CHAPITRE TREIZIÈME. 3o
l'œil est presque toujours perdu sans ressource.
Les douleurs que le malade éprouve dans cet organe et dans toute la tète sont si vives, qu'elles produisent souvent le délire, et font craindre une affection semblable des parties situées dans l'intérieur du crâne.
Si , après avoir évacué l'a matière de l'épan-> chement, il restait quelque espoir de rétablir la transparence de la cornée et l'action des autres parties de l'œil , il serait certainement très-pru^dent de diviser cette membrane vers sa partie inférieure, comme dans l'opération de la cataracte par extraction. Mais comment espérer que, dans une maladie où la cornée est opaque dans toute son étendue et paraît sur le point de tomber en putrilage, comment, dis-je, espérer qu'elle
de la ville, et deux ou trois chirurgiens-majors de la garnison, je proposai l'ouverture des yeux pour sauver la vie. Mon avis ne fut point goûté : j'eus beau représenter que ces organes étaient perdus sans ressource; la plus forte objection qu'on m'opposa , fut qu'on n'avait jamais ouï parler d'une telle opération. Un médecin surtout trouva fort étrange que j'eusse proposé de crever les yeux ; mais la mort très-prompte de l'une de ces demoiselles donna quelques regrets aux parents d'avoir cédé à l'avis le plus nombreux. L'autre sœur eut le bonheur de réchapper par la bienfaisance de la nature. Il se fit une ouverture spontanée par laquelle le pus formé entre les tuniques de l'œil s'évacua. Ses yeux conservèrent la forme globuleuse, et leur volume naturel; mais elle est restée aveugle, après avoir couru le? plus grands risques d§ perdre la vie. »
3o4 MALADIES «ES YEUX.
puisse reprendre sa transparence même dans quelques points? Le moyen le plus sûr et le plus prompt de soulager le malade des douleurs horribles qu'il éprouve, consiste à inciser avec un petit bistouri le centre de la cornée dans l'étendue d'une ligne et demie; on saisit avec des pinces le lambeau qui résulte de cette première incision , et on l'emporte avec les ciseaux de manière à pratiquer dans le centre de la cornée une ouverture avec perte de substance, dont le diamètre égale celui d'une lentille.
A peine cette ouverture est-elle faite qu'elle donne issue à la portion la plus fluide de la matière qui distendait le globe de l'oeil; bientôt l'albumine suit la même voie , le cristallin et le corps vitré s'échappent à leur tour. C'est pour prévenir ces accidents que le chirurgien doit s'abstenir de comprimer fortement le bulbe de l'oeil pour accélérer l'évacuation de l'humeur vitrée, car l'expérience a prouvé qu'il est avantageux que cette humeur sorte d'elle - même et peu à peu. Immédiatement après l'opération, on couvre l'œil d'un cataplasme émollient, sans préjudice des anti-phlogistiques généraux et des calmants du système nerveux. A mesure que les parties intérieures de l'œil entrent en suppuration, le bulbe de cet organe s'affaisse, rentre dans le fond de l'orbite et se cicatrise en laissant la facilité de placer un œil artificiel.