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Les rétrécissements proprement dits de l'urètre se divisent, au point de vue étiologique comme au point de vue clinique et anatomique, en deux classes :
1" Les rétrécissements inflammatoires ;
2° Les rétrécissements cicatriciels. La forme scléro-cicatriçielle qui emprunte ses caractères aux deux précédentes sera décrite avec les rétrécissements inflammatoires dont elle constitue une complication.
1" RÉTRILCISSEMEiNTS INFLAMMATOIRES
Les rétrécissements inflammatoires succèdent aux urétrites, et en premier lieu à Vurétrile b.lennorragique, qui cause à elle seule environ i)0 p. 100 des rétrécissements d'après la plupart des statistiques; d'après nos observations la proportion est encore plus élevée. Ils sont l'aboutissant naturel des urétrites' blennorragiques chroniques, mais ne se produisent pas après les urétrites blennorragiques rapidement et complètement guéries, exception'faite pour les rétrécissements scléro-cicatriciels sur lesquels nous devons revenir. Toute cause qui favorise la durée indéfinie des urétrites prédispose donc en même temps aux rétrécissements ; telles sont les malformations comme l'atrésie du méat, le phimosis, l'hypospadias. On inci-iminera aussi l'absence de traitement, les traitements intempestifs, comme les injections fortes et les dilatations trop précoces, la masturbation et le coït avant la guérison, probablement aussi la phosphaturi(> habituelle. Enfin il est possible que l'état général du malade, ({ue le terrain [)rédispose plus ou moins i\ l'apparition et aux progrès du tissu fibreux : c'est une c.Kplication très vague qu'on a proposée de l'absence de rétrécissements chez des malades qui portent de très anciennes urétrites ;
MALADll'iS l)K L'UUKTRE
certains auteurs ont observé des rétrécissements influencés nettement par la goutte (Thompson, Burckhardt).
Les urétrites chroniques non gonococciques passent pour bénignes au point de vue de la formation de rétrécissements, ce qui paraît dépendre surtout de leur courte durée ; nous avons vu cependant qu'elles peuvent y aboutir. Nous ne pouvons admettre ni théoriquement, ni cliniquement, que la masturbation, les excès vénériens, les érections prolongées déterminent par eux-mêmes des rétrécissements, à moins d'une rupture concomitante de la muqueuse ou delà sous-muqueuse.
UiKje du malade n'a pas par lui-même d'influence sur la formation des rétrécissements ; c'est de trente à cinquante ans qu'on en observe le plus grand nombre ; d'autres se manifestent pour la première fois chez les vieillards, parfois en même temps que l'hypertrophie de la prostate. On en voit exceptionnellement chez de jeunes enfants à la suite d'urétrites ; le plus jeune de ces petits malades n'avait que trois ans.
Voici d'ailleurs, d'après un relevé personnel de 2 388 cas, l'âge des rétrécis
observés par nous :
Avant 20 ans 14
De 20 à 25 ans 101
82 et 84 ans 2
Une preuve indirecte de l'influence de la blennorragie est fournie par ce fait que les rétrécissements sont moins fréquents aujourd'hui qu'il y a vingt ans ; on peut en effet rapprocher les progrès réalisés dans le traitement de la blennorragie qui en atténuent l'intensité et la durée, de la diminution des cas de rétrécissements.
L'apparition des rétrécissements inllammatoires est presque toujours tardive ; nos observations nous donnent une moyenne de deux ans, avec de grandes' différences, le début le plus rapproché étant de six mois, le
RliTRÉClSSEMENTS DE L'URCTRE 133
plus éloig'né de vingt ans. Thompson en a observé deux à trois mois après le début de la blennorragie, Burckhardt a vu des cas extrêmes de deux mois et trente-six ans. Les rétrécissements blennorragiques précoces sont plutôt des rétrécissements scléro-cicatriciels, liés à de minimes ruptures. Xous avons vu, à propos des urétrites, que certaines d'entre elles, chez des gens âgés ou diathésiques en particulier, favorisées par l'infection des urines et par de petits traumatismes urétraux, peuvent aboutir en quelques semaines à des diminutions de calibre permanentes si on ne les soigne pas, et même parfois malgré les soins.
2° Rétrécissements cicatriciels
Les rétrécissements cicatriciels succèdent aux plaies nettes, aux plaies contuses el ruptures de l'urètre; à côté de ces grosses lésions, il faut connaître les petits traumatismes, qui, beaucoup plus fréquents, atteignent l'urètre pénien en état d'urétrite. Ils se produisent surtout pendant l'acte sexuel; ce sont les faux pas du coït (Guyon), amenant des déchirures interstitielles pendant l'érection et lé coït; on en voit aussi à la suite d'injections sous pression.
Les traumatismes endo-urétraux, quand ils portent sur la muqueuse sans dépasser ses limites, sont rarement l'occasion de rétrécissements : telles sont les déchirures par calculs, par corps étrangers. A la suite du séjour d'un calcul ou d'un corps étranger, on voit, assez rarement d'ailleurs, des ulcérations de la muqueuse qui guérissent rapidement dès que la cause en a disparu, sans produire de cicatrices saillantes. Parfois les blessures sont chirurgicales ; on les observe après des manœuvres malheureuses de cathétérisme (fausses routes), pendant le retrait d'une sonde ou d'un brise-pierres entraînant avec eux un fragment calculeux, après une amputation de la verge, etc.
Rarement le rétrécissement est consécutif à des ulcérations ; exceptionnelles dans les urétrites, observées après la varicelle (Monié), les plus fréquentes sont les ulcérations chancrelleuses syphilitiques, presque toujours voisines du méat. On en a vu après l'injection de substances caustiques employées par erreur (acide nitrique, potasse caustique) ou en solutions médicamenteuses trop concentrées; les instillations de nitrate d'argent ont été souvent incriminées à tort : en réalité, elles ne doivent jamais être employées à un degré de concentration qui permette la formation
d'eschares ; les reproches faits au nitrate s'adressent seulement à l'urétrite elle-même qu'il ne suffit pas toujours à guérir, h'éiectrolyse linéaire, ou encore l'électrolyse circulaire, avec de trop grandes densités électriques, peuvent causer des rétrécissements cicatriciels.
Les rétrécissements post-traumaliques apparaissent en général rapidement, ce qui les distingue des rétrécissements inflammatoires: on en a vu se former eu trois semaines et même en onze jours; plus souvent quelques mois sont nécessaires pour que les symptômes appellent l'attention. Rarement (2 fois sur 100, d'après Delbet) le rétrécissement Iraumatique est tardif, et n'apparaît qu'après plusieui's années : six ans (Berthier, Routier) , quinze ans (Legueu), quarante ans (Bazy) ; il s'agirait alors constamment de rétrécissements de la portion membraneuse.