CHAPITRE HUITIÈME
«t ne leur permet pas de se laisser distendre sur la cornée aussi facilement que sur le blanc de l'œil. Cette distension est, au contraire, trèscommune au-delà de l'union de la cornée avec la sclérotique, parce que la conjonctive, naturellement très - extensible , adhère faiblement à l'hémisphère antérieur du globe de l'oeil. IL suit de cette disposition que, dans tous les cas d'ophthalmie chronique rebelle, quelque relâchés et variqueux que soient les troncs veineux proprement dits, les racines placées sous la portion de conjonctive qui correspond à la cornée , ne peuvent se prêter au même degré de dilatation ; aussi cette dilatation n'a-t-elle lieu que lorsque le relâchement général de la conjonctive , et l'extension des vaisseaux veineux qu'elle contient, sont parvenus au plus haut degré qu'ils puissent atteindre.
Rien ne démontre mieux combien est grande la résistance qu'oppose l'union de la conjonctive avec la cornée à la dilatation des vaisseaux veineux dont nous parlons, que les ophthalmies violentes, et sur-tout le chémosis. En effet, dans cette dernière affection , la cornée conserve presque toujours sa transparence , malgré la distension extrême des troncs veineux répandus sur la portion de conjonctive qui recouvre la sclérotique; tant est grande, je le répète, l'ad-
hérence de la première de ces membranes avec la cornée.
Dans d'autres cas , lorsque la dilatation s'étend des troncs veineux aux racines les plus subtiles , on aperçoit , sur la surface de la cornée , quelques lignes rougeâtres, autour desquelles se répand bientôt une humeur ténue et laiteuse qui trouble la transparence de la membrane. Cette tache constitue le nuage de la cornée; et, comme ce phénomène se manifeste tantôt sur un , et tantôt sur plusieurs points de cette membrane , il s'ensuit que la maladie désignée est unique ou solitaire dans quelques cas, et qu'elle est formée , dans d'autres, par la réunion de plusieurs points nébuleux , distincts , qui troublent plus ou moins l'exercice de la vision.
L'obscurcissement de la cornée, qui se manifeste quelquefois pendant la période inflammatoire de i'ophthalmie grave aiguë diffère essentiellement de l'opacité produite par le nuage. En effet, dans le premier cas, la cause prochaine de la maladie consiste dans un épanchement de lymphe concrescible versée par les extrémités artérielles dans les mailles de la cornée , ou dans une pustule inflammatoire qui dégénère successivement en abcès ou en ulcère ; tandis que le nuage de la cornée se forme lentement à la surface externe de cette