REINS SURNUMÉRAIRES
Gangrène des reins.
§ 949. Déjà en traitant de la néphrite simple, de la néphrite par poisons morbides et de la pyélite, j'ai fait mention de la gangrène des reins , comme terminaison de ces maladies. A celte occasion les symptômes de cette altération des reins ont été également indiqués. La gangrène des reins est extrêmement rare chez l'homme. Je ne T ai jamais observée comme affection primitive, essentielle; toujours elle était symptomatique , soit d'une affection générale de nature charbonneuse , soit de l'état puerpéral, soit d'un épanchement urineux dans le rein, en des cas de pyélite calculeuse, soit enfin d'une affection gangréneuse du bassinet produite par une rétention d'urine insurmontable. Chez les ruminans la gangrène des reins est peut-être moins rare. Dans le charbon du bœuf (voyez tome II, page 3 en note), le rein est quelquefois frappé de gangrène sans offrir de gonflement, de dépôt de pus, ni aucun autre caractère d'un état inflammatoire.
Reins surnuméraires.
§ 950. Chez l'homme, on a quelquefois trouvé plus de deux reins. Eustachi (i) a trouvé trois reins , dont un était à sa place ordinaire, avait sa forme normale et ses vaisseaux ; le second était petit, triangulaire etsansuretère j le troisièmerein, placé du côté gauche sur les vertèbres des lombes, était presque quadrangulaire et avait ses vaisseaux et son uretère. Blaes (2) a vu deux reins placés du côté gauche, dont chacun avait ses vaisseaux et son uretère séparés. Botal (3) a vu quatre reins qui étaient liés ensemble, mais dont chacun avait son bassinet
(1) Eustachi, De renum slruciurâ, cap. x.
(2) Blasii, Ois. analom., p. i3o, tab. xv, fig. 16. — Ohs. med'ic. rarior., P.irt. IV, obs. XVI, p. 5i.— Tab. vi, fig. 9.
(3) Botal. De monstrnso rené, p. 137. ■ — Ce fait est reproduit p.ir Bl.ies (Bellini, De structura renum). Sur la figure on ne rcconuaît pas les quatre reins indiqués, mais seulement deux reins réunis, et un troisième dans le point de leur fusion.
lŒINS SURlVUMÉRAlRliS.
séparé et ses vaisseaux particuliers. Gemma (1) et Delestang (2) rapportent des exemples de quatre reins.
Haller (3) a cité plusieurs cas de reins surnuméraires. Cependant il remarque qu'on peut avoir pris un ganglion scarifié ou deux parties d'un rein jointes faiblement ensemble pour un véritable rein surnuméraire. Tel était peut-être le cas cité par Eustachi, et dans lequel le rein surnuméraire n'avait ni vaisseaux ni ui'etère propre.
Corahaire rapporte que Dupuytren avait trouvé, sur un sujet, une masse composée de trois reins, deux latéraux et un médian avec trois uretères. Bauchêne (4) a donné une description liés détaillée d'un semblable cas , et notamment de la disposition des vaisseaux et des uretères.
J'ai observé deux cas bien trancbés de trois reins : dans l'un, les trois reins étaient réunis et disposés en fer à-cheval sur la colonne vertébrale (Atlas. Pl. xxxix, fig. a).
L'autre cas était encore plus remarquable : deux reins existaient du côté droit, et le troisième, distendu par du pus, était transformé en une énorme poche , qui du flanc s'étendait jusqu'à l'aine, de manière à simuler un vaste abcès par congestion (Atlas. Pl. xix).
§951. Gavard a vu, sur le cadavre d'un sujet âgé d'environ 40 ans, trois reins, dont les deux latéraux occupaient leur place ordinaire, tandis que le troisième, couché en travers au-devant de la colonne vertébrale , se confondait un peu, par ses extrémités , avec les deux autres. Chacun de ces reins avait son conduit excréteur et ses vaisseaux sanguins particuliers; mais l'uretère du rein du milieu, au lieu d'aboutir à la vessie, s'ouvrait dans l^uretère droit, qui, au-dessous de cette embouchure, c'esl-à-dire dans son tiers inférieur, était d'un calibi-e plus grand que dans les deux tiers supérieurs.
(t) Gemma. Lîb. 11, p. ']5 , artis. Cyclognom. — Ibid. Lib. i. Cap. vi. Cesmocrit. — Schenck. Ohs. medic. i. obs. r^S, p. 3oo.
(2) Bartholin. ^c/a med. el philos, llafniensis, ann. 1674 et 1675, t. m,
obs. VII, p. 12.
la) Haller. Elément, plijsiul., t. vu, p. 243.
(4) Bulletin de la Faculté de médecine de Parii, iu-8", t. 11, 1810, [>. iJtJ.
758 ABSENCE DES REIÎÎS,
Aucune observation ne prouve que la sécrétion urinaire ait été exagérée dans les cas de reins surnuméraires.
Enfin, M. César Hawkins (i) a publié une observation de tumeur aqueuse enkystée du rein avpc un rein suniuméraire.
Absence des reins.
§ Qsa. jL'ah^çnce ^es deux reins q été plusieurs fois constatée cl)pz ]es fœtus^ chez l'enfant à terme, et une fois (obs. de Mffulpn) cliez une jeune fille adulte, si ce fait a été réellen^(3jit Yifn obsprY^.
§ 953. Béclard (2) dit que les reins manciuent souvent chez lep. foetjiai acéphales, mais qu'ils existent, ou au moins l'un 4'eijx, quand il y a une partie d'une certaine longueur de la colonne vertébrale.
^yerhard, Gilibert, Bracq, Heuermann, Buttper, Deleurye, sont les seuls ^uteurs qui disent positivement n'avoir point ti'QUvé de reins chez les acéphales. On a cité aussi, comme expniple de l'absence des reins, les acéphales d'Odhelius, de Cooper, de Clarke et de Prochaska ; mais, suivant la remarque de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (3), Odhelius et Clarke ne cjisent rien des reins^ Prochaska décrit comme poumons des org^pes qui paraissent n'être autre chose que des reins j enfin , Çpopçr mentionne positivement l'existence de ces organes.
§ ^54, M. le docteur Mayer, de Bonn, a publié dans le Zeïisc^r^ftfiir Physiologie, de François Tiedraann (t. 11, premier c^lxier) (4), une ol^servation remarquable d'absence àa. système ufinaire.
On apporta à ce professeur un enfant mor^é , qui parais-
^i) Me4ico'çhirurgical transactions, vol. xviii, i833, part. i.
(2) Béclard. Mém, sur; les acéphales (Bullet. dç la Faculçé de méd. de Çaris, t. yi, p. 497).
(3) Geoffroy Saint-Hilaire (Isidore). Histoire des anomalies de l'organisao»,i n-8, Paris, t. u, p. 5i2.
4) Joifri^ql des j>rogrçf, t. ly, ï8a7> P-
^ sait à terme et présentait plusieurs vices de conformation. Le cordon ombilical ne renfermait qu'une artère; le sommet de
Ila tête était aplati; l'œil droit était cataracté, et les extrémités . inférieures ofiraient quelques anomalies de forme, entre autres l'absence de deux orteils au pied droit. A la place des parties génitales externes , on ne trouvait qu'un petit sac pédiculé de tissu cellulaire , et qui ressemblait assez bien à une figue. I II n'existait pas de trace de l'anus. La vésicule biliaire mani quait. Le canal intestinal se terminait tout-à-coup au colon . descendant, et en conséquence il n'y avait ni S iliaque ni rectum. Le colon présentait un diverticule terminé en cul-desac, et en outre un cordon assez analogue à l'ouraque qui se dirigeait vers l'ombilic, mais s'oblitérait après un trajet de quatre lignes. Les reins , les uretères et la vessie manquaient complètement} en échange, les capsules surrénales étaient deux fois aussi grosses que de coutume, et dans leur état normal. Les testicules, moitié plus petits qu'à l'ordinaire, se trouvaient dans le voisinage des capsules surrénales. Les épididymes existaient aussi , mais les canaux déférens se terminaient dans le tissu cellulaire, et dans la tunique séreuse. Nul vestige des vésicules séminales et de la prostate , non plus que des parties génitales externes, que remplaçait l'espèce de sac dont nous avons parlé. L'aorte abdominale donnait des artères cœliaques et mésentériques supérieures, point d'artères rénales, deux très petites artères capsulaires. La mésentérique inférieure existait aussi. L'aorte elle-même se divisait au devant de la première vertèbre des lombes. Les artères iliaques, dont la droite, plus forte que la gauche, fournissait seule l'artère ombilicale unique, se divisaient, comme de coutume, enhypogastrique et en crurale.
Le cerveau était encore plus déprimé que le crâne, et en était séparé par un intervalle de deux lignes. Plusieurs de ses :jj circonvolutions avaient une consistance cartilagineuse, qu'elles perdirent cependant après quelque séjour dans l'alcool.
L'encéphale ne présentait pas d'autre anomalie, si ce n est que la glande pinéale était très petite. M. Mayer, ne trouvant rien dan» les désordres de ce viscère qui rendît raison del'afc-
sence presque totale de deux systèmes organiques, espéra que l'état de la moelle épinière lui en fournirait l'explication j son altente ne fut pas trompée.
En effet, il trouva qu'à la hauteur de la deuxième vertèbre dorsale, la moelle se terminait tout-à-coup par une extrémité arrondie en forme de massue. Les nerfs ischiatiques , obturateurs et cruraux , étaient presque dans leur état normal. La colonne vertébrale se terminait à la quatrième fausse vertèbre du sacrum ; on voyait à peine un rudiment cartilagineux de la dernière et du coccix. Quant au nerf grand sympathique du bas-ventre, l'auteur observa qu'il était moins développé que de coutume à l'origine des artères intestinales.
M. Mayer, après avoir rappelé une observation de Wolfslriegel, analogue à celle dont il vient de rendre compte , ajoute que celte absence du système urinaire est bien digne de remarque chez un sujet dont les poumons, le cœur, le foie, la rate et la majeure partie du tube digestif olTraient leurs contlitions normales. Il semble en résulter que les fondions les plus importantes des vies animale et organique peuvent avoir lieu, du moins pendant la vie utérine, sans le concours des organes de la dépuration urinaire. Quant à l'absence partielle de l'appareil génital , je n'en tire aucune conclusion , car ses fonctions ne sont pas nécessaires à la vie ; cependant je ferai observer que, parmi les organes de cet appareil, c'étaient les externes ou ceux de la périphérie qui manquaient, tandis que les organes internes, les testicules et les épididymes existaient.
M. Mayer ajoute que , s'il ne se trompe , son observation est la première qui constate l'absence concomitante d'organes glanduleux du bas-ventre et d'une portion de la moelle rachidienne; et il se demande si la formation de cette dernière ne serait pas ia condition de celle des organes thoraciques et abdominaux , et rappelle à ce sujet le Mémoire de M. Tiedmann, oii cette théorie se trouve développée.
D'autres cas analogues , mais rapportés d'une manière moins détaillée, ont été publiés par d'autres observateurs, (i)
(t) Murriguo» (1757). Métn. invsanté h l' Acudémie i-nyale des sciences,
Daus la duplicité monstrueuse par inclusion, les reins du ! fœtus contenu manquent quelquefois. Le docteur Young (i) [ publia, en 1807, un cas remarquable de celte espèce; Dupuy- : treu fit un rapport à la sociéié de médecine de Paris, sur un i cas analogue (2); et Higmore (3) a rapporté, en 181 5, un autre i cas semblable; on en trouvera d'autres encore dans l'excel-
I lente thèse du docteur Lachaise sur ces espèces de monstxes.
Chaussier (4) a présenté à la société de l'Ecole de Médecine,
II le torse d'un foetus dans lequel il n'y avait ni utérus, ni reins, ; ni vessie urinaire.
§ 9.55. M. Moulon, médecin en second de l'hôpital de Triesle, a publié un cas des plus extraordinaires , et que je ne rapporte qu'avec une extrême défiance (5). Marie Barbe, jeune fille âgée > de i4 ans, ayant succombé à une gaslro - entérite chronique, 1 on procéda à l'ouverture du cadavre, qui présenta les parti- 1 cularités suivantes : l'ombilic se trouvait au lieu qu'occupe 1 ordinairement le mont de Vénus; l'anus était dans le lieu oii 1 doit exister l'orifice du vagin, et offrait une dimension telle que la main pouvait facilement y être introduite. Aucune communication ne se faisait remarquer entre le rectum et les oi'- . ganes de la génération , dont oii ne rencontrait d'autres traces r extérieures qu'un renflement qui , pour la structure , avait quelque analogie avec le clitoris, et deux petites excroissances I couvertes de quelques poils et semblables à celles qui ont reçu le nom de poireaux. La symphyse du pubis était remplacée par un vide assez étendu, que la peau seule recouvrait. La vessie
t. IV, p. ia3. — Fabert. Duoram monslrorum humanorum descriptio anatomica, in-4» Berlin, 1827 (Bulletin des sciences méd. de Férussac, t. xvr, p. 14. — Peschier de Genève (^BuUetin des sciences méd. de Férussac, t. xi, p. 4).
(1) Cité par LacLaise. De la duplicité monstrueuse par inclusion, in-4, Paris, 1828, p. 3a.
(2) Bulletin de la Société de médecine, première année, p. 4.
(3) Cité par Lachaise. Lieu cité, p. 3l.
(4) Bull, de la Faculté de méd, de Paris, iu-S , i8xo, p. 35.
(5) Archives générales de médecine, t. xvii, p. 424.
762 ABSENCE d'un DES REINS.
manquait; l'ouraque, très gros et très long, allait se perdre insensiblement clans les tégumens. L'utérus , de grandeur naturelle, présentait une conformation parfaite, ainsi que les tégumens, les ovaires et les trompes. Les uretères et les reins n'existaient point; mais la veine ombilicale surpassait de beaucoup en largeur celle d'un adulte. Cette jeune fille avait été, depuis sa naissance, sujette à une incommodité qui la tourmentait considérablement : il s'écoulait continuellement de l'ombilic un liquide qui ressemblait beaucoup à l'urine, et dont l'odeur était si pénétrante, qu'on ne pouvait assez souvent changer les linges dont cette partie était recouverte.
P'après l'absence des reins , des uretères et de la vessie, le docteur Moulon pense qu'on peut conclure que le sang se débarrassait dans le foie des principes qui servent à former l'urine, et que ceux-ci étaient ensuite transportés par la veine ombilicale jusqu'à l'ombilic, par lequel ils étaient enfin excrétés- Le canal intestinal était parsemé de tacbes noires dans toute son étendue; le foie était à l'état de gangrène; le pancréas ne présentait plus qu'un sac rempli de pus, et le grand épiploon était détruit en partie.
§ 956. Si le fait rapporté par M. Moulon était exact, il rendrait moins incompréhensible certains cas d'anuries de plusieurs mois, attestés par quelques observateurs. Ainsi, Vieusseux de Genève (i) parle d'une suppression d'urine qui a subsisté pendant dix-sept mois chez une jeune fille de onze ans; après ce temps, l'écoulement de l'urine se rétablit sans que la malade eût couru des dangers bien inquiétans. Mais tout porte à penser que le fait rapporté par M. Moulon était un cas d'extrophie de la vessie dans lequel les reins, peut-être déplacés, n'ont point été cherchés avec assez de soin.
§ 957. M. Comhaire a extirpé les deux reins à des chiens, et plusieurs de ces animaux ont vécu, sans reins, pendant trois jours.
§ 958. Absence tïtin des reins. Il existe une foule d'exemples
(i) Journ. méd, Comsart, Leroux «l Bojfer, t. 7^ vendémiaire an xn.
ABSENCE d'un DES REINS, 763
l^iutlien tiques d'absence d'un des reins. Ordinairement le rein ;xistant est plus grand que de coutume, et a quelquefois le louble de son poids ordinaire. On le trouve à sa place, ou un
l'oeu plus hautj ou un peu plus bas. Dans les cas indiqués comme les reins uniques situés en travers sur la colonne vertébrale ? .1 y avait en réalité deux reins reconnaissables malgré leur fusion.
tBlaes (i) cite deux cas d'absence d'un des reins : dans l'un le irein gauche, dans l'autre le rein droit, étaient absens; leurs vaisseaux et leurs uretères manquaient entièrement. Botal (aj dit n'avoir trouvé, dans un cas, qu'un seul rein, mais qui était ; aussi volumineux que quatre reins ordinaires. Littre (3) rap- |f porte le cas d'un enfant de quatre ans, dont l'un des reins, le h rein gauche, manquait; l'enfant avait peuuriné^ et était hydrpii pique. Valsalva (4) £^ yu le rein gauche manquer entièrement :hezune femme; le rein droit avait un volume double de l'état ordinaire, èt deux conduits urinaires qui s'ouvraient du côté Iroit dans la vessie. Dans un autre cas (5), le rein du même :ôté manquait également; mais celui qui existait n'avait pasf plus que le volume ordinaire.
Sabatier rapporte que Gabrole, en ouvrant le cadavre d'u^ .. des professeurs de l'université de Moptpellier, ne trouva qu'u^ rein dont l'uretère était plus gros qu'à l'ordinaire; il n'y avait nulle trace du rein du côté opposé. Un des domestiques dij même professeur, n'avait également qu'un rein , mais très gros et situé transversalement sur la colonne vertébrale (C'était probablement un cfis dç fusion des reins).
k| Albrecht (fi) a trouvé, chez un enfant nouveau-né, un seul rein, d'un assez grand volume, placé du côté gauche , et qui n'avait qu'un bassinet et un uretère.
I (r) Blasii. Observât, medic. rar., part, iv, obs. 3 et p. 49 fi^5i. ' (2) Botal. Obs. anat., 1,
(3) Mém. de l'Acad. des science^ 4c Pctrif, 1707, p. a5. » I (4) Morgagni. fie se(lil>. et, c(ius. oiorb,, epiut. x?:^ i , § aff. U' (5) Ibid., epist. XXV, § 4.
■ (6) Miscell. nai. cur., Dec. 11, an. i, obs, 83.
764 ABSENCE b'un DRS lUîlNS.
Guigneux (1) n'a rencontré chez un homme que le rein gauche, qui, à la vérité, était plus grand d'un tiers que dans l'état normal, et n'avait qu'un bassinet et un uretère.
Perrin (2) a vu inanciuer le rein droit; le reiu gauche avait une dimension extraordinaire.
Mohrenheim (3) n'a trouvé qu'un rein qui, placé du côté droit, était une fois plus volumineux qu'à l'ordinaire, et avait un uretère d'une longueur surprenante.
StoU (4) a vu le rein droit manquer entièrement avec la capsule surrénale, l'uretère et tous les vaisseaux sanguins. Le gauche n'était pas plus grand qu'à l'ordinaire. Dans un autre cas (5) où le rein gauche avec son uretère et ses vaisseaux manquait, le rein droit avait sa dimension naturelle ; la vessie était petite.
Veirac (6) n'a pas trouvé, du côté gauche , la moindre trace du rein ; mais le droit était un peu plus grand , et l'uretère un peu plus large qu'à l'ordinaire.
Pôle (7) a ouvert un enfant nouveau né, chez lequel il n'existait que le rein droit.
Wrisberg (8) a vu, chez une femme, le rein droit avec ses vaisseaux et son uretère manquer. Le rein gauche et la vessie étaient extraordinairement petits.
Sandifort (9) n'a trouvé chez une femme, que le rein droit ; la capsule surrénale du côté gauche existait.
(î) Journ. de méd,, 1760, t. xii, avril. — Nouvelle collect, d'obs. choisies, t. m, § 223.
(2) Journ. de méd„ 1760, t. xii, nov. — Nouv. collect. Sobs. choisies, t. iv, §245.
(3) Dissert, de fienne, t. 11, § 297.
(4) Ralio medendi, vol, ir, tit. 11, § 139.
(5) Ibid., vol. VII, § £22.
,(6) Collect. pour les /néd, pratic. (en allemand), vol. Vlli, § 5çf}.
(7) Memoirs of the Lond. medic. Society, vol. li, n° xxxix, p. 3ig.
(8) Dans l'esquisse de la physiologie de Haller, par Sœmmcring et Mcckcl (en allemand), Berlin, 1788, p. 160, note 73, et j). 579, note 169.
(vj) ^3fuseu-n anatomic, vol. i,p.25o.
ABSENCE d'un DES REINS. ^65
Charles Etienne (i), Colombo (2), Eustachi (3), Vesale (4), ^'crnel (5), Lopez (6), Duret (7), Panaroli (8), Solenander (9), larder (10), Schenck (11), Rhodius (12) , Bonet (i3), Tulp (i4), jaube (i5) , Hilscher (16), Haller(i7), Sue (18), Lieulaud (19), îœmmering (20), Titius (21), citent aussi des exemples de l'ab- ;pnce d'un des reins.
Des observations analogues ont été faites sur les animaux, aellini n'a trouvé qu'un rein chez un chien. Dupuytren, kl iVI. Comhaire n'ont recoutré sur un chien, qu'un seul rein r^ui était plus volumineux que s'il s'en fût trouvé deux, eîi ■gard à la grosseur du chien.
M. le docteur Désir ra'a montré un cas d'absence du rein Iroitjchez une petite fille âgée de cinquante-quatre jours, et qui
(1) De dissecdnne partium corpoiis humani, 11b. 11, cap. i5, Paris, i545, DD*fol.
(2) De re ahatomica,, lib. xv, p. 487.
(3) De renum structura, cap. x.
(4) De corporis humani Jabricâ, lib. v, cap. \o,
(5) Physiolog,, lib. i, cap. 7.
(6) F'ar. lect. med., cap. 8.
(7) Hollerii Opéra praclica cum enarrationibus Lud. Dureti. Paris, i;ib. I, cap. 47.
(8) Med. observ, peniecost., l, obs. 3.
(9) Comilium, xvi, sect. v.
(10) Apiarium, obs. 77. — Pœnis et Pythagorse cxercltat, p. i8g.
(11) Schenck, Obs. medic, lib. m, sect. 2, obs. 172, p. 298, et seq.
(12) Mantissa anatom., obs. xxxir, p. 21. (i3j Medic. septentrion., Collect. t. i, p. 741.
(14) Obs. medic, lib. iv, cap. 38, p. 337.
(15) Ephem. nat. cur,, cent, ix, obs. 16 (Sain).
(16) Prolus de unico in homine reperto rené, prœgrandem continente calculium. Jenx, 1733, p. 5. — In Hallerii, Disput. analoinic, vol. m, p. 355.
(17) Opéra minora, p. 23o. — Opusc. patholog,, obs. XLlx.p. 146. — Elem, fphysiol., t. VII, p. 242.
(1 S) Mém. Acad. des sciences.
(19) Lieufaiid. Hist. anal. med. Obs. iar3, t. i, p. 356. {20) Dans l'esquisse de la physiologie do Haller.
(21) Program, de rvitiis renum, Commeat. i. Rçnis unius in j'uveni reperd $fixempluin. Vitemberg, 1798.
^d6 AfiSENCÉ D'u*r ÙES tlÉtÏTS.
était morte à l'hospice deâ Ènfans-Trôuvés , d'une pneùrhonie dû cété droit, le Si juillet 1836. La capSule surrénale droitè j danà le flanc droit , était aplatie , allongée comnje à l'ordinaire. Le reiii droit n'existait , ni sur la colonne , ni dans le petit bassiii. D'ailleurs la vessie, pourvue d'un seul uretère , n'offrait intérieurement qu'une seule ouverture uretéf-ale , correspondant à l'ùretère gauche. Le rein du même côté pesait i66 grains, pas plus qu'un rein de cet âge 5 le nombre ^es mamelons èlàit de douze pour douze lobes ; dans ce cas il n'y avait pas eu, par iin plus grand développertient dti reiiï gauche, une compensation à l'absencè du rein dtbit. Dans lèà deux cas suivans (Obs. xi, Obs. iii, § 9^9), au contraire, le rein unique était évidemment hypertrophié.
En résumé , dans les cas d'absence d'un des reins , le plus souvent le rein unique avait un volume beaucoup plus considérable, et quelquefois double d'un rein ordinaire; de sorte qu'il exécutait à lui seul les fonctions des deux reins, et qu'il ne résultait aucun inconvénient de ce vice de conformation.
Si le rein unique vient à s'enflammer, les aiccidéns les plus graves et la mort peuvent en résulter {§ 383),
Obs. I. — Absence du relu et de l'uretère du c6té gauche; altération du rein droit chez une fille de vingt-six ans , sujette à des convulsions hystériques, (i)
« Virgo ad vigesimum sextum aetatis annum vixit, diu œgra, orthostadia tamen, mensibus modo nimiis , modo omniuo deficientibus, urina limpida, cœtertira hystericis convulsionibus obnoxia, quae vitte, fere absque ullo decnbitu, finerti imposuerunt. Chirurgus e visceribus uterum , atque, ut is integrior esset, vasa una renesque evulsit, memorabili certe exertiplo a consueta fabrica abludeutes.
Ren unicus fuit, dextri lateris , cum viscera reliqùa et întestina imprimis , siuistrum latus tenerent. Figura ejus subrotunda erat, ut renem non agnosceres, sed aliquam cysticitumo-
(t) tfalleri. Opuscula pàtholdgica , iù-8, dbi. 66,'pâg. i53. Lausanii»,
ABSENCE d'un DES REINS. 767
ris gpeciera expectares, suo âacco fconclusi. Yalida enim, peritonœo similis, toembrana partem mediam efficiebat masste, quœ ren fuerat. In membrana urinae haud minus quam duae librae fuerunt. Hœc pelvis erat, supra omnem modura distenta. Reliqua pars sacci ren ipse fuit, scirrhi, quam vèri viscéris si~ milior, pallida carne, in qua neqtie corticem, nequè p&pillà* separares, neque papillarum numerum inire posses. Cum pelvis aperiretar, in eam apparuit continuari, quasi inrecessum, hanc carnem difformem et monstrosani renis. Causa, qûse urinam retimlerat, nuUa adparuit, ipàa vero stagnaûs aquà sen-* ilm itavidetûr papillas distendisse, ut cortex renis coraprefelsus evanuerit. Glandulas étiam haec tnaxima dilatatio hullàà ostendit; adeo nos minus, quam Litlrius , felices fuimus. w
Obs. II. — Abstnce du rein gauche ; développement considérable du rein droit ; pneamonie double j mort.
Decleriita, facteur, âgé de 64 ans, afifecté de catarrhe dépuis le commencement de l'hiver, ressentit, lé 29 mars 1840, sans cause connue, un frisson Suivi de fièvre, une djâpnéè considérable et un point douloureux àu-dessous du sein gauche, qui augmentait par les efforts de la tdùt.
Le 3 avril, matité et absence du bruit respiratoiré à la base des deux poumons. Râle crépitant dans une petite étendue. Râle muqueux et ronchus dans tout le reste. Leâ inspiratiods étàïit très faibles, ces signes sont difficiles à saisir. Lé pouls est rapide., petit et presque insensible ; les etlrértlités Sont froideè. Le malade exécute avec peine déS motivèrtlenâ très bornés. La face est pâle , cadavéreuse. Tout en lui annonce qu'il né résistera pas long-temps à la maladie aiguë pour laquelle il est venu tardivement réclamer nos soins.
Saignée de huit onces ; le soir, applicatfôn de quatre Véntouses searifiées à la face postérieure dU thorax ; potion gommeùse ; gomme édulcorée.
Les jours suivans le mal s'aggtavé ; mort dans la matinée du 5 avril.
Autopsie du cadavre. De fausses membranes font adhérér entre elles le tiers inférieur des portions costale et pulmonaire
768 ABSENCE d'un DES REINS.
des plèvres. Hépatisation grise au tiers inférieur du poumon droit; hépatisation rouge au tiers supérieur. Engorgement sanguin du poumon gauche. Les bronches sont gorgées de mucosités. La membrane muqueuse qui la tapisse est rouge , injectée. Le cœur, le foie, les intestins sont sains. La rate est au moins deux fois plus petite que dans l'état normal. Son tissu n'est point altéré.
Le rein gauche n'existe pas.
Le rein droit , situé à sa place ordinaire, est une fois plus gros qu'il ne devrait l'être ; il pèse 265 g. (8 onces et demie). Il est gorgé de sang. Sa substance corticale est semée d'un grand nombre de kystes j renfermant un liquide transparent, et dont le volume varie depuis celui d'une lentille à celui d'une petite aveline. Le bassinet, l'uretère etla vessie sont sains. A l'angle postérieur et gauche du trigonevésical , l'orifice de l'uretèreabsent est remplacé par un petit cul-de-sac.
L'artère spermatique gauche naît de l'aorte.
Les deux testicules ont leur volume normal.
ÇgSg. Sur le cadavre d'un homme de 5S ans, bien constitué, mort d'une hypertrophie du cœur , M. le docteur Barth a constaté l'anomalie suivante :
Le rein droit manquait ; on n'en découvrait aucun rudiment à sa place habituelle. Il n'existait aucun vestige d'artère ni de veine rénale, de ce côté ; aucun orifice même ne s'apercevait à leur place dans l'aorte et dans la veine cave inférieure. On ne découvrit aucune trace d'uretère du côté droit, et la surface interne de la vessie n'offrit aucun vestige d'orifice uretéral de ce côté.
Le rein gauche était situé sur les parties latérales de la colonne vertébrale, à sa place ordinaire et dans sa direction habituelle. Son volume était considérable (5 pouces et demi de longueur, sur 2 pouces 5 lignes de largeur, à sa partie moyenne , et j ,5 lignes d'épaisseur). Il avait, durcste, sa couleur rougeâtre, une fermeté moyenne et sa structure normale. Il recevait de l'aorte trois artères , les deux supérieures, du volume d'une plume d'oie, l'inférieure un peu plus petite, et qui se divisaient chacunç eo deux brancbes avant de pénétrer dans la scissure.
La veine rénale naissait de quatre rameaux qui se réunissaient à un pouce de leur origine, et formaient un gros tronc, qui avait jusqu'à seize lignes de développement, passait audevant de l'aorte et se jetait dans la veine cave.
Le bassinet résultait de la réunion de huit calices et formait un entonnoir très évasé, très légèrement injecté à sa surface interne. Il se continuait avec un uretère très large , ayant huit lignes de développement à son origine, neuf lignes à sa partie
I moyenne, et qui s'élargissait encore à sa terminaison, oii il offrait jusqu'à vingt-quatre lignes de développement. Puis il se
I rétrécissait brusquement et pénétrait obliquement à travers les parois de la vessie , à la surface interne de laquelle il s'ouvrait par un orifice de grandeur habituelle. Les parois de ce canal avaient au moins le double de leur épaisseur ordinaire. La vessie, de grandeur moyenne, n'offrait rien de remar-
( quable.
Les deux capsules surrénales existaient, et occupaient cha- I cune sa position habituelle.
Vices de situation des reins.
§ 960. L'étude des vices de situation des reins doit occuper autant le médecin que l'anatomiste, s'il ne veut s'exposer à commettre des erreurs graves de diagnostic." Ces vices de situation peuvent résulter, 1° d'un vice de situation , fixe, congénital ou accidentel; 2° d'un vice de situation now /jcrmanenf, ou de la mobilité des reins.
Vices de situation fixes des reins.
§ 961. Aux vices de situation fixes des reins il faut rapporter : i" les reins réunis et placés en fer-à-cheval sur la colonne vertébrale ( fusion des reins ) ; a° les reins situés plus bas que dans l'état sain , et notamment dans l'excavation du bassin ; 3° les reins déviés ou abaissés.