CHAPITRE VIII
Du nuage de la Cornée.
J-JE nuage de la cornée est un des effets les plus fâcheux de l'ophthalmie chronique. Je désigne sous cette dénomination la maladie qui fait le sujet de ce chapitre , pour la distinguer de Yalbugo et du leucoma , ou de cette espèce de tache , d'un gris de perle foncé , dense, calleuse, ordinairement exempte d'inflammation , et produite par l'épanchement d'une matière glutineuse dans la substance de la cornée, ou par une cicatrice de cette membrane, suite des ulcèresou des plaies avec perte de substance (i). Le nuage de la cornée consiste dans un obscurcissement récent et superficiel de cette membrane, qui laisse encore voir l'iris et la pupille, malgré l'inflammation chronique dont il s'accom* pagne (2). Les malades ne sont donc pas privés
(1) A.vicenna, Hb. III, tract. Il, cap. 17. Scias quod albugo inocùlo alia est sublilis , proveniens in superficie apparente, et nominatur nebulaj et alia est grossa, et nominatur albugo absolute.
:V) PL II, figi 5 a,
complètement de la faculté de voir ; mais touy les objets leur paraissent couverts d'un voile, ou d'un nuage.
Cette maladie se manifeste à la suite de l'ophthalmie chronique négligée ou mal traitée , chez les sujets d'une constitution lâche , et dont les yeux sont naturellement faibles et fatigués. Déjà plus ou moins relâchées les veines de la conjonctive , recevant chaque jour une plus grande quantité de sang, acquièrent bientôt plus de volume que dans l'état naturel , et finissent par devenir irrégulières, noueuses , depuis leurs troncs jusqu'à leurs racines les plus déliées, qui rampent à la surface extérieure de la cornée. Il n'est pas facile de déterminer si les artérioles éprouvent la même dilatation dans les endroits qui correspondent aux ramifications veineuses. Ce qui! y a île certain, c'est que le retour du sang par les veines variqueuses de la conjonctive est sensiblement retardé par l'atonie de ces vaisseaux , la tortuosité de leur marche , et par les replis que forme la membrane ellemême dans les divers mouvements du globe de l'œil.
Heureusement les racines les plus ténues de ces veines sont les dernières à devenir variqueuses, ^oit à cause de la petitesse de leur calibre, soit parce que la conjonctive, fortement adhérente à la cornée, soutient les petites radicules veineuses ,