CHAPITRE PREMIER
De F Exophtalmie .
Observation 4oo.
Je fus appelé, au mois d'avril 1810^ pour le petit B**% âgé de dix -neuf jours, qui avait les yeux proéminents de six lignes hors des orbites, et une forte dépression derrière la tête. Il mourut le lendemain. Sa mère avait eu une couche laborieuse; cependant on n'avait eu recours à aucun instrument.
Observation /joi.
Consultation pour Mademoiselle de M***.
Du 8 avril 1773.
Mademoiselle est âgée de seize mois, forte et replète, a les chairs fermes, le teint naturel aux enfants de cet âge qui jouissent d'une bonne
BECTIOB \ i 1 1 , f » APim F i,
santé. Elle est très-vive et fort avisée pour sou Age; elle a quatorze dents, dont la sortie a été accompagnée de vives douleurs; elle n'a point eu de cioùics laiteuses à la tête ui au visage, el <>n ne s'esl jamais aperçu qu'elle ait eu des convulsions.
Depuis sept ou linit semaines, on a observé qu'elle avait un <• il plus gros que L'autre, et cette grosseur augmentant d'une manière très-sensible, ou s'esl enfin déterminé à l'amener à Paris. Elle a été nourrie par sa mère. In l'examinant , j'ai trouvé l'œil gauche attaqué dune exophtalmie : le globe en était plus saillant que celui du côté droit d'environ un einquienie de l'axe de ce dernier. Du leste tontes les parties visibles de cet œil sont dans leur état naturel. La cornée n'esl pas plus convexe que (elle de L'œil droit, et la pupille n'est ni plus dilatée ni plus petite. La vue elle-même est aussi bonne que celle de l'autre ail; car l'enfant ne louche pas; ce qui ne manquerait pas d'accompagner cette exophtalmie, si l'œil qui en est affecté voyait d'une manière plus confuse que celui qui est sain, sur-tout dans un âge aussi tendre. Le globe de l'œil gauche est donc plus saillant d'environ un cinquième de l'axe de l'œil droit, degré de protubérance qui permet encore aux paupières de le couvrir. Mais il est vraisemblable qu'elles ne pourraient plus le contenir, s'il s'avançait en dehors d'une quantité égale à celle dont il excède déjà l'œil droit, et
DE l'eXOPHTALMIE. 3 I 3
qu'il en résulterait une lagophtalmie, ou ce qu'on appelle, en termes vulgaires, l'oeil de lièvre.
Telle est la maladie pour laquelle j'ai été consulté, maladie fort rare, très-grave, et dont il est important d'établir une exacte étiologie : c'est le moyen le plus sûr d'en connaître le caractère et les causes, et de découvrir les indications curatives les plus conformes au vœu de la nature.
Il s'agit donc d'une protubérance déjà choquante de l'œil gauche. Or, cette protubérance peut être ou idiopathique ou symptomatique : elle serait idiopathique, si elle dépendait d'une augmentation de volume de quelqu'une des humeurs qui forment les milieux transparents de l'œil; elle serait symptomatique, si elle était la suite de quelque tufmeur formée au fond de l'orbite, et qui pousserait l'œil en dehors.
Mais il a déjà été dit que les parties visibles du globe étaient dans leur était naturel. Ainsi cette protubérance ne saurait dépendre ni d'une quantité superflue d'humeur aqueuse, puisque ce n'est pas la cornée qui est saillante, mais le globe entier; ni d'une augmentation contre nature du cristallin , puisque le diamètre de la pupille est parfaitement égal à celui de la pupille de l'œil sain ; ni enfin d'une distension des cellules du corps vitré, puisque dans ce cas la pupille serait, comme dans le précédent, dilatée et immobile, et qu'il y aurait de plus une diminution sensible de la vue. Or, il n'y a rien de semblable dans le
1 1 l i i h % \ i m , « il | p i i ii r i ,
CM dont il s'.i-il. (est donc une tumeur (|in .sYst
formée •m fond de l'orbite, qui pousse le globe en dehors, ei il faut que cette tumeur toit étendue
1 1 1 1 1 1 • irim iiicni lutour du trou optique, puisque If globe n'est poussé ci a droite ai à gauche, ai en h;uit ni en bas, et qu'il conserve sa direction naturelle. Il faut de plus qu'elle s « > 1 1 molle; car, si elle était dure, elle comprimerait l<- nerf optique, «l'on s'ensuivrait une diminution dans la vue, et alors l'œil affecté n'aurait qu'une direction vague et incertaine , qiii ne correspondrait aucunement .1 celle de l'œil sain, et L'enfant Ion» lui. ni. Cette maladie me parait dépendre d'un amas de graisse dans le tissu cellulaire qui tapisse la fosse orbitaire, amas qui s'est principalement formé au fond de cette cavité. Quanl à la cause qui a pu 3 donner lieu , on peut L'attribuer <>u aux cl < > 1 1 1 « • 1 1 1 -^ qui mit accompagné la dentition, ou aux cris perçants et redoublés que jettent souvenl les enfants vifs, ou enfin à quelques courts accès de convulsions survenus dans la nuit, et dont on n'a point eu connaissance.
Cette maladie n'est pas facile à guérir, et peutêtre l'entreprendrait-on vainement dans un adulte; mais dans un enfant de cet âge, et d'ailleurs aussi bien constitué que Mademoiselle de M***, il y a lieu de croire qu'un très-long usage des remèdes propres à détourner les humeurs des parties supérieures, à atténuer et inciser la masse des liqueurs, et à en évacuer le Buperflu, soit en
de l'exophtalmie. 3 I 5
augmentant l'insensible transpiration , soit en procurant une plus grande liberté du ventre , pourront, non - seulement arrêter les progrès de cette congestion graisseuse, mais même la dissiper insensiblement, et faire rentrer l'œil dans son orbite.
Entretenir les trois vésicatoires... Décoction de salsepareille pour boisson ordinaire... Purger tous les dix jours avec aquila alba et jalap.
Observation l\oi.
Une fille de service, de forte constitution , avait eu, à l'âge de six semaines, l'œil gauche tourné en dehors, et avait toujours louché, sur-tout depuis l'âge de douze ans, éj)oque depuis laquelle le muscle droit interne ne ramenait presque point, dans une autre direction , cet œil dont elle ne voyait que peu. A vingt -huit ans, ce même œil sortit de l'orbite de plus de sept lignes à la suite d'une violente céphalalgie. Il rentra en trois mois par l'effet d'un séton que je lui fis passer à la nuque au mois de juin 1811.
Observation 4o3.
J'ai donné des soins à Madame D***, âgée de trente-huit ans, qui a depuis dix ans l'œil gauche sorti de l'orbite de près de quatre lignes, sans autres accidents que quelques maux de tête et de légères ophtalmies périodiques. La vue en est bonne, et Madame D*** s'est accoutumée à cette
> i 6 ll< i i <> I \ i i i , r il \ i- i j i. i i ,
incommodité pour laquelle je n'ai conseillé que
de légei *> ii"i\ eus.
.l'.ii \u un homme de quarante-cinq ans qui <lr|>iiis douze ans avait l'œil < 1 ■ • » 1 1 un peu plus proéminent que celui de Madame I)'". La ?ue en était bonne; il avait eu plusieurs loupes a la tête, donl une ,i la paupière supérieure de l'œil gauebe. On était fondé à croire qu'une tumeur stéatomateuse s'était formée autour du neri optique an fond de l'orbite.
Observation [\Ç>(\-
Monsieur \\*** de V**%âgé de quarante-six ans, doué d'un tempérament bilieux, étant à chevaj le > août l8l4i éprouva un élourdissement et tomba rudement sur le pavé, à une lieue de Paris. Monsieur Déduise, chirurgien de la maison royale de Charenton, combattit avec sucées les accidents généraux qui furent des plus graves. L'œil gauche avait reçu une violente contusion. Deux mois après, lorsqu'on regardait les suites de l'accident comme dissipées, cet œil commença à sortir de l'orbite; des bourrelets très-durs, formés par une infiltration, firent faire saillie à la conjonctive, notamment vers la partie inférieure du globe, dont la sortie fut évaluée a quatre ou cinq lignes. La conjonctive, boursoufflée, était parsemée de vaisseaux sanguins dilatés dont quelques troncs étaient gros comme des épingles blanches communes. Je n'ai point fait autre chose que d'en ou-
DE l'eXOPHTALMIE. 3l 7
vi ir chaque semaine deux ou trois , qui donnaient depuis vingt jusqu'à cinquante gouttes de sang, et l'œil est rentré peu-à-peu dans l'espace d'une année. Cependant, lorsque j'ai perdu de vue Monsieur B*** de V***, il restait encore quelque chose à désirer à ce sujet. Dès le quatrième mois, l'œil était rentré de plus de moitié : la vue n'a pas cessé d'être bonne. Je donne (pi. 55, fig. x.) l'état de l'œil vers le cinquième mois du traitement.
Observation 4o5.
En décembre 1786, mon père fut consulté par Madame F***, d'une constitution faible et nerveuse , qui avait les yeux proéminents de deux lignes. La vue était peu gênée. Antoine Petit avait conseillé de ne rien' faire, et avait regardé cet accident comme un symptôme nerveux. Mon père adopta cet avis.
Observation 406.
14 avril 1756.
Consultation pour Madame C***, de Saint-Malo, âgée de cinquante-huit ans, qui a une exophtalmie à l'œil droit, avec dilatation de la prunelle, perte de vue , gonflement de la paupière supérieure , vaisseaux variqueux sur la conjonctive , douleurs au globe, au sourcil, au front, à la tempe, et à la tête, du côté gauche ; gonflement et une espèce d'engourdissement à la joue du même côté. Un autre accident a lieu chez la malade : son œil
3l8 s i | i i <> n \ i i i , CU APITBl i ,
gauche commence à apercevoir quelques mouches, cl esl sujel aussi .1 des inflammations qui semblent le menacer de l.i même maladie, mais qui !"• durent pas. Elle ressent de temps en temps quelques légers élancements h , de plus, comme «lit gra\ ier el «I»- l.i gène.
La maladie esl nue véritable exophtalmie causée pas nue bumeur qui a gonflé les graisses do fond de L'orbite, sur-tout \n'. la partie latérale externe; gonflement qui rejette le globe vers le grand angle, <-i lait loucher la malade.
La même humeur s'est infiltrée dans le péi Lotte orbitaire , If péricrâne, le cuir chevelu, ci la membrane [utilitaire des sinus frontaux et du nez. Dela la faiblesse <!<■ vue dont .Madame s'est d'abord aperçue au commencement de cette maladie, lai- Messe qui a augmenté a proportion que l'oeil a proéminé, et qui s'est enfin terminée par la perte de la vue de ce côté; suite ass»/. ordinaire de l'exophtalmie. C'est de-là encore que dépendent les douleurs et les élancements qui se Tout sentir au-dessus du sourcil , au globe de l'œil , aux muscles frontaux et dans tout le cuir chevelu, du côté droit. C'est aussi de la même cause que dépend le gonflement de la membrane pituitaire, qui occasionne ces enchifrenements incommodes qui ont quelquefois obligé Madame à passer les nuits assise dans son lit, faute de pouvoir respirer autrement. C'est donc ici un violent rhumatisme dans la tète; il s'est annoncé des la plus tendre
DE l'ex ophtalmie. 3 T9
jeunesse par des migraines qui se sont terminées par la maladie en question.
Il ne paraît pas, par les différents mémoires et consultations qui nous ont été communiqués, qu'on ait envisagé la maladie sous ce point de vue, et qu'on ait agi en conséquence. Les remèdes multipliés, auxquels on a eu recours jusqu'ici, n'ont rempli qu'imparfaitement cette indication. Il nous paraît donc extrêmement essentiel d'employer des délayants et des fondants propres à diviser une lymphe épaisse qui s'est engorgée dans toutes les membranes des environs de l'œil droit. Cette cause pourrait enfin attaquer aussi l'œil gauche, qui commence même à apercevoir des taches, etc., et qui mérite toute notre attention. On ne saurait'se flatter de rétablir la vue de l'œil droit ; il est perdu vraisemblablement sans ressource ; mais il faut tout tenter pour dissiper l'humeur engorgée dans cette partie , pour calmer les douleurs que Madame y ressent, et pour rétablir, autant que possible, le globe dans sa si-» tuation naturelle. Les moyens propres à produire ce résultat mettront en même temps l'œil gauche à l'abri de tout accident.
Une saignée du bras et une du pied en vingtquatre heures; tisane de vinache; ensuite petitlait avec addition de suc de cloportes.
Observation 407.
L'œil gauche de M. D**% âgé de vingt-deux
I tO SECTIOH \ | l I , ( ,1 \ r ! I l; 1 I ,
.mis, bien constitué, sorti! «!«' l'orbite environ de trois lignes, dans l'espace d'un mois, tans au* cune «nisc apparente. La vue était bonne le fis établir un poin( de compression avec des cornpicsscs graduées, par !<■ moyen d'un bandage crue l'on serrait trois lois par jour, el qui fui gardé tour et nuit pendant quarante jours planche «7, ûgure a . L'œil reprit sa place; mais, après la suppression du bandage , il sembla disposé ;< proé* miner de nouveau. Cette menace a eut point de suite.
Observation |o8.
Madame de 1/", d'un tempérament lymphatique, était contrefaite. Elle accoucha d'un «niant que Ion jugea moi 1 depuis quinze joins \u>sitôl après l'accouchement, son œil gauche commença .1 faire saillir, ci en huit jours il sortait <lc cinq lignes. La vue nYtait que très-peu affaiblie. Je la vis assidûment avec monsieur Baudelocque. Des moyens généraux firent reprendre au globe sa situation naturelle. Pendant que l'œil rentrait, elle eut plusieurs attaques de convulsions.
Observation 409 .
J'ai été consulté en 1799 par Monsieur D***, Agé de cinquante - cinq ans, d'un tempérament bilieux, qui avait l'œil gauche jeté de plusieurs lignes hors de l'orbite par un polype dans le sinus maxillaire. Cette tumeur me parut entrer en sup-
de l'exophtalmie. 3ai
puration. Je trouvai que la paroi inférieure de l'orbite était soulevée, que l'on sentait à la joue un commencement de fluctuation. L'os maxillaire était aminci, et sa face antérieure faisait saillie; une odeur fétide sortait de la narine. Je conseillai l'extraction d'une dent déjà ébranlée. Elle amena à sa racine un petit fragment de chair fongueuse, et il sortit par l'alvéole du sang et du pus. Je demandai en consultation M. Sabatier et M. Dubois, dentiste du malade. M. Dubois et moi nous fûmes d'avis d'ouvrir le sinus par l'intérieur de la bouche. M. Sabatier, à l'avis duquel nous nous rangeâmes, opina pour donner issue à la matière, en faisant une incision à la peau de la joue et à la face amincie et protubérante de l'os maxillaire. Il la pratiqua sur-le-champ, et le traitement fut heureux. On ne put accuser aucun principe particulier.
Observation [\\o.
Aix, le 8 septembre 1783.
Mémoire, — M. M*** perdit, il y a quelques années, l'œil gauche, à la suite de la petite vérole. Le droit se fortifia, et le malade se livra au travail de cabinet comme auparavant. Au mois de mars dernier, sa vue commença à se troubler et à diminuer graduellement. Il éprouva des tiraillements dans la tête , des douleurs dans le globe et dans l'orbite. L'oeil devint proéminent, et se
3aa BECTIOH \ i i i , « n s .' i i i; f i ,
déjeta vers l'angle externe. Ces accidenta avaient (i, précèdes, une année avant, de semblables tiraillements, «I»- douleurs, el d'une légère diminution de rouir d'un côté. Cea symptômes annonçaient une liuniriir qu'il fallait d< loin nrl' et
évacuer. On appliqua un petit vésicatoire derii< i«- I'- reille. Jl survint au bout de trois jours un gonflement au rebord do la paupière inférieure. Le gonflement a'accroissanl et formant un bourrelet, on appela un chirurgien -oculiste, qui ordonna des In lions d'extrait de saturne, à la dose de vingt gouttes sur une tasse d'eau, ci lit appliquer pendant la nuit un emplâtre, moitié onguent de la Mère et moitié beurre de cacao.
Au bout de huit jouis. I.i vue se perdant, el 1<' bourrelet croissant toujours, cet oculiste le scarifia, <e (jiii donna issue a beaucoup de SSng;
mais les cicatrices uc furent pas plutôt consolidées, que le bourrelet se gonfla de nouveau ; il \ appliqua trois sangsues, puis, à deux lois différentes, il fit des mouchetures: tout cela n'eut qu'un effet momentané; le bourrelet augmenta toujours de volume, et forma une tumeur pleine de sang. Le globe demeura dans le même état de projection; à nue Légère inflammation près, qui était au bas, il ne paraissait pas altéré; la prunelle se contractait et se dilatait aisément. L'oculiste se détermina à emporter la portion de la conjonctive qui formait le bourrelet, ce qu'il ne put faire qu'en partie. 11 pansa la plaie avec l'on-
DE L EXOPHTALMIE. Ôl6
guent de la Mère mêlé avec du beurre de cacao. Dans l'intervalle de- ces opérations, qui eurent lieu en deux mois, il fit faire des fomentations toniques , mit le malade à l'usage de l'eau de veau avec des cloportes; l'état de l'œil ne fit qu'empirer. Ce qui n'avait pas été emporté de la conjonctive ne rentra point; le gonflement s'étendit en dedans. La protubérance et la saillie de l'œil qui n'avait été qu'à l'angle externe, passa également du côté de l'angle interne : il fut déjeté hors de son orbite et poussé vers le haut de la paupière supérieure , qui , le recouvrant presque en entier, ne permet pas de voir quel est son état actuel.
Le malade éprouvait des douleurs dans le globe, plus souvent gravatives que pulsatives, des tiraillements fréquents depuis la racine du nez jusqu'à la nuque , des douleurs sourdes d'oreilles et de dents, des spasmes et des contractions d'estomac, beaucoup d'agitation dans les fibres nerveuses, une constipation opiniâtre, peu de sommeil, du dégoût.
Dans cet état, il crut devoir quitter le traitement qu'on lui avait fait suivre. Il assembla auparavant quelques personnes de l'art. Elles pensèrent que rien n'indiquait qu'il y eût un épanchement dans les chambres de l'œil , qu'il était probable que le gonflement provenait d'un engorgement humoral, dont le siège était peut-être dans les graisses de l'orbite. Elles proscrivirent
ai.
| | j SECTION VIII, CH APITB1 i ,
toute opération, et regardèrent tout topique comme dangereux, propre à irriter, s'il était résolutif ; à relâcher et à augmenter la tumeur, s il était émollient. Elles ordonnèrent un séton à la nuque , des bains tièdes...
Revenu chez lui depuis !«• i5 octobre, l<- malade a été mis à l'usage du lait; on lui ;i fait prendre des bouillons de poulet , quelques décoctions de tamarins. < m lui a appliqué sur !«• ventre ci sur l;t mikjiic des emplâtres antispasmodiques. Son état s'est amélioré quant à I habitude «lu corps; il éprouve peu de tiraillements et moins de douleurs. L'oil est resté au même état; il en souffre peu; il sent seulement, «le
temps en temps, de légers picotements et des
chatouillements incommodes à la paupière supérieure, de la pression à la paupière inférieure,
et de la tension a toute la peau du crâne. Le linge qui recouvre l'œil se charge, en peu de temps, d'une humeur visqueuse qui n'a aucun caractère purulent; la constipation est toujours opiniâtre; le séton, qui ne rendait presque plus, a été abandonné.
Observation l\ r r .
M. B***, homme de cabinet, d'une constitution affaiblie par l'étude, fut moins heureux que le sujet de l'observation 409.
Une tumeur fongueuse se forma dans le sinus maxillaire , du coté gauche , et souleva la paroi
DE l'exophtalmie, 3a5
inférieure de l'orbite. L'œil fut poussé en dehors vers le bord latéral externe. La partie du rebord orbitaire formée par l'os maxillaire devint spongieuse et gonflée ; le polype s'étendit dans l'arrière-bouche. Le gonflement du bord inférieur de l'orbite avait beaucoup diminué, et les parties s'étaient presque entièrement remises dans leur état naturel ; l'œil était à sa place , lorsque tout- à -coup les accidents ont reparu avec plus d'intensité. On introduisait une sonde dans le sinus , à travers l'alvéole d'une dent : elles manquaient toutes à -peu- près dans cet endroit. On débrida avec un bistouri , et on écrasa avec le doigt, dans le sinus, des tumeurs mollasses, grosses comme des grains de raisin : on porta ensuite deux boutons de feu dans cette cavité. Six jours après , tout repullula ; ce fut alors qu'on m'appela, le i5 août 179g. Une partie du polype parut à l'entrée de la narine gauche; un bouton de feu, porté trois fois dans le fond du sinus, n'excita qu'une douleur modérée. L'injection faite dans cette cavité par l'intérieur de la bouche , jaillissait par une ouverture qui s'était faite extérieurement au sac lacrymal et au tissu cutané. L'œil était sorti une seconde fois de l'orbite , dont la paroi inférieure était soulevée de nouveau. On ne connaissait chez M. B*** aucun principe particulier que l'on pût considérer comme cause de cette cruelle maladie : il mourut peu de jours après.
\ la même époque, je fus appelé pour M. 1 abbé r"\ aujel i la goutte : il s'était bit aussi chei lui une rupture au sao lacrymal si i la peau: le polype a va il soulève- l.i paroi inférieure de lor» bite, rejeté l'œil droil borsde cette cavité et près «le l.i tempe, puis avait fail de tels progrés du côté de l'arrière -bouche, que \b maladie s'étail trouvée au-dessus des ressources de l'ait Le p<>lype, dans ces deui cas, avait fermé l'orifice inférieur <ln conduit nasal, el La matière des la nues, amassée dans le sac, avait fermenté el s'étail fait
jour pour se répandre dans le tissu cellulaire.
sous la peau, qu'elle avait percée quelques jours après; ce gonflement, l'augmentation de volume de l'os maxillaire, et la déplacement de l'œil, rendaient hideux l'aspect de ces deui infortunes. M. l'abbé l'*" mourut aussi assez promptement.
N. D. J'engage le lecteur, s'il est à portée de le faire, de consulter, au sujet <\i- cette espèce de
maladie, la Nosologie naturelle de M. Alibert, tome I , c/ famille , genre V, polype , planche F.
Observation [\\i.
Madame de R***, âgée de cinquante-sept ans, d'un tempérament lvinphatico-ncrvcux, était tourmentée, depuis huit ans, par une céphalalgie presque habituelle, qui avait augmenté d'intensité dans les sept derniers mois, lorsqu'on s'aperçut, en avril 1800, que l'œil droit sortait de l'orbite. La saillie s'accrut. Rougeur à la conjonctive...
de l'exopitalmie. 327
Petit abcès à la cornée suivi d'un trouble général, et œdème de la conjonctive... L'œil continue à sortir... Douleurs de tète du côté droit, insomnie, fièvre, anorexie... On eut recours à des cataplasmes , et on couvrit la tumeur d'un linge enduit d'onguent de la Mère. La cornée, en suppuration, fit une saillie avec l'iris. Lorsque je fus appelé , vers la fin de mai, je trouvai une tension générale qui annonçait qu'une tumeur fongueuse, dont le siège était au fond de l'orbite, poussait, avec violence , le globe , qui , retenu par les quatre muscles droits , ne pouvait pas conserver sa forme dans cet état violent , la cornée étant déjà affaiblie par un abcès. En effet quelques jours après, le 10 juin, à sept heures du matin, la partie antérieure de l'œil céda à l'effort considérable qu'elle soutenait, et fut lancée, en partie, à une distance de plus de six pieds , avec quelques débris de membranes , le cristallin , et le corps vitré. Les douleurs furent cruelles dans le moment de cette explosion , et durèrent jusqu'à dix heures ; elles s'appaisèrent ensuite; le reste de la journée et la nuit furent calmes. Lorsque j'arrivai, une heure après l'accident , je trouvai qu'il était sorti du globe déchiré une palette de sang, et que la tumeur, fort augmentée, présentait l'aspect d'un caillot de sang noir. Le lendemain , son apparence était la même : ce caillot tomba peu de temps après. La tumeur tripla de volume dans les cinq jours suivants , et prit une couleur rose : elle
114 i i 0 H \ il i, < BAPIT11 I ,
devint <!<• la grosseur d'un ami «le poule, puis diminua peu -à-peu. L'étal déplorable <!<• la santé de Madame <!«• P."' ne nu- permit pas d'employer «les moyens for! actifs pour réprimer cette fongosité. L'affaiblissement général augmenta par suite 'les douleurs excessives et «In chagrin, et la malade mourut, quelques mois après, à la suite d'un catharre pulmonaire. .le «lois ajouter qu on aperçut peu les débris du globe, dès le jour de cette rupture oculaire.
Observation /|i3.
Mémoire. — Le malade, Agé <!<• cinquante-cinq ans, est d'uo tempérament pituiteui et mélancolique. 11 \ a sept ans qu'il perdit un œil par une goutte sereine qui lui survint sans douleurs:
depuis, l'œil a été sujet à plusieurs Ophtalmies, qui sont toujours devenues de plus en plus fréquentes, sur- tout dans ces derniers temps. La cause déterminante de ces accidents a paru d'abord dépendre de l'air, du moins le malade le croit ; mais, dans ces derniers temps, ils ont été plusieurs fois précédés de quelques dérangements dans les digestions. H y a environ deux ans, après une forte ophtalmie, on s'aperçut, à travers la cornée, que la couleur de l'iris et la teinte naturelle de la pupille étaient altérées. Cet état augmenta toujours, et ces parties parurent, dans ces derniers temps, à-peu-près d'un blanc jaunâtre; et, à la suite d'une dernière fluxion ou ophtalmie, on aperçut, (h\
DE l'exopetalmie. 3aC)
côté du grand angle, un fongus, qui, d'abord accompagné d'un gonflement de la conjonctive , fut soupçonné de même nature que les boursoufflements arrivés dans lest dernières ophtalmies. Dans une assemblée de médecins et de chirurgiens, il fut décidé qu'on emporterait cette espèce de bourrelet; ce qui fut exécuté: mais l'excroissance fongueuse qui se cachait sous cette forme de boursoufflement fut bientôt aisée à reconnaître, et, après l'opération, on ne douta plus de son caractère. Elle grossit assez considérablement pour jeter l'œil du côté opposé ; il ne paraissait pas plus volumineux que l'autre. Toutes ces parties étaient peu sensibles au toucher; mais le malade ressentait de vives douleurs dans la tète ; la fièvre subsistait toujours depuis environ deux ou trois mois, tantôt plus, tantôt moins, et une dernière ophtalmie, après un dérangement de digestion , fut suivie de l'augmentation de la fièvre et de douleurs de tète insupportables, qui diminuaient tellement les forces du malade, que l'on eut bientôt regret de n'avoir pas déjà emporté l'œil. On attendit néanmoins la diminution des accidents, et dès qu'elle fut arrivée, je fis l'extirpation du globe.
Peu de jours après, nous vîmes avec satisfaction les choses aller de mieux en mieux : nous croyions toucher au terme de la guérison, lorsque le vingtième jour, j'aperçus le fond de l'or-
33û m i riOII VIII, CHAPITBI I ,
bile garni de chairs, donl la solidité et la couleui n'étant pins la même, me parurenl de mauvaise nature. Cel étal lut encore annoncé par quelques dérangements d'estomac. Toutes ces chairs de l'or luic m- smiii tellement accrues depuis six semaines, qu'elles formenl présentement un volume de la grosseur du poing. Une petite ûèvre subsiste toujours; le sommeil est très -souvent interrompu; une douleur rhumatismale occupe depuis quelque temps les lombes et les cuisses; elle empêche également le malade de rester au lit et de mar« cher, et il a les jambes cedématiées. Cette douleur s'est souvent réveillée dans le coins de la maladie, et paraît dépendre de La même 'anse, il faut remarquer qu'après l'extirpation de l'œil, je le coupai par la moitié, et je trouvai que sa substance était élastique, sans qu'il s'en écoulât la moindre humeur: d'après cela, il ions ;i paru que la maladie était cancéreuse. Le consultant n'a
été sujet à aucune allection dont les suites puissent entraîner des dérangements dans L'économie animale : le vice des digestions est la seule indisposition à laquelle il a clé sujet avant et depuis celle maladie. Si ce dérangement en est la cause, l'altération qu'il a portée dans les liquides et les solides est -elle susceptible de guérison? et quels sont les moyens à employer? Mais, d'abord, ce vice de l'estomac en est-il susceptible lui-même ' et que faut-il faire sous ce dernier rapport?
DE L' EXOPHTALMIE. 33 1
L'on a remarqué que les bains, les relâchants et le petit -lait ont nui. Les remèdes stimulants ne paraissent pas causer d'irritation.
Résumé de la maladie, savoir : humeur cancéreuse à l'œil, qui a produit depuis deux mois des fongus et autres tumeurs de la grosseur du poing, qui rendent beaucoup, et malgré cela ne diminuent point; humeur rhumatismale dans les deux cuisses, qui rendent le malade perclus et lui ôtent le pouvoir de faire un pas : les deux jambes sont depuis long-temps extraordinairement enflées et dures sans aucune diminution. On demande à M. Demours quels sont les remèdes à toutes ces maladies ?
JV. B. L'opinion de mon père fut que la maladie était au-dessus des ressources de l'art : il conseilla de tenter l'usage de l'opium , en commençant par de faibles doses et augmentant graduellement. D'après ce que j'ai vu bien souvent depuis, dans ma pratique, l'événement- a dû être funeste. Il est évident pour moi que la cause de la goutte sereine, survenue sept ans auparavant, était le principe du même fongus qui commença à se développer dès cette époque au fond de l'orbite, et comprima le nerf optique. {Voy. tom. i, à la fin de la sect. i, les observations d'Anatomie pathologique.)
Observation [\\[\.
Mon père, alors fort jeune, recueillit l'obser-
m ( riOH \ i i i , CHAPITJM i ,
vation sin\ ante, peu de temps avant sa i* < eption ;t l,i faculté de médecine d Avignon.
Le nommé ' ' eut, il \ r environ quatre ;nis. une excroissance polypeuse dans la narine gauche, qui, croissant de jour en jour, I obligea de se présenter à l'hôpital d'Avignon, déterminé ■< se soumettre aux moyens que la chirurgie A coutume d'employer contre ces sortes de maladies. On lui en lit l'extirpation ; mais les suites de I opération ne furent point heureuses : les racines restèrent et reproduisirent en peu <!<• jours une pareille quantité «le chairs. Il se présenta de nouveau; on lui en fit encore l'extirpation, toujours avec un succès apparent. En un mot, il était oMi^é de souffrir de temps eu temps la même opération, et MM. Allemande! Ma ne, chirurgiens de cet bôpital, onl attesté lui ;i\<>ii extirpé à dîverses reprises plus de douze livres de chairs, el cela dans L'espace «le trois ans qu'il porta ce polype. Las eulin de souffrir si souvent une opération douloureuse, il le laissa croître, de sorte qu'il fit beaucoup de progrès en peu de temps. 11 commença par donner au nez un volume extraordinaire, principalement du côté gauche, el se jetant dans 1 orbite i)u même côté, il en chassa l'œil et le poussa tout-à-fait au petit angle, en le privant de la vue. Trouvant ensuite moins de difficulté à s'étendre hors de l'orbite, il commença à en sortir, et il y a apparence qu'il aurait fait tout s^pn progrès entre l'œil et le grand angle, si