CHAPITRE HUITIÈME
nées, qu'il s'approcha de la cornée, l'envahit et finit par y produire un nuage à travers lequel le malade avait peine à distinguer les objets. D'autres vaisseaux menaçaient aussi de devenir variqueux , ce qui causait au malade une démangeaison incommode et un larmoiement continuel.
J'entrepris le traitement de cette maladie le 8 mai 1798. Mon premier soin fut d'enlever les vaisseaux variqueux qui produisaient le nuage de la cornée, et de faciliter ensuite l'écoulement du sang par des fomentations d'eau tiède.
Le lendemain, le nuage de la cornée était presque entièrement disparu. Le malade se plaignant de pesanteur d'estomac et d'amertume à la bouche, je lui fis prendre par intervalles une livre et demie de décoction de chiendent, dans laquelle on avait fait dissoudre un gros de tartre solubie (tartrate de potasse), et un grain de tartre stibié : cette tisane procura quelques selles qui soulagèrent le malade.
Dans l'espace de quinze jours la plaie de la conjonctive se cicatrisa; on la lavait seulement avec l'eau de mauve. Néanmoins je crus devoir conseiller le collyre vitriolique , auquel je fis ajouter un peu d'esprit -de -vin camphré. Le malade en fit usage pendant quinze jours avec tant de succès que la cornée reprit toute
1l[\ MALÀDI.ÈS DÈS YEUX.
sa transparence , excepté dans l'endroit occupé par l'albugo \ lequel était incurable , ainsi que je l'ai déjà dit; Néanmoins le malade voyait en^ core assez bien de cet œil : il sortit de l'hôpital trente-six jours après l'opération. Il est à remarquer que, si l'on en excepte les quatre premiers jours qui suivirent l'opération , Bonfasani est resté constamment levé.
Vingt- neuvième observation.
Raffa de Genzone , âgée de dix-sept ans, d'une faible constitution , mal réglée , autrefois trèssujette à des fluxions sur les yeux, entra à l'hôpital le 2 janvier 1799? pour se faire traiter d'un nuage de la cornée de l'œil gauche : cette affection s'accompagnait depuis deux mois de cuisson , de larmoiement et d'obscurcissement de la vue.
Le nuage occupait environ les deux tiers du disque de la cornée , et dépendait manifestement d'un large faisceau de vaisseaux variqueux qui partait de l'angle externe de l'œil. En outre on voyait, sur la surface de ce même nuage, un point plus dense , plus blanchâtre et plus opaque que le reste de son étendue.
Je saisis ce faisceau avec des pinces , et l'enlevai avec des ciseaux courbes , suivant les