, offrait à sa surface une belle vascularité. A la partie supérieure de la tumeur formée par le rein droit existait une masse semblable à un placenta de six mois ; le tissu rénal, presque complètement mécon->

(i) JoLn Gorham. Case of fungoide disease of the kidney ( Lou^on Mcd. Oazette, »ol. xxi , p. 764O

CANCER j)F.9 REINS {cfiez Veufant). «717

naissable, offrait une dégénérescence fongoïde complète. I

Il faut rapprocher de ce fait l'observation suivante, recueillie par T. F. Rance. j

( Obs. XIII. — FoDgus hématude des reins chez un enfant ( Bill, médic,

t. XLVii , p. 124 ).

Une petite fille d'un an et cinq mois portait dans l'hypoi chondre gauche une tumeur à peine visible à l'œil, mais qui , 1 ; au toucher, paraissait être de la grosseur d'un œuf de poule. ? Cette tumeur fit des progrès rapides ; il s'y joignit de la fièvre , . de la constipation ; six mois après, on en découvrit une autre | 1; dans l'hypochondre droit, située si près de foie qu'elle semblait Il être continue au bord de ce viscère. Il survint une hématurie ^ abondante, qui dura pendant quelque temps, et reparut au t> bout de deux ou trois mois. Les tumeurs continuèrent à faire | « des progrès et devinrent excessivement douloureuses ; le pouls »' s'affaiblissait à mesure que son accélération augmentait, les tr extrémités supérieures et inférieures s'infiltrèrent, et, au bout 8) de treize mois, la mort vint terminer la maladie. Les remèdes \ t, auxquels on eut recours furent très vaf iés ; on employa le ca- j va lorael , des frictions mercurielles sur les tumeurs , les drasptf tiques , comme la scammonée , le jalap, la ciguë, l'opium , etc. Ouverture du cadavre. L'abdomen était rempli, en partie, par une tumeur considérable, qui s'étendait du diaphragme, qu'elle I .refoulait en haut, dans la cavité du bassin. II s'élevait dans le V côté gauche une tumeur, qui était recouverte par la première j dans une grande étendue. Le foie, ainsi que son bord inférieur, ] paraissait soulevé très sensiblement, la vésicule s'offrait à ^ la vue , elle était pleine de bile. La tumeur du côté droit ' adhérait fortement au cœcum ; on l'incisa, il s'en échappa une substance d'apparence et de consistance de moelle , elle était si molle qu'il fut impossible d'en poursuivre la disseciion. i La tumeur gauche, qui était la plus volumineuse des deux, | tenait à celle du côté droit, et en même temps au mésentère, j au mésocolon et aux glandes rénales j elle pesait deux livres j douze onces. Après l'avoir injectée, on la fendit longiludina-i- j

7î8 MA-i-IÈRÉS HÉtÉROtOGUES.

mais on y distinguait trois états différens et bien marqués du fongus. La facfe pofetériëUrfe, quoique plus lal-ge que dans l'état sain , conservait sa forme naturelle et sa couleur livide ; la face antérieure ne ressemblait que fort peu à celle du rein. Les vaisseaux émulgens étaient dilatés. L'urèlbre, très distendu. Les autres viscères de l'abdomen et du bassin étaient sains, mais ils avaient perdii leurs râpports ordinaires.

Mélanose des reins.

§ 926, Sbus le nom commun de mélanose, on comprend généralement toutes les matières animales, morbides, d'une couleur noire ou noirâtre , qu'on trouve déposées en masses plus ou moins considérables, ou infiltrées dans nos organes ou dans les tissus qui les composent.

Je n'ai rencontré qtiè trèâ rarement la mélanose proprement dite dans les reins.

Je ne l'y ai observée que danë des cas de diatlièse mélàfaiqué , et lorsque des tumeurs plUs volumineuses de même nature existaient en nombre considérable, soit à la peau, soit dans le tissu cellulaire Sous-cutané, soit dans les poumons ou dans d'autres organes, et, dans ce cas même, il n'existait que de légères traces méldniques dans les reins.

3\i lié sabhe pas qu'on ait jamais vu, chez l'homme ou chez le che^^àl , une altération mélaniqUe afTeclef Uniquement ou spécialement les feins, et constituer Un véritable état morbide, fcomme certaines affectiobs tuberculeuses et cabcéreuses de ces orgâtiéS.

Quoi qu'il eh soit, dans lé cas de diathèse mélanique, où observe quelquefois de petits dépôts de mélânose dans la subàlancë cbrlicalë des relhs. Pour là forme et la coiileur, ces dé- J)ôls ressemblent assez bien à de petits grains de cassis ou de hiOUtarde noire. Autour d'eux, là substance corticale lé pliis ordinairement n'est pas altérée. Lé nombre de ces grains mélahiques est très variable ; mais il est rarement considérable. Je n'ai jamais vu, dans les réihs, de tumeurs mélaniques du

volume d'un marron où d'un oéùf de pîg^On, tàildls qùè j'at rencontré de semblables tumeurs au-deSsoUs de la pëaU, dans le foie et dans les poumons.

Les membranes extérieures des reins et leurs conduits excréteurs m'ont semblé complètement étrangers à cette espèce dégénérescence. D'un autre côté, Ces membranes et ces friênies conduits^ et les substances rénales elles-mêriies , offrent très fréqueranieut des teintes morbicles, noirâtres, bu ardoisées bleuâtres, qiiî doivent être distinguées des vraies mélanôsèÉ, quoiqu*on les confoiide ordinairement dans une raêhiê déiioinination. Ces teintes morbides, noirâtres ou ardoisées, paraissent, dans le plus grand nombre des cas, sinon dans tous, consécutives à des infiltrations de sang.

J'ai fait représenter uil exemple de ces colorations noirés ardoisées de la substance corticale (Atlas, Pl. xn, fig. 2). Plus claire sur quelques points, plus foncée siii: quelques autres, cette teinte noire ardoisée ne pouvait être enlevée par le lavage. A. la loupe, elle paraissait légèrement piquetée, et à la coupe on Voyait que cette coloration morbide se prolongeait d'autant plus dans l'épaisseur des substances rénales, qu'extérieurement elle était plus foncée.

La membrane fibreuse du rein, partout où elle était cbntiguë à l'altération, offrait la même coloration noire-ardoisée. Il n'y avait pas de trace de dégénération mélanique, ni même de coloration noire ou ardoisée dans les autres organes ; ce qùi prouvait que cette altération était bien distincte de la vraie raèlanose.

J'ai- fait représenter un autre cas qùi ïenà. à prouver que ces colorations noires ardoisées sont réellement le résultat d'une altération de la matière colorante du sang. Sur la coupe d'un rein, on voit une partie de la substaùce corticale occupée par une lésion organique dont le centre est formé par de la fibrine décolorée; les fibres du rein ont pris unè teinte grise noirâtre autour de cette lésion résultant évidemment d'une hémorrhagie interstitielle très ancienne. La membrane muqueuse du b.issinet du même rein offrait une teinte grise ardoisée tout-ifait analogue, pour l'aspect et probablement par sa naturé,

720 MATlènES HÉTIÎROLOGUES.

à certaines colorations grises ou noirâtres des membranes muqueuses de l'intestin grêle, du gros intestin ou de la vessie qu'on observe à la suite de leur inflammation chronique. La surface du rein était légèrement mamelonnée (Atlas PI xl,i

fig. o. ' ■ '

§927. Il faut encore rapprocher de ces colorations grises noirâtres, d'autres cas de coloration de la substance corticale et de la membrane muqueuse du bassinet (Atlas, Pl. xLi , fig. 5 et 6) que j'ai observés chez des individus dont les autres organes n'offraient pas la plus légère trace de dégénérescence mélanique.

De semblables colorations grises ardoisées ou d'un gris noirâtre ont été observées dans les membranes fibreuse et celluleuse du rein considérablement épaissies (Atlas, PI. xli, fig. i), et lorsque la substance rénale n'offrait point elle-même d'altération de couleur. Cette teinte grise ardoisée peut s'étendre au péritoine sus-rénal , dont l'altération rappelle parfaitement celle qu'il présente quelquefois à la suite de certaines péritonites chroniques de l'excavation du bassin chez les femmes atteintes de cancer de la vessie, du rectum ou de l'utérus.

Les colorations noires ardoisées sont bien distinctes de la vraie mélanose qu'on observe dans le tissu cellulaire sousfiutané et plus rarement dans d'autres organes. J'ai déjà dit qu'elles paraissaient avoir leur origine dans des infiltrations de sang survenues à la suite d'inflammations ou d'hémorrhagies interstitielles; je n'ai pas besoin d'ajouter qu'elles ne peuvent être confondues avec les ecchymoses récentes en voie de résorption.

Dans quelque cas, l'intensité et la matité de la couleur noire de ces colorations les rapprochent réellement des vraies taches mélaniques.

La surface des fongus cancéreux des membranes muqueuses (Atlas, Pl. xli, fig. 4) peut aussi présenter une teinte noire ou ardoisée, sans que ces tumeurs soient de véritables cancers mêlants, analogues à ceux que l'on rencontre quelquefois à la peau.

MÉLilNGSE DANS LEè BEINS {/listonçuc). 72 1

En résumé, ces colorations grises, noirâtres ou ardoisées , I des substances corticale ou tubuleuse, ou des membranes des reins et de leurs conduits excréteurs, sont aussi fréquentes dans ces organes, que la vraie mélanose y est rare. Ce sont des lésions tout-à-fait locales, consécutives à des inflammations chroniques ou à des hémorrhagies interstitielles; colorations bien distinctes de la vraie mélanose qui est l'expression anatomique d'une diathèse.

Historique et observations.

§ ga8. M. Fawdington (i) a publié un cas très intéressant de liathèse mélanique dans lequel l'œil, les poumons, le cœur^ le oie, le pancréas, les intestins, le péritoine, les reins, la peau ;t le tissu cellulaire étaient le siège de tumeurs mélaniques. jes reins étaient pâles, et leurs deux substances étaient peu Ustincles l'une de l'autre. On y voyait une foule de petites nasses mélaniques, depuis levolume d'un grain de millet jusqu'à elui d'un grain de chenevis; plusieurs petites masses se trouaient dans le tissu graisseux de la scissure. L'urine avait offert ■endant la vie une couleur pourpre , et après un repos de quelues heures elle déposait un sédiment couleur de chocolat. Le iquide qui surnageait avait une teinte ambrée foncée. Ni la haleur, ni l'acide nitrique n'y produisaient d'altération appréiable.

Déjà MM. Cullen et Carswell (2) avaient publié deux cas dans îsquels les reins, aussi bien qu'un grand nombre d'autres oranes, avaient été envahis par la matière mélanique.

M. Petit (5), interne dans le service de MM. Marjolin et Blanin, a aussi publié un cas de mélanose, dans lequel presque

(i) Fawdiogton. A case of melanosis with gênerai observations on the ^thotogj of this inleresling disease , in-8, LoDdon, 1829, plate v, p. ai.

(3) William Cullen and Robert Carswell. On melanosis (Transactions of le médico-chirurgical Society of EdinLurgh, toK i,Edinb., 1834, p. 364)»

(3) Journal hebdomadaire do médecine, t. 11, Paris, 1829, p. 122. ^

tous les organes offraient celte altéralion. Le rein droit contenait dans son épaisseur une masse noire , arrondie, du volume d'une grosse aveline, et entourée d'un kysle.

J'ai publié (i) le cas d'une femme de 49 ans qui avait à la peau plusieurs petites tumeurs noirâtres. Les poumons, le cœur, le foie etles reins contenaientdes masses mélaniques etdes masses encéphaloïdes, tantôt pures, tantôt mélangées ; celles de la peau contenaient seulement de la matière mélaniquè. En outre, il y avait de la matière tuberculeuse déposée au sommet des deux poumons, et celui du poumon droit présentait plusieurs petites cavernes.

Antérieurement , Lobslein (a) avait publié le cas très intéressant d'une femme chez laquelle se déclara une foule d'éminences rougeâtres et bleuâtres sur diverses régions de la peau, et dont une, fongueuse et ulcérée, était plus grosse qu'un œuf de poule. Après la mort, la peau, les poumons, le foie et la rate offraient des altérations mélaniques. Le rein droit était sain, mais il présentait à son extrémité supérieure une tumeur longue de trois pouces , demi et large de huit pouces, et de trois quart de pouce d'épaisseur. Cette tumeur , semi-transparente , avait l'aspect d'une hydatide ; mais à la coupe on s'assura que c'était un kyste divisé en plusieurs cellules remplies d'une matièi'e noire et pulpeuse, et qui communiquait avec la veine rénale. A la partie supérieure et interne de la cuisse gauche, il y avait une masse composée de six tumeurs encéphaloïdes, ramollies j la plus volumineuse avait deux pouces et demi de long sur onze lignes de largeur. Ces tumeurs renfermaient aussi de la matière mélaniquè.

M. Chomel (3) a soigné une femme dont le foie, d'un volume énorme (il pesait douze livres quatre onces), offrait à sa surface de nombreuses saillies, les unes d'une couleur noire très foncée,

, (i) Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau, seconde édit, Paris, i835, t. m, p. 693.

(2) Répertoire général d'anatomie et de physiologie pathologiques, premier trimestre, 1829.

(3) Gazette médicale de Paris, i832, p. 874.

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