CHAPITRE Vn
CALCULS VÉSICAUX
BIBLIOGRAPHIE
(Il'yox. Leçons cliniques. — Desnos. Étude sur la lithotritie à séances prolongées. Thèse Paris, 1882. — Kirmisson. Lithotritie moderne. Th. d'Agrég., 1883. — D'arbois de Jubaixville. Symptômes et diag. des calculs vésicaux chez l'enfant. T/iése Paris, 1898. — Hache. Traitement des calculs vésicaux chez l'enfant. Assoc. française d'Urol., 1904. — Pousson. Calculs de la vessie. Soc. méd. de Bordeaux, 1893. — Pasteau et Durrieux. Les calculs diverticulaires de la vessie. Ass. fr. d'Urol., 1904.
ÉTIOLOGIE
Les causes des calculs vésicaux sont générales ou locales.
1° Causes générales. — Il est avéré que les calculs sont plus fréquents en certains pays que dans les autres ; cette distribution géographique des calculs est-elle due au climat, aux habitudes, à l'eau de boisson différente suivant les conditions géologiques, à l'alimentation, c'est ce que Ton ne peut déterminer exactement, et les opinions diffèrent : ainsi, pour ce qui concerne les influences géologiques, nous voyons Denys incriminer l'absence (le sels terreux dans les eaux de la Hollande, tandis que de nombreux auteurs admettent que les eaux calcaires et magnésiennes constituent au moins une cause prédisposante, et récemment Preindlsberger a constaté pour la Bosnie une fréquence plus grande dans le calcaire triasique. Quoi qu'il en soit, l'Inde présente le maximum de fréquence des calculs, suivie par la Perse ; en Europe, les contrées les plus éprouvées sont l'Angleterre, la Hollande, la Bavière, la France. Parmi les pays où les calculs sont les moins fréquents, citons la Chine, la plus grande partie de l'Amérique. En France, la mortalité par calcul serait, par rapport à la mortalité générale.
dè 8 p. iO.OOO (Pousson) ; les provinces de l'Est, la Charente, la Gironde, etc., seraient les plus atteintes ; la basse Normandie y échapperait presque complètement, peut-être à cause de l'usage du cidre.
L'influence des races est diversement appréciée ; les noirs paraissent moins souvent atteints en Amérique et en Egypte. A Madagascar, les calculs sont fréquents chez les enfants hovas (Fontoynont).
Les calculs vésicaux sont rares chez la femme, beaucoup plus fi^équenls chez Vhomme; 5 femmes contre 100 hommes (Coulson), 42 contre 1.100 (Leroy d'Etiolles) ; cette rareté est due à la sobriété de la femme, et surtout l'absence de la prostate et à la dilatabilité de l'urètre qui permettent l'expulsion facile des pierres descendues du rein.
La fréquence d'après Y âge paraît présenter deux maxima, l'un dans l'enfance, l'autre chez les vieillards ; les statistiques diffèrent suivant qu'elles sont prises dans la clientèle aisée ou à l'hôpital; les enfants pauvres et les vieillards aisés étant les plus souvent atteints, les statistiques hospitalières anciennes (Gheselden, R. Smith, Giviale) accusent un maximum dans l'enfance. D'après Thompson, les calculs se voient de cinquante à soixante-dix ans dans la proportion de 63 p. 100, et de 22 p. 100 au- dessus de soixante-dix ans. Sur 210 calculeux lithotritiés par le P. Guyon, on trouve : au-dessous de cinquante ans 10,47 p. 100 et au-dessus de soixante-dix ans 20 p. 100.
Il existe de nombreuses observations où les calculs vésicaux s'observent de père en fils, ou simultanément chez divers membres d'une même famille; nous admettons donc une prédisposition héréditaire.
L'influence de la diathèse est frappante pour la gravelle urique : toutes les manifestations de Y arthritisme, la goutte en particulier, sont susceptibles de précéder, d'accompagner ou de suivre cette variété de gravelle ou même d'alterner avec elle ; elle peut produire encore des calculs oxaliques, des calculs de cystine et de xanthine. On relève souvent la coïncidence du diabète.
La production des calculs phosphatiques dépend le plus souvent d'une cause exclusivement locale; cependant il existe une diathèse phosphatiquc (Bence Jones, Bouchard), au cours de laquelle les urines alcalinisées laissent précipiter les phosphates. Des calculs phosphatiques peuvent se former ainsi, mais plus souvent il ne s'agit pas de véritables calculs : les urines sont seulement troubles, ou encore chargées de flocons muco-phosphatiques.
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A côté de rinfluence des diallièses, il faut placer celles de Valimenlation, des boissons, des habitudes hygiéniques, des professions, etc. La production des calculs uriques et, dans certains cas, des calculs pliosphaliques, est favorisée par un régime riche en substances azotées, une nourriture abondante, surtout lorsqu'il s'y joint le défaut d'exercice. Celle des calculs oxahques résulte d'un régime végétal, de l'abus de certains légumes et de fruits qui contiennent de l'acide oxahque tout formé, tels que l'oseille, les épinards, le céleri, les pommes, les poires, etc. Ainsi s'expliciuent la fréquence des calculs uriques chez les riches (surtout chez les vieillards), et d'autre part, celle des calculs oxahques chez les pauvres (en particulier chez les enfants), ainsi que dans certaines contrées de l'Orient, la Perse, par exemple.
Quant aux boissons, les vins des grands crus de Bourgogne hâtent le développement de la gravelle urique, que retarderaient les vins blancs mousseux de Champagne, du Rhin, etc. ; en revanche, ces derniers sont propres à charger l'urine d'acide oxalique. D'après Denis Dumont, le bon cidre est un agent d'immunité, en raison de ses propriétés diurétiques, et des carbonates alcalins qu'il renferme.
Les professions sédentaires, le passage d'une profession demandant une grande activité corporelle au repos, parfois l'alitement dû à une autre maladie, telle qu'une fracture, etc. d'après Leroy d'EtioUes, faciUtent la production des calculs.
2" Cames locales. — Parmi les causes locales, les unes agissent en produisant la stagnation de l'urine et en s'opposant à l'expulsion des calculs, les autres surajoutées ou non aux précédentes, modifient les propriétés cliimiques et physiques de l'urine.
Les obstacles à l'expulsion des calculs venus du rein sont urétraux, prostatiques ou vésicaux. Au niveau de l'urètre, ce sont surtout les rétrécissements ; à la prostate, les déformations do l'urètre prostatique et du col vésical ; au niveau de la vessie l'existence d'un bas-fond, de cellules, d'une cystocèle, l'insuffisance de la contractilité vésicale, névropathiquc, inflammatoire, prostatique ; aussi les calculs sont-ils fréquents au cours de l'iiypertrophie prostatique. La plupart du temps ces obstacles produisent en môme temps la stagnation de l'urine, qui devient elle-môme une circonstance favorable à la formation et à l'accroissement des calculs.
Les propriétés de l'urine sont modifiées par Vinfection, et celle-ci
trouve dans la stagnation les conditions les plus favorables à son apparition et à sa permanence. Le plus souvent l'infection amène l'alcalinisation. ou môme la décomposition ammoniacale de l'urine ; grâce à ces conditions, et au plus haut degré en cas de décomposition ammoniacale, les phospliate's sont précipités et s'agglomèrent autour des débris organiques, des corps étrangers, des calculs préexistants, parfois môme à la surface des parties irrégulières de la muqueuse telles que les végétations et les ulcérations des cystites, des néoplasmes, de la tuberculose vésicale. On nomme calculs secondaires, ceux qui se forment ou s'accroissent par suite de Finfection vésicale, par opposition aux calculs 'primitifs, formés sans infection vésicale ou descendus du rein. En présence de ces derniers la vessie et son contenu restent longtemps aseptiques.
Le rùle des bactéries dans l'alcalinisation de l'urine est démontré parles faits: il est plus difficile de savoir s'ils jouent un rôle direct dans la précipitation des sels et dans leur agglomération en forme de calculs. On sait seulement qu'ils existent dans les calculs des urines infectées ; Kuhn, Waldeyer, Galippe ont admis pour cette raison leur rôle lithogène; Lœ- Avenhardt qui a trouvé entre les cristaux des cultures pures de staphylocoques, dans des cas de phosphaturie, leur attribue la formation de calculs. L'inflammation de la muqueuse produirait en outre en abondance les matières colloïdes du mucus, du sang, du pus qui d'après Ord précipitent et agglutinent les matériaux salins dissous dans l'urine.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous étudierons : 1'' les calculs ; 1° leur siège ; 3° les lésions vésicales.