‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 24 sur 44 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

J'ai l'honneur de connaître M. Frébault, qui m'a amené, au mois d'avril i8[5, une malade à laquelle il portait un grand intérêt. Elle était menacée de perdre la vue, et nous fûmes assez heureux pour la garantir de ce malheur. Je crois pouvoir assurer, d'après ce que nos conférences m'ont appris de la perspicacité de l'auteur, que l'on peut compter sur l'exactitude des circonstances dont il rend compte.

M. Frébault a fait précisément ce qu'il y avait à faire; il a sagement attendu, pour pratiquer l'extraction du cristallin, que les accidents inflammatoires fussent dissipés. Mon père a publié un fait analogue à la fin du tome Ier de sa traduction des Essais et Observations de Médecine de la Société d'Edimbourg; mais le passage du cristallin dans la chambre antérieure était l'effet d'un coup. J'ai, dans son Journal et dans le mien, un certain nombre d'exemples de ce genre. Dans ce moment, où je mets tous ces matériaux en ordre pour publier incessamment ceux qui me paraîtront dignes de l'être, j'ai sous les yeux ces exemples , et il n'y en a aucun complètement semblable à celui que M. Frébault a remarqué. Il a donc raison de s'étonner que la lentille opaque,

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sortie de son ebatoo et plongée pendant plut de sii mois dans l'humeur aqueuse, n'eût point perdu de son volume naturel ; j'avoue que si la scrupuleuse exactitude «le L'observateur ne m'était pas connue] je hasarderais de dire que probablement il y avait un peu de diminution dans le volume «lu cristallin. \u reste, l'auteur sait parfaitement (jue ce corps varie de volume d'une manière très-remarquable, et cela chez des individus qui paraissent se ressembler par l'âge, la taille, et le sexe. Ne serait-il pas possible que le cristallin eût été d'un volume notable dans l'étal sain chez Madame***, et qu'il ait encore paru assez volumineux après sa sortie de la chambre antérieure, quoique déjà réellement un peu diminué. Je n'ai point tenu note sur mon Journal de la maladie de Madame***, lorsqu'elle me consulta; mais, d'après quelques souvenirs de L'étal dans lequel était son œil, je crois que la phlegmasie dont parle l'auteur doit avoir subsisté pendant la plus grande partie du temps que le cristallin a séjourné dans la chambre antérieure; ce serait pour moi une explication suffisante d'un défaut de diminution de volume de ce corps. En effet j'ai remarqué que l'action du système absorbant dans lintérieur du globe est diminuée en raison directe du degré de phlogose, et j'ai vu la résorption , soit de la lentille opaque passée devant l'iris, soit de la matière puriforme épanchée entre cette membrane et la coruée, ne s'opé-

DE LA CATARACTE. 3o,3

rer, d'une manière marquée, que lorsque le système lymphatique absorbant de ces parties délicates cessait d'être gêné dans son action par l'injection générale du système vasculaire de l'organe. C'est un événement si rare que le passage du cristallin dans la chambre antérieure à travers la pupille, sans que ce déplacement ait été précédé par un coup ou une chute, que, lorsqu'il est survenu à la suite d'une maladie grave, comme dans l'observation dont il est question, j'ai pensé souvent qu'un mouvement convulsif, ou un coup donné à l'œil dans un moment de délire, avait occasionné le déplacement du cristallin à l'insu du malade. L'observation de M. Frébault me paraît digne d'être insérée dans le Journal de la Société.

Observation 45o.

J'ai vu quelquefois le cristallin opaque passer par la pupille dans la chambre antérieure , et delà retourner à sa place. Quelques malades peuvent faire exécuter à volonté ce déplacement alternatif au corps opaque : je vais citer un de ces cas parmi les plus récents qui se soient présentés à mon observation. M. le docteur Tillard était chez moi en consultation, ainsi que M. Busnel, ancien chirurgien -major, lorsque ce malade se présenta le 3 juillet j 817; il fit passer le cristallin opaque dans la chambre antérieure et le fit repasser derrière l'iris en leur présence.

M. Gastel, sujet de cette rare observation, est

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cordonnier ; il demeure à Paris, rue de laTonnel lerie, n° l'i- " est âgé de trente-un ans, h (!<■ bonne constitution; la cataracte qu'il a à l'œil droil date de l'âge de sti ;ms : le cristallin opaque esl descendu peu-à-peu derrière l'iris vers l'époque de la puberté : il était invisible ;< dixhuit ans, ci plongé dans le corps vitré désorganisé. La pupille avail présenté, pendant quelque temps, l'apparence à-peu-près que présente celle que l'on \<>it pi. o.i, fig. i. \ dix-neuf ans, un service militaire très- actif lit passer le cristallin devant l'iris (pi. ai, 6g: a) : les douleurs continuelles qu'il éprouva lui firent obtenir son congé. Il y avait quinze jours que le corps opaque était dans l,i chambre antérieure, lorsque je lui dis que j'en ferais l'extraction; mais que, puisqu'il désirait éviter l'opération, il pouvait , avant de la subir, instiller dans son or il quelques gouttes de solution aqueuse d'extrait de belladone, pour dilater la pupille, ce qui faciliterait le retour de la lentille opaque derrière l'iris; qu'il devait, pour favoriser ce passage, rester couché pendant vingtquatre heures sur le dos, et même de temps à autre, pendant cet intervalle, avoir la tète tellement placée que le sommet fût plus bas que le cou. Je lui conseillai de se faire instiller quelques gouttes de vinaigre aussitôt que le cristallin ne serait plus visible, et cela dans l'intention d'exciter une phlegmasie artificielle capable de faire cesser la dilatation de la pupille, même de rendre

son diamètre plus petit qu'il n'était avant l'emploi de la Belladone, procédé que j'ai employé utilement dans certains cas.

Tout fut exécuté et suivi du succès que j'attendais. Il fut huit ans et demi sans être incommodé de son singulier accident, qui a lieu de nouveau depuis deux ans jusqu'à trois et quatre fois par mois. Il lui suffit de baisser vivement la tête par inadvertance pour que la lentille passe devant l'iris : alors il souffre et est incapable d'occupation, jusqu'à ce que, couché par terre, le menton haut et le sommet de la tète bas, il la fasse rentrer, en exerçant d'assez fortes frictions sur le globe, à l'aide de la paupière supérieure. Je lui en ferai probablement l'extraction quelque jour.

Il existe des observations qui constatent que le cristallin, devenu opaque, s'est quelquefois déplacé spontanément, soit par l'effet d'une chute, soit par d'autres causes souvent inconnues. J'ai rapporté le fait suivant à la Société de Médecine de Paris; il a été inséré dans le tome XVIII de son Journal. M. Chamseru, mon savant collègue, en a rapporté un exemple dans l'Encyclopédie par ordre de matières, art. Cataracte.

a M. N**% demeurant rue de Grenelle -Saint- Honoré, a l'œil gauche fondu depuis vingt-deux ans : le droit était entièrement privé de la vue depuis quatorze ans.

« Il y a trois ans , à la suite d'une agitation

\gjS M ( I M) N \ I M , CHÂPITR] I I ,

violente (|in excita des soubresauts dans les ten dons ci de l,i fièvre pendant la umi, il se réveilla \<i\ani suffisamment pour lire l'enseigne d'un marchand, son voisin. Dès ce moment sa nie est restée bonne: il lit aisément à l'aide d'un verre ;i cataracte; ce qui démontre que le cristallin a été déplacé e! esl descendu derrière l'iris. La pupille esi fort nette; et j ;>i remarqué dans cet oeil, lors des mouvements brusques du globe, le léger tremblement de l'iris, que l'on aperçoit ordinairement plus OU moins dans les yeux dont le cristallin a été extrait ou abaissé, .l 'ai choisi cette observation, parmi plusieurs autres du même genre, pour la faire connaître, parée que ce fait présente un grand degré d'authenticité, et que presque tous les habitants de la rue <!<• Grenelle -Sarnt- Ilonoré en ont connaissance, et ont été fort étonnés de voir M. N*¥% conduit par la main encore la veille, aller seul dans les rues, et voir fort bien à laide d'un verre convexe. Il avait alors soixantecinq ans. »

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