I. — Description des calculs
Caractères extérieurs. — En général, le calcul est unique; mais très souvent il en existe deux ou trois, ou même beaucoup plus ; on en a compté jusqu'à 55 (Portai), 480 (obs. pcrsonn.) et môme 1.000 (Keyes). Sur 29S cas empruntés à la pratique du professeur Guyon, 158 fois il existait un seul calcul; 70 fois les pierres étaient multiples; 68 fois leur nombre n'est pas précisé. Pousson mentionne des observations de calculs nombreux (96 et 214) chez la femme.
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Le volume est généralement en raison inverse du nombre. Les calculs (|ul atteignent des proportions colossales et acquièrent le volume d'un œuf de poule, de dinde et môme d'autruche (Le Roy d'Étiolles), sont en général solitaires.
La densité varie d'après la composition.
Les plus denses sont formés d o.^alate de chaux ; piiis viennent ceux
Fig. 170. — Calcul phosphafique ovo'ide Fig. 180. — Calcul en galet
légèrement aplati. vu de face et de profil.
d'acide urique, d'urate d'ammoniaque, enfin les phosphatiques. Les plus gros pesaient 7.50 grammes (Deschamps, La Charrière) 978 grammes (Milton) et 1.400 grammes (Bâcle). Les concrétions de phosphate de magnésie, exceptionnelles, sont moins denses que l'urine (Méhu).
Rarement un calcul représente une sphère ou un
ellipsoïde parfait ; il revêt la forme d'un ovoïde plus ou
moins aplati (fig. 179) d'un cône, d'une pyramide à
angles effacés, rarement réguliers. La forme pol3^édrique,
habituelle pour les pierres multiples, s'explique par la ^'S- iSi. — Calcul
' i j 1 . o.xalique.
présence de facettes qui se correspondent (fig. 184).
La forme en sabfier est produite par un prolongement situé en dehors de
la grande cavité vésicale. Dans quelques cas, larges et étalés, ils affectent
la forme d'un galet (fig. 180).
Ijne surface lisse indique habituellement un calcul urique. Les phosphatiques sont assez souvent grenus ou poreux, et ceux d'oxalate de chaux offrent des saillies mamelonnées (fig. 181) qui rappellent l'aspect d'une mûre, d'oîi leur nom de calculs muraux.
La couleur blanche appartient aux concrétions de phosphate d'ammo-
Iliaque, de phosphate de chaux, de carbonate d'ammoniaque. Les calculs d'acide urique sont d'un jaune fauve, de même que les calculs d'urates dont la teinte est plus grisâtre. Quant à la couleur noire, elle n'existe, le plus souvent, qu'à la surface; pourtant, les calculs d'oxalate de chaux sont quelquefois noirâtres dans toute leur épaisseur.
La consistance est très variable ; depuis la concrétion phosphatique pâteuse, qui, par écrasement, forme une sorte de mortier adhérent aux mors de l'instrument, jusqu'à la pierre dure comme le marbre, résistant dans la vessie au lithotriteur comme elle résiste au marteau une fois extraite, tous les degrés intermédiaires se rencontrent; quelquefois le calcul est formé de couches concentriques de consistance inégale, dur au centre, et mou à la périphérie; plus rarement, c'est le contraire.
Structure. — A la coupe, le calcul présente le plus souvent deux parties distinctes : une centrale qui est le noyau, et une périphérique qui est Xécorce (fig. 182).
Le noyau, en général foncé et d'aspect homogène, est constitué par
une agglomération de substances précipitées de l'urine : acide urique, urales, oxalates, phosphates, quelquefois il est formé de mucus, de sang, de fibrine, de débris de tissus normaux ou pathologiques provenant des parois de l'appareil urinaire, d'œufs d'entozoaires, de poils ou autres débris provenant de kystes dermoïdes ouvertes dans la vessie ; etc. 11 est habituellement unique ; cependant on a, dans plusieurs calculs, trouvé deux et même trois noj^aux (Leroy d'ÉtioUes).
L'e'corce présente à la coupe un aspect uniforme ou granuleux ; tantôt elle semble formée de grains agglomérés par une matière unissante, tantôt elle est lamelleuse, rappelant la disposition d'un oignon (Robert, Bayle) ; c'est le calcul alternant des Anglais. Dans les calculs mixtes, on voit souvent alterner les couches rougeâtres, compactes et d'aspect finement rayonné des dépôts uratiques, avec les couches épaisses, irrégulières et grisâtres des dépôts calcaires.
L'écorce et le noyau ne sont pas toujours en contact : le vide qui les sépare quelquefois est attribuable à la rétraction du noyau, lequel est alors
Fig. 182. — Calcul fragmenté de manière à montrer la stratification.
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formé d'une matière organique (mucus, caillot, sanguin, fibrine, etc.) ;
dans certains cas, la rétraction aboutit i\ la disparition complète du noyau ; ) ainsi se forment les calculs creux. Nous avons vu aussi l'écorce ne revêtir |i le noyau qu'incomplètement, d'où leur aspect cupuliforme (fig. 183).
Fig. 183. — Calculs multiples cupuliformes.
Mode de formation. — Ni l'état pathologique des voies urinaires, ni la quantité exagérée de matières en solution dans l'urine ne suffisent pour
Fig. 184. — Trois calculs développés clans un cloisonnement rélropubien de la vessie chez une femme Agée, absolument réguliers, égaux entre eux, symétriques el de môme poids.
donner naissance à un calcul ; deux questions .sont à résoudre : pourquoi les substances normales ou anormales en solution dans l'urine se précipitent-elles ? Pourquoi s'agglutinent-elles en masse ? (Pousson.)
La première de ces questions a été résolue par Sciierer de la manière suivante : la précipitation des sels résulte des fermentations que subit l'urine dans l'intérieur de ses voies d'excrétion. Ces fcrmentalions sont de
deux ordres : Tune, acide, décompose les urales et met en liberté Facide urique ; l'autre, alcaline, décompose l'urée en carbonate d'ammoniaque, sel peu fixe dont la base se déplace avec la plus g'rande facilité pour former des urates et des phosphates.
Quant à l'agglutination, elle a été diversement interprétée. D'après Ch. Robin, l'adhésion, toute phj^sique, résulte simplement de la juxtaposition immédiate par contact réciproque des particules constituantes.
La théorie des colloïdes, que nous résumons d'après Pousson, explique mieux l'agglomération des sels sous forme de calculs. Elle part de deux faits démontrés par un expérimentateur anglais, G . Rainey :
1° Les sels qui se précipitent au sein d'une solution gommeuse tendent à revêtir la forme de sphères d'une structure tout autre que les cristallisations ordinaires de ces mêmes sels. Ce qu'on explique en disant que la viscosité delà gomme, intimement mélangée à la substance saline, détruit la polarité du cristal et laisse les molécules obéir à la loi de mutuelle attraction.
2" Ces sphères artificiellement produites, placées dans de nouvelles solutions gommeuses de densité différente, se brisent, se désagrègent et retournent à leur disposition moléculaire primitive.
Un autre savant anglais, W. Ord, appliquant les recherches de Rainey à l'étude de la lithogénie, est parvenu à déterminer le rôle des différentes substances colloïdes contenues dans l'urine normale (mucus, matière colorante), ou pathologique (albumine, sucre, sang, pus). Il a démontré que, sous leur influence, les corps en dissolution dans l'urine sont susceptibles, par suite d'une modification de leur forme cristalline, de s'agglomérer, de se modeler en sphéroïdes, en un mot de constituer des calculs. La présence des substances colloïdes prime tout dans la théorie de Ord : lorsqu'elles manquent, un individu, rendît-il de grandes quantités d'acidfe urique et d'urates, ne fera jamais de calcul; lorsqu'elles existent, au con- Iraire, la production des concrétions est probable.
Ebstein etNicolaïer d'une part, Tuffier d'autre part, ont entrepris d|s expériences relatives à la production des calculs urinaires. Toutes lés tentatives d'ingestion d'acide urique faite sur des animaux ont donné dfes résultats négatifs. Au contraire, l'ingestion d'oxamide a toujours été suivie: de la formation de calculs d'oxalate de chaux qu'on a rencontrés dans l'es bassinets, les uretères ou la vessie ; ils se sont toujours montrés multiples
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et constilués par des couches concenlriqucs d'oxalale de chaux ; au centre était un noyau de substance organique.
L'oxamide s'élimine en grande partie par le rein et produit une chute, une nécrose partielle de l'épithélium rénal; les produits détachés forment le noyau autour duquel la substance calcaire se dépose.
Quant aux corps étrangers, ils ne peuvent devenir un noyau d'un calcul que lorsqu'il existe en môme temps une inflammation des voies urinaires; s'il en est autrement, on constate seulement à leur surface une légère et superficielle incrustation.
Accroissement des calculs. — Les phénomènes qui président à l'accroissement sont mieux connus.
Un corps étranger, venu de l'extérieur ou formé dans l'organisme (noyau d'acide upique, d'oxalate-, etc.), constitue un centre d'attraction autour duquel se précipitent, sous forme de grains ou de lamelles, les diverses substances solides, en dissolution dans l'urine. Une concrétion unique peut ainsi s'entourer d'une couche de phosphates qui se déposent à sa surface.
Les calculs d'acide uriqueet d'oxalate s'accroissent lentement ou vite, selon que leur structure est compacte ou spongieuse : les phosphatiques sont ceux dont le développement est le plus rapide : quelques mois leur suffisent pour atteindre un volume considérable.
Une fois formés, les calculs présentent, dans des circonstances fort rares d'ailleurs, un phénomène curieux : celui de la fragmentation spojitane'e . On suppose que l'urine, se trouvant avoir à un moment donné une réaction et une densité différentes de celles qu'elle avait au moment de la formation du calcul, détermine une désintégration moléculaire. Ailleurs l'imbibition pénètre jusqu'au noyau, le gonfie et fait éclater le calcul. Debout d'Estrées en a présenté récemment un bel exemple.
Classification des calculs. — Fourcroy divisait les calculs en trois groupes : 1" calculs simples, formés d'une seule substance, en totalité ou presque en totalité; 2" calculs composés, constitués par plusieurs matériaux sans très grande prédominance de l'un d'eux ; 3° calculs ayant pour noyau un corps étranger.
Les caractères des princij)ales variétés chimiques de calculs urinaires sont résumés dans le tableau ci-dessous que nous empruntons à Pousson.
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