‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 4 sur 44 · SECTION VII, CB A FITB1 I · texte numérisé non relu

SECTION VII, CB A FITB1 I

dam l'estomac comme si \\ avais la mie d'un |).iui chaud imbibé de vinaigre; ce que j»- ne ressentis plus quand je fus revenu. Iprès mes saignées el ma purgation, je me portai ;t peu-près .1 mon ordinaire, sans cependani ;i\<>ir la tête bien libre; elle ne I a même pas été depuis. On ne conseilla <l<- me foire saigner <!<• temps en i tin j>s du pied el de Jim' purger quelquefois Je me fis tirer du sang du pied droil au mois d'octobre; trois jours après, je ne, \<>\;iis de l'œil droil que des mouches ci des filandres noires, et la Mie s'en esl presque totalemenl éteinte. Je roudrais qu'elle If fui tout-à-fait; car l<- peu que j'en aperçois à travers «m treillis épais mm au gauche. Lorsqu'il lait un beau jour el qu'on me ferme l'œil gauche, si avec !«• droil je regarde un clocher, je l'aperçois très-imparfaitement, »-t au lieu de le \<>ii droit, je !<• vois courbé a angle droit, ainsi que les vitres et autres objets blancs el lumineux. Je lus purge quelques jours après cette saignée, el le troisième joui', j'eus un second coup de sang, mais moins long el moins violent que le premier. Dans celui du mois de juillet, je me sentis monter le sang à la tète, et dans celui-ci il me descendit, soit du sang, soit des humeurs, de la tête au visage jusqu'au milieu du nez; j'en discernai à merveille l'écoulement avant de m <•vanouir, et même, long-temps depuis, j'ai eu souvent par intervalles le nez enflé et rouge; il le devint encore dans le courant du mois dernier.

À ce second coup , qui me frappa chez moi, les gens de l'art de Saint-Calais vinrent à mon secours ; le chirurgien voulait saigner, le médecin s'y opposa. Je ne le fus point. On me mit sur le sommet de la tête un cautère volant, qui tira dès la première fois , et a toujours donné des sérosités et des matières gluantes et blanchâtres d'une odeur fétide. En établissant cet exutoire, mon médecin veut : i° éviter des rechûtes de coup de sang; 20 amer liorer l'état de mon œil ; 3° combattre un enchiffrenement auquel je suis sujet; 4° il avait enfin l'espérance de détruire ou du moins de diminuer l'humeur qui mé cause depuis bien des années un rhumatisme. Il y a un an qu'il est presque continuellement dans la tête. Depuis que je porte ce cautère, je suis purgé fort souvent, et j'ai pris à deux fois différentes beaucoup dapozêmes.

En décembre, quelques jours après avoir fait faire ce cautère, j'allai à Tours voir le frère André, bénédictin à Marmoutiers, bon chirurgien, et particulièrement fameux oculiste ; il examina attentivement mes yeux, et déclara qu'il s'agissait d'une paralysie.

Réponse.

Le coup de sang que le malade eut au mois de juillet de l'année dernière , la perte de l'œil gauche survenue au mois d'octobre suivant, le second coup de sang qui suivit de près cet obscurcissement de la vue, et ces humeurs qu'il tfsenties

| | | IBCTIOA \ i i . < h \ i' i i i: i i ,

monte] i li i< •!«■ «"i descendre §ur le visage et .m nez en diverses <>« casions, annoncent <l une fa< on qui n'est j ».»^ équivoque un embarras dans la tête, nui ne saurait être attribué qu'à un état plétho* rique dont il \ aurait tout à craindre, non-sêo< lement pour le 1><>h * ■ • 1 1 , mais même poui la vie, m on négligeait <I'\ apporter remède. I a saignée est nécessaire; mais comme elle n'est p.is sans inconvénient par rapport à la vue, il faut la (aire avec ménagement; t-1 1*- doit être plutôt évacua-

tive que révulsive. Nous serions donc d"a\is que le malade i ni saigné du lu as. a \ ce la précaution de

mettre environ quatre heures d'intervalle entre les palettes. Le lendemain, vingt sangsues an\

deUZ tempes. I indique. Sel volatil de vipeies

Petit-lait avec addition d'an demi-grain d'émétique. Entretenir le vésicatoire. Faire de l'exercice, et observer un régime sévère. <>n ne peut dissimuler que l'œil droit courl du danger.

Observation 34o.

Mémoire. — Lue femme, âgée de trente-quatre

ans, est attaquée depuis quinze mois de la goutte sereine, à la suite de convulsions causées par un accès de colère, qui avait été précédé de longs ebagrins. Elle est d'un tempérament bilieux, pi-

tuiteux. Les spasmes qui L'agitèrent ont excité des

contorsions si violentes, que les bras et les mains paraissaient disloqués : les yeux ont tellement gonflé, que la cornée faisait saillie. La. malade

est tombée dans un état de faiblesse excessive qui dura six mois. Un mal de tête violent dont le siège principal se rapportait à l'occiput, et semblait partir du diaphragme, n'a duré que peu de jours, et a cédé aux vésicatoires placés aux oreilles pendant quinze jours et a la nuque pendant vingtquatre heures. Des vomissements très -fréquents ont duré trois mois : la malade vomissait chaque fois qu'elle prenait des aliments. Les règles étaient vacillantes , et la moindre contrariété , le moindre chagrin les faisait fluer. Les extrémités supérieures et inférieures , pour ainsi dire paralysées , ont commencé à reprendre du ton vers le septième mois, et ont toujours été en s'améliorant , aussibien que l'appétit, le sommeil et les règles, qui ont repris leur cours ordinaire. Il ne reste maintenant à la malade qu'une légère douleur, vers la région du diaphragme. Elle distingue bien le jour d'avec la nuit; la pupille se dilate et se contracte à merveille; les yeux jouissent de tous leurs mouvements.

Le soussigné estime que les muscles de l'œil, qui ont leurs attaches fixes au fond de l'orbite , autour du nerf optique qu'ils embrassent, se sont trouvés fortement contractés à l'occasion de la colère, que l'anneau modérateur de Valsai va s'étant resserré par cette tension , le nerf optique a été comprimé.

La malade n'a pris d'autres remèdes que les ferrugineux et le bois de gayac par infusion ,

s i ( i i ii s \ i i , ' mi'ii n i . quelques bains de vapeurs, IV. m de Cologne M frictions, les eaux <l«- Balaruc en douches, et Ici vésicatoires apposés aux oreilles et à la nuque

Londn i . 1«- a i juin i - '>- .

Mémoire. — l ne dame, âgée d'environ soixante tns, d'un tempéranient sec et bilieux, fut affectée, il n a deux mois, d'un obscurcissement subit sur l'œil gauche, ayant à-peu-près la forme d'une mouche noire, ave< nombre de filaments, qui parurent d'abord offusquer tout cet osil; mais ensuite diminuèrent peu-à-peu d'épaisseur et d irrégularité, en formant nne seule li^m- noire d'un quart de cercle qui paraît être du côté supérieui do petit angle <!«• l'œil. Cette ligne <irculaire a beaucoup de mouvement, lorsque la malade tourne la tête <»u qu'elle remue l'œil, et se fixe toujours en remontant au même endroit. Il ne parait aucun changement de couleur, ni opacité dans la partie visible du cristallin. La prunelle, pendant plusieurs jours, était un peu plus contractée que celle de l'œil droit; mais ensuite elle a repris son diamètre naturel, sans recouvrer tonte son élasticité; les changements de lumière ne lui causant qu'environ les trois quarts de contraction ou de dilatation par comparaison leur action sur celle de l'œil droit; elle parait très-noire. 1);iiin le commencement, il v avait

amatjrose. 127

un sentiment de pesanteur sur cet œil, sans aucune douleur de tète ni à la tempe. Cela s'est dissipé , en sorte qu'elle ne sent rien de plus à l'œil affecté qu'à l'autre.

La malade a été saignée au pied, à la jugulaire, et à la tempe. Comme elle est d'un tempérament fort resserré , on lui a prescrit un régime rafraîchissant , quelques purgatifs , ensuite l'usage de laxatifs propres à tenir modérément le corps libre, l'infusion de fleurs de romarin et d'eufraise, l'exercice du carrosse, les bains de pieds. De plus on entretient une évacuation d'humeurs séreuses au moyen d'un petit vésicatoire à la nuque, et comme elle prend difficilement les médicaments , on n'a point ordonné de remèdes internes atténuants, de céphaliques plus actifs, ni aucune application extérieure. La consultante, environ deux mois avant cette maladie de l'œil, eut une attaque d'apoplexie, dans laquelle elle fut près de trois fois vingt - quatre heures sans voir, entendre, ni parler, ayant cependant l'usage libre des bras et des jambes.

L'émétique, les saignées révulsives, un vésicatoire , et quelques diaphorétiques , la rétablirent en peu de jours, tellement qu'il ne lui restait aucunes traces extérieures de cette maladie lorsqu'elle fut attaquée de celle pour laquelle elle consulte. Son état présent est que le nuage de l'œil gauche n'a point augmenté, qu'il ne s'étend point au droit , et qu'il se borne à cette ligne

i <s SECTION v i l , < il \ P i i i. i i .

circulaire décrite ci-dessus; qu'elle peu! lire et écrire avec des lunettes, donl elle fail usage depuis nombre d'années; qu'elle se porte bien «I ail Irms, mange avec beaucoup d'appétil , mais peu, dorl bien, el prend un exercice modéré. Elle désire connaître !<• pronostic <l<- cette maladie, les moyens les plus efficaces pour en prévenu l'augmentation, et empêcher « 1 1 <♦■ la même cause n'attaque l'autre <«il , !«• régime l<- plus convenable dans ce <;is, et savoir si le siège «lu niai est dans le cristallin ou dans la rétine.

Réponse.

La maladie réside dans la rétine. I.<s moyens employés étaient très-bien indiqués : entretenu le vésicatoire à la nuque. La malade prendra les eaux martiales de Diilwich, dans le comté <!<• Surrey. On les fera venir à Londres; ensuite elle fera usage «lu suc de cloportes intérieurement et «lu baume de Fioravanti à l'extérieur.

Observation 3 i - .

18 juin 17^.',.

Consultation pour M. (/' ", de Liège, âgé de cinquante-un nus, d'une constitution maigre, d'une taille liante, d'un tempérament bilieux. Il eut «les fièvres en r^Sa, et cette maladie, qui fut longue, le mit a l'extrémité, et lui fit perdre l'œil droit. Depuis sa convalescence, en janvier 1783, la vue

de cet œil commença à s'éclaircir, mais très-lentement. Pour tout remède, on lui appliqua un vésicatoire au cou , qu'il garda deux ou trois mois, et il fit usage de l'eau de Cologne. Il y a donc plus de dix -huit mois que cet œil est affecté de paralysie. Elle a été complète , puisque le malade n'en voyait ni le jour ni la lumière d'une bougie. La nature a dissipé en grande partie cette maladie, et l'obscurcissement a diminué, au point qu'il n'y a plus que le centre de la rétine d'obstrué. En effet il ne voit point l'objet sur lequel aboutit l'axe optique, et aperçoit presque tous ceux qui sont à côté : c'est-à-dire qu'en dirigeant l'œil droit sur le mot ROI en grosses lettres, il ne voit pas la lettre du milieu , et ne distingue que celles qui sont à droite et à gauche.

Un vésicatoire qu'on lui appliqua derrière le cou et l'usage qu'on lui fit faire de l'eau de Cologne paraissaient si bien indiqués, que c'est à ces moyens que nous croyons devoir attribuer la guérison commencée de cette paralysie, et si cette amélioration est restée imparfaite, c'est que le malade s'est lassé trop tôt de porter son vésicatoire, parce qu'il rendait prodigieusement; c'està-dire que la raison qui le lui a fait abandonner est précisément celle qui aurait dû le lui faire conserver.

Nous pensons que, pour dissiper entièrement l'obstruction, il faut absolument revenir à un vésicatoire au cou, dont on entretiendra ^écoule- UI. 9

i i.» UCTIOIf VII, CHAPITHI I ,

ment ;m n is pendant ail semaines; Monsteui

prendra tous les matins nue pinte de petit -lait arec un gros de terre foliée <!<• tartre et quatre onces de suc de oreason, cerfeuil et chicorée sauvage, il se purgera ensuite, el ira prendre les eaux «I»' la ( réronstère.

Observation 343.

Bordeaux . I'- i '> juin 1 7 ', ,.

Mémoire. — M. de*", $gé d'environ quarante six ans, avait naturellement la rue bonne; mais

elle commença, il y a quelques années, ;i recevoir de vives atteintes pat* la migraine, et Bur-toul il \ a quatre mois, à l'occasion d'une fièvre maligne <|ni l'a lui a ôtée presque entièrement, puisqu'il ne \(»it pas à se conduire h ne distingue aucun objet.

Ses yeux paraissent assez sains, excepté que la prunelle est trop large, sur-toul à l'œil droit, et qu'à l'iris de celui-ci, il 3 a, sur le bord extérieur, du côté du nez, un cercle blanc, large de deux lignes : le cristallin paraît dans son état na îurel.

Il faut observer que cette fièvre maligne axait commence par une espèce de migraine avec ophtalmie et diminution de vue; que dans l'état de cette fièvre le malade voyait mieux, et de mieux en mieux dans le deelin à mesure que les vésibatôires qu'on lui avait appliqués fournissaient de la matière; mais qu'il a aussi, par degrés, perdu

AMAUROSE. l3l

la vue à mesure que cette évacuation a diminué. On eût sans doute bien fait de pratiquer promptement un cautère pour supplément; mais on vient seulement de l'appliquer au bras, et il n'est pas encore ouvert; on va en appliquer un autre à la nuque.

Il est bon aussi de savoir que la mère du malade est aveugle depuis plusieurs années, et qu'il a un frère qui, depuis très -long- temps, se plaint beaucoup de sa vue ; qu'ainsi il y a une disposition naturelle , à laquelle s'est jointe une autre disposition acquise par les accès de migraine, par une ophtalmie, et sur-tout par le caractère malin de la matière qui, à la suite de sa dernière maladie, a été déposée sur les humeurs, les membranes des yeux, et sur-tout sur les nerfs optiques.

***' Médecin.

Mémoire pour le même malade.

Bordeaux, le 26 juin 1744-

..... Cette fièvre maligne fut terminée par une tumeur qui vint aux parotides du côté gauche. On ne différa point à profiter de l'avantage qu'elle devait procurer. On y appliqua aussitôt une traînée de pierre à cautère : par ce moyen, on évacua une quantité prodigieuse d'une matière extrêmement épaisse, visqueuse et blanchâtre. Cette évacuation a duré environ deux mois. Pour aider

l,i ntture dans ses opérations, on s'est servi de suppuratifs aussi long-temps qu'on a pu le faire. L'ouverture de ce dépôt critique produisit peu après un très-bon effet; <;n le malade, qui depuis plusieurs jours était accablé par les accidents les plus fâchein et hors d'étal de se connaître, revint à lui, et put se plaindre d'une douleur très-violente à La partie inférieure des vertèbres des lombes h ;iu sacrum. Il se tourna avec beaucoup de peine; on examina celle partie, qu'on trouva sphacelée, effet de la situation du corps, le malade étant resté toujours conclu' su rie dos depuis le commencement de La maladie. <>n enleva ce lambeau mortifié; il en résulta une plaie de plus d'un demi-pied détendue et de forme ronde; plusieurs escarres se détachèrent dans les premiers pansements. La suppuration devint si abondante, qu'on fut obligé de panser pendant long-temps deux fois le jour. Cet ulcère est sur le point d'être entièrement cicatrisé.

Il est essentiel de faire remarquer à M. Demours que, lorsque la parotide l'ut affectée, le malade n'y voyait point : peu -à- peu il recouvra la vue, ayant pourtant beaucoup de peine à distinguer les objets les plus visibles et les plus frappants, même les corps lumineux; tout lui paraissait cire du brouillard. La suppuration, tant de la parotide que de l'ulcère du dos, lui rendit sensiblement là vue plus claire: cet éclaircissement a continué d'augmenter pendant environ trois

AMA.UROSE. l33

mois; mais on a remarqué que, quelque temps après que la parotide a été guérie, et à mesure que l'ulcère s'est fermé, la vue s'est affaiblie, et a diminué peu-à-peu jusqu'à -présent, que le malade l'a entièrement perdue et est hors d'état de se conduire. Les pansements ont été commencés depuis le 7 février.

Observations du malade. — Il est bon aussi de remarquer que , dans le temps que le malade y voyait un peu après sa fièvre maligne, sa vue s'obscurcissait considérablement quand il demeurait en repos et sans mouvement, et que lorsqu'il agissait et se remuait, la vue revenait.

*** Chirurgien.

Observation 344-

Orléans, le 14 juin 1781.

Mémoire^ — Une femme, âgée de cinquantequatre ans, dont le retour s'est manifesté depuis trois ans, a eu cinq accès de fièvre intermittente quotidienne, le premier desquels a commencé le 18 octobre de l'année dernière 1780. Ces accès, qui ont toujours été accompagnés d'une vive douleur de tête, se rapprochant de plus en plus, la déterminèrent à quitter la campagne où elle était alors et à retourner à la ville , à l'effet d'y être plus efficacement secourue. Peu -après son arrivée , la maladie se développa de manière à pouvoir être caractérisée fièvre maligne. E14e devint

i i I m r i i <> > \ u , < il \ r i i i'. i i ,

continue; la douleur <!<• tête augmenta tellement, qu'après une saignée au bras, on « ■ 1 1 1 recours s «l«i i x saignées au | > i<< I qui « * ■ 1 1 été faites en deui jours, m. us s;uis tout le succès qu'on en avait espéré. La malade s'aperçul peu-après qu «-lie ;i\;ni perdu l'usage de la rue. Cet accidenl I effraya ;iut;iiit qu'il attira l'attention des personnel qui la gouvernaient; le médecin et le chirurgien l'attribuèrent a un engorgement considérable qui s'était formé dans I;» tète, et qui avait comprimé le nerf optique, de manière a lui oter son ressort. Ils furent d'avis que, pour attaquer le mal dans son siège, il ne fallait point répéter la saignée du pied, mais appliquer au Iront les sangsues, dont l'effet, qu'ils regardaient comme plus immédiat que celui de la saignée, pourrait être plus salutaire. Cette Opération, qui donna lieu à une effusion de sang considérable, diminua le mal de tête, et ce sucées détermina une seconde application de sangsues, dont la malade se trouva itéra ti veinent soulagée. Sa faiblesse extrême ne permettant pas de continuer ces applications ni de lui faire aucune saignée, on se borna à prescrire des lavements et les boissons que son état exigea i t .

Par l'effet de ce traitement, les dangers ont peu-à-peu disparu, la douleur de tète a diminué, mais la cécité de la malade, pendant laquelle elle a eu les yeux fixes , a subsisté l'espace de cinq semaines, avec douleur à la tête : elle a été accom-

AMAUROSE. l35

pagnée d'une pesanteur dans les paupières qui en ôtait l'action , et par intervalles d'un écoulement d'eaux acres pendant dix à douze jours , après lesquels cet écoulement a cessé.

La malade ensuite recouvra la vue, mais non complètement. D'abord elle a vu le jour, mais à travers un brouillard épais; après elle a vu la lumière de la chandelle d'une grosseur extraordinaire et environnée d'un grand cerceau lumineux accompagné de rayons. Elle est restée dans cet état environ deux mois, pendant lesquels elle a eu de temps à autre les yeux fixes. Après elle a commencé à voir le jour à travers un brouillard moins épais, et la lumière, de la chandelle dans sa forme véritable, cependant avec un petit cerceau lumineux accompagné de rayons moins grands. Et dans tous ces temps périodiques, la malade a eu plus ou moins de pesanteur dans les paupières , une espèce de barre transversale douloureuse au-dessus des sourcils, et une extrême sensibilité au grand jour et à la lumière.

Aujourd'hui la malade n'a plus cette barre douloureuse, si ce n'est lorsqu'elle éprouve quelques maux de tête qui ne sont pas fréquents. Elle a très-peu de pesanteur dans les paupières; elle distingue les objets lorsqu'elle en est à quatre ou cinq pas, mais toujours avec un petit brouillard.

Il y a environ trois semaines qu'étant à la campagne, elle voyait toute la verdure de couleur jaune dans les premiers jours; ensuite^elle l'a

[36 SECTIOW VII, CHAFITBI l ,

bien distinguée <l«- près. s«-s jreui paraissent nets, l»s globes el les paupières <>ut leurs mouvements naturels; elle les Ferme souvent pour se sous* braire à l'impression du i<>ur et de la Lumière Autant de fois qu'elle Les ouvre, Le brouillard Lui paraît dans le principe plus (pus, el il diminue lorsqu'elle Les tient ouverts un certain temps.

Depuis cinq à six semaines, son appétit est revenu h elle dorl bien; malgré cela, ses forces mit jusqu'à ce moment fait peu «!«■ progrès, el sa faiblesse est encore de nature à ne pouvoir lui permettre de faire deux cents pas sans être bien fatiguée, ou pour mieux dire sans être bon d'état d'aller plus Loin. Faut-il un vésicatoire?

Réponse.

La maladie touche à sa fin ; il ne faut aucun nouveau remède. Le vésicatoire serait probablement superflu.

Observation 345.

Lettre de M. Feautrier à mon père.

MontlhfTv, le...

Mon cher ami, une fluxion de poitrine, accompagnée de fièvre maligne putride, qui a été SUN M de cécité, me fournit aujourd hui loccasion de vous écrire.

Le malade, âgé d'environ cinquante ans, d'un tempérament robuste, ayant aimé le vin jusqu'à

l'excès, se plaignit d'une toux considérable, sèche, mais fréquente et sans crachats, avec difficulté de respirer, douleur de poitrine, une fièvre trèsaiguë, la peau brûlante, etc.

Pour calmer ces symptômes, j'ai été obligé de lui faire faire six saignées du bras et une du pied, parce que la fièvre, la toux et les autres symptômes m'ont paru rebelles, et je fus déterminé à la saignée du pied le quatrième jour que je fus appelé et environ le onzième de la maladie, parce que la tête était prise, et que le malade ne se plaignait de rien que de cette partie. Le lendemain , le voyant- assoupi, le ventre gonflé, le pouls relâché , la poitrine dégagée , je lui donnai une eau de casse aiguisée par quatre gros de sel d'Epsom et six grains démétique , ce qui procura des selles très -abondantes. Le malade en a paru soulagé : il lui est resté cependant un aveuglement qui est arrivé successivement, le malade ayant commencé par apercevoir des brouillards. Je le vis hier; il n'y voyait point du tout. J'ai observé que la prunelle est toujours immobile, soit qu'on ôte, qu'on approche ou qu'on éloigne la chandelle. Je lui ordonnai une saignée à la gorge d'environ douze onces; elle n'a produit aucune espèce de changement. Je lui ai ordonné aujourd'hui quatre grains de kermès en quatre prises.

C'est ici une suite de la douleur vive de tête, de l'assoupissement, de la surdité, etc. ,* c'est -à-

r38 s i « 1 1 ii \ \ 1 1 , < h i p 1 1 f. i i ,

(lue de II iill.iiiiin.il ion de la h le M.iiiilcnaiil u

vous prie <!«• me <lii«- ce qu'il \ ;i ;« faire <i << qu'il \ ;i a attendre <!<• cette dernière maladie; i u pour les maladies précédentes, |<" crois en venir aisément ;i bout. Pour celle -ri, j'a\oinqu'elle me passe. J 'ai déjà j » i « > | » « » ^ « : des vésicatoires entre l»-s deui épaules; marquez-moi s'ils conviennent; si le quinquina el !<• sel d'Epsom \ sont contraires <>n Favorables; Caut-il donner d<-s tisanes sudorifiques ou un grain de kermès i<»ns les matins pendanl quelques jours ? Du reste les yeux sont un peu ternes, mais sains en ;i|>j>.i renée.

l'i autrier, Médecin.

Béponse.

Mon cher ami, comme !<• malade en question ;i perdu la vue à la suite de l'opération de la dernière eau de casse émétisée, il serait à souhaiter que l'action de ee médicament fut la Cause de ee terrible accident. Vous en viendriez aisément à bout par les cordiaux et les restaurants, tels qu'un peu de nourriture, si Tétai du malade ne s'y opposait pas, et un demi-gros de tliériaque le soir. C'est un cas entièrement semblable à celui d'un malade que j'ai vu récemment avec M. Pousse, à qui deux onces de manne causèrent le même accident, qui effraya fort le malade et les assistions. M. Pousse, fort inquiet lui-même, prit cet accident pour une goutte sereine. J'assurai qu'il verrait le lendemain , et lui ordonnai , en pré-

A M AU ROSE. l3o,

sence de M. Pousse , de la nourriture , du vin , dont il ne buvait pas depuis quelques années , un demi-gros de thériaque le soir, et une compresse d'esprit- de -vin camphré sur l'œil, renouvelée de temps en temps. Ces remèdes produisirent l'effet que j'avais promis. Je vous rapporte ce cas, afin que vous examiniez si celui pour lequel vous m'écrivez lui ressemble, ce que vous connaîtrez par la dilatation de la prunelle et par la faiblesse du malade. Mais si la prunelle est rétrécie comme elle doit l'être dans un degré de lumière ordinaire, c'est une preuve que cet accident dépend de quelque désordre clans la tête , et l'assoupissement que le malade a éprouvé pendant sa maladie semble indiquer que telle est la véritable cause de la perte de la vue. Dans ce dernier cas , le pronostic est plus incertain et le succès plus équivoque. Je ferais saigner le malade du pied, et je lui ferais passer promptement un séton à la nuque avec un fer chaud. La compresse d'esprit-de-vin camphré sur les yeux ne saurait y nuire. C'est à vous, mon cher ami, qui pouvez voir le malade, à examiner qu'elle peut être la cause de cet accident, et à opter entre ces deux partis.

De tous les remèdes que vous proposez pour combattre les restes de la maladie, le quinquina seul ne me paraît pas convenir, parce qu'il fixe trop les humeurs dans les parties où elles sont engorgées.

N. B. L'amaurose était complète. Le malade est resté aveugle.

l4o S I ( I I 0 \ \ I I , < Il A P I I I. I ,

( observation 3 i6.

Mademoiselle Pauline C**4 esl âgée '!«• onze ans et demi, el a toujours joui d'une hou ne saute jusqu'au mois de février dernier, époque à laquelle des vomissements de phlegmes on! annoncé les accidents qui n'ont pas tardé à se manifester arec une don lem de tête, qui B'établit le [5 avril dans le cou du côté droit : la tête se pencha sur l'épaule du même côté; elle v resta pendanl sis semaines. Lorsque l'enfant commença à pouvoir la

relever, elle se plaignît d'un brouillard devant les

veux, notamment devant le droit. Ce brouillard augmenta jusqu'au ieraoût : alors l'oeil droit fut

éteint, et le gauche Se perdit eut ici einen t Le l5

du même mois : on a fait appliquer deux fois à la marge de L'anus six sangsues... D'autres moyens, qui paraissaient indiqués, ont été employés; mais

la maladie, des son principe, a paru au-dessus des ressources de l'art. Depuis le commencement de juillet sur-tout, vomissements de phlegmes jour et nuit , douleurs du coté gauche dans les viscères du bas-ventre : au milieu d août , passage de ces douleurs du cote gauche au côté droit ; le 20 août , convulsions de deux heures consécutives : depuis elles ont lieu chaque jour; soubresauts, larmes arrachées par la douleur, presque sans aucune interruption ; douleurs de tète continuelles : tous les symptômes augmentent de jour en jour, au point qu'aujourd'hui il n'y a presque plus d'intervalles, même la nuit. Nous avons

trouvé les pupilles dilatées et immobiles. Leur dilatation n'est point extrême, mais la jeune malade n'aperçoit point la clarté même du soleil. Le 9 du courant, état d'anéantissement si complet, qu'on la crut morte. Depuis quelques semaines, elle a de ces sortes de pertes de connaissance pendant lesquelles on ne sent pas son pouls : les pieds, les mains et la tête deviennent froids.

Nous avons prescrit l'usage de la poudre de digitale pourprée et des pilules d'extrait aqueux d'opium , en commençant par un quart de grain , et nous avons engagé les parents à consulter sous le rapport de la "maladie organique qui peut exister dans la tête.

Fait à Paris, le i4 septembre 1816.

Déguise, Demours.

Depuis l'âge de deux ans, la jeune malade a été sujette par intervalles à des palpitations de cœur; elles étaient très -fortes, et duraient quelquefois douze heures. Le 26 septembre, les accidents parurent augmenter ; elle ne quitta plus le lit , et n'eut aucun intervalle dans ses souffrances jusqu'au jour de sa mort, qui eut lieu le 19 janvier suivant: la dilatation des pupilles avait augmenté dans les premiers jours d'octobre; pendant les dernières semaines elle était dans un assoupissement presque continuel qui n'était interrompu que par des crises de convulsions.

'l > s i < i n> \ \ i i , ( il \ i- i i i; i i ,

Observation '»i;

Rouen , le a 5 juillet i Bi

Mémoire . — INI"". I'"', âgée de trente-huit ans. d'une constitution bible et délicate, ayant l<- genre nerveux sensible «-t irritable, me consulta en ;i\ ril 1 8o 'i , peur son a-il droit, dont elle voyait fort peu. La pupille était très -dilatée, ne Be resserrant nullement, même à l'approche subite d'une vive lumière. Mon opinion fut que la paralysie du nerf optique était la cause prochaine de cet accident, toutes les autres parties du globe étant saines. L'œil gauche « tut parfaitement bon. D'après les diverses questions que je lui lis, j'appris que des son enfance elle était sujette a de luîtes migraines; qu'elle n'avait jamais eu d'éruptions à la peau, dont on pût soupçonner la répercussion; qu'elle n'avait pas eu (reniants. A dix-sept ans elle fut réglée; elle l'a été très-abondamment depuis, et tous les vingt jours à-peu-pres; il y a quelques années quelle l'est moins, mais toujours aux mêmes époques 11 y avait deux ans et demi en a\ ril iSo'i qu'elle avait un écoulement habituel trèsconsidérable de flueurs blanches, qui lui causait beaucoup de chaleur et de démangeaison aux parties sexuelles. Elle éprouvait des douleurs dans le bas-ventre; el fréquemment, la nuit comme le jour, elle était obligée de se lever et de faire des injections pour calmer ses vives douleurs. Elle éprou-

A M AU ROSE. l43

vait aussi quelquefois un sentiment de froid à la région de la matrice, et y appliquait quelque chose de chaud pour le dissiper.

La malade avait consulté pour cette maladie, et elle fit infructueusement usage de la boule de Nancy et de la tisane de fleurs d'orties blanches.

Je proposai un traitement, autant pour conserver l'œil sain , que pour guérir l'œil malade. Je crus qu'il était urgent de s'occuper de la leucorrhée , que je jugeai être la cause éloignée de la paralysie du nerf optique. Pour remplir cette indication principale , je conseillai nos eaux minérales, qui sont ferrugineuses. La malade en a fait usage pendant plusieurs mois; elle en buvait à ses repas avec du vin; matin et soir elle prenait des bols fait avec le kina , l'alun , et suffisante quantité de sirop de quinquina. On appliqua un vésicatoire sur le col , qui suppura peu de semaines , et fit beaucoup souffrir. Il fut remplacé par un cautère au bras, qui existe encore. L'émétique a été administré à plusieurs reprises : il a toujours paru fatiguer, agacer la malade, et affaiblir sa vue. Un doux minoratif paraissait plus salutaire, en ce qu'il améliorait l'appétit, les forces, et le sommeil. Pour réveiller l'action languissante du nerf optique, je conseillai d'approcher de l'œil malade jusqu'à ce qu'il rougit et larmoyât, un petit flacon rempli d'esprit de sel ammoniac ; on a employé de la même manière les vapeurs spiritueuses , telles que* celles

Il SECTION VII, C H APITR1 i -

du baume de Fioravanti,de l'eau * I « ■ mélisse, de I r\|u it de \ in i etc.

Les Qtieurs blanches, peudanl < «• traitement, paraissaient tantôt plus, tantôt moins, et cessaient quelquefois pour une vingtaine <!<• jours. Elles onl disparu depuis quatre mois.

En juillet, toujours [8o4, l'œil droit s»- rétablit; presqu 'aussitôt le gauche devint malade; il lui entièrement privé de la \u<\ En octobre il devinl meilleur; en novembre parfaitement bon.

Vers le 10 décembre les objets furent nus doubles <lts deux ncux. Cel accident dura environ un mois. En janvier, le droit s'est perdu de nouveau; le gauche est resté en bon état. \u commencement «lu mois dernier, la vue du gauche a diminué, et depuis à-peu-près un mois la malade distingue à peine l'ombre des objets, encore n'est-ce que du gauche; le droit ue distingue rien; nous avons eu retours aux fondants. Tantôt nous avons donné L'aquila alba et le soufre dore d'antimoine à la dose de deux ou trois grains par jour; tantôt les pilules résolutives de Richter, celles de Schmuker, etc.

Il y a un an j'avais proposé un séton à la nuque, ouvert de haut en bas, et un cautère sur la tète à la jonction des sutures sagittale et temporale , que je croyais d'autant mieux indiques, que la malade s'est toujours plainte, ainsi que je l'ai déjà dit, et se plaint encore beaucoup de maux de tète, pesanteurs, embarras dans le fioul.

AMA.UROSE. l45

les sourcils et les paupières, qu'elle relève avec peine : les yeux même n'en sont pas exempts. Il n'y a que quinze jours que j'ai pu obtenir ces deux égoûts, qui suppurent bien depuis une huitaine de jours.

Il y a un mois, Madame voyait beaucoup de feu. L'écoulement périodique était en retard. Je lui fis appliquer des sangsues aux grandes lèvres; ses règles sont venues peu après, et elle n'a plus vu de feu. Depuis plusieurs années, le sang menstruel est si peu coloré, qu'à peine il teint le linge en rouge.

Madame a eu des démangeaisons à la tête et sur tout le corps, tantôt à une place, tantôt à une autre; des douleurs et des engourdissements dans les membres. Depuis la suppression des flueurs blanches, qui date de quatre mois, elle a eu des démangeaisons à l'anus , que les bains de siège ont calmées. Madame en prend au moins un tous les deux jours. Les bains entiers, dont elle a essayé à plusieurs reprises, ne lui ont jamais réussi; elle s'est mieux trouvée des autres. Madame se croit un jour environnée d'une grande clarté, le lendemain, d'une grande obscurité : cette intermittence se soutient constamment depuis quinze jours, et les objets ne peuvent être distingués un jour plus que l'autre. Cette grande clarté gène et fatigue souvent les yeux. La couleur des flueurs blanches était tantôt verte, tantôt jaune. Madame a pris , en septembre dernier , une trentaine de ///. 10

bains de roei l'écoulement en blanc devint :i l< »r -

j»lns considérable et l« ^ 1 1 < ■ plus faible. Si M. De«

iiKniis le juge néceaaaire, madame P*** se rendra

;| Paria, ei j restera le temps qu'il croira conve

cable.

I)w h i , M decirtr Oculiste.

.l';n conseillé de tenter deux petites saignées de la jugulaire et L'usage de I eau de Balaruc

Extrait (Tune Lettre defA Dwim

Monsieur et très-bonoré confrère, nous avoua l'ait tout ce que vous nous avez indiqué; les saignées à la jugulaire ont un peu diminué les feus :

les fumigations malin et soira\ec l'encens mâle

le benjoin , et lesuccin; les eaux de Balaruc, n'ont apporté aucun changement ; cependant le cautère et le séton ont toujours bien suppuré. J'ai proposé à madame I'"* «l'aller vous trouver <»n de

vous prier de venir ici; elle a préféré le premiei de ces deux partis : elle restera sous vos yeux dix jours, et même pins, si vous le jugez nécessaire

Da-s ni. Médecin-Oculiste.

\ l'arrivée de madame P***, je crus reconnaître

la neeessiie d'une nouvelle saignée de la jugulaire: je la prescrivis pour le lendemain : elle devait être faite à midi. Cette dame mourut subitement à neuf heures du matin

A M A. U ROSE. l47

Observation 348.

Nantes, le 19 août i8i5.

Mémoire. — Mademoiselle M*** est née de parents sains; elle est douée d'une constitution légèrement lymphatique; elle a été exempte de maladies graves dans l'enfance , et des incommodités de la puberté, qui a eu lieu à l'ordinaire. Elle avait éprouvé plusieurs fois des orgeolets, lorsqu'il y aquelques années, les yeux, et sur-tout le droit, devinrent sujets à des ophtalmies peu vives, mais assez opiniâtres ,- et qui se renouvelèrent à plusieurs reprises. Il y avait plus d'engorgement que d'inflammation, et peu d'irritation. Il en résulta néanmoins sur l'œil droit une taie assez étendue , qui, placée à-peu-près vis-à-vis la prunelle, interceptait une partie de la lumière. Les vaisseaux de la conjonctive étaient variqueux, plutôt violets que rouges (pi. 23, fig. 1). Le globe de l'œil naturellement gros , sans myopie, paraissait gonflé et légèrement proéminent. Après avoir calmé l'appareil inflammatoire par les moyens appropriés dont on a usé avec beaucoup de modération, on est parvenu à détruire en grande partie la taie et à resserrer les vaisseaux de la conjonctive , et le globe lui-même , par l'insufflation du sucre- candi en poudre, l'usage de la pommade de Schérer et de quelques autres topiques. Une fièvre scarlatine , qui survint ensuite , parut avoir

I |S s I i | I <> \ V I I , < II A I» I I | I I

un cffcl avantageux §ur ce retour de fluxions habituelles. I » malade resta un an ou quinze mois dans u m étal satisfaisant. Sur la fin «lu mois d'août dernier, «'lit- s'aperçut le matin qu'elle voyait difficilement, sur-tout de l'œil gauche, el en deux jours le mal s'accrut au point qu'elle ne pouvait presque distinguer aucun objet, quoiqu'elle jugeât des masses et des formes générales. Il n'y avait point d'inflammation à I extérieur, mais une douleur au fond de l'orbite qui était augmentée par l'impression d'une lumière vive. Cette douleur cependant était plus gravative que lancinante. Elle se modéra peu-à-peu; la pupille avait perdu beaucoup de sa faculté de se contracter par l'impression de la lumière.

Lorsque cette amaurose imparfaite se déclara ainsi subitement, la malade habitait depuis quelques mois une maison de campagne placée sur le bord d'une rivière, entourée de grandes prairies, et dominée par des coteaux très-élevés et rapprochés. Elle se promenait sans précaution le soir et le matin : la fraîcheur vive et les vapeurs de ce vallon, après des journées chaudes, peuvent avoir influé sur la formation de cette maladie.

Il convient aussi de remarquer que la malade était depuis long -temps sujette à une douleur profonde à la partie moyenne et inférieure du front, qui s'étendait jusqu'au fond des orbites, et qui, très-différente d'une simple migraine, semblait annoncer une affection intérieure, voisine

AMAUROSE. l4g

de l'origine des nerfs optiques. Cette douleur subsiste encore, mais elle est moins forte qu'elle n'était avant l'affaiblissement de la vue.

Il y a dans cette maladie des variations instantanées, et elle paraît augmentée par l'application, les attitudes , et les causes qui portent le sang à la tète.

Parmi les moyens variés qui ont été employés contre une affection aussi fâcheuse et qui menaçait de la perte totale de la vue , ceux qui ont eu une efficacité marquée, sont les vésicatoires appliqués successivement derrière le cou , aux bras et à la jambe, et l'usage répété de purgatifs et de légères doses d'ipécacuanha. La malade s'est refusée au séton, qui lui avait été fortement recommandé : tous les topiques n'ont eu aucun effet.

Le traitement n'a pas été sans succès. La malade distingue moins mal les objets; la prunelle se contracte mieux; le défaut de parallélisme des deux axes visuels, qui avait été le résultat de l'action inégale des deux yeux , est moins sensible ; mais, depuis plusieurs mois, l'amélioration ne fait pas de progrès , et l'état de la maladie est station-

naire.

E. M. Richard, D. M.

Ce Mémoire me fut remis lorsque les parents de mademoiselle M*** me l'amenèrent le ier septembre i8i5. J'ai vu assidûment la malade pen^

in. SECTION ▼!!, CHAPITRE I,

il.ini un mois, el ensuite j'ai achevé, par corn pondance, son traitement dont !<• résultat a été le rétablissement «In mouvement <l« is pupilles; cat H \ avait un peu <!<■ paresse , même dans celle de l'oeil droit, dont la cornée était légèrement tachée. Il est resté assez long-tempo un peu <!<■ <lifficulté k distinguer les petits objets. Mademoiselle M- •• avait alors dix-neul ans. Le traitement a consisté en grande partie dans l'usage <!<■ I eau d<

Bourbonne, de l'arnica, des bains (!«• l'ail droit dans Iran de mer. Il y avait un résicatoire au bras.

Observation 3/j<j.

Clennont eu Beauvoisis , le iojanvitr 1765.

Mémoire. — J'ai eu l'honneur de vous dire, Mon sieur, que «les mes plus jeunes années nus \ eux ont

ri csujets à un nuage qui s'y forme par intervalles, et (jin «si toujours devancé par des nausées et accompagné de migraine. J'ai ajouté que, quoique ce nuage vienne évidemment d'un viee interne et habituel , indépendamment des aliments et du temps, j'ai cependant observé très-souvent qu'il était plus ordinairement déterminé par des digestions imparfaites et par les temps froids et humides du matin et du soir. Dans les six mois d'hiver, mon nuage se répète plus souvent , et principalement encore dans les temps de brouillards épais. Mais j'ai oublié de dire qu'il est quel-

AMAUROSE. l5l

quefois suivi de vomissements de bile, après lesquels la fièvre survient; que, depuis ma jeunesse, où ce nuage ne se formait guère que trois ou quatre fois dans l'année , il a presque toujours été en augmentant , et qu'il est parvenu depuis peu à se répéter deux ou trois fois dans le mois. Ce qu'il y a même de bien fâcheux pour moi, et qui me fait craindre de devenir aveugle , c'est qu'à mesure que ce nuage devient plus fréquent, ma vue s'affaiblit et paraît plus courte , même lorsqu'elle est dans l'état le plus satisfaisant. Faitesmoi la grâce, Monsieur, d'examiner toutes ces circonstances , et de me prescrire sur-tout un régime convenable ; je crains extrêmement d'appliquer sur mes yeux les eaux et les topiques dont je n'ai pas encore essayé l'usage. Dans la position où je me trouve , les nouvelles épreuves m'inquiètent beaucoup; et ce n'est qu'avec bien de la peine, et sur la foi d'un homme tel que vous, que l'on peut m'y déterminer.

UT** de M**% Prévôt de la collégiale de Clermont.

Réponse.

Des éclipses de vue aussi fréquentes que celles auxquelles Monsieur est sujet depuis près de quarante ans, et qui se rapprochent de plus en plus, à mesure qu'il avance en âge, qui sont toujours annoncées par des bâillements accompagnés

l5a BSCTIOH vri, CHAFITBB I,

de migraine, quelquefois suivis «le vomissements bilieux el de fièvre, donnent lien «le soupçonne! un vice dans les premières noms. Il n'j ;i en effe! que de mauvaises digestions qui puissent causer de tek accidents, qui sont, pour -ainsi -dire, périodiques, puisqu'ils reviennent à-peu-près tous les quinze jouis et même plus souvent, si Monsieur s'expose au brouillard ou à L'impression d'un temps humide et pluvieux, ou s'il mange des crudités, dont l'usage ne pourrait que lui être nuisible.

Celle maladie pourrait avoir des suites très-fàcheuses, el finir même par la cécité, si Monsieur négligeait plus long-temps de travailler au rétablissement de son estomac. Ce viscère si essentiel est dans un état habituel d'inertie; les filtres en sont lâches, et leur relâchement est augmenté par toutes les causes qui occasionnent la détente des solides. Un climat chaud et sec lui conviendrait sans doute mieux que celui qu'il habite, qui est pluvieux et presque toujours couvert ou de nuages ou de brouillards. Le meilleur conseil qu'on puisse lui donner serait de changer de climat, si cela lui est possible; et, en attendant, nous lui recommandons, comme une chose essentielle, de ne point habiter un rez-de-chaussée; s'il loge au premier étage , de ne point placer son lit de façon qu'il soit contre un gros mur, qui est rarement sec à cette élévation; de choisir, s'il le peut, une chambre dont les fenêtres soient au levant; de ne

AMAUROSE. r 53

sortir de chez lui que le plus tard qu'il pourra, et jamais avant le soleil levé ; de rentrer de même le soir de très-bonne heure, sur-tout en hiver, et d'éviter en été l'humidité du matin et le serein ; d'avoir grand soin de se tenir les pieds secs , et de prendre pour cela toutes les précautions connues ; de porter sur la région épigastrique une pièce de flanelle. Enfin, pour travailler plus efficacement à augmenter le ressort des fibres de l'estomac, et donner de l'activité à la circulation dans le tissu de ce viscère, nous sommes d'avis qu'il prenne dix-huit grains d'ipécacuanha délayés dans une cuillerée d'eau : il sera deux heures sans prendre ni bouillon ni eau chaude pour exciter le vomissement, qu'il laissera venir naturellement; et au bout de ces deux heures , il prendra douze autres grains d'ipécacuanha. Quatre heures après la première dose , il boira du bouillon , dînera un peu plus tard qu'à son ordinaire , et ne mangera que du rôti, sans soupe ni bouilli, et du pain bien cuit et de trois ou quatre jours; régime auquel nous lui conseillons de s'astreindre toujours dans la suite.

Le lendemain il sera purgé avec follicules de séné, sel végétal et manne, et prendra, à l'entrée de son dîner, douze grains de quinquina en poudre et trois grains de canelle, le tout délayé dans deux ou trois cuillerées de vin ; ce qu'il continuera pendant quinze jours de suite. Nous sommes aussi d'avis qu'il essaie de manger des viandes

i » I m < i i i> \ \ i i , CHAPITB1 i ,

froides , «lu rôti par préferem e, et de boire •• la glace; qu'il évite les fruits crus, la salade, la croûte de pâté, le vin nouveau, el les viandes des jeunes animaux , ainsi que les extrémités, comme tête de veau, pieds de mouton , oreilles et pieds de cochon.

<)n ue doit pas se flatter que ce régime suspendra tout de suite les accès : ce serait beaucoup s'il commençait par les éloigner1, et alors il faudrait revenir à l'ipél ,i< nanlia , à-peu-près nu jour Ou deux avant le retour de laccès, et continuel

encore mie quinzaine le quinquina avec la ca« nelle, comme ci-dessus.

Observation >"><>

Cornu iliis , li- ■)- février i -

Mémoire. — La malade pour laquelle on consulte est une fille âgée de vingt-trois ans. La cause de la maladie actuelle est une Suppression

totale de ses règles , qui, dans toute sa vie, se sont à peine annoncées. De-là ont suivi tous les accidents ordinaires dans ces sortes de cas, comme maux de tète, plus ou moins violents, oppression, lassitudes spontanées, pâles- couleurs, etc.

La jeune malade a eu déjà plusieurs accidents de cette espèce; on était parvenu à les dissiper par l'usage des martiaux et autres remèdes appropriée. Depuis quelques années, le plus gra\» et Le plus incommode des accidents qu'elle éprou-

vait était de très-grandes douleurs de tète. On les regardait comme vaporeuses, tant par rapport au siège de la douleur, que par rapport à la cause. En conséquence , après une saignée du pied , on avait recours aux lavements fréquents, aux boissons aqueuses et délayantes , aux bains de pieds, et autres remèdes de ce genre. On parvenait bien , comme je l'ai déjà dit, à dissiper les suites et effets du défaut des règles; mais rien ne reparaissait, et, la cause subsistant toujours, il était inévitable pour elle de retomber dans le même état : elle s'y trouve aujourd'hui , mais avec un accident nouveau et plus inquiétant que tous ceux qu'on avait eus à combattre : c'est une goutte sereine bien caractérisée , et qui dure depuis près de huit jours. Le mal de tête qui a précédé et qui dure encore , semble y avoir donné lieu : les yeux commencèrent par enfler et s'obscurcir , et peu -à-peu ce qui n'était d'abord qu'affaiblissement est devenu cécité presque totale.

Dans les premiers jours de cette dernière attaquera malade avait eu des nausées, même des vomissements de matières bilieuses. Ce fut une indication pour lui faire prendre un vomitif. La douleur de la tête a beaucoup diminué, mais l'état de la vue est toujours le même.

Après avoir mûrement réfléchi sur l'état de cette maladie, sur le tempérament faible et délicat de la malade, sur la pâleur excessive de toute l'habitude du corps, sur l'état du fouis.

lS6 BBCTI OH Vf I, CHAPITRE I,

qui n est lien moins que pléthorique, <>n a cru reconnaître l< produit des vapeurs. Il n'es! guère possible d'attribuer l'embarras «lu neH «»|>tic]ti«- ;i l.i plénitude des vaisseaui < ] ■ i ■ l'avoisinenl : on ne doit donc accuser que !«• relâchement du même neri ou la constriction vaporeuse. Dans ces der* niers < as, la saignée , <|m, dans toute autre circonstance, paraîtrait dc\ on être le premier moyen à employer, semble être contre -indiquée par la faiblesse du sujet. Le pédiluve ne peut guère être mis en usage; la malade | >* - 1 j t à peine !<• supporter mi quart-d'heure , sans se trouver mal.

( mi demande au médecin consulté quels sont les remèdes à employer dans cette circonstance.

Dlclos , Chirurgien.

I oe saignée de la jugulaire de trois petites pa- Lettes , à deux heures d'intervalle, afin d'évitei l'espèce d'affaissement qui suit une saignée < • ? « 1 i naire, affaissement salutaire lorsqu'il y a plénitude bien caractérisée ou une trop grande tension dans les solides, mais à craindre dans un sujet débile. Le sur- lendemain , sangsues aux tempes, et deux jours après, trois ou quatre aux vaisseaux hémorrhoïdaux pour attirer le sang vers la région hypogastrique et le détourner des parties supérieures... Deux jours de repos; émétique en lavage, sel volatil de vipères... Eau de

AlVÏAtJROSE. 167

Balaruc... Vésicatoire entre les deux épaules... Réglisse pour boisson ordinaire... Baume de Fioravanti en évaporation.

Observation 35 1.

10 mai 1785.

Consultation pour mademoiselle de T***, âgée de dix-neuf ans, d'une petite taille, forte et bien constituée , ayant de l'embonpoint et une belle carnation : elle a toujours eu la vue délicate , et cet accident a été en augmentant depuis l'âge de quatorze ans, de sorte qu'elle ne peut plus rien distinguer. Les prunelles sont dilatées. C'est une goutte sereine causée par le défaut de règles.

On fera une saignée du bras, et le lendemain une saignée du pied : deux jours après, Mademoiselle prendra tous les matins, une heure après un lavement, un demi-bain d'une heure et demie: le bain ne doit être ni trop chaud ni trop froid. En même temps, avant d'entrer dans le bain, elle prendra un gros de l'opiat suivant :

Prenez canelle et éthiops martial, de chacun un gros; succin préparé et sommités de petite centaurée sèche et pulvérisée, de chacun un gros et demi; quinquina, une demi-once; myrrhe préparée, un demi-gros; aloè's succotrin, dix grains; faites un opiat avec suffisante quantité de sirop d'absinthe. Si l'opiat à la dose d'un gros pesait sur l'estomac , il faudrait la réduire à la moitié ; mais ce ne serait que dans le cas où l'accident se-

|58 s l ( i i 0 H \ i i , < il \ l' i i i; i i ,

cul assez considérable pour autoriser cette n duction.

Outre li il'^»' <lu matin, Mademoiselle en prendra une semblable le son', une heure avant le souper, ce «pu sera continué jusqu'à ce que les règles aient paru deux lois , h il ne faudrait discontinuer à la première éruption que dans le cas <>ii l'écoulement formerait plutôt mie perte que des règles ordinaires. Uôrs on en cesserait L'usage. Pendant que Mademoiselle prendra cet

Opiat , elle scia purgée Ions les <li\ joins a\ec un

gros de rhubarbe, mi gros de follicules de séné,

deux gros de sel végétal , cl deux omes de manne.

Les jours de purgation, Mademoiselle ne prendra point IOpi.it .

Elle ajoutera a ces remèdes un exercice journalier <i fréquent , continué jusqu'à nu peu de lassitude. Elle s'abstiendra de légumes farineux . de fruits crus , de lait , beurre, crème et fromage, de grosse pâtisserie, et des viandes pesantes et indigestes. Nous lui recommandons sur -tout de ne pas s'impatienter et de continuer ce régime jusqu'à ce que les règles aient paru , ce qui n'arrive quelquefois qu'au bout de trois ou quatre mois. On l'avertit que les selles seront noires, ce qui ne doit pas l'effrayer.

Boi vart, Demoi as

TV. B. Cette consultation fut rédigée par M. Bouy ait . Tout ce qu elle prescrivait fut fidèlement exé-

A M AU ROSE. l5g

cuté ; les règles parurent promptement ; la vue ne tarda pas à revenir, d'abord à l'œil droit, ensuite au gauche : j'ai vu, quelques années après, cette jeune personne très- clairvoyante.

Observation 352.

16 septembre 1764.

Consultation pour M. D***, ecclésiastique, âgé de soixante-quinze ans, sujet à une humeur dartreuse, qui se porte depuis long -temps sur les jambes , où elle coule de temps en temps, sur-tout lorsqu'il prend des pilules de Beloste. Il éprouve aussi dans toute l'habitude du corps une démangeaison insupportable. Il y a environ trois mois qu'il prit des bains , pendant lesquels l'oeil droit, qui était le seul bon , commença à s'affaiblir; car, de tout temps, il a eu le gauche très-mauvais, au point qu'il n'entrevoit que faiblement les objets qu'il en approche de très-près. Dans le temps des bains , ses jambes coulaient, et il y mit du cérat pour les dessécher; moyen qu'il a souvent employé avec succès après une ou deux purgations.

L'acrimonie du sang se manifeste chez le malade par des signes si peu équivoques, qu'il n'est pas possible de se méprendre sur la nature des accidents auxquels il est sujet depuis bien des années , non plus que sur la nature de celui qui lui est arrivé il y a environ trois mois , et qui consiste dans une paralysie imparfaite de l'organe de la vue de l'oeil droit , le seul dont il tirait du

i (io 1BCT10B VI Ij CBAP1TE1 i ,

service < est une bumeur dartreuse dont toutes les liqueurs son! imprégnées, el qui, en se doti.mi .1 l'habitude du corps, v cause des démangeaisons insupportables , qui ulcère de temps en temps les jambes el les fa.il suppurer, qui, de plus, enflamme les bourses el les fait suinter. C'est nue partie de ce levain qui s'esl porté ^m l.i rétine ou Bur le nerf optique d<- l'oeil affecté, el qui ;i donné lieu à l'obstruction «l<- l'organe immédiat de la \ ue.

C'est dans le bain même que Monsieur s'aner* çul , il \ a environ trois mois, de quelque chose d'extraordinaire dans sa vue Toutes les murailles de la chambre <»u il se baignait , ainsi que !«• plancher , lui parurent couvertes de petites bêtes noires qui semblaient se mouvoir ; cet effet peut avoir été déterminé par !«■ bain , qui ;i quelquefois l'inconvénient de porter les humeurs vers les parties supérieures, parce que ces parties n'éprouvant pas la même pression que (elles qui sont

plongées dans L'eau, les liqueurs s'y portent en plus grande quantité et plus facilement; il est au inoins certain cpie l'époque du commencement de cette maladie est la même que celle des bains ties-cliauds que Monsieur prit en juin dernier. La suppuration des jambes qu'on arrêta imprudemment quelque tems après, n'a fait qu'aggraver le mal , en augmentant L'embarras déjà commencé.

Désobstruer le nerf optique , détourner l'hu-

AMAUROSE. l6l

raeur qui s'y est portée , en lui faisant reprendre son ancien cours , et fortifier l'œil pour le mettre à l'abri d'une nouvelle attaque , sont les indications qui se présentent dans le traitement de cette maladie , et c'est pour y satisfaire que le conseil soussigné propose les remèdes suivants.

De retour chez lui, M. D*** boira, pendant deux ou trois jours, beaucoup d'eau de chiendent; ensuite il prendra la boisson suivante en six verres, d'heure en heure , et boira, entre chaque verre, un gobelet de bouillon léger.

Prenez quatre grains de tartre stibié et deux gros de sel végétal ; faites-les dissoudre dans une pinte d'eau commune. On établira un vésicatoire à chaque jambe.

Observation 353.

Extrait des cahiers de Consultations de mon Père, du 2 mai 1755.

Goutte sereine presque complette guérie à un œil.

Madame D*** de Melun , âgée de quarante-sept à quarante -huit ans, est venue à Paris pour me consulter au sujet d'un voile noir et épais qui lui couvrait presque entièrement l'œil droit , de façon qu'elle ne faisait qu'entrevoir du côté du nez, et ne pouvait distinguer aucun caractère quelque gros qu'il fût. Elle est d'un tempérament sanguin et d'une constitution forte; cette maladie est une suite de ce qu'elle a eu tou- ///. 1 r

Il p - BBCTIOZf Vfl, CHAPIT&l I ,

jours l.i tête nue et est restée bu lerein tous les soirs de l'été Je l'ai rue !«• * avril, et l'ai fait sai nier une fois du bras ef deui lois du pied . je du .h donné lémétique; elle •• pris les eaui <l«' Balaruc; je lui ai fait .- • j > | » 1 1 < 1 1 j < - 1 les résicatoires entre les épaules; elle a use du baume de Fioran.iuii Elle x « »i i actuellement .< lire dans I impres* lion la plus une, et il ne lui reste qu'un petit point noir qu'elle ne voit pas même constamment : elle ;i gardé les vésicatoires dix jours.

/!< gime f><>itr Madame I )" ' — Le surdeudcui.un

de son arrivée ;t Mclun, Madame se purgera avec cinq verres d'eau de Balaruc H nue once de sel de Seignette. Après cette purgatîon, elle prendra pendant trois semaines des bouillons avec !«• veau,

l.i bourra cl îe , la Implose, le cresson , le cerfeuil,

la chicorée sauvage, et !»• suc d<' vingt-cinq clo* portes; deux purgations. Régime.

Ohservation 35/j.

Lignv -le-Châtel , par Chablis, le i/» septembre 1812.

Mémoire. — Monsieur, j'ai pris régulièrement , pendant vingt-un jours un bain tous les soirs, une bouteille d'eau de Harèges artificielle tous les matins à jeun, et j'ai fait des fumigations matin et soir. Les taches ont diminué détendue, mais n'ont point disparu. 11 nie semble même qu'il s'en est forme de très-petites près de l'.ixe visuel I «Mites offrent quelque chose de brillant, quelquefois d'étincelant à leur centre, et un mouvement de vibration continuelle; ce brillant, ou

AMAUR0SE. l63

plutôt ces jets d'une lumière faible et ces vibrations ont lieu sur-tout à mon réveil et lorsque je passe subitement d'une lumière vive à une faible , et vice versa. La tache de l'œil gauche subsiste au moins autant que quand j'ai eu l'honneur de vous écrire, et ce qu'il y a de singulier, c'est que les vibrations y cessent aussitôt que l'œil droit est fermé , bien qu'elles continuent dans les autres taches produites par l'œil droit lui-même.

Si je fixe le soleil, les yeux fermés, je vois devant moi toutes ces taches représentées par quelque chose de grisâtre. Les deux yeux ouverts, je vois aussi clairement qu'avant l'existence de ces taches, et de l'œil malade seul je vois très-distinctement entre les taches qui sont toujours dans un rapport invariable avec l'axe visuel. Lorsque je suis préoccupé de quelque chose, je ne vois-ni vibrations, ni jets de lumière; je suis comme s'il n'existait aucune affection dans mes yeux. Ma vue est faible; une vive lumière la fatigue; la conjonctive est un peu rouge; il y a quelquefois larmoiement et un peu de chassie aux paupières le matin; j'éprouve à la tempe droite un sentiment de gêne et de pesanteur; j'ai eu quelques tournoiements de tête et même des bourdonnements d'oreilles; du reste, je jouis de la meilleure santé , et les bains ne m'ont point affaibli.

J'ai eu l'honneur de vous dire qu'avant de partir pour Paris , je m'étais appliqué des sang-

i 6 | BICT ION VII, CHAPITRE I,

mu s t l.i tempe: elles m'ont emporté la douleui que |\ ressentais, et je erois que c'est «I»- ce mo iiMiii <| i e date la diminul ion des taches. I drail il les i éappliqi i i '

l « séton suppure eitrémemen! peu, se rétrécit malgré ce que |«- puis faire , et est krès-douiou* peux Ne pourrais (<• pas le remplacer par le cautère, qui , je crois , suppurera davantage ' \ euillez, je vous prie, me dire ce que j'ai ;| foire pour la guérison de cette affection qui m inquiète beau* coup. ■!<• serai exacl à suivre toul oe que vous me prescrirez , etc.

' ' ' {Docteur en médecine.

\ A'. Ce médecin esl un homme des pins msiiuiis. j'ai examiné s«s veux avec M . Gondret, médecin à Paris, et son ami. Nous ne trouvâmes rien de défectueux. \ peine "ii remarquai! un peu de lenteur dans les mouvements de contrai lion et de dilatation d'une «les deux pupilles. Il avait alors trente-trois ans. La maladie nous parut une obstruction de quelques filets nerveus d< la rétine, sur-toul à un des \eu\.

Deuxième Lettre de M'".

Le 5 novembre 1812.

Monsieur, au reçu de votre lettre, je me suis fait appliquer quatre sangsues autour de l'œil malade; je n'en ai éprouvé aucun soulagement; j ai même remarqué depuis plusieurs petits points

AM AU ROSE. l65

obscurs situés très- près de l'axe visuel et beaucoup plus petits que les premiers; ceux que je voyais n'out éprouvé aucuns changements. Cela m'a empêché de les réappliquer avant de vous en prévenir : je ne souffre nullement de lu tête ; l'œil est dans l'état le plus naturel, sans inflammation. Je vois de temps à autre des étincelles. Du reste, j'éprouve toujours ce dont je vous ai donné le détail dans ma précédente, etc. Un moxa vers la tempe serait-il utile ?

*** Docteur en médecine.

Troisième Lettre de M***.

Le 10 mars i8i3.

Monsieur , j'ai attendu le retour de la belle saison , comme vous me l'avez conseillé ; mais mes inquiétudes ne font qu'augmenter. Il est bien temps que j'aie recours à vous.

Les points obscurs sont devenus beaucoup plus nombreux ; il y en a presque tout autour de l'axe visuel ; mais ils sont beaucoup plus petits que les premiers; quelques-uns même ne sont pas parfaitement obscurs. Tous ensemble ils forment comme un groupe de nuages à travers lesquels les objets me paraissent moins nets, plus éloignés, plus petits , et avec des formes qu'ils n'ont pas. Ainsi , en regardant la menuiserie d'une fenêtre , le bois qui borde les vitres offre ça et là des courbes qu'il n'a réellement pas : ce sont les petites taches

[66 IICTIOH ▼!!> CHAPITE1 i ,

qui donnent lieu à ces courbes; ce qui répond ni\ |»ltis grandes tachée disparait entièrement; il est aussi <l<- ces taches à une distance for! grande de l'axe visuel el en tous sens. !)«• ce! oeil, je vois moins bien dans un lien obscur qu'à une lumière \ i\ e.

L'espèce de nuage que )<■ voyais de I autre oeil subsiste toujours ;< la même distance de l'axe visuel; du reste, j'en n<»is très-nettement, el ce uuage me paraît de nature différente de celle «1rs taches de l'œil droit : il d \ ;i jamais eu de vibrations m d'étincelles, tandis que de l'oeil droit 1rs étincelles sont très -fréquentes, sur-tout la nuit. Je vois aussi, de cet oeil, de petits corps noirs groupés, semblables à des mouches qui voltigent dans l'air, mais dont la position n'a rien de constant relativement ;■ l'axe visuel, el qui disparaissent lorsque je fixe nies regards sur un objet (i).

J'ai entretenu jusqu'à-présent mon séton , qui donne peu et tend toujours à se guérir , malgré que je fasse souvent usage dune pommade épispastique. Vous m'avez conseillé de le porter dix mois ou un an; je le supprimerai, si c'est votre avis, à la fin de mars. Mon cautère donne beaucoup.

(i) Ces mouches étaient étrangères à la maladie, et ne méritaient aucune attention. Vovez ci-après, section VIII filaments voltigeants.

Au commencement de janvier , je me suis appliqué six sangsues à la tempe droite : je n'en vis aucun bon effet; il me semble même que depuis , plusieurs petits points ont reparu. La vapeur du baume de Fioravanti est aussi sans effet. La pupille de l'œil malade est à-peu -près dans l'état naturel. Je me porte très-bien. Quel est donc le traitement auquel je dois me soumettre? etc.

*** Docteur en médecine.

N. B. Heureusement pour les nombreux malades auxquels ce médecin estimable prodigue ses secours , sa maladie a pris enfin une tournure favorable. Sa vue était dans un état très-satisfaisant à la fin de 1816.

Observation 355.

Le 24 mars 1763.

Mémoire. — Madame de*** , âgée de trente -six ans, sent depuis plusieurs années que sa vue s'affaiblit tous les jours. H y a quatre ans elle était encore en état décrire; aujourd'hui elle ne peut ni lire ni écrire. Elle ne reconnaît une personne qu'à deux ou trois pieds de distance; il faut même pour cela qu'elle la regarde avec attention. Elle distingue un objet à la distance dont on vient de parler , s'il est placé horizontalement ; mais si elle est obligée de baisser les yeux , non -seulement elle ne le reconnaît point, mais elle a même peine à l'apercevoir confusément. Elle ne voit rien à tra=

[68 i n t ' < , c ii i !• 1 1 h i i .

vers un verre concave. Lorsqu'elle essaie de lire .1 travers un verre convexe, elle ne voit que quelques portions ou jambages des lettres , qui lui paraissent . à la vérité, plus grandes ; mais elle ne i.riii in reconnaître aucune. Les \<mi\ sont beau* et très -bien conformés; la pupille en es( fort noire; elle s'aggrandil à l'obscurité, et te rétréci! à la lumière; mais les mouvements alterna iiK de l'iris ne sexécutenl point avec assez de promptitude; I»' resserrement sur-tout semble paresseux et un peu indéterminé. La pupille droite se rétrécit moins el plus lentement que la gauche; aussi la vision est-elle un peu meilleure «lins Idil gauche. I > < - temps en temps cette dame croit apercevoir quelques atomes <»u nuages devant ses veux. Lorsqu'elle baisse la tête, ou qu'elle éternue , «'II*' voit une clarté passagère l ne trop grande lumière l'éblouit au point qu'elle ne voit rien; elle lui cause un mal -être qu'elle compare à un coup qu'on lui donnerait sur les yeux. A un jour faillie, clic aperçoit moins mal les objets; mais aussi s'il IVsl trop, elle ne distingue rien : à travers un verre vert , tout lui paraît uY la couleur du verre; mais elle ne distingue pas les objets.

Il y a quatorze ans qu'à la suite d'une eouelie. cette dame éprouva une perte considérable qui la priva de la vue et de l'ouïe : au bout de deux ou trois jours, elle recouvra le dernier sens, mais « e m" lu! que douze jours après qu'elle revit la lu-

mière. La vue, d'abord très faible, ne reprit des forces que lentement, et il s'en fallut de beaucoup qu'elle revînt à son degré naturel. Depuis cette époque, la vue de cette dame a décru insensiblement : les grandes pertes qu'elle a eues dans plusieurs couches et les évacuations périodiques , presque toujours trop abondantes, paraissent être les causes qui ont entretenu et augmenté cet affaiblissement : en effet, pendant ces hémorrhagies utérines, la vue diminuait d'une manière sensible, et elle ne reprenait de force qu'à mesure que les forces générales revenaient; mais dans ces occasions, de même que dans la première époque, la vue perdait toujours quelque degré de son énergie. Du reste, on„ne peut accuser aucun vice héréditaire.

Cette dame a toujours joui d'une très-bonne santé , et elle est d'une complexion très-robuste : on a vu qu'elle était sujette à des pertes abondantes , ce qui semblerait indiquer quelque nuance de dissolution ou d'acrimonie dans le sang ; mais cette modification du sang lui est naturelle , et elle en a hérité de madame sa mère.

N. B. M. Bouvart et mon père ont répondu que cette goutte sereine imparfaite venait d'atonie , qu'elle pouvait avoir été causée par les grandes pertes de sang. Ils ont conseillé quelques moyens toniques à l'intérieur et à l'extérieur, et d'éviter avec soin tout ce qui pourrait donner lieu à l'augmentation du flux menstruel.

i 7" BICTIOB I i i , I n I l' i i ii i i

Observation >56.

Le i .s n \ i ni !-'■'.

Mémoire. — La consultante, Agée de quarante .mis, sujette ■! des obstructions au foie, < I < - j > 1 1 ïs près de quinze ou seize ans, a fait (!<• fréquentes maladies qui <>ni exigé beaucoup de saignées ; on lui eu ;i fait près de quatre cents, lu sortir de sa dernière maladie, au mois de juin dernier, le \<ntre se trouva extrêmement enflé, et on la déterinin.i a aller aux eaux de Bains. Dans ses maladies clic a toujours été tourmentée par de grands maux de tête; clic les seul presque toujours, mais plus faiblement. Elle retomba malade à Bains. Les

maux de tèle,a\ce des bat teniciis fatiguants, SC

ii icnt sentir plus vivemenl qu'à L'ordinaire. Le nez était totalement bouché : il semblait a la malade

qu'il y eût un dépôt d'humeurs dans la tête, et le nez exhalait une odeur fétide. Il survint une surdite qui dura huit jours; les yeux s'enfoncèrent, le contour en était noir et le regard fixe. Quelques jours après, Madame étant un peu soulagée, l'oeil gauche parut ne plus faire ses fonctions. Elle croyait y sentir comme une plume ou une toile qui L'inquiétait et qui interceptait les rayons de la lumière. Cette obscurité est restée dans cet œil , qui ne voit les objets que confusément : l'autre se sent aussi de cette faiblesse, mais beaucoup moins. A Bains, au sortir de sa maladie, les cheveux de la consultante tombèrent, ce qui

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