CHAPITRE HUITIEME. 2l
ques jours à l'usage des anti-phlogistiques généraux et locaux , et toute la portion de la conjonctive intéressée par l'instrument tranchant, se couvre dune couche de matières muqueuses. Par la suite cette surface se rétrécit peu-à-peu, et finit par se cicatriser entièrement. Les fomentations d'eau de mauve d'abord tièdes, et puis froides, sont, à mon avis, le seul topique à employer jusqu'à ce que la cicatrisation soit complète : les collyres astringents sont plus propres à la retarder qu'à la favoriser.
Lorsque la cicatrice est terminée, non -seulement la cornée a repris sa transparence , mais encore la flaccidité de la conjonctive est nulle ou très - diminuée. En effet, quelque distension qu'elle ait soufferte, le travail de la cicatrisation ne peut se faire sans exercer des tractions sur cette membrane et sans l'appliquer en quelque sorte sur le globe de l'œil; Cependant , s'il arrive qu'après la formation de la cicatrice , elle reste encore un peu ridée , jaunâtre et parsemée de vaisseaux veineux qui menacent de devenir variqueux, il faut recourir aux topiques astringents, parmi lesquels je me plais à citer la pommade de Janin , dont j'ai déjà parlé en traitant de l'ophthalmie chronique.
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Vingt-septième observation.
Clara Bellinzoni, de Belgioioso, âgée de trentetrois ans, d'une constitution robuste, sujette dans son enfance à des éruptions cutanées , principalement au printemps, fut atteinte, il y a quelques années , d'une rougeur à l'œil droit , qui se portait de l'angle interne vers la cornée; elle résista à tous les topiques qui furent employés. Au bout de trois ans, cette rougeur, évidemment produite par un faisceau de veines variqueuses de la conjonctive, s'étendit tellement sur la surface externe de la cornée , qu'elle finit par l'obscurcir dans une certaine étendue, et par cacher plus des deux tiers de la pupille. La malade ne distinguait plus les objets qu'à travers un nuage; l'ardeur qu'elle ressentait dans l'oeil, et sur- tout la crainte de perdre entièrement la vue la déterminèrent à entrer à l'hôpital.
Je l'opérai le 3 avril 1797. Tandis qu'un aide tenait les paupières écartées , je saisis avec des pinces le groupe de vaisseaux variqueux qui s'étendait de l'angle interne de l'œil vers la cornée jusque sur la portion de conjonctive qui couvre cette dernière membrane. Je réunis ces mêmes vaisseaux en un seul pli, et les emportai avec les ciseaux courbes aussi près que pos~
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sible de la cornée, et de manière à donner à mon incision la forme d'un C; cela fait, je laissai les vaisseaux se dégorger, et même je facilitai l'écoulement du sang en appliquant sur les paupières une éponge molle imbibée d'eau tiède. L'œil fut ensuite couvert d'une compresse et d'un bandage contentif.
Le lendemain, les paupières de l'œil droit étaient un peu gonflées , rouges et comme érysipélateuses, ainsi que le côté droit de la face ; il y avait de la fièvre, et la chaleur de la peau était plus élevée que dans l'état naturel; symptôme auquel la malade était très-sujette depuis quelques années, mais qu'elle avait tenu caché jusqu'ici.
Je prescrivis une diète rigoureuse, et fis prendre, pendant plusieurs jours, à la malade, une livre de décoction de racine de chiendent, dans laquelle on faisait dissoudre un grain de tartre stibié. Je fis appliquer en même temps des sachets d'herbes émollientes sur les paupières , dont la tension et le gonflement m'empêchèrent de vérifier l'état de la cornée.
Le huitième jour après l'opération, l'érysipèle se termina par desquamation. Dès lors le malade ouvrit facilement les yeux ^ et la cornée parut si limpide dans toute son étendue , que cette femme distinguait parfaitement les objets.
La suppuration s'établit lentement , et je n'employai, pour tout remède, que les lotions d'eau de mauve jusqu'à parfaite guérison. Lorsque la plaie de la conjonctive fut bien consolidée , je prescrivis l'usage répété plusieurs fois par jour, du collyre vitriolique , aiguisé par une petite quantité d'esprit -de -vin campbré. Ce collyre rendit à la conjonctive toute son énergie, à la cornée toute sa transparence. La femme qui fait le sujet de cette observation sortit de l'hôpital parfaitement guérie , un mois environ après l'opération , et dans les premiers jours de mai.
Vingt- huitième observation.
Jean Bonfasani , de Saint-Lanfranco , âgé de cinquante ans , fut affecté , quinze ans avant l'accident dont je me propose de parler, d'une ophthalmie aiguë très -grave des deux yeux, ophthalmie dont la terminaison laissa sur la portion inférieure de la cornée de l'œil droit un albugo de peu d'étendue , mais incurable. L'œil gauche revint à son état naturel; mais le droit ne cessa jamais d'être parsemé cà et là de petits vaisseaux variqueux. Un petit faisceau de ces vaisseaux situé dans l'angle externe , plus considérable et plus saillant que les autres, setendit tellement, dans le cours de plusieurs an-