CHAPITRE PREMIER
De V Amaurose.
Observation 3o6.
, Lyon, 10 septembre 1762.
iVJLémoire. — Madame la comtesse de la P***, âgée de quarante-six ans, ayant eu cinq enfants, sans avoir éprouvé aucune suite de couches? d'un III. 1
S I ( I I .. . \ II, i II \ p I I | I l
tempérament maigre , aimanl la solitude sans êtr< mélancolique, s'occupant volontiers, menant un< vie fort sobre, sujette presque toute Ba vie à des pertes blanches, ayant eu jusqu'à -présent ses règles exactement tons les mois, a été sujette à quelques légers maui de tête et .1 des étourdit sements.
Cette dame, « ] u i est myope, fut attaqué \ a < 1 i x ans, (lune indisposition dans les veui : elle se sentit la vue embarrassée par des bluettes et des formes de mouches qui I inquiétaient , el lui faisaient voir les objets crime manière désagréable; elle n'avail aucune inflammation apparente. Uors, après quelques légères préparations, des vésicatoires derrière les oreilles dissipèrent la maladie, et la malade porta des lunettes convena blés à sa vue. Il y a quelques mois, elle ressentil la même indisposition; mais, soit que le mal eut été causé par trop d'application ou autrement, il cessa, après un mois ou deux, sans aucun remède Il y a deux mois que la malade éprouve le menu accident; mais L'embarras ne se trouve que sur l'œil droit. Madame y sent de plus une pesanteur, et quelquefois une sécheresse: lorsqu'il se trouve suffisamment humecté par les larmes, elle est bien plus à son aise; elle ressent aussi une douleur sourde dans le grand angle de L'ceil. D'ailleurs on n'aperçoit dans les yeux aucun vice, ni des liqueurs, ni des membranes.
En dernier Lieu, pour tenter la cure de cette
indisposition, la malade a usé du petit-lait avec une expression de cloportes. On lui mit pour la seconde fois des vésicatoires derrière les oreilles , et , avant cette dernière application , on lui fit prendre huit ou dix bains; mais tous ces moyens n'ont produit aucun soulagement.
Après en avoir sérieusement examiné la nature, nous sommes portés à penser que le siège de la maladie est dans le nerf optique et dans l'épanouissement de ce même nerf sur le fond de l'œil, ce qui doit faire redouter une amaurose ou goutte sereine.
Délibéré à Lyon, le it\ août 1762.
Pou te au père.
Maître en Chirurgie.
Réponse,
Ces sortes d'accidents sont en général moins inquiétants quand ils arrivent à des myopes; les remèdes auxquels on a eu recours sont bien indiqués , et il suffira de les continuer.
M. le comte de la P*** annonce, le 11 octobre suivant , que madame son épouse est mieux , et ajoute qu'elle n'a jamais vu de son œil droit qu'à travers un léger brouillard.
I I I I .. \ \ I I , < Il \ l'I I II l\ l ,
Observation lo7.
'<■ de mon père à H. Di Lasso m , premii médecin de lu Reine.
l'.u is, le i ', octobre 17611
Monsieur, j'ai examiné les yeui de madame
de 1 ..iss. m.-, devenus extrêmement sensibles, à la
suite des vomissements de Sang qu'elle «'Ht ;i I
de douze ans, pendant quarante jours de suite, après une chute grave : la rétine en a été tellement fatiguée, qu'elle oe peut supporter aucune appli-
cal ion suh i»-.
On tenterait inutilement de remédier à cetfo sensibilité, parce qu'elle est bornée à cette seule partie, et égalemenl indépendante de la constitution des humeurs et de la disposition (\\i reste du genre nerveux. Les filets de cette membrane Ont une disposition singulière à la crispation ou a IVi el liisnie (|u'e\eilent toujours la lecture.
récriture, la présence des corps blancs, et la réverbération du soleil. ])e pareils yeux exigent de sa part beaucoup de ménagements, faute de quoi elle s'exposerait à ne pouvoir pas même lire dix lignes, et à ne pouvoir souffrir la lumière d'une bougie. Un repos absolu et prolongé pourrait contribuer au contraire à leur rétablissement.
C'est à vous, Monsieur, a le lui faire entendre, et à l'empêcher de se livrer à son goût pour la lecture , etc.
Observation 3o8.
Mémoire, le 8 décembre 1 765. — Le consultant, âgé de cinquante ans, a les yeux bleus et assez saillants. Après s'être échauffé à la chasse au mois de juillet dernier, il s'aperçut d'une obscurité dans l'oeil gauche, qui a continué jusqu'à présent et varie du plus au moins.
Il lui semble que tantôt il y a un voile noir devant cet oeil, et souvent, quand il enfonce la tête dans le lit, il en voit, plus que de l'autre, de vives étincelles de lumière. Quelquefois il lui paraît ne voir de ce même œil que d'une moitié, du côté du grand angle ; d'autres fois les objets lui paraissent plus petits , troubles , ou d'une couleur jaunâtre. Il souffre de la vivacité de la lumière et de celle des bougies. Tous ces symptômes sont plus sensibles lorsque le temps est pluvieux ou qu'il a l'ame affectée. Le malade pense que tout ceci ne peut être attribué qu'à une faiblesse de l'organe. Il a été long -temps sujet aux rhumes de cerveau , et à une douleur à l'occiput, particulièrement depuis un an. Ces deux incommodités sont diminuées, et celle dont il est question leur a succédé.
Mais il est à observer que l'œil, soumis à l'examen le plus scrupuleux, n'offre pas le moindre dérangement, que la prunelle jouit de toute la mobilité dont elle est naturellement capable, que son degré de dilatation et de rétrécissement est
6 BECT10H VII, CHAPITR1 i ,
absolument le même dans chaque œil expose au même degré de lumière, que le regard de Iceil malade est aussi fixe el aussi déterminé que celui de l'œil sain.
Depuis «es observations, l<- malade se plaint 'I «|n <>u\ ci des démangeaisons dans 1 œil malade sur-tout lorsqu il est auprès «lu feu.
Dr pou se.
Le conseil soussigné croit pouvoir assurer que cette maladie est plus inquiétante que dangereuse, qu'elle dépend encore plus d'agacement dans le genre nerveux que de toute autre cause, et qu'elle ne demande d'autres remèdes que ceux qui conviennent à cet état de sensibilité des nerfs.
Cette maladie se réduit donc, quant à présent, ;i une affection vaporeuse des nerfs en général, et en particulier à une pareille disposition dans la rétine. Le conseil est d'avis que le malade se mette à l'usage des délayants et des antispasmodiques, tels que le petit-lait et la poudre tempérante de Stlial ; le premier à la dose d'une chopine le matin à jeun, et l'autre à celle de vingtquatre grains, qu'il délayera dans la première cuillerée de petit-lait. 11 sera purgé rarement, et lorsqu'il le sera, on ne lui donnera que les minoratifs les plus doux. Il évitera les exercices trop violents, la hop grande application des yeux, L'usage des aliments de haut goût, les Lois-
sons fortes, le vin pur, et le café à leau. Nous lui conseillons aussi d'essayer si les lunettes ne dissiperaient pas , en lisant ou en écrivant , une partie des accidents qui lui offusquent la vue de l'oeil gauche.
Délibéré à Paris, le 22 décembre 1765.
Demours , Deshais Gendron.
Observation 3oo,.
.Toulon, le 22 mai 1781.
Mémoire. — -Mademoiselle de L**% âgée de vingt ans, blonde, d'une bonne complexion, bien réglée, et ayant de l'embonpoint, travaillait avec beaucoup d'application au dessin. Se trouvant un soir d'été sur le balcon de sa maison , elle ressentit à l'œil gauche des picotements qui furent suivis d'un peu d'inflammation. Elle n'y fit point attention d'abord et continua à dessiner; mais le mal empirant , l'œil étant devenu rouge , et la vue s'affaiblissant de l'un et de Fautre, elle fut obligée de discontinuer. Le mal augmenta au point qu'elle ne pouvait pas supporter la lumière. Elle fut saignée , émétisée , but les eaux de Wals ; elle prit des bains presque froids ; elle fit ensuite usage de fumigations et de la vapeur des liqueurs spiritueuses présentées devant les yeux : on lui faisait recevoir des gouttes d'eau froide jetées dans les yeux; elle observait -un ré-
8 IECTIOB t il. CBAPITBI i .
gime tempérant el peu nourrissant On Lui ippliqua un vésicatoireà la nuque. L'inflammation se dissipa; l'embonpoint diminua; mais la nie resta faible. M de L***, devenue madame ( "\ n'a j»liis i.ui aucun remède relatif à cette indisposition. Elle a eu quatre enfants qu'elle n'a pu nourrir; elle a pris peu de précautions après w s premières couches, et n'en a cependant j •* ^ été incommodée, ^près sa dernière, «II"- a eu l*at« tention de se purger trois fois, * I « - faire un Ions usage «lis lavements el des tisanes apéritives et diurétiques. Elle esl ài;<;e de vingt-sept a vingtlinii ans, et n'a plus 1 embonpoint dont <1 1 •• jouissait ;i\;mi son mariage. Depuis quelques mois, elle est plus incommodée qu'auparavant ; elle ressent des cuissons, des douleurs vives et des chaleurs aux > ru\ , principalement au gauche. La
lumière l'affecte d'une manière extraordinaire; elle ^ » > 1 1 autour de la flamme d'une bougie allumée, non-seulement de petites étoiles comme dans le principe de son mal, mais encore des barres lumineuses très-longues et en très-grande quantité. Elle n'aperçoit les objets que tres-eontusément. Il lui est arrivé quelquefois dans la nuit, ayant les yeux fermés, d'apercevoir plusieurs cercles dont celui du milieu était d'un blanc éblouissant et le suivant tics- noir; quelquefois elle en voyait un troisième qui était vert. Les cercles dans leur principe sont petits; ils augmentent ensuite, et lorsqu'ils ont acquis leur
, A M A U R O S E. Cj)
plus grand accroissement, celui du milieu, vu de l'oeil gauche, remue prodigieusement. Ses yeux, particulièrement le gauche, éprouvent quelquefois des mouvements convulsifs; elle voit moins bien à une grande lumière qu'à une lumière modérée , et elle distingue mieux les objets en les regardant à travers un tuyau noirci à sa paroi intérieure. L'inspection de ses yeux ne fait reconnaître aucun vice dans leurs différentes parties : on ne découvre aucune opacité dans les milieux transparents. La prunelle paraît n'être ni trop resserrée, ni trop dilatée; la paupière supérieure de L'oeil gauche paraît seule légèrement tuméfiée. Consulté par cette dame, et persuadé qu'il était de la plus grande conséquence pour elle d'éviter des remèdes nuisibles, je ne lui ai prescrit qu'un régime tempérant, l'usage des lavements et des bains de pieds , jusqu'à ce que nous puissions être aidés de vos lumières. Comme la plupart des symptômes de la maladie de cette dame annoncent un état de phlogose de la rétine , et quelques-uns un état d'éréthisme de cette expansion nerveuse, je l'ai interrogée sur les effets qu'avaient produits sur sa vue les saignées qu'on lui avait faites dans ses grossesses; elle m'a répondu que sa vue en avait toujours été affaiblie. J'ai cru que cet effet méritait que vous en fusssiez instruit.
Manne , Chirurgien de la Marine.
s i < i i OH f i i . CHAPITA1 i .
Révom
Le diagnostic de M. Manne est fondé sur [a nature même de la maladie. La malade doit suivre le traitement antiphlogistique el antispasmodique « ons< die par lui.
Observation 3io.
Mémoire, le i,r décembre 1 7 ' » 7 — La malade pour laquelle on consulte esl âg< ie d'environ trente >trois ans» el d'un tempérament sanguin; elle «si l«ni bien <•< »nsi i 1 1 h «' . quoiqu'elle ait le genre nerveux très-mobile. Elle a été beaucoup iaignée, tanl pour maladie grave que pour de légères indispositions.
Elle a les yeux beaux, clic voit très-bien, distingue exactement les objets fort éloignés dans le premier instant ; mais clic ne peut les fixei sans souffrir des douleurs fort vives, tant dans les yeux que dans Les paupières supérieures et inférieures, jusque dans les tempes, et même audelà des os de la pommette. Les paupières inférieures sont quelquefois un peu enflées, et même alors elle \ sent un durillon qui semble rouler sons le doigt, qui se dissipe à la vérité, mais qui revient de temps en temps et est extrêmement douloureux. 11 semble à la malade que ses yeux soient remplis de sable, d'autres fois qu'on les lui enfonce dans la tête; elle ressent souvent.
AMÀTJROSE. II
sur-tout les matins, dans les yeux et dans les parties voisines une fraîcheur marquée et douloureuse. Il paraît à la malade qu'après ses règles , elle est plus incommodée de la vue. En général, les douleurs sont plus vives sur les os qui sont au-dessous de la paupière inférieure depuis le milieu jusque vers le nez.
Le travail , la lecture , le feu , la chandelle , et le grand jour, sur-tout le matin , produisent ces mêmes différents effets. La lumière de la chandelle se voit comme au travers d'un nuage fort épais. Dans tous les temps, il lui semble apercevoir un petit. point noir, accompagné de plusieurs rayons, qui suit la vue et couvre les objets qu'elle regarde.
Toutes ces indispositions mettent la malade dans l'obligation de frotter à chaque instant ses yeux, qui d'ailleurs ne sont nullement rouges. La maladie, commencée depuis six ans, a un caractère de périodicité. La malade souffrait extrêmement il y a trois ans, et les douleurs étaient quelquefois insupportables. Cela s'est dissipé. Cette année , les douleurs ont recommencé , et elle se trouve dans le même état qu'à cette époque.
Réponse.
Agacement nerveux très-difficile à guérir, mais plus inquiétant et incommode que dangereux...
s i ( i i i . > vil, CHàPITBl i i
( ne saignée «In pied.., antispasmodiques à L'in teneur... Bains tièdea... Eviter toute application.
Observation 3i i .
Consultation pour M. 1 , Ingénieur- Géographe
militaire.
Le i) Dovembre 17-7- LeS travaux pénibles et fatigants OOUF la Mie
auxquels Le malade s'est livré pendanl une longue suite d'années, lui OUt non seulement allai- Mi ce mus, 111. us lui ont (le plus affecté la trie.
In effet il éprouve parfois des espèces de tétanos et des absences, courtes a la vérité, mais pendanl lesquelles il tombe dans un étal d'apathie universelle, an point de rester comme immobile, d'avoir 1rs yeux fixes, et de perdre la mémoire pendant la durée de cet accès, qui est d'en\ non une demi-lieuie.
De pareils accidents ne peuvenl dépendre que d'une affection spasmodique du genre nerveux, causée par un travail forcé de la tête et des yeux; car nous ne pensons pas que ces organes soient attaqués dune goutte sereine bien caractérisée, comme l'ont dit quelques-uns de ceux qui ont été consultés avant nous. Nous croyons à la vérité que les yeux ont été fatigués par un travail trop long el trop assidu; mais nous pensons que la faiblesse qu'ils éprouvent ne vient que de laf-
AMATJROSE. l3
fection spasmodique des filets nerveux de la rétine. En effet le malade distingue bien les objets au premier coup-d'œil, ce qui n'arrive jamais à ceux qui sont attaqués de goutte sereine. 11 voit mieux dans une chambre que dans un lieu découvert, et sur la brune qu'en plein midi. Or rien de pareil n'arrive aux autres. Si l'instant d'après il lui passe un voile sur les yeux qui lui éclipse les objets , c'est que les filets nerveux de la rétine entrent alors en convulsion par l'impression même de la lumière , impression toujours plus vive sur l'œil qui se fixe sur un objet quelconque, que sur celui qui ne regarde que d'une manière vague. Or, dans cet état de convulsion, les rayons lumineux affectent successivement plusieurs filets de nerfs, et cela si rapidement, qu'il doit en résulter une sensation confuse de l'image : c'est là la véritable cause du voile qui lui couvre les objets toutes les fois qu'il veut fixer sa vue comme il le faut pour écrire et surtout pour lire. Si ce voile paraît et disparaît alternativement , c'est que les convulsions ne sont pas toujours au même degré, et qu'il y a, comme dans tout membre en convulsions , tantôt de violentes contractions, tantôt du relâchement. Dans le premier cas, le voile paraît et la vue s'éclipse; dans le second , il disparaît , et la vue revient plus ou moins vite en raison de l'état du moment.
Telle est l'étiologie de la maladie qui .affecte
i I SBCTIOK \ i i , i ii \ l' i i ri i i ,
1rs \ < h \ de M i '", maladie qui ne ressemble nullement à la goutte sereine, <l<»ni les suites iont bien moins à craindre, et qui n'en aurait de fâcheuses que dans le cas <»u la même cause subsisterait, t ette cause étant un travail excessif, il faut commencer par l'éloigner, c'est-à-dire re- Doncer absolument à des occupations qui excèdent les forces actuelles de ces organes, et auxquelles l'homme le mieux constitué ne peut s«' livrer (pie iusqu à un certain âge. Lorsqu <>u veut pousser plus loin cette carrière, il est rare qu'il
n'en résulte des ine< >n\ ennuis DOUr Ul \ ne ; et
c'est ce (]ni arrive souvent aux peintres en miniature, aux personnes qui observent long-temps au microscope, à celles <l<>m l'occupation est de déchiffrer <le vieux titres, etc. II. uns en grand nombre... Petit-lait... Fumigations de café avec camphre... Régime rafraîchissant...
Observation 3ia.
Rouen, le i.'t avril 1777.
Mémoire. — Madame de T***, religieuse fort jeune, est menacée d'une goutte sereine. On ne voit cependant aucun vice apparent sur le globe de l'œil : la pupille est peut-être un peu plus dilatée que dans l'état naturel. La vision baisse enfin depuis six mois, au point de ne pouvoir ni lire, ni coudre, ni s'appliquer aucunement à voir un objet; ear la malade convient
AMACROSE. l5
qu'au premier coup-d'œil, elle voit les objets àpeu-près comme ils doivent être vus ; mais l'instant d'après , elle ne les voit plus , ou les voit considérablement changés. Elle ressent de temps à autre quelques douleurs lancinantes qui se font plus sentir autour du globe que vers la rétine : elle voit quelquefois du brouillard , et rarement l'œil verse des larmes.
Nous ferons observer, i° que cette dame a eu dès son enfance une humeur dartreuse attribuée à un mauvais lait, et qui s'est répandue sur différentes parties du corps , sans que l'apparition des règles y ait apporté de changement. L'humeur s'était portée sur le cuir chevelu. On fit appliquer un vésicatoire qui fut entretenu peu de temps, et l'humeur quitta ce siège pour se porter à l'estomac. Une suppression des règles survint et dura près d'un an : alors les yeux jouissaient d'une vision parfaite. i° La malade essuya , il y a quatre ans, une fièvre éruptive : la poitrine fut longtemps menacée, mais la tête souffrit peu. Cependant cette maladie avait rendu la santé; on n'apercevait plus de traces de l'humeur dartreuse, et l'estomac se raccommoda dès l'instant que les règles reprirent leur cours naturel. 3° Il y a six à huit mois que la santé de cette dame s'est dérangée de nouveau par un catarrhe fluxionnaire qui occasionna des céphalalgies légères et des douleurs de dents. Ces petits maux se sont dis-
6 IBCTIOD VII, CHAPITRE I,
lipéSj el les yeux se sont trouves pris comme nous i ,i\ (.us exposé.
I.;i malade a fait usage des bains, des sucs exprimés de plantes apéritives; <>n .1 fait appliquer un emplâtre vésicatoire à la nuque; on a pi 1tiqué un cautère a la cuisse. Doit- on donner le Util d'ânesse !<• mois prochain? La malade a soux c- 1 1 1 des glandes autour «In cou qui ne s<>m point L'effel des cantharides, puisqu'elles existaient anit-riciirciiicni , ci que, de j>lns , on en découvre une dans le sein droit.
Lepicu, Mcilecin.
Réponse.
La maladie pour laquelle nous sommes consultés nous paraît dépendre d'un vice dartrcuxqni existe chez celle dame depuis son enfance. Il occasionne un éréthisme considérable dans les filets de la rétine, et cet éréthisme ne peut dépendre que de l'acrimonie de l'humeur qui s'y porte et qui les agace. Or le caractère de cette acrimonie n'étant point équivoque, il paraît démontre que les remèdes qui sont reconnus utiles dans les affections dartreuses ne sauraient être mieux indiques, et nous adoptons l'avis du lait d'ânesse, qui nous paraît très -propre à diminuer cette acrimonie et les accidents auxquels elle a donné Lieu : nous serions même d'avis que la malade Le reprît au mois de septembre prochain, qu'elle
en fît usage pendant six semaines chaque fois, et que dans l'intervalle des deux saisons elle se mît à l'usage de l'infusion suivante.
Prenez une demi -once de bourgeons de sapin; faites-les infuser sur les cendres chaudes, pendant une heure, dans quatre tasses d'eau et une de vin blanc ; la malade prendra tous les matins cette boisson en quatre verres, d'heure en heure,, et ajoutera à chaque verre une cuillerée à bouche de sirop antiscorbutique, ce qu'elle continuera pendant vingt-un jours, et elle sera purgée ensuite.
A compter du lendemain de la purgation , elle boira tous les matins une chopine de tisane faite avec la racine et les feuilles de scabieuse ; ce qu'elle continuera jusqu'à la seconde saison du lait, après laquelle elle reprendra l'usage de cette tisane. On entretiendra le cautère et le vésicatoire, et la malade observera un régime convenable.
N. B. Une lettre de madame deT*** à M. God**% son oncle , contient ce qui suit.
Rouen, le 29 décembre 1787.
A l'égard de mes yeux, je n'en avais éprouvé aucune incommodité depuis neuf ans ; mais un coup que je me donnai au mois d'août sur un des deux , qui fut suivi d'une enflure assez considérable, m'a remis dans la même disposition où j'étais anciennement, je veux dire de ne pouvoir soutenir une application réelle au-delà de» huit
|8 SICTIO H VII, CHAPITRE I,
i <h\ niiiiiitcs pour lire, écrire) ou travaillei Lorsque je vais au-delà, l'œil blessé me refuse 1» jervice, et me fail souffrir plus <>u moins, •< proportion <!«■ ce qu'il ;> été l<>n< Hors cela, il ne me (.m au< une douleur. ■!<■ ne sais si cela pro- \ i» ut du nerf optique, comme | >;• i- Le passé, ou .si je me serais offensé quelque chose dans cette pai in- si délicate.
Il m 'arrive aussi, de temps en temps, de sentir niDii d'il malade battre considérablement, sans cependant éprouver de douleur. J;ii dû mon rétablissement aux consultations que vous avez laites. Je nous prie de me rendre le même service, m commyniquanl cel expose à M. Demours pour savoir ce qu'il pense. C'est d'après son régime que j'ai recouvré L'usage de mes yeux la première fois : il me manda pour lors que, clans le cas où j'aurais besoin dune nouvelle consultation, il faudrait indiquer le numéro de la première; je l'ai conservé avec soin, le voici, 3879. Je désire connaître son avis.
Faire des fumigations avec de la décoction de tètes de pavots; et un divorce absolu avec toute espèce d'application pendant le reste de l'hiver.
Observation 3i3.
le Mirabeau craif en 1789, des accidents du genre de ceux qu'il
M. le comte de Mirabeau craignit un instant
avait éprouvés dix ans auparavant, et dont suit le détail.
Extrait du Journal de mon père, du 9 novembre 1778.
M. de Mirabeau, que j'ai été visiter àVincennes, se plaint de voir une infinité de petits points noirs qui voltigent devant ses yeux , mais qui ne l'empêchent pas de lire et d'écrire quinze et seize heures par jour. Ses yeux sont dans un état d'éréthisme occasionné par le travail. Je lui ai conseillé quelques moyens calmants. Ce sera un vrai bonheur si la vivacité et l'impatience du malade, qui paraissent extrêmes, et chez lequel le moral fatigue prodigieusement le physique , ne les rendent pas inutiles.
Lettre de M. de Mirabeau à mon père.
Vincennes, le 3o mars 1779.
Il m'est arrivé aujourd'hui, à dix heures du matin, Monsieur, de rester environ un demiquart d'heure avec une cécité absolue. Rien n'a précédé cet accident, qu'une douleur de tête trèshabituelle, mais qui s'est déclarée beaucoup plus forte en me levant. Est-ce une attaque de goutte sereine ou son avant-coureur ? Encore une fois , rien d'extraordinaire ne me l'annonçait. Je vois beaucoup plus de points noirs et de brouillards que lorsque je vous ai consulté en novembre
ao IE( no» vii, i bapitrj i ,
1778, et ("ni moins travaillé depuis cette époqut Mus (•«• dernier accident me consterne : il q< m'a cependanl poinl ôté la présence d'esprit, ef
je suis sûr qu'il n'a été accomp;i^nr d'aucuns
symptômes intérieurs remarquables, Je prenais ma plume pour écrire; il était question de traduire quelque chose; en détournant la tête à gauche, du «oie du jour, sur mon texte, aussi rite que la pensée, je me suis trouvé privé de la vue. Depuis quelques jours, je redoute un glaucome, parce qu'il nie paraît, soit réalité, soit imagination frappée, que je vois à la lumière une couleur verdâtre, sur du papier écrit ou non écrit; et même que mon ceil gauche, qui est le plus fort des deux, refuse le service avec les conserves. Voilà qui n'est pas imaginaire.
Aujourd'hui , quand ma cécité momentanée s'est dissipée, j'ai cru voir les objets à travers de la fumée, et je ne distinguais rien nettement. Maintenant je discerne fort bien, même de trèspetits caractères; mais il semble que mes yeux étincellent par moments, et les objets me paraissent, aussi par moments, enflammés ou rendre des émanations électriques. Je ne puis donner une idée plus juste de cet effet bizarre, qu'en le comparant à ces points de feu qu'on semble voir lorsqu'on se frotte vivement les veux fermés. Peut-être est-il nécessaire de vous dire que j'ai été sujet, jusqu'à ce printemps, à des hémorrha- £ies terribles au commencement de cette saison ,
AMAUROSË. Il
et que je n'en ai point eu cette année. Cette attaque ne serait-elle qu'un engorgement de vaisseaux ?
Je vous prie, Monsieur, de réfléchir sérieusement à ceci , et de me faire dire ( dans le cas où je ne vous verrais pas) si vous ne me conseilleriez point la saignée ou les sangsues , ou (ce que je préférerais) l'électrisation. Quelque difficulté qu'il y ait à se procurer ici un appareil électrique, j'espère que, dans un cas si urgent et si triste, on ne s'y refuserait pas. Si cependant tout cela ne doit que me fatiguer, je me résigne à mon sort. Ce qui est certain , c'est que ma confiance dans les conseils du savant traducteur des Transactions philosophiques est sans bornes.
J'ai l'honneur d'être, avec toute la considération que l'on doit aux grands talents, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Extrait du Journal de mon Père, le ier avril 1779.
J'ai été hier à Vincennes voir M. de Mirabeau , pour l'accident dont il avait été si fort effrayé la veille. Une éclipse totale de vue lui est survenue tout-à-coup ; elle a duré assez long-temps pour lui faire sentir toute l'amertume d'un pareil état, et l'a consterné jusqu'aux larmes. Le retour de la vue n'avait pas encore entièrement calmé son ame inquiète, dont la crainte d'une goutte sereine s'était emparée. Quoique les vaporeux (et le malade l'est beaucoup) soient plus sujets que
d'autres ■■ éprouver de pareilles éclipses de vue comme elles sonl presque toujours instantanées,
cl que relie ilohl il ;i ele ;ill.i(|lie :i dure. BelOD lui. plus «i mi deiin-qiiart-d hein e. on ne .saui.nl
dissimuler qu'elle n'esl pas ordinaire, el quelle suppose !<" concours de quelque autre < ause asseï grave pour méritei attention. Cette autre cause est la suppression d'un saignement «le ne/ auquel il ei.ni sujet , qui ne s'est pas manifesté cette année, ci qui demande quelques moyens dont je suis convenu avec M. Fonteliau, chirurgien du château «!<• V încennes. Ces moyens sont : des bains de pieds, des lavements, des bouillons rafraîchissants, ci la saignée du pied faite en trois
temps. Si ces premiers iiidvi us ne réussissent p -s à dissiper le mal de tête, dont un redoublement
avail précédé l'éclipsé dé vue, on passera à d'aui tes pins décisifs.
IV. B. Le traitement indiqué a eu le succès qu'on en attendait.
Observation 3i/j-
Mémoire, le 4 décembre 1778. — Madame***, âgée de trente-un ans, a joui dans sa première jeunesse d'une santé robuste et parfaite. Mariée à L'Âge de quatorze ans et quelques mois, elle ne fui réglée qu après son mariage, et devint enœinte assez promptement. Elle accoucha heureusement Pendant ses couches, elle fut cruelle-
AMAUEOSE. 23
ment tourmentée par des hémorrboïdes qui ne fluèrent point et qui ont reparu depuis cette époque presque régulièrement chaque mois, sans jamais donner que quelques gouttes de sang. Depuis une année, elles sont beaucoup moins sensibles et moins douloureuses. La malade, pendant les premières années de son mariage, habitait une chambre fort humide , passait régulièrement toutes les soirées dans sa famille, et se retirait chez elle fort loin, presque toujours à pied et par toutes sortes de temps. Vers la quatrième année de son mariage, elle eut un chagrin violent à Ja suite ..duquel elle ressentit des tiraillements douloureux au creux de l'estomac, qui le soir devenaient plus sensibles; et, malgré les moyens employés, ils ont duré dix à douze ans. A la cessation des tiraillements à l'estomac, la malade éprouva de légers vertiges qui la faisaient chanceler chaque fois qu'elle penchait la tête un peu en arrière. Elle éprouvait aussi alors dans les jambes une grande faiblesse, qui subsiste encore quoiqu'à un moindre degré;.
La malade ayant voulu , il y a neuf ans , faire disparaître quelques taches de rousseur qu'elle avait au visage, se servit d'une eau qui les diminua; mais elles furent remplacées par des écailles farineuses : celles-ci furent bientôt suivies d'une croûte à l'intérieur du nez qui résista près d'un an, et céda enfin à des fumigations d'eau chaude à laquelle son chirurgien joignit par la suite de
l'extrait <l«' saturne el une pommade dont on ignore la composition. La gale du nez i<»nil);i et n'a plus reparu.
Depuis deux ans, il survient à la malade dans le printemps une toux d'abord sèche, qui est Buivie d'une abondante expectoration. Cette indisposition, <jui a duré trois mois, disparut en faisant usage des remèdes béchiques adoucissants. ( tu n'aperçut dans tout ce temps qu'une légère altération et un peu de fréquence dans le pouls, mais un grand dégoût et beaucoup de maigreur. La poitrine est restée saine.
Jusqu'en juin 1778, aux vertiges près, la ma- Lade se portait à merveille; alors elle éprouva, à l'oeil droit, et à la joue du même coté, des contractions assez fortes pour lui clorrc les paupières, et lui rendre la bouche de travers et tournée de ce même côté droit. Ce symptôme n'a occupé que deux fois les muscles de la joue à ce degré de violence, mais il s'est fait sentir plus long-temps sur les yeux , au point de la priver de la vue six à sept fois par jour pendant quelques minutes. De légères frictions avec les doigts dissipaient promptement cette cécité momentanée. Au mois de septembre suivant, à l'issue de ses règles, la malade aperçut de l'œil gauche un brouillard qui L'empêchait de distinguer les objets; elle consulta un oculiste, qui ne lui a rien vu d'altéré à l'extérieur des yeux, et a conseillé un vésicatoire à la nuque. Le brouillard, qui s'est étendu
aux deux yeux, a considérablement augmenté, et se soutient sans variations, sur-tout depuis près d'un mois. La malade a peine maintenant à reconnaître les personnes, et même à distinguer ses traits dans une glace; mais elle discerne plus sûrement les différentes couleurs, et ne se trompe presque pas sur ce point ; elle voit même les objets beaucoup plus distinctement lorsque les rayons de lumière sont modifiés convenablement à sa vue, par exemple, dans son lit, les rideaux fermés.
On observe seulement une dilatation assez considérable des deux prunelles; mais on ne saurait assurer si c'est une altération pathologique ou un état naturel.
Dès le mois de juin , la malade avait pris des bains domestiques ; on avait appliqué des sangsues à la marge de l'anus , et de son plein gré la malade excita une évacuation très-abondante : elle avait été soumise à un régime humectant. Depuis huit à dix jours , on l'a remise à l'usage des demi-bains et d'une infusion d'eufraise.
L'affection des yeux augmente toujours vers la fin des règles; les anciens tiraillements de l'estomac se font sentir et reviennent par intervalles à la tête , où ils occasionnent de violentes douleurs au front et aux tempes. La malade est sujette à rendre des vers.
•'• BBCTIOV VII, CHâPITBI I,
Ripon
En nllriliiss.ini sur les di\eis el.ils p.ir lesquels la malade a passé relativement .1 sa santé depuis l'époque de son mariage, on voil que ces nombreux accidents dépendent les mis d'un lovain dartreux, les autres de la présence de vers dans les premièi es \ <>i< 1
Un plus ample détail serait superflu dans un cas qui ne Lusse point d'équivoque sur la cause des vertiges, des contractions spasmodiques des muscles de la face, el <lu brouillard qui offusque la vue. ('.es accidents, qui sont tous analogues, dépendent incontestablement de ces deux caui qui ont agi sur le cerveau, tant immédiatement que sympathiquement , et qui , en menaçant la malade de paralysie, tiennent les deux rétines dans un état de spasme. Ces membranes sont affectées d'une paralysie pat excès de sensibilité : e'est l.i raison pour laquelle la malade voit mieux dans un lieu sombre qu'au grand jour.
Pour x remédier, le conseil soussigné est d'avis que Madame soit saignée du pied, que vingtquatre heures après, on lui applique cinq ou six sangsues à la marge de l'anus, qu'elle prenne tous les matins une pinte de petit -lait, et des bains domestiques, dont elle a déjà fait usage, mais qui n'ont pas été continués assez long-temps; qu'on lui applique un vèsicatoire derrière chaque oreille; quelle prenne deux fois par jour, savoir.
le matin , une ou deux heures avant le dîner, et le soir, cinq ou six heures après, un bol fait avec un scrupule de semen contra, autant de coralline , et douze grains d'éthiops minéral , et qu'elle soit purgée tous les huitièmes ou neuvièmes jours.
BOUVART, DeMODRS.
Observation 3 1 5.
Mémoire, 6 décembre 1778. — La malade pour laquelle on consulte est âgée de soixante ans; son tempérament est- vif et d'une sensibilité extraordinaire. Elle eut, dans le mois de mai de l'année 1776, un ictère considérable, qui eut pour cause une affection de l'ame très-vive. Toutes les parties du corps étaient d'un jaune tirant sur le vert. Son médecin la traita avec succès.
Au moment où la peau reprenait sa couleur naturelle, la malade se plaignit d'avoir la vue trouble : un nuage épais , disait-elle', environnait tous les objets sur lesquels elle portait les yeux ; elle croyait avoir une mouche sur ces organes : on la voyait même y porter la main , comme si elle eût voulu saisir l'insecte incommode. On continua l'usage des apéritifs et des délayants , et la jaunisse disparut après deux mois de traitement; mais l'incommodité des yeux subsista, et se faisait beaucoup plus sentir quand la personne était au grand jour, ou qu'elle fixait ses yeux sur
une bougie allumée. Les globes étaienl dans l'étal naturel, mais la malade sentail le droit beaucoup plus affecté que le gauche; les paupières inférieures étaienl tantôt plus, tantôt moins tuméfiées . mais l'étaient t<»u|< tui s>.
lu juillet de l'année suivante, la malade se plaignait d'une douleur assez vive à l'hypochondre droit; la fièvre survint, et la jaunisse reparut le second jour. La couleur de la peau fut beaucoup moins foncée qu'elle ne l'avait été l'année précédente, et la maladie disparut plus promptement, mais les yeui lurent alors plus incommodés. Le médecin continua l'usage des eaui de Wals, qui passèrent fort bien, et à l'effet desquelles la malade dut plus de vigueur cl de gaîté. Les apéritifs majeurs n'ont pas produit ^m bon effet
Il \ a environ sii mois, la malade sortit un jour que le vent du nord-ouest soufflait très-fort. Elle seul il sa tête serrée comme par des bandes, et, dès ce moment, elle s'aperçut qu'elle voyait les objets bien moins distinctement. Depuis deux mois, des abattements considérables, l'obscurcissement de la vue, des douleurs constantes à la partie postérieure de la tête, une sensation tantôt de troid, tantôt de chaleur, à cette même partie, retiennent la malade dans son appartement et lui font craindre des accidents fâcheux. Cet état augmente <>u diminue selon que son ame est affectée plus ou moins agréablement; l'appétit se
A M ATI ROSE. 29
soutient , les digestions et toutes les autres fonctions s'opèrent très-bien.
Il est bon de prévenir que, dans sa jeunesse, sa tète transpirait beaucoup habituellement : cette sueur était fétide, et quand elle se supprimait, de violents maux de tête se faisaient sentir, et ne cédaient qu'à un écoulement d'humeur par le nez.
Ses inquiétudes augmentent de jour en jour, et elle a recours aux lumières de M. Demours , dont elle espère les plus grands avantages.
Dans certains jours, la malade tient ses yeux ouverts, se promène dans son appartement, et ne se plaint que d'un léger obscurcissement de la vue. Dans d'autres, les maux de tête, les fourmillements, se font sentir davantage, et elle ne peut tenir ses yeux ouverts sans être très-incommodée par le grand jour. On est alors obligé de fermer les fenêtres et de se taire quand on est près d'elle, car le moindre bruit l'étourdit.
Une humeur acre , qui domine tantôt plus , tantôt moins abondamment dans la masse des liqueurs , qui quelquefois reste assoupie , et quelquefois se réveille et se porte sur différentes parties du corps, paraît ici visiblement la cause des divers accidents auxquels la malade a été sujette dans le cours de sa vie, et notamment de ceux
fa I IV VII, CBAPITBK I,
qu'elle a éprouvés depuis vingt- cinq on trente mois Cette humeur qui . dans la jeunesse de la malade, s'exhalait de la tête par une transpiration aboudante el fétide, causait, quand elle Be supin im.iii , de \ iolents maux <!<• tète , qui ne i saient eux-mêmes que lorsque L'humeur retenue prenait son cours par le nez. I :i même humeur* probablement, a causé les ictères, et dans Le cas ♦ Ion i il s'agit, une petite portion de cette humeur s'est jetée sur la rétine de l'un et de l'autre œil, et tient les filets nerveux de cette membrane dans un étal de spasme qui ne leur permet pas de recevoir librement les impressions des rayons de la lumière. De-là L'espèce de mouche que la ma- Lade aperçoit devant ses veux, el !<• brouillard «{iiî Lui couvre en partie les objets; < î < • - 1 à le disque couleur de feu qu'elle voit sur la flamme d'une bougie; de-là encore la difficulté qu'elle a quelquefois de supporter le grand jour. Si elle souffre aussi du plus petit bruit qui se fait au> tour d'elle, e'esl a raison de la tension extraordinaire, non -seulement des libres nerveuses de l'organe immédiat de la vue, mais encore des nei Es acoustiques.
Les indications qui se présentent naturellement dans ce cas sont : i° de détourner le plutôt possible l'humeur des parties supérieures; i° d'en corriger L'acrimonie.
Pour satisfaire à la première, nous sommes d'avis qu'on applique un vesicatoire à la partie
postérieure de la tête , vers le milieu de l'occipital, où l'on rasera la grandeur d'un écu de six livres. Il faudra entretenir ce vésicatoire pendant très -long -temps. Le même jour, on appliquera vingt-quatre sangsues aux tempes, douze de chaque côté , et quand elles se seront détachées , on étuvera les piqûres avec de l'eau tiède , pour exciter le sang à couler pendant trois ou quatre heures. Dès le soir, la malade étant au lit, on lui donnera les deux bols suivants :
Prenez douze grains de cinabre naturel et autant de musc, faites-en deux bols avec suffisante quantité de sirop de Diacode.
Le lendemain matin , on donnera du petit-lait. Dans le cas où se trouve la malade, il est essentiel'd'éviter tous les irritants et de n'employer que des boissons incapables d'aucune action stimulante sur les solides. Il faut même recourir aux antispasmodiques et aux calmants. C'est dans cette vue que nous avons conseillé les bols cidessus, qu'il faudra répéter pendant sept à huit jours de suite, et auxquels on pourra revenir. Elle fera des fumigations de café avec addition de camphre. En pareil cas , nous nous sommes souvent bien trouvés de donner une demi-once de manne dans le premier verre de petit-lait, et quelques gouttes d'éther sur du sucre.
Cette maladie, au reste, ne nous paraît pas aussi dangereuse que la malade se l'imagine, et nous pensons que ses inquiétudes sont exagérées,
IICTIOR V I I , ( Il \ |> | | |; | | .
Observation 3i6.
I lijnn , le 7 ;im il i 76 ,.
mémoire. — Dans 1 intention <l<- bien observei l'éclipsé da Ier avril, je me suis servi d'une lunette de trois pieds ej demi, et je ne m'aperçus du tort qu'elle m'avait l'ait que quelques moments iprès, que, m'avisant «le fermer l'œil gauche, je ae vis de l'œil droit qu'un grand cercle étincelant. Les jours suivants, le mal ne diminuait pas. Je fis voir mon œil à M. Soin, chirurgien, qui me «lit que je n'avais rien à appréhender de fâcheux, que cet effet se dissiperait, et il lut même surpris que je visse si peu d'un œil qui ne paraît nullement endommagé. Cependant je n'en vois point les rayons directs, mais seulement les obliques et les divergents : je ne puis distinguer une personne, si elle n'est tres-proelie de moi. L'état <!<■ l'œil est tel, que si je ferme l'autre et que je regarde une personne en faee. je vois, à une distance plus grande de mon œil que de l'objet, un cercle boueux dont toutes les parties sont agitées et tournent circulairement. Dans l'obscurité même , il me semble apercevoir encore l'agitation d'une partie du soleil. 11 m'est impossible alors, quelque près que je puisse être dune personne, de la voir à travers ce cercle. Si je regarde le visage de quelqu'un , je ne le vois point, mais je découvre en même temps le reste
du corps; si la personne est placée à huit, pas et que je regarde ses pieds , j'entrevois son visage ; si je regarde ma montre suspendue, je ne la vois pas, mais seulement le cordon; si je ne vois pas le cordon , je vois la montre. En regardant le feu avec l'œil malade, le cercle boueux me paraît bleuâtre , et me fait voir du feu sans en distinguer les parties : ce n'est plus qu'un tout qui se présente à ma vue. Je puis encore dire la messe, quoique avec un peu de peine.
M***, Chanoine.
L'éblouissement est la suite d'une secousse violente ou d'un ébranlement extraordinaire excité dans les filets nerveux de la rétine par l'impression vive d'une grande quantité de rayons de lumière, soit réfléchie, soit directe. Nous conseil-
Ions au malade de se confiner dans les plus épaisses ténèbres pendant l'espace de quinze jours ou trois semaines , de se renfermer dans une chambre obscure où il entre à peine assez de jour pour entrevoir une chaise , et de ne s'éclairer, pour manger, que de la faible lueur d'une lampe munie d'un garde-vue et placée derrière lui.
De plus , nous sommes d'avis qu'il prenne tous les matins une pinte de petit-lait dans lequel on fera bouillir deux gros de gui de chêne; que, dans Faprès-dînée, il boive quelques tasses ///. 3
\ ] s i . i i i. \ \ i i , < il \ i' i i i; i i .
d'infusion de fleurs <!<• tilleul, el qu'il prenne ions les soin en se cou< bant la potion antispas naodique suivante.
Prenez eaux distillées de tilleul el <!<■ caillelait, de chacune deux onces; eau <!<• fleurs d'o range, deux gros; gouttes anodines minérales d'Hoffman., un gros; sirop de Diacode, une demionce.
()n fera de plus un sachet de toile bien élimée, de la grandeur dé L'œil, dans lequel on mettra une cuillerée de la poudre suivante.
Prenez café rôti, deux onces; «'uns, une once; camphre, un gros: pilez le tout ensemble, et laissez au tamis de crin.
Le malade portera nuit et joui ce sachet sur
Pœil droit pendant dix jours de suite, observant de le renouveler tous les deux jours; et il ne le mettra que pendant la nuit durant à-peu-pres le même espace de temps. Au bout de la quinzaine, il augmentera de jour en jour la clarté de sa chambre de façon à ne passer que par degr< insensible des ténèbres à la lumière et d'un joui médiocre à un plus grand. Il ne doit point, de deux ou trois mois, essayer de lire ou décrire de l'œil gauche, même en fermant le droit, moins encore du droit tout seul.
Le régime se réduit à la privation des ragoûts, des viandes salées, du café, et des liqueurs spirituel.ses , même du vin.
V !>. Tn>is mois après, une lettre du malade
fit connaître qu'il avait d'abord scrupuleusement observé ce qui lui avait été prescrit, mais qu'il avait été obligé d'interrompre sa réclusion au bout d'un mois. Il était mieux, mais n'était point encore rétabli.
Observation 817.
Vitry-le -Français , le 22 juin 1784.
Mémoire. — Monsieur, en 1782, à la suite d'une fièvre de quinze jours, mes yeux furent tellement affectés par l'effet du mal de tête, qu'à ma première sortie tout me paraissait plus clair qu'avant ma maladie : les objets les plus éloignés semblaient se rapprocher de moi. L'ouie et la mémoire se sont ressenties de cette affection ; mes yeux, de gris qu'ils étaient, sont devenus et restés bleus jusqu'à-présent.
Le 10 février dernier, à trois heures après midi, m'amusant à faire un petit chemin dans mon jardin, par la neige et un grand soleil , je fus attaqué d'un mal de tête considérable, qui m'obligea de rentrer chez -moi. Quelques moments après, je n'ai plus vu que neige : il s'en est suivi à l'instant perte de la vue entière , jusqu'au point de ne pas voir une chandelle présentée à mes yeux. Dans la crainte d'une paralysie, on m'appliqua dans le moment les vésicatoires. Le lendemain matin, on m'a fait prendre l'émétique, et, en différents jours, plusieurs médecines. Deux-* jours
16 SECTION Tfl, CH A PITBJ I ,
après ocl accident, j'ai commence à voir, mais imparfaitement, ilors on i ju^<: qu'il n'y avait point de paralysie. Pins «l<- quinte jours se sont passés sans que je risse davantage. Environ un mois après, j'ai commencé a connaître !<• nombre des objets, et, le mois suivant, j'ai distingué les hommes d'avec Les femmes. le découj re à-présent, par intervalles, quelques traits des personnes que j';ii déjà vues. Lors de la renaissance de ma vue, tout ce que je voyais à La lu mien- était environné de feu, ce qui m'a fait quitter L'eau-de-vie avec le camphre dont je me frottais le frout et les tempes.
Cette apparence de feu s'étanl dissipée quelque temps après, a été suivie d'une sensation semblable à celle qui serait excitée par La présence de la neige.
Le soleil, que j'ai trouvé assez salutaire à ma vue, est actuellement son plus grand ennemi, sur-tout celui du levant et du couchant. Mes yeux sont si sensibles à l'impression de sa réverbération , qu'elle se répète pendant plus de deux heures après qu'ils ont cessé d'y être exposés. 11 en est de même pour la lumière d'une bougie, dont la sensation dure également pendant une demi-heure au moins. Momentanément, j'éprouve du sombre, des brouillards, et encore plus de ( es malheureuses neiges qui me tiennent plus souvent qu'autre chose. Si je fixe une couleur, n'importe laquelle, elle est aussi répétée a ma
vue, et je vois quelquefois toutes sortes de couleurs en même temps. Cependant, à travers tous ces accidents, je vois souvent les choses assez naturelles, je puis même dire que l'état de ma vue s'améliore un peu.
Toute ma vie j'ai ressenti des douleurs aux pieds, et sur-tout au gauche, qui ont été suivies de l'apparition d'une exudation dartreuse dans les doigts du pied. Pendant tout l'été de 1782, ces parties ont beaucoup suppuré, et l'hiver suivant l'humeur a tout-à-fait disparu. Mon mal de tête a presque toujours continue , à un degré supportable , et de grands embarras dans la tête se font sentir au moment où il me quitte.
Depuis ma dernière attaque, j'ai quitté le tabac sans que cela m'ait incommodé. Mes yeux paraissent sains et sans tache , quoiqu'ils soient toujours froids. Je jouis de la meilleure santé. Depuis deux jours, la sensation semblable à telle qui serait excitée par la présence de la neige ne discontinue presque pas dans le jour, ce qui affaiblit extrêmement ma vue, et est occasionné par l'impression de la lumière du soleil. Dr***.
Réponse.
La maladie de M. Dr*** est une des plus singulières et des plus rares qu'il soit possible de ren contrer. Les accidents dont elle est accompagnée sont aussi bizarres qu'inquiétants. En résumant néanmoins ce qui a précédé cette singulière ma-
s i i i l <> \ \ I I , ( Il \ p l l l: I I ,
ladie, en réfléchissant sui la cause qui j h donné lien , nous croyons pouToii la caractériser de pa-
/.il\ mi p.!! mi itation d<- la rétine.
La cause éloigné est I humeur dartreuse et un peu goutteuse qui toute la vie a aff< cté les pieds • In malade.
Quanl à la cause prochaine, elle dépend incontestablement trime transpiration répercutée, lorsque, par un temps froid, I<- malade s'est exercé dans un jardin couvert de neige. C'est l'é poque ou ions ces accidents se sont manifestés.
L'indication qui se présente la j n < n i m r < • est de rappeler sur les ] ieds l'humeur qui les ;. abandonnés , pour jM>rior sou action sur la rétine <!:• l'un <■! de l'autre œil , dont elle crispe les filets iirr <m\ , 1 1; les mettant liois d'état d'être ébranlés par Les rayons <!<• la lumière d'une manière naturelle.
Le malade mettra les pieds dans l'eau avec de la moutarde, et évitera I impression de la lumière la plus faible, se tiendra les yeus absolument couverts, et dans un appartement ou il n'entrera aucun jour, jusqu'à ce qui- l'humeur se soit portée sur les pieds et que les anciennes douleurs se soient renouvelées.
Il ne doit mettre à ses yeux aucune eau spiril ueuse ni astringente; il les étuvera simplement du ou douze fois par jour avec de Jean tiède. Le soir en se couehant, il y mettra un saehel de mousseline contenant une cuillerée de café brûle et moulu.
AMAUEOSE. 3f)
Si après l'usage de quelques bains de pieds la vue n'était pas rétablie, il faudrait que le malade se fît appliquer un large vésicatoire à chaque jambe, et qu'il prît une pinte de petit-lait tous les matins.
Observation 3i8. Extrait du Journal de mon Père, du icr mars 1770.
Avis pour un homme de cinquante ans qui^ en s'éveillant le matin, il y a environ six semaines, vit sa chambre comme en feu, ensuite tous les objets jaunes, et perdit la vue d'un oeil.
La maladie est une amaurose vraie et incurable. Je conseille au malade de se faire ouvrir un cautère au bras gauche pour garantir l'autre œil du même malheur.
Observation 3 19.
Amaurose complète presque guérie. Rechute. Je n'ai pas connu le résultat.
Extrait dune Lettre de M. Lorry à mon Père.
Monsieur, permettez-moi de vous prier de vou loir bien suivre de près madame de L***. Je fus appelé auprès d'elle , il y a environ six semaines. Elle était attaquée de vomissements continuels avec un mal de tête très- violent, et n'y voyait absolument pas; elle vomissait une prodïgieuse
'((> SBCTIOlT VII, CHAP] r it | i ,
quantité de glaires; en un mot, elle avait une affection pituiteuse, qui disparut très-promptemeut, à L*ezception «lu mal d'yeux. Je ne jugeai ]».is à*propos «le* la foire saigner, parce que les douleurs avaient disparu aisément, et qu'il Lui était même revenu beaucoup de vue après un léger calmant : ce qui fi t que je m'imaginai que ce n'était qu'un épaississemenl de l\ mphe qui s était jeté sur les nerfs optiques, et qui les avait un peu irrités, et que, dans le fond du mal, il y avait plus de relâchement que d'autre chose. Je l'ai purgée en conséquence deux ou trois fois, et toujours avec quelque succès pour sa vue. J'avais, dans ce temps-là, insisté pour qu'on vous envoyât chercher; niais elle s'imagina que sa vue s'améliorerait, et je le pensais aussi. L'obscun issement diminuait sensiblement dans un œil, l'autre était plus affecté. La mal a repris avec la même violence. La malade a été saignée une fois du bras et une du pied, sans aucun succès. Si c'est votre avis, nous la purgerons après demain, et nous lui donnerons des bouillons de veau avec des plantes nitreuses, le suc dépuré de cerfeuil, et les cloportes, pour passer après aux fondants purgatifs plus a j timés. Voilà mon avis, que je soumets entièrement et de tout mon cœur au vôtre.
Lorry, M. P.
Observation 320.
16 juin 1775.
Consultation pour madame M*** , d'Orléans, âgée d'environ trente -deux ans , qui a été empoisonnée par une poudre purgative mal. préparée , après l'usage de laquelle elle ressentit tous les effets des poisons corrosifs , comme vomissements , pertes de sang par les selles et par les voies naturelles ; perte entière de connaissance pendant deux heures. On remédia à ces accidents par deux saignées, par des potions calmantes, les bains", et le lait d'ânesse. Depuis cette époque , il lui est resté des agacements convulsifs dans toutes les parties du corps , au point que quelquefois les mains et les pieds se tordent , et les doigts se contractent jusqu'à résister à tous les efforts qu'on fait pour les étendre. Il y a un an environ que ces agacements se sont portés aux yeux, et qu'ils lui ont causé des éclipses de vue qui durent quelquefois une ou deux heures : elles ne sont pas subites , mais elles arrivent en trois ou quatre secondes , en commençant par une obscurité peu marquée qui augmente et devient enfin totale. Ces éclipses n'ont pas été jusqu'ici accompagnées de mouvements convulsifs dans d'autres parties. Pendant leur durée, elle aperçoit un corps tantôt noir, tantôt blanc, qui tourne sans cesse rapidement devant elle , et elles sont précédées d'une tristesse qu'elle ne saurait vaincre,
| | S i r | II) N V I I , < Il \ I' I I I. I I ,
ei < 1 1 > j <si fort éloignée <!»• son caractère. Il n i prèa d'un an qu'elle aperçoit «les fantômes qui voltigent devant elle; elle croit, quelquefois, voir des araignées couru sur un mur. Depuis Le mois de septembre dernier, elle a eu quatre de ces at« laques, notamment une avant-hier, ■ \ «lu courant , pendant laquelle les yeux sont restés ouverts, et une hier, pendant laquelle les paupières sont restées fermées, sans qu'il lui Bût possible de les ouvrir. Ces accidents sont plus ordinaires aux approches des règles, qui n'ont jamais été dérangées, mais qui sont suiviesde Queurs blanches, el le moindre chagrin les renouvelle, ainsi que tout ce qui remue \ ivemenl L'ame.
Les accidents que la malade éprouve depuis quatre ;ms ue sont qu'une suite de ceux que lui causa La poudre purgative qu'elle prit alors. Cette poudre fil L'effet d'un poison corrosif. Les saignées auxquelles <>n <mi t subitement recours, les potions calmantes . Les bains et le lait d'ânesse qu'on administra tout de suite, ont bien calmé les symptômes effrayants qui se manifestèrent d'abord ; mais n'ont pu garantir entièrement les nerfs de l'action du poison : ils en sont restés agacés au point que, depuis cette époque , la malade est sujette encore de temps à autre, et dans toutes les occasions <>u l'ame est vivement affectée, tantôt à des convulsions ou des rétractions dans les membres, tantôt à des éclipsés de vue fort longues, pendant lesquelles les \eux restent quelquefois
ouverts , et d'autres fois fermés , sans qu'il lui soit possible de les ouvrir.
Comme ces derniers accidents sont ceux pour lesquels cette dame nous fait l'honneur de nous consulter, et dont elle paraît craindre principalement les suites, à cause du pronostic effrayant qu'en ont porté quelques hommes de l'art , c'est à ceux-là principalement que nous nous arrêterons ; ils nous paraissent dépendre de l'agacement général du genre nerveux. Il n'y a qu'une pareille cause qui puisse produire des éclipses totales de vue, qui cessent tout-à-coup, et qui sont quelquefois accompagnées d'une contraction convulsive des muscles orbiculaires des paupières. Ce n'est qu'à un violent spasme, à un agacement de tous les filets de la rétine, qu'on peut attribuer aussi ces corps noirs ou blancs qu'elle voit tourner rapidement devant elle durant ces éclipses ; et les fantômes , qu'elle aperçoit habituellement voltiger devant ses yeux, dépendent d'un agacement particulier de quelques-uns de ces filets.
Les accidents qui dépendent de cette cause conduisent rarement à la perte de la vue, et nous ne saurions adopter l'idée de paralysie de l'organe immédiat dont on a prétendu qu'elle était menacée. Nous croyons même que ceux que la malade éprouve, depuis environ un an , s'affaibliront avec le temps, d'abord par les seuls efforts de la nature; ensuite par l'action des moyens propres à remédier à la cause qui les produit, et laper-
Il s I ( I li) \ V I I , ( Il \ P I I I: I I ,
sévérance de Madame dans la continuation d'un régime convenable. Nous serions d'avis que Madame fit usage du lait, et dous conseillerions celui d'ânesse au printemps et < l'automne, pendant un mois de chacune de ces saisons. Dans d'autres temps, elle pourrait prendre celui de vache, el puisqu'il se «aille dans son estomac, Huns Im conseillons «le le couper, tantôt avec les eaui de Seltz, tantôt avec celles de Pivert, et quelquefois même avec l'eau seconde de chaux. Elle mettra environ un tiers des deux premières, et quelques euillerées seulement de la dernière, et s'en tiendra à celle qui lui réussira le mieux; par ce moyen elle pourra continuer long-temps l'usage du lait, ou du moins j revenir souvent.
Les bains conviennent aussi pour calmer les spasmes du genre nerveux; et la malade ne saurait abuser de ce remède. Il faut aussi qu'elle ait recours aux délayants, tels que l'eau de veau ou de poulet , OU le petit-lait , en proportionnant la dose de l'une ou l'autre de ces boissons à l'état de son estomac, lorsqu'elle ne prendra pas de lait
Dans le cas de convulsions , ou dans ceux d'une éclipse totale de vue, on lui donnera surle-< lianij) quarante gouttes anodines minérales dlloiïinan , dans une cuillerée d'eau de fleurs d'orange; et pendant qu'on préparera cette mixture, on lui tiendra sous le nez un flacon de sel de vinaigre , et nous lui conseillons d'avoir tou-
jours sur elle trois flacons contenant ces remèdes ; elle y aura recours pour prévenir l'une ou l'autre de ces attaques , lorsqu'elle sentira cette mélancolie, cet état de langueur ou d'anéantissement, qui en sont toujours les signes avant -coureurs.
Du reste elle évitera tout ce qui peut contribuer à exciter la sensibilité du genre nerveux , les sollicitudes de l'esprit, les vives passions de ,1'ame, les aliments de haut-goût , pâtisseries , viandes noires, salées et enfumées, champignons, moutarde , café , liqueurs spiritueuses , vin pur , etc. : une année ou deux de lait pour toute nourriture serait vraisemblablement le meilleur régime qu'elle pût choisir , et il y a tout lieu de croire que si elle pouvait le soutenir sans interruption , tous ses accidents se calmeraient peu -à-peu , et enfin se dissiperaient totalement, parce qu'elle est née avec une bonne constitution.
N.B. Vingt ans après, et il y en a actuellement autant, madame M*** vint à Paris me consulter pour des accidents assez légers , et me dit qu'elle attribuait sa guérison à l'observation exacte du régime que mon père lui avait prescrit.
Observation 32 1.
6 mai 1778.
Consultation. Madame B*** , de Tours , âgée de quarante-sept ans, replette, myope, à l'œil gauche couvert d'un léger brouillard qui lui ternit
|(i SECTION \ i i | < il I l' i i I'. i i ,
oui les objets qu'elle \<>ii el répand au •devant mu- espèce de fumée blanchâtre. Depuis un an, époque <l<- la maladie, iH»1 aperçoit, au-dessus de la lumière, uo nuage semblable et très-sensible. Cel œil était le meilleur, !<• seul même (luiii elle se servît, à L'aide d'un verre concave. L'œil droit, donl elle n'avait jamais tiré aucun service, esi aujourd'hui celui qui lui serl l<- | >l us , quoique cependant «-IN- ne puisse ai lire, ai travailler, ni descendre .seule un escalier, qu'elle peut monter néanmoins lorsqu il est bien éclairé; • ■Ile ;i une humeur dans le sang qui se porte
quelquefois a l;i ^orge, quelquefois aux jambes,
ou cette humeur a causé «les affections inflammatoires. C'est à elle qu'on doit attribuer le nuage qui lui obscurcit la vue et qui dépend d'un commencement «le paralysie <!<• la rétine. Elle
est attaquée d'une hernie ombilicale, «.-t a <;té empoisonnée par «lu verk-de-gris, qui lui a laissé une crispation dans le conduit de L'œsophage, d'où résulte, de temps en temps, un étranglement
de l'orifice supérieur «le L'estomac et des tiraillements dans toute l'étendue du conduit alimentaire, qu'elle suppose dans la situation des parois d'une bourse fermée ; état qu'elle ne fait cesser qu'en buvant du bouillon tres-gras, ou de L'huile.
L'espèce «le brouillard que Madame aperçoit de l'œil gauche et qui lui couvre les objets d'une vapeur blanchâtre, dépend d'un commencement
de paralysie des filets nerveux de la rétine, qui est causée par l'humeur dominante dont une portion s'est portée sur cet oeil qui est menacé d'une cécité totale.
Cette maladie est d'autant plus grave, qu'elle s'est manifestée, il y a déjà treize mois et plus, et le pronostic ne pourrait en être que trèsfâcheux , si on la négligeait. 11 n'y a donc plus de temps à perdre , et nous conseillons à Madame de commencer , le plus tôt qu'il lui sera possible , les remèdes suivants :
Nous regardons comme un très-grand inconvénient de ne pouvoir lui donner lémétique , si essentiel dans le traitement des paralysies; mais le malheur qu'elle a eu d être empoisonnée par du vert-de-gris, et dont il lui reste encore un froncement dans tout le conduit alimentaire, et un étranglement dans l'orifice supérieur de l'estomac , qui se renouvelle à la moindre occasion propre à agacer ces parties, s'oppose absolument à l'emploi de ce remède. La guérison cependant n'en deviendra que plus difficile et plus douteuse.
On commencera par purger avec deux pintes d'eau de Balaruc aiguisées d'un paquet de sel de Seignette; et le soir, deux heures après un bouillon qui tiendra lieu de souper, madame prendra la potion suivante, en se mettant au lit:
Prenez trois onces d'eau de chardon béni; dissolvez-y vingt grains de sel volatil de vipère; ajoutez deux gros d'eau de canelle, autant d'eau-
|S SECTION VII, CHAPITR] I ,
d< i-fieurs-d'oi ange , cl sii gros de sirop d'oeillets Le lendemain on appliquera un petil vésicaloue .1 l.i partie postérieure «!«• la tête, qu'on entretiendra avec soin pendant sis mois <»u un an, en l<- pansanl soir el matin avec la pommade mh\ ante :
Prenez «1<nx onces d'onguent populeum; mêlez* \ exactement un demi-gros <1<- cantharides en poudre fine.
Qu'on ne soit pas Burpris si, malgré le cautèn que depuis peu on a si prudemment ouvrit au bi as , et «jue nous conseillons à Madame de porter Le reste de ses jouis, nous prescrivons de plus un vésicatoire, même un peu actif. Ce dernier ;i sur le cautère l'avantage d'introduire dans le sang
une portion du sel volatil des e.nil li.n ides , tirspropre a atténuer l'humeur qui obstrue les filets nerveux de la rétine; ce que ne saurait faire le séton ou le cautère, dont l'effet se borne à détourner celle qui se porte sur la partie affectée. Nous conseillons donc à Madame de porter le vésicatoire jusqu'à parfaite guérison , qui I est possible d'obtenir, tant par le secours de ce double moyen, que par l'emploi des suivants.
Le troisième jour , Madame sera purgée de nouveau avec les eaux de Balaruc, dont le médecin ordinaire réglera la dose sur la manière d'agir des deux premières pintes ; mais il faut les aiguiser avec une once ou une demi-once de sel de Seignette, parce que Madame étant aussi
replette qu'elle l'est, ayant le ventre gros, on doit insister sur les purgations.
Ce jour-là, elle reprendra le soir la même potion volatile que la première fois. Le lendemain et les jours suivants, pendant trois semaines consécutives , Madame prendra tous les matins une pinte d'eau de Balaruc sans sel, et tous les soirs la potion ci-dessus.
Observation 822.
Mémoire, Ier mars 1760. — La demoiselle qui fait l'objet du Mémoire à consulter est âgée d'environ trente-deux ans; elle est d'un tempérament sanguin sans être extrêmement pléthorique. Réglée dès l'âge de treize ans, elle Fa toujours été assez régulièrement , mais en petite quantité. Avant de l'être, elle a eu des maux de tête assez violents; mais il y a environ six à sept ans qu'ils le deviennent encore plus : on fit à la malade plusieurs saignées du bras, qui ne parurent pas diminuer les douleurs ; elles augmentèrent peu après , s'étendirent aux sourcils , aux paupières et au fond de l'orbite , et Mademoiselle s'aperçut que sa vue s'affaiblissait tous les jours de plus en plus. Elle n'y fit rien , continua même de travailler, broder, lire avec application, jusqu'à ce que les douleurs devinssent extrêmement aiguës et inquiétantes. Il y a deux ans et demi, on ordonna des saignées^du
ni. 4
><> tf&ÇTION VI J , CH APITRI i ,
')'(ls»rt^hIM( "' ides bouillons apéritifs dans lesquel entraienl frurraise et les cloportea : dea pui ti'.ns. il< s bains domestiques, dea eaux minérales i .. h ui li iss.i n t <s , l'application des résicatoires, et * - 1 ■ fi ii an - .mille, qui fui retire au boul d un an. La malade a, depuis, senti du soulagement quant ;m\ maui «le tête, mais nullement quanl à la \uc- La prunelle se «Iil;»t*» el se resserre -i I ordinaire l'œil gauche est plus affecté que !«■ « li < > 1 1 , el l'a toujours été. L'affaiblissement < 1 * - la vue est aujourd'hui au point que la malade ne peut distinguer une personne qui est dans le même appartement qu'elle; i<»m ce qu'elle voit est comme a ir.i\ ers un brouillard , et, pour peu qu'elle <i\<sa vu»-, elle la sent fatiguée, et une douleur w lait sentir jusqu'au fond de l'œil ci à la bauteui des sourcils. Aux approches et pendant la durée de ses règles, sa vue est plus brouillée; les règles cessant, la douleur des yeux augmente. Les saignées, au rapport de la malade, ne soulagent point L'affection «le ses feux. J.<,s> remèdes dont elle se trouve Le mieux, sont les purgalions, les eaux minérales, l'exercice, la récréation. Elle a observé que le vin pur et les liqueurs augmentent le trouble de sa vue.
Réponse.
Les violents maux de tête auxquels la malade
a été sujette depuis sa plus tendre jeunesse sont
ndemment la cause de la faiblesse excessive de
AMAUROSE. 5l
ses yeux : c'est l'effet ordinaire des douleurs- de tête opiniâtres, de celles sur-tout qui se font sentir sur les sourcils et dans le fond des orbites, d'influer sur la vue et de causer divers accidents plus ou moins fâcheux, souvent même des cataractes et des gouttes sereines imparfaites; mais quelle est la cause de ces violents maux de tête? c'est sur quoi l'auteur du Mémoire ne s'explique point. Il y a quelque apparence que la modicité des règles y entre pour quelque chose, ainsi qu'un peu d'agacement des nerfs, l'un et l'autre causés par des embarras dans les premières voies. C'est ce que l'on peut conclure des observations que la malade a faites elle-même sur l'effet des remèdes qu'on lui a administrés , et , en suivant ces indications, il paraît qu'il faut commencer par nettoyer les voies de la digestion , insister ensuite sur les délayants entremêlés de purgatifs, et fortifier en même temps les yeux. '
Pour satisfaire à la première indication , après s'être préparée pendant deux ou trois jours par un ample usage de tisane , par quelques lavements , et un peu de régime , la malade prendra la boisson suivante, en six verres, d'heure en heure.
Prenez quatre grains de tartre émétique et deux gros de sel végétal ; faites-les dissoudre dans une pinte d'eau commune. La malade boira, entre chaque verre, un gobelet de bouillon léger et sans sel. Si elle a commencé à sept heures du matin,
s i i riOIl VII, ( Il \ I- i i i: i i ,
elle prendra le dernier v< rre i midi, un bouillou ordinaire i une heure, et dinera sobrement vers l.-s nuis beures; elle ne prendra qu'un potage le Boir, et, deux beurea après, trente grains de thériaque, la | >l us vieille qu'on pourra trouver. Le lendemain, elle se mettra ;i l'usage du petitlail clariBé, ;t la dose d'une chopine ions Les matins, et, tous les sons en se mettant a table, elle prendra buil des pilules suivantes:
R. Mass. pilnl. une (juil)iis, pilnlar. anrearam, et pûnlar. Ruffi, sa terni onciam; extract hellebori nigri,et colocyntid.
.1.1 (h. i. limas très; in l.tr. Vitriol», semi-unciam; spirit. vitriol., •cmpulum iiiiiiui ; misce et cnm oleo fœnicol. t. massa.
On divisera cette masse en petites pilules d'un grain.
La malade observera l'effel de ces pilules, dont elle augmentera ou diminuera la dose selon leur manière d'agir; elle les suspendra même de temps en temps pendant un ou deux jours, pour ne pas s'y accoutumer ; si elles ne tenaient pas le ventre assez libre à la dose de huit grains, elle en prendra dix ou douze, sur-tout aux approches des règles quelle tachera d'exciter en* core, en mettant pendant deux ou trois jours , avant leur apparition, les pieds dans l'eau.
TV. 11. \\wjX ans après, mon père reçut le Mémoire suivant :
Vire, le 29 avril 1780.
Monsieur, il y a à-peu-près vingt ans que VOUS
fûtes consulté pour une demoiselle âgée alors de trente-deux ans , d'un tempérament médiocrement sanguin , d'une assez bonne constitution , mais qui, dès sa plus tendre jeunesse, a été sujette à de violents maux de tête qui ont été suivis d'un grand affaiblissement de la vue avec douleurs au fond de l'œil , qui s'étendaient jusques sur les paupières et les sourcils.
Cette demoiselle a été réglée à l'âge ordinaire; ses règles ont coulé assez régulièrement , sans avoir été abondantes ; elles ont cessé naturellement il y a environ deux ans. Depuis ce temps, sa vue a encore beaucoup diminué; elle ressent aussi les mêmes douleurs dans le fond de l'orbite et sur les sinus sourcilliers ; mais , de plus , elle croit voir comme un petit cercle ou rond voltiger devant ses yeux, et, sur- tout devant le droit, qui était jusqu'alors bien moins faible que le gauche. La faiblesse des yeux est aujourd'hui si grande, que cette demoiselle a beaucoup de peine à se conduire et à distinguer les objets les plus voisins d'elle et les plus visibles.
Voici, Monsieur, les remarques que j'ai faites en examinant attentivement les yeux de la malade :
i° Les humeurs conservent leur transparence, et, par-là, il est évident que rien n'indique la formation de cataractes.
2° La pupille conserve son mouvement, se resserre au grand jour, et ne reste dilatée* que
lobsrnntf IV-b je «*d«$ <pAI n> * si h resâchessent dans le nerf optique, pm qu alors b papille JuKiuuirt inuuobiïe
Os érax pcants etabl». je crois. Monsieur. <jor le aval ne pmmknt que de ta trop £rande de b rétine, et que cette sensibilité «Tune pbkçose habituelle de laquelle se rassemble les rayons
Cette irp^i"» se trouve confirmée par r»m-
trop vive et souvent douloureuse que b
ussiere £ait sur les jeux de b malade,
ce qm a'arrrterait certainement pas si le nerf
et b rétine eUc-mcmr étaient ou para*
de îele.
b malade a été
avec peine dans ces partie
y produire me légère phloguse
11 Je crois quelle vient de r* de b consûnsnoi ^,-1, — ■>■>■■ bible des fibres de b car b Insaïere t fin iut me impicsiann trop T-ve les arrate: s* de b consûntion vicieuse du
sang qui s e, les fronce , et en augmente
la sensibilité.
TèHa pont, Monsieur, les idées que j"ai cm devoir Tons soumettre. H me parait encore nécessaire d'ajouter que Mademoiselle jouit d'une assez bonne santé , que les maux de tête sont moins Tiolents , que les digestions se font passablement bien : le sommeil est bon , les fonces sont naturelles. Mademoiselle, toujours un peu resserrée, s'est assez bien trouvée des petites punies que vous lui avez prescrites; elles lui tenaient le .tre libre.
Mademoiselle doit joindre à ce Mémoîic la consultation que vous lui avez envoyée , afin de vous : irrer au Mémoire a consulter, qui vous fut adressé alors , au cas que vous laviez eonser~
LlMlIGïZT.
Supplément au Mémoire de M. Lemaignen.
La demoiselle dont il s'agit, s'étant fait relire le Mémoire en l'absence de M. Lemaignen , a cru devoir faire ajouter, par une autre main , les observations suivantes :
: Sa vue avait toujcir? été bonne jusqu'à . ge de vingt-cinq ans; m i f Tint malheureusement trop appliquée aux ouvrages, à la lecture, et même au travail de l'esprit , elle ne doute pas que cette application indiscrète n'ait beaucoup contribué à son mal.
SBCTIOa \ i i , I m \ i" i i I i i .
( c lui .1 l'époque du grand biver de '77''. qu'elle sentit les premières atteintes de I indisposition actuelle de son oeil droit. Elle étail au« près de son feu. Il lui sembla voir comme un fil voltiger devant cet œil; le lendemain, c'était àpeu-près comme une gaze à fleurs; depuis ce temps, il \ a toujours* une espèce de nuage 00 brouillard. Le grand jour, le feu, et l'application, lui sont contraires: c'est alors qu'elle senl des douleurs, telles qu'une vue forcée et fatiguée les fait éprouver; et qu'elle croit voir encore les cercles ou ronds dont il est mention dans le Mémoire.
3° Elle a fait exactement, pendant deux ans, les remèdes que M. Uemours lui avait ordonnes en 1760, el s'en <;t;iit bien tromée. Sa vue,
quoique toujours un peu faible, s'était maintenue passablement jusqu'aux grands froids de 1776. Elle croit devoir aussi faire observer qu'avant cette époque elle n'avait pas laissé de faire encore quelques excès de travail et d'application.
Réponse.
Deuxième Consultation pour Mademoiselle*** .
17 mai 1780.
Nous avons relu avec attention, i° un Mémoire qui nous fut adressé, il y a vingt ans; 20 la réponse que nous finies; 3° un second Mémoire, signé Lemaigncn, et le supplément à ce dernier
AMAÏÏROSE, 57
écrit, rédigé sous la dictée de la malade. Tout considéré, nous croyons, avec M. Lemaignen , qu'il faut écarter toute idée d'opacité dans les milieux transparents , et , par conséquent , tout soupçon de cataracte, de même que toute suspicion de paralysie dans l'organe immédiat de la vue. Ces deux causes écartées, il ne reste guère qu'une disposition inflammatoire dans le fond de l'oeil , ou une affection spasmodique , une sorte d'éréthisme dans les filets nerveux de la rétine , qu'on puisse regarder comme cause des cercles , des ombres et des nuages que la malade voit voltiger sans cesse devant ses yeux , et de la difficulté qu'elle a de soutenir la présence du grand jour, du feu, et des lumières.
Ces deux états se ressemblent si fort , qu'il est facile de les confondre, parce que les symptômes en sont à-peu -près les mêmes. La seule différence est que, dans l'état de phlogose, la présence d'une lumière un peu vive excite une douleur si forte et si insupportable, que la vue en est éblouie et que le malade est obligé de fermer les yeux, au lieu que dans le cas d'une affection spasmodique , le même degré de lumière occasionne plus de trouble dans la vue que de douleur dans l'organe.
Nous insistons un peu sur cette différence parce que les résultats ne seraient pas les mêmes. Dans le cas d'une disposition inflammatoire, la
»0 s i < i i i . \ ni, CB1PIT1B I,
saignée paraîtrai! indispensable. <>r nous remar quons que la malade •> <-n la \n<- fort bonne jn^ qu'à l'âge de vingt-cinq ans; qu'alors les maux de tête qu'elle avait eus dès ^<>u enfance, el qui n'avaient pas disparu à L'époque des règles, arrivées à treize ans, étant devenus plus forts , elle lui saignée plusieurs obis; que les douleurs n'en devinrent que plus intenses et plus étendues, et <|u< la vue commença à s'affaiblir; qu'environ quatre ou cinq ans après, les maux de tête s'étant renouvelés, on eut de nouveau recours aux saignées du bras et du pied, aux bouillons ;illérants, aux purgatifs, aux eaux minérales, aux bains, aux vésicatoires , au cautère; que ces remèdes appaisèrenl les maux «le tête, mais ne changèrent i\cn à L'état de La vue, qui resta toujours faible et incapable d'aucune application suivie. Nous concluons de ces différentes remarques que la faiblesse de la vue dépend d'une affection spasmodique, parce qu'une disposition inflammatoire aurait eu depuis vingt-six ou vingtsept ans des suites plus funestes. Nous crûmes devoir attribuer ces accidents à la petite quantité des règles, et nous dirigeâmes nos indications, il y a vingt ans, à soutenir cette évacuation et à tenir le ventre libre ; méthode dont Mademoiselle convient s'être bien trouvée. L'époque des règles étant passée, nous croyons pouvoir lui annoncer que les maux de tète vont dimi-
AMAUROSE. 5g
nuer insensiblement , et se dissiperont enfin ; que l'âge même affaiblira peu-à-peu l'éréthisme des filets nerveux de la rétine. Il est donc question de pourvoir à la sûreté de la vue qui paraît menacée, et sur -tout à celle de l'oeil droit, qui a toujours été le meilleur des deux; car la cause cessant , l'effet pourrait bien ne pas cesser de même, et, dans ce cas, la vue resterait faible. Quoiqu'on ne puisse se flatter de la rétablir comme elle était à l'âge de vingt-cinq ou trente ans , on peut au moins la soutenir et la fortifier. Nous conseillons à la malade l'usage de l'infusion de caille-lait (gallium luteuiri) dont elle prendra tous les matins cinq ou six tasses avec suffisante quantité de sucre , à la dose au moins d'une chopine, à laquelle elle ajoutera une cuillerée d'eaude-fleurs-d'orange; ce qu'elle continuera tous les jours.
Elle reprendra l'usage des sachets de mousseline qu'elle mettait sur ses paupières le soir en se couchant.
Dans la journée, elle fera recevoir à ses yeux la vapeur du baume de Fioravanti. Ce remède paraîtra d'abord contre-indiqué pour un cas d'éréthisme dans les filets nerveux de la rétine ; mais les mouvements convulsifs les plus décidés sont toujours suivis d'un abattement ou d'une prostration des forces ; affaissement d'autant plus long que le spasme des parties affectées a été plus grand et a duré plus long-temps. Or, dans"*le cas
60 BBCT r O H vu, rn \piTnr i ,
dont il s'agit , le spasme de l'organe immédiat de la nie dure depuis environ vingt-sept ans. Il ne serait donc pas étonnant qu'il y eut cette sorte d'inertie, qui succède aui contractions forcées et contre nature, inertie à laquelle ans liqueur aussi active ci aussi pénétrante que le baume de Fioravanti, peut apporter quelque changement notable. Au reste nous proposons d en faire l'essai pendant quinze jouis ou trois
semaines, sauf à en suspendre l'usage si les accidents paraissaient augmenter. La malade se purgera de temps en temps avec les pilules présentes dans notre Consultation du mois d'avril 17G0.
Observation 3a3.
Extrait du Journal de mon Prie.
Paris, le 17 janvier 1763.
Régime pour madame de Pontehapcllc , femme d'un maître a la chambre des comptes de Rouen, qui est arrivée ici , le 28 novembre de l'année dernière, avec une goutte sereine, à l'œil gauche, telle qu'elle ne voyait pas la flamme d'une bougie a six pouces de son œil. Cette goutte sereine était venue à la suite d'un rhume. La pupille était trèsdilatée cl très- noire. L'œil droit était déjà presque perdu depuis environ six ans, et elle en voyait a peine pour se conduire. Je l'ai traitée par l'émétique et leau de Ha lame ; et l'œil gauche est revenu non-seulement au point de pouvoir reconnaître les personnes, mais même au point de pou-
AMAUROSE. 6l
voir lire , à cela près que l'encre lui paraît un peu plus pâle de cet œil que du droit, qui a été pendant quelque temps le meilleur, mais qui aujourd'hui est le plus faible, quoiqu'il ait lui-même gagné par le traitement fait au premier. Les vésicatoires ont été appliqués entre les deux épaules.
Pendant le voyage que cette dame va faire pour se rendre dans ses terres, elle discontinuera tout remède , à l'exception du baume de Fioravanti , dont nous lui conseillons de se servir au moins trois fois par jour, c'est-à-dire le matin avant son départ, et deux fois dans la soirée. A son arrivée , elle se mettra à l'usage de l'infusion suivante :
Prenez vingt- quatre grains de sassafras en copeaux; versez dessus deux tasses d'eau bouillante; laissez infuser pendant cinq à six minutes. La malade prendra ces deux tasses avec suffisante quantité de sucre , tous les matins à jeun , ce qu'elle continuera jusques au 3o du mois de mars prochain. Elle se frottera soir et matin le tour des yeux, le devant et le derrière des oreilles, avec quelques gouttes d'eau -de -vie.
Le 3i du mois de mars , la malade sera purgée avec une demi-bouteille d'eau de Balaruc et une once de sel de seignette , et le lendemain, elle se mettra à l'usage des bouillons ci -après :
Prenez un quarteron de rouelle de veau ; faites cuire pendant une heure et demie dans une chopine d'eau : un quart-d'heure avant de retirer
BZCTI09 \ i i , « h \ i- 1 i i. i i , lu feU <>ll \ |< l< ta c resson , ceiïeiul , (I (lin «.i..
jauvage, de chaque une demi -poignée
Ensuite ou prendra vingt cloportes des champs; .m les lavera bien dans de l'eau; on les écrasera dans un mortier; et on en délayera le jus avec quelques cuillerées «lu bouillon ci-dessus. On passera par un linge, en exprimant fortement, ci on mêlera ce qui aura passe avec le reste du bouillon , que la malade prendra tous les matins à jeun pendant environ six semaines. En les finissant, elle sera purgée , comme ci-devant, avec ce qui lui sera resté de sa bouteille d'eau de liai. nue et une once de sel de seignette.
Madame nous donnera alors de ses nouvelles,
et is rendra un compte exact de l'état de sa
\ ne cl de celui <\c sa santé.
Pendant l'usage des bouillons , et celui de L'infusion de sassafras , elle ne cessera pas le baume de Fioravanti, et observera d'éviter le froid et sur-tout l'humidité dis pieds et de la i ci e ; de ne point habiter un rez-de-chaussée à la campagne; s'abstiendra de maigre, de lait, beurre et fromage, de viandes noues, salées et luniées, de salade, de cidre et de poiré.
Lettre de M. De Pontchapelle.
La Ferté-Macé, près Argentan, 17 mai 176'S.
Madame de Pontchapellc a suivi jusqu'à ce jour, .Monsieur, l'usage des remèdes que vous lui avez
prescrits ; elle a pris pendant six semaines du sassafras en infusion , ensuite elle s'est purgée avec une demi -bouteille d'eau de Balaruc et un paquet de sel : à cette purgation a succédé l'usage des bouillons rafraîchissants ; elle va les cesser dans deux jours , et se purgera avec le restant de sa bouteille d'eau de Balaruc et un paquet de sel, comme vous l'avez prescrit.
Depuis son retour de Paris , sa santé a été assez bonne , elle a seulement ressenti pendant quelque temps, par intervalles, des fluxions aux dents et aux joues , mais elles se sont dissipées ; il y a plus de six semaines -qu'elles n'en ressent plus ; les yeux n'en ont point été affectés ; elle jouit présentement d'une bonne santé; son œil attaqué est en fort bon état ; elle en voit aussi bien qu'avant son accident; l'autre n'est pas si bon; mais il s'est fortifié par l'effet de vos remèdes , et est meilleur qu'il n'était auparavant.
Voilà, Monsieur, son état actuel, qui me donne lieu d'espérer une parfaite guérison; mais, comme on doit toujours appréhender le retour d'un accident aussi terrible que celui dont vos bons soins l'ont retirée , si vous jugez que pour l'éviter elle ait encore besoin de quelques remèdes , je vous supplie de vouloir bien les lui prescrire ; elle s'y conformera exactement. Je n'oublierai jamais, Monsieur, le service essentiel que vous nous avez rendu. Madame vous prie d'agréer les assurances de la plus sincère reconnaissance.
I > ï S i I i i 0 \ VII, CHAP1TR] i ,
agréez aussi, Monsieur, celles du respect avec lequel j'ai L'honneur d'être , votre, etc.
Dr l*<»N i< il \i-i i il , Maître des ( îomptea - •> Rocu d<
Observation }vi(\.
Toulouse , 1<- 7 avril ï 777.
Mémoire, — Dans L'automne et l'hiver suivant de l'année 1775, il rt*^nai t à Toulouse une maladie épidémique catarrhale sous le nom de grippe. Elle <;t;iii généralement répandue; peu de personnes en furent exemptes : elle fut bénigne pour les uns, dangereuse pour les autres: elle causa des apoplexies, des pleurésies, des péripneumonies, des angines, des douleurs rhumatismales, tirs dépôts, des rhumes «le poitrine opiniâtres, des tuux convulsives , et bien d'autres maux en proportion des organes dans lesquels se déposait la matière morbifique. On observa beaucoup de transitions de la maladie d'un siège à un autre; souvent elle affectait plusieurs organes à -la -fois, principalement la membrane pituitaire, les parties qui communiquent avec elle, Tarrière-bouche, la plèvre , le poumon et toutes les parties musculaires, et, suivant le degré de violence, elle causait plus ou moins de fièvre, laquelle, en général, n'était point véhémente.
Telle était la constitution régnante , lorsque
madame ***, aujourd'hui âgée de dix- huit ans, fut , comme tant d'autres , atteinte d'une toux légère, avec une très-vive douleur à la tête occupant tout le front , mais principalement la partie supérieure et interne de l'orbite gauche , avec fièvre modérée. Cette douleur, augmentant tous les jours , avait néanmoins des moments de relâche; mais plusieurs fois dans la journée, notamment vers le soir, elle reprenait avec une nouvelle force. Autant qu'on peut se le rappeler , à l'entrée de la nuit du septième jour , la fièvre étant assez forte , la douleur reprit avec une telle violence, que la jeune malade ne pouvant plus la supporter, avait des angoisses et de fréquentes défaillances. Dans la nuit , la douleur disparut tout-à-coup; la fièvre cessa; la malade, guérie, dormit quelques heures d'un très -profond sommeil ; mais quelle fut sa surprise , lorsqu'à son réveil elle s'aperçut qu'elle ne voyait plus d'un oeil. Elle ne s'en affligea pas d'abord , croyant que cette privation serait passagère.
Dès le premier moment de la douleur , on mit en usage les bains des jambes, qui furent renouvelés plusieurs fois par jour pendant le cours de la maladie. On répétait souvent les applications toniques, même spiritueuses, sur le front, qui, dans des cas semblables, avaient produit de très-bons effets. On usa beaucoup de lavements, du petit-lait, d'autres boissons acidulées et tempérantes; mais la malade et ses parents se fefu- ///. 5
()<> SECTION Y I I , ( 11 \ r I I I; l I ,
.m ni à la saignée que le médecin proposa «l< > le commencement, comme le seul vrai remèd< : il insista ensuite, tâchanl de les convaincre «!<• I.i nécessité d'un secours duquel dépendait la guérison de cette maladie. Enfin le quatrième ou cinquième joui', il démanda une consultation qui lui lui refusée, tanl le préjugé contre la saignée avait d'empire <laus cette maison. Ce fut alors qu'il déclara ouvertemenl a la mère de la malade que bientôt il surviendrai! quelque accident fâcheux, que tout menaçait d'un mouvement du sang vers la tête, que le moyen de détruire OU (le déplacer le spasme (le cette maladie
était la saignée, que peut-être même il était déjà trop tard; et, voyant qu'il la pressait inutilement,
il lui annonça qu'il avait fait au-delà de son devoir, et n'était point garant des accidents, qu'il regardait dès-lors comme inévitables.
Après la cessation de la douleur, le médecin, interpellé sur l'état de l'œil, répondit à la mère, qu'on l'avait voulu, et que la vue était perdue sans ressource. Il le pensait ainsi, d'après la violence de la cause qui avait procuré L'affection du nerf optique. Ce fut alors que la malade, de l'avis de sa famille, consentit à la saignée, et réclama les soins du médecin. On en fit une au bras, et bientôt après une au pied , moins dans l'espoir de rendre la vue, que pour rétablir les règles qui avaient manqué dans le cours de la maladie. Ce fut dan* la même intention que, pendant dix ,
douze, ou quinze jours, on lui fit prendre seulement des demi-bains, par ménagement pour sa poitrine, qui, dans l'enfance, avait donné des inquiétudes. On appliqua aussi derrière la tête un petit vésicatoire qui procura une évacuation abondante pendant plusieurs jours ; on conseilla l'exercice du corps; notamment la danse, Féquitation, le grand air de la campagne; tout fut mis en usage sans succès pour la vue ; mais la malade a depuis joui de la meilleure santé.
Telle est l'histoire de ce qui a précédé , accompagné et suivi la goutte sereine dont la malade est affligée, qui a été causée par un spasme violent, et non par une chiite d'humeur sur cette partie ; ce qui permet encore quelque espoir de guérison. Son état actuel n'est qu'une privation de la vue , sans la plus petite élévation au globe de l'oeil ; le brillant , le volume et les mouvements en sont les mêmes; on n'aperçoit pas la plus légère différence entre cet œil et l'autre , preuve certaine que le nerf optique est seul affecté , que les nerfs des paupières, des muscles du globe, et ceux qui se distribuent à ses différentes membranes , n'ont pas reçu la plus légère atteinte. On observe que la poitrine de la consultante exige toute sorte de ménagement. L'œil sain est aussi fort qu'il ait jamais été , et la malade s'en sert avec précaution , mais sans éprouver la moindre fatigue.
Du casse , Docteur en Médecine.
68 IBCTIOH VIIj CHÀPITR1 I ,
Réponse»
La maladie parait portée à un degré qui laisse peu d'espérance. On peu! tenter un vomitif, el conduire la malade a Balaruc, lorsque la saison le permettra; en attendant, on emploiera des moyens généraux.
Observation 32 5.
Atli , 10 décembre i8o4-
M, moire. — Mademoiselle M. D***, âgée de vingt ans, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution assez robuste , menant une y ie sédentaire , n'essuya jamais aucune maladie grave. Dans son enfance elle eut toutes celles ordinaires à cet âge, mais sans qu'elles lui aient laisse la moindre incommodité.
Avant l'âge <l<- sept ans, elle eut quelques légères affections rhumatismales, et de fréquentes (luxions qui, s'étant portées vers les mâchoires , produisirent la carie de plusieurs dents. Depuis son enfance jusqu'à l'âge de seize ans, elle était sujette aux saignements de nez qui, depuis quatre ans, sont devenus très -rares; mais ils furent remplacés par des boutons qui paraissaient à la peau , et principalement à la figure , tantôt plus, tantôt moins. A quinze ans , le flux menstruel s'établit , mais il v eut un intervalle de dix-huit mois en-
viron , pendant lequel il ne parut point; depuis, quoiqu'elle ait fait divers remèdes , cette évacuation n'a jamais eu une marche régulière ; il arrivait tous les mois , toutes les six semaines , tous les deux mois, que les règles paraissaient, et, sans être très abondantes , elles coulaient sept à huit jours. Depuis près d'un an, elle a fait usage, à diverses reprises, des emménagogues martiaux, conjointement avec l'extrait de quinquina, ou des pilules bénites de Fuller. Ces remèdes ont toujours produit quelque effet , en rendant cet écoulement plus abondant, plus facile et plus régulier. Depuis deux à trois mois, il a lieu régulièrement. Vers l'âge de seize ans, une douleur rhumatismale qui occupait le derrière de l'épaule gauche et le bras du même côté , et qui avait résisté à plusieurs moyens que l'on tenta, céda enfin à un vésicatoire appliqué sur l'épaule malade. De légères migraines, qui la tourmentaient depuis plusieurs années, ont été remplacées, il y a un an , par de grands battements aux tempes , qu'elle ressent sur-tout lorsqu'elle s'est beaucoup exercée.
Sur la fin d'octobre 1804, mademoiselle D*** fut attaquée d'une fluxion sur la joue gauche, qui céda au bout de cinq à six jours au régime et aux moyens propres à relâcher cette partie , et à en entretenir la chaleur. Ce fut lorsque cette incommodité venait do disparaître , que mademoiselle D*** s'exposa deux ou trois jours de suite , et pendant plusieurs heures en plein air, au
m i i i ii H \ r i , CBâFJTRl ' •
froid el .1 l'humidité, les pieds sm de la terr» humide, la tète découverte , el très -légèrement
«inc, même après avoir dansé. Le troisième jour, elle s'aperçut que sa ?ue était beaucoup mi ni. lu- Je fus consulté |>"ur cel accident. La conjonctive était un peu enflammée. Je regardai cet effet commi provenant d' un déplacent nt <!<• la fluxion (jui s'était portée But les yeux. •!<• lur prescrivis un collyre relâchant \n bout «!<• trois ou quatre jours, ayant examiné les yeui de la malade avec plus d'attention , je \ is qi;<- le juge* ment que j'avais porté était faux; la rougeur des yeux était disparue , el La même difficulté de voir subsistait Les tuniques et les humeurs des >cux n'étaient nullement changées ; la pupille était plus dilatée ijiic de coût unie , el ne se contractait que difficilement. La malade distinguait assez bien les gros objets, voyait suffisamment pour se coiuluirc, niais ne pouvait ni coudre, ni lire, et ee n'était qu'avec grande peine, et après avoir fixe long-temps, qu'elle pouvait distinguer ra-dlà quelques mots dans de très -gros caractères: elle voyait de temps en temps voltiger des flocons dans l'air. Vju an auparavant, elle a eu un éblouisenl passager, qui céda à des lotions d'eau froide
Je regardai col accident comme une disposition à la goutte sereine , ou plutôt une goutte sereine imparfaite; et, d'après ee qui l'avait précédé, je conseillai un vésicatoire à la nuque, que la malade lit appliquei au bras, où il produisit une
inflammation érysipélateuse très-violente. A force de sollicitations , elle consentit à le laisser mettre à la nuque , environ vingt jours après l'invasion de la maladie. On laissa sécher celui du bras ; mais l'application du dernier ayant été mal faite , an n'avait encore pu en obtenir aucune suppuration dix jours après , et les parties voisines étaient attaquées d'inflammation érysipélateuse. Vers le milieu de novembre , le vésicatoire ayant été pansé plus méthodiquement , il survint en peu de jours une bonne suppuration. J'avais commencé dans le même moment à lui faire prendre de temps à autre un sel neutre. Les règles étant survenues , je dus en suspendre l'usage : je lui fis aussi baigner les yeux dans un peu d'oxicrat , d'autres fois dans un mélange d'eau et d'eau-devie; elle exposait ses yeux à la vaj3eur de l'eaude-vie de lavande , et je lui conseillai en même temps l'usage du tabac en poudre. J'ai employé tous ces moyens comme propres à réveiller l'action nerveuse de ces organes , tandis que le vésicatoire agissait comme exutoire et excitant toutà-la -fois.
D'après les recherches que j'ai faites sur la cause de cette maladie, je crois pouvoir l'attribuer à l'atonie de la substance du nerf optique , et non à aucune compression ; car aucune des causes qui donnent ordinairement lieu à la goutte sereine ou amaurose n'a précédé , comme par exemple , des affections de l'ame , un grand travail d'es-
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prît, des Milles prolongées, la lecture '!<■ petits caractères à la lumière , une évaluation trèsabondante de sang, etc. le crois aussi que, parmi les causes «pu ont pu produire cet accident , |e ne dois pas compter une métastase qui survient quelquefois ;« la suite d'une maladie aiguë ; la répercussion d une bumeur acre à la suite dune maladie de lu peau, un engorgement «!<• sang dans les \ ;n ssc.i m \ de la tête, etc. ; car, outre que
le sujet n'est p;is sanguin , aucune des causes propres à produire cet engorgement n'a a^i préec-
demment, comme un violent exercice, un coup, une eliùtc sur la tête, des rcrs, une suppression des règles, ou d'autres évacuations sanguines, etc.
Vu -je pas tout lieu de croire que ce qui a produit cette faiblesse de la vue est un engorgement sei eux qui empêche le nerf optique de faire librement ses fonctions ? Je fonde mon opinion, i'sur le tempérament du sujet , qui est pituiteux , et eliez lequel le système lymphatique prédomine, ce qui ;i toujours été la cause éloignée de ses maladies; 2nsur ce que les emménagogues toniques ont toujours produit un bon effet ; 3° sur ce qui est arrivé quelques jours avant 1 accident. La malade, qui fait le sujet de cette observation, après s'être tenue très- chaudement dans une chambre pendant cinq à six jours pour une fluxion , s'expose tOUt-à-COup, et vêtue très - légèrement , à l'air froid et humide. Oui doutera qu'il ne soit arrivé un dérangement dans les fonctions de la peau ,
A M AU ROSE. <p
et que l'humeur de la transpiration ne se soit transportée sur un organe quelconque ?
Cette maladie étant . récente , et pouvant être considérée comme un engorgement séreux , le sujet étant jeune et assez robuste, n1a-t-on pas lieu d'espérer une guérison radicale?
Je laisse au médecin consulté à me tracer la marche que je dois suivre dans ce cas.
P. S. La malade , depuis son accident , n'a senti aucun soulagement: il est cependant des moments où elle paraît voir mieux, et peut lire deux ou trois mots de suite; mais aussitôt la vue se trouble et revient dans l'état ordinaire... etc,..
Mercier, Médecin.
N. B. Mademoiselle D*** m'a été amenée à Paris, par M. D***, son oncle, maire de la ville de Mons, et j'ai été assez heureux pour la guérir entièrement. J'ai su de ses nouvelles jusqu'à la fin de 1816. Je lui ai évité le séton. L'auteur du Mémoire avait très -bien commencé le traitement, et en a dirigé la terminaison. L'eau de Balaruc, l'arnica , un vésicatoire , ont suffi pour opérer la guérison.
Observation 326.
N. B. M. Lacombe, mon collègue, ami du malade , m'apporta les pièces dont suivent les extraits : »
7 \ BKCTIOB \ i i , I h I P i ) 11 i i .
( h .1 1 < • 1 1 s s u j Saône , le 1 8 ao&l i
Monsieur, ayant déjà la nie très -faible, infirmité occasionnée par L'explosion <1<- la pondre, lorsque j'étais encore au collège, j'ai en le malheui de perdre l'œil gauche !«• i5 octobre dernier, dune manière brusque h inattendue, (est le meilleur qui a été frappé, et l<- mauvais es( aujourd'hui seul à faire le service, ciicuic faut -il
le secours d'une lunette propre aux myopes, l 'ai tardé à vous envoyer le précis ci-joinl , ci la consultation de M. Petit , parce que j'étais dans Tintention d'aller a Paris, et je devais profiter de l'occasion d'un de mes neveu? qui v est allé pour maladie des yeux ; il s'est adressé a \ ous, Monsieui : vous l'avez guéri d'une maladie semblable ■> la
mienne.
J'entrevois encore quelque chose de mon œil
gauche , lorsque le jour est actif et fort ; niais hors de là je ne vois Tien. Je crois que jusqu'ici Ton s'est trompé: il ne fallait peut-être que des calmants où l'on n'a porté que des irritants. Le nerf optique que Ton regarde comme paralysé, n'est peut-être que dans un état de contraction. Au surplus, M. Petit, après avoir bien examine mon œil, a décrit sa position, etc.
S***, Juge -de -Paix.
Ar. B. J'ai conseillé dans ma réponse quelques
moyens généraux , et j'ai dit a la personne chargée
de la retirer , qu'on pouvait supprimer le vin de vipères, mais que ma confiance étant très-grande dans les lumières de M. Petit , qui avait eu sur moi le très -grand avantage d'examiner les yeux du malade , je pensais qu'il ne fallait point s'écarter , d'ailleurs , de sa consultation ; dont suit le texte.
Lyon, le 29 mai i8o5.
M. S**% âgé de 47 ou 48 ans, d'une santé d'ailleurs très -bonne , essuie une pluie froide pendant une route de plusieurs lieues: un violent catarrhe en est la- suite : cet accident se dissipe presque subitement , et se trouve suivi de la perte absolue de l'œil gauche. Des remèdes fort sagement administrés amènent, après un mois, un changement favorable : quelques objets sont distingués, mais agités , mobiles et se confondant souvent en brouillards : les couleurs se décomposent, le verd seul est vu avec quelque netteté. Depuis cinq mois , malgré la persévérance dans l'emploi des moyens indiqués, l'état de l'œil est resté le même; et aujourd'hui , en l'examinant attentivement , il s'offre encore avec toutes les apparences de la plus parfaite intégrité : la cornée est transparente, la pupille mobile, le cristallin et le corps vitré sains ; enfin tout porte à croire que la cause, qui a privé cet œil de la faculté de voir, n'a pas agi sur les parties constitutives du globe , mais sur le nerf optique même , et à une profondeur plus ou moins grande. Cette circonstance , et la
pente qu'uu tel étal peut avoir ;i dégénérer en goutte sereine, doivenl s;ms doute inspirer d au tant plus (I inquiétude pour la guérison radicale , que depuis cinq mois il n'est survenu aucun changement favorable; la cause que je reconnais a cette affection est rhumatismale: son impression sur le nerf optique a été analogue à celle qu'elle aurait pu produire sur le nerf sciatique ou sur tout autre nerf principal; or il n'est pas impossible qu'une cause <!<• cette nature soit attaquée ;i\cc beaucoup d'avantage; et l»s exemples <l< succès analogues doivent engager M. S"" à cons. K ni- encore quelque temps a L'emploi de i n >u veaui moyens; si L'expérience Lui en démontre l'inutilité, alors il considérera sa situation comme une infirmité au-dessus des ressources dr l'art. Ainsi j'ai conseillé :
i° De prendre m;itin et soir trois onces de vin de vipères. La première dose à jeun, la seconde en se couchant ;
a° Après quinze jours, ce remède sera remplacé par le suivant :
Prenez râpure de gayac, deux gros; une pincée d'anis. Faites bouillir dans deux verres et demi d eau et réduire à deux petites tasses; passez: sucrez et ajoutez sur chaque dose six gouttes d'eau de Luœ. Ce médicament sera pris aux mêmes do» s que le vin de vipères ;
3° En faisant usage de l'un ou de l'autre de ( es remèdes, M. S'"* boira, dans la journée, deux ou trois tasses d'une infusion de saponaire et
de bardane. On reviendra une seconde fois au vin de vipères et à la décoction de gayac ;
4° Tous les deux ou trois jours , le malade prendra, le matin à jeun, un lavement avec de l'eau chaude dans un verre et demi de laquelle on étendra une once de vin stibié trouble ;
5° Les jours intermédiaires , il plongera ses jambes, pendant vingt minutes, dans un bain tiède animé avec des cendres ou du sel.
Une ou deux fois le jour, on exposera l'œil à la vapeur du vinaigre chaud, dans lequel on aura délayé un peu de la plus forte moutarde. Cette fumigation ne doit pas durer plus de cinq minutes.
Ces deux remèdes seront employés pendant les deux mois consacrés aux moyens que j'ai prescrits plus haut. Si alors l'état du malade est le même , je lui conseille de se rendre aux eaux de Bourbon-l'Archambauld , pour prendre les bains et douches sur la nuque, la tète et le contour de l'œil , sous la direction du médecin de ces eaux. A ce moyen je proposerai de joindre -alors l'usage des pilules faites avec l'extrait de ciguë et l'extrait de saponaire unis au sulfate de soude, dans les proportions que M. le médecin jugera alors convenables.
Si un mois de ce dernier traitement ne fait subir à l'œil aucun changement utile , il faudra renoncer à tout espoir de guérison, et faire même des vœux pour que la perte de la vue devenant complète dans cet œil, le malade cesse d'en éprou-
7<S s l | i l h H v I I , C II \ t l i I i l ,
vet 1rs impressions fatigantes qui nuisent aujourd'hui à l'exercice de l'autre oeil.
I* i mi,
Docteai en Médecine, ancien Chirurgien en chef de l'hôpital de Lyon, professeur
d'opérations H <l<- (liinii-ir (Unique.
Précis du traitemenl que j'ai suivi jusqu'au moment où je me suis rendu ;■ Lyon pour consulter.
Le jour de l'accident, i5 octobre r8o4i il ;| été aussi prompt que la pensée. Le lendemain, cinétique; le soir, vésicatoire sur la nuque, derrière les oreilles; sangsues à la tempe gauche, côté de l'œil frappé; bains de pieds avec moutarde pendant un mois; fumigation de succiri; friction de bannie de lioravanti; suppression du vésicatoire, auquel on substitua un séton, qui devint insupportable : on le remplaça par un vésicatoire au bras gauche, qui a été porté pendant quatre mois, puis totalement supprimé. Purgation avec des sels tous les quinze jours ; au retour du printemps, commotions électriques autour de l'œil perdu; on a employé les douches d'eaux thermales pendant vingt jours.
On observe qu'on avait fait usage de plusieurs collyres plus ou moins actifs. Apres avoir tenté tous ces remèdes inutilement, voyage à Lyon pour prendre la consultation de M. Petit. Au retour,
après avoir commencé pendant environ une douzaine de jours la boisson de vin de vipères, il a fallu l'abandonner, ce remède occasionnant des hémorrhagies à chaque instant.
Tel est le précis succint des remèdes faits jusqu'à-présent, et qu'on a cessés totalement depuis plus d'un mois...
Observation 827,
Pau, le 3 août i8o5.
Mémoire. — M. L***, négociant, âgé d'environ cinquante-cinq ans , d'une constitution saine et robuste , réglé dans ses mœurs, s'aperçut, en avril dernier, que son œil droit s'affaiblissait, qu'il perdait insensiblement la faculté de voir. Interrogé sur les causes qui pouvaient donner lieu à cette amaurose commençante, il ne put accuser que la disparition presque subite d'un crachotement devenu habituel depuis quatre ans. Soupçonnant que l'affection de l'œil était dépendante de l'état de l'estomac , son chirurgien lui administra des vomitifs et des purgatifs, précédés par l'usage des délayants ; mais ces remèdes n'améliorèrent point l'état du malade. L'application des vésicatoires derrière les oreilles , l'administration des bains domestiques , les sucs des plantes fondantes et les sternutatoires , les douches sur la nuque , les bains et les boissons d'eaux minérales soufrées, n'ont pas produit des effets plus heureux. Le
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ni.il ;i toujours « té en empirant ! dans c€ moment !<• malade ne \ < » î i presque plus de l'œil droit , et les paupières des <l«;i\ jreui sont engorgées et douloureuses; quelques vaisseaui rouges se font même remarquer sur les deux globes.
Quant à la faculté <!<• voir, elle est à-peu-près demeurée parfaite, jusqu'à ce moment , dans l'œil gauche. On Eut observer qu'on n'a eu <l autre motif que 1«' crachotement précité pour soupçonnei que l'étal de l'estomac pouvait contribue! a «cite amaurose; car d'ailleurs le malade .1 toujours eu et conserve encore nu appétit franc et régulier : son sommeil est bon, et il fait bien toutes ses fonctions. Vous remarquons cependant que le sang paraît circuler avec lenteur dans Je syst< de la veine-porte, et que le malade est, de temps à autre, constipé.
Le malade a toujours eu les passions calm est de haute stature, et très-vigoureux, el ne parait pas, à beaucoup près, avoir cinquante -cinq ans. L'œil affecté conserve un peu de sensibilil l'impression de la lumière; la dilatation de la pupille est presque insensible, et son disque conserve toute sa régularité : on ne peut accuser, dans l'état du malade, aucune métastase herpétique, rhumatismale ni goutteuse; il ne paraît point avoir éprouvé de chagrin, et rien n'annonce qu'il v ait pléthore générale ou partielle dans la tête. Il \ a cependant une singularité que nous ne ons pas devoir passer sous silence; c'est que
AMAUROSE. 8l
le malade n'a mouché que très-peu de la narine droite jusqu'au moment où l'œil droit est devenu malade; mais, à cette époque, la sécrétion muqueuse qui se portait sur la narine gauche, s'est jetée sur la droite, et la première est devenue absolument sèche.
On prie MM. Pinel et Demours de vouloir bien se réunir pour donner leur avis sur le traitement que doit suivre le malade, afin d'arrêter les effets de son mal, qui va toujours croissant. Le conseil soussigné se réserve de leur donner connaissance tous les deux mois, et plus souvent, s'il est nécessaire, de l'effet des remèdes. En attendant l'arrivée de la consultation demandée , le conseil va mettre le malade à l'usage des fondants , et se décidera peut-être à lui appliquer les sangsues à l'anus.
Xavier Malartic, D. M.
Bhoujntau , Maître en Chirurgie.
Nous convînmes , M. Pinel et moi , des moyens à employer. Je rédigeai la réponse; la minute, à mon grand regret, ne s'est pas retrouvée dans mes papiers*; mais j'ai su que le malade avait obtenu un résultat heureux du traitement prescrit.
Observation 3a8.
Avignon, le 28 décembre 1758.
Mémoire. — Au commencement de novembre
,S | mi inn \ i i , ( il \ i- 1 i | i i ,
dernier, un homme de quarante-six ans fui violemmenl enrhumé du cerveau avec un grand mil de tête sur le front* l'ont- guérir ce rhume, «lin l'incommodait beaucoup, il s'avisa un soir,
;i\;ini soupir, d'aspirer par le nez une liqueur siMi ii m use très-forte, de la composition d un chimiste, qu'on diviii bonne pour guérit les maux de tête. En effet, après en avoir aspiré plusieurs gouttes par le nez à différentes reprises, !«• mal de tète et le rhume cessèrent tout-à-coup; il .soii|).i ensuite sans aucun mal, dormit bien pendant la nuit, se leva tranquillement, et vaqua dans son cabinet à ses affaires journalières jusqu'à l'heure du dîner. En se mettant à table , il s'aperçut d'un nuage considérable sur l'œil droit ; après diner, pour mieux le reconnaître, il passa au grand jour; il \ii alors qu'il avait dans la partie supérieure de cet œil une ombre assez grande, qui jetait comme une petite pluie à la pariie inférieure, et que ce point était aussi obscurci par un cordon formant un demi-cercle; ce qui faisait en totalité comme la moitié d'une lunette qui semblait se rencontrer entre cet œil et le eorps qu'il regardait. Le malade, effrayé, eut recours à son médecin, qui , ayant examiné l'œil , ne lui trouva aucun vice apparent , et lui ordonna . pendant trente jours, les bouillons apéritifs, avec des purgatifs par intervalle. 11 lui conseilla de fane recevoir à cet œil la vapeur du baume de Fioravanti. L'usage de ces remèdes sem-
blait au commencement diminuer ce nuage; mais, comme le malade fut obligé d'aller un jour à la campagne, il trouva le lendemain cet épaississement augmenté : quelques jours après, ce mal diminua. Il a observé que tant qu'il gardait la maison , son mal diminuait, et que toutes les fois qu'il sortait, le mal augmentait, ce qui est arrivé cinq à six fois pendant le temps de l'usage des bouillons apéritifs. Enfin , ayant pris la résolution de garder la chambre , usant journellement sur l'oeil de petites douches avec l'eau de Balaruc, qui lui furent conseillées par un de ses amis, et mettant sur son œil du son très-chaud enveloppé dans un linge, son mal diminua beaucoup, et ce nuage en forme de lunette était très-peu considérable, et ne l'empêchait pas même de lire de l'œil malade seul. Il désira augmenter l'effet des douches, en se faisant raser la tête, pour que l'eau pût pénétrer plus aisément. Étant un matin auprès de son feu, le barbier commençant à le laver pour le raser, le malade vit sortir de son œil comme un fil noirâtre qui formait plusieurs contours et qui obscurcissait beaucoup sa vue. En effet, à peine fut-il rasé, qu'il la perdit de cet œil, ne voyant au grand jour qu'une toile jaunâtre : cet état l'affligea beaucoup; mais, dès le lendemain, il ressentit une diminution dans cette cécité, et commença à apercevoir un peu les objets. Cette diminution a continué chaque jour presque insensiblement pendant l'espace de huit jours-* jus-
qu'à li date de ce Mémoire, de façon qu il coin mence i apercevoir plus librement les objets et .1 découvrir même les traita des personnes <pn sont avec lui. I n si grand changement de bien en mal | et ■■ présent de mal en bien, a fait dir< i
s m (In m que ce malade n'avait <|m nue Quxion
dans la tête, qui avait gorgé les vaisseaux lymphatiques de l'œil droit et occasionné ces nuages; qu'il espérait que, par l'usage des eaux de Bala me, ci en tenant cette partie chaude, on verrait
dissiper dans la suite la maladie, qui pendant
(oui U- temps n'a causé aucune douleur ■< cet œil, si ce n'est que, depuis peu de jouis, le malade ou a ressenti quelques légères dans la tête, tantôt
d'un cote, tantôt de l'autre, ce qui pu >u \ ci ail
encore plus l'existence <!c l,i lluxion. Il est .1 remarquer que l'œil gauche n'a souffert aucune aiteinte ni diminution de vue, et que le consultant est d'un tempérament robuste
Réponse.
Saignées du pied, l'émétique, l'usage de l'eau de Balaruc en boisson) nu vésicatoire derrière l'oreille droite.
Le malade écrivit, le 26 février 1 7O9 : Les remèdes ordonnés par M. Demours m'ont procure un très-bon effet; l'ombre que j'avais sur l'œil droit est considérablement diminuée : de dix partira, .1 peine en reste-t-il une , qui pourrait bien disparaître par L'effet du dernier purgatif avec
AMAUR0SE. 85
l'eau de Balaruc : tout le reste de l'ordonnance a été exécuté à la lettre.
Mon père répondit, le 7 mars 1759, qu'il suffirait que le malade prît à jeun tous les matins deux tasses d'infusion de sassafras, et insista sur la nécessité d'éviter le vent, le serein, et d'observer un régime exact. La guérison a été complète.
Observation 329.
Paris, le Ier septembre 1816.
Mémoire. — Le consultant fut retiré de nourrice dans un état si fâcheux, que jusqu'à l'âge de vingt -deux ans ses aliments ne furent que du pain , du beurre et du lait. Sa santé prit ensuite le dessus. Il est âgé de soixante-six ans. Il était à Paris pour affaires sur la fin de novembre 1 8 1 4 ? lorsqu'il se sentit frappé de paralysie dans tout le côté droit. On lui fit prendre quatre bouteilles d'eau de Vichy , et on l'envoya aux eaux de Bourbonne en septembre et octobre 181 5, et, une seconde fois, en juin et juillet 18 16. Sa vue baisse ; il craint une rechute.
Le conseil soussigné , après avoir examiné avec attention les yeux du malade , et le Mémoire qu'il a rédigé lui-même sur sa situation, a reconnu que l'effet des eaux de Bourbonne a été avantageux. Le malade , depuis trois semaines qu'il est arrivé
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